Pfouh! Je crois bien que ce chapitre-là sera le plus long de la fic. En effet, dans celui-ci, je m'éloigne du film Ladyhawke duquel je m'inspire pour écrire plutôt un récit libre tout en restant fidèle au schéma du film, en tout cas, à ce stade-là. En effet, là où les explications d'un élément-clé de l'histoire étaient racontées dans un simple dialogue entre deux personnages dans Ladyhawke, ici, j'ai préféré mettre en scène les explications en question dans un chapitre de flashbachs. Je trouve que c'est mieux.
Bonne lecture
Chapitre 4: Un sombre passé
Une jeune fille blonde arrivait près d'une ville qui semblait surveillée à chaque recoin. Elle se demandait bien comment elle allait faire pour y entrer car tout le monde semblait la regarder d'un mauvais œil. Et elle avait raison
«-Qui êtes-vous? demanda un homme d'une voix agressive
-Je m'appelle Astrid Hofferson. Je viens habiter chez mon oncle Gueulfor Dorguor.
-Pourquoi portez-vous une hache?
-C'est un cadeau de ma mère défunte Folia Dorguor. Elle était une guerrière comme moi. Mais pourquoi me demandez-vous cela?
-A Grimborn, les soldats doivent toujours savoir les raisons des allers et venues des autres soldats tous comme des habitants ou de ceux qui veulent venir vivre ici. Nous allons chercher Gueulfor Dorguor afin de vérifier vos dires et savoir si nous pouvons vous laisser entrer.
-Ça suffit Ryker!»
Un jeune homme brun au corps fin venait de se rendre à l'entrée de la ville. Il regardait le soldat sévèrement.
«-Capitaine Harold…
-Le forgeron Gueulfor a affirmé avoir reçu une lettre il y a plusieurs jours de cela l'informant de la mort de sa sœur et de son beau-frère. Elle l'avertissait également de l'arrivée de sa nièce.
-Oh!
-Cependant, le fait d'ignorer cela n'excuse en rien le ton que tu as employé. Rien ne justifie une telle impolitesse.
-Je…je n'ai pas voulu lui manquer de respect, Harold. Mais tu connais les ordres du Seigneur Viggo. On ne doit pas laisser entrer n'importe qui.
-Pas si la Garde autorise l'accès en donnant de bonnes raisons. Et puis, môssieur le Seigneur Viggo devrait revoir sa façon de penser.
-Il a eu de la chance que le Seigneur Viggo apprécie ses talents. Sinon il n'aurait jamais été Capitaine aussi jeune. Si ça n'était pas le cas, je l'aurais tout de suite tué ce petit arrogant. Vous pouvez entrer, mademoiselle.
-Merci.»
«-Merci de m'avoir aidé Capitaine. Je n'aurais pas su quoi faire sans vous.
-Ne me remerciez pas. Je ne fais que mon devoir de soldat. Et puis, ils ont tendance à oublier qui est leur Chef.
-Comment pouvez-vous être Capitaine? Vous êtes si…jeune.
-Le Seigneur Viggo. Je n'ai peut-être pas le physique d'un soldat mais il a apprécié mon esprit stratégique comme il l'appelle. Je suis monté en grade assez vite tout en travaillant à la forge avec Gueulfor pour me fabriquer mes propres armes moins lourdes et, surtout, plus perfectionnées donc plus efficaces pour me battre.
-Vous voulez dire que…vous connaissez bien mon oncle?
-Avant d'être soldat, j'ai travaillé avec lui. Il m'a pris sous son aile quand mon père est mort. Je n'étais qu'un enfant. Ma mère et moi étions sans le sou et n'avions nulle part où aller. Alors, il nous a aidés à survivre.
-Ah.
-Vous semblez vexée.
-Non, c'est juste que…vous connaissez mon oncle depuis années; alors que moi, il ne m'a vu qu'une fois quand j'étais un bébé. Je ne me rappelle même plus son visage alors que je suis de sa famille.
-Oh je…
-Ne vous excusez pas. Vous ne pouviez pas savoir.
-Ah, nous sommes arrivés. Eh bien, je vais vous laisser en famille.
-Non.
-Mais mademoiselle Hofferson…
-Appelez-moi Astrid, Harold. Puisque vous connaissez mon oncle mieux que moi, autant que je vois quels sont vos liens. Après tout, à partir de maintenant, je vais vivre avec lui. Même si vous n'étiez pas là, il aurait sûrement envie de parler de vous. Alors, autant que vous restiez pour éviter qu'il me dise des choses que vous jugez gênantes à votre sujet.
-J'a…J'avoue que je n'avais pas pensé à ça.
-Hahaha!»
Harold frappa à la porte de la maison de Gueulfor. C'était une demeure de taille moyenne d'un homme ni très riche, ni très pauvre ayant de quoi se nourrir, se vêtir, rester propre et quelques accessoires de conforts et de décorations. Lorsqu'il ouvrit enfin la porte, il sembla très surpris.
«-Gueulfor, ta nièce est arrivée.
-Est-ce bien la petite Astrid? Cette grande et magnifique demoiselle qui se tient avec toi?»
A ces mots, il la prit dans ses bras et l'entraina à l'intérieur de la maison.
«-Harold, entre donc, dit Gueulfor, Tu sais que tu es chez toi ici.
Oh ma petite Astrid. J'aurais tellement aimé te revoir dans de meilleures circonstances. Ma pauvre sœur. Tu lui ressembles tellement. Avec des bras un peu plus costauds peut-être. Ceux de ton père, sans doute. Oh paix à leurs âmes à ces deux-là. Ils allaient si bien ensemble. Mais assez parlé de ça. J'espère que l'accueil n'a pas été trop rude.
-Non, grâce à Harold.
-Oh gamin, tu as encore remis Ryker à sa place, c'est ça.
-Heu…j'ai juste fait mon devoir de Capitaine.
-Haha, toujours aussi modeste, toi. Il est comme ça depuis qu'il fait cette taille. Attendez, je reviens. Voilà.
-Des petits gâteaux? dit Astrid surprise
-Oh, ils ne sont pas de moi. C'est la mère d'Harold qui les a faits. Elle en est assez fière. Faut dire que c'est la seule chose qu'elle sait faire.
-Gueulfor!
-Voyons Harold, tu sais que c'est vrai. Quand tu étais petit, elle a essayé de te faire un ragoût de moutons et tu es tombé malade pendant une semaine.
Allez Astrid, régale-toi. Tu dois avoir faim après un si long voyage. Oui, c'est vrai.
-Hé bien…
-Ne t'inquiète pas. Quand la mère d'Harold sait faire quelque chose, elle ne se rate jamais. Alors, tu te mettras pas en danger si tu manges ces gâteaux.
-B…bon. Hum, c'est vrai qu'ils sont délicieux.
-Qu'est-ce que je disais?»
Quelqu'un frappa à la porte.
«-Ah, ça doit être elle. Je vais lui ouvrir. Hé Harold, pas de bêtises avec ma nièce avant que je ne revienne.
-Gueulfor!»
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Alors qu'Astrid s'affairait à entretenir sa hache dans la forge de son oncle, elle entendit des pas derrière elle. Elle arrêta son occupation et se retourna.
«-Je suis navrée monsieur. Si vous souhaitez commander ou faire réparer une arme, il faudra revenir demain. Aujourd'hui, la forge est fermée.
-Oh mais je ne suis pas là pour ça. En réalité, je suis venu me présenter à votre personne. Je suis Viggo Grimborn.
-Le Seigneur Grimborn?
-Exactement. Et vous, vous êtes Astrid Hofferson, la nièce de Gueulfor Dorguor. Je vous ai aperçu dans Grimborn et la Garde m'a dit votre nom.
-Je…Je…Oh, je n'ai pas envie d'entendre parler d'eux Seigneur Grimborn. Je comprends que vous ayez pour but de protéger votre ville mais je ne vois pas la nécessité de traiter les arrivants comme de potentiels criminels.
-Ah. Vous êtes franche. J'aime la franchise. Vous devez comprendre qu'il s'agit d'une procédure de sécurité et que lever la voix et se montrer brutal est nécessaire pour se faire respecter. Mais assez parler de ceci. Souhaitez-vous passer une après-midi en bonne compagnie par ce temps magnifique?
-Hé bien…
-Parfait. Je vais vous montrer mes magnifiques jardins. Vous verrez, vous allez les adorer.
-Mais la…
-Le Seigneur Grimborn a toujours ravi les femmes, vous ne ferez pas exception. Et puis, vous êtes en présence du Chef de votre ami.»
«-Alors, que dites-vous de ces chanteurs et cette musique?
-Et bien, tout ceci est très flatteur Seigneur Viggo mais ma spécialité, c'est plutôt les armes et le combat.
-Oh. Vous voulez dire que vous préférez le combat au fait qu'on veuille vous faire plaisir?
-Non, vous m'avez mal compris. Je suis flattée que vous ayez voulu me faire plaisir mais le chant et la musique…disons que ça n'est pas ma chope de lait de yak1.
-Je vois. Dans ce cas, peut-être que…
-Viggo!
-Ryker, que fais-tu ici?
-Regarde.»
Le Lieutenant Ryker était venu dans les jardins avec un prisonnier ligoté et qui s'agitait dans tous les sens tout en tremblant.
«-Regarde la belle prise.
-Ryker, je t'ai déjà dit de venir dans mes jardins uniquement en cas d'urgence. Lorsqu'il s'agit de captures ou de prisonniers, tu t'en occupes avec le Capitaine.
-Harold. Mais tu le connais, il ne voudra jamais…
-Si c'est le cas, j'aurai une discussion avec lui et on verra bien s'il ne voudra pas.
-C'est toi qui le dis.
-Assez, emmène-le.
-Bien…Seigneur Viggo, ajouta Ryker sur un ton sec en s'en allant
-Excusez-moi Seigneur Viggo mais…Harold ne voudra pas quoi?
-Oh Astrid. Je suis vraiment navré que vous ayez eu à assister ceci. Normalement, cela ne concerne que mon travail et n'est jamais vu par personne. Mais bon, puisque vous semblez curieuse et que vous et Harold êtes proches, il vous parlera sûrement de ce genre de chose si je ne le fais pas avant.
-Quel genre de chose?
-Et bien, votre ami et moi avons des désaccords sur les punitions à infliger aux prisonniers de Grimborn. J'ai toujours pensé que la meilleure méthode pour se débarrasser des pires criminels étaient de leur faire passer la corde au cou dès que l'occasion se présentait. Mais ce cher Harold n'est pas du même avis. Il veut que nous vérifiions si les prisonniers sont bien les criminels qu'on les accuse d'être et, pire que tout, demande que chacun d'entre eux ait un procès pour décider de quoi ils seront condamnés.
-Et…en quoi n'êtes-vous pas d'accord avec cela?
-Les criminels sont des criminels peu importe ce qu'ils ont commis. Et quand quelqu'un est accusé de quelque chose, il est forcément coupable. Pourquoi aurions-nous besoin d'aller chercher plus loin quand la solution est sous notre nez?
-Ma mère m'a souvent dit que les apparences étaient trompeuses.
-Malheureusement, nous ne sommes pas à un cours de morale Astrid mais dans un cadre de protection du peuple. Nous ne pouvons pas nous permettre de douter.
-Je vais me retirer Seigneur Grimborn. Mon oncle doit se demander où je suis passée et je dois faire en sorte que la forge soit prête pour demain.
-Faites donc, Astrid. Encore une fois, je suis désolé que mon frère vous ait mit à l'aise. Mais laissez-moi vous dire ceci: je suis flatté que vous ayez accepté mon invitation.
-Vous vous seriez montré trop insistant si j'avais dit «Non». Je ne connais que trop bien votre réputation. Néanmoins, à partir de maintenant, je vais vous montrer que je ne suis pas une fille facile.»
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Dans les quartier privés du Souverain Viggo Grimborn.
«-Je sais pourquoi vous m'avez fait convoquer, dit Harold, Alors inutile de le dire.
-Trois fois. Trois fois en un mois que tu t'opposes à mes ordres.
-Quatre.
-Cela ne peut plus durer. Tu es peut-être le Capitaine de la Garde mais je suis le Souverain de Grimborn. Tu ne peux pas t'opposer à mes actions comme ça.
-Mon rôle de soldat ne consiste ni à assassiner des innocents, ni à prendre des décisions injustes. Personne n'était sûr que cette famille avait abrité des meurtriers. Et cette triple exécution que vous avez exigée n'allait être appliqué que sur des voleurs n'ayant jamais commis des crimes abominables. Si nous voulons agir d'une façon respectable, nous devons mener des enquêtes et juger les prisonniers.
-Toi et tes idées.
-Elles sont appréciées. Tout comme moi ici. Et ce n'est pas en me torturant avec votre joyau astral que vous m'inciterez à faire des choses injustes.
-Je pourrais te faire exécuter pour insubordination.
-Si ça m'arrivait, au moins, je serais resté digne et fidèle à moi-même plutôt que d'être un pion sans conscience morale.
-Il est hors de question que je gâche un tel potentiel. Mon frère est peut-être fort mais il est stupide. Je refuse de me débarrasser d'Harold. Jusqu'ici, il a réussi à se faire craindre de la plus dangereuse vermine et se faire aimer par le peuple. Sans lui, l'image de Grimborn perdra sa bonne réputation. Si je ne règle pas cette querelle, cette réputation n'existera plus. Si tu me rends un service, nous ferons selon tes idées.
-Vraiment?
-Je suis un homme de parole.
-Dans ce cas, que dois-je faire?
-On m'a dit que tu connaissais bien Astrid Hofferson.
-Hé bien, c'est la nièce de Gueulfor. Donc, il m'arrive de la voir. Pourquoi?
-Regarde ce coffre. Tous ces mots, je les ai envoyés à Astrid. Des dizaines de lettres jamais ouvertes. Et des tas de poèmes jamais lus. Tous m'ont été renvoyés par ma destinataire. C'est pourquoi j'ai besoin de toi. Prends ce poème. Tu vas le lui lire à haute voix. Et après ça, je viendrai la voir et lui demanderai ce qu'elle a pensé de mes vers afin d'être sûr qu'elle ait entendu.
-Vous voulez que je serve d'intermédiaire?
-Je suis désolé mais je n'ai pas le choix. Si elle avait daigné ouvert un de mes mots, je ne t'aurais pas demandé de faire ceci. Rends-moi ce service et je ferai ce que j'ai promis.
-Pourquoi faites-vous cela? Si Astrid n'a pas ouvert vos mots, elle voudra encore moins entendre celui-ci.
-Je ne t'ai pas demandé ton avis! Et je ne te demande pas la lune. Toi par contre, tu m'en demandes beaucoup. Alors fais ceci avant que je ne rompe ma promesse.
-Bien Seigneur Viggo.
-Harold, je ne t'interdis pas de penser que je suis un horrible homme. Par contre, je te déconseille de trop défier mon autorité.»
.
«-Chaque jour, mes yeux pour vous brûlent
Vous êtes plus belle que la Lune
Quand je pense à vous, de mélancolie je soupire
Si j'obtenais de vous un sourire
Je serai tellement heureux
Alors regardez-moi au moins une fois dans les yeux
Et ma foi en votre cœur
De votre personne sera l'adorateur
Je suis vraiment désolé de devoir t'infliger ça Astrid mais le Seigneur Viggo ne m'a pas laissé le choix. Et si je ne t'avais pas lu ça, Grimborn aurait vécu dans l'injustice.
-Hein? Heu, oui, je sais, ne t'inquiète pas, Harold. Tu n'as rien à te reprocher. Et puis, si passer un mauvais moment peut sauver des vies et mettre en place de meilleures lois, autant le faire. Si je peux aider d'une quelconque façon, autant le faire.
-…
-Qu'est-ce que tu as?
-Astrid, pourquoi tu ne m'as pas dit que le Seigneur Viggo te harcelait?
-Il ne me harcèle pas. Il ne fait que m'énerver. Tu n'as pas à t'inquiéter.
-Astrid, tu ne connais pas le Seigneur Viggo comme moi. Je l'ai connu depuis mon enfance. Au début, on était amis. On disait qu'on deviendrait de fidèles compagnons d'armes. Mais quand on a commencé à grandir, le pouvoir des Grimborn lui est monté à la tête. Et il a commencé à me regarder d'un air supérieur jusqu'à ne me considérer que comme un laquais. Comme il l'a fait avec tous les gens qui l'entouraient. Il est même jusqu'à ne pas nommer son frère Capitaine de la Garde alors qu'il aurait dû le faire parce qu'il le considérait trop incompétent.
-Tu ne peux pas te plaindre de ça.
-C'est vrai. Mais ce que j'essaie de te dire, c'est que si tu ne parles pas de ce genre de chose à des gens en qui tu as confiance, tu peux te mettre en grand danger. Le Seigneur Viggo fait toujours tout pour avoir ce qu'il veut. Et quand il saura quand tu as entendu son poème, il voudra te posséder. Je peux te l'assurer.
-Harold, je t'interdis de me traiter comme une faible chose sans défense. As-tu oublié que je suis la fille d'une femme guerrière et que je sais me battre?
-Je sais ça, Astrid. C'est juste que…
-Que quoi?
-J'ai peur pour toi. Alors s'il te plait, ne te tais pas. Je sais que tu sais t'occuper de toi. Mais Viggo est dangereux et personne ne peut lui résister seul.
-Ne te mêle pas de ça!
-C'est déjà fait. Viggo m'a entrainé dans cette histoire en se servant de moi comme intermédiaire pour essayer de t'atteindre. Et imagine s'il demande à Gueulfor s'il t'a vu quelque part alors que Viggo ne parle pratiquement jamais à personne à part la Garde, ses larbins ou aux peu de personnes qui lui sont particulièrement proches? Tu y as pensé?
-Laisse-moi!
-Astrid! Ne te ferme pas, laisse-moi t'aider.
Je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose.
-Rien ne m'arrivera, ne t'inquiète pas.
-Je ne m'inquiéterai pas si tu me laisses t'aider.
-…
Bon d'accord mais évite d'en faire trop.
-Crois-moi, on n'en fait jamais assez quand Viggo est dans les parages.»
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On était en plein jour. Astrid travaillait à la forge en l'absence de Gueulfor. Elle chantonnait en aiguisant sa hache. Elle se sentait au calme. Soudain, elle entendit des pas derrière elle.
«-Seigneur Viggo, dit-t-elle sans enthousiasme, Je suppose que vous venez pour me demander ce que je pense du poème que vous m'avez adressé.
-En effet. J'espérais que vous aviez daigné l'entendre.
-Vous ne m'aviez pas vraiment laissé le choix.
-Voyons Astrid, pourquoi parlez-vous d'une voix aussi amère?
-Je vous ai clairement montré que je n'étais pas intéressée pas vous et, non seulement, vous vous montrez insistant mais en plus, vous vous êtes servis d'Harold pour m'atteindre parce que vous savez que nous sommes amis. Ce n'est pas de cette façon que vous me ferez avoir de l'estime pour vous.
-Je vois. Je ne suis pas une brute Astrid. Seulement, en vous montrant si peu réceptive, vous me forcez à employer des moyens un peu brutaux. Mais soit, je me montrerai plus patient.»
.
«-Dégradé?
-Oui.
-Tu n'as pas le droit!
-Harold t'a confié la surveillance du rangement de la salle d'armes la nuit dernière. Il comptait sur toi. Et tu t'es endormi lors de ton devoir. Tu n'as pas été digne de sa confiance. A cause de toi, plusieurs armes ont été volées.
-Puisque je te dis qu'il y avait un narcotique dans ma gourde. C'était un coup monté.
-Silence Ryker! Non seulement, tu failles à ton devoir mais en plus, tu mens pour sauver ta peau. Personne n'a senti la moindre odeur dans ta gourde.
-Arrête ta comédie, Viggo! C'est toi qui a mis un de tes narcotiques spéciaux sans odeur pour m'accuser de négligence. Avoue.
-Silence! Comment oses-tu manquer de respect à ton Seigneur? Tiens ta langue ou j'irai plus loin que ta dégradation.
A partir de maintenant, tu n'es plus que Sous-Lieutenant.»
Harold avait sonné le rassemblement de la Garde de Grimborn en urgence. En effet, quelqu'un avait réussi à s'introduire dans la salle d'armes en brisant la serrure. Viggo avait fait venir Astrid dans ses appartements. Cela l'avait effrayé mais depuis l'histoire du poème, elle faisait attention et avait demandé à Gueulfor de l'accompagner. Celui-ci, en oncle protecteur, avait déclaré au Seigneur Viggo qu'il l'attendrait hors de la salle une fois leur échange terminé. Ce n'était qu'après un bref instant que le rassemblement avait été sonné. Viggo avait demandé à Astrid de l'accompagner et les choses s'étaient déroulées ainsi sous les yeux ébahis du groupe. Harold avait fait de son mieux pour ne pas s'énerver en voyant Viggo près d'Astrid mais il n'avait pas pu s'empêcher de serrer les poings. Lorsque l'on avait annoncé que Ryker ne serait plus que Sous-Lieutenant, des exclamations de stupeurs avaient été poussées. Dégrader son propre frère. Comment pouvait-t-on être aussi monstrueux?
«-Vous voyez Astrid? C'est comme ça que fonctionne une Garde. Que dis-je? Une Armée. Elle surveille Grimborn et elle se déplace également en dehors de la ville pour mettre hors d'état de nuire les pires criminels. Et tous ceux qui la composent ne doivent faire qu'un. Former un tout. Et comme vous pouvez le constater, la moindre faille peut coûter cher à l'Armée entière. Il faut donc toujours être vif et alerte. Comme Harold qui a sonné le rassemblement dès qu'il a vu que quelque chose n'allait pas. Sa force n'est peut-être celle qu'on attend d'un soldat mais il est malin. Et c'est pour ça qu'il est à la place où il se trouve aujourd'hui. Contrairement à cette personne me faisant honte. Et maintenant, nous voilà sans Lieutenant. C'est tellement contrariant.
-Viggo, je…, grogna Ryker
-Tais-toi, j'essaie de réfléchir.
Oh mais j'y pense. Astrid, est-t-il vrai que votre mère était une guerrière?
-Heu…oui.
-Ah. Mais alors, elle vous a forcément appris à vous battre.
-Heu…oui, en effet mais pourquoi cette…
-Oh mais c'est parfait. Astrid, à partir de maintenant, vous êtes le Lieutenant de la Garde Grimborn.
-QUOI?! s'exclama l'assemblée
-Ne me remerciez pas Astrid. Tout ce que j'espère, c'est que vous vous montrerez plus digne de cette place que mon imbécile de frère.
-O…oui, Seigneur Viggo.
-Harold, je compte sur toi pour enseigner à Astrid comment fonctionne la Garde Grimborn sur tous ses aspects. Je sais que tu seras un bon mentor. Quant à toi Ryker, tu devras obéir à Astrid que tu le veuilles ou non. Est-ce clair?
-Oui Viggo, dit Ryker d'un ton amer
-Bien. Voilà une bonne chose de faite. Je vais maintenant vous laisser à vos activités. Bonne journée à vous tous. S'il y a encore un incident, une urgence ou quelque chose de grave, n'oubliez pas de me prévenir.
-Oui Seigneur Viggo.»
Viggo s'en alla laissant l'assemblée de soldats bouche bée. Personne ne sut comment réagir à un évènement aussi incongru. Ryker dégradé au rang de Sous-Lieutenant pour une erreur qu'il ne semblait pas avoir commise, Astrid intégrée à la Garde Grimborn puis promue Lieutenant en à peine quelques minutes. C'était inimaginable. Il fallut du temps à Harold pour reprendre le contrôle de lui-même.
«-Remettez-nous au travail. As…Lieutenant Hofferson, vous restez avec moi. Ryker, pars avec les soldats. Ils seront à tes ordres aujourd'hui.
-Très bien, Capitaine Harold. Allez, venez, bande d'abrutis!»
Ils avaient bien compris. Ils n'étaient pas dupes. Tous deux connaissaient bien Viggo. Ils savaient que ce soi-disant accident avait été provoqué par Viggo pour dégrader son frère. Ce faux honneur accordé à Astrid n'était qu'un piège de Viggo mis en place pour mieux atteindre la jeune fille. Le fait qu'elle fût dans la Garde Grimborn lui permettait de la voir souvent en tant que Seigneur transmettant des ordres à son Armée. Il se servirait même de prétextes pour convoquer Astrid seule. Et il n'hésiterait pas à se servir de son Capitaine pour mieux la manipuler. Elle ne pouvait plus le cacher. Elle avait peur. Malgré elle, elle se jeta sur Harold qui eût le réflexe automatique de la serrer dans ses bras.
«-Pourquoi? dit-t-elle en faisant tout pour se retenir de pleurer, Pourquoi?
-Chhh, dit Harold d'une voix douce, Ca va aller. Je ne le laisserai jamais te faire du mal. Je t'ai dit que je serai là pour t'aider. Je le ferai encore et encore. Même si cela devait me prendre toute ma vie. Tu comptes plus que tout au monde pour moi.»
A ces mots, Astrid s'était détachée des bras d'Harold tandis que ce dernier avait reculé en tremblant. Puis, il baissa la tête avec honte.
«-A..Astrid, je…je suis désolé…Je n'aurais jamais dû…
-Non attends, ne pars pas.»
Elle le retint par le bras alors qu'il venait à peine de passer la porte.
«-Nous sommes dans vos quartiers Capitaine.»
Malgré lui, Harold sourit. Cette pointe d'humour l'incita à rester dans la pièce. Néanmoins, lorsqu'il se rassit à sa place, il devint grave.
«-Je…je veux que tu saches que si tu ne…Enfin, je ne veux surtout pas que tu sois mal-à-l'aise à cause de moi. Si…si tu ne veux plus qu'on se voit…en dehors du travail, je veux dire. Ce n'est pas grave.
-Chhh, murmura Astrid
Harold, tu n'as aucune raison de te mettre dans cet état. Ecoute-moi. Jamais je n'aurais imaginé que j'étais aussi importante à tes yeux. Quant tu as lu ce poème que Viggo t'a forcé à me lire, je voulais tout faire pour ignorer que c'était ses mots. Je n'ai écouté que ta voix parce que cela me faisait du bien. Mais surtout parce que je voulais croire que ces mots, c'était les tiens.
-Astrid…
-Ne m'interromps pas. Je n'ai pas fini. Seulement, je ne t'ai rien dit parce que j'avais peur de n'être pas aussi importante pour toi que tu ne l'es pour moi. Je ne voulais pas détruire ce lien qu'on avait même si ça voulait dire que je devais me contenter d'être ton amie.»
Harold ne pouvait pas en croire ses oreilles. Astrid comptait plus que tout au monde pour lui et cette dernière venait de lui dire qu'elle rêvait d'être plus que son amie. A cet instant, tout était clair. Sans rien dire, Harold, tout en hésitant, mit sa main sur la joue d'Astrid et rapprocha son visage du sien. Celle-ci ferma les yeux. Soudain, elle repoussa brutalement le jeune homme à qui elle venait d'avouer ses sentiments.
«-Astrid? demanda le jeune Capitaine qui ne comprenait pas
-Ha…Harold, on est trop stupides. On ne peut pas.
-Que dis-tu?
-Viggo. Si on se lance dans une telle chose, il te fera du mal. Pire, peut-être. Tu le connais mieux que moi.
-Et si on ne dit rien à personne?
-Harold, je ne veux pas que tu sois en danger par ma faute.
-Ecoute-moi, il est hors de question que tu te sentes coupable de quoi que ce soit à cause de Viggo. Tu es une victime, pas une responsable. Ca te fait une bonne raison de ne pas rester seule dans cette situation. Je t'ai déjà dit que tu ne devais pas l'être. Je t'aime, Astrid. Et savoir que Viggo te fait du mal sans réagir, c'est au-dessus de mes forces.
-Harold…
-Je passe ma vie à prendre des risques. Je suis prêt à en prendre pour toi même si ça veut dire risquer de subir la colère de Viggo.
-…
…
Ca n'arrivera pas, Harold. Je ferai en sorte qu'il ne sache rien d'une manière ou d'une autre. Et il nous suffira de bien jouer la comédie afin qu'il ne s'aperçoive de rien.»
.
Harold et Astrid s'étaient retrouvés dans la chambre de ce dernier tard dans la nuit afin d'être sûrs d'être loin des yeux et des regards indiscrets. Lors de leurs ébats, le Capitaine avait laissé le Lieutenant prendre le dessus. Ils étaient épuisés mais heureux et avaient juste envie de savourer l'instant présent malgré leur inquiétude. Astrid s'empara des lèvres d'Harold et l'embrassa tandis que ce dernier s'empara de son visage en répondant à son baiser avec plaisir. A bout de souffle, Astrid finit par s'écrouler sur le torse d'Harold qui la prit dans ses bras.
«-La première fois que je t'ai vu devant l'entrée des portes de Grimborn, je n'avais qu'une envie: frapper ces sales crétins qui te brutalisaient, avoua Harold, Pas avec des coups, mais avec leurs mots. Tout ça parce que tu étais une étrangère. Cette injustice m'a toujours révolté. Au début, je voulais t'aider en tant que soldat. Pas quelqu'un d'obéissant à Viggo mais quelqu'un censé représenter la vraie justice. Puis petit à petit, ça a changé. J'ai appris à te connaître, à apprécier ta personnalité, ton sacré caractère; jusqu'à me rendre compte que j'avais tout le temps besoin d'être près de toi. C'est là que j'ai compris ce que je ressentais vraiment pour toi. Mais je n'avais jamais osé le dire parce que moi aussi, j'avais peur que tu n'éprouves pas les mêmes sentiments pour moi. Je suis heureux de m'être aperçu que je me trompais.
-Quand je t'ai suivi jusqu'à chez mon oncle Gueulfor, je t'ai tout de suite apprécié.
-Vraiment?
-Oui. Tu es tellement gentil. Et tu as aussi du courage.
-Je ne crois pas.
-Bien sûr que si. Peu de gens oseraient aller à l'encontre des lois établies de Grimborn comme tu le fais. Et ton sens de la justice est admirable.
-Hi! Tu n'es pas mal non plus, tu sais. Depuis que tu es arrivée ici, tu tiens tête à des personnes à qui personne n'oserait résister et tu t'es montrée digne de ta réputation de femme de caractère. C'est admirable aussi.
-Harold?
-Oui?
-…
Tu es parfait.»
Sur ces mots, le Lieutenant se releva, rapprocha son visage vers celui de son Capitaine et l'embrassa de nouveau laissant à celui-ci un goût délicieux sur ses lèvres.
Puis Astrid s'effondra à nouveau sur le torse d'Harold et se laissa tomber dans les bras de Svãfnir2 peu avant que le jeune homme ne la prît à nouveau dans ses bras tout en fermant les paupières.
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Harold se trouvait dans sa maison. Quelqu'un était venu lui rendre visite. Cette personne semblait avoir peur.
«-Tu te trompes, maman. Je ne suis pas moins concentré qu'il y a un certain temps. Tu sais que malgré mon physique, j'ai toujours réussi à m'imposer. Je ne suis plus l'enfant maigrichon dont tout le monde se moquait. Je me suis fabriqué des armes qui m'étaient adaptées, tout le monde dit que je suis stratégique. Personne ne remet en cause ma place de Capitaine. Même pas le Seigneur Viggo. Alors, tu n'as aucune raison de t'inquiéter pour moi.»
.
«-Garde à vous!»
Viggo arriva accompagné de son escorte. Il semblait fier de lui. Cela ne rassura pas la Garde. Encore moins le Capitaine et le Lieutenant. Non pas qu'il n'avait jamais été ainsi mais le fait qu'il eût souvent lancé des sourires à la jeune Hofferson inquiétaient de plus en plus ces deux derniers.
«-Lieutenant Hofferson, l'habit de soldat vous sied de mieux en mieux. Je suppose que vous en prenez davantage soin depuis l'expérience que vous avez acquis au sein de la Garde.
-Je ne fais que rendre hommage à ma mère qui a toujours souhaité que je suive la voie des générations de guerrières que nous avons toujours été, dit Astrid d'une voix froide
-Hum.
-Quels sont les ordres, Seigneur Viggo? demanda Harold
-Ah et bien, vous avez tous entendu parler de l'assassin qui court aux alentours de Grimborn. Et bien, comme vous vous doutez, il y a de fortes chances qu'il tente de continuer à commettre des meurtres à Grimborn ou bien à l'extérieur de Grimborn dans les lieux près de la forêt. Vous devez absolument l'attraper avant qu'il ne s'échappe tout en essayer d'interroger discrètement les gens autour de vous. Ils sont tous de potentiels suspects, ne l'oubliez pas. Emploie les méthodes que tu veux Harold. Une seule chose, je te conseille fortement de le retrouver d'ici peu.»
Sur ces mots, Viggo s'en alla laissant ainsi à Harold le soin de s'occuper de la Garde. Celui-ci ne se laissa pas intimider par la mise en garde du Seigneur et se tourna vers ses soldats.
«-Lieutenant Hofferson, Ingfriõr et vous trois, vous venez avec moi dans les lieux près de la forêt. Et surtout, n'oubliez pas: les muscles ne sont pas l'essentiel. Réfléchissez avant tout.
-Attendez! Et nous alors? protesta Ryker
-Vous avez entendu le Seigneur Viggo, non? dit Astrid d'une voix sévère, L'assassin peut se trouver dans les lieux près de la forêt aussi bien que dans Grimborn elle-même. Vous, vous chercherez ici pendant que nous serons en dehors de Grimborn.
-Mais atten…
-Ca suffit Ryker! dit Harold d'une voix sévère, Hofferson est Lieutenant et tu n'es que Sous-Lieutenant. Tu dois faire ce qu'elle te dit. Maintenant allons-y, nous avons assez perdu de temps.
-Qu'est-ce que vous attendez? aboya Ryker une fois qu'Harold et sa petite troupe furent partis, Allez fouiller Grimborn et chercher cet assassin avant qu'il nous échappe, abrutis!»
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«-Il aurait très pu passer par ici. Regarde ce bosquet. Ces traces de pas sont anciennes mais ça veut dire qu'il est parti dans cette direction.
-Comment tu peux être sûr que c'est lui?
-Regarde. C'est le liquide vert qu'il laisse pour montrer son passage dans chaque endroit où il est allé commettre un meurtre.
-Mais c'est absurde! Pourquoi laisser sa signature dans cet endroit précis alors qu'il n'a tué personne?»
A peine Astrid eût-t-elle le temps de poser cette question qu'Harold la poussa. A peine eût le temps de relever qu'Harold serra les dents pour ne pas hurler. Le spectacle qui se révéla à Astrid la figea. Harold venait de recevoir un couteau dans l'épaule; celui que le tueur voulait infliger à Astrid. Comprenant qu'il ne se trouvait sûrement pas loin, Astrid reprit ses esprits et se jura que cet assassin ne tuerait ni elle, ni Harold. Et surtout pas Harold. Elle décida de se fier à un seul de ses sens sachant que certains pouvaient tromper plus qu'autre chose. Elle ferma les yeux et attendit.
Cela dura un certain temps. Mais sa patience porta ses fruits quand…
CRAC!
Comprenant où il se trouvait, Astrid ouvrit les yeux et lança sa hache vers la branche de l'arbre sur laquelle elle savait que le tueur se trouvait. Celle-ci s'écroula sur le sol avec l'homme. Ce dernier n'eût pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait qu'Astrid se jeta sur lui et l'assomma en hurlant tout en prenant la peine de le ligoter et le bâillonner. Pendant ce temps-là, Harold s'arracha le couteau qui lui avait été lancé tout en retenant un cri en serrant les dents. Lorsqu'elle eût fini sa besogne, Astrid se précipita vers lui.
«-Harold!
-Ce n'est rien. Nous avons le tueur, c'est ça qui compte.
-Il faut vite rentrer à Grimborn et te soigner.
-Que se passe-t-il? dit Ingfriõr en courant, Oh mon dieu, Capitaine!
-Ingfriõr, nous avons réussi à avoir réussi à attraper le tueur. Prends-le sur ton cheval et assure-toi qu'il ne parte pas. Moi, je me charge d'Ha…du Capitaine. Il n'est pas en état de chevaucher sa monture.
-A vos ordres, Lieutenant.
-Doucement. Doucement. Je tiens les rennes mais il faut que t…que vous fassiez un effort jusqu'à ce que nous soyons à Grimborn. Ensuite, on pourra te…vous soigner.
-As…Astrid, murmura Harold tout doucement malgré lui
-Chut! Ingfriõr est à quelques mètres. Il va t'en….Entendre des ours? Mais nous ne nous sommes pas aventurés dans la forêt, Capitaine. Ingfriõr, je crois que sa blessure est plus grave qu'on ne le pensait. Rentrons vite avant qu'elle ne devienne vraiment inquiétante.»
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Des mains féminines étaient en train de soigner Harold. Ces dernières devaient avoir plusieurs années de plus que lui. Ce que l'on pouvait dire, c'était qu'elles semblaient pleines d'amour et d'affection. Souvent, les gens disent que ces deux mots sont bien assortis avec délicatesse. Cependant, à cet instant, ce n'était pas le cas.
«-Ah! Une blessure au rein ou ailleurs, quelle différence? Un Capitaine se doit de protéger sa troupe maman. Astrid est Lieutenant. Elle est essentielle à la Garde. Aïe! Heureusement que je sais que tes remèdes sont efficaces sinon je ne te ferais pas confiance. Ah! Mais pourquoi tu me donnes une gifle? J'ai déjà assez mal comme ça! Et de plus, je ne suis plus un enfant.
Oh je comprends. Tu agis comme ça parce que tu penses que je n'aurais pas agi envers d'autres soldats de la Garde comme je l'ai fait pour Astrid. Maman, elle était sur le point de se faire tuer! De plus, elle a agi aussi en soldate en capturant cet assassin tout en me ramenant jusqu'à Grimborn. C'est comme ça qu'agissent des compagnons d'armes: ils combattent, se blessent et, parfois, se sauvent les uns, les autres. Ca marche comme ça. Pour tout le monde. Tu l'as toujours su en plus. Alors, pourquoi tu me regardes comme tu le fais?
Je t'en prie, sois pas épuisante, j'ai déjà assez mal comme ça.»
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«-Garde à vous! dit Astrid à l'arrivée du Seigneur Grimborn
-Je…
-Ryker, c'est le Lieutenant.
-Tout à fait Ingfriõr.
-Oh!
-Tant qu'Harold est souffrant, c'est Astrid qui commande la Garde. Alors, soit tu obéis, soit tu risques bien plus que la dégradation.»
Viggo inspecta les rangs. Ce n'était peut-être qu'une impression mais Astrid sentit quelque chose lui frôler les doigts puis la forcer à serrer un objet entre le l'index et le majeur. Malgré cela, elle décida de rester impassible. Viggo regarda les soldats et prit une inspiration.
«-Aujourd'hui, vous vous contenterez de surveiller Grimborn, dit-t-il d'un ton amer, Pas d'exécution. Si vous jugez qu'il y a des arrestations à effectuer, faites-le. C'est tout. Faites bonne garde.»
Viggo jeta un œil à Astrid avant de s'en aller. Celle-ci n'aima pas du tout. Néanmoins, elle fit tout pour rester impassible et se tourna vers les troupes.
«-Veillez bien à ce que Grimborn soit calme et qu'il n'y ait aucun incident grave. Néanmoins, ne vous montrez pas intrusif. Respectez la vie privée des autres. Soyez vifs mais propres. Comme le dit si bien notre Capitaine, réfléchissez avant tout.
-A ce propos, comment va-t-il, Lieutenant Hofferson?
-Pourquoi demandez-vous cela Ingfriõr?
-Et bien…on dit que vous êtes amis tous les deux alors je pensais…
-Et bien, moi je pense qu'il ne faut pas mélanger vie professionnelle et vie privée, Ingfriõr. Alors, concentrez-vous sur ce qu'i faire aujourd'hui.
-B…Bien, Lieutenant.
-Ryker, prend une partie de la Garde avec toi et répartis-les dans Grimborn. Moi, je me charge de l'autre.
-Vous avez entendu, vous? Allez, venez avec moi.»
Une fois qu'Astrid avait indiqué au reste de la Garde où il fallait aller, elle se retira dans un coin. Elle n'avait pas rêvé; Viggo lui avait glissé un petit papier entre les doigts. Même si elle avait très envie de le jeter et concentrer son esprit sur des choses qu'elle jugeait plus apaisantes, elle savait qu'elle ne pouvait pas le faire. Le Seigneur Viggo l'avait mis dans une position à la fois tellement puissante et vulnérable qu'elle ne savait plus vraiment comment s'y prendre pour lui résister. D'autant plus que, à cela, s'était ajouté un secret périlleux qui ne mettait pas qu'elle en danger. Elle prit une inspiration et ouvrit le papier.
Ce soir dans mes quartiers après la fin de la journée de la Garde.
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«-Vous n'aviez pas besoin de garder vos habits de soldat, Astrid, dit Viggo d'une voix calme mais dont le ton semblait exprimer un brin de contrariété, Il ne s'agit pas d'une convocation.
-J'estime que c'est à moi de savoir quand je dois l'enlever.
-Je vois. En tout cas, j'avoue que je suis content que vous ayez daigné ouvrir un de mes papiers. Jusqu'ici, vous ne le faisiez guère.
-Si je ne l'avais pas fait, vous vous seriez montré insistant pour avoir un contact indirect ou direct avec moi. Comme vous l'avez fait quand vous avez demandé à Harold de me lire un poème ou que vous m'avez fait intégré la Garde Grimborn. Vous êtes tout sauf un gentleman.
-Je vois que vous n'avez guère une opinion flatteuse de moi. Ecoutez Astrid. Je sais que nous sommes partis sur de mauvaises bases. En voulant vous faire assister à un spectacle sans vous demander quels étaient vos goûts, j'ai été très maladroit. Depuis, vous me rejetez parce vous me prenez pour un goujat. Mais c'est faux. Je n'essaie pas de vous aborder pour vous être désagréable mais parce que je désire sincèrement me rapprocher de vous. Et sans mauvaises intentions.
-Oh! Dans ce cas, je suppose que les tristes circonstances qui ont fait de moi le Lieutenant de la Garde Grimborn étaient en réalité une autre tentative de m'aborder.
-Astrid, Astrid, Astrid…, dit Viggo d'une voix doucereuse en prenant la jeune fille par les épaules
-Aller jusqu'à dégrader votre propre frère pour vous rapprocher davantage de moi, en faisant de son mieux pour ne pas perdre son sang-froid, C'est…
-Voyons, calmez-vous Astrid. Ne vous imaginez pas des choses aussi absurdes et, surtout, ne me prenez pas pour une brute rustre. Je vous montrerai que je n'en suis pas une. Vous verrez. Maintenant, si vous le désirez, vous pouvez disposer.»
Quand Viggo lâcha les épaules d'Astrid, elle fit pour ne pas pousser un soupir de soulagement et ne pas sembler partir trop vite. Néanmoins, elle eût peur que ses pas ne parurent suspects aux yeux de Viggo et pria intérieurement pour qu'il ne se montrât pas plus insistant qu'il ne l'avait pas il y avait quelques secondes.
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«-Merci d'être venu Gueulfor.
-Mais c'est normal, gamin. Tu croyais vraiment que j'allais te laisser tout seul alors que tu ne peux même pas te lever, ni bouger? Tu dois tellement t'ennuyer.
-Pas du tout. Et comme tu vois, je ne suis pas seul. Ingfriõr est venu me rendre visite.
-Je suis content de voir que vous allez mieux Capitaine Harold. Je me doute que la Garde vous manque mais rassurez-vous, il ne s'est pas vraiment passé grand-chose, ces jours-ci. Le Sous-Lieutenant est toujours aussi bougon et nous faisons de notre mieux pour le supporter.
-Ce ronchon. C'est peut-être le frère du Seigneur Viggo, ça ne justifie pas son comportement. Quand je serai guéri, j'interrogerai les gardes pour savoir comment il s'est comporté et s'il est allé trop loin, je le punirai.
-Je vois que vous êtes pratiquement guéri. Les autres se font beaucoup de soucis pour vous. Je serai content de les rassurer.
-Voyons Ingfriõr. J'ai survécu à une morsure de serpent. Tu croyais vraiment que j'allais y passer à cause d'un couteau?
-Pardon de vous manquer de respect mais étant donné que je ne suis pas en service, je vais me permettre de vous dire ceci: vous parlez comme un enfant. Vous devriez être…
-…plus prudent? Ce sont les risques du métier Ingfriõr. Tu comprendras quand tu seras à un poste plus élevé et que tu auras plus de responsabilités.
-Est-ce que je devrais aussi contester les ordres du Seigneur Grimborn?
-Ingfriõr!
-Hahahahahahaha! s'esclaffa Gueulfor, Je ne savais pas que les soldats de la Garde avaient autant d'humour.
-Désolé. Je crois que je me suis embarqué dans un sujet qui ne me regarde pas.
-En parlant de ce genre de truc, puisque tu sembles observateur et qu'Harold n'est pas en état de me parler de ce qui se passe à la Garde, dis-moi un peu comment va ma nièce?
-On parle de moi?
-Astrid! s'exclamèrent Gueulfor et Harold en constatant qu'elle était entrée à pas de loups
-Lieutenant Hofferson? dit Ingfriõr surpris, Capitaine Harold, vous l'appelez par son prénom?
-Ben évidemment qu'il l'appelle par son prénom, dit Gueulfor, Ils s'appellent toujours Harold et Astrid quand ils sont seuls ou avec des intimes comme moi et la mère d'Harold. Ces deux-là se voyaient déjà avant même qu'Astrid n'intègre la Garde.
-Vraiment?
-Oui. Depuis que son père a quitté ce monde, je me suis occupé d'Harold. Et la pauvre Astrid n'a que moi au monde depuis que ma chère sœur est morte. On peut, en quelque sorte, dire que même si j'aurais aimé que ce soit dans de meilleures circonstances, qu'ils se sont rapprochés grâce à moi.
-Gueulfor! s'exclamèrent Harold et Astrid
-Gueulfor, dit Harold d'une voix calme, Si Ingfriõr est venu me voir, c'est essentiellement, comme tu as pu le constater, pour des raisons de travail. Tout ceci ne le regarde pas.
-Oh! Excuse-moi Harold. Je ne voulais pas t'embarrasser devant un de tes soldats.
-Décidément, Gueulfor, tu es le Roi du malaise, dit Astrid, Il faudrait vraiment qu'un jour, tu sois plus attentif à certaines situations.
-Croyez-moi, je suis vraiment désolé. Bon, si vous devez parler boulot, je vais vous laisser. J'ai à faire à la forge. A tout à l'heure Astrid.
-Désolée pour ça, dit Astrid une fois que Gueulfor fut parti, J'aurais dû passer à un autre moment. Du moins à un de ceux où je savais à peu près quand il ne serait pas là.
-Ne vous excusez pas Lieutenant Hofferson. Ce n'est pas de votre faute s'il a agit ainsi. Et puis, je le trouve gentil. Un peu malaisant, certes, mais gentil.
-C'est vrai, dit Harold, Il a toujours été comme ça.
-Oui, c'est du Gueulfor ce qu'il y a de plus classique.
-Hahahahahahaha!
-Mais si c'est vrai que vous vous connaissez bien alors pourquoi à la Garde, vous faites comme si vous étiez…Enfin, je ne pense pas que cela me regarde. Oh, je suis peut-être trop curieux.
-Ingfriõr…
-Je suis désolé. Je n'aime ne pas comprendre les situations auxquelles je fais face.
-Ce n'est rien, dit Harold, Mais comme tu l'as dit, cela ne te regarde pas. Alors, à l'avenir, ne pose plus ce genre de question.
-O…Oui Capitaine. Maintenant, je vais vous laisser…Tous les deux.
-Ingfriõr! s'exclama Astrid tandis que ce dernier partait précipitamment
-Je suis désolée, reprit Astrid, Comme je le disais, j'aurais dû passer plus tard.
-Ne t'inquiète pas, dit Harold, Ingfriõr est peut-être maladroit mais il respecte ce qu'il considère comme des ordres. Il ne provoquera pas de rumeurs malgré lui.
Alors comme ça, Lieutenant, vous êtes venue vous enquérir de la santé du Capitaine?
-Oui. Et je suis rassurée de voir que vous allez bien, Capitaine.»
Ils se sourirent malicieusement avant de s'embrasser. Le Capitaine caressa doucement la joue du Lieutenant; puis il se détacha de l'étreinte et posa sa tête sur l'épaule de la blonde. Mais à peine eût-t-il le temps de profiter de son odeur qu'il constata une chose inhabituelle.
«-Astrid, tu trembles. Quelque chose ne va pas?
-…
-Astrid?
-Je vais bien.
-Tu mens. Tu as remué les doigts.
-…
-Astrid, s'il te plait, ne me cache pas quelque chose. Tu sais bien que je suis là pour toi quelles que soient les circonstances
-…
C'est…Viggo.»
En entendant ce mot, le visage d'Harold se figea. Quoi? Viggo? Comment avait-t-il, ne serait-ce, qu'oser toucher Astrid?
«-Astrid, dis-moi tout de suite ce que Viggo t'a fait.
-…
Aujourd'hui au rassemblement, il m'a discrètement donné un papier où il…où il me demandait de venir dans ses quartiers à la fin de la journée.»
Ces paroles résonnant aux oreilles d'Harold, celui-ci prit les mains d'Astrid dans les siennes tout en le regardant avec tendresse.
«-Je…Je savais que si je ne venais pas, il aurait trouvé des prétextes pour me faire des remarques…même m'humilier les jours des réunions de la Garde. Alors, je suis venue dans ses quartiers mais j'ai pris mes précautions. J'ai gardé mes habits de soldats.
-Tu as bien fait.
-Seulement, j'ai…j'ai quand même eu peur. Il a compris que j'avais fait ce que j'avais fait parce que je…je le craignais alors il…il a joué avec ce que je ressentais sur l'instant. Il…Il me touchait.
-Astrid!»
C'en était trop. Astrid s'effondra sur Harold qui la prit dans ses bras. Sa blessure se trouvant dans le dos et étant presque guérie, il ne ressentit aucune douleur; du moins physique. Une autre le rongeait mentalement: c'était la colère. Viggo! Il en était sûr à cet instant, il le haïssait. S'il était devant lui, il l'étranglerait. Un gémissement le fit revenir à la réalité. Astrid. Elle devait retenir un sanglot. Ce n'était pas le moment d'être en colère. Elle avait besoin de réconfort. Harold lui caressa doucement le dos, ce qui sembla la calmer car elle se détendit sur l'instant.
«-Est-ce qu'il a fait…autre chose?
-N…Non. Il a dû comprendre que, comme je suis restée habillée en soldat en allant le voir, je me méfiais de lui, mais surtout que j'aurais été capable de me défendre.»
Harold déposa un baiser dans la nuque d'Astrid. Celle-ci sourit et prit Harold dans un bras en faisant attention à sa blessure.
«-Chhh, murmura le jeune homme, Tu as été courageuse. Peu de gens auraient osé résister à Viggo comme tu l'as fait. Tu es forte Astrid. Et n'oublie pas ceci, je ne t'abandonnerai jamais. Jamais.»
Au bout d'un long moment, ils se détachèrent l'un de l'autre et se regardèrent dans les yeux. A cet instant-là, Harold sembla penser à quelque chose.
«-Astrid?
-Oui?
-Comme tu le sais, demain soir, c'est la Chevauchée Nocturne de la Garde Grimborn. On est censés aller où on veut à ces moments-là mais nous, on a jamais pu le faire pour éviter que les gens se doutent de quelque chose. Seulement, je pense qu'il est temps qu'on le fasse.
-Pourquoi?
-Tous les soldats vont où ils veulent et personne ne sait jamais où qui que ce soit a trainé. Et nous, on s'impose trop de limites à cause de toute cette pression qu'on subit. Laissons-nous aller pour une fois. Ca nous fera du bien à tous les deux.»
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«-Je vois que toi et Astrid avez un point commun.
-Que voulez-vous dire Seigneur Viggo?
-Vous gardez vos habits de soldat alors que je demande de venir vous voir en privé.
-De quoi parlez-vous?
-Astrid ne t'a rien dit? Hier soir, je lui ai demandé de venir me voir dans mes quartiers de manière tout à fait privée un peu comme lorsque je suis venu chez toi ce matin et t'ai demandé de venir aujourd'hui ici. Et tout comme toi, elle a gardé son habit de soldat comme s'il s'agissait d'une convocation.
-Je n'ai pas tellement eu le choix. La Garde reprend le travail cet après-midi. Quant à Astrid, je ne peux pas connaître tous ses actes.
-Tu es pourtant son Capitaine.
-Cela ne veut pas dire que je contrôle tout ce qu'elle fait.
-Hum. En effet. Mais lui as-tu mentionné mon nom depuis qu'elle a intégré la Garde?
-…
Vous parlez d'un contexte particulier?
-Pourquoi une telle question? Tu penses qu'il faut un contexte pour parler de quelqu'un?
-Ca dépend des sujets que les gens aiment aborder.
-Je vois. Dans ce cas, as-tu mentionné mon nom à Astrid dans un contexte particulier?
-Pas dans un contexte précis, non. Nous nous étions retrouvés pour faire le point sur une journée chargée de la Garde et elle a fait remarquer qu'à Grimborn, tout semblait fonctionner comme une horloge bien huilée. J'ai dit que c'était parce que votre pouvoir influait tellement sur Grimborn que chaque chose semblait fonctionner comme une mécanique que vous avez perfectionné à votre manière au fil du temps.
-Je vois. Et qu'a-t-elle dit?
-Elle…n'a pu rien dire car Gueulfor l'a appelé pour lui demander de l'aide à la forge.
-Hum…
-…
-Cette fille est vraiment difficile à atteindre. Mais ça n'est pas le seul problème.
-A quel autre problème faites-vous allusion?
-Disons que…tu ne m'aides pas du tout.
-A quoi voudriez-vous que je vous aide? J'ai déjà lu un poème à Astrid pour vous et elle a été amère. Je ne vois pas ce que je pourrai faire d'autre.
-Oh! Harold, je sais que tu es intelligent. Et je commence à croire que tu essaies d'éloigner Astrid de moi. Je ne comprends pas pourquoi tu fais ça. J'ai peut-être été maladroit dans ma première tentative de l'approcher mais je peux lui montrer que je ne suis pas de ces hommes imbus imposant des choses aux femmes sans se soucier de ce qui leur plait. Mais pour ça…
-Non!
Je ne peux pas inciter Astrid à s'approcher de vous. Le simple fait que quelqu'un mentionne votre nom en sa présence la fait soupirer. Même lorsque c'est moi alors que je suis son am…ami.
-Hum.»
Viggo fit trois fois le tour de la salle. Il ne regardait pas Harold qui n'osait pas dire un mot. Il semblait réfléchir minutieusement. A quoi? Le Capitaine espéra que cela n'était rien qui pourrait être très dangereux.
Au bout d'un moment, Viggo retourna s'assoir.
«-Quelle ironie! Je suis capable de contrôler Grimborn d'une main de maître, de me faire craindre de sa population et pourtant, je suis incapable de conquérir le cœur d'une dame. Peut-être Astrid me voit-t-elle comme un tyran. Pourtant, tu me connais, Harold, je ne suis pas un excessif. J'essaie seulement de faire en sorte que Grimborn soit parfaite. En tout cas aussi parfaite que moi.
J'aimerais que ce soit ce Viggo là qu'Astrid voit.
-…
Si c'est ce que vous pensez, je ne peux pas vous aider. Ce n'est pas à l'aide d'un intermédiaire qu'on montre à quelqu'un qui on est vraiment.»
Harold sembla regretter ce qu'il avait dit. Il cessa de prononcer la moindre parole de peur d'une réaction, non pas violente, mais perverse de Viggo. Il savait très bien que ce dernier aimait jouer. Plus particulièrement manipuler l'esprit des gens. Avait-t-il comprit que le Capitaine, au lieu de pousser le Lieutenant dans les bras du Seigneur, le protégeait de lui? Pire, avait-t-il deviné qu'ils étaient amants?
«-Tu es franc. C'est ça que j'ai toujours apprécié chez toi. Je ne sais pas si tu as raison ou tort mais j'avoue que je ne sais pas si je devrais insister ou non.
-Seigneur Viggo…
-Je ne sais pas si Astrid se moque de moi ou non mais j'admets que je commence à me demander si je suis digne d'une femme ou pas. Seulement…Oh, je crois que j'ai encore besoin de réfléchir. Tu peux t'en aller.
Non attends, reste un peu.
-Oui?
-Ca fait longtemps, hein?
-Longtemps que quoi?
-Que je ne t'ai pas parlé autant. La dernière fois qu'on a discuté aussi longtemps, c'était…Oh, je sais même plus.»
Viggo semblait mélancolique. Harold fut très surpris. Ca n'était pas son genre d'être ainsi. Il se leva de sa chaise et alla vers le Capitaine. Il mir un bras autour de ses épaules. Harold fit de son mieux pour ne pas trembler mais Viggo sembla le remarquer.
«-Tu vois? Tu es tout tendu. Tu as beau oser défier mon autorité et parvenir à t'imposer, tu me détestes et, surtout, me crains autant que tout Grimborn. Mais je n'ai jamais voulu que les choses se passent comme ça. Seulement, je n'ai pas eu le choix.
-Seigneur Viggo…
-Tu vois comment tu m'appelles? Ah! Mon foutu grand-père! Avant qu'il ne dise qu'il n'était plus convenable que je traine avec le «commun», on jouait ensemble, on faisait des bêtises, on se disait tout…Et maintenant, nous ne savons plus rien l'un de l'autre.
-…
-Je n'ai jamais voulu ça, tu sais.
-Seigneur…
-A ton avis, pourquoi j'ai fait en sorte que tu sois Capitaine et pas Ryker? Ca n'était pas seulement parce que ton intelligence t'avait permis de t'adapter au combat et d'être fort à ta façon. Je voulais qu'on puisse rester amis en faisant en sorte qu'il n'y ait pas de distance entre nous. Mais elle s'est dressée malgré tout. Tout ça parce que je n'ai pas été capable de…
…
Tu peux partir, s'il te plait? Je suis fatigué.
-O…Oui, tout de suite.»
Après avoir quitté la salle, Harold était très surpris. Qu'est-ce qui avait bien pu prendre à Viggo pour qu'il fût ainsi? Ce n'était pas son genre de demander poliment à quelqu'un de sortir de ses quartiers. Encore moins d'avoir des moments de faiblesse. Etait-ce son obsession pour Astrid qui le rejetait qui lui faisait perdre de l'assurance? Ou alors peut-être était-ce autre que de l'obsession. Peut-être était-ce…De l'amour? Sûrement pas! Même si Viggo était sûrement sincère sur le fait que le passé lui manquait, Harold le connaissait trop bien pour savoir qu'il ne laisserait jamais Astrid tranquille. Il ne voyait Astrid comme rien de plus qu'une nouvelle pièce à ajouter à une collection. Et elle le savait également. Il était hors de question d'avoir des doutes sur Viggo. Lorsqu'il eût à nouveau les idées claires, Harold retourna à ses activités.
.
«-Harold, lance la Chevauchée!»
Lorsque le Seigneur Grimborn donna le signal, le Capitaine de la Garde Grimborn sonna la corne et tous les soldats partirent chacun de leurs côtés dans la nuit. Harold avait fait rapidement signe à Ingfriõr de faire en sorte que la queue de son cheval tapât la croupe de la monture de Ryker. Celui passa alors devant Viggo et eût immédiatement le réflexe d'entrainer ce dernier avec lui. Ainsi, le Sous-Lieutenant obligerait le Seigneur à lui consacrer du temps.
Lorsque tous les soldats furent partis, le Capitaine et le Lieutenant s'en allèrent plus loin. Ils voulurent être sûrs d'être éloignés de tous. On ne devait les voir à aucun prix. Ca serait un de leurs rares moments intimes, ils devaient en profiter.
Quand ils furent sûrs d'être seuls, ils s'autorisèrent à parler.
«-Wow! C'était encore plus chaotique que nos patrouilles et captures, ricana Astrid
-Haha, c'est vrai, ajouta Harold sur le même ton
La nuit est vraiment belle ce soir.
-Oui. Pas un nuage. Tout comme dans le reste de la journée. Quand tu m'as donné cette rose, le soleil brillait dessus, dit Astrid en montrant une rose blanche qu'elle avait accroché à sa poitrine
-Tiens? Ce n'est pas ton genre d'être aussi sentimentale.
-C'est peut-être ta sensibilité qui m'influence.
-Hahahahaha!
-Hé! Tu entends cette musique?
-Oui. Il doit y avoir une auberge pas très loin. Attends, je connais cette mélodie.
-Moi aussi. C'est…
-Mon père et ma mère la chantaient ensemble. Avant qu'il…
-Mes parents aussi.»
Ils restèrent silencieux quelques instants. Ils semblaient tous deux très mélancoliques. Ils écoutaient la mélodie sans savoir quoi faire, sans savoir quoi penser.
«-J'affronterai toutes les tempêtes
Sans peur des vents déchaînés
J'éviterai tous les récifs
Si tu voulais m'aimer
Aucun soleil, ou froid du nord
Ne pourra plus m'arrêter
Si tu me promettais ton cœur
Alors...
Je t'aimerai pour l'éternité»
Malgré lui, Harold s'était mis à chanter tout comme Astrid qui avait finis par suivre les paroles sans savoir réellement ce qu'elle faisait. Ils se regardèrent avec douceur. Astrid prit la main d'Harold et ouvrit la bouche.
«-Mon cher ami, mon tendre aimé
Tes mots me mettent en émoi
Je n'ai pas besoin d'exploits guerriers
Quand je suis au creux de tes bras
-Mais je t'offrirai des trésors
Je chanterai à pleine voix
Je te protègerai des coups du sort
Si tu restais près de moi»
Pris d'un enthousiasme soudain, Astrid sauta de sa monture en entrainant Harold avec elle. Il était surpris mais ça n'était pas pour lui déplaire. Souriant, il se remit à chanter tout en la faisant danser car il avait bien comprit que c'était ce qu'elle voulait.
«-Mais je t'offrirai des trésors
Je chanterai à pleine voix
Je te protègerai des coups du sort
Si tu restais près de moi
-Je n'ai pas besoin de tes trésors
Ni que tu chantes à pleine voix
Je veux seulement prendre ta main
-Je te veux auprès de moi
-T'aimer très fort et t'embrasser
Et danser toute la nuit
Pour le pire et le meilleur
Nous serons toujours unis
J'affronterai toutes les tempêtes
Sans peur des vents déchaînés
J'éviterai tous les récifs
Si tu voulais m'aimer»
Ils se mirent à rire. Ils s'étaient rarement amusés comme ils le faisaient à cet instant. Lorsqu'ils eurent finis, ils réalisèrent que la musique continuait. Mais c'était une mélodie beaucoup plus douce que la chanson qui avait précédé. Après quelques instants d'hésitation, Harold tendit la main vers Astrid. Celle-ci la prit.
Ce fut elle qui mena la danse. Aucun des deux n'avait réellement apprit à danser mais ils se laissaient aller au rythme de la musique qu'ils entendaient. C'était doux et agréable. Léger et pourtant enivrant. Astrid cala sa tête sur l'épaule d'Harold qui enfouit son nez dans sa nuque tandis qu'ils continuaient à danser.
«-Si seulement ça pouvait être toujours comme ça, dit Astrid une fois que la musique fût finie»
Harold déposa un baiser dans la nuque d'Astrid avant de relever la tête. Astrid s'apprêta à remonter à son cheval alors que le jeune homme n'avait pas commencé à aller vers sa monture.
«-Astrid, on pourrait faire en sorte que ça soit toujours comme ça.
-Quoi?
-Tant qu'on vivra à Grimborn, on sera toujours obligés de se cacher. On ne peut pas continuer à vivre de cette façon. On doit quitter cet endroit.
-Tu veux dire fuir?
-On n'a pas d'autre choix.
-Mais Harold. Et ta fonction? Toute ta vie que tu as construite ici? Et ceux qui ont confiance en toi?
-Ca n'a plus d'importance maintenant.
-Oh!
-Tu ne crois quand même pas que je préfère une vie oisive et pleines de mensonges à une vie calme et pleines de libertés.
-…
-Tu penses à Gueulfor, c'est ça?
-Et toi, tu as pensé à ta mère?
-Je suis sûr qu'ils comprendront tous les deux.
-Mais ils…ils ne savent même pas que Viggo me…Gueulfor…Il va…
-Chhh. Pourquoi il se mettrait en colère? Tu n'as rien fait de mal. Je te l'ai déjà dit, tu es une victime, pas une responsable. Il comprendra pourquoi nous avons agi comme ça. Aussi bien lui que ma mère. Ils nous aideront. Tu verras.
-…
Il nous faudra du temps pour planifier tout ça correctement. Nous ne pouvons pas partir sans rien. Mais surtout, à part ta mère et Gueulfor. Personne ne doit savoir, même pas Ingfriõr.
-Nous saurons nous débrouiller. Ne t'inquiète pas.»
D'un même mouvement, ils s'étreignirent heureux d'avoir enfin trouvé une vraie solution à leur problème insoutenable. Certes, cela n'allait pas une chose facile puisque ce serait toute une existence construite laissée derrière soi et tenter de tout reprendre à zéro mais en même temps, ce serait le début d'une toute nouvelle vie. Une vie difficile, certes, mais débarrassé des pires craintes et des pires dangers. Cela ne serait plus qu'une question de temps. A cette idée, les amants sourirent déjà comblés à l'idée d'être toujours ensemble.
.
Astrid avait dit à Gueulfor qu'ils allaient recevoir une visite d'Harold et sa mère. Cette dernière, comme à son habitude, portait une grande capuche cachant une partie de son visage. Quand Harold frappa à la porte, Gueulfor s'empressa d'aller leur ouvrir. Il semblait tout souriant.
«-Entrez, dit-t-il avec une voix presque haut-perchée»
Cela mit Harold mal-à-l'aise et l'inquiéta en même temps. Pas seulement à cause de la situation mais aussi parce qu'Astrid, même si elle allait tout faire pour ne pas le montrer par fierté, devait se sentir tellement mal. Et ça, c'était insoutenable pour Harold. Devoir dire autant de choses en une fois n'allait pas être simple. Il aimait Astrid de tout son cœur et il savait à quel point cela serait encore plus éprouvant pour elle que pour lui. Il savait qu'il devrait tout faire pour qu'elle se sentît aidée et, pour ça, il devrait rester calme jusqu'au bout.
«-Allez, allons tout de suite dans le salon et passons aux choses sérieuses, dit Gueulfor, Astrid, tu peux aller à côté d'Harold. Je sais que vous avez tous les deux quelque chose à annoncer. Et je crois savoir ce que c'est.
-Je…Je ne pense pas, dit Harold d'une voix triste
-Oh, je ne suis pas un imbécile. Allez Astrid, je te laisse parler ma chérie.»
Harold posa une main sur l'épaule d'Astrid afin de l'inciter à parler. Elle semblait encore hésitante. Il lui fallut encore plusieurs secondes avant de prendre une inspiration.
«-Voilà. Harold et moi, on s'aime.
-J'en étais sûr! s'exclama Gueulfor, Ah Harold, je t'avais dit de ne pas faire de bêtises avec ma nièce et tu m'as obéis car tu la combles de bonheur. Je suis fier de toi et content pour vous, ma chérie.
Tu te rends compte? On va former une famille, dit-t-il en tapant l'épaule de la mère d'Harold
-Non attendez, dit Harold en prenant un ton sérieux tout en restant triste, Il y a…plus.
-Et ce n'est pas très…réjouissant, dit Astrid en baissant les yeux»
Elle n'arriva pas à ajouter un mot de plus. Pensant que c'était à elle de parler car cela la soulagerait, Harold lui prit la main afin de l'encourager à évacuer sa douleur.
«-Il y a…Viggo. Il…Il veut que je…Il veut que je devienne son amante et se fiche de savoir si j'en ai envie ou pas.»
En entendant ces mots, Gueulfor perdit son sourire. D'abord étonné puis en colère, il grogna comme un sanglier.
Lorsqu'il fut plus calme, il prit Astrid dans ses bras et la serra tendrement.
«-Ma chérie, mon petit trésor, pourquoi tu m'as rien dit?
-…
-Allons, ne t'inquiète pas. Je vais donner une bonne leçon à ce s…
-Gueulfor, c'est trop dangereux, dit Astrid
-Mais…
-Si tu tentais de me défendre, Viggo trouverait n'importe quel prétexte stupide pour te faire arrêter. Peut-être même…pire.
-Et bien, je suis prêt à prendre ce risque.
-Et moi, je ne suis pas prête à te laisser faire ça.
-…
-Nous…Nous avons pensé à quelque chose, dit Harold, Mais nous avons besoin de votre aide. A tous les deux.
-Dites-nous, demanda Gueulfor
-Promettez-nous que vous ne direz rien à personne, dit Harold
-Juré, dit Gueulfor»
La mère d'Harold prit les mains de son fils en guise de promesse et les serra avec amour comme pour lui jurer de ne pas faillir.
«-Nous avons pensé fuir dans trois jours quand il fera nuit, dit Harold
-Quoi? s'exclama Gueulfor tandis que la mère d'Harold lâcha un petit gâteau qu'elle s'apprêtait à manger
-Vous avez promis, dit Astrid, Nous avons besoin de votre aide afin de bien préparer notre fuite.
-Mais pourquoi fuir? demanda Gueulfor, Nous pouvons vous protéger tous les deux.
-Mais nous vivrions tous dans un mensonge, dit Harold, Comme Astrid et moi en ce moment. Nous ne pouvons plus le supporter. Nous avons besoin d'être loin de toute cette torture; d'être libres.»
Gueulfor et la mère d'Harold se regardèrent. Ils semblaient réfléchir. Au bout d'un certain temps, ils hochèrent la tête et se tournèrent vers le couple.
«-Que devons-nous faire? demanda Gueulfor»
.
A la sortie de Grimborn.
«-Il sera plus prudent de voyager de nuit, dit Gueulfor, Gardez ces torches mais allumez-les uniquement quand le ciel sera entièrement sombre.
-D'accord, dit Harold
-C'est un exploit d'avoir réussi à endormir les Gardes, dit Astrid
-Ca n'a pas été facile de mettre la main sur un de ces fameux narcotiques spéciaux de Viggo sans qu'il s'en aperçoive. Mais j'y suis parvenu.
-Il va falloir partir, dit Astrid, Ils ne resteront pas endormis bien longtemps. Prenez vos chevaux.
-Nous n'en avons pas.
-Quoi?!
-Nous avons dit que nous vous aiderons, pas que nous viendrions avec vous.
-Mais, dit Harold
-Il n'y a pas de «mais». Vous n'avez plus besoin de nous. Vous n'aviez déjà plus besoin de nous avant même toute cette histoire d'ailleurs.
-Et si on vous pose des questions après notre fuite? demanda Astrid
-On a mis des narcotiques dans nos verres. On les videra et tout le monde croira que vous nous avez endormis aussi. C'est très simple.
-…
-…
-Mes petits, nos places sont ici. Nos vies sont ici. Nous avons déjà construit nos existences depuis longtemps. Et nous sommes très bien comme nous sommes. Vous par contre, vous avez encore beaucoup à faire et une existence à bâtir. Et surtout, une vie meilleure à avoir.»
Harold et Astrid prirent chacun la mère du Capitaine et l'oncle du Lieutenant dans leurs bras. Ce fut une longue étreinte; à la fois pleine de tendresse, d'espoir et de tristesse. D'espoir et de tendresse de Gueulfor et la mère d'Harold pour sa nièce et le jeune homme et de tristesse d'Astrid et d'Harold à l'idée de ne plus jamais revoir ces deux seuls parents qu'ils avaient. Les choses ne pouvaient que se passer ainsi car Grimborn était trop bien surveillée pour que Gueulfor et la mère d'Harold purent recevoir les lettres de deux fuyards même si un messager clandestin était envoyé dans la plus grande discrétion.
«-Maman, je…, dit Harold d'une voix tremblante tandis que sa mère posa un doigt sur ses lèvres
-Ma puce, dit Gueulfor tandis que sa nièce le regardait tristement, Ne fais pas ces yeux-là. Un avenir radieux s'ouvre devant toi.
-Je sais. Mais ce sera dur sans toi.
-Ecoute Astrid, je préfère te savoir loin de moi et en sécurité plutôt que près de moi et menacée. Et plus important que tout, je veux que tu sois heureuse. Même si pour ça, je ne peux plus te voir. Ah voilà enfin un beau sourire.
Maintenant, partez vite. Le crépuscule approche.
-Au revoir.
-Au revoir.
-Au revoir. Soyez heureux.
Soyez prudents, mes petits, ajouta-t-il une fois que le jeune couple fût parti»
.
Alors que le crépuscule tombait, deux cavaliers traversaient la forêt. Ils étaient bien éloignés de la civilisation qu'ils venaient de quitter. Ils en étaient même très loin. La nuit approchait. Ils savaient qu'ils ne devraient pas tarder à allumer leurs torches pour mieux se repérer dans la nuit. Mais pour ça, ils devraient sortir de la forêt. Sur la route où ils allaient se trouver, il n'y aurait ni ville, ni village avant un bon moment. Malgré tout, ils savaient qu'il serait plus prudent de voyager de nuit afin de ne pas être repérés si on s'était déjà lancés à leur recherche. Quand ils se trouvèrent enfin sur la route, la nuit était tombée. Harold et Astrid se décidèrent à allumer leurs torches. Ils continuèrent leurs chemins pendant un long moment. A l'aide de leurs lumières respectives, c'était facile de se repérer en pleine nuit quand la lune n'était pas pleine et que le ciel était sombre.
Au bout d'un long trajet, ils se trouvèrent dans une clairière. Celle-ci était à l'entrée d'une autre forêt. Les torches n'allaient pas tarder à s'éteindre et les chevaux étaient épuisés. Harold et Astrid descendirent de leurs chevaux et les laissèrent boire tout en prenant soin d'utiliser des cordes pour attacher leurs canons à des troncs. Puis ils s'assirent sur des rochers. Ils l'avaient fait. Enfin, ils étaient débarrassés de tout ce poids qu'ils avaient eu sur les épaules pendant trop longtemps. Ils allaient être heureux ensemble. Bien plus que soulagés, ils se serrèrent dans leurs bras de toutes leurs forces. Ce fut Astrid qui céda. Elle posa ses lèvres sur celles d'Harold. C'était un baiser à la fois tendre et plein de passion. Un baiser plein d'espoir et de joie. Les anciens soldats avaient l'impression d'être deux oiseaux s'envolant dans un pays de rêves merveilleux où rien ne pouvait les atteindre3.
«-CAPITAINE HAROLD!
AH!»
Ce cri, c'était le hurlement d'Ingfriõr. Quoi? Mais comment cela pouvait-t-il être possible? La Garde Grimborn n'avait quand même pas…Ni Harold, ni Astrid n'avait eu le temps de se poser des questions qu'Ingfriõr avait reçu un coup pour avoir averti l'ancien Capitaine de la présence de la Garde Grimborn non loin des amants. Il était tombé de son cheval et ne semblait plus du tout capable de bouger, ni de parler. Harold et Astrid s'étaient détachés l'un de l'autre mais avaient à peine eût le temps de se relever que Viggo s'était jeté sur Harold tandis que des gardes s'étaient emparés d'Astrid.
«-C'est comme un rêve qui se réalise, dit Ryker avec délectation»
Astrid ne se laissa pas faire et se détacha de l'emprise des gardes. Elle sortit sa hache et désarma tous ceux qui se trouvaient à proximité d'elle allant jusqu'à blesser certains d'entre eux.
«-Comment osez-vous? dit-t-elle d'un ton empli de colère et de rancœur»
Elle se précipita vers Viggo et Harold. Celui-ci résistait à l'aide de son épée de feu. Mais même avec une épée normale, Viggo était à force égale avec Harold car il avait la même agilité que lui. Astrid ne savait pas quoi faire car, si elle tentait de s'en prendre à Viggo, elle risquait de toucher Harold. De plus, les soldats tentaient encore de s'emparer d'elle. Elle arrivait toujours bien à se défendre mais ils étaient très nombreux.
«-Quand je pense que je te faisais confiance. «Je ne peux pas vous aider. Ce n'est pas à l'aide d'un intermédiaire qu'on montre à quelqu'un qui on est vraiment.» Mais en fait, ma première impression était la bonne. Tu n'es qu'un sale voleur!
-Je n'ai rien volé du tout! Astrid n'est pas une chose, Viggo.
-Comment tu as fait pour qu'elle tombe dans tes bras? Dis-le-moi.
-La ferme! J'en ai assez de toi et tes ordres. Tu n'es qu'un sale égoïste qui ne pense qu'à sa pomme et qui veut tout posséder et contrôler sans se soucier de ce que ressentent les autres et, surtout, tu n'es qu'un être abject!
-…
En effet. Et je vais t'en montrer la preuve.»
A cet instant précis, Viggo fit un geste en direction des soldats qui frappèrent l'ancien Lieutenant. Celle-ci tomba sur le sol en se massant le ventre gémissant de douleur.
«-Astrid! s'exclama Harold»
Voyant qu'il avait baissé sa garde, Viggo dirigea sa lame vers la jambe gauche du jeune homme et trancha celle-ci net. Privé de tout moyen de tenir debout et souffrant atrocement, Harold s'effondra sur le sol en hurlant de douleur.
«-Harold! s'exclama Astrid à son tour
-Ne bouge pas, ordonna Viggo à la jeune fille en pointant sa lame vers la gorge du jeune homme, En tout cas, si tu tiens à son existence. Et surtout, si tu tiens à ne pas perdre davantage.
-Viggo?
-De quoi parles-tu? demanda Astrid inquiète
-Ryker.»
A ces mots, le frère de Viggo sortit quelque chose d'un sac et le jeta brutalement sur le sac. En réalisant ce qu'était le contenu de ce dernier, Astrid poussa un cri de terreur.
«-Non! Non! Non! Non! Non! Non!
-Oh mes dieux! s'exclama Harold, Non!»
La tête de Gueulfor avait roulé sur le sol tel un ballon lancé par des battes de knattleikr4. Des traces de sang séché étaient encore visibles en-dessous de son cou. Sa bouche et ses yeux grands ouverts ne semblaient rien exprimer sur son visage devenu pâle et vide d'émotion.
«-Salopard! rugit Astrid
-Assassin! hurla Harold
-Allons, allons, ne me blâmez pas. Blâmez-le plutôt lui. Et surtout Harold, blâme ta mère.
-Quoi?!
-Elle a été tellement indiscrète. Venir parler à Gueulfor de l'avancée de leur aide dans les préparatifs fuite à la forgerie. Le jour même où je devais venir faire forger mon épée. Quelle idiote! Il m'a suffi de tout écouter sans me faire remarquer. Ah, quand j'ai su tout ce que tu avais fait dans mon dos, que tu avais menti alors que tu prétendais m'aider, j'ai été tellement en colère. Je voulais t'éliminer, t'infliger les pires douleurs possibles. Quant à toi, Astrid, je ne rêvais que de te montrer ce qui arrivait quand on osait me résister.
Mais je savais que tout ça ne me mènerait nulle part puisque quoique j'aurais pu faire, Astrid ne m'aurait jamais cédé. Alors, j'ai planifié ma vengeance d'une autre façon. Je vous ai laissé finir vos préparatifs tout en vous faisant surveiller. Je savais que la Garde m'obéirait si je les payais ou que je les menaçais. Après tout, j'ai certaines relations en dehors de Grimborn qui pouvaient se montrer convaincantes en cas de refus. Et maintenant, regardez cet imbécile d'Ingfriõr. Il ne supportait pas de vous trahir et à cause de ses remords inutiles, il ne passera sans doute pas la nuit.
-Oh mes…Viggo, tu es inhumain! dit Astrid épouvantée
-Espèce de…
-Où en étais-je? Ah oui, ta mère. Je ne lui ai pas réservé un sort aussi sanglant. Après tout, c'est grâce à sa collaboration que j'ai su ta traîtrise. Néanmoins, celle-ci étant involontaire et cette femme prête à me trahir, je l'ai quand même puni.
-Quoi?!
-Je l'ai exilé. Elle sera condamnée à vivre isolée dans un château de pierre pratiquement dissimulé dans un mont enneigé.
-Espèce de…
-Tais-toi! Nous n'en avons pas encore pas fini. Ryker, attache Astrid et emmène l'un des chevaux que tu vois à Grimborn. Maintenant, l'un d'entre eux n'aura plus besoin de cavalier.
-Hahahahaha!
Et je fais quoi du crétin?
-Hum…Emmène-le à Grimborn. Nous verrons ce que nous ferons de lui s'il survit.»
Lorsque tous les soldats furent partis avec la monture de l'ancien Capitaine, Viggo regarda Harold dans les yeux. Il jubilait avec délectation.
«-Tu vois? Je t'avais dit de ne pas résister à mon autorité. Si tu avais été docile, tu ne serais pas dans un tel état.»
Puis, il se tourna vers Astrid.
«-Tu sais que je peux avoir n'importe quoi. J'aurais pu t'offrir tout ce que tu désirais. Il aurait suffi que tu me demandes n'importe quoi et je te l'aurais offert. Alors, pourquoi lui?
-Je ne veux pas qu'on m'offre quoi que ce soit. Je veux qu'on me montre ce qu'on ressent pour moi de manière vraiment sincère. Toi, Viggo, tu n'es qu'un monstre sadique! Et je n'ai pas à répondre à ta question.
-Hum. Sacré caractère. Tu me résistes encore et encore. Tu n'arrêteras jamais.
-Ne la touche pas! hurla Harold
-Tu n'es pas en position de donner des ordres. Rassure-toi, je n'ai pas l'intention de profaner son corps. Je n'ai d'ailleurs pas l'intention d'employer la force.
-Quoi?!
-A quoi cela me servirait? J'ai bien compris que tu ne feras que me repousser, Astrid. Même je tuais Harold tu l'aimerais encore et tu me verserais encore ton venin. Et si je vous tuais tous les deux, ce serait comme une façon de vous réunir pour toujours. Je ne veux pas de cela! C'est pourquoi j'ai trouvé une autre solution.
Maintenant, regardez bien de quelle façon ceux qui me défient subissent ma vengeance.»
A ces mots, Viggo sortit un objet de ses vêtements. Il semblait à la fois enthousiaste et calme. Cela n'annonçait rien de bon du tout. Harold et Astrid étaient terrifiés. Que pouvait bien mijoter cet être froid et capable de tout? Et surtout, qu'avait-t-il prévu de si malsain au point de ne pas vouloir leurs morts?
«-Harold, tu disais ne pas avoir peur de ceci, n'est-ce pas? Et bien maintenant, tu le dois puisque ce ne sera pas que toi qui subira les conséquences de ses effets mais également Astrid.»
Ce que Viggo tenait entre ses mains n'était nulle autre que son joyau astral. Celui qu'Harold, bien qu'il savait magique, ne craignait pas car il n'ignorait pas que s'il refusait de se soumettre à la manière de faire de Viggo, celui-ci n'oserait pas s'en servir contre lui car il admirait trop son potentiel de soldat. Mais là, Harold avait peur. Certes, on pouvait l'insulter, l'humilier, l'enfermer dans les pires conditions, le traîner dans la boue, même le torturer mais l'idée même de faire du mal à l'amour de sa vie lui était insupportable. Et elle était, sans le moindre doute, sur le point d'arriver.
«-Non! Viggo, fais de moi ce que tu veux mais je t'en supplie, ne fais pas de mal à Astrid.
-Oh, maintenant, tu me supplies. Peut-être que je me trompais. Tu dois vraiment aimer Astrid pour te rabaisser à ce point. Ceci dit, tes sentiments ne justifient pas le fait que tu as tout fait pour nous éloigner l'un de l'autre.
-Arrête de parler comme ça, Viggo. Jamais je n'ai été proche de toi. Même la personne la moins censée du monde ne pourrait pas t'aimer.
-Suppliez-moi ou raillez-moi autant que vous voudrez, ça ne vous mènera nulle part.
Ah! Enfin le moment que j'attendais. Mes amis, faites donc la connaissance de l'aube astronomique.»
Viggo avait raison. Le ciel n'était plus totalement noir. Cependant, on ne voyait pas grand-chose. Seul un minuscule rayon de soleil était à peine visible à l'horizon. Pourquoi Viggo demandait-t-il à Harold et Astrid de regarder dans cette direction? Ils ne comprenaient pas. Le terrible Seigneur plaça son joyau astral vers l'horizon de manière étrange. On aurait dit qu'il faisait en sorte de le placer de sorte à qu'il touche la fine lumière du soleil tout en étant placé devant le ciel encore marqué par la nuit. Soudain, une chose incroyable se produisit. Harold fut frappé par une immense lumière sombre tandis qu'Astrid fut touchée par un voile lumineux si éblouissant qu'elle fut contrainte de fermer les yeux pensant que cette chose la rendrait aveugle.
Ils ne savaient pas ce qui leur était arrivé mais ce qui était sûr, c'était que la magie infligée par Viggo avait grandement diminué leurs forces. Ils se sentaient tellement faibles qu'ils avaient du mal à bouger. Harold, déjà affaibli par son nouveau handicap, serait incapable de faire quoique ce fût si Astrid ne pouvait pas l'aider. Viggo semblait avoir terminé ce qu'il avait à faire car il se retourna. Il alla vers Astrid. Cette dernière eût très peur. Harold, se sentant impuissant, était entre la rage et la terreur de ne pouvoir aider son amour. Mais contre toute attente, Viggo détacha Astrid à l'aide de son épée. Le premier réflexe de cette dernière fut de se diriger vers son amant. Trop affaiblie, elle ne put que ramper vers Harold sans être capable de l'aider à se relever. Ce dernier la prit dans ses bras. Tous deux faibles, ils s'écroulèrent l'un sur l'autre sans se lâcher usant les forces qui semblaient leur rester chacun ne voulant pas abandonner même si c'était la dernière chose qu'il ou elle ferait.
«-Vous faites bien de profiter d'une si belle étreinte. C'est votre dernière.
-Comment?
-Qu'est-ce que tu dis?
-Tout d'abord, sachez que vous retrouverez vos forces en temps voulu. Je vous l'ai dit, je ne veux pas vos morts. Cependant, cela ne veut pas dire que je vais vous laisser vivre comme vous le désirez. Voici ma vengeance. Regarde attentivement le soleil qui s'élève dans le ciel, Astrid. Ce sera le dernier que tu verras.
-…
-Quant à toi, Harold, ce soir sera la dernière nuit que tu vivras.
-…
-Tu vois? Il fallait que tu aies peur de ce joyau astral. Il vous a fait subir les conséquences de votre obstination à me résister. Il m'a permis de vous envoyer des lumières venant du jour et de la nuit quand ceux-ci sont entrecroisés par un ciel incertain. Lumières qui m'ont permit d'exercer mon souhait.
-Quel souhait? demanda Astrid
-Oh, tout simplement ceci, Astrid; demain, à l'aube, tu te transformeras en dragonne bleue.
-Oh!
-Et tu ne reprendras ta forme humaine qu'à la tombée de la nuit.
Quant à toi, Harold; demain, au crépuscule, tu te transformeras en dragon noir. Et tu ne reprendras ta forme humaine qu'au lever du jour.
Vous comprenez ce que ça signifie, n'est-ce pas?
-Non!
-C'est impossible!
-Oh si, ça l'est. Et ce sera comme ça pendant le reste de vos existences. A chaque lever et à chaque coucher de soleil.
-Ordure!
-Viggo, je vais…
-Me tuer? Comme si tu étais de le faire. Tu ne peux même pas tenir sur tes pieds. Enfin, sur ton pied.
Oh Astrid, ne me regarde pas comme ça. J'ai tout fait pour être un homme raisonnable et te faire comprendre que j'étais fait pour toi. Tu n'en serais pas là où tu en es si tu ne m'avais refusé. Je ne voulais pas en arriver là mais maintenant, je vais le dire: puisque je ne peux pas t'avoir, personne ne t'aura. Ce qui vient de se passer ne pourra rien y changer.
-Viggo, tu n'es qu'un…
-Je t'avais dit que je me vengerai, Harold. Mais je me demande si je n'ai pas été trop doux. Après tout, vous serez…toujours ensemble, non?
-Salopard!
-Je vais te tuer!
-Je ne crois pas. En ce qui me concerne, j'en ai fini avec vous. J'ai décidé de votre sort. Maintenant, je dois me consacrer à d'autres affaires. Adieu, traîtres.»
Sur ces mots, Viggo partit sur sa monture abandonnant les amants à leur sort. Amants n'étant plus que deux âmes égarées condamnées à errer à jamais dans le monde à la fois ensemble et bientôt éloignés et qui, sur l'instant, n'avaient plus rien à faire d'autre que de profiter de leur dernier vrai moment ensemble sans en être capable.
Ca va? Pas facile d'écrire un récit où les méchants gagnent à la fin:'-( Mais bon, c'est qu'un chapitre, on verra bien comment les choses évoluent après. En tout cas, je vais mettre un certain temps avant d'écrire le prochain, alors faudra être patient. A la prochaine
1Dérivé de l'expression «Ce n'est pas ma tasse de thé» signifiant, en gros, «Je n'aime pas trop «ça»» le «ça» étant quelque chose qu'on a mentionné ou désigné avant de dire l'expression. J'ai inventé ce dérivé moi-même.
2Dieu du sommeil dans la mythologie nordique. Toutefois, certains disent que c'est le dieu de la mort. J'avoue être, encore une fois, m'être inspirée d'une expression existante étant «Tomber dans les bras de Morphée» signifiant s'endormir profondément. En effet, Morphée est le dieu du sommeil dans la mythologie grecque.
3Ok j'avoue, cette phrase est peut-être trop niaise. EDIT: En plus, maintenant que j'y pense, en commençant la phrase par les mots «Les anciens soldats», sortie de son contexte, ça sonne très yaoi^^
4Jeu de ballon viking
