Relecture Brynamon.

Merci pour les alertes !^^

Merci à Sissy1789 pour sa review.


REDEMPTION

Partie 4


PDV Thomas

Torse nu, debout face au miroir du lavabo, je fixais cet homme haïssable qui me retournait cette haine sans détour.

J'avais du mal à respirer, je sentais la panique me gagner. Je devais en finir, je devais me rendre à l'évidence : j'étais un fardeau, un opportuniste, un incapable. Je ne savais rien faire d'autre que semer le malheur. J'avais eu le temps d'y repenser durant ce long trajet qui nous avait emmenés jusqu'ici. Une vérité insoutenable qui me nouait l'estomac, qui me compressait le cœur.

Mon regard se posa sur le pistolet que j'avais sorti de la poche intérieur de ma veste. Il gisait sur le marbre, patientant jusqu'à ce qu'il serve. Mes mains étaient posées à plat et l'encadraient. Je n'avais qu'un geste à faire et tout serait fini.

Je n'étais pas quelqu'un de fiable, je n'avais pas su protéger ma sœur, ni Edith, ni garder mon héritage. Je n'étais plus rien, je ne savais plus me définir. Tout avait volé en éclats : ma vie, mon cœur, mon âme. Edith cherchait à recoller les morceaux mais je ne voulais pas qu'elle y parvienne. Je ne voulais pas lui infliger ça car, même réparé, je ne serai jamais digne de recevoir son amour.

Je lui en voulais de ne pas être restée avec le Dr McMichael. Je lui en voulais de souffrir, de faire fi de sa santé, de perdre son intégrité et sa respectabilité pour si peu. Je n'en valais pas la peine.

J'avais envie de hurler, je le fis intérieurement, rageusement. Je savais que je la blesserai, que mon acte lui paraitrait égoïste après tout ce qu'elle avait enduré mais je ne voyais pas vers quelle autre issue me diriger. Je pourrais la laisser m'aimer, la laisser se sacrifier, mais quel genre d'homme je serais alors ? Je l'aimais c'était un fait, d'un amour neuf et étrange, d'un amour chaotique et diffus. Je me refusais à l'entrainer dans ma chute.

Ou alors avais-je peur qu'elle ouvre les yeux un jour et comprenne l'étendue de son erreur ? Qu'elle pose à nouveau sur moi des yeux aussi horrifiés que lorsqu'elle était entrée dans la chambre de Lucille ?

Non….

J'avais de nouveau envie de hurler. J'avais déjà le pistolet à la main, c'était celui de ma sœur, je l'avais pris pour nous défendre mais au final j'allais juste …

Edith frappa à la porte. Je devais gagner encore quelques minutes mais elle ne m'en laissa pas le temps, et elle me surprit en flagrant délit. L'expression horrifiée que je ne voulais pas revoir s'imprima sur son visage, me piétinant un peu plus, me confortant dans mon choix. Je me tenais devant elle, je n'étais même pas présentable. J'avais l'impression de m'enfoncer dans des sables mouvants.

-Cette arme est pour moi.

-Je l'avais bien compris. Je n'avais rien imaginé d'autre.

- Je ne veux pas vous faire du mal, Edith, crus-je bon de me justifier.

-Si vous vous faites du mal, vous m'en ferez également. Si vous pressez cette détente contre vous-même, je ferai la même chose la minute suivante.

Cette hypothèse me freina quelque peu.

-Donnez-moi cette arme.

Son expression avait changé, elle était en colère. Elle avança imprudemment en tendant sa main. Je ne pouvais pas me soustraire à elle, j'étais déjà acculé contre le lavabo. Je secouai la tête avec frénésie, refusant d'obtempérer. Elle lança sa canne vers la baignoire, elle y tomba dans un bruit métallique insupportable. Elle tituba en tentant un pas sans sa canne, éreintée, toujours furieuse. Je visai ma tempe sans plus y réfléchir. Le visage de mes victimes tournoyant dans ma tête me rendait fou. Je fermai les yeux avec force pour chasser ces images mais elles persistaient, amplifiées par la voix de Lucille.

-Je n'en peux plus !

Je ne voulais pas pleurer, je voulais partir dignement mais ma voix se brisa dans cette dernière confession. Elle continuait de me parler mais je n'entendais plus rien. Mon cœur martelait dans ma tête, provoquant une migraine atroce. Il fallait que ça s'arrête.

Je me sentais désespérément seul face à la promesse de pourrir en enfer…

Quand sa main se posa sur la mienne, et malgré le brouillard du néant, je parvins à la discerner. Je rouvris les yeux sans m'en rendre compte. Edith était si proche que je me noyais dans ses yeux écarquillés d'angoisse et de tristesse.

-Vous n'êtes pas mauvais. Vous n'êtes pas un monstre.

-Oh que si.

Elle s'en désola véritablement mais je n'étais pas réceptif. Alors elle se hissa (je ne sais comment) sur la pointe des pieds pour frôler mes lèvres des siennes. Sa main força la mienne à redescendre sans la moindre agressivité. De ce simple contact, elle m'irradia entièrement, profondément, apaisant mon âme, réchauffant jusqu'à mon cœur fané. Une fois mon bras le long de mon corps, elle se saisit de l'arme et recula. Je m'étais senti revivre, sensation encore présente, c'était peut-être éphémère mais c'était ce que je ressentais en cet instant. La brulure d'une gifle me ramena à une autre réalité.

-Dire que vous avez…vous avez…

Je lui avais fait beaucoup de mal. Sa respiration se saccada, elle recula en manquant de s'affaler, mon cœur tomba au sol, craignant un accident. Elle retrouva son équilibre.

-J'ai eu tellement peur…

Elle serra les poings, ravalant sa peine, vrillant sur moi des yeux furibonds.

-Si jamais vous osez recommencer…

Elle pointa l'arme vers sa poitrine. Un gouffre s'ouvrit sous mes pied, jamais de ma vie je n'avais éprouvé pareille détresse. Je tendis les deux bras vers elle mais elle était hors de portée.

-Non, Edith !

-Vous voyez… ce que ça fait.

Elle fondit en larmes et se détourna pour récupérer sa canne. Je tentai de la rejoindre mais elle me menaça avec.

-Mais enfin, pourquoi réagissez-vous ainsi ? Ça ne vous ressemble pas.

-Votre acte égoïste a failli me briser, je vous en veux à un point dont vous n'avez pas idée.

J'en avais une idée au contraire.

-Je vais me débarrasser de cet objet de malheur. Ne vous avisez pas de me suivre.

OooooO

J'avais attendu, toutes lumières éteintes, debout comme une sentinelle devant les larges fenêtres de notre chambre située au quatrième étage. Il faisait nuit noire quand elle apparut à l'entrée de l'hôtel, éclairée par les réverbères, elle semblait être entourée d'un halo. Elle eut un moment d'arrêt, ses épaules se voutèrent, accentuant ma honte, puis elle se remit droite quand le portier lui ouvrit. Elle entra dans le hall et j'hésitai à descendre l'aider à monter ces quatre étages. Je commençais à la connaitre, du moins j'avais cette prétention, et je me retins d'aller à sa rencontre. Je rallumai une lampe et pris place dans l'unique fauteuil. Elle entra tant bien que mal et je ne pus qu'aller l'aider, tant pis si elle me repoussait. Etonnamment, elle accepta mon bras et je lui ôtai son manteau et ses chaussures. Elle avait gardé sa robe de nuit en dessous. Elle s'allongea sans attendre mais fut prise de quintes de toux sanguinolentes qui me retournèrent l'estomac. Je lui tendis un mouchoir, elle s'en servit sans un mot avant de prendre ses médicaments.

-Il me faudra un peu de temps avant de guérir, mais ça va aller, ajouta-t-elle en me voyant si mal en point.

-Vous ne nourrissez donc aucune rancune pour ce que je vous ai infligée ?

-Non, dit-elle avec lassitude. Et si vous pensez que je suis stupide, vous avez sûrement raison.

Elle me souhaita une bonne nuit et ferma les yeux.

Je passai ma nuit dans ce fauteuil à la veiller, sombrant parfois dans mes rêves rouges dans lesquelles mes défuntes épouses en putréfaction me tiraient vers une fosse remplie d'argile. Edith s'agita en plein milieu de son sommeil, marmonnant mon prénom. Je me sentis misérable, décidément, était-ce ce à quoi j'étais destiné ? Pourquoi voulait-elle que je vive de la sorte ? Etait-ce une punition ? Je m'assis à ses côtés et épongeai son front en sueur avec la serviette de table laissée sur le plateau. Elle s'apaisa lentement et replongea dans un profond sommeil. La lune éclairait ses traits, elle était sereine et douce, je retrouvais la femme qui m'avait dérobé de l'affection bien malgré moi. Elle avait un impact édifiant sur moi, elle n'avait souvent pas besoin de parler, son sourire à lui seul en disait long. Il exprimait une tendresse qui m'était destinée, elle était pure, sincère, honnête, non corrompue.

Me pardonnerait-elle cet accès de faiblesse ? Méritais-je son pardon ? Que pouvais-je donc lui apporter ?

Je m'étais endormi près d'elle, et je n'avais pas fait d'autres cauchemars. Je perçus son regard sur moi, avais-je envie de savoir ce qu'il y avait dedans ? Elle dut percevoir mon réveil car elle se redressa et essaya de se lever.

-Laissez-moi vous aider.

-Non.

Elle disparut dans la salle de bains et n'en ressortit qu'une bonne heure après. Elle était belle dans cette robe d'un jaune pâle doux et seyant. J'avais envie de défaire ce chignon si austère.

-Nous allons déjeuner, préparez-vous.

-Est-ce bien raisonnable ? Ne devrions-nous pas éviter de nous montrer en public ?

-Sûrement, mais il est impératif que vous mangiez. Le voyage sera long.

Dans la salle de restaurant, je m'assis en face d'elle. Je ne voyais qu'elle, c'était effrayant. Je tentai de me concentrer sur mon environnement, les gens autour de nous ne nous prêtaient aucune attention. J'avais acheté un journal à l'accueil. Je me mis en devoir de l'étudier. Les nouvelles nous concernant n'étaient pas encore à la une.

-Alors ?

-Rien, la rassurai-je.

-Vous voyez, nous ne sommes pas encore des fugitifs.

-Ça ne saurait tarder.

-D'ici là nous serons à l'abri. Nous investirons dans une maison, nous pourrons tout recommencer en France.

Tout recommencer ? Cette idée était alléchante mais peu réalisable. L'odeur du thé, des toasts et des œufs réveillèrent brutalement mon estomac mis à mal depuis vingt-quatre heures. J'avais si faim que j'en eus le tournis. Si elle le remarqua elle ne jugea pas utile de le notifier. Je me restaurais lentement pour me réhabituer et la sensation de malaise s'en alla d'elle-même.

-Où êtes-vous partie hier soir ?

-Pensez-vous réellement que je vous le dirai ?

-Il faut que vous compreniez…

-Non, je ne veux plus en parler.

-Nous ne pouvons pas…

-Pas quoi ? Ignorer les choses désagréables qui nous blessent ?

Pourquoi tant d'incorrections ?

-Cessez de me couper la parole et je pourrai vous répondre.

-Allez-y ! Je suis toute ouïe !

-Ne soyez pas sur la défensive.

-Je ne le suis pas, j'ai peur, non, cela est pire, je suis terrifiée à l'idée de ce que vous pourriez me dire.

-Comment cela ?

-Pas ici.

-Edith…

-Il est temps de partir.

Un quart d'heure plus tard, nous étions sur le départ. Nous traversâmes les rues pavées avec précaution pour regagner la gare. J'aurais aimé la soutenir, cependant, avec les valises, je ne lui étais d'aucune utilité. Elle acheta nos billets et des en-cas. Je fus soulagé une fois assis dans notre compartiment-couchette en première classe. Elle s'installa en face, et décida de me fixer inlassablement. Au lieu d'être un plaisir c'était un supplice parce que je décelais de la déception. C'était insupportable !

-Pourquoi m'avoir fait venir ? M'emportai-je.

-Parce que je vous aime.

Cette réponse laconique eut le don de me radoucir.

-Pourquoi cette déception dans ce cas ?

-A votre avis ?

C'était agaçant, Lucille aussi faisait cela. Etait-ce l'apanage des femmes ce besoin de ne rien dévoiler pour que les hommes devinent ce qu'elles avaient en tête ?

-Est-ce ma tentative de vous laisser libre ?

-Alors c'est comme ça que vous nommez votre lâcheté ?

Le coup porta. Je ne sus comment contenir ce qui montait en moi, je serrai les dents, contractant mes mâchoires. Elle eut un bref éclair de satisfaction dans ses iris bleutés avant de les dévier vers le paysage qui défilait.

-Vous me punissez, parvins-je à dire par je ne sais quel miracle. Je le comprends mais la méchanceté ne vous sied guère.

-J'ai été à bonne école pourtant. Lucille a été un bon professeur.

-Elle n'était pas méchante.

Je l'aurais frappée, elle n'aurait pas exprimée autre chose.

-Pas méchante, siffla-t-elle, pas méchante, répéta-t-elle plus fort, pas méchante ! Criai-t-elle cette fois. Vous avez raison, elle n'était pas méchante, elle était d'une abominable cruauté !

Il fallait que je supporte, il ne fallait pas que je réagisse, il fallait…

Rien à faire, j'étais furieux. Elle se décomposa et se jeta sur moi sans prévenir.


Edith est en mode furie, lol.

La suite bientôt.