CHAPITRE 3 : Une coïncidence?
NATHAN ET JONATHAN SONT LES TRANSFERTS QUI ONT FINALEMENT DÛ S'EN ALLER. Les autres leur ont préparé un adieu des plus touchants : mélange d'embrassades et de mots de réconfort. Les voir ainsi solidaires m'a émue, moi qui avais eu le sentiment de devenir plus égoïste lorsque j'étais arrivée dans la faction. Peut-être les audacieux sommes-nous en train de retrouver le vrai sens de la camaraderie et de la noblesse que l'on semblait avoir perdu depuis quelques années ?
La part d'altruiste en moi cherche à le croire désespérément en tout cas.
Tout comme à mon époque, les novices ont une journée de libre aujourd'hui. Puis, demain, nous commencerons la deuxième étape : l'épreuve affective. C'est souvent là que nous découvrons qui est divergent et qui ne l'est pas.
Être divergent n'est plus synonyme de menace de mort maintenant. Tout le monde sait ce que cela signifie. Mais certaines habitudes ne disparaissent pas aussi facilement, et de nombreuses personnes se sentent encore mal à l'aise ou incertaines face à eux. Tobias lui même a pris du temps à accepter le fait qu'il n'en soit pas un, du moins pas complètement, et que cela ne le rend pas inférieur à moi ni à quiconque. Je pense que c'est en voyant la merveille que nous avions pu produire, lui et moi, en la personne d'Haven, qu'il a réalisé à quel point il a de la valeur. Mais nous n'en avons jamais discuté.
Tobias étant retourné travailler au Contrôle ce matin et Christina au bureau de relogement où elle travaille d'habitude, je m'occupe donc seule d'Haven aujourd'hui. Je me surprends à l'observer tandis qu'elle joue avec les différents cubes et autres jouets de construction. Ils semblent être ses préférés surtout pour le bruit qu'ils font lorsqu'ils s'écroulent et qui lui déclenchent un fou rire incontrôlable à chaque fois. Je me demande si elle est divergente elle aussi et si elle aura à passer le test d'aptitude quand elle sera grande.
Le marquage entre les factions a beau s'effacer petit à petit, il y a toujours une forme de rébellion active qui est en place et qui milite pour le retour à un système plus strict. Ils ont essayé plusieurs fois de me convaincre de les rejoindre car ainsi, ils espèrent rallier de nombreuses personnes à leur cause. Mais j'ai refusé. Je refuse de prendre part à quelque chose qui a bien failli me coûter la vie et qui a coûté celles de tant de personnes que j'aimais.
Il est midi. Je descends donc préparer le déjeuner avant que Tobias ne rentre. Je dépose Haven dans son parc et me dirige vers la cuisine. L'évier de notre cuisine est surmonté d'une fenêtre donnant sur le trottoir, à l'avant de la maison. Je lave les crudités et les légumes tout en y jetant de brefs coups d'œil de temps en temps. Nos voisins sont des audacieux eux aussi et ont deux adorables petit garçons. Ils viennent de rentrer et les garçons courent en criant joyeusement vers leur maison. Je souris. Je me demande si nous aurons d'autres enfants Tobias et moi. Nous en voulons tous les deux mais nous n'en avons pas vraiment discuté pour l'instant. Nous profitons de chaque instant passé avec notre petit rayon de soleil.
Puis, alors que je m'apprête à me déplacer vers le comptoir pour préparer le plat de résistance, quelque chose attire mon attention. Une voiture est stationnée sur le trottoir, de l'autre côté de la rue, juste en face de chez nous. Dedans, un homme en costume blanc et portant des lunettes de soleil est assis derrière le volant et semble lire un journal. Mais je suis sûre de l'avoir vu, à peine une minute plus tôt, regardant vers chez moi avec des jumelles. Tandis que je plisse des yeux et essaie de distinguer des détails sur sa personne, une femme débarque et s'assoit à ses côtés. Je peux voir qu'ils se saluent puis l'homme démarre la voiture et s'en va.
Je frissonne.
Le couple au parc, les étrangers, et maintenant ça ? Vraiment quelque chose ne tourne pas rond en ce moment.
Je sens mon angoisse reprendre de plus belle tandis que je me décolle de la fenêtre et retourne préoccupée, à la préparation du déjeuner.
xXx
- Tris ? Tris !
Je sursaute. Devant moi, Tobias me regarde avec les sourcils froncés, Haven dans les bras.
- Oh, tu es là. Je ne t'ai pas entendu rentrer.
- Oui, j'avais remarqué en effet. Tu n'entendais pas non plus Haven pleurer ?
Je regarde ma fille et vois des traces de larmes sur ses joues. Je suis bouche-bée : comment n'ai-je pas pu l'entendre ? Je retourne mon regard sur Tobias. Il n'a pas l'air énervé, juste inquiet. Je dépose les couverts que je tiens dans les mains, me les lave et le rejoins de l'autre côté du comptoir. Je prends ma fille dans mes bras et la berce doucement. Une fois qu'elle s'est endormie, je la couche dans sa chambre puis retourne dans le salon où mon mari a déjà mis la table et m'attends. Je soupire et m'installe en face de lui. Il me sert en silence et je lui en suis reconnaissante, même si je sais que ça ne durera pas longtemps. Mon esprit est encore en plein tumulte et j'ai du mal à avoir les idées claires.
- Comment s'est passée ta matinée ? Me demande Tobias après une dizaine de minutes.
- Bien...dans l'ensemble. Et la tienne ?
- Bien. Mais ne parlons pas de moi, dit-il en déposant ses ouverts et en attrapant ma main. Que s'est-il passé ?
Il me caresse la main de son pouce et je me sens apaisée par le geste. Mais en même temps, cela me fait penser à tout ce qui a pu se passer et cela m'angoisse. Je choisis de me concentrer sur sa main chaude dans la mienne, afin de clarifier mes idées.
- J'ai remarqué quelque chose d'étrange ce matin, je commence avec hésitation. J...Je crois que je suis surveillée...
- Qu'on est surveillé, soupire-t-il en se redressant.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Je demande en fronçant les sourcils.
- J'ai été suivi ce matin. Qu'est-ce qui te fait penser cela toi ?
- J'ai cru apercevoir un homme observer notre maison depuis sa voiture.
On se regarde un moment sans parler.
- D'abord le parc, les étrangers et maintenant on nous surveille...Je ne crois pas que ce soit de la pure coïncidence, je déclare tandis qu'il hoche la tête en signe d'approbation. Est-ce que tu as pu en apprendre plus au Contrôle ?
- Nous avons observé que les premiers arrivants suspects, occupaient tous des postes médicaux ou de recherche. Et sur les enregistrements, à plusieurs reprises, les patients qu'ils ont reçu sont ressortis différents...
- Différents ?
- Oui. Bien qu'étant des habitants de la ville pour la majorité, ils sont ressortis des locaux avec une attitude beaucoup plus calme et certains avaient même cette fameuse lueur argentée que tu as remarqué dans les yeux du couple au parc.
Je fronce les sourcils.
- Tu penses que ces nouveaux venus pourraient travailler en collaboration avec les érudits ? Ou que ce soient de nouveaux divergents ?
- Hmm...Je ne pense pas qu'ils travaillent avec les érudits. Nous n'avons remarqué aucune collaboration particulière entre eux. Mais c'est vrai qu'ils ont emménagé de leur côté donc tu pourrais être plus proche de la vérité que tu ne le penses. Il faudrait en parler à Caleb. Par contre, ta théorie de nouveaux divergents seraient très plausible, je n'y avais pas pensé. J'en parlerai à Adam et Eddie.
- OK.
- Comment s'est passée ta matinée ?
Nous changeons de sujet. Mais il ne me trompe pas : je vois à son expression qu'il est bien plus inquiet qu'il ne veut laisser paraître. Et je suis sûre qu'il peut le voir sur mon visage aussi. Nous finissons le déjeuner puis il retourne travailler tandis que je passe l'après-midi avec notre fille.
xXx
La sonnette de la porte d'entrée retentit.
Je me lève du canapé où je regardais une émission télévisée, et vais ouvrir la porte.
- Evelyn! Je m'écris en voyant la mère de Tobias derrière la porte. Bonjour. Je ne m'attendais pas à vous voir.
Je me mets de côté pour la laisser passer.
- Bonjour Tris. Tu sais que vous êtes surveillés?
- Oui, je l'ai remarqué ce matin et je l'ai revu cet après-midi.
La même voiture et le même homme que quelques heures auparavant sont stationnés au même endroit. Je les ai remarqué depuis la chambre d'Haven lorsque j'étais allée la changer dans l'après-midi.
- Tobias m'avait prévenu pour le couple du parc mais je ne savais pas que la situation avait empiré.
- Oui eh bien ça ne va pas en s'améliorant en effet. Je commence vraiment à m'inquiéter.
Evelyn, me serre l'épaule et me sourit gentiment pour essayer de me réconforter. Nous ne sommes pas ce qu'on peut appeler les meilleures amies du monde, mais nous avons doucement appris à nous respecter et à mettre nos différences de côté pour le bien-être de notre famille. Et puis elle adore sa petite-fille.
- Je suis venue apporter quelques registres à Tobias. Il est là ?
- Non, il travaille au Contrôle aujourd'hui. Ils ont besoin de lui pour enquêter sur les nouveaux arrivants.
- Ah, je ne savais pas qu'il retravaillait là-bas.
- Ce n'est que le temps qu'ils règlent la situation je suppose. Passée la période d'initiation de toute façon, il devra retourner en poste avec Johanna.
Johanna Reyes est l'un des représentants de la ville auprès du gouvernement. Tobias est son assistant et va peut-être devenir son adjoint dans un futur proche. Pendant un moment il ne voulait pas vraiment s'engager plus, mais il s'est rendu compte maintenant que ce poste pourrait apporter du bon et pour lui et pour la ville.
- Puisqu'il n'est pas là, tiens. Ce sont les photocopies des registres des entrées des trois derniers mois.
Elle me tend un dossier beige très épais. Dedans, les grilles d'informations sont remplies de centaines de noms de nouveaux habitants venus de la Marge. Je feuillette rapidement les documents mais ne voit rien de flagrant...
- Tu as trouvé quelque chose d'intéressant ?
- Je...
A ce moment, Haven se met à pleurer. On l'entend par le baby-phone posé sur le bar américain. Je vois les yeux d'Evelyn pétiller.
- Je vais la chercher, si ça ne te dérange pas ?
- Pas du tout.
Je lui souris et elle me renvoie mon sourire en guise de gratitude avant de se lever et de partir en direction de l'autre pièce. Une fois que j'entends à travers le baby-phone qu'elle est arrivée dans la chambre, et que ma fille ne pleure plus, je recommence à regarder le dossier que ma belle-mère m'a donné.
A première vue, tout semble normal. Les noms, les informations...je ne vois rien qui sorte de l'ordinaire. Puis, au fur et à mesure que je parcours les fiches d'information, je m'aperçois d'une chose : depuis plus d'un mois et demi, la majorité des immigrants viennent de la région de Tucson, en Arizona. Ce n'est pas une des villes de la Marge, ni l'une des plus proches qu'il y ait. C'est étrange.
Je suis interrompue dans ma réflexion par le bruit de la porte d'entrée. Je me retourne sur Tobias qui rentre et je lui souris. Il n'a pas le temps de me rendre mon sourire car nous entendons tous les deux un son qui nous fait nous raidir au même moment: le cri d'Evelyn à travers le baby-phone.
Hello, hello tout le monde :) J'espère que ce chapitre vous a plu et que vous n'êtes pas encore lassés. ^^ J'aurai quelques semaines un peu chargées à partir de maintenant mais j'essaierai d'écrire le plus que je pourrai. Merci du fond du cœur à tous ceux qui prennent le temps de lire et qui ont laissé des reviews! Svp continuez. ^^
En effet Triis, je n'y ai pas pensé. Merci de me l'avoir fait remarquer. ^^ Dans ma tête c'était tellement évident qu'il allait tout faire pour la protéger que je ne l'ai pas mentionné. Mais soit rassurée: Tobias va toujours tout faire pour que rien n'arrive ni à Tris, ni à Haven et ni à aucun de ceux qu'ils aiment (avec le moins de casse possible chez ceux qu'ils aiment moins bien sûr, si possible).
Petite question pratique: est-ce que l'un d'entre vous saurait à quoi correspond la Marge exactement? Est-ce que c'est seulement la zone juste à l'extérieur de la ville, ou bien le reste du pays? Peut-être que c'est une question un peu bête mais j'ai un doute.
Voilà! Je vous souhaite une super semaine! A bientôt! :)
