Chapitre 3

Au fracas étourdissant des murmures succéda un soudain silence. Si brutal qu'on l'aurait dit issu d'un meurtre. L'agitation, le bruissement des robes, les doux sifflements, la panique, l'apprêt...tout ça semblait s'être figé en une scène capturée sur papier glacé, sortie d'un autre temps.

Tous les immortels se tenaient en rangs serrés telles des statues immobiles et pâles. Comme des figures de cire, des soldats au service de Vénus, ils restaient là, droits, à attendre, imperturbables.

Les rires n'éclataient plus, les conversations ne se faisaient plus écho. Un silence respectueux, presque trop lourd, était tombé sur la riche salle. Un silence empreint de quelque chose d'étrange – comme si l'on attendait la venue d'un messie ou d'un roi.

Et puis, enfin, les mots éclatèrent, comme le craquement du tonnerre :

« Le Maître ! »

De la porte d'entrée grande ouverte, une brise printanière s'infiltrait entre les murs du grand hall, accompagnée des bruits nocturnes qui entouraient le Palais. Comme un murmure silencieux, une parole de Dieu, le vent s'engouffrait dans l'immense salle, pénétrait les vêtements et chairs des immortels, comme s'Il les imprégnait de Son souffle.

Clack. Clack. Clack.

Le pas était lent, calme, assuré. Le bruit se répercutait en écho, comme si toute une armée suivait cette unique figure. Comme si des milliers de marionnettes étaient reliées de fils invisibles à cette silhouette.

Petit à petit, comme une vague qui s'avance paresseusement sur une plage, comme une lente onde, les vampires courbèrent un à un l'échine sous les pas du Maître. La voie s'ouvrait, royale, jusqu'au trône.

Combien de temps dura cette traversée ? Une minute ? Une éternité ?

Sur le trône surélevé, drapé d'un dais crème et or, une figure siégeait, impériale, imperturbable.

Les mains, fines, reposaient avec légèreté sur les accoudoirs couleur ivoire, comme si elles jouaient immobilement d'un instrument dans l'air. Blanche, pâle, la peau crémeuse ne souffrait d'aucune imperfection. Elle était pourtant criminellement dissimulée par des vêtements nivéens, légers, élégants, modernes – offrant un si saisissant contraste avec le trône et pourtant, harmonieux dans leur anachronisme. La posture était à la fois autoritaire et nonchalante. Si le maintien était droit, on ne devinait nulle rigidité dans les membres. Si la statue avait bougé, sans nul doute ses mouvements auraient été fluides, gracieux. La tête était tournée de côté, occupée à écouter le régent du clan lui faire un rapport murmuré. Les lèvres fines ne bougeaient pas, n'esquissaient pas l'ombre d'un sourire et pourtant nulle part on ne devinait de la dureté. Les traits délicats de la jeunesse et le caractère adulte s'étaient mêlés harmonieusement dans cette figure, la rendant intemporelle, éternelle. La mâchoire, soulignée juste ce qu'il fallait ; le nez droit, bien proportionné ; le front fier ; l'arc des sourcils parfait. De légères boucles blond vénitien encadraient et dissimulaient tout à la fois une partie du visage de l'Ancien de mèches d'or rougi. Les yeux étaient tournés vers l'immortel agenouillé à ses côtés mais on aurait dit qu'ils fixaient le vide. S'ils avaient été dirigés vers la foule de sujets on aurait pu voir la lumière des chandeliers jeter mille paillettes d'or dans les yeux marron clair.

Mais la foule était la foule. Le Maître ne lui accordait aucune importance. Tourner son attention vers elle aurait été lui donner trop d'honneur, aurait été lui accorder une place qu'elle ne méritait pas.

Immobiles, tête baissée, les immortels restaient là, à attendre. Le silence était seulement brisé par les murmures chuchotés à l'oreille de l'Ancien par le régent et autres nobles venus le tenir au courant des affaires du clan.

Et puis, comme par un invisible signe, une apparition connue de seuls quelques élus, quelque chose sembla muer, se transformer dans l'atmosphère, comme une nouvelle odeur vient se mêler à un bouquet déjà complet, comme un instrument se rajoute à une symphonie déjà terminée, la cérémonie prit fin. Se levant du trône avec un air qui aurait presque pu passer pour de la colère, l'Ancien traversa la salle d'un pas qui semblait plus pressé qu'à son arrivée. Les têtes ne se relevèrent pas, il n'y eut pas de commentaires échangés sur son passage, sur ce brusque départ. Bientôt, la silhouette aux cheveux blond vénitien disparut dans les escaliers, sans un regard en arrière, sans un mot, sans une explication, laissant seulement derrière elle le parfum acidulé et âpre d'un cataclysme inconnu et imminent.


Les pas de l'Ancien avaient résonné comme autant de sons de cloche dans son corps. Des sons meurtriers, vibrants, salvateurs, dévastateurs.

Tout était pareil. Et pourtant, tellement différent.

Il reconnaissait le visage d'Antoine – un visage difficilement oubliable – mais quelque chose n'allait pas. Son expression ne collait pas. Où étaient passés l'insupportable dédain, la moquerie, la condescendance ? Où était passée cette assurance qui marquait chaque geste que l'Ancien faisait ?

Oh, bien sûr, il y avait encore l'élégance. Elle, elle ne semblait jamais disparaître. Et, bien sûr, il y avait encore cette assurance chez le Maître de Paris. Mais ce n'était pas la même qu'il avait eu avec Sirius. Ce n'était pas cette tension brûlante, presque érotique, insupportable. C'était un contrôle glacial, une perfection inhumaine.

Cette perfection...elle rendait Sirius malade.

Il ne reconnaissait pas Antoine. Mais c'était Antoine et il voulait que son regard se pose sur lui, voulait désespérément son attention. Il ne voulait plus se faire ignorer, il avait besoin de savoir que quelqu'un était là, pourquoi il était là.

Alors qu'il esquissait un pas pour se rapprocher des premiers rangs, il sentit un bras tirer violemment sur sa manche. Tournant le regard vers l'arrière, il vit les yeux bleu-gris du domestique le scruter, une lueur de peur dans ses prunelles.

« Non, monsieur Black. » souffla-t-il d'un ton urgent mais tellement bas que lui-même avait eu peine à l'entendre.

Il essaya de s'arracher à sa poigne, sans succès. Déjà Antoine l'avait dépassé, déjà, il s'approchait de son trône sans l'avoir vu, sans l'avoir remarqué, sans l'avoir regardé.

Il sentait le désespoir et la rage bouillir en lui, contre ce domestique. Qui était-il pour lui interdire de percer les rangs et voir Antoine ? Qui était-il si ce n'était un vulgaire laquais ? Il était Sirius Black, il avait tous les droits !

Mais comme s'il avait lu dans ses pensées, le domestique tira plus fort sur son bras, jusqu'à le faire venir jusqu'à lui, presque le faire tomber contre lui. Sirius gronda sourdemment à l'intention du vampire, crocs dénudés. Il ne réagissait jamais ainsi, d'habitude. Il tâchait toujours d'ensomeiller l'instinct vampire, de le faire taire. Il n'aimait pas cette nature animale, monstrueuse. Mais il sentait le contrôle qu'il avait sur lui s'envoler. Antoine était si proche et on lui interdisait de le voir...c'était injuste !

Le domestique sembla pris par surprise devant ce comportement mais ne relâcha pas sa prise pour autant. La colère brûlait dans ses veines mais que pouvait-il faire ? Antoine était déjà trop loin, par la faute de cet écervelé !

« Souvenez-vous de ce que je vous ai dit, Sirius. Souvenez-vous. »

Se souvenir de quoi ? Se souvenir de quoi ? La colère l'avait emmené trop loin. Ce n'était pas lui, ce n'était pas lui.

Déjà, les mots revenaient avec force, la mémoire aussi. Aussitôt il chercha à les bloquer derrière ses faibles murailles. Non, pas maintenant. Pitié, pas maintenant. Il n'en était pas capable. Antoine...il avait besoin d'Antoine.

« Sirius, s'il vous plaît... »

« Sirius, s'il te plaît... »

Trop loin.

« Vous avez l'air d'avoir besoin d'aide. »

« Je n'ai pas besoin d'aide. »

...

« Si tu veux t'en sortir, tu le pourras. Mais est-ce que tu le veux ? »

...

« Sais-tu ce qu'est un requiem, Sirius ? C'est une prière pour l'âme des défunts. Ne trouves-tu pas le nom bien choisi ? Tous ceux qui entrent là-dedans sont à demi-morts. Toi, tu l'étais déjà. Es-tu complètement mort à présent ? »

...

« C'est parfaitement ça, Sirius. Je ne te connais pas. Et au fond, je n'ai pas envie de te connaître. »

« Je t'aime. »

...

« Je te protègerai toujours Reg. Rien ne peut te faire du mal si je suis là. »

...

« Décevant. »

Et le regard de son père qui glissait sur lui, sur cet enfant trop chétif, aux traits trop doux, presque féminins. Trop Black pour être renié, trop faible pour être héritier.

« Ce n'est pas mon fils. »

...

« Monsieur Black, s'il vous plaît, reprenez-vous. »

Est-ce qu'on devient fou quand on est noyé dans les souvenirs ?

Lentement, difficilement, comme si de l'eau comprimait ses poumons, comme si quelque chose de lourd pesait sur ses yeux, la conscience revenait, pianissimo. Un soupir saccadé s'échappa de ses lèvres. Sans le vouloir, il s'appuya contre le domestique, comme s'il cherchait un appui, comme s'il allait tomber d'une minute à l'autre.

« Sauve-moi. »

Des yeux noirs, une silhouette rouge. Le ciel bleu puis blanc.

Blanc blanc blanc.

« Sirius, s'il vous plaît ! »

Un murmure urgent, une pression un peu plus forte contre son bras, presque douloureuse. Et puis le souffle glacé contre sa peau, trop près, si près que leurs souffles se mêlaient presque.

Il rouvrit les yeux, tomba sur le regard du domestique. Ses yeux n'étaient pas bleu-gris. Ils étaient dorés, ils étaient marron lumineux.

Ils étaient noirs.

Reculant vivement contre les hallucinations qui l'assaillaient, comme si les souvenirs étaient des monstres qui cherchaient à l'attraper de leurs griffes, il bouscula un voisin et créa un léger chahut entre les rangs des immortels. Mais trop loin pour attirer l'attention d'Antoine, bien sûr. Toujours trop loin.

« Sirius ? »

Le vampire le regardait, inquiet. Il avait déjà été témoin des hallucinations de Sirius. En à peine cinq jours, il avait compris que l'héritier Black souffrait de nombreux cauchemars – même à l'état de veille.

Le prenait-il pour un fou ? Ce serait si facile de penser que oui.

« Oui. Oui, excusez-moi, j'étais...excusez-moi. »

Il avait envie de partir. De s'enfuir d'ici. Mais Antoine était là. Et il ne voulait pas repartir sans l'avoir vu. Pas repartir tant qu'il n'était pas certain que l'Ancien avait remarqué sa présence. Il tourna la tête vers l'estrade.

Je t'en supplie, regarde-moi.

Mais l'Ancien était toujours là, sur son trône, à écouter Sirius ne savait qui. Il aurait voulu avancer, se diriger vers lui, capter son attention, provoquer un scandale s'il le fallait. Mais il se sentait faible, tellement faible d'un coup. Il ne comprenait pas.

Il était tellement fatigué.

L'esprit trop embrumé, il ne se rendit même pas compte de la fin de la...qu'était-ce au juste ? Une réunion ? Une assemblée ? Ne se rendit compte de sa fin que quand il entendit, quand il sentit Antoine passer devant lui à nouveau.

Regarde-moi.

La supplique silencieuse était si vibrante d'émotion, si désespérée qu'Antoine ne pouvait que l'entendre, que la sentir. Il suffirait qu'il ne tende son esprit vers le sien qu'une seconde à peine et alors il saurait, comprendrait à quel point Sirius avait besoin de cette reconnaissance, à quel point Sirius avait besoin de ce simple contact pour tenir debout, pour garder son équilibre mental.

Mais l'Ancien passa devant lui comme s'il était invisible – et Sirius se brisa.


Enchaînement de noir, de blanc. Le corps immobilisé, paralysé. Les vibrations de la machine qui se répercutent dans chaque cellule du corps, le bourdonnement qui rend sourd.

Noir, blanc, noir, blanc.

L'apparition et la disparition successive de la lumière mettaient ses nerfs à rude épreuve. Si au départ ses yeux avaient souffert de s'adapter si rapidement au changement de luminosité, à présent, même les paupières étroitement closes, il ne voyait le monde qu'en nuances de rouge et noir.

Le bruit d'étincelles quelque part. Près, trop près. Et puis le crissement d'il ne savait quoi.

Des éclairs bleus, derrière le rouge.

Il voulut rouvrir les yeux, découvrit qu'il ne possédait plus la vue. Son visage était dépourvu d'yeux.

Il voulut hurler, hurler pour exorciser la peur, pour communiquer son angoisse ; mais il n'avait plus de bouche.

Il essaya de se débattre, de réveiller son corps engourdi. Il ne sentait pas ses doigts. Il n'avait pas de mains, pas de bras, pas de pieds, pas de jambes.

Et comme une brûlure intense, la douleur arriva, se répandant du centre jusqu'aux extrémités invisibles d'un corps qu'il ne sentait plus. La douleur était partout, si puissante qu'elle submergeait tout son être. Il n'existait plus – il était douleur personnifiée.

Il sentit de l'eau couler sur ses joues. Froide, glacée. Quelques gouttes d'abord, puis un filet. Puis toujours plus d'eau, un jet, un torrent, un océan.

Étouffé, suffoqué.

Le bruit d'étincelles se fit plus proche. Le bourdonnement, plus intense. La douleur liquéfiait ses os.

Comme en sourdine, au loin ou peut-être en lui, il entendait des sanglots et ce mot inlassablement répété : « pitié ».


Le réveil en sursaut. Pantelant, tremblant, malade. La peur au ventre. L'envie de crier pour vérifier qu'on le peut, pour s'assurer qu'on existe, pour enterrer le cauchemar.

« Sirius ? »

Il tressaille, muscles tendus, cherche dans le noir le détenteur de la voix. Où est-il ? Il a l'impression que les meubles changent, que le décor varie sans cesse. On aurait dit que la chambre était en transformation permanente, que tel ou tel rayon oblique, venu d'une source inconnue, la rendait totalement différente. Était-il au repère de Londres ? Était-il au Requiem ? Était-il au Tavastia ? Sa mémoire ne parvenait plus à replacer correctement les éléments, ne parvenait plus à distinguer le vrai du faux. Encore trop dans les songes et pourtant éveillé – emprisonné dans un monde de chimères.

Et puis, comme une minuscule flamme dans les ténèbres, son œil capta un reflet d'iris. Un léger contact sur son bras vint confirmer la présence jusqu'alors fantomatique.

« Sirius, est-ce que ça va ? »

La voix n'était pas celle qu'il aurait voulu entendre. N'appartenait pas à celui dont il souhaitait si ardemment la présence. Il aurait juste voulu que l'intrus parte.

Un contact un peu plus pressant sur son bras l'obligea à répondre. Il murmura avec réluctance : « Oui, ne vous en faîtes pas. »

Un silence seulement perturbé par le bruit de mouvement et de tissu.

« Souhaitez-vous que j'allume les lumières ? »

Nous sommes des vampires, nous ne devrions pas avoir besoin de lumière.

Mais le noir l'aveuglait. Dans les ténèbres, ses hallucinations avaient plein pouvoir. Il était à leur merci, vulnérable, il devenait leur pantin. Peut-être le domestique s'était-il rendu compte de cela.

Sans son accord – en avait-il seulement besoin ? – le domestique éclaira la pièce, le faisant cligner des yeux face à la soudaine luminosité et le décor qui restait encore trop peu familier, trop peu lui.

Paris. Bien sûr qu'il était à Paris. Presque une semaine déjà et pourtant les fantômes du Requiem ne semblaient pas vouloir le lâcher. Il s'était cru guéri...quelle sottise.

« Pourquoi êtes-vous ici ? » demanda sèchement Sirius, une fois qu'il prit conscience de la situation incongrue. A peine réveillé, assis dans son lit, torse nu, le domestique debout juste au bord du lit. Le domestique qui était entré sans son accord.

Celui-ci eut l'air légèrement mal à l'aise sous le regard noir de l'héritier Black, chercha un moyen de détourner la fureur qu'il sentait naître chez l'aristocrate.

« Vous devriez faire quelque chose pour ces cauchemars. »

Sirius serra les mâchoires. Comment pouvait-il avoir l'air digne devant un homme qui l'avait probablement vu gémissant et se tordant entre ses draps par la faute de mauvais rêves comme un enfant de cinq ans ? Il détestait qu'on voie sa vulnérabilité ainsi. Il ne devrait permettre à personne de le voir ainsi.

« Ça ne vous regarde pas. » répondit-il, durement. « Et n'entrez plus jamais dans ma chambre ainsi. La notion de vie privée vous est-elle totalement étrangère ? »

Les épaules se raidirent, Sirius pouvait le voir sous le fin tissu blanc de la chemise. Vexé. Il avait probablement vexé la seule personne qu'il connaissait dans ce château mais une telle chose ne pouvait pas être tolérée. Il restait un domestique.

« Pourquoi êtes-vous ici ? » redemanda-t-il.

Laurent lui retourna son regard, avec une légère note de frayeur dans les yeux.

« Je pensais...je pensais que je devais vous prévenir. » Il se mordit la lèvre inférieure, comme hésitant à parler plus.

Bien sûr qu'il devait parler plus. On ne déversait pas le début d'une explication sans en donner la suite.

« Me prévenir ? »

S'extirpant enfin des draps, il se dirigea vers la salle de bains contiguë à la chambre sans un regard pour le domestique. Il l'entendrait assez bien de n'importe quelle distance. Et sa fierté l'obligeait à être un minimum présentable – sa tête au saut du lit, et surtout après un songe pareil, n'étant pas des plus attrayantes.

« Le Maître est revenu. » lui parvint de sa chambre la voix de Laurent.

Sirius eut une grimace de dédain face au miroir qui lui renvoyait son reflet. Ses cheveux devenaient trop longs et le sommeil les avait emmêlés. Il passa distraitement ses doigts entre les mèches avant de se rendre compte qu'il y avait bien trop de nœuds et qu'il devait recourir au peigne pour rendre à ses cheveux un air potable.

« J'avais cru comprendre, oui, vous m'avez empêché de lui parler. » répliqua-t-il, ne parvenant pas à empêcher une pointe d'amertume de se glisser dans sa voix.

Quelle faiblesse. Quand s'était-il abaissé à être aussi dépendant de quelqu'un ?

« Justement. » insista la voix, au-dehors, au-dessus du bruit de l'eau qui coulait – il avait besoin d'un jet glacé pour se réveiller. « Vous n'auriez jamais dû agir comme ça. »

Sirius prit quelques secondes pour répondre. L'eau froide glissait dans son cou.

« Parce que c'est contre l'étiquette, c'est ça ? Parce que je n'ai pas le droit de regarder le Maître dans les yeux, d'aller lui parler sans qu'il ne m'adresse la parole et toutes ces conneries ? » répliqua acidement Sirius, commençant à perdre peu à peu patience. Il haïssait qu'on lui donne des ordres, haïssait qu'on restreigne sa liberté.

Il aurait voulu ne pas être ici. Il aurait voulu...quoi ?

« Pas seulement pour ça. Vous n'avez pas conscience de votre position dans ce clan, Sirius. » La voix paraissait excédée, comme s'il était un enfant à qui il était particulièrement difficile de faire entendre raison. Il avait toujours été trop borné pour son propre bien.

Ses traits semblaient moins fatigués qu'à Londres. Était-ce une illusion ou pouvait-il se consoler en se disant qu'il avait moins l'air d'un mort-vivant à présent ? Au moins les crises de manque ne lui arrivaient plus. Seuls restaient les cauchemars, bien sûr.

« Je suis un étranger – britannique en plus, la pire espèce ! – qui dénote très franchement avec le style pompeux Louis XIV de tout le repère et qui n'y comprend rien aux coutumes absurdes des Français, ça oui, j'avais compris, merci. »

Le domestique finit par arriver derrière lui tandis qu'il enfilait une chemise noire. Sirius le fusilla du regard à travers le miroir. Il n'était pas pudique et tirait fierté de son corps – par le passé, du moins. A présent, c'était différent. Il avait trop l'impression de posséder des marques sur le corps qui devaient le discriminer comme un drogué.

« Si je suis venu dans la salle de bains, c'était pour avoir un peu d'espace privé, vous savez. » ironisa-t-il.

« Si vous aviez tant voulu avoir votre espace privé, vous vous seriez enfermé dans cette pièce, or, vous avez laissé la porte ouverte – c'est votre faute si vous êtes exhibitionniste. »

Sirius se retourna pour faire face à la silhouette juste un peu plus petite de Laurent. Sirius l'aurait volontiers qualifié de frêle s'il n'était lui-même encore plus maigre que le domestique. S'appuyant contre le lavabo, plus frais et dispo qu'au réveil, il était prêt à quelque joute que le domestique lui lancerait. Au moins cela distrayait son esprit.

« What's your point ? »

Le domestique croisa les bras sur sa poitrine, l'air défiant.

« Parlez français, Sirius. »

Soupir irrité. Le chauvinisme lui tapait sur les nerfs. « Où vous voulez en venir ? »

« Vous n'êtes pas apprécié, ici. Pas seulement parce que vous ne vous fondez pas dans la masse de la cour ou que vous n'êtes pas d'ici. Probablement que votre "exotisme" plairait beaucoup, dans d'autres circonstances. Vous êtes l'invité du Maître. Vous résidez près de ses quartiers. Personne n'a eu ce privilège auparavant et vous êtes l'objet de nombreuses jalousies. »

Les traits avaient l'air sincères. Les sourcils froncés dénonçaient un certain malaise. Allait-il à l'encontre des règles en révélant cela à Sirius ?

« Oui...et ? »

Laurent eut un soupir exaspéré. « Mais vous n'écoutez donc rien ! »

« Vous m'apprenez juste que je ne suis pas fort apprécié parce que j'ai le malheur d'habiter un peu trop près d'Antoine au goût de certains. Qu'est-ce que ça doit me faire ? »

Les yeux bleu-gris se fixèrent sur lui, comme s'il ne parvenait pas à croire ce qu'il entendait.

« Vous êtes vraiment...inconscient. »

Sirius eut un rire moqueur.

« Je ne suis pas apprécié dans mon propre clan parce que je suis trop rebelle. Je m'attendais à ne pas être reçu à bras ouverts ici non plus. Je sais me battre. Je ne crains rien. »

Laurent secoua la tête. « Vous ne comprenez pas. Il s'agit du Maître. Des rumeurs courent à votre sujet. Toutes plus horribles les unes que les autres. Certains disent que c'est parce qu'il a appris votre venue que le Maître a mis fin aussi précipitamment à la cérémonie. Certains veulent vous voir mort parce qu'ils vous soupçonnent d'essayer de le corrompre. Commencez-vous à comprendre votre situation, Sirius ? Il faut que vous gardiez un profil bas et surtout, surtout, que vous ne vous approchiez pas du Maître. »

Sirius sentit monter en lui une bouffée de colère. Après presque une semaine à attendre Antoine, il lui était interdit de le voir ? Oh non. Ça, il ne le tolérerait pas. Il faisait ce qu'il voulait et tant pis pour les conséquences !

S'approchant du domestique, il le saisit rudement par la nuque et, les lèvres contre son oreille, glissa dans un murmure mi-narquois, mi-venimeux : « Je suis un Black. Je fais ce que je veux, quand je veux et personne ne sera là pour m'en empêcher. »


La sensation du soleil sur sa peau. Chaude, douce, parfois brûlante quand il s'y attardait trop.

La sensation de la pluie et du vent. Vivifiants et tellement différents. Ça ne faisait pas mal. C'était étrange, mais pas douloureux. Une sensation de plus à stocker dans sa mémoire.

Les rues étaient bondées. Le ciel était bleu au-dessus de sa tête. L'astre du jour, caché par un nuage de quatorze heures.

Il était anonyme. Il était bien.


Plusieurs jours s'écoulèrent sans qu'il ne voie Antoine.

Ce n'était pas une question que son désir se soit soudain tari, oh non. Mais sa fierté l'emportait sur son envie, l'empêchait de faire le premier pas, retenait sa fougue juvénile et tempérait son ardeur.

Autrefois, Antoine mettait un point d'honneur à le tourmenter, le narguer, le harceler, le charmer. Où étaient passées ces habitudes, à présent ? Où était Antoine, à présent ? Loin, tellement loin. Il était de retour à Paris mais semblait plus inaccessible que jamais. Son indifférence dressait une barrière entre eux – une barrière qui aurait pu aisément être franchie si son honneur ne l'en prévenait pas. Il n'avait jamais supporté de se faire ignorer...mais il refusait de devenir le pantin d'Antoine et d'accourir dès son retour, comme un chiot auprès de son maître.

Son attitude était paradoxale. Entre le besoin impérieux qu'il avait d'Antoine et cet orgueil qui retenait ses envies et pulsions, c'était presque comme un schisme dans sa personnalité. La façade du fier hériter Black pour l'être dévasté à l'intérieur.

Il était moins cassé. Fuir loin de Londres l'avait en quelque sorte guéri. Mais si superficiellement...Ce n'était pas parce que ses malheurs étaient loin à présent qu'ils avaient disparus. Il avait toujours été aveugle, avait toujours refusé de faire face aux dangers et aux conséquences. Il était lâche et il ne voulait pas l'admettre.

A une époque...il avait cru pouvoir contrôler Antoine. Avait cru pouvoir maîtriser l'Ancien. Trop emporté par son obsession pour lui, Sirius aurait pu exploiter cette faiblesse, cette inclination qu'Antoine avait pour lui si seulement il l'avait voulu, si seulement il y avait songé.

Mais le changement avait déjà été perceptible quand il était venu à Londres. Trois semaines de séparation avaient rendu l'Ancien plus calme, plus maître de ses émotions. Si à Paris il n'avait pu s'empêcher de le toucher et le séduire, à Londres n'avait-il du moins rien tenté. Parce qu'il n'était pas maître de ce clan ? Parce qu'il n'était resté qu'une seule nuit ? Parce que Sirius avait été trop faible et malade ? Tout était possible. Parfois, il avait l'impression de connaître l'Ancien, de pouvoir le manipuler à sa guise. Et d'autres fois, il ne le comprenait tout simplement pas, avait l'impression d'être face à un étranger. C'était exaspérant.

Quatre jours s'étaient écoulés depuis le retour de l'Ancien au clan. Laurent continuait de le visiter mais il ne s'introduisait plus sans prévenir chez lui. Leur dernière altercation lui avait prouvé que Sirius n'écouterait rien de ce qu'il pouvait dire. Par défi, Sirius aurait voulu se confronter aux autres vampires français. Mais il savait qu'intérieurement, le rejet lui ferait trop mal. Alors il se contentait de rager intérieurement, de se dire qu'il pourrait s'échapper n'importe quand s'il le voulait – une manière de se dire qu'il gardait toujours un minimum d'autonomie, un minimum de liberté.

Même s'il savait qu'au fond, c'était faux.


Sa patience parvenait à son terme. Une semaine. Une semaine depuis le retour d'Antoine et toujours rien, aucune nouvelle, aucun signe de vie. Il n'en pouvait plus. Il ne le supportait plus.

Rester enfermer ici le rendait malade. Il voulait une raison à son enfermement, une raison pour justifier sa présence. Il voulait sortir mais surtout, il voulait Antoine.

Le silence du Maître de Paris lui était invivable et, puisqu'il ne semblait pas décidé à le voir, alors Sirius forcerait leur rencontre. Il en avait plus qu'assez d'être ignoré.

Il était minuit. Les derniers rayons d'or s'étaient dissipés depuis longtemps dans les profondeurs des jardins couleur émeraude et rubis. Les fontaines du domaine étaient actionnées, les jets d'eau miroitant tels des lances de cristal sous la lumière argentée de la lune, entourant les statues de pics gelés momentanés, donnant une espèce d'atmosphère féérique et glaciale aux bosquets. Si les fenêtres de la galerie avaient été ouvertes, sans nul doute aurait-il senti un souffle froid sur sa peau. Au loin, il voyait les arbres se balancer comme des danseurs au gré du vent.

Mais les fenêtres n'étaient jamais ouvertes, bien sûr. Pas dans un clan de vampires, pas dans un clan comme celui-ci.

L'enfilade d'appartements or et blanc était plongée dans le noir. Cette partie du repère n'était habitée que par lui...et Antoine. Sans doute pensait-on que deux habitants ne valaient pas la peine qu'on éclaire un immense corridor dans le vide – il fallait penser aux économies d'énergie.

De l'extérieur, les appartements d'Antoine ne semblaient guère différer des siens. Si ce n'était leur position centrale et peut-être un linteau un peu plus travaillé, il n'aurait guère pu deviner que c'était là la chambre du Maître.

Il était souvent passé devant, sans s'en rendre compte. Jamais il n'avait vu la porte ouverte, jamais il n'y avait vu quelqu'un entrer ou sortir. Sirius n'était même pas sûr qu'Antoine s'y trouvait.

Il n'y avait nul garde, nulle sentinelle. Le Maître était peut-être absent, peut-être ailleurs. Mais il ne perdait rien à essayer – de toute façon, personne n'était là pour le ridiculiser.

Pourtant, devant cette porte blanche parée d'ornements floraux dorés, il ne parvenait pas à bouger. Son souffle était bloqué dans sa gorge, sa main, immobile, si proche et pourtant si loin du battant.

S'il l'avait pu, son cœur aurait battu la chamade.

Quelque part sur sa droite, au bout du corridor, il vit une unique lampe s'allumer. Sentant la panique le saisir, sans plus réfléchir, il saisit la poignée, tourna et poussa.

La porte n'offrit aucune résistance, les gonds ne grincèrent pas.

S'attendant à tout moment à être assailli, il se figea sur le pas de la porte. Sa peur lui intimait de reculer, de revenir en arrière : il n'avait rien à faire là, il entrait par infraction chez Antoine !

Plusieurs secondes s'écoulèrent dans un silence agonisant. Autour de lui, une semi-pénombre régnait. Il n'était que dans l'antichambre.

La pièce, sans être vaste, était déjà décorée différemment. Des touches vermeilles se mêlaient à l'or et ne laissaient que peu de place au blanc. Des motifs intriqués, des arabesques, fleurissaient ci et là sur les murs. Deux tables basses se faisaient face, de chaque côté du mur. Un buste reposait non loin de l'une d'elles.

Laissant la porte ouverte derrière lui – il ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il serait ainsi plus aisé de fuir – il continua sa progression. Un rai de lumière filtrait de sous la porte face à lui.

Soudain, au moment le plus inopportun, un vieux rêve du Requiem remonta à la surface de sa mémoire.

Dans ce labyrinthe de murs impersonnels, là, au bout d'un corridor, une porte et une vitre.

La peinture est écaillée, elle part à de nombreux endroits, craquelée. On peut voir le bois pourri sous la peinture éventrée, d'un blanc passé, et la vitre est d'un verre épais, on ne peut voir au-delà, comme s'il y avait de la fumée derrière.

Bam, bam, bam

Il s'approche, il est près de la vitre à présent. Il y a une silhouette derrière, sombre, comme une ombre chinoise. L'image est étrangement floue, brouillée, comme si des parasites en empêchaient la bonne perception, il ne parvient pas à la distinguer clairement.

Bam, bam, bam

Le cœur battant à tout rompre, il avance encore vers cette vitre, jusqu'à ce que sa main en touche le verre froid.

L'ombre bouge légèrement, comme méfiante, puis se rapproche, et bientôt, c'est une main qui se pose doucement contre la sienne, à travers la vitre.

Bam, bam, bam

Il s'appuie un peu plus contre la vitre, comme si, par ce simple geste, il pouvait passer au travers et rejoindre la silhouette. Bientôt, c'est tout son corps qui se colle à cette porte, comme si un quelconque désespoir le poussait là, comme si c'était ça, le moyen de sortir.

Il ouvre la bouche pour former des sons, supplier la silhouette, lui parler, dire n'importe quoi, mais rien ne sort.

Bam, bam, bam

Alors, paniqué, il voit tout d'un coup la silhouette reculer, comme brûlée. La lumière s'éteint brusquement, comme le son d'une porte qui claque, et il se retrouve aveugle, tandis qu'un bruit assourdissant, comme les réacteurs d'un avion en phase de décollage, lui parvient aux oreilles. Étourdi, plié sous la douleur, il s'éloigne de la vitre et tombe à terre, déséquilibré.

Bam, bam, bam

La lumière se rallume, tout aussi soudainement qu'elle s'est éteinte. Elle semble craquer, comme le tonnerre, dans le calme du couloir. Les néons se rallument, violemment, tandis qu'ils éclairement brillamment les murs gris.

En face de lui, il n'y a plus qu'un cul-de-sac.

Le souvenir le laisse un moment déstabilisé, son souffle est coupé. Sa main tremble tandis qu'il veut ouvrir cette porte.

Il sait que ce n'est qu'un rêve. Que la silhouette n'était pas Antoine. Mais le songe fait mal, il fait peur – et si Antoine s'éloignait tout comme l'ombre ? Et s'il l'abandonnait, à son tour ? Où irait-il ? Qui lui resterait-il ?

Il tremble violemment à présent. Il a peur, atrocement peur. Il voudrait s'enfuir, parce qu'il n'est pas prêt d'endurer le rejet encore une fois, il n'est pas prêt à encore perdre quelqu'un. Pas après Reg et Jay et Will et...

« Tu n'es pas des nôtres. »

Inspire, expire. Inspire, expire. Il écoute sa respiration, essaie de calmer les souvenirs qui l'assaillent à nouveau. Il ne devait pas se laisser submerger par sa mémoire, il ne devait pas.

Il met plusieurs secondes voire plusieurs minutes à se calmer. Il n'a pas conscience du temps qui passe. Et c'est comme dans un état second qu'il pousse enfin la seconde porte, qu'il pénètre dans cette pièce tant crainte et tant voulue.

La lumière n'inonde pas la pièce. Tamisée, faible, seules quelques bougies disséminées ci et là fournissent l'éclairage. Les murs sont encore vermeil et or, dans un style plus riche que la décoration épurée de la galerie. Les meubles sont beaux, anciens, et la faible lueur des flammes jette des paillettes d'or sur le bois acajou. La pièce est vaste et on y trouve de nombreux angles. Des murs cachent à sa vue d'autres coins plus reculés de la salle.

Mais là, au fond, derrière un tapis persan, un bureau de style baroque en bois de rose siégeait devant les multiples fenêtres avec, derrière lui, la silhouette tant attendue.

Comme s'il n'avait pas remarqué sa présence, Antoine continuait de noter inlassablement, le stylo plume crissant sur le papier haute qualité.

Sirius s'était attendu à ce que l'Ancien l'accueille avec un sourire narquois. Il s'était attendu à une remarque piquante du genre « Allons Sirius, tu ne fermes pas la porte ? ».

Il s'attendait à tout, à de la séduction éhontée, à des traits spirituels, à des contacts trop familiers. A l'attitude habituelle d'Antoine, au fond.

Mais pas à de l'indifférence. Jamais à de l'indifférence.

Ce n'était pas du chagrin qu'il ressentait, ni réellement de la déception. C'était de la colère. De la colère à l'idée de s'être fait manipuler, de la colère envers cet être qu'il haïssait soudain plus que tout au monde.

« Tu es sûr que tu ne veux pas rester à Paris ? Tu aurais tout à fait ta place dans mon clan. Tu seras même privilégié. »

« Pour combien de temps ? Tu finiras bien par te lasser de moi à un moment ou un autre. »

Antoine s'était-il finalement lassé ? Déjà si vite ? Parce que Sirius ne combattait plus, à présent, il avait perdu toute valeur ? C'était injuste d'avoir joué avec lui ainsi...complètement injuste.

« Tu pourrais au moins arrêter de faire comme si je n'existais pas. » lança-t-il, encore distant de plusieurs mètres de l'Ancien. Bras croisés sur sa poitrine pour maîtriser le tremblement de ses mains.

Regarde-moi. Je t'en supplie, regarde-moi.

Le crissement de la plume sur le papier s'acheva enfin. La main droite déposa le stylo à côté du cahier dans un geste calme et posé. La tête se releva lentement et le regard clair se plongea dans le sien.

Un instant, toute pensée s'échappa du cerveau de Sirius. Antoine le regardait enfin. Enfin! Après ces semaines d'absence, ces semaines d'ignorance...il le reconnaissait enfin, il était enfin.

Mais son euphorie ne dura guère longtemps. Ce n'était pas le regard auquel il était habitué. Ce n'était pas le regard qui le perçait, qui le dévorait, qui le déshabillait. Le regard où il y avait toujours une pointe d'effronterie, de raillerie, de suffisance.

Ce regard-là était vide. Impassible. Indifférent.

« Sirius. » fit la voix trop connue, pourtant dépourvue de ses accents charmeurs, dépourvue de ses fioritures verbales. Juste son nom. C'était à peine le reconnaître.

Faisant abstraction de la soudaine douleur – indésirable, inutile – qui l'avait saisi, Sirius attaqua. Parce qu'entre Antoine et lui, ça ne pouvait être que ça : un combat.

« Ça fait une semaine que tu es revenu. Deux semaines que j'attends que tu me donnes un signe de vie. Mais tu n'as rien fait. Tu ne m'as pas demandé pourquoi j'étais venu. Tu ne m'as posé aucune question. Ni la raison de ma visite, ni le temps que j'allais rester chez toi. »

Il tâchait de rendre sa voix la plus neutre possible. Il ne devait pas laisser paraître la colère, pas laisser paraître la déception. Ne pas laisser Antoine voir que son attitude le touchait.

Les mains se croisèrent calmement au-dessus du bureau. Les traits semblaient imperturbables. La voix, elle, était comme nonchalante.

« Je supposais que tu allais le faire de ton plein gré. Je n'aime pas forcer les gens. »

Et là, il n'en put plus : il éclata de rire. Un rire cassé, amer, empli de rage. Il haïssait Antoine.

« Ne te fous pas de moi ! Tu ne fais que ça, forcer les gens. C'est quoi, cet air intouchable que tu te donnes ? Pourquoi tu es si froid, d'un coup ? Je t'ai fait quoi ? »

Le visage de l'Ancien se ferma un peu plus. Les beaux traits semblaient ceux d'une statue – morts.

« N'oublie pas à qui tu t'adresses, Sirius. »

Là. C'était là. Le sifflement, la colère juste voilée. Comme lors de sa visite à Londres : l'inquiétude cachée sous un masque sans failles. Il avait réussi à briser l'apparente indifférence d'Antoine. Il pouvait prendre le contrôle de cette situation, il le pouvait.

« Tu veux que je t'appelle Maître, comme ta magnifique cour de serviteurs ? Tu veux que je me jette à tes pieds comme eux ? » répliqua-t-il, cyniquement.

Et puis il apparut. Lentement. Ce sourire insupportable que Sirius avait toujours envie d'arracher de ces lèvres. Ce sourire qui lui donnait envie de frapper l'Ancien.

« Ne le devrais-tu pas ? Tu m'appartiens, Sirius, de la même façon qu'eux. Tu n'as rien de différent. »

La haine. La haine bouillait dans ses veines. Salaud ! Espèce de salaud !

Il mourait d'envie de franchir les mètres qui les séparaient et de frapper ce visage aux traits trop parfaits. Froid, trop froid. Insensible. Il en avait assez de cette parodie de visage humain, assez de ce vide d'émotions, de cette arrogance à toute épreuve !

Il tremblait de rage.

Il ne pouvait pas supporter la vision de ce visage honni plus longtemps. Pas sans commettre quelque chose d'irréparable. Il quitta la pièce dans un tourbillon de fureur.

« Va te faire foutre ! »


Atmosphère : Metamorphosis – Mercenary, 2 avril 2011

Le Grand Secret – Indochine, 22 avril 2011

Skin – Sixx: A.M., 24 avril 2011

EP Demo(N)s, albums Darkness Between et Damnation to Salvation – SaraLee, 1er mai 2011

Eros – Ludovico Einaudi, 12 mai 2011

album I Giorni – Ludovico Einaudi / album Evocation I: The Arcane Dominion – Eluveitie, 14 mai 2011

Andare – Ludovico Einaudi, / Ruska - Apolyptica 15 mai 2011

C'est toujours pendant mes examens, le moment où je ne dois PAS écrire...que j'ai le plus d'inspiration. Très franchement, ça m'emmerde.

Ah, je sais que dans le prologue j'ai mis que les appartements d'Antoine étaient blanc et or. Mais si cette description colle effectivement à tout le repère, je vois les appartements d'Antoine dans un style plus "classique", rouge et or...moins chargés que ceux de Louis XIV néanmoins.

J'avoue les possibles influences de Proust sur mon écriture (je lisais Du côté de chez Swann en même temps que j'écrivais ce chapitre) ainsi que celle d'un autre de mes personnages, Damien Cohen, un pyromane mentalement instable qui ressemble par de nombreux côtés à Sirius (pour plus d'infos, redirigez-vous vers le forum Réversa ou alors ma fic Pandemonium sur mon compte FP, tous deux présents dans mon profil).

Aucun plan ni aucune réelle idée pour les chapitres suivants...donc freestyle total ! Si jamais vous avez une piste à me donner, n'hésitez pas ;)

Ah, aussi, si je ne publie pas avant mi/fin-août...il y a des risques que vous deviez attendre février 2012 avant d'avoir un nouveau chapitre. La raison est très simple, je pars étudier dans une université en Chine pendant six mois et je n'ai aucune idée de l'accès à Internet que j'aurais là-bas. Donc, il y a toujours le risque que je ne puisse pas publier^^'

Courage à ceux qui sont en examens...et bonnes (futures) vacances aux autres !

Sorn