DISCLAIMER : Les paroles en italique sont en français dans le texte, ce qui justifie quelques fautes de français élémentaires. De plus, rien ne m'appartient, si ce n'est l'histoire, et je ne touche rien pour mes écrits. Sur ce, bonne lecture ;)
XxX
Sherlock déglutit lorsqu'il entendit les derniers mots de l'enfant. Cette situation lui rappelait beaucoup trop sa première confrontation avec Moriarty et l'affaire du poseur de bombes.
« Qui ça ? Qui est là ?
-Aidez-moi, s'il vous plaît…Il est là.
-Mais qui ?!
-Le…Le Monstre.
-Le Monstre ? Qui est le Monstre ? »
Le mystérieux interlocuteur raccrocha alors, plutôt sèchement, à la grande surprise de Sherlock et John. Toutefois, le détective garda son sang-froid et examina tout le contenu du téléphone –qui, heureusement, n'était verrouillé par aucun code-. Il pesta bruyamment lorsqu'il constata qu'il n'y avait aucune information exploitable dans la petite carcasse électronique de l'appareil. Il rangea le téléphone dans sa veste, puis s'assit dans son fauteuil fétiche.
« Le Monstre…, répéta alors John d'une voix blanche.
-Cet enfant doit être français. Même s'il parlait en anglais, il avait un léger accent caractéristique de la pratique régulière de la langue française. Mais, ce ne sont que les mots d'un enfant, un sobriquet ridicule qui désigne certainement un être tout à fait humain. Les monstres n'existent pas.
-Sherlock !, s'exclama alors l'ancien médecin en se retournant brusquement vers son ami.
-Quoi ?, répondit-il, une pointe de colère dans la voix.
-Dis-moi, tu n'as jamais été un môme ? Les peurs d'enfant sont les plus insidieuses. Ce que ce « Monstre » désigne ne peut pas être quelque chose de normal ou d'inoffensif. Et puis, je te rappelle que tu boucles des affaires depuis près de vingt ans maintenant. Je pensais que tu avais compris que les monstres, les vrais, sont bien réels. Tu sais, certains pourraient même te ranger dans cette catégorie. »
Sherlock expira de dédain, puis croisa à moitié les jambes, pensif. Cette nouvelle affaire ressemblait beaucoup à celle du poseur de bombes d'une certaine manière. Il avait l'étrange sentiment qu'un compte à rebours morbide venait de s'enclencher, et que s'il ne faisait qu'un seul faux pas, il pourrait se retrouver avec beaucoup de sang sur les mains. Mrs. Hudson interrompit soudainement sa réflexion en entrant dans le salon, un plateau dans les mains. Elle avait posé deux tasses de porcelaine dessus, ainsi qu'un sucrier, une théière et un récipient pour le lait. Elle le posa sur la table, puis avisa le détective :
« Je me suis dit qu'un peu de thé vous ferait du bien à tous les deux.
-Merci Mrs. Hudson, sourit faiblement John.
-Encore sur une enquête ? Mes pauvres enfants, vous vous tuez à la tâche…, dit-elle en leur servant du thé. Elle tendit ensuite leurs tasses respectives aux deux larrons qui réfléchissaient dans la pièce.
-Oh, pour le moment, c'est plus une énigme qu'une enquête », répliqua Sherlock en se levant et en attrapant la tasse que lui tendait sa logeuse.
Soudain, il se sentit vraiment mal, à deux doigts de perdre l'équilibre, et dût même s'appuyer sur le bord de la cheminée et y déposer sa tasse : le crâne de Stephen, avec ses deux grands orbites vides, lui faisait pratiquement face. Enfin, il aurait pu mieux le détailler si sa vue ne faisait pas à nouveau des siennes : voilà qu'elle redevenait trouble. Oh, il savait très bien pourquoi, mais il savait aussi qu'il faudrait le torturer jusqu'à la mort avant qu'il envisage seulement la possibilité de dire quelque chose. Et puis, surtout, il ne voulait pas inquiéter John avec ses problèmes. Il pesta intérieurement cette fois-ci, au fond de son palais mental : voilà qu'il devenait sentimental à présent.
Quelle horreur.
Sa condition de sociopathe de haut niveau ainsi que sa très longue solitude ne l'avaient pas vraiment aidé dans la compréhension et l'acceptation des sentiments humains. En plus, ça n'était pas comme s'il voulait s'encombrer de ce genre de détails : il observait, accumulait les observations, puis en déduisait la vérité. Point. Les…sentiments et leur mollesse irritante ne faisaient pas partie de l'équation. Toutefois, ce jour-là, sur le toit, il avait pris conscience de la teneur des rares sentiments qu'il éprouvait pour Lestrade, Molly, Mrs. Hudson et, surtout, John. Son amitié lui était plus que précieuse –elle lui était devenue vitale-, et il la chérissait plus que tout au monde. Cependant, son inexpérience dans ce domaine était telle qu'il n'aurait même pas pu mettre de mots dessus : son vocabulaire avait beau –sans se vanter- être plutôt riche et varié, là, les mots s'évaporaient dans son esprit et mouraient sans un bruit, dans un léger soupir. Il avait presque peur que les mots qui pouvaient témoigner de son affection, les traîtres, lui brûleraient la langue dès qu'il les prononcerait. Pourtant, ils n'étaient pas si difficiles à dire :
« John, nous sommes amis et je tiens à toi. »
Vraiment, était-ce donc si ardu pour lui de le regarder en face, soupirer, se rasséréner et lui murmurer ces simples mots ?
Il reprenait peu à peu ses esprits lorsqu'il entendit la voix de son ami résonner dans ses oreilles :
« Sherlock, tout va bien ? »
Le jeune détective s'adossa à la cheminée, ferma les yeux puis se tint la tête afin d'essayer de calmer le début de migraine qui commençait à pulser jusque dans les tréfonds de son crâne. Il perçut ensuite la voix teintée de reproches de sa logeuse.
« Vous n'êtes pas croyable, Sherlock…Quand est-ce que vous avez mangé pour la dernière fois ?
-Je ne suis même pas sûr qu'il s'en souvienne… »
Sherlock rouvrit les yeux, le corps agité de légers tremblements.
« Je n'aime pas du tout le voir comme ça, John…Je vais lui préparer un petit quelque chose à grignoter.
-Non, non, Mrs. Hudson, ne vous tracassez pas avec ça. Je m'occupe de lui.
-Je n'ai pas faim, John, soupira-t-il en se tenant toujours la tête.
-Sherlock, moi non plus j'ai du mal à te voir aussi diminué. Comment veux-tu faire fonctionner tes méninges si tu ne leur donnes pas de carburant ? Tu devrais te ménager, t'aérer la tête.
-Les mots de l'enfant y résonnent encore. J'aurai l'esprit pollué tant que je les entendrai.
-Hum. »
Sherlock perçut un certain scepticisme dans la voix de l'ancien médecin et haussa un sourcil.
« Qui y-a-t-il donc ?
-J'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui te tracasse depuis quelques temps, que tu sembles vouloir garder pour toi.
- Ça ne te regarde pas, John. J'ai le droit à mes petits secrets.
-Petits ? Je doute qu'ils le soient. Nous sommes amis, non ? Même si tu préfères ne rien dire, je veux que tu saches que ça me blesse quand même. J'ai l'impression que notre amitié n'est pas si importante pour toi… »
Le brun tiqua face à cette dernière remarque : elle avait l'effet d'un petit poignard qui se plantait dans le peu de cœur qu'il avait et qui le saignait à blanc.
« C'est…C'est faux. Même si je ne le dis pas souvent, je…
-Oh, je t'en prie. Ne commence pas de discours larmoyants, ça ne te va pas. Dans tous les cas, quoi que tu dises ou fasses, tu n'auras pas le ventre vide. Tu aimes le curry ?
-Curry ?
-Oui, du curry. Un mélange d'épices, emblématique de la cuisine indienne. Je pense préparer un peu de poulet et de riz avec. Ça te va ?
-Est-ce que j'ai le choix ?, grommela-t-il.
-Bien sûr que non, rit doucement John. Je ne veux pas te voir jeûner autant. C'est le médecin qui te parle, et il te garantit que ton régime alimentaire n'est pas du tout un service que tu rends à ton corps.
-Eh bien soit. »
Sherlock s'assit dans son fauteuil, pensif, alors que John s'affairait en cuisine. Il l'entendit ouvrir le réfrigérateur, puis soudainement soupirer avant de s'exclamer :
« Et tu me feras le plaisir de me virer ces oreilles ! »
Il rit légèrement sous sa remarque : les oreilles. Il les avait oubliées celles-là.
XxX
Le dîner se déroula sans aucun encombre mais, alors que Sherlock s'attendait à ce que John reste à passer la soirée ici, il le vit mettre son manteau sitôt la table débarrassée. Il arbora alors son expression d'incompréhension.
« Que fais-tu ?
-Je sors, Sherlock. Je sociabilise, je rencontre des gens… »
Le détective-consultant renifla de mépris :
« Sociabiliser. Aucun intérêt. »
John leva les yeux au ciel : il haïssait son ami lorsqu'il se comportait ainsi, comme un véritable connard froid et sans-cœur. Il se dit alors qu'il était beaucoup top patient avec lui, et que ce dernier abusait largement de son caractère conciliant. Le visage glacial et neutre, totalement dénué de toute empathie, qu'il montrait à la très grande majorité des mortels ne lui inspirait jamais confiance : on aurait dit une immense statue de marbre, blanche -maladivement blanche-, maigre et stoïque. Et puis, il y avait sa voix, une voix de basse qui grondait dans l'air, qui vibrait sur les murs et sur les meubles de leur appartement : John se disait souvent que Sherlock Holmes, le « Tueur de Dragons », avait une voix qui aurait pu parfaitement convenir à l'un d'entre eux.
« Tu devrais sortir, toi aussi. Tu dépéris à vue d'œil. »
John quitta l'appartement sur ces mots, alors que Sherlock y restait, seul. Il n'avait aucune idée de ce qu'il allait faire désormais. Après quelques minutes sans un bruit, il se leva, s'assit à la table du salon, surplombée par le crâne de buffle, puis alluma son ordinateur. Il consulta les e-mails qu'il avait reçus : certains continuaient à lui écrire alors qu'il était déclaré mort depuis trois ans déjà…Trois ans. Le temps passait si vite. Même si Lestrade l'avait soumis à quelques petites affaires -tellement petites qu'il pouvait se permettre de les résoudre dans l'ombre-, l'ennui le guettait et piaffait sans cesses à sa porte. C'était John qui l'avait encouragé à rester caché au 221B. « Pour ta propre sécurité », lui avait-il rétorqué lorsqu'il lui avait demandé pourquoi. Cependant, il avait clairement vu l'éphémère étincelle de pure inquiétude qui avait sur le coup voilé son regard. John Watson et lui étaient indissociables désormais : ils fonctionnaient tous les deux ensembles, et Sherlock savait que le priver de son ami le perturberait suffisamment pour l'empêcher de réfléchir avec logique et intelligence. Ses méninges carbureraient en accéléré rien que pour le protéger : il ne pouvait pas supporter de savoir John en danger. Alors, oui, peut-être que John H. Watson était son plus gros point de pression, et peut-être même qu'il pourrait perdre la vie en tentant de protéger la sienne, mais il comptait plus que tout pour lui. Lorsqu'il avait chuté du toit afin de sauver ses rares amis, il avait pris conscience qu'il n'était pas aussi insensible qu'il le prétendait : ils comptaient énormément à ses yeux. Même Mycroft, d'une étrange manière, occupait une certaine place de son cœur, malgré son petit air méprisant et dédaigneux, son éternel parapluie -qu'il avait avec lui même au plein milieu du mois de juillet- et ses répliques assassines. Sherlock soupira, lorsque le téléphone qu'il avait trouvé dans le coffre sonna à nouveau, dans l'intérieur de sa veste. Il décrocha d'une manière beaucoup plus assurée que la première fois, puis prit la parole d'une voix ferme.
« Parlez-moi. Qui êtes-vous ? Où êtes-vous ? Je ne peux pas vous aider sans ces informations. J'ai besoin de savoir si je veux pouvoir vous sauver du Monstre. »
Il parla volontairement avec beaucoup de lenteur, conscient qu'il communiquait avec un non-anglophone, un enfant de surcroît.
« Aidez-moi. Le…Monstre est là. Il me fait peur, et il est très méchant. Sauvez-moi, Mr. Sherlock Holmes. Il…Il est vraiment très méchant. »
Sherlock haussa un sourcil : il savait qu'il entendait du français, mais il n'en comprenait pas un traître mot. Il pouvait en reconnaître quelques-uns -monstre par exemple, qui était transparent, à une lettre près-, mais il ne parvenait pas à saisir le sens total des phrases que cet enfant lui avait murmurés de sa petite voix toujours aussi angoissée. Il dût se plonger dans les limbes de son palais mental afin de se rappeler des quelques bribes de français qui lui restaient de ses cours à l'école, lorsqu'il n'était qu'un môme. Lorsqu'il eut quelques réminiscences de ses leçons, il se jeta à l'eau :
« Comment…tu…t..te appelles ? »
Il se sentait mortifié par la honte : lui, le grand Sherlock Holmes, le grand détective-consultant, qui maîtrisait parfaitement tous les dialectes d'Europe de l'Est, n'était même pas fichu d'aligner plus de trois mots dans un français correct.
« A…Alice
-Et..Euh…Que…Quel âge ?
-Dix ans.
-Tu…vis où ?
-Fr…France -sa voix devenait de plus en plus saccadée à cause de la peur- Nor…Normandie. »
Sherlock allait répondre lorsque la petite Alice raccrocha à nouveau, le laissant sur la touche. Il avisa un moment le téléphone, l'air absent, puis le rangea dans sa veste, troublé, perturbé même par cette étrange sensation oppressante qui grandissait en lui. La môme s'était plus ouverte à lui cette fois-ci : elle avait enfin livré son nom et là où elle habitait. Toutefois, il n'était pas vraiment avancé dans son enquête, et y réfléchir seul ne l'y aidait pas vraiment. Il soupira puis s'assit dans son fauteuil, penché en avant, les yeux cachés dans ses mains. Lestrade, malgré tout, venait de le lancer sur une affaire phénoménale, tellement importante qu'il lui était encore difficile d'en réaliser les conséquences possibles. En plus, elle mettait en jeu des compétences qu'il n'avait pas.
Génial.
Il allait devoir se casser la tête à apprendre la langue de ce satané Molière. Ça n'était vraiment, vraiment pas le moment.
XxX
John était assis au comptoir d'un petit bar de Londres devant une pinte de bière, à discuter avec Greg. Depuis le temps qu'il connaissait Sherlock maintenant, il avait appris à en savoir plus sur le lieutenant, et ils avaient fini par se lier d'amitié au fil des enquêtes. Discuter avec lui avait également permis au médecin d'en apprendre plus sur le mystérieux benjamin Holmes. Lorsqu'ils s'étaient rencontrés la première fois, cela faisait cinq ans que le lieutenant et le détective travaillaient ensemble de temps à autre. Bien sûr, Greg lui avait à de nombreuses reprises confirmé le caractère de son ami, à savoir qu'il se révélait la plupart du temps froid, acerbe, cruel parfois -le policier faisait en permanence référence à ses doutes concernant l'affaire de « l'Etude en Rose », où il avait clairement vu une empreinte de chaussure d'homme imprimée dans le sang du chauffeur de taxi, au niveau de son épaule-, mais il savait aussi qu'il ne s'entourait réellement que de gens qu'il jugeait dignes de confiance. Et, John et Greg étaient tous les deux heureux que Sherlock se fie à eux : son amitié était si rare, si unique, qu'elle en devenait extrêmement précieuse à leurs yeux. John finit alors sa pinte, puis prit la parole, alors que Greg avait fini de lui raconter ses nouvelles péripéties dans le monde de la police.
« Dis-moi, pourquoi Sherlock se trompe-t-il sans cesse sur ton prénom ?
-Je…Je ne sais pas vraiment, hésita un temps Lestrade. Peut-être est-ce de la provocation, ou alors…Il fait vraiment le tri dans le disque dur qui lui sert de cerveau : il ne garde que les choses les plus importantes, et mon nom n'en fait sans doute pas partie. Pourtant…Il le retient, le tien.
-C'est vrai.
-Mais Sherlock est toujours sur le fil du rasoir. Je n'arrive jamais à savoir s'il me provoque ou pas, reprit le lieutenant en prenant une gorgée de bière. Sinon, vous avez avancé, sur le coffre ?
-Nous avons réussi à l'ouvrir finalement : il y avait un téléphone à l'intérieur et… »
John fut interrompu par son propre téléphone qui sonna dans la poche de son manteau. Il l'attrapa et décrocha rapidement lorsqu'il constata que c'était autre Sherlock qui l'appelait. Il prit alors la parole :
« Allo, Sherlock ? Il y a un problème ?
-Reviens immédiatement à Baker Street avec Lestrade. J'ai du nouveau.
-Comment tu sais que je suis avec lui ?
-Enfin, John, c'est évident, renifla-t-il avec un éternel soupçon de mépris. Bref. Viens vite. »
Et il raccrocha, laissant John pantois et intrigué alors que Greg avait haussé un sourcil. Sans même un seul mot, ils quittèrent le bar puis retournèrent au 221B. Ils y déboulèrent une dizaine de minutes plus tard : évidemment, ils y trouvèrent Sherlock, en robe de chambre, qui jouait du violon -John ne reconnut pas l'air qui s'échappait de ses cordes, certainement l'une de ses compositions- et leur tournait le dos. L'ancien médecin prit alors la parole, mais le détective continua à jouer.
« Quel est le problème, Sherlock ? »
Il s'arrêta soudainement, puis resta un moment pensif avant de répliquer, parfaitement neutre :
« L'enfant a rappelé. Je t'ai prévenu dès la fin de notre petite conversation.
-Et ? Du nouveau ?, s'exclama presque John.
Sherlock cessa de jouer brusquement, puis commença à marcher dans le salon :
« Une petite fille. Elle s'appelle Alice, a dix ans et…vit en France, en Normandie ou quelque chose comme ça.
-Bon, on en sait déjà un peu plus.
-C'est un peu léger, mais on a une petite base, répondit Lestrade. John m'a dit que vous aviez ouvert le coffre.
-En effet, Gary, reprit le détective alors que John soupirait en levant les yeux au ciel. Nous avons été mis en contact avec une petite Française grâce au téléphone qui se trouvait dans le coffre. Vu le ton de sa voix, elle semble en danger. Peut-être a-t-elle été kidnappée. Certainement même.
-Je vais prendre contact avec la police française et Interpol. Je vais me renseigner pour savoir s'il y a eu un enlèvement d'une enfant nommée Alice il y a peu.
-C'est une bonne idée. Cette gamine est en danger. Il faut tout faire pour la sauver., affirma John d'une voix ferme.
-John. Il faut qu'on aille en France, reprit alors Sherlock
-Quoi ?
-Il faut qu'on aille directement sur le terrain. On ne peut rien faire pour sauver cette gosse en restant ici. »
Il le voyait déjà s'avancer vers sa chambre, à préparer sa valise pour partir de l'autre côté de la Manche. Il semblait impatient, prêt à partir, et il put même constater un petit sourire d'enthousiasme sur ses lèvres.
« Sherlock, soupira-t-il.
-Quoi ?
-Tu sais parler français ? »
Le détective s'arrêta soudainement dans son action, puis se retourna vers John en un volte-face presque théâtral en faisait voler les pans de sa robe de chambre.
« Oh. Non. »
Lestrade rit, sarcastique :
« Je suis plutôt étonné de cette révélation.
-J'ai plus l'habitude des réseaux criminels serbes et biélorusses que de ceux français, renifla-t-il avec un certain dédain, teinté de mépris.
-Dans tous les cas, c'est hors de question qu'on aille là-bas sans que tu saches baragouiner le français un minimum.
-Oh, j'apprendrai sur le tas !, pesta Sherlock en faisant un geste désinvolte de la main.
-Comment veux-tu donc aider cette petite si tu ne comprends pas un traître mot de français ?
-Pfff… »
Il devait reconnaître qu'il avait raison.
« Et toi donc ?, rétorqua-t-il. Sais-tu le parler ?
-Je me débrouille, disons. En tout cas, je peux tout à fait m'en sortir là-bas. L'armée te permet de développer de nombreuses compétences, et la pratique de plusieurs idiomes peut toujours être utile sur le terrain.
-Pfff… »
Sherlock n'adressa aucun regard ni à Greg ni à John, puis s'enferma dans sa chambre en claquant la porte avec violence.
« Je crois que tu l'as vexé, reprit Lestrade.
-Arrogant comme il est, il a du mal à supporter l'échec, surtout pour une chose aussi futile et banale. Il est en train de crever intérieurement de honte, plus ou moins mortifié par l'échec.
-Bon…Je vais te laisser, John. Il est tard et j'ai encore du travail. Ça m'a fait plaisir de prendre ce verre avec toi. Et…Bonne chance avec lui. Tu vas en avoir besoin.
-Merci beaucoup, sourit l'ancien médecin en reconduisant le lieutenant à la porte. Et oui, je vais en avoir besoin. Sherlock peut être un vrai gamin quand il veut. »
XxX
Le lendemain matin, lorsque John descendit dans le salon, il fut très surpris de voir Sherlock levé avant lui, dans son fauteuil fétiche, un exemplaire d'« Alice au Pays des Merveilles » dans les mains, en français. Il le lisait avec une certaine concentration, les sourcils froncés sur les petits mots dactylographiés. John bailla, et avisa l'heure : il était actuellement sept heures cinquante-deux.
« Sherlock.
-Bonjour John.
-De la littérature dès l'aube ?, rit l'ex-médecin.
-Hum. Le français dénature tellement tout le côté…emblématique de l'écriture de Lewis Carroll. Quelle ignominie. »
John haussa un sourcil face aux derniers mots du détective-consultant : c'était du français, soutenu en plus, et dit sans aucun accent.
« Wow. Impressionnant.
-Tu le sais pourtant. Mon cerveau est un disque-dur doublé d'une éponge. Une nuit à bûcher un peu sur Internet et sur quelques sites judicieusement choisis m'a suffi. J'ai les bases les plus solides possibles, alors, prépare tes affaires, on part. Et ce, dès aujourd'hui. »
John soupira : son ami n'avait pas dormi de la nuit et voilà qu'il voulait repartir pour un tour. Incorrigible, comme à son habitude.
