Merci à vous qui suivez cette histoire avant tant d'attention.

Les choses vont quelque peu se corser..


William avait le regard perdu dans le vide, ses mains tenant les maigres preuves qu'il avait récolté tout au long de la journée. Il s'agissait essentiellement de témoignages qui ne lui apprenaient malheureusement rien de nouveau. L'enquête de voisinage s'était révélée infructueuse, personne n'avait rien vu de suspect avant l'explosion. Cette fois ci une petite boutique de chapeaux pour dames s'était envolée en fumée. William devait avouer que cette enquête n'avait aucun sens. Pourquoi faire exploser ces bâtiments. Quel en était le but ? La seule certitude qu'il avait pour le moment était que ces différentes explosions étaient toutes liées entre elles. Il lui suffisait de trouver ce lien pour trouver l'auteur des faits.

Il se leva précipitamment et sortit de la pièce « George, pouvez venir dans mon bureau ? »

Le jeune agent arriva quelques secondes plus tard « Monsieur, y'a t'il quelque chose que je puisse faire pour vous ? »

« Oui George, je voudrais que vous alliez parler à tous les propriétaires des boutiques qui ont explosé. Cherchez le moindre petit détail dans leur parcours qui serait susceptible de nous aider à trouver un lien entre toutes ces personnes. Je suis persuadé que l'indice est là »

George acquiesça « Bien Monsieur. Et pour l'usine désaffectée ? Dois je trouver son ancien propriétaire ? »

« Oui George. Demander à Higgins d'éplucher les archives pendant que vous interrogerez ces personnes. Nous n'avons pas une seconde à perdre. Chaque jour qui passe le risque s'intensifie qu'une nouvelle bombe explose et qu'elle ne fasse encore plus de victimes »

« C'est comme si c'était fait Monsieur » Le jeune homme allait sortir mais il se retourna au dernier moment. « Comment va le Docteur Ogden Monsieur ? »

Que devait il répondre à cela ? Il n'en était pas tout à fait sûr lui même. L'enquête lui avait permis de s'évader pendant un court moment loin de cette tristesse et de cette peur qu'il ressentait constamment depuis quelques jours.

« C'est difficile à dire George. Elle se sent impuissante et je dois vous avouer que je ressens la même chose »

George cacha son étonnement du mieux qu'il put. L'inspecteur William Murdoch ne se livrait jamais aussi facilement. Cette admission, faite du bout des lèvres, était la preuve que son supérieur avait besoin d'aide.

« Monsieur, sachez que tous les hommes du poste numéro 4 vous épauleront du mieux qu'ils pourront dans cette enquête. Je suis persuadé que nous trouverons le coupable et que le Docteur Ogden retrouvera la mémoire »

William voulait tellement croire aux paroles du jeune agent mais hélas il ne se sentait pas d'humeur aussi optimiste à cet instant. Cependant, il appréciait le soutien infaillible qu'il lui témoignait à chaque épreuve.

« Merci George. Avez vous bien envoyé la lettre destinée à Miss Ogden comme convenu ? »

« Ce matin même Monsieur. Je dois dire que je suis plutôt impatient de la voir revenir à Toronto »

« Et bien pour une fois je suis plutôt impatient aussi George »


William quitta le poste de police peu après 18h afin d'avoir du temps pour se préparer pour son pique-nique avec Julia. Il avait préparé lui même le repas : des sandwich à la confiture et aux beurres de cacahuète, ceux que Julia aimait tant, sans oublier la bouteille d'absinthe qu'il avait pris soin d'acheter avant de se rendre chez lui.

William savait que Julia ne se rappelait pas de leur fameux pique-nique quelques années plus tôt où ils avaient consommé une grande quantité d'absinthe. Julia avait oublié leur premier baiser, les premiers gestes passionnées, les premiers mots doux murmurés mais également la joie qu'ils avaient ressenti le lendemain lorsqu'ils avaient partagé un autre baiser pour se rassurer que ce qu'ils avaient vécu la veille était bien réel. Et pourtant elle s'était souvenue d'un détail précis : elle aimait l'absinthe et les pique-niques. Une lueur d'espoir brillait dans les yeux de William. Il était certain que les souvenirs de Julia n'étaient pas totalement perdus et qu'il suffisait juste de les raviver. Et pour mener cette mission à bien, William avait une idée derrière la tête.

Il prit le panier et le reste de ses affaires, bien déterminé à exposer son projet au Docteur Altman et surtout à Julia.


La conversation entre les deux hommes était animée.

« Monsieur Murdoch, je comprends tout à fait votre inquiétude mais je ne pense pas qu'il soit bénéfique au Docteur Ogden de quitter notre hôpital aussi tôt. Nous préférons la garder en observation pour nous assurer que son cerveau n'a subi aucun autre dommage »

William fit appel au peu de calme qu'il possédait encore pour ne pas exploser. La fatigue avait eu raison de lui et sa patience commençait à se faire rare.

« Docteur Altman j'apprécie vraiment tout ce que vous avez fait pour le Docteur Ogden durant ces derniers jours mais elle n'est pas votre bête de foire. Vous ne pourrez pas la garder ici éternellement. Je reste persuadé que tout ce dont elle a besoin est d'un peu de stabilité et de calme. Peut être qu'en rentrant chez elle certains de ses souvenirs lui reviendront en mémoire »

Le Docteur Altman tentait de contenir une certaine irritation « Il y'a de nombreux procédés que nous n'avons pas encore expérimentés. Nous pourrions par exemple la mettre sous hypnose afin de lui suggérer certains souvenirs. L'amnésie est une pathologie que nous connaissons encore très mal et il serait plus qu'intéressant d'étendre nos recherches grâce au Docteur Ogden »

William vint se positionner si près de l'homme en face lui qu'il pouvait sentir son souffle de tabac à la menthe poivrée. Malgré la stature imposante du Docteur, William resta impassible.

« C'est justement ce que je souhaite éviter Docteur. Je ne veux pas qu'elle devienne l'un de vos cobayes. Elle retrouvera la mémoire croyez moi et ce ne sera certainement pas grâce à vous et à vos méthodes douteuses »


William décida de prendre l'air avant de rendre visite à Julia. Il ne voulait pas qu'elle le voit dans cet état et que la culpabilité la ronge. Ce soir il souhaitait la voir sourire et peut être même rire. Un millier de petites choses lui manquaient comme le son de son rire, ce regard si particulier et la façon qu'elle avait de poser ses mains sur ses hanches lorsqu'elle était en colère contre lui mais ce qui lui manquait le plus c'était cette manière à la fois si douce et si passionnée qu'elle avait de l'embrasser. Il aimait particulièrement le moment où elle laissait voyager ses mains dans ses cheveux. Rien n'était plus exquis que les baisers de Julia et William sentait un manque grandir en lui à mesure que les jours passaient. Combien de temps tiendrait il avant de la serrer dans ses bras ?

William prit place sur le banc qui se trouvait à proximité et prit sa tête entre ses mains. Le doute commençait à s'insinuer en lui. Et si le Docteur Altman avait raison ? Peut être valait il mieux que Julia reste sous la surveillance de médecins compétents. Et pourtant son cœur lui criait de faire confiance à son instinct.

William était un homme de science et pourtant il savait intimement que cette fois ci la science ne leur serait d'aucune aide.


Julia attendait nerveusement l'arrivée de William. Elle avait passé l'après midi à penser à lui. William Murdoch la troublait au plus haut point et elle n'arrivait pas à en comprendre la raison. Elle se sentait inexplicablement et irrésistiblement attirée par lui. Sa douceur, sa bienveillance, la façon qu'il avait de la regarder parfois..tout cela cachait quelque chose et elle avait la ferme intention de découvrir ce que c'était. William lui avait assuré qu'ils n'étaient que de simples collègues. Mais alors pourquoi son regard était si intense quand il la regardait? Pourquoi ses mains tremblaient-elles à chaque fois qu'elles touchaient les siennes ? Et pourquoi sa voix se brisait par l'émotion lorsqu'il lui répétait inlassablement qu'il serait toujours là pour elle ? Depuis qu'elle s'était réveillée dans cette chambre d'hôpital, sa vie n'était remplie que de questions sans réponse. Finalement une question la troubla ardemment : pourquoi découvrir qui était William Murdoch était il devenu plus important que de découvrir qui elle était elle même ?

Julia avait passé les dernières minutes à tourner en rond. Une jeune femme nommée Emily lui avait apporté quelques affaires. Julia avait choisi de s'habiller avec soin mais sans en faire trop. Elle s'était légèrement maquillée pour dissimuler la pâleur de ses joues et les poches sous ses yeux. Elle se tapotait légèrement les joues lorsqu'on frappa à la porte.

Julia eut le souffle coupé lorsqu'elle vit le magnifique bouquet de fleurs qu'il tenait à la main. Le bouquet était essentiellement composé de pivoines roses pales.

William dansa nerveusement d'un pied à l'autre avant de lui tendre le bouquet.

« J'ai pensé qu'elles ajouteraient un peu de couleur à votre chambre »

Julia respira profondément le parfum émanent des pivoines « Merci de cette délicate attention William »

Il la regarda prendre un récipient dans lequel elle déposa les fleurs. Il la trouvait particulièrement belle ce soir. Sa voix le sortit de sa douce rêverie.

« Dites moi William pourquoi avoir choisi des pivoines ? »

William se racla la gorge brièvement « Pour la simple raison que ce sont vos fleurs préférées »


Ils marchaient tranquillement à travers le parc à la recherche d'un coin isolé. Julia avançait machinalement sans prêter attention au paysage qui défilait autour d'elle. William semblait connaître beaucoup de choses sur elle au point de savoir qu'elles étaient ses fleurs préférées. Des émotions contradictoires se bousculaient dans sa tête. Pourquoi avait elle cette sensation désagréable que l'homme qui se tenait à ses côtés ne lui disait pas toute la vérité.

« Cet endroit vous convient-il ? »

Julia prit le temps d'observer les lieux avant d'acquiescer.

William installa une couverture au sol puis il lui tendit sa main afin qu'elle puisse y prendre place.

Il sortit les sandwichs du panier puis la bouteille d'absinthe.

« Je sais que ce n'est pas conseillé dans votre état mais nous saurons être raisonnables »

Ils trinquèrent à la santé de Julia avant d'entamer leur sandwich.

« Mon dieu William ! Ces sandwichs sont vraiment délicieux »

William sourit à cette remarque « Je savais qu'ils vous plairaient »

Julia posa son sandwich un instant profitant de la perche qu'il lui avait tendu « Vous semblez savoir beaucoup de choses sur moi pour un simple collègue »

William manqua de s'étouffer en entendant ces mots. Une chose était certaine : Julia n'avait rien perdu de son franc parler.

« Je vous l'ai dit Julia, nous avions l'habitude de parler longuement après le travail »

Julia refoula sa déception avec difficulté « Pourquoi n'arrêtez vous pas de me mentir William ? Vous croyez que je n'ai pas remarqué la façon que vous avez de vous comportez avec moi ? Vous êtes le seul de mes collègues à passer chaque jour avec moi, à prendre soin de moi »

Elle se leva précipitamment « Comment puis je avoir confiance en vous si vous n'êtes pas franc avec moi ? Je n'ai aucun repère William. Je pensais pouvoir compter sur vous mais à l'évidence je me trompais. Je n'ai pas besoin de complications supplémentaires dans ma vie en ce moment »

William n'eut le temps de faire quoi que ce soit avant de voir Julia s'éloigner à toute vitesse. Désemparé, William la regarda s'éloigner de lui encore une fois.