Merci à ceux qui lisent ma fic, n'hésitez pas à la commenter :)
Chapitre 3 : Un Chapeau Chantant
- Réveille-toi, Remus ! On est arrivés !
Remus sentit soudain une main potelée le secouer avec ferveur. Il sursauta violemment et, instinctivement, repoussa la main de Peter avec force. Ce dernier la retira immédiatement, comme s'il venait de se brûler, et Remus vit une expression blessée prendre l'ascendant sur son visage rond. Il jura silencieusement et se mordit la lèvre, soucieux.
- Désolé, marmonna-t-il la tête basse.
Puis, sans attendre une quelconque réaction de la part du garçon, Remus se leva et quitta le compartiment, trop énervé envers sa propre incompétence à se comporter normalement avec les enfants de son âge pour ajouter quoi que ce soit.
Mais Peter ne semblait pas partager cet avis puisqu'il se leva également et suivi Remus à l'extérieur. Le garçon, qui descendait du train, se retourna et fut surprit de voir que Peter était encore derrière lui. Perplexe mais désireux de mettre de la distance entre eux, Remus pressa le pas et rejoignit le milieu du quai.
- Les Première Année, par ici ! rugit une voix forte.
Un homme gigantesque se tenait au milieu du quai et gesticulait en appelant les élèves. De nombreux autres enfants, tous de leur âge, s'approchèrent de lui et regardèrent avec appréhension ou curiosité cette personne à la taille démesurée.
Remus se tint à l'écart, hésitant. Ce n'était pas souvent qu'il se retrouvait en plein milieu d'une foule, et tout ce bruit et cette agitation le rendait nauséeux et mal à l'aise. Lui qui avait espéré s'accommoder rapidement à ce nouveau style de vie dût remettre en questions ses capacités.
- Hey toi ! Qu'est ce que t'attends ?
Remus se retourna et vit que l'homme s'adressait à lui. Ne désirant pas attirer davantage les regards sur lui, Remus baissa la tête et se dépêcha de rejoindre l'homme.
- Un peu désorienté, on dirait ? dit gentiment l'homme. Ça fait rien, mais essaye de plus trainer à l'avenir. C'est quoi ton nom ?
- Remus Lupin.
L'homme gigantesque fronça les sourcils un instant, semblant chercher quelque chose au fond de sa mémoire. Quelques secondes plus tard, une lueur de compréhension s'alluma dans ses yeux et son regard se fixa sur Remus, qui avait la désagréable impression que l'homme le voyait sous un nouveau jour.
- Oh... C'est toi.
Puis, il baissa la voix et se pencha en avant, plaçant une main devant sa bouche.
- Dumbledore m'a dit, chuchota-t-il, une nuance de fierté dans la voix. 'Me fait confiance, cet homme. Moi c'est Hagrid.
Remus acquiesça rapidement, maudissant le manque de discrétion de cet Hagrid et, le regard toujours rivé au sol, pria avec ferveur qu'aucun des autres élèves n'avait écouté leur conversation. Heureusement, l'homme sembla comprendre. Dans une tentative de détourner leur attention, fit signe aux élèves de se mettre en marche. Remus les suivit consciencieusement, toujours en silence.
Alors qu'ils avançaient en direction d'un grand lac noir, Peter le rattrapa et lui tapota le bras.
- Alors ? Qu'est-ce qu'il te voulait ?
Mais avant que Remus ait pu formuler une brève réponse, quelqu'un s'écria:
- Hé P'tit Gros ! Qu'est ce que tu fabriques ici ?
Remus sentit Peter contracter ses muscles à côté de lui, et le vit se tourner vers deux garçons à l'air goguenard qui marchaient à quelques mètres d'eux.
- J'ai eu ma lettre ! répliqua Peter, les poings serrés mais le teint beaucoup plus pâle.
- Surprenant, répondit le plus grand des deux d'une voix trainante. Mais pas impossible. Dumbledore a peut-être eu pitié du pauvre petit Cracmol que tu es, mais ne t'attends pas à ce qu'il t'autorise à prendre part aux cours comme un élève normal doté de magie.
Il eut un petit rire mauvais.
- J'ai entendu dire qu'ils employaient des elfes de maison pour récurer les toilettes... Si tu manies mieux l'éponge que la baguette, tu pourrais les aid–
Remus ne le laissa pas terminer sa phrase et attrapa brusquement le bras de Peter, l'entrainant plus loin là où les railleries des deux garçons n'étaient que des échos de rires atténués. Frémissant de l'indignation qui l'avait si soudainement submergé, il le lâcha et recula de quelques pas tremblants, essayant de stabiliser les battements irréguliers de son cœur.
Peter ne disait rien, ses yeux fixant le vide d'un air inexpressif.
- Ne les écoute pas, dit Remus après un court silence. Ils ont tord. Dumbledore n'a pas... Dumbledore croit en no – en... en toi. Tu ne lui inspires pas de la pitié, d'accord ? Jamais. Tu es là parce que tu le mérites et...
Allez respire, Remus, respire...
- Et...
- Merci.
Le mot murmuré extirpa Remus de ses propres bafouillements et il releva la tête, observant le visage tourmenté mais reconnaissant de Peter dont les yeux bleus reflétaient une insécurité qui lui était bien familière.
Incapable de le regard plus longtemps sans fléchir, et soudainement conscient du flot de paroles qui venait d'échapper ses lèvres, Remus détourna les yeux et acquiesça.
- De rien.
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- Je le jure, ce gamin pue la magie noire !
- Moi je dirais qu'il pue tout court, si tu veux mon avis.
- Pas faux, poteau. Donc admettons que j'aie envie, hypothétiquement, de glisser quelques gouttes d'un Philtre Pestilentiel dans son caleçon...
- ... tu aurais mon soutien entier et inconditionnel.
Mais la conversation de James et Sirius fut soudainement interrompue par le coup de vent que provoquèrent les deux garçons qui leur passèrent brusquement devant, l'un entrainant l'autre par le bras et marchant d'un pas furieusement rapide.
James et Sirius échangèrent un regard perplexe.
- C'était quoi, ça ?
- Sais pas, répondit Sirius en haussant les épaules. Pas notre problème, pas vrai ?
James, dont la curiosité légendaire avait été piquée à vif, voulut tendre le cou pour en savoir plus mais le gigantesque homme qui les avait appelés tout à l'heure leur pria désormais de prendre place dans les barques stationnant au bord de l'eau et, dans l'agitation des élèves formant des petits groupes de quatre, il perdit trace des deux autres garçons.
Ils s'installèrent dans une barque qui avança en direction du château, traçant un long sillage dans l'eau noire. Les deux jeunes garçons qui étaient avec eux s'étaient engagés dans une discussion, l'un expliquant à l'autre que sa mère travaillait pour l'ambassade de Chine à Londres, mais James et Sirius ne firent aucun effort pour les rejoindre, préférant rester seuls au devant de la barque.
- 'Parait qu'il y a un calamar géant là dedans, dit pensivement James en se penchant. C'est mon père qui me l'a dit. Tu crois que c'est vrai ?
- Sûrement, s'il le dit, répondit distraitement Sirius.
James regarda son camarade qui, les yeux grands ouverts, regardait le château comme si c'était la plus belle chose qu'il ait jamais vue. Lui, James, en avait déjà tellement entendu parlé par ses parents qu'avant même de venir, il avait l'impression de connaitre Poudlard par cœur. Il se demandait bien dans quel genre de famille vivait Sirius...
- Tu ne me dis toujours pas ton nom de famille, Mr le mystérieux ? le taquina-t-il.
- Pas tant que je ne saurais pas le fameux secret des Potter, renchérit Sirius avec un clin d'œil, en espérant cacher sa soudaine nervosité.
- Très bien, dit James d'un air décidé, les bras croisés sur son torse. Je te dis le secret et toi, ton nom de famille, ça marche ?
Sirius ne dit rien pendant un moment. Il savait que la population sorcière regardait sa famille avec crainte et respect. Il ne voulait pas que James cesse de lui parler parce que son arrière Grande Tante s'était fréquemment prononcée en faveur de la chasse aux Moldus, ou parce que ses parents approuvaient les idéaux de petits groupuscules extrémistes... Mais il ne pourrait pas y échapper bien longtemps. Il poussa un soupir.
- OK. Mais ton secret à intérêt à être à la hauteur.
- Voyez-vous cela... "à la hauteur"... De qui, exactement ? demanda James, les yeux noisettes emplis de curiosité.
- De l'Héritier de la Noble et Très Ancienne Famille des Black, déclara Sirius, son sourire maigre et désabusé. Chouette comme titre, pas vrai ?
James haussa les sourcils d'un air profondément intrigué.
- Ah... Un Black, hm ? Remarque, c'est assez logique vu ce que tu m'as dit tout à l'heure.
Sirius fronça les sourcils et se braqua légèrement.
- T'as un problème avec ça ?
James laissa échapper un rire et leva les mains d'un geste angélique.
- Oh non, j'ignorais simplement que j'étais en présence d'un membre de la famille Royale..., dit-il avec un sourire en coin en faisant une petite courbette de la tête.
Sirius se mordit la lèvre inférieure, ne sachant pas vraiment s'il appréciait la plaisanterie du garçon et son sourire troublant. Mais James paraissait totalement détendu et impassible tandis qu'il sortait un autre bonbon de sa poche et le déballait tranquillement.
- Bon..., dit-il en fourrant le bonbon dans sa bouche. Tu voudrais te retrouver dans quelle Maison du coup ? Tu ne m'as pas vraiment dit tout à l'heure.
Sirius regarda silencieusement le château pendant un instant, leur barque voguant doucement dans les eaux profondes. La perspective d'y aller était merveilleuse; elle était synonyme de tellement de choses... Mais l'idée de se retrouver dans le sous-sol, près des cachots sombres et humides, et de partager son quotidien avec des petits cons comme Lucius Malefoy et des chouineuses comme Narcissa... Il revit James soulever l'épée invisible au-dessus de sa tête...
- Gryffondor, répondit-il sans réfléchir.
À peine eut-il exprimé cette idée folle qu'il la regretta et voulut la retirer. James releva immédiatement la tête vers lui, le regard intense. La commissure de ses lèvres menaçait visiblement de s'étirer.
- Ah ouais ?
Sirius le contempla un instant sans répondre, puis...
- Oui.
- Intéressant..., dit James en penchant légèrement la tête sur le côté, le regard curieux.
Sirius serra discrètement son poing et fixa son regard gris sur James.
- Et qu'est-ce que ça veut dire ?
James haussa les épaules, sa bouche formant une moue évasive.
- J'sais pas. J'imagine que je t'ai pris pour un...
- Pour un quoi, exactement ?
James esquissa une grimace, lâchant un soupir comme s'il venait de commettre une grosse erreur.
- Pour un gars du genre Poufsouffle, plutôt.
Sirius cligna des yeux et regarda James sans comprendre. Le sourire malicieux du garçon s'accentua jusqu'à illuminer tout son visage et faire pétiller ses yeux noisettes, et Sirius se sentit sourire en retour. Il lâcha un petit rire incrédule.
- Abruti, va.
Le sourire de James se teinta d'arrogance tandis qu'il rigolait à son tour.
- Bon allez, trêve de plaisanteries, dit le garçon à lunettes. Pourquoi Gryffondor ?
- J'ai dit ça juste comme ça, répondit Sirius en secouant la tête, les sourcils légèrement froncés. J'ai pas –
Mais James l'interrompit d'un geste de la main.
- Franchement Sirius, c'est pas à moi que tu vas faire croire que t'as balancé un truc comme ça juste pour le fun. Alors vas-y, déballe.
Sirius s'étonna silencieusement de la perspicacité du garçon mais, pour la forme, fusilla du regard son sourire victorieux.
- Et bien..., dit-il après un instant de réflexion. Comme tu le sais peut-être, être un membre de la Noble et Très Ancienne famille des –
- Crétins.
Sirius haussa les sourcils.
- Quoi, j'ai pas raison ? fit mine de s'étonner James.
- En voilà un qui a du tact, dit Sirius d'un air amusé.
- Je ne sais même pas ce que veut dire ce mot, déclara fièrement James. Mais je vous en prie, continuez cher Monsieur.
- Donc... Être l'héritier d'une telle famille..., expliqua Sirius, ça veut dire que les gens ont des attentes vis-à-vis de toi.
James acquiesça d'un air connaisseur.
- Du genre robes de soirées et boutons de manchette en nacre ?
- Pas seulement, grimaça Sirius. Aussi du genre "Maintenir les traditions et la réputation immémoriale que nos ancêtres vénérés ont établie", si tu vois ce que je veux.
James lâcha un rire tandis qu'il contemplait la chemise déboutonnée et chiffonnée qui dépassait du col de la robe de Sirius.
- J'imagine que t'es doué pour ça.
- Très.
- Et j'imagine aussi que Gryffondor ne fait pas partie de cette liste d'attentes ?
Le visage de Sirius s'assombrit.
- Pas vraiment.
James tourna vers lui un regard pensif et absorbé.
- Mais toi, dit-il au bout d'un moment, tu ne crois pas à tout ce qu'ils disent, pas vrai ?
- Pas... Pas vraiment, non, reconnut Sirius à voix basse. C'est compliqué mais... disons plutôt qu'ils parlent et que moi... je suis juste là. J'espère qu'ici je pourrais me faire ma propre opinion, tu vois ?
James le regarda un long moment, puis sourit et lui donna une petite tape dans le dos.
- Dans ce cas, tu peux compter sur moi pour te donner deux-trois conseils. T'as l'air d'être un type pas trop mal.
- Quel flatteur..., répondit Sirius en levant les yeux au ciel. Mais assez parlé de moi. Tu croyais peut-être que j'avais oublié notre deal ? À ton tour ! Comment tu fais pour jamais te faire repérer ? C'est quoi ton petit secret merdique ?
- Merdique ? s'indigna James en portant exagérément une main à sa poitrine. Oh crois moi Sirius Black, tu ne diras plus la même chose dans deux minutes...
Sentant qu'il avait piqué la curiosité de Sirius, James eut un sourire malicieux, se pencha vers lui et commença à murmurer dans son oreille.
Le regard de Sirius s'illumina comme jamais.
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À l'intérieur du majestueux château, une femme à l'allure sévère, le Professeur McGonagall, leur adressait un discours. Un discours dont Remus ne retenait aucune parole. Il ne cessait de fixer cette femme des yeux, elle qui l'avait dévisagé comme si elle savait déjà tout à son sujet.
- Remus, avance !
Peter venait de lui donner une petite tape sur l'épaule, le réveillant de sa torpeur. Essayant de ne pas trop s'appuyer sur sa jambe droite, qui avait recommencé à lui faire mal, Remus se força à avancer. Mais il ne fallut pas longtemps à Peter pour froncer les sourcils et lui demander:
- T'as mal à la jambe ? Je te vois boiter depuis tout à l'heure.
- C'est rien, mentit Remus. Ça ira mieux demain.
Ils entrèrent alors dans une grande salle au très haut plafond, remplie d'élèves qui bavardaient sans retenue et qui se retournèrent pour les observer curieusement. Ils étaient assis sur quatre grandes tables, qui traversaient la salle sur presque toute sa longueur. Au bout de celle-ci, une unique autre table faisait face aux élèves de Première Année qui venaient d'entrer. Elle n'était occupée que par des adultes.
- C'est la Grande Salle, chuchota inutilement un élève au cheveux noirs en bataille.
Il semblait ravi d'être ici et nullement appréhensif. À côté de lui, un autre garçon aux cheveux bruns et au regard gris-bleu observait la salle avec plus d'appréhension.
Le professeur McGonagall plaça un tabouret devant la table des professeurs, et y posa un chapeau. Au grand étonnement de plusieurs des élèves qui poussèrent un petit cri, une bouche se forma sur ce chapeau et, assez incroyablement, se mit à chanter.
Remus n'avait jamais vu un chapeau chanter, et encore moins lorsque celui-ci – si Remus avait bien compris – vous fredonnait qu'il allait vous répartir dans une Maison qui serait la vôtre pour les sept prochaines années.
- Lorsque j'appellerai votre nom, dit le professeur McGonagall une fois la chanson terminée, vous viendrez vous asseoir sur le tabouret et placerez le Choixpeau sur votre tête. Vous irez ensuite rejoindre les camardes de la Maison qui vous sera indiquée.
Le professeur déplia ensuite une liste, qu'elle lut d'une voix claire.
- Antson, Paul.
Le Choixpeau mit quelques instants à rendre sa décision.
- SERPENTARD !
La table du bout gauche de la salle explosa en applaudissement, et Paul Antson se dépêcha de les rejoindre, apparemment plutôt satisfait.
- Black, Sirius.
Le garçon à côté de son ami aux cheveux en bataille s'avança la tête haute, la démarche patricienne. Il dégageait presque malgré-lui une autorité naturelle. Remus ne put s'empêcher de remarquer qu'il jeta un regard furtif vers la table de Paul Antson.
McGonagall posa le Choixpeau sur sa tête, et le garçon attendit le verdict. Une minute s'écoula, puis...
- GRYFFONDOR !
Les Serpentards, qui semblaient prêts à applaudir une nouvelle fois, s'arrêtèrent brusquement dans leur mouvement. Les Gryffondors, pour certains très surpris, applaudirent leur nouveau membre avec vigueur. Le garçon mit d'ailleurs un certain temps à se relever. Une expression furtive d'anxiété traversa son visage, rapidement remplacée par un sourire presque carnassier. Il jeta un regard triomphant aux Serpentards et alla s'asseoir à sa table d'un pas léger.
- OUAIS SIRIUS ! T'ES LE MEILLEUR !
Remus se retourna pour voir qui avait crié et ne fut pas étonné de voir que c'était le garçon aux cheveux à l'apparence indomptable. Il semblait nullement dérangé par le fait que tout le monde avait tourné son attention vers lui et continuait de faire de grands signes de la main à son ami, et ce malgré le professeur McGonagall qui le fusillait du regard.
Après un rappel à l'ordre de sa part, la répartition se poursuivit et, bien des noms plus tard, juste après qu'une jeune fille blonde soit envoyée à Serdaigle, le professeur McGonagall s'éclaircit la gorge et annonça:
- Lupin, Remus.
À la table des professeurs, le directeur lui adressa un sourire rassurant. Remus, qui avait l'impression que ses entrailles venaient de se liquéfier, avança d'un pas mal assuré. Il s'assit et enfila le Choixpeau.
Ça alors... Un loup-garou !
Remus sursauta et se retint de poser la main sur son cœur pour se calmer. Il lui avait semblé que la voix avait parlé dans toute la salle...
Oh, non. Je ne suis pas là pour annoncer ce genre de choses. Je suis là pour te répartir. Pardonne-moi si je t'ai fait peur, mais je ne m'attendais pas à un tel élève.
Ce chapeau entendait donc ce qu'il pensait ?
Bien sûr ! Comment pourrais-je te répartir, autrement ? Allons-y. Bien. Sept ans d'un fardeau... Une force mentale hors du commun. Serpentard te perdrait. Tu manques cruellement d'ambition, mon garçon. Loyal tu l'es peut-être, mais as-tu réellement eu l'occasion de le prouver au cours de ton enfance ? Non, bien-sûr que non. Serdaigle... Hmmm... Cela devient intéressant. Tu es très intelligent, tu le sais ?
Une phrase vient lui revint alors en tête, une phrase de son passé, et dont il ne pouvait restituer la source: "Une intelligence presque humaine". Une créature comme lui pouvait-elle vraiment être intelligente au sens humain du terme ?
Je vois. Mais je ne pense pas que Serdaigle fera l'affaire. Les élèves de cette maison sont souvent très intelligents et observateurs, parfois même trop, et je ne pense pas que cela te sera entièrement profitable à long-terme, si tu vois ce que je veux dire.
Remus grimaça et fronça les sourcils, comprenant parfaitement l'allusion du Choixpeau et espérant de tout coeur que ce dernier ne proclamerait pas devant tout le monde qu'il n'était pas Répartissable.
Manque de confiance en soi, il semblerait. Cela est compréhensible, bien-sûr. Mais malgré la peur qui te ronge, tu as décidé de venir à Poudlard et te bats pour ta vie et ton humanité chaque mois. J'ai pris ma décision. Tu iras à...
- GRYFFONDOR !
La table des Gryffondor explosa en applaudissements. Remus sourit intérieurement, sentant un poids se lever de son estomac. Il avait été réparti. Lui, un loup-garou, avait été réparti dans une maison de Poudlard. "La maison des courageux". Il remarqua cependant le froncement de sourcils du Professeur McGonagall, et son enthousiasme retomba légèrement. La tête haute, malgré tout, il alla s'asseoir à la table de la Maison qui serait la sienne durant, il l'espérait, sept années.
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Sirius ne savait pas quoi penser. Il regardait les élèves autour de lui comme si tout cela n'était qu'un rêve. Un Black à Gryffondor... Sa famille allait perdre la tête. C'était à la fois effrayant et excitant. Ses oncles et tantes crieraient au scandale. Sa grand-mère Irma perdrait connaissance. Et ses parents verraient là le signe que leur fils ainé était définitivement souillé... Ils essayeraient sûrement de le corriger de toute cette impureté, mais pour l'heure, Sirius s'en fichait. Il était à Gryffondor.
Un tonnerre d'applaudissement retentit alors à leur table. James venait de le rejoindre parmi les Gryffondors, ainsi qu'il l'avait lui-même prédit quelques heures auparavant.
- Alors Sirius, ça roule ? s'exclama-t-il en se laissant tomber sur le banc.
- Et comment !
- Je regrette de ne pas avoir crié plus fort quand tu as été réparti, ajouta James avec un clin d'œil. Certains Serpents avaient l'air de ne pas avoir entendu...
- Rassure-toi, ton message leur est parvenu, répondit un peu plus sombrement Sirius. Surtout à Cissy...
James fit mine de lui demander de préciser qui était Cissy, mais Sirius haussa les épaules.
- Bah, dit James en faisant un geste désinvolte de la main, comme ça, ils sauront ce que je pense.
Après plus de cinq minutes de délibération au cours desquelles les élèves s'impatientèrent bruyamment, un autre garçon rejoignit la table des Gryffondors. Ce dernier – Sirius était presque certain qu'il s'appelait Peter – avait l'air nerveux et il s'assit en silence en face de son ami.
James donna un coup de coude à Sirius.
- Regarde, c'est Servilus, chuchota-t-il alors qu'un Serverus Rogue s'avançait jusqu'au Choixpeau.
- SERPENTARD ! s'exclama instantanément le Choixpeau.
- Pas étonnant, dit James. Je te l'avais dit. Ce gars est l'incarnation même de la Magie Noire.
Il se tourna alors sur le banc et sembla chercher quelqu'un des yeux.
- Hep, toi ! s'exclama-t-il en s'adressant à la fille rousse qui accompagnait Rogue dans le train. Pas trop déçue ?
La jeune fille ferma les yeux d'un air agacé.
- Tais-toi.
- Je voulais juste être gentil, dit James en adoptant un air faussement blessé.
La fille lui lança un regard meurtrier et s'apprêtait à répliquer lorsque le silence se fit dans la salle. Tout le monde se tourna vers le directeur.
- Bienvenue aux nouveaux élèves et bonne rentrée aux anciens, souhaita-t-il d'une voix chaleureuse. Je vous épargne volontiers un discours qui ne vous intéressera pas, et je vous donne rendez-vous juste après le festin, pour quelques informations utiles. Bon appétit à tous !
Sirius se jeta sur la nourriture dès qu'elle apparue et mangea avec un plaisir non-dissimulé. James, qui commençait à peine à se servir, le regardait d'un air clairement amusé.
- Ça ira, ou tu en veux plus ? Mon assiette, peut-être ?
- Oh, ne te moque pas, toi ! répondit Sirius la bouche à moitié pleine. Mère ne cuisine pas du tout, alors je dois manger tous les plats que cet horrible Elfe prépare.
- Mère ? le taquina James. Dis-moi, tu sors d'un couvent pour jeunes filles pures, ou quoi ? Et c'est qui ce soi-disant Elfe qui ne sait pas cuisiner ? Ça n'existe pas.
- Les mauvaises habitudes, soupira Sirius. Ma mère me jetterait un vase à la figure si j'osais l'appeler "maman". Tu comprends, il faut limiter les démonstrations d'affections aux maximum quand on est un Black... Quant à l'autre immondicité, c'est Kreattur, l'un de nos Elfes de Maison. En vérité, il sait très bien cuisiner mais je le soupçonne de me préparer les plats les plus immondes. Il est presque aussi charmant que ma mère. Son ultime ambition est d'avoir sa tête décapitée et accrochée au dessus de la rampe de l'escalier.
- Drôle de famille.
Pendant ce temps là, à quelques mètres à peine, la fille rousse du train discutait avec une autre élève de Première Année, avec laquelle elle venait tout juste de faire connaissance.
- Hey Mary, je me demandais... tu connais des personnes dans les autres Maisons ?
- Oui, répondit la dénommée Mary, une jeune fille assez timide au visage pâle et aux cheveux très foncés. Mon frère est à Poufsouffle et il a quelques amis à Serdaigle aussi qu'il invite souvent à la maison. C'est un préfet, ajouta-t-elle avec un sourire. Tu sais ce que c'est, non ?
- Bien sûr ! répondit Lily précipitamment. Pourquoi ?
Mary eut un petit haussement d'épaules.
- Je t'ai vu sursauter quand la nourriture est apparue, alors j'ai pensé que tu étais peut-être une Née-Moldue... J'espère que tu ne l'as pas pris mal.
- Oh, dit Lily en clignant des yeux. Oui, je suppose que je suis une Née-Moldue.
- Ce n'est pas une insulte, tu sais, s'empressa d'ajouter Mary. Pour tout te dire, moi aussi je suis Née-Moldue, mais mon frère est allé à Poudlard avant moi et il est une vraie mine d'informations. Si tu as besoin... enfin, si tu veux que je t'explique quoi que ce soit, n'hésite pas.
- Merci, mais mon ami Severus m'a déjà expliqué beaucoup de choses, dit-elle en jetant un regard furtif à l'autre bout de la salle. Il a dû juste oublier de préciser que les plats apparaissaient comme ça, c'est tout.
- Tu as déjà un ami ? s'étonna Mary. C'est rare pour les Nés-Moldus de Première Année. Il est dans quelle Maison ?
- Serpentard.
Mary la fixa avec des yeux ronds pendant quelques secondes.
- Serpentard ? chuchota-t-elle. C'est... étonnant.
- Ah bon ?
La jeune fille hésita et rougit, visiblement mal à l'aise avec le sujet.
- Il... Il y a des idées, selon lesquelles les Serpentards ne sont pas très.. Enfin sont plutôt... méchants, finit-elle maladroitement avec un sourire d'excuse.
- Méchants ? dit Lily en élevant la voix. Mais Severus n'est pas comme ça !
Cette phrase attira l'attention de James, qui se pencha en avant pour mieux voir Lily.
- Severus ? dit-il. Tu veux dire le pot de graisse qui te sert d'acolyte ?
- Severus n'est pas mon acolyte, répliqua-t-elle les dents serrées, c'est mon ami ! Mon meilleur ami.
- Ça ? répondit dédaigneusement James. Un meilleur ami ? Tu devrais rehausser tes standards, Rouxie.
- Je m'appelle Lily.
James eut un sourire satisfait et lui tendit sa main.
- Et moi c'est James.
Lily plissa les yeux et l'observa en silence d'un air pensif.
- Et bien, James, dit-elle au bout d'un moment. J'ai le plaisir de t'annoncer que tu es un gros crétin. Sur ce, bon appétit.
Et elle se retourna vers Mary. La main toujours tendue, James haussa un sourcil, franchement étonné.
- On dirait bien que le segment "politesse" de ton cerveau n'est pas encore bien développé, fit remarquer d'un air dubitatif une Première Année aux cheveux blonds, courts et bouclés. Maintenant tu sauras qu'insulter le meilleur ami d'une personne n'est peut-être pas la meilleur façon de se faire apprécier par elle.
James fit mine de lever les yeux au plafond et se tourna vers elle.
- Merci pour l'info, j'en prends pas du tout note. Et tu t'appelles comment, Miss Sarcasme ?
- June, répondit-elle brièvement.
James acquiesça et s'apprêtait à se retourner vers Sirius lorsqu'il s'arrêta soudainement et fronça les sourcils, perplexe.
- Attends...Je t'ai pas déjà vue quelque part ? Ta tête me dit quelque chose.
June écarquilla les yeux, apparemment surprise, et ses joues se teintèrent légèrement de rose. Ayant visiblement perdu de son assurance précédente, elle secoua la tête mais n'ajouta rien.
James cligna des yeux, totalement dépassé par les deux conversations qu'il venait d'avoir, et retourna à son repas. La nourriture disparut après le dessert et le directeur se leva à nouveau.
- Bien, j'espère que vous avez bien profité de cet excellent festin. Avant tout, je souhaiterais me présenter aux nouveaux élèves. Je n'ai pas, après tout, la prétention de croire que tout le monde me connait. Je suis le Professeur Dumbledore, ancien professeur de Métamorphose et actuel directeur de Poudlard. Je pense qu'il est tout à fait inutile de vous préciser l'emplacement de mon bureau, ni le mot de passe nécessaire pour y entrer, j'espère bien que vous n'aurez pas à vous y rendre de si tôt.
La phrases déclencha quelques rires dans la salle, particulièrement auprès des élèves qui eux, connaissaient parfaitement l'emplacement du fameux bureau.
- Sachez néanmoins qu'en cas de problème, ma porte sera toujours ouverte. N'hésitez pas à en demander l'accès à vos directeurs de Maison.
James se demanda silencieusement quel genre de méfait conduirait un élève dans le bureau du directeur. Apparemment, c'était une pièce unique en son genre à Poudlard qui regorgeait d'instruments magiques.
- Voici maintenant les Préfets-en-Chef de cette année, Olivia Greyson et Thomas Miller, annonça Dumbledore. Nous leur souhaitons bonne chance pour cette année !
Deux élèves se levèrent pour saluer modestement la salle et les tables de Serdaigle et Poufsouffle explosèrent en applaudissements.
- J'aimerais avertir les élèves de Première Année que la Forêt Interdite est, comme son nom l'indique, interdite, poursuivit Dumbledore gravement. Nous avons également accueilli un nouvel arbre sur nos terres, un spécimen très rare, mais aussi très dangereux. Demandez donc au Professeur Chourave, si vous avez des doutes, elle se fera un plaisir de vous donner des explications.
Il indiqua une petite sorcière souriante assise à la table des professeurs.
- De ce fait, ajouta-t-il, je ne veux voir personne s'approcher du Saule Cogneur.
Son regard balaya la salle.
- Et c'est valable des Première Année, aux Septième. Je compte sur nos Préfets pour faire respecter l'ordre et veiller sur les plus téméraires d'entre-vous. De plus, notre concierge, Mr Picott, souhaiterait vous rappeler qu'une liste d'objets interdits ayant vu le jour dans l'école il y a trois ans, les élèves qui auraient, disons... tendance à oublier son contenu sont invités à la consulter.
James dissimula un rire, sachant qu'il avait probablement ramené avec lui une bonne moitié de ces fameux objets interdits.
- Pour partir sur une note plus joyeuse, dit Dumbledore en se tournant vers la table des professeurs, j'ai l'honneur de vous annoncer la nomination du Professeur Spikes au poste de Défense Contre les Forces du Mal.
Un professeur aux allures d'arbre desséché, selon James, se leva et fut accueilli par quelques applaudissements.
- 'L'a pas l'air joyeux, celui là.
Spikes se rassit, et Dumbledore finit son discours.
- Les Première Année, suivez les préfets ! Ils vous guideront jusqu'à vos Salles Communes. Vos emplois du temps vous seront distribués par votre directeur de Maison demain matin. Et maintenant, bonne nuit à tous !
Aussitôt, les élèves se levèrent en provocant un vacarme de bancs raclant le sol et de conversations, un vacarme couvert avec peine par les préfets des quatre Maisons qui criaient:
- Les Première Année, par ici s'il vous plaît !
Le groupe des Gryffondors suivit deux préfets à travers le château, empruntant des couloirs que Sirius était certain d'oublier le lendemain. Finalement, après avoir monté un bon nombre d'escaliers et traversé de longs couloirs, ils arrivèrent devant un portrait représentant une grosse dame.
- C'est la Grosse Dame, souffla James en se penchant vers Sirius.
- Je l'avais déjà compris, étonnant non ? répondit son ami avec un sourire en coin.
- Idiot, dit James en lui donnant un petit coup de coude. Elle s'appelle vraiment comme ça.
Le préfet prononça le mot de passe et le portrait s'ouvrit sur un passage menant à la Salle Commune.
- Comment tu sais ça ?
- Mon père, répondit James avec un clin d'œil.
- J'aurais dû m'en douter !
Le préfet montrait maintenant le chemin des dortoirs aux élèves.
- Et maintenant, tout le monde au lit ! ordonna-t-il. Il y a des cours demain !
Les deux amis montèrent dans leur dortoir, situé au premier étage d'une tour annexe à la Salle Commune, suivis de deux autres garçons que James reconnaissait comme étant les deux qu'il avait remarqué sur le quai. Arrivé en haut des escaliers, il poussa la porte du dortoir des Première Année et entra.
- Bon bah, nous voilà chez nous, dit-il en mettant les mains sur les hanches.
- Qui prend quel lit ? demanda nerveusement le petit garçon potelé.
Son ami, un garçon pâle aux cheveux châtains, ne dit rien et se dirigea doucement vers le lit le plus proche de la porte.
- Eh bien je t'en prie, installe-toi, s'inclina James ironiquement. Ton prénom c'est Remus, c'est ça ? Ils l'ont dit à la Répartition.
Le garçon acquiesça silencieusement et traina sa malle, qui avait été déposée au milieu de la pièce avec les autres, vers le pied de son lit. Sirius fut momentanément tenté de l'aider, remarquant la grimace sur le visage de Remus, mais y renonça au dernier moment.
- Et toi, t'es qui ? demanda Sirius en se tournant vers le dernier garçon.
- Peter Pettigrow.
- Eh, mais je connais ! s'exclama Sirius. Du moins, le nom de famille me dit quelque chose. Ta mère c'est Pétronille, non ?
Peter acquiesça, un énorme sourire apparaissant sur son visage à la mention de sa mère, et s'installa sur le lit en face de celui de Remus.
- Au fait, je suis James Potter, se présenta son ami.
- Sirius Black.
Il y eut un bruit sourd tandis que Remus laissait tomber sa chaussure droite, qu'il venait de retirer.
- Black ? répéta-t-il d'une voix blanche.
Il s'agissait là du premier mot que lui adressait personnellement le garçon, et Sirius aurait espéré qu'il soit tout autre.
- Oui, soupira lourdement Sirius en levant les yeux au plafond. Black comme "la plus ancienne et plus pure et plus patati patata des familles".
Remus ne dit rien mais continua d'observer Sirius avec un air mêlé de respect et de crainte.
- Oh ça va ! s'agaça Sirius en lançant ses bras en l'air. Je ne vais pas te massacrer sans pitié parce que ton sang est impur ou parce que tu trouves les Moldus gentils ! Merlin, pour un Gryffondor t'as vachement d'aprioris.
Le ton accusatoire qui lui était spécifiquement adressé fit grimacer Remus, qui n'ajouta rien et entreprit de défaire les lacets de sa deuxième chaussure en silence.
- Bon... il ne nous reste plus que ceux-là, dit James en désignant les deux lits restants.
Ils s'installèrent sur leurs lits et ouvrirent leurs malles pour en sortir leurs pyjamas. Remus prit le sien sous son bras et alla dans la salle de bain pour se changer. Lorsqu'il revint, James lui sourit d'un air taquin et haussa un sourcil:
- Pudique ?
Le garçon le regarda pendant un moment, sa main triturant discrètement la manche de son pyjama, mais ne répondit pas.
- Tu as mal quelque part ? demanda James. On dirait que tu as du mal à marcher...
- C'est rien, dit-il en évitant leur regard. Bon... Je suis fatigué. Bonne nuit.
Et sans plus un mot, il alla s'assoir en tailleur sur son lit et ferma hermétiquement les rideaux.
- Ouais...
James jeta un regard perplexe à Sirius, qui eut une petite moue incertaine. Finalement, James haussa les épaules et plaça les mains sur les hanches, l'air remarquablement énergique malgré leur longue journée de voyage et l'heure tardive.
- Bon, on va visiter le château ?
- Déjà ? s'étonna Sirius.
James le regarda d'un air passablement scandalisé.
- Ne me dis pas que tu veux faire une chose aussi banale, aussi barbante, aussi terriblement inutile, que de dormir.
Sirius lâcha un rire et secoua la tête.
- Dis comme ça, ça a effectivement l'air assez terrible.
- Super ! Le dernier en bas est du crottin d'hypogriffe !
Fusant vers la porte et l'ouvrant avec éclat, toute pensée relative à l'étrange garçon barricadé derrière ses rideaux s'estompa de l'esprit des deux amis, leurs bruits de pas tonitruants et leurs éclats de rires résonnant durant de longues secondes dans le silence du dortoir.
Une review, peut-être ? :)
