Chapitre 4
L'alcool et moi, une sacrée mauvaise idée, tout comme ce mariage d'ailleurs. Je ne m'étais jamais sentie aussi paumée de ma vie. Je faisais des choses qui ne me ressemblais pas, je prenais des décisions idiotes parce que j'en avais marre d'être spectatrice de mon existence. Il suffisait de voir comment je peinais à ouvrir les yeux. C'était suffisant pour dire combien j'étais pathétique. Une odeur amère s'insinua et je devinais que c'était du café. Au bout d'un long moment, je fini par ouvrir les paupières. La lumière était pourtant trop clair et je dû m'y prendre à deux fois avant de me soulever. Je me rendis compte que j'étais couchée sur le carrelage de la salle de bain du rez-de-chaussée.
-Pas trop dure, le réveil ?
Je fixais Jared installé par terre, le dos appuyé à la baignoire. Il portait les mêmes vêtements que la veille. Un sourire narquois aux lèvres. Il me tendit d'abord un verre d'eau qui pétillait. L'aspirine… Une bonne idée à cet instant. J'avalais en silence. Puis, il me tendit un mug Star wars qui appartenait à Edward. Edward… Oh merde. Jared souleva les sourcils en remarquant mon air maladif.
-Oh. On dirait que tu te rappel…
Je baissais les yeux sur le café chaud. Je pourrais peut-être me noyer ? Un soupire et une gorgé plus tard, je me maudissais d'avoir fait ça. Stupide, inutile. Je tournais la tête vers Jared qui avait sorti un clope. Si j'avais un tant soit peu repris mes esprits, je lui aurai fait une remarque mais, ma bêtise était beaucoup plus grosse.
-C'est rien, Isabella, je suis sûre qu'un baiser ne ruinera pas ce mariage.
-Tu ne comprends pas vraiment, Jared. Je l'ai fait juste…
Mais les mots ne sortaient pas parce que je réalisais seulement mes motivations.
-Pour savoir. Je sais pourquoi tu as fait ça. Pas besoin d'avoir la science infuse.
Il roula des yeux en souriant gentiment. Au bout d'un moment en silence, il se leva et jeta sa cigarette dans l'évier puis ouvrit le robinet. La fumer étouffa rapidement et la cigarette ne ressembla plus qu'à une masse informe et humide. Triste.
-Quoi qu'il en soit, Eddie n'a plus aucun souvenir. Il est occupé de végéter dans le salon. Cet idiot…
Il soupira avec une mine sombre que je ne lui connaissais pas. Puis, il appuya sa main sur le sommet de mon crâne. Il me vrilla toujours avec les mêmes yeux. J'avais juste envie de pleurer. Il se mit à genou et m'attira dans ses bras. Je me laissais faire. La peine, la douleur, tout semblait devenir trop lourde à cet instant. Je ne trouvais pas les réponses que je cherchais. Je savais que tout ça, cet amour pour lui était devenu un fardeau. Un idée brillante qui devenait terne. Le baiser n'avait pas été bon. Il n'avait pas le goût sucré que je lui rêvais. Il était amer comme l'alcool, triste par la seule idée qu'il était. Rien n'était joyeux, tout était tristesse et amertume. Je me suis mise à pleurer contre son torse. J'avais l'impression d'être une bouteille remplit d'eau qui se vidait peu à peu. Mais, ça me faisait beaucoup de bien. Ce rôle de victime qui me collait à la peau devenait dure. Ça me coupait des autres, ça ne me rendait que plus malheureuse encore. Plus encore qu'avant. Parce que maintenant, ça n'avait plus d'intérêt. Il allait se marier et l'aimer comme je le faisais n'avait plus de sens.
-Il est temps, je crois.
Je me décalais de Jared sans comprendre. Il avait un visage émacié long de sa joie récurrente ou de sa malice. Il y avait un changement tellement surprenant.
-Qu'est-ce qui se passe ?
Il posa deux mains sur mes joues et me regarda droit dans les yeux. Je savais que la bombe allait me couper le souffle. J'attendais juste qu'elle tombe.
-Il est temps de retrouver Robyn.
Je clignais les yeux par surprise. Jared savait ce n'était pas possible autrement.
-Tu veux dire… que tu sais où elle est.
Il hocha la tête sans se détacher.
-Tout ce temps ?
Il pinça les lèvres pour ne pas pleurer alors que mes larmes à moi coulaient. Mais il prit les larmes avec ce regard de pure traîtrise. Il posa ses lèvres contre mes doigts.
-Je ne supportais pas de ne pas savoir… Alors, il y a un an, j'ai décidé d'engager un détective privé alors que j'étais à L.A. Ça n'a rien donné jusqu'à il y a deux mois.
Je levai les yeux vers lui en silence mais larmes continuant de me consumer. Pourquoi je pleurai au juste ? Je pleurai parce qu'Edward continuait de me perdre ou bien parce que je me rendais compte que j'avais oublié Robyn ? Les deux. Plus le désespoir de ne pas réussir à sortir de cette situation qui avait trop d'emprise sur ma vie.
-Il l'a retrouvé, Isabella.
-Pour…pourquoi tu ne m'as pas appelé dès que tu as su ?
Jared soupira en baissant des yeux rageurs. Il n'était pas plus brillant que moi à cet instant. Il se cachait derrière toute sorte d'excuse, tout ça pour ne pas montrer que lui aussi il n'en menait pas large depuis qu'elle avait disparu. Je détachais une main des siennes qui semblait prier. Puis, je posais la paume de ma main contre son coup. Il releva doucement la tête et je voyais son regard briller. Les larmes ne voulaient pas couler. Il avait trop d'égo pour se laisser autant aller.
-Où est-elle ?
-A Phoenix, dans l'Arizona.
Je clignais des yeux. Elle était toujours sur la côte est. Elle était tout près. Je lâchais tout et me relevais d'un seul mouvement, je sortis en trombe de la pièce et m'apprêtais à monter dans ma voiture quand on me retint par le bras. Je jetais un œil à Jared. La colère m'enivrant.
-Tu n'as pas compris, Isabella.
Je fronçais les sourcils en secouant mon bras pour me détacher mais il s'agrippa plus fort.
-Isabella…
-Quoi Jared ? Quoi ?
Il me fixa silencieusement. Puis, il ouvrit la bouche.
-Elle est morte. Il y a deux ans.
Il y eu un long silence pendant lequel on se regardait droitement. Aucun mouvement, juste les répercutions d'une bombe.
-Tu mens ! m'écriais-je hors de moi. Tu ne veux pas que je la voire parce que tu as peur qu'elle s'enfuie de nouveau. Je veux la voir !
-Elle est morte, je dis la vérité.
Je savais qu'il disait la vérité mais je ne voulais pas croire que je l'avais perdu cinq minutes après avoir cru que j'allais l'avoir de nouveau pour moi. Jared s'avança et m'accueilli sans que je ne demande rien. Je ne contrôlais plus rien. C'était trop dure. Après avoir décidé d'arrêter de pleurer, on s'est assis sur le plateau du pic up d'Emmet.
-Dis-moi tout maintenant, dis-je froidement prête à savoir enfin.
-Le mois avant de disparaître, j'ai découvert qu'elle me trompait avec un type. Je me suis disputée plus d'une fois avec elle pour savoir qui s'était sans jamais le découvrir. Mais un jour, elle m'a appelé en pleure. Elle m'a annoncé qu'elle était enceinte et que le père ne voulait pas du bébé. En fait, il avait menacé de la tuer si elle le gardait parce qu'il était marié. J'ai voulu m'en mêler mais, je lui ai dis que j'allais m'en occuper.
-Mais elle a disparu.
-Oui. Elle a apparemment pris la fuite et elle s'est cacher chez sa grande tante. Là, elle a accouché d'une petite fille. Elle l'a appelé Isabelle.
J'ai détourné les yeux vers lui sans vraiment cacher les larmes qui montaient. Robyn était une personne qu'on chérissait. Elle avait toujours été brillante. Doué pour tout. Jamais odieuse ni méchante.
-Mais, je ne comprends pas, elle est morte ? Comment ?
Jared a pesé ses mots, en tordant ses doigts dans tous les sens. Puis, il a levé les yeux vers l'orée de la forêt, sans trop la voir. Juste pour se donner de l'air ou de l'espace.
-Le cancer. Avec ce qui lui est arrivée, elle aurait pu aussi bien être assassinée. J'y ai pensé d'abord quand le gars que j'ai engagé m'a annoncé son décès. Mais, non, c'est juste la vie qui s'est acharnée sur elle. Robyn… Mon Dieu, si j'avais su.
Je me suis sentie triste pour lui. Jared l'aimait. Mais, il n'avait pas vraiment eu ce qu'il méritait. Les sentiments comme les pensées ne se contrôlaient pas. Je le savais mieux que personne. J'ai pris sa main entre les miennes et j'ai posé la tête contre son épaule.
-Nous deux, on fait la paire avec notre malchance récurrente.
-ça tu l'as dit. Sauf que moi, j'ai été honnête.
Bam. C'était mérité. Il avait raison. J'étais trop enracinée dans mon malheur que ça devenait normal. Mais ce n'était pas normal. Il fallait que j'en fasse la constatation. Je ne savais toujours pas quoi en déduire, surtout après la nuit passée. J'avais besoin d'un coup de main. J'avais besoin d'y voir claire.
-J'aimerai quand même la voir.
Il soupira et je soulevai la tête doucement en cherchant un signe sur son visage.
-Moi aussi.
L'air était étouffant à Phoenix. L'été battait son plein et il était clair que cette année-là, on avait chaud. Jared qui marchait près de moi avait revêtit ses lunettes de soleil et une casquette. Au cas où, un fan aurait la mauvaise idée de le poursuivre. Mais l'idée de voir des fans débarqués était la dernière de mes préoccupations. J'avais juste l'idée de retrouver une vieille amie plongée dans le silence. Et peut-être même rencontrer sa fille. On retrouva l'entré facilement, s'arrêtant une seconde pour tenter de trouver du courage dans les yeux l'un de l'autre. Jared présenta sa main et je l'attrapais fébrilement. Je me sentais à des années lumières de la réalité et il était le seul lien qu'il me restait avec la vie. On marcha lentement parmi les tombes et il n'était pas nécessaire de précisé que le malaise m'enveloppait au fur et à mesure qu'on approchait de sa dernière demeure.
-Ici repose, Robyn Judith Malinchak Graves, fille, nièce et mère chérie.
-J'aurai aimé que tout se passe autrement. Même si ce n'était pas pour l'avoir. Juste la savoir heureuse et…
-En vie.
Jared sortit son téléphone et dix secondes plus tard, on entendit une mélodie se confondre dans l'air calme. C'était sans nul doute Comatose. Il avait composé cette chanson dans les mois qui ont suivi la disparition de Robyn.
-Cause all I really want is you to stay
Maybe it's easier
Maybe it's easier
Comatose…
Les paroles étaient l'exutoire de Jared. Et les passer sur la tombe de Robyn ressemblaient à sa thérapie ou plutôt à son adieu. Celui qui les ferait enfin lâcher prise après tout ce temps. Parfois, c'était juste une question de réponse à des interrogations qu'on se posait et qui ne trouvait pas de fin. Je savais que mon histoire était le même dans la fin. Je me torturais sans cesse jusqu'à hier soir. Ce baiser aussi stupide soit-il avait apporter une lumière à mon désarroi. A ma tristesse. Je ne pouvais pas continuer sur ce chemin, ça n'allait rien apporter de bon. Je savais surtout que si je continuais à me lamenter de la sorte, je finirais par oublier de vivre. Et d'être heureuse. Parce que je le méritais plus que n'importe qui. C'est ce que m'aurait dit Robyn si elle m'avait regarder prendre ce rôle de victime. Elle aurait eu un regard amer qui montrerait toute sa désapprobation. Elle aurait soupiré et aurait fait l'analyse de toute cette situation. Déjà à l'époque, elle disait d'Edward qu'il était idiot et que j'étais tellement différente de lui. Elle pensait que l'amour n'était pas écrit dans la roche, que je devais apprendre à ne pas tout mélanger et que ma passion pour les comédies romantiques me retournait le cerveau.
-On ne tombe pas amoureux de son meilleur ami, nécessairement. Enfin bref, fait comme tu le sens.
Inutile de précisé plus que ma relation était insensé. Jared a souri mystérieusement en me regardant du coin de l'œil. S'il pensait être discret, il avait besoin de leçon.
-Quoi ?
Il grimaça pris sur le fait. Puis, il secoua la tête tentant de faire semblant qu'il n'y avait rien.
Mais il y avait quelque chose, je n'étais pas si stupide. Mais, je manquais de courage debout devant la tombe de Robyn. Je ne comprenais pas grand-chose à la fin de sa vie. Je ne pigeais pas comment tout cela avait pu arriver. De cette relation extra conjugal à sa grossesse sans oublier cette mise en scène pour cacher son départ pour l'Arizona. Je crois que j'en étais juste incapable. Je ne pouvais pas saisir tout ça parce que je n'étais plus aussi proche d'elle à ce moment-là. Ce n'était pas voulu. C'était juste une histoire de chemin. L'université avait coupé court à tout. On était dans des villes différentes, avec des objectifs de vie totalement différents. Bref, on avait pris des courants opposés. Mais, elle restait mon amie. Et je me sentais triste de la fin. Il y avait quelque chose de grotesque. Ça lui ressemblait trop et je ne pouvais pas l'accepter. Elle avait le sens du mystère et du secret. Les dernières années de sa vie étaient elle. Ça me fit sourire. Je tournais la tête vers le ciel en me demandant ce qu'aurait fait Robyn à ma place. Elle aurait tout fait pour changer la tournure. Mais, je crois qu'elle aurait été honnête tout d'abord. Que ce soit avec le monde entier ou elle-même. Je crois que je savais à quoi m'en tenir.
