Une seconde chance ?
Cet après-midi-là, Bulma et sa mère se rendirent en ville pour y acheter toutes les affaires dont les nameks leur avaient parlé et dont ils auraient besoin durant leur séjour. Toutes deux avaient passé la journée de la veille et la matinée du jour même à vérifier leur liste d'achats auprès de leurs invités pour être sûres qu'ils ne manquent de rien. En réalité ils avaient manifesté plus d'intérêt à l'idée d'apprendre de nouveaux jeux de société que d'avoir d'autres vêtements. Ce qui n'avait bien entendu pas empêché les deux femmes de faire le tour de toutes les boutiques de la ville pour trouver des vêtements qui pourraient ressembler à ceux que portaient leurs invités à antennes, ou acheter des tissus pour qu'ils puissent s'en confectionner.
Un seul invité n'avait pas pu être interrogé sur ce qui pouvait lui manquer, et comme de bien entendu il s'agissait de Végéta. Celui-ci restait introuvable depuis le petit déjeuner, manifestement parti se promener. Tant pis pour lui, avait songé Bulma, une fois qu'elle avait été rassurée de ne voir aucune nouvelle flash aux informations, à propos d'un éventuel cataclysme.
Si il avait vraiment besoin de quelque chose, elle était sûre de pouvoir compter sur lui pour le lui faire savoir de façon aussi claire et agréable que pour le verrou sur la porte de sa chambre...
Mais c'était sans compter sur sa mère qui avait insisté pour s'arrêter régulièrement dans les rayons des magasins à la recherche de « quelque chose de mettable pour ce pauvre charmant jeune homme qui a un trou dans ses vêtements ». En soupirant, Bulma avait fini par la laisser faire. Elles avaient acheté des pantalons de jogging et de gym noirs. Impossible de lui acheter des jeans sans savoir sa taille. Un lot de T-shirts, caleçons et pulls de diverses couleurs aussi. Par contre, Bulma avait réussi à empêcher sa mère de s'arrêter sur les costumes et les cravates, même si l'image qui se formait dans sa tête à cette idée était... assez amusante...
« Oh ! Regarde ma chérie ! Appela madame Briefs. Tu ne penses pas que cette chemise lui irait à ravir ?
-Je pense qu'on lui a déjà acheté assez de T-shirts comme ça maman. Répondit sa fille sans regarder.
-Des T-shirts, oui, mais pas de chemises. S'il est trop musclé pour les enfiler il pourra au moins porter ça en la laissant ouverte !
-Quoi ? » Glapit Bulma en se demandant où sa mère pouvait bien avoir des idées pareilles. Dans son mouvement, elle se retourna pour la regarder et ses yeux se posèrent sur la chemise. Elle pouffa. « Maman, tu n'espères quand même pas essayer de lui faire porter ça ?
-Pourquoi ?
-Noir ou blanc j'envisage, n'importe quelle couleur sombre éventuellement... Mais pas ça !
-Je ne comprends pas ma chérie, c'est très joli le rose...
-Laisse tomber, d'accord ? Soupira la jeune fille. Cette chemise passera certainement le reste de son existence au fond d'une capsule.
-Ah bon... Si tu le dis... » Admit la blonde avec regret. Elle retourna la chemise pour la regarder une dernière fois. « Mais quand même... » À cet instant, Bulma éclata de rire et sa mère lui jeta un regard interrogateur.
« Non mais tu as vu ce qui est écrit au dos de ta chemise ? » Riait-elle.
Sa mère retourna à nouveau le vêtement pour lire l'inscription : Bad man. « Homme méchant ? Mais pourquoi ont-ils écrit ça ? Qui voudrait la porter ? Heureusement que tu l'as vu ma chérie, ce pauvre petit Végéta n'aurait certainement pas apprécié ! »
Quoique... Songeait la jeune fille. Noooon... Ou si ? Ou non ? Oserait-elle ? Ou pas ? Ou un jour peut-être ? …...
Le reste de leurs achats s'effectua calmement, et les deux femmes en profitèrent pour faire du shopping pour elles-mêmes. La mère de Bulma ne sut ainsi pas que, parmi la pile de vêtements que celle-ci venait de se procurer, se trouvait une certaine chemise rose. La jeune fille aux cheveux bleus souriait d'un air machiavélique. Qui savait ?
ooooo
De son côté, Végéta avait passé la nuit précédente, depuis son réveil, et la journée entière après le « petit déjeuner » à errer sans but autour de la Terre. Une jolie planète. Simple, basique, mais pas désagréable. Des gens paisibles. Des richesses. Des cultures. Des paysages variés.
À chaque fois qu'il laissait ses pensées errer, il se retrouvait spontanément à survoler un paysage reflétant son état d'esprit : les déserts. Il avait fini par se poser en haut d'une colline enneigée au milieu d'un immense continent gelé, au niveau du pôle sud. Complètement désert et glacé.
Jusque-là il était parvenu à garder la tête froide, mais plus le temps passait, plus il sentait sa raison glisser dans un gouffre.
Il était mort la veille.
Mort en ayant tout perdu.
Mort sans gloire, sans fierté, sans espoir.
Il comprenait à présent pourquoi lorsqu'il avait dormi la veille, il s'était inconsciemment plongé en sommeil de plomb : les rêves, s'ils étaient venus, l'auraient fait hurler. Rester conscient l'aurait fait hurler. Il avait besoin de hurler. Et c'était ce qu'il faisait depuis plusieurs heures, seul dans les étendues glacées et désertes du pôle sud. Il hurlait de rage et d'incompréhension, faisait tout voltiger autour de lui en un cyclone de neige, puis il se rasseyait et se remettait à penser. Il allait devenir fou s'il ne réfléchissait pas.
Frieza était mort, mais pas de sa main.
Lui, était mort avant, de la main de son ennemi, comme un moins que rien.
Il se revoyait tenter enfin sa chance d'affronter celui qui l'avait abreuvé de mensonges et réduit en esclavage durant toutes ces années. Sans qu'il en ait vraiment conscience. Seule la force compte. L'attachement est une faiblesse. Il avait intégré l'élite de l'armée de Frieza, mis de côté ses leçons de guerre reçues parmi les saiyans pour apprendre les leçons de force de l'armée universelle, s'était rattaché à des valeurs superflues pour conserver sa fierté en attendant son heure. Il avait sans doute valu à peine mieux que les membres des forces spéciales Ginyu qui passaient leur temps à jouer avec leurs victimes et à parier des friandises. De vrais enfants auxquels on aurait confié une force incommensurable. Et lui ? Toujours prêt à démontrer sa force supérieure, impitoyable, cherchant à inspirer la terreur... Il avait été le parfait soldat pour les rangs de Frieza, un modèle de conformité qui n'avait pas hésité à achever son propre camarade pour toutes ces raisons.
Il avait eu un but dans sa vie : devenir plus fort pour un jour pouvoir tuer Frieza. Pour être craint et respecté de tous, sans aucun supérieur hiérarchique qui puisse oser lui manquer de respect. Et puis était arrivé l'espoir des dragon balls. Et le traître de sa race qui avait su le battre (quoique pas seul). Et Namek.
Tout avait changé.
Fini les simples démonstrations de force, il avait dû anticiper et ruser pour parvenir à ses fins. Allant même jusqu'à s'associer avec ses ennemis terriens. L'honneur ne sert à rien, toutes les stratégies sont bonnes pour gagner sur un champ de bataille. Seule comptait la victoire, et non plus la force.
Et tout cela n'avait servi à rien.
Lorsqu'il s'était retrouvé seul face à Frieza et son impossible puissance, lorsqu'il avait frappé avec toute sa furie, sa haine et sa rancune, toute sa foi en la puissance de sa race, tout... il n'était parvenu à rien.
Et pour la première fois il avait ressenti le désespoir que pendant des années, des millions de personnes avaient ressenti face à lui. Lui, Végéta, le guerrier sans cœur, cruel prince des saiyans, destructeur de planètes, soldat de la mort. C'était son tour de trembler. De pleurer de rage.
C'est là qu'il avait tout perdu.
Il avait perdu l'espoir, il avait perdu la foi, perdu l'envie de se battre. Ne restaient que la peur et la rancune. Peur de mourir, peur de souffrir un peu trop avant. Rancune de n'avoir pas réussi à se venger, ni lui ni encore moins son peuple duquel il n'avait d'ailleurs jamais rien eu à faire. Fatalité. Après tout, peut-être à cet instant avait-il mérité chaque coup dans son dos, chaque os brisé, chaque lésion ? Fatalité. Après tout, le super saiyan n'était probablement qu'une légende ? Fatalité. Après tout peut-être en était-il arrivé à espérer mourir plus vite ? Fatalité...
Fatalité
Et puis l'autre était arrivé. Celui qui ne croyait pas en la fatalité. Celui qui l'avait battu en étant plus faible que lui. Celui qui avait encore ce que lui-même avait perdu. À cet instant Végéta avait presque cru en la justice. Alors il lui avait tout légué. Il n'avait plus d'honneur, plus d'espoir pour lui-même, mais toute la rancune d'un peuple à transmettre.
Et puis il était mort. Avec pour dernier espoir qu'un saiyan puisse faire payer à Frieza ce qu'il avait fait subir à sa race entière. Quitte à devoir reconnaître comme saiyan ce traître, ce rival, celui qui ne voulait pas de cet héritage alors même qu'il y faisait honneur. Végéta était mort mais son âme avait refusé de s'en aller, il avait tenté, encore, pendant de longues minutes, de sentir le combat qu'il ne voyait plus, de continuer à transmettre sa haine, sa hargne au dernier des saiyans. Ce qui s'était passé réellement il l'ignorait, il se souvenait juste avoir brusquement émergé de sous un tas de terre, ses blessures disparues, et cet affreux mal de crâne. Et puis la Terre.
Soit le dragon qui exauçait les vœux était stupide, soit quelqu'un lui laissait une seconde chance.
Il avait une seconde chance.
Pourquoi une seconde chance ?
Qu'était-il sensé faire d'une seconde chance ?
Que voulait-il faire de sa seconde chance ?
Ne plus jamais se ressentir ce sentiment d'impuissance.
Il voulait toujours devenir le plus fort. Régner sur l'Univers. Être craint et admiré de tous. Il serait super-saiyan ! La légende, la terreur! Plus rien ne l'en empêcherait à présent. Et il le ferait certainement. Il avait une seconde chance pour le faire !
Mais avant cela il fallait que son esprit se calme, que son corps oublie les meurtrissures et que ses entrailles arrêtent de se tordre au souvenir du désespoir poignant qu'il avait ressenti la veille.
Et il voulait affronter Karkarott.
Il sourit. Voilà une chose qu'il pouvait faire qui l'aiderait à reprendre pied dans la réalité : s'entraîner. Cela lui ferait sans doute bizarre de s'entraîner sans tuer personne, mais il n'y avait personne d'intérêt à affronter sur cette planète, et apparemment, Karkarott s'était entraîné comme ça depuis le début.
Et puis il valait mieux qu'il reste là pour ne pas rater le retour de Karkarott. (Et bien manger pendant ce temps-là) Qui savait quand les dragon balls seraient réactivées ? Voilà une information intéressante qu'il pourrait soutirer à la folle aux cheveux bleus.
C'était assez distrayant de converser avec elle et d'essayer de lui faire peur. Elle avait du cran, et ce malgré sa puissance de combat proche du zéro absolu. Et elle avait une odeur délicieuse lorsqu'elle avait peur...
ooooo
Bulma restait abasourdie devant ce qu'elle voyait. Elle avait passé tout son après-midi à chercher des vêtements pour les nameks... Alors qu'ils avaient un pouvoir pour se faire apparaître des vêtements au gré de leur imagination ! Qu'allaient-ils faire de tous ces tissus ? C'est sa mère qui avait trouvé la solution en proposant de les étaler par terre dans leur gymnase-dortoir « parce que quand même, ça ne doit pas être très confortable ni propre de dormir sur le sol ! ». Bulma soupçonnait qu'ils avaient accepté par politesse, mais bon, au moins les tissus étaient utilisés... Et bientôt les associations de charité auraient à nouveau droit à un don conséquent de la part de la famille Briefs...
La soirée s'était passée agréablement dans les rires et la bonne humeur. Une dizaine de nameks, menés par monsieur Briefs, s'entraînait au golf avec acharnement. Madame Briefs enseignait à une autre vingtaine d'entre eux comment entretenir les plantes du jardin. Bulma se demandait s'ils souhaitaient se rendre utiles ou s'ils étaient vraiment intéressés par la botanique terrestre. Elle-même et Pu'ar avaient déballé une montagne de jeux de société et avaient tenté de faire jouer les autres. Elle s'était vite retrouvée face à des adversaires redoutables qui se relayaient pour jouer contre elle aux échecs, en s'émerveillant de la facilité avec laquelle elle les battait tous. D'autres nameks semblaient préférer rester assis à ne rien faire (dont Piccollo) et un petit groupe de combattants échangeait quelques coups discrets à proximité de la rivière artificielle. Trois d'entre eux essayaient aussi en vain de communiquer avec le tyranosaure domestique qui, comme à son habitude, ne prêtait attention à personne qui ne soit pas un intrus.
Le repas s'était déroulé sans incident, bien que la mère de Bulma ait passé son temps à s'inquiéter pour le « pauvre petit Végéta » qui n'avait à noueau pas daigné les honorer de sa présence... Le sujet du débat était de déterminer si il s'était perdu quelque part sur Terre, ou s'il n'avait pas suffisamment apprécié leur accueil pour avoir envie de revenir.
Quoiqu'il en fût, Bulma s'était donc finalement retrouvée, comme la veille (et sur le conseil très insistant de sa mère), à attendre sur le canapé en espérant que son invité malpoli daigne réapparaître pour qu'elle puisse vérifier qu'il avait tout ce dont il avait besoin et pouvoir enfin aller dormir. Heureusement, Grigri, l'un des 37 chats de la maison, avait décidé de lui tenir compagnie, ce qui avait permis à la jeune fille de calmer un peu ses nerfs. Rien de mieux pour se détendre que de caresser un chat ronronnant roulé en boule sur les genoux. Elle était donc déjà à moitié endormie quand elle sentit le félin frémir sous ses doigts et qu'elle se rendit compte qu'elle n'était plus seule dans la pièce, soudain froide et sombre.
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La faim plus que la fatigue avait fini par convaincre Végéta de faire une pause dans son exercice de démolition de montagnes de glace au pôle sud. Non que l'effort en lui-même soit extrêmement fatigant, mais il lui fallait en plus maintenir ses défenses très haut pour ne pas sentir la morsure du froid. Il était donc retourné au bâtiment où il logeait, était rentré sans bruit par la fenêtre de sa chambre, et s'était mis en quête d'un autochtone qui puisse lui servir à manger.
Il avait détecté le faible ki de la folle aux cheveux bleus dans la pièce principale, et s'était dirigé dans cette direction.
Ce qu'il y avait trouvé l'avait laissé perplexe. D'abord la terrienne. Elle semblait à moitié endormie, un léger sourire sur les lèvres. Elle paraissait sereine comme il n'avait jamais vu personne l'être. Son odeur caractéristique d'épices était moins agressive, et il se sentit lui-même ses nerfs se détendre un peu. Les humains émettaient peut-être des phéromones calmantes, songea-t-il. Et puis ce son dans l'air... Cela lui rappelait quelque chose, mais comment était-ce possible ?
Curieux, il s'approcha silencieusement de l'humaine pour comprendre d'où venaient ces vibrations qui emplissaient la pièce. Et là, il fronça les sourcils, en fixant l'objet en fourrure posé sur les genoux de la terrienne. Puis la vibration s'arrêta et l'objet s'anima de deux yeux jaunes au regard fixe. Ou plus précisément, le félin leva la tête et le regarda paisiblement.
Puis Végéta leva les yeux pour découvrir qu'une autre paire d'yeux, mais d'un bleu profond, le fixaient également.
Il croisa les bras, elle sourit calmement.
« On se demandait si tu finirais par rentrer. Remarqua doucement Bulma en souriant.
-Qu'est-ce que c'est que cette créature ? Demanda Végéta en designant la boule de poils aux yeux jaunes.
-Oh, Grigri ? Demanda-t-elle en suivant son regard. C'est un chat.
-Mrrrraôw ? Répondit Grigri avec espoir.
-On dirait un félin. Remarqua Végéta.
-Oui, c'en est un.
-Hm. Les félins sont des créatures agressives et méfiantes. Il est difficile de s'en approcher à moins de vouloir les combattre et ce sont des carnivores.
-Oui, mais nous avons domestiqué les chats. Répondit Bulma.
-Domestiqué ?
-Oui, il n'y a pas d'animaux domestiques là d'où tu viens ?
-Quel est l'intérêt ? Répliqua-t-il.
-Miaw ? Insista Grigri
-Eh bien... Réfléchit-elle. Ils nous tiennent compagnie, ils nous réconfortent. Il y en a qui peuvent nous défendre aussi, ou aussi...
-Tssss ! Bref, vous êtes une de ces races vicieuses qui pervertissent la nature des autres espèces pour convenir à la leur ?
-On ne pervertit rien, on...
-Parce que tu appelles ça un félin peut-être ? Je comprends mieux pourquoi Karkarott est si con ! Cracha-t-il, ce qui eut pour effet de faire se lever ledit félin qui décida que la pièce était devenue trop bruyante pour son goût et s'en alla en jetant derrière lui un regard rancunier.
-Ce n'est pas parce qu'il n'est pas agressif qu'il est malheureux, répondit Bulma (à propos de son chat) en se levant et croisant les bras. Dans un environnement affectueux et paisible, même la créature la plus sauvage et dangereuse peut s'épanouir. » Elle ignorait encore la portée de cette phrase qu'elle venait de prononcer.
« Quelle connerie ! Cracha Végéta. Je parie que ton animal domestique ne serait pas capable de survivre seul dans la nature !
-Mais on ne le...
-Laisse tomber ! La coupa-t-il. Je m'en fous, torturez vos bêtes comme vous le voulez, on verra bien comment vous vous en sortirez quand j'aurai battu Karkarott. Pour l'instant j'ai faim. »
Bulma fronça les sourcils, alors qu'elle commençait à se rappeler pourquoi elle était en colère lorsqu'elle s'était installée dans le canapé pour l'attendre : « Dommage pour toi, tu as loupé le repas.
-Et alors ? Qu'est ce que ça peut me foutre de quand vous prenez vos repas ? J'ai faim, sers-moi à manger.
-Eh bien nous on ne sert à manger que pendant les repas. C'est dommage d'ailleurs, parce qu'on avait préparé à manger pour toi, mais que tu n'étais pas là et qu'on n'était pas au courant.
-Écoute idiote, j'ai faim, alors sers-moi à manger maintenant. Articula-t-il.
-Écoute... très cher, répondit Bulma en choisissant ses mots avec précautions. Je ne sais pas si tu... cherches à avoir l'air d'un sauvage, mais ici les gens civilisés mangent à des heures régulières... Si tu as faim entre les repas ça peut se comprendre, mais PAS si tu as sauté le repas. En plus, c'est vraiment malpoli vis-à-vis de tes hôtes qui te préparent à manger... et qui aimeraient savoir quels plats tu préfères pour pouvoir te les refaire.
-De nous deux je suis prêt à parier que c'est moi qui ai manœuvré le plus de vaisseaux spatiaux, exploré le plus de planètes, mené et gagné le plus de guerres planétaires. S'il y a un sauvage ici c'est toi humaine. Répliqua-t-il froidement.
-Si tu veux, mais ce n'est pas moi qui saute les repas sans prévenir, ce n'est pas moi qui me promène avec un trou géant dans mes fringues, et ce n'est pas moi qui manifeste une tendance pour le cannibalisme !
-Qui parle de cannibalisme ?
-Toi, ce matin.
-Ce matin j'ai parlé de viande grillée.
-Rouée de coups, remarqua Bulma.
-Oui et alors ?
-Alors j'en déduis que tu manges des gens.
-On mange ce qu'on trouve sur une planète inconnue, humaine. Tu crois qu'on partait en campagne avec des provisions ? Ça choque sûrement une arriérée dans ton genre qui ne connais rien à la guerre, mais quitte à se fatiguer à tuer des bipèdes, autant les bouffer, ça fait moins de gâchis, et je t'informe que ça ne fait pas de moi un cannibale.
-Euh si...
-Non imbécile, répliqua Végéta. Je n'ai jamais mangé un saiyan. »
Ce fut sa manière, comprit Bulma en déglutissant, de lui faire comprendre combien les autres races, même intelligentes, étaient inférieures à ses yeux. Il classait les humains au même rang que tous les autres animaux comestibles...
« Maintenant sers-moi à manger avant que je m'énerve. Continua le saiyan voyant qu'elle avait enfin arrêté de répliquer.
-Dis-moi, tu comptes nous faire souvent ce coup-là de sauter la moitié des repas et de réclamer à manger en pleine nuit ?
-Qu'est ce que ça change ?
-Ça change que ça ne m'enchante pas si je dois t'attendre tous les soirs pour te faire servir à manger.
-Tant mieux, ça ne m'enchante pas non plus de devoir interagir avec toi pour obtenir de la bouffe. Tu n'as qu'à laisser le repas servi sur la table ou dans ma chambre. »
Bulma le dévisagea un instant en se demandant si elle oserait dire ce qu'elle avait envie de dire : « En fait tu n'es pas seulement malpoli, tu es asocial. »
-Quand est-ce que j'ai eu l'air poli et social ? Ironisa-t-il.
-Disons que tu pourrais faire un effort.
-Pourquoi ?
-Parce que si tu l'étais, je comprendrais que tu vis sur un rythme différent du notre pour t'alimenter, et je réglerais les robots pour qu'ils te servent à manger quand tu claques des doigts. Au lieu de ça, tu veux qu'on te laisse de la nourriture froide, avec tous les animaux dans la maison qui vont se servir avant toi. Si tu en as à ce point rien à faire de la qualité de la nourriture qu'on te sert, tu peux aussi aller manger dans les gamelles à remplissage automatique qu'on met aux animaux domestiques ! » Finissant sa tirade, Bulma planta ses yeux dans les siens, et le regarda d'un air de défi. Elle avait osé. Elle assumait ses mots, elle assumait la main qui vint lui saisir la gorge et la soulever du sol.
« Pauvre folle, grinça le tueur d'une voix qui débordait de rage contenue, c'est la dernière fois que tu prends la liberté de m'insulter.
-Je ne t'ai pas insulté. Je t'ai proposé de régler les robots pour...
-N'essaie pas de me manipuler femelle, tous ceux qui ont essayé avant toi sont morts dans d'atroces souffrances.
-Ok. Tenta-t-elle de moins en moins rassurée. Tu veux que je règle les robots ou pas ?
-Je sais très bien me trouver à manger tout seul.
-Oui, mais un repas chaud et cuisiné juste en claquant des doigts ? »
Il ricana. Cette petite peste savait négocier. Il resserra son emprise autour de sa gorge et répondit d'un air menaçant : « Si c'est si aimablement proposé, vas-y programme tes droïdes idiote. Mais n'attends pas de moi la moindre concession en retour.
-Pas une concession, juste que tu te comportes un peu poliment avec ceux qui t'offrent à manger et un lieu de résidence sans rien demander en retour.
-Poliment est une notion subjective. Moqua-t-il.
-Ein ?
-Qu'est-ce-que tu attends de quelqu'un de poli ?
-Eh bien... Qu'il nous prévienne quand il part pour qu'on ne s'inquiète pas, quand il va revenir pour qu'on lui prépare à manger. Qu'il dise bonjour et merci. Qu'il se joigne à nous quelques minutes quand on lui propose de venir pour nous dire ce dont il a besoin. Qu'il porte autre chose que des fringues en lambeaux. Qu'il passe un petit peu de temps avec nous de temps en temps histoire d'apprendre à se connaître...
-Ok, alors tu sais quoi humaine ? Vas te faire foutre avec ta politesse.
-Ok, je peux proposer autre chose ?
-Non, tu vas régler tes droïdes sinon tu es morte.
-Si je suis morte, tu n'auras pas à manger.
-Alors j'irai menacer tes parents.
-Et alors ils te serviront de la nourriture empoisonnée.
-Et ils mourront dans d'atroces souffrances pour avoir essayé parce que je sais détecter les poisons.
-Mais pas certains somnifères, je parie. Sourit Bulma. Ils te maintiendront endormi jusqu'au retour de Goku pour qu'il puisse te botter le derrière, et moi je serai ressuscitée.
-Donc tu n'as pas peur de mourir ? Menaça Végéta.
-Bien sûr que si, mais ce ne serait que temporaire. J'ai des gens sur qui compter qui me ressusciteront à coup sûr. »
Il fronça les sourcils, elle continua avec espoir : « Mais tu n'es pas obligé d'en arriver là. Tu as faim, et moi j'ai sommeil. Le mieux c'est que je programme les robots et je te laisse manger tranquille.
-Alors fais-le.
-Ok, mais est-ce que tu acceptes au moins d'essayer de ne pas passer pour un gros malpoli ? Je veux dire, juste ne pas nous balancer en permanence ton mépris à la figure ? C'est vraiment trop demander ? »
Furieux, Végéta observa un moment la frêle créature suspendue au bout de ses doigts entre la vie et la mort. Il lui suffirait de serrer un tout petit peu les doigts et... Elle soutenait son regard de ses grands yeux d'océan, et son esprit semblait tout aussi insaisissable. Seule son odeur aux multiples parfums d'épices trahissait sa peur. C'était étrange. Il n'avait jamais eu à traiter avec une créature qui demandait autre chose que ça propre vie dans la négociation, alors même que celle-ci était en jeu. La menacer semblait ne servir à rien.
Que voulait-elle ? Qu'il feigne une marque de respect minimum ? Rien de nouveau pour un soldat qui avait posé un genou au sol durant des années face à Frieza et l'avait laissé l'insulter. Ici, il s'agissait juste qu'il arrête de mépriser ouvertement les humains chez qui il logeait... De toutes manières, pour le peu qu'il allait interagir avec eux... Et puis, une fois les robots réglés, il ferait ce qu'il voudrait...
Il ricana et la lâcha. Comme il s'y attendait, elle s'effondra à ses pieds (pour sa plus grande satisfaction). Elle leva vers lui ses yeux bleus surpris.
« Allez ! Annonça-t-il d'un air hautain en croisant les bras. Appelle tes robots humaine, avant que je ne change d'avis. »
Ainsi se termina la négociation.
Bulma renonça à essayer de se lever, constatant que ses jambes ne répondaient plus sous l'effet de la peur. Elle claqua des doigts et donna les instructions aux robots de servir les menus enregistrés comme « festin », pour « nombre de personnes =20 » et « nombre de couverts =1 » lorsqu'ils entendraient le nouveau son dont elle lança l'enregistrement. Végéta préféra claquer sa langue plutôt que de claquer des doigts (ce qui était difficile à faire avec des gants en armure). Puis elle enregistra une ou deux commandes supplémentaires, parmi lesquelles l'annonce du temps nécessaire avant que le repas ne soit servi, et l'annulation complète de cette programmation si elle-même ou l'un de ses parents en donnaient l'ordre. Puis le robot annonça « nouvelle commande enregistrée » et s'en alla.
Bulma tenta de se relever en regardant le guerrier qui n'avait pas bougé d'un centimètre depuis qu'il l'avait lâchée et qui était donc un peu trop près d'elle à son goût. « Vas-y, teste pour voir si ça marche. »
Végéta fit à nouveau claquer sa langue, et tout une série de bruits se déclencha dans la cuisine. Un petit robot arriva et s'arrêta en face de Végéta : « Repas servi dans 3 minutes 21 secondes. » Et il s'en alla. Végéta fronça les sourcils : « 3 minutes ?
-C'est le temps que ton repas se réchauffe. Expliqua Bulma. Si tu étais arrivé avant qu'il soit froid ça aurait mis moins de temps, et si tu réclames ton repas alors qu'il n'est pas prêt d'avance, tu pourras sans doute attendre au moins une demi-heure ou trois quarts d'heure en fonction du menu qu'on a programmé. Mais c'est mieux quand les repas sont prêts en avance, ça veut dire que la cuisine aura été supervisée par ma mère ou moi, c'est toujours meilleur comme ça.
-Préparez-en toujours d'avance alors, imposa-t-il. Une demi-heure c'est trop.
-Bien sûr, c'est uniquement si jamais tu commandes à manger deux fois dans la nuit, ou un quelque chose du genre. Et si ça arrive, tu peux prendre des fruits ou te servir dans le frigo en attendant. Viens je vais te montrer. » Elle lui indiqua l'emplacement des aliments directement comestibles, il la suivait sans broncher en restant loin derrière elle. La corbeille à fruits se retrouva vide en un instant. Bulma soupira. Les robots la rempliraient dès qu'ils auraient fini de servir le repas... Ce qui heureusement ne tarda pas, et elle put enfin laisser son hôte manger tranquillement et rejoindre sa chambre.
ooooo
Enfin à l'abri dans sa chambre, Bulma ferma le verrou nouvellement installé, et se laissa glisser le long de la porte. Durant toute sa vie elle avait recherché l'aventure et les sensations fortes. Aller toujours plus vite, partir toujours plus loin, découvrir toujours plus. Toujours en quête de sa dose d'adrénaline. Elle n'était pas le genre de fille à se laisser facilement impressionner. Elle avait vu des batailles, failli se faire dévorer par des monstres, été souvent prise en otage et menacée de mort...
Mais RIEN, JAMAIS, ne l'avait autant fait trembler que cet homme.
Le simple fait de parler avec lui était une dose de frisson en concentré, une expérience extrême à la frontière de la mort… Et le pire c'était qu'elle commençait à apprécier.
ooooo
Tout en dévorant son repas, Végéta ruminait à nouveau. Quelle chieuse ! Pourtant, pour autant qu'elle l'énerve, il appréciait son courage. Elle l'avait presque forcé à accepter une nouvelle négociation. Quoique c'était lui qui avait gagné au change. Maintenant il pouvait avoir à manger quand il le voulait ! Et sans avoir à le demander à quiconque !
Et quel repas ! Sur quatre repas qu'il avait pris sur Terre, il n'avait encore pas vu passer deux fois le même plat. Et tout était mangeable ! Par contre pour ce qui était de l'odeur, rien ne sentait aussi bon que l'humaine effrayée... Il avait presque envisagé de la mordre pour savoir si elle avait bon goût !
ooooo
Ainsi s'installa la routine.
