Point de vue de Beca :
Les couleurs de l'automne resurgissent autour de vous mais vous n'y prêtez pas attention. Vous êtes plongées dans le bleu des yeux de l'autre en vous demandant comment vous avez pu vous passer aussi longtemps de l'enchantement de telles couleurs. Tout est différent maintenant. Le bleu de ses yeux ne ressort plus autant qu'avant, il semble plus gris, presque entaché de blanc. Tu ne sais pas si c'est parce que tu as nié les couleurs si longtemps ou si c'est l'effet du temps sur son organisme. Cela peut être un mélange des deux aussi.
Tu la regardes et tu ne sais plus parler alors tu murmures le seul mot qu'il reste à ton vocabulaire :
— Salut.
Elle est choquée de te voir là. Cela se lit sur son corps. Tu hésites à poursuivre, tu as peur qu'elle ne te claque la porte au nez. Et si ... Et si ... Tu n'oses envisager les possibilités. Et si, oui.
Tu es soulagée lorsqu'elle te laisse entrer. Tu as peur lorsque son corps gravite loin du tien, elle qui n'a jamais pourtant sur respecter tes limites personnelles. Tu as envie de lui rappeler que c'est toi, qu'elle peut. Mais cela fait sept ans que tu as disparu de sa vie physique et tu ne sais pas si elle le fait encore avec les autres. Peut-être était-ce juste un truc de jeune cool. Au fond de toi, tu en doutes car tu sens la distance qui s'est creusée entre vous. Cela te donne envie de pleurer et c'est ce que tu fais.
Elle t'enveloppe de ses bras et toi, tu peux simplement murmurer dans son cou que tu es désolée. Désolée d'avoir brisé son cœur, désolée, d'être partie, désolée d'avoir tué votre relation. Tu as envie de lui dire que c'est le plus grand regret de ta vie mais tu espères toujours pouvoir rectifier cette erreur. Si seulement, elle te laissait t'expliquer.
Vous parlez. C'est une première, vous parlez actuellement en même temps pour la première fois depuis sept longues années. Tu lui dis : tes regrets, le vide dans ta vie. Elle te parle de lui. Elle t'explique qu'il n'est pas toi mais pourtant, lui aussi a été abandonné par son âme-sœur. Il la comprend à un niveau que tu ne peux atteindre car tu es celle qui est partie, pas celle qui est restée. Elle s'étonne que tu connaisses même sa nouvelle adresse alors tu lui avoues que tu n'as jamais perdu sa trace. Tu as juste voulu lui faire croire le contraire.
Tu abats ta carte maitresse, tu lui montres autour de vous : les couleurs qui resplendissent. Puis tu te lèves et lui tends la main, tu attends qu'elle la prenne pour la tirer avec toi.
— Juste une promenade de quelques minutes.
Tu promets de la ramener rapidement. Main dans la main, vous marchez. Tu lui montres ces nuances magnifiques apportées par les couleurs de l'automne au monde qui vous entoure. Vous vous arrêtez près de son pont préféré au parc. L'instant est romantique. Il y a le chant des oiseaux, l'eau du ruisseau et les couleurs brillantes, vibrantes, uniques.
Tu la prends dans tes bras et tu l'embrasses doucement, fermant les yeux. Tu goutes ce moment, le temps qu'elle t'accorde et tu recules avant qu'elle ne puisse le faire. Ses yeux sont toujours fermés et cela t'aide. Tu quittes l'étreinte de ses bras. La chaleur te manque mais ce qui te brise le cœur, ce sont les couleurs qui faiblissent déjà. Soudain, vous ne pouvez plus vous toucher. Elle n'a pas encore rouvert les yeux et tu prends cela comme un signe.
Tu recules car tu ne supportes pas de la quitter encore une fois. Mais elle a été claire dans son coup de fil tantôt, elle va se marier et ce n'est pas avec toi. Alors tu la laisses à la vie qu'elle a toujours souhaitée et tu t'effaces.
Point de vue de Chloé.
Tu la sens reculer et tu comprends qu'elle te laisse le choix. Tu perçois aussi le froid, lui qui s'avance à mesure qu'elle s'efface et cela te brise le cœur. Comment peux-tu vivre ainsi ? Tu comprends que tu n'as jamais vécu qu'avec elle à tes côtés et tu ouvres les yeux sur un monde gris. C'est trop tard car tu ne la vois plus déjà.
Tu cours, tu cours de toutes tes forces. Tu veux la rattraper, lui dire qu'il n'existe pas. Tu veux lui avouer que tu ne souhaitais que la faire réagir et qu'il n'a jamais été question de se marier à un autre. Tu cours, sillonnant le parc en tous sens. Tu dois te retenir de l'appeler car cela serait ridicule et puis, tu te souviens. Tu sais comment la retrouver. Ton corps sait.
Alors, tu fais confiance et tu fais demi-tour. Très vite, tu la vois. Elle est au bord du lac, un peu plus loin. Tu t'arrêtes de courir. A-t-elle remarqué le changement ? Toi, tu as remarqué la manière qu'a le monde de s'épanouir comme une fleur au printemps. Tu te sens bien. Elle te tourne toujours le dos mais cela n'a pas d'importance. Elle est là. Toi aussi.
Tu t'avances, t'attendant à moitié à ce qu'elle se tourne vers toi. Elle ne le fait pas. Tu comprends pourquoi quand tu l'enlaces. Elle pleure. Elle se raidit dans un premier temps puis comprend que c'est toi et se laisse aller. Elle finit par se tourner dans tes bras et par enfouir sa tête dans ton cou. Ses larmes sont chaudes mais cela n'a pas d'importance.
Vous ne lâchez pas. Même quand la nuit reprend ses droits et que l'air devient froid, vous restez. Et c'est très bien comme ça.
