Sasuke, 7-9 ans
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Une Aura pour la vie (7ans, Noël)
- Alors, à quoi tu penses pour contrôler ton Aura ?
Ca fait deux semaines que mon oncle a dit que c'est bon, je sais maîtriser mon Aura.
D'abord il y a eu les pressions d'Aura, puis les attaques de plus en plus violentes, puis les insultes, quelques coups aussi... C'était dans le cadre de l'entrainement, c'était pour que je sache garder le contrôle dans toutes les situations, même si j'avais mal dans mon corps ou dans mon cœur. J'ai eu mal, souvent... mais j'ai réussi.
Cinq mois. J'ai mis deux fois plus de temps que mon grand frère et la plupart des Alphas. Itachi dit que c'est normal et que c'est déjà bien mais je sais que je suis juste moins bon qu'eux, papa et Madara me l'ont assez répété.
Ils ont décidé que je continuerais à m'entrainer deux fois par semaine, pour l'Aura et aussi physiquement. Ca m'a fait plaisir parce que même s'ils ne l'ont pas dit comme ça, ça me donne l'impression de faire partie du Clan et d'être traité comme les Alphas.
Mes efforts en valait la peine !
- Sasuke ? m'appelle Itachi.
Je me concentre sur mon frère. Il ne sera pas à la maison très longtemps, juste dix jours pour les vacances de Noël, alors il faut que j'en profite.
- Heu... A quoi je pense... C'est une carapace, comme l'écorce de l'énorme arbre qu'on avait vu une fois quand on se promenait avec papa et maman en forêt.
- On n'a pas fait de balade tous ensemble depuis ton dévoilement...
Je hausse les épaules.
- Alors c'était avant. Je ne sais plus où c'était.
- Tu te souviens de quand tu étais si petit ? fait-il, surpris.
Je hoche la tête vigoureusement.
- Cet arbre là, oui. Il était spécial, très vieux.
- Heu... ok. Et qu'est-ce que tu fais avec cette écorce ?
Je fronce les sourcils en essayant de voir comment je pourrais l'expliquer.
- Comme je n'arrive pas à garder une Aura neutre en fond, le filtre ne suffit pas. Comme tu as dit, je n'arrivais pas non plus à repousser Madara alors c'est mieux cette idée de carapace pour me défendre. J'ai mis du temps à la rendre assez épaisse pour l'empêcher de m'atteindre et surtout à la faire tenir longtemps. Les autres étapes ont été plus rapides après parce que ça suffit pour me protéger de toutes les attaques énergétiques et mentales. Pour les attaques physiques il faut que je m'entraîne encore parce que la douleur me perturbe mais apparemment ça ne se ressent pas.
- La douleur ? relève mon frère.
Zut, j'étais sûr qu'il allait râler là-dessus, j'aurais dû me taire... Je force un peu mon sourire.
- Il fallait essayer toutes les perturbations... mais c'est pas grave, j'ai réussi ! L'écorce contient complètement mon Aura et même papa a dit qu'il ne la percevait pas du tout. Les Alphas et les Omégas du Clan ont dit pareil et je suis allé faire les courses avec maman l'autre jour pour essayer, c'était génial ! Et puis je vais pouvoir aller à l'école à partir de janvier, dans... trois semaines.
Itachi me fait un clin d'œil complice.
- C'est bien, j'étais sûr que t'y arriverais !
- Les garçons, à table ! sonne la voix de maman en bas des escaliers.
- On arrive ! répond aussitôt mon frère.
Je me redresse et je profite qu'il soit encore assis sur le bout du lit pour lui embrasser la joue.
- C'est grâce à toi si j'ai réussi. Tu as convaincu papa et tu m'as aidé à trouver comment faire.
Il me sourit et ébouriffe gentiment mes cheveux.
- Je t'ai juste donné une autre piste au début, tu as fait le travail tout seul. Tu vas voir, l'école c'est super.
Il se lève et me pousse doucement vers la porte de la chambre pour qu'on descende manger.
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Enfants (8 ans)
C'était le grand matin, le premier matin de ma nouvelle vie. Je me souviens que j'étais un peu nerveux parce que je devais réussir à me maîtriser tout le temps. Tout le monde est Bêta dans l'école, les enfants, les maîtresses et même la directrice mais je savais que je devais quand même faire attention. Je savais aussi que j'en étais capable. J'étais surtout impatient de rencontrer d'autres enfants et d'apprendre plein de choses.
- Si quelqu'un te pose une question compromettante, contente toi de l'ignorer.
Je m'étais demandé si c'était vraiment possible de faire comme si les autres ne parlaient pas, mais maman m'avait rassuré.
- Allons, Fugaku. Ce n'est pas en ignorant les autres enfants qu'il va se faire des amis...
Elle avait continué en s'adressant à moi.
- En revanche tu peux leur dire que c'est en rapport avec le Clan et que tu n'a pas le droit de donner de détails. Ce n'est pas vraiment un mensonge et je pense que la plupart comprendront qu'il y a des informations confidentielles. La plupart de tes camarades ont déjà entendus parler des Clans, ici à la capitale, et sinon tu peux juste expliquer que c'est une grande famille un peu spéciale.
J'avais hoché la tête et suivi mes parents hors de la maison, tout joyeux.
Mais comment te faire comprendre, maman, que de toute façon personne ne veut me parler ou juste être avec moi ? Que personne ne veut apprendre à me connaitre et qu'ils ne répondent pas à mes questions non plus ?
Au début, tout le monde se moquait de moi parce que je n'arrivais pas du tout à écrire. Pourtant je savais bien lire, je faisais de mon mieux à tous les cours et la maitresse leur a expliqué que j'avais juste un peu de retard sur le programme et que j'allais me rattraper... C'est ce que j'ai fait, maintenant j'ai des bonnes notes pour tout. Eux se moquent toujours de moi, sur des sujets qui n'ont même pas de sens. Ils ne veulent jamais jouer avec moi.
Je crois que c'est parce que je suis arrivé après et que eux ils se connaissent depuis la crèche. Ou bien parce qu'ils me trouvent bizarre. Pourtant je suis certain qu'ils ne savent pas que je suis un Oméga, je fais toujours très attention. Peut-être que je suis bizarre quand même ? Ils me disent que je suis un fils à papa, je crois que c'est une insulte. Ils me disent de retourner dans mon Clan. Ils disent souvent des choses que je ne comprends pas. Ils ne sont pas polis, ils râlent et se tapent entre eux. Ils sont méchants. En fait, c'est eux tout entier que je ne comprends.
J'ai compris que ça ne servait à rien d'essayer de me faire accepter alors j'essaye d'être discret et de rester tout seul, c'est plus facile. En quatre mois, j'ai compris que papa avait raison finalement et que c'est mieux de les ignorer, de les laisser se moquer en faisant comme si ça ne me faisait rien. Je crois que ça me fait déjà moins mal qu'au début, il suffit que j'ignore aussi ce qui vient de l'intérieur, comme avec Madara.
Je pensais être heureux et libre à l'école mais je suis juste triste, le plus souvent. Je voulais apprendre plein de choses mais on ne fait que répéter encore et encore les mêmes leçons et je m'ennuie...
Est-ce que ça valait le coup que je fasse autant d'efforts ?
Je dis à la maitresse que tout va bien quand elle me pose la question parce que je ne veux pas que papa sache, il ne voudrait plus que j'aille à l'école sinon. Moi je veux continuer, parce que je veux pouvoir apprendre quand même, parce que je veux être normal même si j'ai du mal à l'être.
Je n'en ai pas parlé à Itachi parce que c'est grâce à lui que j'ai pu commencer les cours et que je ne veux pas qu'il soit déçu ou qu'il ai des problèmes avec papa. Personne ne sera déçu parce que j'aurais toujours des bonnes notes, ce sera mon meilleur but.
Je n'en ai pas parlé à maman parce qu'elle serait triste mais je crois qu'elle a deviné toute seule. Elle passe souvent me voir le soir. Je ne lui dis pas grand chose mais elle me donne du réconfort et elle m'encourage, elle me dit que l'école est différente selon les années, ce qu'on apprend, les amis, la maitresse...
Au final ce n'est pas vraiment l'école qui me pousse à persévérer mais justement tout le mal que je me suis donné pour arriver à y entrer. Etre à l'école est le but que je devais atteindre, c'est ma victoire, ma fierté, peu importe le reste.
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Itachi & Naruto (8 ans et demi)
Quelques coups retentissent sur la porte de ma chambre et maman entre en me montrant le téléphone.
- Chéri, il y a ton frère au bout du fil pour toi.
Je saute sur mes pieds et cours jusqu'à elle pour prendre le téléphone. Je lui fais un bisou sur la joue pour lui dire merci et elle referme la porte en souriant.
- Coucou 'Tachi.
- Hey, Moya ! Désolé j'ai pas pu appeler plus tôt...
J'avais hâte qu'il appelle mais je sais qu'il n'a pas beaucoup de temps libre. J'ai pu le voir beaucoup pendant les vacances d'été, quand il n'était pas au Bâtiment Central avec papa, mais il me manque déjà. Ca fait presque un mois qu'il est reparti à Kage-High.
- C'est pas grave, ça ne fait pas très longtemps que tu es reparti.
- Le temps passe vite... Comment ça se passe cette deuxième année ?
- Ca va, c'est un peu pareil que l'année dernière pour l'instant.
- Est-ce qu'il y a des nouveaux ?
J'ai fini par avouer à mon frère, cet été, que ça ne se c'était pas très bien passé avec les autres enfants et que j'avais peur que ce soit la même chose cette année. Il m'a expliqué à ce moment là que papa a choisi cette école parce que c'est celle qui est la plus proche du quartier Uchiha mais comme nous sommes en périphérie de la capitale, c'est un endroit pas très bien fréquenté. Apparemment ça explique que les enfants soient désagréables, je n'ai pas trop compris pourquoi.
- Il y a un nouveau, dis-je. Il s'appelle Naruto, il a déménagé à Konoha pour le travail de ses parents.
- Et il est sympa ?
Je ris un peu.
- Oui. Il est gentil, je crois que c'est devenu mon ami. Au début je ne voulais pas parce que je pensais qu'il faisait semblant et que c'était pour se moquer de moi qu'il me suivait partout... mais il a insisté. Les autres se moquent de lui aussi parce qu'il pose souvent des questions bêtes. C'est vrai qu'il est lent à comprendre les choses... mais il est drôle et il sourit tout le temps. Il connait les Clans aussi, il m'a dit que sa mère a de la famille dans un Clan d'un autre pays mais qu'elle fait partie d'une branche Bêta isolée depuis longtemps.
- C'est quel Clan ? demande t-il curieusement.
- Uzumaki.
- Hm, ça me dit quelque chose...
- J'ai trouvé leur légende dans un livre que maman m'a donné. Ils sont dans le Pays du Vent, au milieu du désert, et ils maitrisent le feu.
- Ah oui, ça me revient. Heu... je vais me brosser les dents en même temps mais je t'écoute, je suis en hauts parleurs. Faut que je bosse après...
- Tu veux que je te laisse tranquille ? demandé-je, un peu triste à l'idée.
- Non, non, vas-y ! Ca me fait plaisir de te parler.
J'entends le sourire dans sa voix, ça me fait tout chaud dans la poitrine. Je l'entends s'éloigner, il y a des bruits d'eau et de verre... Ca fait comme s'il était à la maison, là, à côté de moi dans la salle de bain.
- Ayors, gue quoi quarle chette yégengue ?
Je glousse en l'imaginant la bouche pleine de mousse de dentifrice.
- Hm... Au début c'est une mère qui veut voler le feu sacré du Jardin d'Eden pour sauver son bébé qui a une grave maladie. Elle gravit des montagnes et se hisse jusqu'au ciel en bravant beaucoup d'embuches. Bien-sûr les anges l'arrête avant qu'elle ne commette ce désastre mais son cœur est si pur et sa volonté si forte qu'ils lui en offre une étincelle en lui promettant que ça suffira à guérir son enfant. Lorsqu'elle se réveille le lendemain, il y a un verre d'eau à côté de son enfant et dedans il y a une étincelle de lumière qui flotte. Elle lui fait vite boire l'eau... Et soudain il ouvre les yeux comme si tout allait bien, ses cheveux bruns deviennent rouge et il irradie de lumière. Après, lui et tous ses descendants ont le pouvoir d'apporter de la lumière et de la joie dans les cœurs et ils savent aussi manipuler le feu.
- Whoo, ça en jette. Et ce Naruto il a les cheveux rouges ?
- Non, il est blond comme son père... mais sa mère est exactement comme ça ! Je les ai vu plusieurs fois quand ils viennent l'amener et le chercher à l'école.
- Si le rouge peut être blond, j'en connais un autre qui a peut-être des ascendants par là-bas... marmonne mon frère. En tout cas je suis rassuré que tu aies un ami, j'aime pas te savoir seul et triste.
Je souris, tout seul sur mon lit.
- T'inquiètes pas. Je crois que même si je voulais je n'arriverais plus à être seul, Naruto est aussi collant qu'une glue !
- Bien, bien, fait-il en riant. Alors maintenant... dis moi quel est ton cours préféré.
- Heu... j'aime bien écrire ! Peut-être que c'est parce que c'est une des seules choses que j'ai dû travailler beaucoup. Il y en a qui écrivent mal mais moi je fais de mon mieux et la maîtresse nous a montrer des photos d'écritures très jolies, ça me donne envie de faire comme eux.
- Ce serait tout à ton honneur.
- En plus on commence à apprendre toutes les règles qu'il y a quand on veut écrire un vrai texte. Celles-là je les aime parce qu'elles permettent de faire de belles phrases et que tout le texte soit harmonieux.
- Ouai, je vois. Tu vas essayer d'écrire quelque chose, du coup ?
Je fronce les sourcils, ne comprenant pas trop le sens de la question.
- Comment ça ? J'écris déjà pendant les cours...
- Non, je veux dire... écrire une histoire juste pour toi, à la maison, explique mon frère.
- Ah ! Heu... je ne sais pas, il faudrait que j'ai une idée d'histoire...
- Tout grand écrivain part d'une petite inspiration !
Je fronce à nouveau les sourcils. Mon frère n'est pas du genre à être poète !
- C'est toi qui a inventé ça ?
- Non, j'ai entendu maman dire quelque chose comme ça un jour...
- Je me disais aussi... fais-je en gloussant.
- Hé, ça veut dire quoi ça ?! fait-il en riant.
- Rien, rien.
- Je crois bien que c'est la première fois que tu te moques de moi. Si c'est comme ça je raccroche !
- Noon !
Je ris encore un peu parce que je sais qu'il n'est pas sérieux.
- Enfin, à moins que tu doives travailler... précisé-je.
- Hum, je peux parler encore environ dix minutes.
- Ok !
- Est-ce qu'il y a d'autres choses que l'écriture que tu aimes apprendre à l'école ?
- La musique, j'aime beaucoup. Enfin, surtout la musique en elle-même parce que les cours... Les autres de la classe font souvent n'importe quoi. Mais il y a quand même des moments où la maîtresse nous fait juste écouter des morceaux et c'est beau ! Elle donne d'autres titres pour ceux qui veulent et je les écoute après avec maman.
- C'est vrai qu'elle aime beaucoup la musique aussi...
- Et toi tes cours sont comment ? demandé-je à mon tour.
- Heuff... Ca va. On a déjà un rythme de dingue et je suis crevé le soir mais j'apprends beaucoup de choses intéressantes.
- Comme quoi ?
Il rit doucement. J'adore quand il rit.
- Tu veux vraiment savoir ?
- Oui !
Alors il se lance. Bien-sûr, je ne comprends pas grand chose mais j'aime entendre sa voix.
Lorsque vient le moment qu'il raccroche, presque une demi-heure plus tard, c'est un peu difficile pour moi mais je ne dis rien. Je suis couché dans mon lit dix minutes après, maman vient me faire un bisou et finalement je retrouve le sourire. Je crois qu'avec elle, Itachi et Naruto, même si je suis bizarre, tout pourrait bien se passer dans ma vie.
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Taïko & Shisui (9 ans)
Je m'arrête au milieu de l'allée en fronçant les sourcils.
Est-ce que mes cousins s'entrainent ? C'est étrange, Taïko et Shisui ne sont pas censés avoir le même superviseur justement pour ne pas être en confrontation... D'ailleurs, il n'y a personne d'autre en vu, ni Madara, ni Tajima, ni un autre ninja. Alors qu'est-ce qu'ils font sur le terrain extérieur à se battre ?
J'hésite. Peut-être qu'ils ont l'autorisation ? Je ne veux pas me faire remarquer pour rien ou qu'on me reproche de m'occuper de ce qui ne me regarde pas, mais s'il y a vraiment un problème...
L'angoisse monte en moi en voyant Taiko projeter violemment Shisui dans les airs. Il arrive à se réceptionner assez bien mais il ne réplique pas trop. Ils se crient presque dessus, je suis trop loin pour comprends mais ils ont l'air énervés tous les deux. Les coups partent encore et cette fois je vois du sang sur leurs visages.
Je n'aime pas le sang... Ce n'est pas que ça me dérange de le voir mais j'imagine la douleur de la blessure et ça me fait presque mal à moi aussi, en plus de me rendre triste. Je reconnais l'intérêt des missions, j'arrive à faire la part des choses, mais je n'aime pas quand les gens se battent juste comme ça.
Taïko se jette à nouveau sur Shisui en poussant un cri de guerrier.
Je suis aussi trop loin pour sentir leurs Auras mais je sens bien qu'il y a trop d'agressivité dans l'air. Ca ne ressemble pas à un entrainement. Il n'y a jamais de blessures ouvertes pendant un entrainement, à peine quelques bleus. Je crois que cette situation n'est vraiment pas normal, finalement.
J'hésite encore quelques instants en reculant lentement vers le Bâtiment Principal, là où j'étais censé aller au début.
Taïko est propulsé sur le dos et son frère lui saute dessus pour le maintenir par terre.
Cette fois je pars en courant pour aller chercher mon père. Lorsque son bureau apparait au bout du couloir, l'idée d'être face à lui me fait changer de direction - ça fait mal rien que d'y penser - alors je prends le couloir sur le côté et vais plutôt toquer chez Madara.
Il regarde sa montre en me voyant entrer.
- Il reste un quart d'heure avant ton entrainement, commente t-il.
- Ce n'est pas pour ça, expliqué-je aussitôt. Taïko et Shisui se battent dehors et je crois qu'ils se font mal.
Il n'a pas l'air de me croire.
- Tu n'exagères pas un peu ? Ils se chamaillent souvent, ce n'est pas grave.
- Ils se frappent et ils saignent ! protesté-je.
Cette fois il fronce les sourcils et se lève pour prendre la direction de l'extérieur. Je ne sais pas si j'ai le droit de le suivre mais j'ai envie de savoir ce qu'il se passe alors je me fais discret. Dès qu'il arrive en vu des terrains d'entrainement, je sens son Aura autoritaire s'étendre tout autour de lui.
- Je peux savoir qui vous a donné l'autorisation de vous battre ?! rugit-il en bondissant jusqu'à eux.
Mes cousins se retournent vers lui d'un coup, encore plus mal en point que lorsque je suis parti.
- C'est lui qui m'a agressé, encore ! proteste Shisui en essuyant du sang sur sa bouche.
- On était juste en train de mettre quelque chose au clair entre nous, riposte son frère.
L'Aura autoritaire de notre oncle augmente d'un cran et je me ratatine même depuis la porte d'entrée du Bâtiment Central où je suis resté.
- Règle n°6-a du Code Uchiha : "On ne fait jamais couler le sang de ses alliés intentionnellement". Votre chef est le seul juge de la légitimité de ce combat mais dans tous les cas vous écoperez d'une sévère punition. Vous êtes attendus dans les plus brefs délais au bureau de Fugaku et vous vous expliquerez face à nous deux. Mais, avant, passez voir Rin à l'infirmerie, vous ne ressemblez à rien.
Mes cousins se dirigent vers le bâtiment en râlant et lorsque mon regard croise celui plein de haine de Taiko, je vois qu'il comprend que je suis à l'origine de l'intervention. C'est mauvais pour moi, j'aurais mieux fait de me cacher...
Je ne peux m'empêcher de m'inquiéter pour Shisui, et même pour Taïko, ils avaient l'air sérieusement blessés tous les deux... Je reste alors bêtement dans le couloir à attendre. De toute façon, je suis censé avoir entrainement avec Madara dans dix minutes et je n'ai rien d'autre à faire.
La porte de l'infirmerie ne tarde pas à se rouvrir. C'est Taïko qui sort, quelques pansements et hématomes visibles mais apparemment rien de grave. Et puis il tourne la tête vers moi et son expression change.
Je vois très bien la scène arriver mais je n'ai ni le temps ni le courage de prendre la fuite. Il avance vers moi rapidement, m'attrape le col et me plaque violemment contre le mur. Une seconde plus tard, il m'écrabouille de toute son Aura dominante.
J'encaisse sans broncher. J'espère qu'il partira vite... Je sais que ça ne sert à rien de protester ou d'essayer de m'échapper avec lui, je fais juste de mon mieux pour maintenir mon écorce protectrice.
Je n'ai jamais réussi à le comprendre. Les autres ne m'aiment pas, je sais que c'est parce que je suis un Oméga et que je ne suis pas "normal", d'autant plus depuis que je suis autorisé à m'entrainer... Taiko c'est plus que ça. Au début, il était dédaigneux et méchant mais maintenant qu'il a commencé sa mue il est carrément violent. Je sens qu'il veut me faire du mal et il me fait peur. Tajima est un peu pareil, sauf que lui c'est juste dans ses regards et ses vibrations, il ne passe jamais à l'action.
Mon cousin attrape mes cheveux et les tire fort.
- Arrêtes, s'il te plait... chuchoté-je, en sentant déjà des larmes de douleur et d'impuissance remplir mes yeux.
- "Arrête si te plééé", singe t-il avec une voix aiguë. T'es vraiment une chieuse, toi, tu pouvais pas te la fermer et te mêler de ton petit cul d'Oméga pour une fois ? Tu te prends pour qui, putain ?!
- Vous étiez blessé... tenté-je tout bas en gardant les yeux baissés.
- Ca devrait même pas m'étonner qu'une tarlouze comme toi soit effrayée par un peu de sang. Tu es tellement faible... Je plains Fugaku d'avoir à te supporter, à sa place j'aurais trouver un moyen pour me débarrasser de toi.
Je ne comprends pas tout ce qu'il me dit mais sa colère et son bras qui bloque ma poitrine m'étouffent de plus en plus. Qu'il évoque mon père est douloureux aussi... Sa rage augmente. Son Aura se condense en un point précis contre mon estomac et forme comme un pic acéré. Il active ses Sharingans et l'air se comprime rapidement autour de moi...
Je commence à paniquer pour de bon. Je ne peux plus respirer, je suis bloqué et son énergie commence à blesser la mienne, au-delà du physique. Je voudrais le supplier d'arrêter, lui dire qu'il me fait mal, mais je n'arrive plus à parler, je pleure juste, je tremble de peur et de douleur. Je lui oppose ma carapace tout en sachant qu'elle ne fera pas longtemps le poids contre une attaque aussi directe.
Des points noirs viennent devant mes yeux. Le temps semble ralentir...
- Taïko ! rugit la voix de Madara dans mon brouillard.
La pression se retire brutalement et je m'écroule par terre. J'inspire autant que je peux, je tousse, ma gorge me brule, ça tourne encore.
- Tu n'en as pas assez fait comme ça ? continue la voix de notre oncle un peu plus loin.
Lorsque j'arrive à relever la tête, je le vois qui traine mon cousin plus loin en serrant fort sa nuque. Pour une fois je n'arrive pas à être triste de sa douleur, il m'a fait trop mal à moi, dans mon corps et mon cœur.
Une main sur mon épaule me fait sursauter. C'est Shisui qui est là. Il a dû sortir de l'infirmerie en même temps que notre oncle, peut-être qu'ils ont parlé ensemble... J'espère que Shisui n'aura pas de grosse punition, je pense aussi que c'est de la faute de Taïko.
- Désolé pour tout ça, Taïko est vraiment con quand il s'y met...
Il m'aide à me relever et garde ses deux mains sur mes bras pour me soutenir.
- Ca va ?
Je hoche la tête timidement, surpris par sa sollicitude et la reconnaissance que je vois dans ses yeux. Il ajoute même un petit sourire.
- Merci d'avoir été chercher Madara. Je ne voulais pas blesser mon frère mais il m'empêchait de partir et je ne trouvais pas comment me dépêtrer de la situation... Bref, merci.
Même si ça me fait du bien que mon cousin me donne un peu d'attention maintenant, je sais qu'il ne fera pas plus pour moi. J'aimerais qu'il me serre dans ses bras, qu'il me dise que tout ira bien, qu'il m'envoie de l'apaisement.
J'aimerais que mon frère soit là... Rien ne vaut ses bras, il n'y a que lui qui sait ramener le calme et la joie, qui sait effacer toute la douleur, même maman n'y arrive pas aussi bien...
Quelques instants plus tard, Shisui part en direction du bureau de mon père et je reste seul, adossé au mur, la poitrine douloureuse, le cœur en peine. Tellement, tellement de peine... Les larmes débordent encore de mes yeux, je n'arrive pas à les retenir.
Parfois c'est juste trop dur... Je ne sais pas faire face à la haine et à la violence, je n'ai jamais su. Je me sens comme une petite chose ballotée par l'ouragan de leur rejet. Et surtout de son abandon, même si je me déteste pour ressentir toujours autant de tristesse et de vide en pensant à lui. Mon père.
J'invoque l'image d'une brise légère et de la brume, un matin de printemps. Un peu de chaleur renait dans mon ventre, je me concentre dessus de toutes mes forces, je la laisse grandir et m'envelopper tout entier. Elle ne fait pas de miracles, j'ai toujours mal mais c'est un peu mieux.
Le rythme de mon cœur redevient normal, j'arrête de trembler et de pleurer. Je sais que je pourrais toujours me réfugier dans cette image, mélange de l'histoire fantastique d'un magicien de la paix et de l'Aura chaleureuse de mon frère, de son sourire, de sa main dans mes cheveux et de ses bras rassurant autour de moi. Un samedi après-midi où tout était possible...
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Madara est ressorti après une demi-heure pour me dire qu'il devait annuler mon entrainement pour qu'ils puissent discuter du problème, il m'a dit d'aller courir dehors à la place.
J'ai fait cinq fois le tour du bois qui est à côté des terrains d'entrainement, plus quelques exercices qu'on a l'habitude de faire, je pense que ça suffira et ça m'a fait du bien de me défouler. Je finis de m'étirer et je m'assois sur un gros tronc bordant le chemin.
C'est l'automne, les feuilles ont changées de couleur pour devenir un mélange de jaune, orange et rouge. Le soleil qui se couche anime les couleurs et les rend encore plus belles, comme du feu qui danse. C'est si lumineux et tranquille que je reste juste comme ça à regarder...
Au bout d'un moment je sens l'Aura de Shisui qui frôle la mienne. Elle est plutôt douce, comme tout à l'heure. J'entends ses pas se rapprocher et je tourne la tête vers lui.
- Je ne pensais pas te voir là, commente t-il en s'arrêtant pourtant à côté de moi.
Il se laisse tomber sur le tronc en soupirant. Il a l'air triste et fatigué mais je n'ose pas étendre mon Aura vers lui pour vérifier. Même dans le quartier je la garde toujours près de moi, au cas où je devrais cacher rapidement ma Classe.
Le temps s'écoule lentement, en silence. Je me demande pourquoi il est là. Ce n'est pas le pire des Alphas du Clan, il ne me pique jamais avec son Aura et il ne me parle pas mal mais généralement il ne fait pas attention à moi. Je crois qu'en temps normal, s'il avait voulu prendre l'air, il aurait simplement continué son tour en m'ignorant et il se serait mis ailleurs.
Après plusieurs minutes à garder les yeux dans le vague, il lève le regard vers les cimes et il pousse un autre soupir. Oui, il est triste.
- Fugaku et Madara ont décidé de proposer la candidature de Taïko au service des Ôtsutsuki, commence-t-il d'une voix lointaine. Apparemment ça fait un moment qu'ils y pensaient et cette fois était celle de trop. Il a l'âge d'être responsable et il a déjà brisé les règles tellement de fois...
Les Ôtsutsuki... Nous en avons parlé à l'école.
C'est une sorte de Clan mais ils sont très spéciaux et ils sont au centre du bon fonctionnement du monde tout entier. Apparemment ils seraient les Originels et viendraient d'un autre Univers, mais personne n'en est sûr. Ils sont considérés comme très sages et directement liés aux dirigeant de la Fédération, qu'ils conseillent. Il paraît aussi qu'à la mort, chacun se retrouve devant l'un d'eux pour faire le bilan de ses actes et pour évoluer. Je n'ai pas tout compris et personne n'est revenu pour témoigner...
Ils n'ont pas de capacités militaires et ils sont vulnérables, c'est pour ça qu'ils sont protégés par une puissante garde.
- Il faudrait d'abord qu'il fasse ses preuves et qu'il suive un entrainement dans l'armée de la Fédération, reprend Shisui, mais après il pourrait être engagé dans leur garde rapprochée. Ce serait un grand honneur et une grande responsabilité, ce serait un bon moyen pour qu'il se sente valorisé puisque la position de ninja Uchiha ne lui convient pas... Il n'a que treize ans mais, dans l'état actuel des choses, je ne suis même pas sûr qu'il se satisfasse d'une position de bras droit de toute façon. Il est tellement révolté contre tout, c'est viscéral...
Il se perd quelques instants dans la contemplation des feuilles sur le sol, qu'il remue du bout du pied.
- C'est sans doute la meilleure solution... Il faut qu'il aille voir ailleurs, qu'il baigne dans une autre ambiance, là où ses capacités seront d'autant plus utiles et reconnues. Et, en soi, rejoindre l'armée de la Fédération n'engage à rien, il sera toujours libre de revenir d'ici quelques années s'il a réussi à se calmer. Ton père a précisé que ce n'était pas une exclusion définitive du Clan.
Il soupire doucement. Il a l'air d'avoir mal...
- Mais... c'est une exclusion tout de même... et c'est dur. J'ai l'impression que j'aurais dû essayer d'être plus conciliant avec lui, que j'aurais dû être un meilleur grand frère, que c'est un peu de ma faute si nous en sommes arrivés là... Je vais perdre mon frère, ça va être difficile pour toute la famille et le Clan va devoir se séparer d'un ninja de grand potentiel, déjà puissant et ingénieux... C'est tellement dommage qu'il n'arrive pas à se calmer...
Il ne pleure pas, je sais qu'il ne va pas pleurer, mais je vois les larmes couler à l'intérieur. Toute sa tristesse ruisselle dans son Aura et elle me touche, je la comprends aussi bien que si j'étais dans sa situation. Je ressens le besoin de faire quelque chose, même un tout petit quelque chose.
Je pose doucement ma main sur la sienne, rempli de ma volonté de l'aider et de l'apaiser. Je laisse mon Aura vibrer doucement contre la sienne, ce n'est pas très précis dans ma tête, ce n'est rien de spécial, mais je crois que c'est le mieux à faire.
Il ferme les yeux et soupire, de soulagement cette fois. Très vite je sens son énergie se poser, sa respiration se calme, sa peine se semble se dissoudre et son Aura redevient progressivement paisible et assurée. Ca dure quelques secondes puis notre lien se teinte de gène. Je rouvre les yeux - apparemment je les avais fermé aussi - et je décide de retirer ma main avant que ça augmente.
Il me jette un rapide coup d'œil. Son petit sourire est effectivement gêné et ressemble plus à une grimace mais je vois bien sa reconnaissance et ça me suffit largement. Je suis heureux d'avoir pu l'aider. Lui se racle la gorge et se passe la main dans les cheveux.
- Enfin... Je ne sais pas pourquoi je t'ai dit tout ça... Au moins tu sais qu'il va partir et qu'il ne t'embêtera plus.
Je hoche la tête en souriant.
J'aimerais lui dire que ça m'a fait plaisir d'avoir passé du temps avec lui, que je me sens touché qu'il ai pris le temps de m'expliquer la situation et encore plus qu'il se soit livré à cœur ouvert à moi, qu'il m'ai fait confiance pour l'aider même si je crois que ce n'était pas son idée à la base...
Je me retiens, je crois que ça gâcherait ce moment.
- Merci, dis-je simplement à la place.
Il me fait un nouveau sourire-grimace et se lève.
- Bon, je vais y aller. Tu devrais rentrer aussi, on ne voit déjà plus grand chose.
Effectivement, le soleil est bas maintenant et les arbres cachent une grande partie de la lumière qu'il reste. Je le laisse partir devant avant de prendre moi aussi le chemin vers les maisons du quartier.
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Note de l'auteur :
On souhaite la bienvenue à Sasuke ^.^
Sasuke qui est sensible. Sasuke qui a été forcé de s'adapter et de se débrouiller par lui-même très jeune et qui apprend donc plus vite que les autres. Sasuke qui se heurte aux autres, sans réussir à les comprendre.
Ce chapitre, tout particulièrement, est une ode à tous les enfants (et anciens enfants) qui se sentent différents, en décalage par rapport à un monde auquel ils ne savent pas s'adapter. Ou bien est-ce le monde qui ne sait pas s'adapter à eux ?
Un jour, on m'a expliqué que ce sont ceux qui sont dérangés par quelque chose qui s'en vont. C'est le principe de la démocratie : la majorité à raison... même si elle est froide dans son cœur, même si elle a tort.
Oh my... Sorry, l'instant déprime est terminé xD
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Je profite de ce chapitre un peu plus court que les autres pour vous parler d'un point qui me tient à cœur : le titre de cette fiction.
Je veux rendre à César, ce qui appartient à César.
Les Instinctifs, c'est le titre d'une fiction de Delaqua, une Destiel du fandom Supernatural et également sur le thème de l'Omégaverse. C'était quatre tomes de plongeon dans un univers à la fois lié aux supernat et totalement réapproprié, avec un contexte de famille, d'amis, de lemon, de mpreg, d'adorables bambins et de sauvetage du monde avec passage par le paradis et les enfers (entre autres).
Cette fic... m'a fait vivre dans un monde parallèle pendant des jours entiers et elle m'a énormément inspirée. Je ne dis pas ça dans le sens où j'ai plagié (parce que mon univers est très différent) mais dans le sens où elle m'a guidé sur une façon d'investir les personnages et sur des codes d'écriture qui me correspondaient bien. Ca m'a fait réaliser que, oui, ça me plairait d'essayer... et peut-être même que j'en serais capable, à ma façon, à mon niveau.
Lorsque j'ai commencé à écrire, je trouvais que ce titre irait aussi à merveille avec mon histoire mais il n'était pas question pour moi d'utiliser le même que pour le chef d'œuvre de Delaqua. Donc... j'avais trouvé un titre par trop mal sans être totalement convaincue pour autant.
Un jour, je suis retournée sur son profil pour voir s'il y avait une suite (qui était à priori en cours d'écriture) et là... il avait tout supprimé ! Le dernier chapitre publié pouvait faire office de fin donc la frustration n'était pas trop grande mais j'aurais aimé pouvoir relire la fic... et puis je n'ai pas compris pourquoi sa décision d'arrêter l'écriture devait être liée à la suppression de ce qui était déjà écrit, d'autant plus avec tous les retours positifs... Mes reviews protestataires sont restées sans réponse :(
Puisque la fiction n'existait plus, j'ai considéré qu'il était raisonnable que j'utilise ce titre qui était des plus adéquates. C'est aussi une façon pour moi de rendre hommage (si, si, à ce point là !) au travail de titan réalisé par Delaqua et au voyage fantastique qu'il nous a offert.
Delaqua, si tu passes par là un jour, je te redis merci. Les Instinctifs, premiers du nom, seront toujours dans un petit coin de mon cœur de voyageuse !
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Merci à mes premiers reviewers, vos retours me font très plaisir :D
Mys
