Disclamer : les personnages que j'utilise sont à Alexandre Astier.
Episode 4 : L'exigence royale
Le Roi Ban : Ils sont pas doués quand même ! De notre temps, c'était pas autant le chaos ! Si ?
Uther Pendragon : Nan, mais c'est ces histoires de confédération, aussi ! C'est forcé !
Le Roi Ban : Bah ?! Vous étiez pas loin de faire ce qu'il a fait, finalement : pactiser avec les Romains.
Uther Pendragon : Peut-être, mais fédérer les clans… nan, ça colle pas ! Quand tout va bien, tout le monde s'engueule, et quand tout va mal, tous les clans s'écroulent en même temps.
Le Roi Ban : les Romains allaient pas pactiser avec un seul clan et avoir tous les autres sur le dos. Même un romain voit bien que c'est pas avantageux !
Uther Pendragon : Enfin, c'était surtout au collaborateur qu'il serait arrivé des bricoles. C'est pour ça que je l'ai pas fait.
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Guenièvre était assise le plus au bord possible de son fauteuil, et pour tout dire, elle se sentait assez mal à l'aise.
« Regardez un peu comment vous vous tenez ! On vous a jamais dit de vous tenir droit ? » vitupéra sa mère.
Guenièvre baissa le museau et tapota les accoudoirs de son siège :
« C'est ça qui me gène, je suis loin de la table ! »
« Ca vous empêche pas de vous goinfrer ! » glissa Yvain en gardant le nez dans son assiette.
« Ah le petit pédé ! » chuchotta Guenièvre avant que ses parents n'aient pu réagir.
« Non mais oh, c'est des tartes que vous cherchez, tous les deux ? » s'exclama Séli.
« Encore, je me disais, c'est bizarre, dès qu'il est pas là, Arthur, c'est plus calme les repas ! » constata Léodagan avec une placidité acide.
« Et alors, il vous manque ? » grinça Séli
« J'ai pas dit ça ! Mais faut avouer que c'était plus énergique quand il est là ! »
« Si vous voulez de l'énergique, je vais vous en donner, moi ! »
« Nan, mais en tant que frère de la Reine, je peux pas exiger de manger dans le calme ? » tenta Yvain.
Léodagan et Séli échangèrent un regard blasé et Guenièvre pinça les lèvres, en regardant ses parents par en dessous, un peu inquiète.
« Si vous voulez du calme, vous pouvez toujours sortir ! » proposa aimablement Léodagan.
« Avec un coup de pied dans le fondement en cadeau de départ, ça vous tente ? »
Mais ce que Léodagan et Séli n'avaient pas prévu, c'était que Guenièvre, depuis sa place dominante en bout de table, prenne la parole à ce moment-là.
« Lui, non. Mais moi en tant que Reine, je peux vous ordonner de vous taire. »
« Vous ? Nous ordonner ? » s'étrangla Séli.
« Je suis Reine ! Et je veux manger en silence, pour une fois, ça changerait et ça ferait pas de mal. Alors voilà, j'exige le calme à ma table. »
« Elle apprend vite le métier, la p'tite ! » apprécia Léodagan.
« La fille nous donne des ordres et vous, vous restez les bras ballants ! »
« Que voulez-vous que je dise ? Je vous rappelle quand même, que, ce matin encore, vous jubiliez que votre fille ait le pouvoir ! Et maintenant vous l'empêchez de s'en servir ! »
« Pas contre ses parents ! On se saigne aux quatre veines pour ces deux crétins, et voilà comment on est récompensé ! »
« Vous peut-être, mais moi j'ai tout de suite vu que c'était pas rentable, de se sacrifier pour ces deux-là ! »
« Toujours est-il que si vous voulez exercer votre autorité, vous pouvez l'exercer sur quelqu'un d'autre ! Tiens, votre époux ! Pourquoi vous avez pas exigé qu'il se joigne à nous ? Ca lui aurait fait les bottes, de s'asseoir sur un banc comme tout le monde ! »
« Il ne va pas bien, mère, je ne voulais pas le déranger ! Figurez-vous que c'est pas facile de perdre son titre ! »
« Oh le pauvre minet, oui, vous allez nous faire pleurer ! » ironisa froidement Séli.
« D'habitude, moi quand je suis au lit à midi, je me fais trop déchirer, quoi ! » remarqua Yvain.
Léodagan regarda son fils avec surprise. Vraiment, soit il cherchait les tartes, soit son dernier brin d'intelligence était parti. Mais il fut encore plus surpris en constatant que sa femme ne ripostai pas avec véhémence. Il tourna la tête pour la regarder et écarquilla les yeux en voyant un sourire poindre sur le visage de Séli. Cette dernière finit par tourner la tête vers la fille et déclara platement, avec presque un soupçon de politesse.
« Ben tiens, tant qu'il est au lit, il y a autre chose que vous pourriez lui ordonner.
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« Ah ah, ma p'tite voisine ! Vous êtes venu vous secouer un peu les cuissots ? »
« Ah non, hein, vous allez pas commencer ! »
« Mais enfin Sire, vous savez bien que c'est pour vous mettre dans l'ambiance ! »
« Oui, bon alors, déjà, vous m'appellez pas « ma p'tite voisine » et ensuite, « Sire » non plus, c'est fini ! J'ai quelque chose à vous dire ! Et ça va pas vous plaire. »
Le Maître d'arme abandonna la position d'attaque et baissa la pointe de son épée en le regardant d'un air inquiet.
« Quoi ? »
Arthur leva la main, pouce et index joints, et ponctua chaques mots d'un mouvement du poignet, histoire que ça rendre bien dans le crâne du Maître d'arme.
« Je ne viendrai plus m'entraîner. »
En face de lui, il y eut un silence consterné, avant que son interlocuteur ne se reprenne :
« Mais enfin, Sire, qu'est-ce que vous me chantez-là ? »
Arthur ouvrit la bouche pour dire quelque chose, et finit par exhaler un gros soupir d'exaspération :
« Je vous ai déjà dit que je voulais plus entendre de « Sire ! » . Mais bref, toujours est-il que je suis plus Roi, je suis, au meilleur des cas, chevalier et donc que j'ai plus forcément besoin d'entrainement ! Surtout si c'est pour me faire insulter, merci, je vais rester chez moi ! »
« Je préfère vous prévenir, vous commettez une grosse erreur, ma mignonne ! » grimaça le Maitre d'Arme en secouant son épée d'un air menaçant.
« Hé ben, ça sera pas la seule ! » s'exclama Arthur en commençant à faire demi-tour.
C'est ce moment précis que choisit Calogrenant pour faire irruption dans la salle d'entrainement, il était tout essouflé, comme s'il venait de faire Tintagel-Kaamelott en courrant pour porter un message de la plus haute importance.
« Sire ! »
Arthur ferma les yeux et bascula la tête en arrière.
« Arrêtez un peu avec le « Sire » ! Bon, qu'est-ce qui se passe ? Vous arrivez d'où ? »
« De la salle du trône, Sire ! »
Arthur eut un petit rire :
« Ah bah, on peut dire que vous êtes un grand voyageur, vous ! Et qu'est-ce qui se passe, là-bas ? »
« La Reine exige de vous voir immédiatement ! »
« Rho, mais c'est pas vrai ! Qu'est-ce qu'elle me veut, celle-là ? Elle peut pas me foutre la paix, un peu ? »
« Euh, elle ne m'a rien dit à ce sujet… » bégaya Calogrenant.
« Bon, allez, en avant, quand faut y aller … ! »
« Sire, refléchissez bien quand même ! » lança le Maitre d'arme quand il quitta la pièce derrière Calogrenant.
Arthur ressentit un léger malaise en entrant dans la salle du trône. Calogrenant s'était effacé, le laissant entrer seul. En face de lui, la Reine, avec –étrangement- Lionel de Gaunes assis comme conseiller à côté d'elle. La scène lui rappellait un moment pénible, quand il avait du renoncer à Mevanwi, quelques mois plus tôt.
« Qu'est-ce qu'il fait là, lui ? » demanda-t-il sans préambule.
« Ben je me suis dit que comme il n'y connaissait rien, aux intrigues du château, il serait le plus objectif. »
Lionel lui adressa un petit sourire et un hochement de tête respectueux. Arthur se gratouilla la barbe :
« C'est pas faux ! » finit-il par concéder.
« Alors, je t'ai fait venir parce que j'ai une demander à te faire ! » piailla Guenièvre, du haut de son trône.
« Houlà ! Houlà ! Alors là, on arrête tout de suite ! Vous ne me tutoyez pas, pour commencer ! Vous savez que je supporte pas ça ! »
« Peut-être, mais c'est moi la Reine, et je pense que le tutoiement n'est pas si choquant entre deux personnes intimes ! »
« Voyez-vous ça ! Parce qu'on est intime… » ironisa-t-il.
« C'est cela, oui ! Et si tu ne veux pas, je serais obligée d'utiliser mon autorité royale pour te forcer à m'obéir ! » fit-elle d'un ton guindé.
« Hé ben, ça rigole pas, avec vous !»
« Oh, tu trouves ? Je pense que ça fait quand même plus sympathique, quand même, non ? » demanda la Reine, avec soudainement une intonation inquiète.
« C'est vous qui voyez ! Si en tant que Reine, vous n'avez qu'à vous souciez des tutoiements… »
Il essayait d'ironiser pour cacher une sournoise inquiétude qui commençait à monter en lui ; Qui sait ce qu'elle était capable d'imaginer et d'ordonner ?
« Bon, qu'est-ce que vous voulez ? »
« Ni toi ni moi ne sommes immortels. » commença Guenièvre.
Il ferma les yeux et porta sa main au front comme s'il avait mal à la tête, en soupirant :
« Non, le tutoiement, là, j'arriverai pas ! Bon, mais passons ! Et alors ? »
« Et alors, s'il venait à m'arriver un accident, le trône se trouverait vacant, et la situation plongerait le royaume dans la guerre civile. Chacun voudrait s'y mettre… »
« Oh non… non, non, non… »
Il avait déjà compris où elle voulait en venir et il avait instinctivement reculé de quelques pas en secouant la main.
« Arthur ! s'exclama-t-elle fermement, et, un instant, il eut l'impression d'être en face de sa mère.
« Nan, nan ! » répêta-t-il.
« Tu l'auras voulu ! En tant que Reine, j'exige d'avoir un héritier de mon mari. »
Il resta consterné. Son regard paniqué allait de Guenièvre à Lionel, de Lionel à Guenièvre.
« Ah non mais je vous jure ! On m'a donné le choix entre replanter Excalibur ou vous faire un héritier et finalement, il va falloir que je fasse les … »
Il s'interrompit et releva la tête, l'œil brillant :
« Vous voulez un héritier de moi ? »
« C'est-ce que j'ai dit, oui ! C'est bon ? »
« Oh, oui ! Je devrais bien vous trouver un de mes batards que sa mère accepte donner, surtout pour en faire l'héritier du trône ! »
« Quoi ? »
« Vous voulez un héritier de moi ? Je vais vous en trouver un ! J'y vais et je vous le ramène. »
« Mais… »
« Ma Reine… »
Et avec une légère inclinaison du buste hypocrite, il quitta la pièce.
Il monta rassembler en vitesse quelques affaires. Il avait déjà en tête le nom d'une de ses anciennes conquêtes chez qui il devait bien trainer un petit Pendragon.
Il avait bien senti, depuis quelques jours, que, s'il restait, personne ne comprendrait vraiment qu'il n'était plus Roi. Cela l'avait conforté dans son envie de partir de Kaamelott. Il reviendrait quand tout le monde se sera fait à la nouvelle situation, de Guenièvre aux chevaliers, des chevaliers aux grouillots. Guenièvre lui avait offert l'occasion de partir sur un plateau d'argent.
Elle n'avait pas pu avoir l'idée toute seule, ou en tout cas, s'y accrocher avec autant de fermeté. Ca sentait la Carmélide à plein nez ! Il était temps de les laisser entre eux, de s'esquiver avant que ce genre de petites attaques n'aille trop loin.
Il allait d'ailleurs partir comme ça, discrètement, en saluant juste les gardes de la grande porte au passage.
Il jetta sur son épaule un grossier sac de toile bourré jusqu'en haut, et sortit de sa chambre sans se retourner.
Alors qu'il parcourait le château, il pensa un instant aller faire ses adieux à Bohort et Calogrenant, ou bien encore au Maître d'armes. Bref, ceux qu'il estimait le plus et qui étaient encore au château, puis il se ravisa. Ils chercheraient tous à le faire revenir sur sa décision.
Mais alors alors qu'il traversait la cours d'un pas décidé, un léger bruit de course lui parvint, et il eut la faiblesse de se retourner. C'était Lionel de Gaunes :
« Attendez, attendez, Messire Arthur ! »
« Quoi ? »
« Vous partez céant, sans prendre congé auprès de votre Dame ? »
« Et alors ? »
« Cela ne correspond en rien à l'éclat réputé de la courtoisie du royaume ! » s'exclama Lionel de Gaunes, indigné.
Il l'avait trop retenu, Guenièvre arrivait déjà derrière lui.
« Mais vous partez vraiment ? Je veux dire… tu pars vraiment ? »
« Bah oui ! Je m'en voudrais de poser des atermoiements à la volonté de ma Reine ! » grinça-t-il.
Guenièvre jetta un coup d'œil embarrassé autour d'elle, mais à part Lionel, ils étaient tout seuls. Elle se tordit les mains et murmura, la voix tremblottante.
« Mais vous pouvez pas me laisser toute seule ! »
« Tiens, on se vouvoie ? »
Guenièvre haussa les épaules, et reprit, en se tordant la bouche :
« Je sais pas faire, moi ! Il faut que vous m'aidiez ! »
Il eut envie de lui lancer une méchanceté, bien sentie, bien placée. Mais elle plissa le front et il crut soudainement qu'elle allait se mettre à pleurer. Une bouffée de compassion lui emplit la poitrine. Il ne pouvait pas la laisser comme ça, elle ne lui avait rien fait pour qu'il lui rejette tout le royaume et ses problèmes. Il n'avait même pas de raison de lui en vouloir et de s'enfuir. Et peut-être même que sa tête de fouine lui manquerait.
Il soupira et lui attrapa la main, mué par il-ne-savait-quel instinct, pour la secouer un peu :
« Vous allez vous en sortir à merveille ! Vous êtes fille ainée de roi et reine, vous avez ça dans le sang ! »
Et puis il se pencha brutalement vers elle. Guenièvre fit un bond en arrière et poussa un cri effarouché :
« Vous allez m'embrasser ? »
« Mais approchez-vous donc, pauvre idiote ! »
L'air passablement terrorisé, elle se rapprocha et il put lui glisser à l'oreille :
« Bohort et Calogrenant. Bohort et Calogrenant, il n'y a que sur eux que vous pouvez compter, dans tout le château. »
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Le Roi Ban : Quelle godiche !
Uther Pendragon : N'empêche, je trouve qu'Arthur s'est tiré de ce mauvais pas avec brio. Ah nan, y'a pas à dire, on voit de qui il est le fils !
Le Roi Ban : Il va essayer de vous trouver un petit-fils, on verra ce que ça donne.
Uther Pendragon : Ca sera un Pendragon, de toutes façons !
Le Roi Ban : Oui, mi Pendragon, mi pécore. J'ai hâte de voir de quel côté il aura plus pris !
