Chapitre 3: Renaissance.

J'ouvre les yeux, et le paysage qui me fait face me couple le souffle: tout est si...réel...non, c'est réel! J'ai l'impression d'être dans un pays éloigné, je peux ressentir le souffle du vent, l'odeur de l'herbe, la forêt face à moi qui s'étend à perte de vue. J'entend le chant des oiseaux, qui est vite couvert par les hurlements de nouveaux joueurs, comme moi, qui expriment leur surprise et leur joie à pleine voix. Je m'éloigne d'eux, et m'adosse à l'ombre d'un arbre, réalisant la liberté qui me fait face. Que faire? Où aller? Je n'ai pas de carte, pas de boussole, rien, juste ce petit espace ouvert, et la forêt aux alentours. Ce sentiment de liberté totale devient vite etouffant, effrayant. Puis je me reprend, il doit bien y avoir quelque chose à faire! Je vois d'autre personnes partir dans la forêt, peut-être devrais-je aller avec eux? Alors que je m'appretais à m'y enfoncer, une voix retentit.

-"Non non non! Revenez les nouveaux! Aaaaah zut, je suis en retard! Venez par ici, rassemblez vous autour de moi! Haaaa c'est pas vrai, ils vont se perdre, ils sont stupides ou quoi?"

Je me retourne, et vais rejoindre le groupe qui se forme autour de l'homme: il est vêtu d'une robe écarlate aux brodures en argent. Sa tête est surmontée d'un chapeau de sorcier comme on peut en voir dans d'autres jeux, lui aussi rouge écarlate. Il s'éclaircit la voix, et prend la parole.

-"Bonjour, ou bonsoir, enfin, ça dépend d'où vous venez et heu...bon, je suis Halus, mage des flammes, et je suis présent pour vous expliquer quelques petites choses que vous ne savez sûrement pas."

Un garçon en armure prend la parole.

-"T'es craignos toi, on a pas besoin d'un bouffon. Tssss."

L'homme fronce les sourcils.

-"Ha oui jeune homme? Et bien partez dans la forêt et perdez vous alors, tournez en rond autant que vous le souhaitez. Comme je le disais avant d'être interrompu, je heu...ah oui! Donc dans ce monde, Outworld, vous ne trouverez quasiment que des personnages joueurs. En fait, y'a que ça, sauf quelques intelligences artificielles. Par exemples les bornes pour revendre ce dont vous n'avez pas besoin. Mais tout les vendeurs, soldats, que sais-je encore, que vous rencontrerez, sont tous des joueurs. Seuls les monstres sont une intelligence artificielle. Toutes les villes ont été baties par les joueurs qui vous ont précédés, enfin, sauf la toute première, Edenia, qui est aussi là où réside le chef de la guilde la plus puissante, les Unfeared."

Je hausse les sourcils. Alors même ici il y a des luttes de pouvoir? Une vieille femme en robe prend la parole.

-"Monsieur, cela veut dire qu'ils gouvernent les autres joueurs? N'est-ce pas intolérable?"

-"Non non, pas du tout. Ils maintiennent plutôt un semblant d'ordre, afin d'éviter les débordements. Bref, soyez courtois et heu...comme dans la vrai vie quoi. Et evitez de vous attaquer aux dragons, Haha!"

Il s'éponge le front, et nous demande de le suivre. Il nous guide à travers la forêt, où nous récupérons en chemin quelques personnes perdues. Nous marchons pendant quelques minutes, et un bruit sourd se fait entendre. Tout le monde regarde de tout les côtés, et une sensation étrange s'empare de moi, enfin pas étrange dans le sens nouvelle, mais étrange du fait que je sache que je suis dans un jeu: la peur. Elle m'enserre le coeur, je ne sais pourquoi, mais ce bruit n'était pas normal. Je regarde le sorcier Halus, et son visage ne me rassure pas: il est affolé, et il nous presse pour que nous poursuivions notre marche, qui se transforme en course.

-"Pas...p...pas de panique! Continuez de courir droit devant! Ne vous arrêtez p...pas!"

Je regarde derrière tout en courant et trébuche contre une branche. Nouvelle surprise, je ressens de la douleur, pour de vrai. J'essaye d'éviter de me faire piétiner par les autres, et quand je me relève, ils sont déjà loin devant. La forêt est tellement dense que je ne les vois plus. Je marche à l'aveuglette, et un autre bruit sourd retentit, suivit par des bruits de pas lourd. Je regarde derrière moi, et ce que je vois m'horrifie: un espèce de dragon à deux pattes, énorme, courant, ou plutôt chargeant dans ma direction. J'ai juste le temps de me jeter sur le côté pour l'esquiver, et l'arbre qui subit l'impact à ma place explose en deux. Il est face à moi, ses énormes crocs font la taille d'une dague, mais le pire, c'est qu'il bave, il salive à l'idée du repas qu'il va faire! Je me relève, tremblante. Dans quelle galère me suis-je encore mise...

Je cours, je cours à m'en faire péter les poumons. Non, je ne serais pas le repas de cette bête immonde! Je bondis, et je me rends compte que pendant que je fuis, ma condition s'améliore au fur et à mesure, je cours plus vite, je saute plus facilement. Je commence même à prendre de la distance sur la bête. Dans un excès de confiance, je sors mon arc et tire une flèche dans sa direction. Enfin, j'essaye...j'ai du mal à tendre la corde, et la flèche tombe lamentablement à un mètre de moi. Je relève les yeux, et je vois à nouveau la bête charger dans ma direction. Je décoche une nouvelle flèche qui ricoche contre ses écailles, et je plonge à nouveau sur le côté pour éviter le coup. J'aurais du m'en douter, je suis débutante, je n'allais pas tuer un dragon d'une flèche...mais ça aurait pu le blesser quand même! Je me remet à courir, et ce que je vois détruit mes derniers espoirs de fuite: un immense rocher, transformant l'endroit en impasse. Je sors mon épée, et je fais face au dragon. Le résultat est affligeant, d'un coup de tête, il m'envoit voler contre la pierre. Je ne peux plus me relever, j'ai trop mal...c'est nul, alors c'est ça? Game over? Je peine même à rester consciente, je n'ai plus de force...bah...c'était une belle expérience...mes yeux commencent à se fermer...j'entend le chant des oiseaux, le cri d'un aigle...un craquement sourd, la terre tremble sous mes pieds. Hein?! Je tente d'ouvrir les yeux, et je vois le dragon au sol, le crâne ouvert, et un homme, ou plutôt un garçon, à côté, il s'approche de moi en parlant, mais je ne comprend pas ce qu'il dit. Je ferme les yeux, et je me sens soulevée du sol, et je m'endors, épuisée.