Chapitre III
Chambre de Raphaël, 9. Juillet 2012- 09:05
Cinq minutes. C'est le temps que Raphaël avait mis avant de couper la sonnerie de son réveil. Dès le premier son, il avait été sorti de son drôle de rêve, et ce n'est qu'après ces cinq minutes d'émission diffusée à la radio qu'il s'était motivé à sortir de son lit, interrompant la blague du présentateur, et réveillant Fondue au passage. Malgré tout, il revoyait encore les troublantes images dont il avait rêvées défiler en boucle. Il espérait qu'un café lui changerait les idées, bien au contraire. La boisson éclaircissait complètement son songe… à moins que cela n'en fusse pas un… ?
Il regarda son costume foncé, posé sur sa chaise, se demandant s'il allait s'en servir ou non, avant de partir vers sa cuisine.
L'étudiant avait rêvé qu'après sa rencontre avec Hermine, il avait trouvé une lettre. Immédiatement, il avait songé que c'était à la rouquine, et qu'elle l'avait perdue dans sa précipitation, si bien qu'il l'avait ramassée, et gardée avec lui. Il s'était abstenu de lire le contenu de la missive, mais étrangement, il était capable de la réciter dans les moindres détails, comme s'il l'avait déjà possédée.
« C'est très étrange… hein Fondue ? »
Le chien bailla, et le regarda un instant, avant de se recoucher et de se rendormir profondément.
Eh bien, merci beaucoup…
La vue de son compagnon qui somnolait lui fit penser à Marie. Il pouvait toujours solliciter son aide, et lui parler d'Hermine. Elle ne verrait sûrement pas d'objection… du moins, il l'espérait ! Après tout, il n'avait jamais connue Marie jalouse, mais elle pouvait très bien l'être, comme n'importe qui.
Il se hâta de se vêtir, et se mit à courir pour revoir son amie. Il n'était que neuf heures, mais la ville grouillait déjà de monde. Raphaël put croiser quelques amis, dont le patron de la boutique où il travaillait, et quelques camarades du lycée.
Il frappa à la porte, et fut accueilli comme la veille par le majordome. Il se dirigea directement vers la chambre de son amie, qui fut ravie de le revoir.
« J'espère que tu es en forme, parce qu'on va passer une très longue journée ! » lui dit-il en souriant, tandis qu'ils descendaient les escaliers.
« Tu l'as repéré ? »
L'écho de la voix de l'homme continua de perdurer pendant quelques instants.
La personne à côté de lui répondit sèchement, d'une voix d'adolescente.
« Oui. Mais j'ai besoin de plus de temps.
- Pourquoi ? »
Elle haussa les épaules, et soupira. Il semblerait qu'elle n'avait pas vraiment envie de discuter avec l'homme.
« J'ai besoin de plus de temps. C'est tout. »
Quelqu'un, au fond de la salle, se leva, et reposa la question, d'une voix dure et ferme.
« Pourquoi ? »
La seconde personne se retourna vivement, surprise, et manqua de crier. Comprenant de qui il s'agissait, elle se mordit la lèvre, et se maudit de ne pas l'avoir vu jusqu'à présent.
Elle finit par hausser les épaules, et rétorquer :
« De toute façon, il ne sait pas qui je suis. »
Le premier homme hocha la tête, et la laissa repartir.
« C'est une sacrée fille, elle. Je comprends tout de suite mieux ton idée » rit l'autre individu.
Manoir de la duchesse Élisabeth, 9. Juillet 2012- 09:30
Raphaël avait prévenu Marie qu'il passerait dans la journée. Mais pour lui, dans la journée signifiait dans quelques instants, apparemment, du moins, d'après ce que Marie avait constaté...
Il était venu avec Fondue, peu après son coup de fil, et le trio était reparti en ville à nouveau, comme la veille. Mais cette fois-ci, Marie sentit que son ami était... bizarre. Il jetait des regards furtifs, à droite, à gauche. Il s'était rongé les ongles, chose qu'il ne faisait pas d'ordinaire… Et lorsqu'elle lui demandait s'il n'allait pas bien, il répondait, avec un sourire franc, que tout allait bien.
Quelqu'un passa près d'eux, trop vite pour que Marie ne voie son visage, mais suffisamment lentement pour que Raphaël réagisse. Ni une ni deux, il se retourna, et saisit la personne par la manche, et l'appela par un nom incongru : Hermine. La personne lui fit face, mais le rouquin s'excusa aussitôt. Il devait s'être trompé de personne, apparemment.
Cet événement quelque peu anodin mit le feu aux poudres, comme on pourrait dire. Marie se stoppa brusquement, et jeta ses quatre vérités à son ami.
« Depuis que tu es de retour, tu restes sur tes gardes ! C'est pas possible !
- M-Mais… Marie, balbutiait le rouquin, laisse-moi t'expliquer… !
- M'expliquer quoi !? reprit-elle, folle de rage. Que tu es devenu fou !? »
Des passants les regardaient étrangement. Ils étaient bien trop jeunes pour avoir des problèmes de couple aussi étranges.
« Et puis d'ailleurs, qui est cette Hermine !? Ta petite-amie !? »
Le visage de Marie était rouge de colère. Celui du rouquin l'était tout autant, à la fois de honte, et d'agacement. Il craqua à son tour, et vociféra :
« Comment peux-tu me dire ça, après tout ce que j'ai fait pour toi !? Combien de fois t'ai-je sauvée !? C'est pas possible d'être aussi… »
La jeune fille n'attendit pas qu'il l'insulte. Elle était elle aussi sortie de ses gonds, et ne pouvait plus s'arrêter. Le flot d'injures qui se déversait de ses lèvres était incroyable, presque irréel. Comment pouvait-elle penser autant de mal de lui !?
Fondue, à côté, aboyait comme un diable. Personne n'osait les interpeller, et mettre fin à leur dispute. Personne, sauf un passant hasardeux, que Raphaël aurait pu reconnaître entre tous.
« Je suis navré de vous déranger, mais vous causez du tort aux citoyens. Si vous pouviez avoir l'amabilité de terminer votre discussion calmement, ou ailleurs… »
La personne se stoppa, et dévisagea Marie.
« Je te reconnais ! Tu étais avec Fantôme R quand…
- Oui, quand il y a eu cette histoire… »
Marie baissa la tête, timidement, devenue encore plus rouge qu'avant.
« D'ailleurs, il n'est plus là » murmura-t-elle calmement.
Le nouvel arrivant se tourna vers Raphaël, en l'examinant des pieds à la tête.
« Et tu es qui, toi ? finit-il par demander.
- C'est-à-dire que… »
Le rouquin ne savait pas où se mettre. Que pouvait-il lui répondre ? Il s'imaginait, lui expliquant toute la vérité.
« Oui, en fait, c'est moi, Fantôme R ! C'est dur à croire, mais ouaip ! »
Il secoua légèrement la tête pour se remettre en place les idées. Il ne devait pas, et ne pouvait pas tout lui dire. Même pas le moindre mot ! Il le reconnaîtrait immédiatement…
« Eh bah ! Il est pas causant, ton petit-ami ! »
Marie s'empourpra directement après la phrase de leur interlocuteur.
« Eh, c'est pas ce que tu crois… se défendit l'étudiant. En fait…
- Ah, pardon ! J'me fais vite des idées ! » s'excusa-t-il avant d'éclater de rire.
Les deux adolescents le fixèrent du regard, hagards, et se mirent à rire à leur tour. Pendant un instant, ils étaient vraiment mal à l'aise…
Raphaël examina alors avec précision cette personne. Sans hésiter, il dirait qu'elle a beaucoup changé. Cela était difficile à croire, mais ce jeune adolescent -de deux ans plus jeune que lui- avait troqué son manteau foncé fade contre une veste en jean plus courte. En revanche, il avait toujours sa chemise, et son jean gris clair, mais il avait plus l'air normal. D'ailleurs, il avait aussi abandonné sa casquette du même ton que son ancien manteau, et s'était laissé pousser les cheveux, lui donnant une allure plus… féminine.
« Mais, dis-moi, commença Marie, tu es au courant que Fantôme R… ? »
La mine de l'autre personne s'assombrit.
« Il lui est arrivé quelque chose !?
- N-Non ! Je voulais juste te dire qu'il était, apparemment, de retour… » souffla Marie en baissant les yeux, une fois de plus.
L'étudiant détourna son regard, fuyant celui de l'interlocuteur de son amie. Celui-ci sourit pleinement, et, gêné, il s'excusa encore une fois.
« Bon, je dois y aller. Faites attention à vous. »
Il glissa quelques mots à l'oreille de la blonde.
« Si tu as des nouvelles de lui, préviens-moi » dit-il en lui tendant un morceau de papier avec un numéro et une adresse écrits dessus.
Elle le rangea rapidement dans la poche de sa légère veste, et le salua.
Elle se tourna vers Raphaël, et lui jeta un regard assassin, qui le surprit grandement. Il ignorait à quel point elle pouvait changer d'émotions aussi vite.
« Retrouve cette Hermine, et remplace-moi avec elle, lança-t-elle. Je trouverai bien mieux. Après tout, j'ai ce charmant garçon. »
Il voulut la retenir, mais elle avait filé avec une telle célérité qu'il en était resté pantois.
Marie plaisantait, tout de même ! Si elle savait qui était cette personne, elle changerait immédiatement d'avis. Mais il ne pouvait pas lui dire, elle ne le croirait pas.
Il décida donc de la laisser partir, même si cette décision le dérangeait beaucoup, et de rentrer chez lui. En passant devant un café, il repensa à ce garçon qui les avait accostés un peu plus tôt. Raphaël aurait pu mettre sa main à couper qu'il connaissait son identité.
Et Hermine ? Il faut que je la revoie !
Le rouquin songea alors au moyen qu'il devait prendre pour retrouver cette fille. Il pensa à demander de l'aide aux policiers, mais c'était vraiment extrême. Il opta finalement pour retourner là où il l'avait vue la première fois… ce qui signifiait retourner devant le manoir de la famille de Marie. Rien que cette idée le gênait horriblement, mais il n'avait pas vraiment le choix…
