Bonjour, bonjour ! Je n'ai pas pour habitude de laisser une note avant l'histoire – je ne prends jamais le temps de le faire, en fait –, mais je vais faire une exception pour aujourd'hui ! Tout d'abord, je souhaite remercier tous ceux qui suivent cette histoire et tous ceux qui commentent ; je ne le dis pas systématiquement, mais je n'en pense pas moins :) !

De base, je souhaitais conserver un rythme de publication d'un chapitre par semaine. C'était possible jusqu'à présent, mais les partiels étant pour relativement bientôt, ce rythme risque de s'espacer… et ce, jusqu'à mi à fin juin. Il se peut aussi que cela n'impacte finalement pas mes publications, selon comment je parviens à gérer mes révisions, mais j'ai quelques doutes. J'en suis désolée, mais je préfère donc vous prévenir !

Sur ce, je vous souhaite malgré tout une bonne lecture !

Lily replia le parchemin qu'elle tenait entre ses mains en fronçant les sourcils, sous le regard inquisiteur de son ami qui alternait entre elle et la lettre. Pour le reste, Scorpius paraissait surtout nonchalant vautré sur un fauteuil avec classe – ce devait être de famille, elle-même ne réussissait qu'à ressembler à un sac à patates jeté sur le canapé – un bras sur l'accoudoir et l'autre main levant son verre à mi-trajet en direction de son visage pâle, les jambes croisées, seule une moue ennuyée transparaissait sur ses traits. Mais pas ses yeux. Ses yeux, eux, la fixaient, elle, et n'attendaient qu'une seule chose : qu'elle réponde à la question qu'il ne jugeait pas nécessaire de poser. Ce constat l'amusa, et elle leva un sourcil en sa direction.

« Quoi ? » fit-elle un brin moqueuse, en glissant le parchemin dans la veste de son uniforme.

C'était tellement drôle de le voir ainsi, juste pour un bout de papier. Il n'avait pourtant aucune idée de son contenu, elle n'avait encore rien dit depuis qu'elle s'était plongée dans sa lecture. Mais il était tellement curieux.

Le blond lui répondit par un sourcil haussé.

« Quoi « quoi » ? »

Lily ricana.

« C'est ridicule. »

« Mmh, peut-être. Alors ? »

Lily prit un air d'incompréhension.

« Alors quoi ? »

Scorpius soupira, comme s'il faisait face à une personne de mauvaise foi. Il posa son verre d'un geste théâtral – ou alors c'était elle qui l'imaginait théâtral, mais Scorpius avait parfois tout d'un dramaturge, de sorte qu'elle pensait ainsi – et porta sa main sur sa tempe.

« Alors, qu'est-ce donc ? »

« De quoi ? »

Scorpius eut un petit sourire et secoua légèrement la tête. Il savait qu'elle savait parfaitement de quoi il parlait.

« Ta lettre », se contenta-t-il d'ajouter, préférant connaitre rapidement la réponse plutôt que de perdre du temps en bavardages inutiles.

Pas qu'il fût pragmatique à ce point seulement à cet instant, il voulait surtout assouvir sa curiosité, et ce le plus rapidement possible. Le reste était plus accessoire.

Et puis, la salle commune était vide pour le moment, mais elle ne devrait plus tarder à ne plus l'être. Si le contenu devait être privé, Lily préfèrerait certainement ne pas en parler avec des gens à proximité. Lui était son ami, ce n'était pas pareil. Et puis, il voulait assouvir sa curiosité dès à présent, et non pas attendre que leurs amis viennent pour cela.

Lily finit par hausser les épaules en tournant la tête vers le feu de cheminée, et ses yeux se perdirent dans les flammes dansantes. Elle aurait pu répliquer que cette lettre ne le concernait pas. Elle se mordit la lèvre, soudain indécise, en repensant au contenu de cette fameuse lettre. Elle ne savait que penser. Mais peut-être qu'en parler l'aiderait justement à y voir plus clair.

« Elle vient de mon père. »

Elle vit du coin de l'œil l'intérêt de Scorpius s'accroitre, mais elle conserva son regard tourné vers les flammes. Il se redressa sur son siège, puis se cala plus confortablement, attendant la suite. Lily ne tarda pas à la lui apporter :

« Je suppose que tu es au courant pour l'agression au Ministère, hier ? »

Scorpius cligna juste des yeux, ne comprenant sans doute pas le rapport avec sa lettre. Il ne répondit donc qu'au bout de quelques secondes :

« Bien sûr, comme tout le monde, pourquoi ? »

Lily se contenta d'hocher la tête avant de se mettre à expliquer :

« C'était dans une salle où sont entreposés des Objets Magiques dont le danger a été écarté, mais encore en cours de classement en vue de les placer ensuite, pour la plupart d'entre eux. »

Scorpius garda le silence, même si Lily perçut son incompréhension redoubler. Elle continua malgré tout, sans attendre une éventuelle question que son ami semblait de toute façon incapable de formuler pour l'instant ; mais peut-être aurait-il la réponse ultérieurement.

« Parmi ces Objets, il y a un Miroir dont se servent parfois les services des Aurors. Il est assez compliqué à utiliser, dans le sens où la plupart du temps il ne fonctionne pas. »

« Et il sert à quoi ? » demanda Scorpius qui devinait que, quelque fût le problème dont voulait lui parler Lily, ce Miroir avait un rapport avec lui.

Son visage se fronça immédiatement après ses mots tandis que l'histoire de classement surgit dans son esprit en un éclair, et il s'attendit donc à un simple haussement d'épaules comme signe d'absence de réponse. Mais à sa surprise, Lily répondit :

« Il permet de visualiser une personne que l'on cherche dans le lieu où elle se trouve. »

« Mais pourquoi est-il encore en cours de classement s'ils savent ce qu'il fait ? »

Lily haussa les épaules, impuissante.

« Peut-être parce qu'ils ne savent pas où le mettre, sinon. Ou peut-être est-ce juste pour le garder sous le coude, au cas-où. Je n'en sais rien. »

Scorpius ne voyait pas non plus ce qui pouvait le justifier, mais à vrai dire, cela lui était presque égal. Il balaya donc ce fait de son esprit, et l'invita à poursuivre :

« Et donc ? »

La suite ne se fit pas attendre.

« Apparemment, l'homme qui a été agressé est arrivé dans cette salle, et s'est aperçu que quelqu'un l'avait utilisé. Mais il n'a pas eu l'occasion de voir de qui il s'agissait, il a été stupéfixé par derrière. »

Il connaissait déjà la plupart de ces détails pour les avoir lus dans la presse, mais la finalité lui échappait toujours. Cependant, l'air distrait et angoissé de son amie était loin de le rassurer – même s'il ne la voyait que de profil. Il se redressa et tourna le buste vers elle, les deux avant-bras s'appuyant sur l'accoudoir de son fauteuil. Elle ne réagit pas davantage à son encontre.

« Et ? C'est grave ? Qui – »

« C'était moi, dans le Miroir », l'interrompit Lily, tournant enfin son visage vers son ami.

Elle vit ce dernier frappé par l'incrédulité, avant que son humeur ne s'assombrisse, partagé entre l'inquiétude et l'incompréhension.

Autant avouer qu'elle ressentait la même chose.

Fronçant les sourcils, Scorpius reprit la parole, d'abord d'une voix un peu incertaine.

« Et… ils ont quelques suspects ? Une idée de pourquoi quelqu'un a cherché à te trouver ? »

Lui-même avait beau réfléchir, il ne voyait pas qui voudrait la prendre pour cible – ce n'était pas comme si elle avait fait quelque chose qui aurait pu être mal perçu par un autre, sa vie était plutôt calme, et la jeune fille n'avait pas vraiment un tempérament aventureux. Et elle ne pourrissait la vie de personne, ni même n'embêtait personne. Alors qui, et pourquoi ?

« Non », fit Lily en secouant la tête avec dépit, se posant exactement les mêmes questions. « Justement, ils ne comprennent pas mon père m'a d'ailleurs demandé si j'avais eu des problèmes récemment avec quelqu'un, ou autre chose. Ils pensent peut-être que cela pourrait être mon père que l'on vise à travers moi. Mais… ça n'explique pas tout. Je… je ne comprends pas ! »

Cette dernière phrase le surprit de par son évidence. Mais sans doute avait-elle quelque chose de bien particulier en tête qui, pour l'instant, lui échappait.

« Que veux-tu dire ? Ce n'est pas – »

« Je sais, tout cela est étrange, mais surtout… tout le monde sait qui je suis ! La fille d'Harry Potter ! Et tout le monde sait aussi que je suis en ce moment à Poudlard ! Alors pourquoi prendre autant de risques pour utiliser cet objet, pour obtenir une information que tout le monde connait déjà ? »

Scorpius ouvrit la bouche pour répliquer, mais resta muet quelques secondes avant de la refermer, ne sachant pas quoi dire. Elle avait raison : cela n'avait pas de sens. Mais il ne voyait rien d'autre qui puisse justifier l'image de son amie apparue dans ce Miroir.

Il se frotta la tempe de ses doigts, essayant de réfléchir à une explication. Mais strictement rien ne lui venait. C'était insensé.

« Et que t'a-t-il dit d'autre ? » finit-il par murmurer en fermant les yeux.

Un début de migraine lui vrillait désormais la tête, mais il n'était pas sûr que cela ait un quelconque rapport avec leur conversation actuelle.

« Rien. Enfin, à part de faire attention, d'être attentive à ce qui se passe autour de moi, de lui dire si quelque chose me parait suspect, et de bien rester à Poudlard – comme si je m'amusais à en sortir, sérieusement. C'est quand même génial : je ne vais pas pouvoir circuler dans les couloirs sans m'empêcher de loucher sur les gens qui m'entourent ! »

Son indignation finale ne trouva aucun écho chez son ami, qui ne lui renvoya qu'un regard mi-désolé, mi-inquiet.

« C'est clair, ces prochaines semaines ne vont pas être de la tarte… », grogna-t-il finalement, songeur, avant de lui suggérer d'une voix plus forte : « Il vaudrait peut-être mieux que tu ne sois jamais seule, aussi… »

« Pardon ? »

Lily n'était pas sûre qu'il ait voulu dire ce qu'elle avait compris. Le regard gris du jeune homme plongea dans ses yeux, et il s'expliqua :

« On ne sait pas pourquoi quelqu'un t'a fait apparaitre dans ce Miroir, et même si cet acte n'a aucun sens pour nous, on ne peut exclure que cette personne veuille s'en prendre à toi. Il vaut donc mieux que tu sois toujours accompagnée – ou en présence de suffisamment de personnes pour le dissuader d'agir, ou, s'il décidait tout de même de passer à l'acte, pour potentiellement intervenir en cas de problème. »

C'était bien ce qu'elle avait cru comprendre.

Elle fut passablement irritée par cette suggestion, mais ce fut très bref, car elle devait se rendre à l'évidence : elle ne savait pas à quoi ni à qui elle avait affaire et ce qui risquait de l'attendre. Il valait donc mieux qu'elle ne fût pas seule à ce moment-là – même si elle doutait que seuls quelques amis suffiraient forcément à résoudre le problème. Ses épaules plièrent à la perspective des prochains jours, et elle hocha la tête, l'air misérable.

« Bah, je passe l'essentiel du temps en cours, ça ne devrait pas être trop compliqué ! »

C'était peut-être vrai à Poudlard mais une sortie à Pré-au-Lard était prévue pour le week-end de la semaine suivante, et il lui fallait absolument une tenue pour le bal de Noël, qui avait désormais lieu chaque année.

Scorpius avait dû suivre le même cheminement qu'elle, car il reprit :

« Si tu tiens tant que ça à te rendre à Pré-au-Lard, il faut que tu trouves quelqu'un pour y aller avec toi. Moi je ne peux pas, McGonagall a eu l'extrême amabilité de me coller à ce moment-là aussi ! »

Lily eut un petit sourire en repensant à la cause de cela. Albus et Scorpius parvenaient à se mettre dans de telles situations tous les deux, dignes du Trio d'Or de l'époque. Il était incroyable de songer à quel point ils étaient proches, alors que leurs pères respectifs s'étaient voués une haine sans limites au même âge, ou presque – même si cela s'était grandement amélioré avec le temps, car les deux hommes entretenaient désormais une relation plutôt cordiale, bien que cela s'arrêtât là.

Mais les enjeux n'étaient pas les mêmes – personne ne cherchait à ressusciter ni à asservir le monde, pour ce qu'ils en savaient –, et la Directrice avait estimé qu'ils avaient dépassé les limites cette fois-ci – mais elle devait se l'avouer, elle-même pensait qu'ils les avaient dépassées depuis longtemps. Ils étaient juste intenables – d'où leur série de colles tous les samedis depuis plus d'un mois à présent. Et le samedi de la sortie ne faisait pas exception : la Directrice avait refusé de le leur concéder – plaidant qu'ils ne le méritaient pas. Et ce n'était pas peu dire.

Mais ils s'en remettraient. Ils s'en remettaient toujours, et cela ne les empêchait jamais de reprendre les mêmes activités par la suite.

Lily haussa les épaules.

« Ce ne sera pas un problème, tu n'es pas mon seul ami, que je sache », insinua-t-elle, cynique, avant de reprendre, d'une voix plus pensive : « C'est surtout que… mon père m'a demandé de rester à Poudlard. C'est vraiment tombé au mauvais moment », soupira-t-elle finalement.

« Ce n'est pas comme s'il y avait de bons moments pour cela », fit-il judicieusement remarquer, et elle ne put que l'approuver.

Mais il y avait des moments où c'était plus embêtant que d'autres.

Elle reprit sur le même ton :

« Tu vois, d'un côté, je me dis la même chose, qu'il vaut mieux que je n'y aille pas, au cas où… mais d'un autre côté, j'ai vraiment envie d'y aller. En plus je dois toujours trouver ma robe de bal ! »

Scorpius haussa les épaules avec indifférence à ses derniers mots, mais Lily l'ignora. En même temps, c'était facile pour eux : ils mettaient toujours la même chose chaque année, sauf s'ils avaient changé de taille. Personne ne s'en rendait réellement compte.

« Tu peux toujours remettre la robe de l'année dernière, tu sais », lui conseilla-t-il, mais elle écarta sa suggestion d'un signe de tête.

« Tu plaisantes ? Je ne peux pas faire ça ! »

En fait, si, techniquement, elle le pourrait la robe en question demeurait toujours dans son armoire, chez ses parents, et il lui suffirait de leur demander de la lui envoyer. Mais elle n'allait tout de même pas se rhabiller de la même façon que l'année précédente !

Cela n'émut en aucun cas son ami masculin, mais il n'insista pas là-dessus. Il savait déjà que ce serait vain.

« Sinon, il faut te constituer un groupe suffisant de « gardes du corps ». »

Lily secoua la tête de dépit. Il savait qu'il souhaitait essayer d'en plaisanter un peu, et elle en aurait presque ri si le sujet ne lui paraissait pas aussi grave – s'il ne la concernait pas autant.

« Quel comique tu fais », grinça-t-elle malgré tout, tandis que la porte de la salle commune s'ouvrit.

Plusieurs Serpentards entrèrent, signant là la fin de la discussion – Lily fit bien comprendre à son ami d'un regard qu'elle ne voulait pas en parler aux autres, pas pour le moment du moins. Plus tard, sans doute. Mais pour l'heure, elle en était encore à digérer la nouvelle, à essayer de comprendre la situation, et à se demander que faire. Scorpius n'était pas du même avis, et le lui fit bien savoir en s'enfonçant davantage dans son fauteuil d'un air mécontent. Mais il se tairait, à sa demande – pour le moment seulement. Parce qu'il ne pourrait demeurer avec elle en tous temps, qu'il n'était même pas en même année qu'elle, et qu'elle ne devait jamais rester seule, pas même quelques secondes – cela suffisait pour une attaque.

Quelques Serpentards, uniquement des septièmes années, vinrent en leur direction – ils se tenaient en retrait, assez éloignés de la cheminée – et s'étonnèrent de les retrouver aussi maussades. Parmi eux, Lily reconnut son frère Albus à sa tignasse brune si semblable à celle de leur père. Ils se saluèrent mutuellement, et Albus vint se placer près de sa sœur, tout sourire. Lily ne put que lui en rendre un quelque peu crispé, tout en réfléchissant rapidement à voir sa mine réjouie et intriguée, leur père n'avait pas dû l'informer de la situation. Mais après tout, pourquoi l'aurait-il fait ? Il lui aurait fourni un prétexte pour n'en faire encore qu'à sa tête, en plus. Etonnant que Scorpius n'ait pas lui-même proposé de mener une sorte d'enquête au sein de l'école, d'ailleurs.

« Alors, vous parliez de quoi ? » lança Albus d'un ton badin.

Lily grimaça, et hésita à en parler. Elle préférait réfléchir un peu sur la chose auparavant, mais… comment mentir à son ainé ? Et Scorpius serait certainement incapable de tenir sa langue avec lui, c'était son meilleur ami !

Et effectivement, Scorpius répondit, mais sa réponse l'étonna :

« Des vols qui ont eu lieu au Ministère et au Muséum d'Histoire Naturelle », fit-il d'un ton morne en reprenant son verre et sa posture négligée.

Lily lui jeta un bref regard surpris, auquel il répondit par un faible haussement d'épaules. Bah, il avait dû prendre un sujet au hasard et puis après tout, ils avaient parlé de son père, il y avait quand même un lien entre les deux !

En fait pas vraiment, mais elle s'en fichait.

Elle se retourna vers son frère, qui avait assisté à l'échange sans le comprendre, mais comme les autres, il ne chercha pas à l'expliquer. Toutefois, il fronça les sourcils d'un air sceptique.

« Ah oui ? Parce qu'il y a eu des évolutions ? Pour ce que j'en sais, l'affaire piétine. »

« Non. Aucune », confirma Scorpius d'une voix tranquille. « En fait, nous parlions surtout de l'hypothèse principalement retenue par les Aurors. »

« Oh. Oui. Le trafic d'Objets », lança Albus d'un ton ennuyé.

Ce sujet ne passionnait aucun des nouveaux arrivants, et hormis Albus, ils ne se gênaient pas pour murmurer entre eux quelques phrases concernant un devoir donné quelques minutes plus tôt. En même temps, personne à Poudlard ne se sentait réellement concerné par cette affaire – elle avait bien agité quelques esprits lorsque ces vols rapprochés avaient été annoncés à la presse, mais cela s'était rapidement tari.

« Et alors ? Qu'y avait-il d'intéressant à ajouter là-dessus ? » reprit Albus en étouffant un bâillement.

Scorpius lui jeta un regard placide.

« Pas grand-chose. Pourquoi t'imagines-tu que nous ayons beaucoup parlé ? Tu ne sais même pas depuis combien de temps nous sommes là. »

Les commissures des lèvres d'Albus se relevèrent légèrement, et une lueur amusée brilla dans ses yeux.

« Ne me dis pas que vous venez juste d'arriver. Vous aviez tous les deux fini bien avant nous. »

« Oui, c'est vrai », fit Scorpius en hochant la tête. « Mais ce n'est pas pour autant que nous sommes là depuis tout autant de temps – nous sommes allés à la bibliothèque, c'est là que nous nous sommes croisés d'ailleurs. Je ne comprends toujours pas pourquoi tu as pris cette option. »

Vraiment, les Runes. Le truc ridiculement inutile et chiant par excellence.

Albus haussa juste les épaules en réponse. Il n'avait pas d'explication concrète à donner. A l'heure actuelle, lui-même se posait la question.

« Tu as bien pris Divination, toi », préféra-t-il rétorquer d'un ton moqueur.

Il fut récompensé par une belle grimace qui tordit le visage pâle du Malefoy, ce qui le fit rire franchement. Le blond finit par soupirer, mais son regard démentait l'air désespéré qu'il tâchait d'arborer.

« Ne m'en parle pas. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Cette prof est tarée. »

Ils avaient déjà entendu parler du professeur Trelawney par leurs parents, et même si leurs propos avaient été modérés de part sa prédiction de la prophétie concernant Harry et de part sa participation durant la guerre contre le Seigneur des Ténèbres, ils n'avaient pas été très élogieux quant à ses qualités professionnelles et pédagogiques – et ce n'était pas peu dire. La professeure actuelle en était vraisemblablement la digne héritière.

« Toi, tu as pris quoi, au fait ? » demanda Scorpius en se tournant vers Lily.

« Runes. J'avais trop entendu parler de la Divination et ça m'en a dégoûté avant même d'avoir essayé, désolée », répondit-elle, alors que son visage rayonnant la contredisait.

« Je comprends. J'en viens presque à regretter mon choix. Parfois. »

Lily hocha la tête d'un air amusé, avant de se reperdre dans ses pensées, pressant sa nuque contre le dossier du fauteuil. Pour le coup, la Divination aurait peut-être été utile pour découvrir ce qui l'attendait, concernant cette histoire avec le Miroir. Mais de ce qu'on lui avait dit, cela ne fonctionnait pas vraiment comme ça, on ne pouvait choisir les informations que l'on voulait obtenir – Scorpius en était bien incapable, et les autres aussi. Donc en réalité, cela n'aurait rien changé à sa situation.

Matière inutile par excellence, donc. Mais les Runes ne pouvaient pas l'aider davantage – et en quoi pourraient-ils l'aider un jour, en vérité ? C'était juste là pour espérer décrocher des points supplémentaires aux examens, rien de plus. Tant de travail à fournir juste pour cela – des notes sur un bulletin et un diplôme.

Elle ferma les yeux tandis que, près d'elle, des chuchotements lui indiquèrent qu'Albus et Scorpius poursuivaient la conversation tous les deux – ou peut-être en avaient-ils entamé une autre – et que les autres septièmes années s'étaient joints à eux. L'image du Miroir s'imposa à elle, et l'incompréhension revint avec elle. Cela avait certainement un rapport avec son père, de cela elle en était presque sûre. Mais elle avait beau réfléchir, elle ne voyait pas pourquoi quelqu'un s'était donné autant de peine pour si peu. Et il n'y avait rien susceptible de l'aider à comprendre.

Pour l'heure, elle ne pouvait donc que subir la suite des événements.

xoxo

Luna plia soigneusement la lettre, et la glissa dans le tiroir de son bureau avant de le refermer avec douceur, pensive. Ses fils venaient de lui répondre, et à son grand soulagement, eux la croyaient, ou du moins lui accordaient le bénéfice du doute, car ils ne comprenaient pas pourquoi les Nargoles souhaitaient soudain détruire Londres – leurs activités habituelles en étaient très éloignées –, ce qu'elle pouvait parfaitement comprendre. Ils avaient même accepté de l'aider. Mais, comme elle l'avait deviné elle-même auparavant, ils ne savaient pas vraiment comment faire, étant donné que de toute façon, elle n'était pas censée pouvoir entrer à Poudlard. Cependant, ils l'avaient également informée d'une chose très intéressante : une sortie à Pré-au-Lard était prévue pour la semaine suivante, et de ce qu'ils en savaient, Lily comptait s'y rendre – le bal de Noël était proche, et tous les élèves souhaitaient sauter sur l'occasion pour réaliser leurs dernières emplettes. Et c'était l'occasion rêvée pour elle aussi ; Pré-au-Lard était accessible à tous. Elle trouverait facilement un prétexte pour s'y trouver au même moment qu'elle, d'autant plus que la sortie avait lieu durant le week-end et qu'elle ne travaillait donc pas.

Ses pensées ne purent aller plus loin dans sa réflexion car la sonnette retentit soudain dans la maison. Elle leva la tête, surprise. Elle n'attendait personne, et Rolf était absent – il était encore parti pour une autre réunion au sujet de cette conférence.

Elle se leva et traversa les différentes pièces pour se planter devant la porte d'entrée, qu'elle ouvrit d'un coup de baguette. Une tête rousse souriante lui fit alors face et lui cria l'identité de son visiteur, et sa prise sur le manche en bois se détendit. Ginny Potter.

« Luna ! Je ne dérange pas, j'espère ? » s'exclama alors joyeusement cette dernière, sans même un regard pour la baguette que tenait toujours la blonde. « J'ai entendu dire que Rolf n'était pas là à cause de cette conférence à Helsinki qui aura lieu prochainement, et Harry travaille, donc je me suis dit que ce serait bien de se voir un peu ! Cela fait si longtemps que nous n'avons pas pu nous faire une soirée entre nous ! »

Luna lui rendit son sourire, touchée par l'attention. Plongée dans ses recherches et dans l'attente de la réponse de ses jumeaux, elle n'avait pas réellement souffert de la solitude – elle n'en avait jamais réellement souffert, d'ailleurs. Mais cela faisait du bien de voir des personnes auxquelles on tenait se faire du souci pour soi.

Ses grands yeux fixés sur la rouquine, elle mit quelques secondes avant de répondre :

« Non, bien sûr que non. Entre, je t'en prie », ajouta-t-elle en lui cédant le passage, avant de refermer la porte derrière son amie à l'aide d'un sort informulé. « Par contre, je n'ai rien prévu concernant le repas », prévint-elle en passant près d'une fenêtre, et l'obscurité du dehors lui rappelait l'heure qu'il devait être. « Je ne sais pas si tu as déjà mangé, mais… »

« Ne t'inquiète pas, j'ai tout prévu », s'enthousiasma Ginny en désignant un sac qui lévitait près d'elle avec un clin d'œil. « Je me doute qu'avec tout ce que tu dois avoir à faire, tu n'as même pas dû y songer », rigola-t-elle ensuite franchement.

Luna ne pouvait qu'être d'accord. Il était presque huit heures du soir, et cette pensée ne lui avait en aucun cas traversé l'esprit. Mais son estomac ne s'en était pas plaint et il n'était pas très tard, donc ce n'était pas très grave.

Elles sortirent du petit hall pour s'introduire dans le salon. Ginny en profita pour poser ses affaires, ne conservant que le sac de nourriture qu'elle fit voler jusqu'à la cuisine.

« Tu as faim ? C'est déjà cuit, il suffit juste de réchauffer. »

« Mmh, maintenant que tu le dis… », fit Luna, songeuse, tandis que son ventre commençait doucement à se manifester à l'appel de la nourriture.

Mais celui de Ginny ne se gênait pas pour s'exprimer avec vigueur, lui, ce qui les fit rire. Elles suivirent donc le sac peu de temps après, et Ginny sortit les différents contenants et entreprit de tout réchauffer. Quelques minutes plus tard, elles se tenaient assises l'une face à l'autre devant la grande table du salon et mangeaient.

« Alors, tu as commencé à rédiger ton étude ? » demanda Ginny.

Luna leva les yeux vers elle, lui donnant un air surpris alors qu'elle ne l'était pas. Elle se contenta de répondre :

« Non, pas encore. Pour le moment, nous faisons l'inventaire des Objets au Musée, et nous réceptionnons et inventorions les commandes. C'est assez fatiguant, je dois te dire. Mais de toute façon, nous avons le temps, et Rolf est pour l'instant trop occupé avec sa conférence. Mais je commence à réunir des documents qui pourraient ensuite nous aider. »

Elle ne précisa toutefois pas qu'elle passait le plus clair de son temps libre à se renseigner sur la Gardienne des Sceaux et la magie des Sceaux, car elle doutait fortement que Lily y connaisse quelque chose. Bien que, même après ses recherches, elle ne savait pas grand-chose de plus elle songeait même à étendre ses recherches dans d'autres villes, voire dans d'autres pays – il lui semblait bien qu'une Université magique au sein d'une capitale d'un pays étranger étudiait spécifiquement cette magie. Même si pour l'heure, elle était incapable de se souvenir duquel – mais il lui suffirait certainement de demander. Mais cela impliquerait donc de devoir contacter l'ambassade du pays, et de préparer un séjour là-bas – et donc une justification pour cela. Elle espérait donc que cela lui viendrait « instinctivement » – les choses seraient ainsi bien plus simples.

Et enfin, elle s'était également renseignée sur les trois Objets restants, et avait notamment pu obtenir leur localisation. Avec un peu de chance, s'ils décidaient enfin de la croire, ils pourraient placer ces Objets sous surveillance et ainsi éviter leur vol.

Maintenant qu'elle y songeait, la venue de Ginny était donc une véritable aubaine, en quelque sorte. Enfin… encore fallait-il qu'elle réussisse à la convaincre, et c'était loin d'être gagné d'avance.

La rouquine finit par pousser un soupir compatissant après une bouchée de viande en sauce, interrompant ainsi les pensées de Luna. Elle redressa la tête et la vit acquiescer à son encontre, avant de finalement dire :

« Eh bien, ce ne doit pas être très passionnant, je te plains ! Mais tu ne sors pas trop tard, j'espère ? »

Luna secoua la tête, l'air un peu distrait – son intérêt pour la conversation décroissait à vitesse grand V, mais elle se devait d'écouter poliment son amie.

« Non, ça va. C'est surtout long et fastidieux, on fait toujours la même chose toute la journée, c'est lassant. Mais nous devrions avoir bientôt fini, heureusement ! »

Cela parut rassurer Ginny, qui reprit rapidement :

« Tant mieux, tu pourras passer à des choses bien plus intéressantes. A moins que tu ne participes au réaménagement du Musée ? C'est bien pour cela qu'ils avaient prévu de fermer le Musée à cette période de l'année, non ? »

« Oui, c'est vrai. Mais non, je n'y participe pas de toute façon, le Musée m'emploie surtout pour les études de terrain, je n'ai rien à voir avec les expositions. A vrai dire, je ne devrais pas forcément faire cet inventaire, mais nous avons plusieurs absents, donc bon… »

« Ah oui, c'est dommage. Bon retour ! » ajouta-t-elle ironiquement, mais Luna ne releva pas la plaisanterie.

Elle acquiesça donc juste pensivement, et évita de peu de se mordre la lèvre. Comment introduire le sujet ? Elle savait que Ginny ne croyait pas aux Nargoles, il lui fallait donc être prudente sur ce qu'elle allait dire, afin d'essayer de la persuader du bienfondé de ses propos. Et ce avant qu'elle ne décide de tout rejeter en bloc, et de ne plus l'écouter.

« Et de votre côté, ça va ? » lança finalement Luna d'un ton anodin pour donner le change, alors que seule la question des vols et des Nargoles l'intéressait vraiment. « Je suppose que toi aussi tu dois être assez occupée, ainsi qu'Harry. »

« Oh, moi, ça va », répondit-elle. « Toujours la même chose, le tournoi de Quidditch va bientôt commencer, c'est l'effervescence au journal ! Mais je crois te l'avoir déjà dit ? »

« Oui, chez Hermione », confirma Luna, et Ginny n'attendit pas pour embrayer sur le reste :

« Oui, c'est ça. Pour Harry… bah, toujours l'affaire des vols. C'est effrayant, ils n'arrivent à rien, c'est tout simplement incroyable ! »

« Je suppose… », chuchota Luna, les yeux dans le vague, mais Ginny continua comme si elle n'avait rien dit :

« Et puis, je ne sais pas si tu es au courant pour l'agression au Ministère ? »

Luna dut lutter avec elle-même pour éviter de réagir de manière étrange – plus que l'acceptable selon ses propres normes, bien entendu. Elle était parfaitement au courant, pour sûr… elle en était un peu l'auteure.

Elle ignora la soudaine sècheresse de sa bouche, entreprit d'éponger la sauce avec un morceau de pain qu'elle avala, espérant la rendre un peu moins pâteuse, mastiqua et déglutit, avant de daigner répondre – mais à aucun moment Ginny ne soupçonna sa nervosité :

« Bien sûr. Les gens en parlent beaucoup, en ce moment. »

Elle aurait pu être mise au courant sans que Rolf ne lui montre le journal, et sans lire aucun journal, d'ailleurs. Le groupe avec lequel elle travaillait depuis quelques jours n'avait presque parlé que de cela durant la journée.

Ginny hocha la tête et continua, la mine soudain inquiète :

« Ils ne savent toujours pas qui en est le responsable, s'il était seul, mais en vérité, l'agent qui a été attaqué est entré dans la salle alors que cette personne utilisait le Miroir de Limar. Je pense que tu sais de quoi il s'agit. »

Luna se contenta d'acquiescer pour répondre, désolée pour son amie de l'inquiétude qu'elle vivait pour rien. S'imaginer le pire pour son enfant… Mais il ne valait mieux pas qu'elle lui divulgue la vérité tout de suite – elle la prendrait juste pour une folle pour avoir pris tant de risques pour quelque chose dont elle dénigrait totalement l'existence. Il lui fallait tout d'abord réussir à la convaincre de l'urgence de la situation, puis l'informer au sujet de la Gardienne des Sceaux et de son rôle primordial dans cette histoire, lui révéler ensuite qu'il s'agissait de sa fille Lily et enfin lui parler de la manière dont elle avait obtenu cette dernière information. Seulement là.

« Eh bien cette personne a visualisé ma fille, Lily ! » poursuivit Ginny, atterrée, lâchant sa fourchette par la même occasion.

Un tintement clair signala sa rencontre avec l'assiette, mais il fut ignoré. Luna s'efforça de prendre une mine un peu inquiète – heureusement pour elle, elle n'avait jamais été d'une nature très anxieuse et ne le montrait que peu, cela devrait donc suffire. Et en effet, cela suffit.

« Je suis désolée », parvint-elle à lâcher. « Je… sait-on pourquoi ? »

La rouquine secoua la tête avec dépit.

« Non, et cette affaire-là aussi piétine. Et personne ne comprend l'intérêt de la faire apparaitre dans ce foutu Miroir, mais pourquoi l'aurait-il fait, si ce n'est parce qu'il veut s'en prendre à elle ? »

Pour révéler son identité en tant que potentielle future sauveuse de Londres. Mais elle ne comprendrait pas, pas pour l'instant.

« Je suis sûre qu'ils trouveront bien quelque chose », la rassura-t-elle, bien qu'elle espérât le contraire.

Ce n'était pas comme si elle souhaitait qu'on l'attrape.

Ginny la remercia d'un maigre sourire, mais elle continuait de s'inquiéter pour sa fille.

« Et donc, vous avez prévu quelque chose pour elle ? Je veux dire, la protéger ? »

Elle venait de repenser à la sortie à Pré-au-Lard, et elle se rendait donc compte par la même occasion de la probabilité que la jeune fille ne sorte pas, par mesure de précaution. C'était tout bonnement ridicule, mais elle seule savait pourquoi. La malchance la poursuivait.

Ginny haussa juste les épaules, mais ses traits démentaient sa prétendue désinvolture.

« Non, tant qu'elle est à Poudlard, c'est bon. J'espère juste qu'elle n'ira pas à la sortie à Pré-au-Lard la semaine prochaine. Je sais qu'elle voulait y aller pour acheter sa robe de bal, mais ce n'est vraiment pas le moment ! »

Luna se retint de grimacer. C'était bien ce qu'elle craignait. Elle n'avait définitivement pas de chance. Ce serait certainement la seule occasion qu'elle aurait pour discuter avec elle, avant les vacances de Noël ! Elle n'avait plus qu'à espérer que la jeune fille ignore tout de cette histoire ridicule, car après tout, ces détails n'étaient pas parus dans la presse.

Ginny reprit sans apercevoir le trouble qui agitait son amie :

« Enfin, je suppose qu'Harry a dû le lui dire dans sa lettre. »

« Quelle lettre ? »

Non… Par Merlin, qu'elle se trompe et que sa soudaine crainte reste infondée…

« Harry lui a envoyé une lettre à ce sujet justement, il a donc dû lui en parler au passage, et lui dire de faire attention. J'espère qu'il lui a aussi dit de ne pas y aller. »

… Bon, elle n'avait plus qu'à espérer que la jeune fille y aille malgré tout. Il fallait absolument qu'elle demande à ses fils ce qu'il en était sur place.

Luna toussota alors qu'elle venait d'avaler de travers, avant de détourner un peu le sujet, qui était un peu gênant pour elle. Il fallait absolument qu'elle retourne sur celui des vols.

« Mmh, et… Harry pense-t-il que cela pourrait avoir un lien avec les vols des Objets ? »

« Que-que veux-tu dire ? Non, aucun, pourquoi ? Tu saurais quelque chose que… Oh par Merlin ! » fit brutalement Ginny, une pensée étrange surgissant soudain dans son esprit, et elle préféra lui en faire part, dans l'espoir que son amie le lui infirme : « Tu penses encore à tes histoires de Nargoles ? »

Luna tritura les quelques légumes qui trainaient encore dans son assiette. Elle pouvait dès lors affirmer que la rouquine ne la croyait toujours pas, et c'était mal parti pour que cela change. Elle tâcha tout de même d'essayer, même si elle songeait, déconcertée, que cela ne servirait sans doute à rien, hormis à créer une situation désagréable entre elles. Mais elle ne pouvait pas se taire – la situation ne le permettait pas.

« Ce ne sont pas des histoires, c'est la vérité ! » contra-t-elle alors avec désespoir, ne s'attirant qu'un secouement de tête désemparé de son amie. « Ginny, ils s'apprêtent à détruire Londres ! Et seule la Gardienne des Sceaux peut empêcher la mise en place du sort, et repousser les Nargoles ! »

« Luna… »

Mais Luna ne prêta aucune attention à la mine désabusée de son amie. Elle devait absolument le lui dire – au moins ça ! Pour ça, ils pouvaient intervenir !

« Il faut protéger les Objets restants ! Il n'en reste plus que trois, et – »

« Luna, cela fait déjà plusieurs jours que ces vols ont eu lieu, tu ne crois pas – »

Mais Luna secoua la tête, comme pour rejeter l'idée que souhaitait évoquer Ginny.

« Non, non, tu ne comprends pas. Ginny, ces affaires n'avancent pas parce que vous cherchez à mettre en cause des sorciers, alors qu'aucun n'est intervenu. »

« Et quel serait le rapport entre ces vols et l'agression au Ministère ? » rétorqua Ginny, soudain lasse.

Elle semblait abandonner l'idée de convaincre Luna qu'elle avait tort, mais n'était pas pour autant plus ouverte à sa découverte. Toutefois, Luna considéra que c'était peut-être un début relativement prometteur.

« La Gardienne des Sceaux », affirma-t-elle.

Ginny écarquilla les yeux sous l'incrédulité.

« Quoi, la Gardienne des Sceaux ? Qu'est-ce encore que cette histoire ? »

« C'est la seule personne qui puisse empêcher la mise en place du sort ! »

Ginny fronça les sourcils, essayant de faire le lien entre cette idée ridicule et sa fille. Scepticisme qu'elle partagea :

« Ok mais quel rapport avec… Quoi, Lily serait la Gardienne ?! »

Ginny la fixa comme si l'idée lui paraissait juste complètement démente. Puis elle secoua la tête, comme pour se remettre les idées en place, et se frotta les tempes dans le même but.

« Et… d'où sors-tu ça ? Du livre qui parlait de ce sort ? »

Luna hocha la tête, et ses grands yeux semblèrent la supplier d'y croire. Ginny soupira. Malgré toute la bonne volonté du monde, c'était tout simplement impossible. Tout ce qu'elle racontait était impossible – elle ne savait pas pourquoi elle lui parlait soudain de sa fille et la reliait à cette mascarade, et ne voulait même pas le savoir. Toute cette histoire la fatiguait. Elle n'avait plus qu'une seule envie : s'en dépêtrer le plus vite possible, et passer à autre chose. Sans blesser son amie au passage – elle croyait juste bien faire.

« Ecoute, Luna, euh… je ne sais pas pourquoi tu insistes autant ni pourquoi tu me dis ça, et encore moins d'où tu sors de telles… informations, mais – »

« Parce qu'il faut intervenir ! Lily – »

« Oui, oui, donc … Ecoute, j'en parlerai à Harry. Je suppose qu'au point où ils en sont, ils ne seraient pas contre un… nouvel éclairage. »

Et Luna sut alors que Ginny n'y croyait pas un seul instant, et n'y croirait pas plus par la suite. Elle n'avait pas assez de preuves – pas du tout, en fait. Peut-être parlerait-elle effectivement à Harry mais ses paroles resteraient sans suite.

Luna sentit sa gorge se nouer, mais se força à hocher la tête, un peu défaite, un peu comme pour la remercier. Harry n'y croirait pas plus que sa femme, même si elle lui en parlait. Ils ne voulaient pas comprendre. Ils refusaient de l'écouter, quoiqu'elle dise. Il n'y avait rien à espérer de leur côté, réalisa-t-elle alors avec dépit. Pire même : il fallait absolument qu'elle parvienne à convaincre Lily, et ils pouvaient constituer un obstacle, et la jeune fille représentait son unique chance.

Mieux valait-il donc se taire, et qu'ils oublient temporairement cette histoire – car malheureusement, elle finirait par leur éclater au visage sans qu'ils ne comprennent pourquoi, si la situation venait à se dégrader, et c'était bien parti pour. Abattue, elle finit par chuchoter, comme vaincue :

« D'accord… »