L'harmonie vole en éclats

Scorpius avait veillé à ne pas multiplier les entraînements de son équipe plus que nécessaire, afin de ne pas épuiser ses joueurs. Aussi arriva-t-il confiant au dernier entraînement avant le tout premier match de l'année, celui qui opposait traditionnellement l'équipe de Serpentard à celle de Gryffondor.

Après tout, son équipe était au point, désormais. Les joueurs avaient compris leurs postes et la stratégie qu'il proposait était logique, basée sur ce qu'ils savaient du fonctionnement de l'équipe adverse.

Effectivement, le début de l'entraînement se passa très bien. Mais les tensions entre les joueurs finirent par reprendre le dessus. Or s'énerver les uns contre les autres n'allait pas les aider le jour du match, bien au contraire ! Mécontent, le jeune capitaine annonça un temps mort et vola à toute vitesse vers le sol poussiéreux du stade, où il se posa brusquement.

Il rassembla les six autres joueurs autour de lui et se lâcha brusquement. Décidément, c'est la goutte de potion qui faisait débordait le chaudron !

— Bon, maintenant, ça suffit ! Vous voulez battre Gryffondor ? Parce que là, franchement, on ne dirait pas ! C'est n'importe quoi ! À force de vous disputer, vous allez leur offrir la victoire sur un plateau gobelin ! C'est ce que vous voulez ?

Les six Serpentard baissèrent tout d'abord la tête. Non, bien sûr que non, ce n'était pas ce qu'ils voulaient. Mais Julian Brices, le gardien, la redressa brusquement et s'adressa vivement à son capitaine.

— Attends, Malefoy, tu es bien mal placé pour nous dire des trucs pareils ! C'est toi qui fraternises avec l'ennemi ! Tu crois qu'on n'a pas remarqué que tu t'entraînes avec la fille Potter ? Tu crois qu'elle va te laisser le Vif d'Or pour tes beaux yeux ?

Scorpius dut s'ancrer solidement au sol pour ne pas chanceler. Il ne s'attendait vraiment pas à une telle diatribe. Le jeune homme ne remarqua pas le regard qu'échangèrent ses amis Hugh et Michael, qui étaient bien embêtés pour lui mais savaient qu'il valait mieux qu'ils se gardent d'intervenir.

— Oh Brices, tu te calmes ! rétorqua vivement le capitaine en fronçant les sourcils.

Par Merlin, ce n'était surtout pas le moment de montrer la moindre faiblesse !

— Je n'ai jamais caché que je m'entraînais avec l'attrapeuse de Gryffondor en plus de nos entraînements en équipe, reprit Scorpius, et c'est loin d'être nouveau. Et je te signale, d'ailleurs, que je le faisais avec l'attrapeur de Serdaigle auparavant. Alors tes insinuations, tu peux te les garder.

— Mouais, de toute façon, on sait très bien que c'est ton père qui t'a acheté ta place de capitaine ! cracha le gardien avec hargne.

Julian Brices, son balai sous le bras, tourna les talons et quitta le stade sans laisser à personne le temps de réagir.

Face à une telle accusation, le jeune Malefoy se retrouva bouche bée. Comment ce sale bonhomme pouvait-il supposer une telle chose ? Comme si c'était le genre de son père, en plus... Drago Malefoy avait toujours veillé à ne pas gâter son unique fils. Ils n'avaient pas de problèmes d'argent et Scorpius avait toujours bénéficié de tout le confort nécessaire. Néanmoins, ses parents lui avaient appris à être raisonnable, à patienter, à ne pas tout avoir tout de suite.

De plus, ce n'était pas comme si le jeune homme avait pu désirer ce poste de capitaine ! Scorpius n'aimait pas être mis en avant, encore moins être le centre de l'attention. Il assumait son rôle de son mieux, son sens du devoir l'y poussant de toute façon, mais il aurait volontiers préféré rester simplement attrapeur et n'avoir à gérer que le Vif d'Or, lors des entraînements comme lors des matchs.

Au bout d'un moment de flottement, les autres joueurs finirent par réagir, se dandinant un peu sur place. Incertain de ce qu'il devait faire, Scorpius se tourna vers eux et les observa. Hugh et Michael, qui lui semblèrent s'être concertés, redressèrent alors leur batte sur leur épaule, tout en levant les yeux vers le ciel.

Le jeune capitaine leur offrit un mince sourire, reconnaissant envers ses amis de l'échappatoire qu'ils lui offraient là.

— Bon, on va reprendre poste par poste. Les filles, votre rôle est crucial : le Souafle doit rester le plus possible dans vos mains. Ce que je vous propose de retravailler, là, c'est le passage de balle de l'une à l'autre. À défaut d'adversaires, les deux batteurs vont vous envoyer des Cognards. Soyez vigilantes ! Le jour J, les batteurs adverses vous viseront aussi. Essayez d'imaginer que vous êtes en plein match, d'accord ?

Les trois poursuiveuses opinèrent et enfourchèrent aussitôt leur balai, commençant à se faire des passes avec le Souafle dès qu'elles furent suffisamment haut. Scorpius les suivit un instant du regard, avant de se tourner vers Hugh et Michael.

— Bon... Il faudra que j'aille parler à Brices, hein ? Pfff... Comme si on avait besoin de ça, juste avant un match !

Les deux garçons lui firent un sourire désolé, tout en enfourchant leur balai à leur tour. Le capitaine fut le dernier à remonter sur le sien. Durant toute la fin de l'entraînement, il s'acharna à faire travailler efficacement ses joueurs. S'ils ne pouvaient pas compter sur leur gardien, il fallait au moins qu'ils parviennent à marquer le plus de buts possibles, mais surtout qu'ils ne laissent pas les poursuiveurs de Gryffondor s'emparer du Souafle !

Lorsqu'il les vit manifester des signes de fatigue, le jeune homme renvoya ses joueurs au vestiaire avec une petite pointe de culpabilité. Pourvu qu'ils soient quand même en forme pour le match ! Ses deux amis voulurent l'attendre, mais il leur demanda de partir devant. Il avait besoin d'un peu de solitude, de passer du temps sur son balai sans penser à rien d'autre qu'à voler, qu'aux délicieuses sensations que le vol lui apportait à chaque fois.

Scorpius finit néanmoins par descendre de son balai. Il ne pouvait tout de même pas rester en l'air éternellement, encore moins fuir la réalité ! Mais il était toujours sérieusement ébranlé par la scène qui s'était déroulée durant l'entraînement. Le jeune homme traversa les vestiaires à grands pas, ne prenant même pas le temps de se changer. Après tout, il pourrait très bien le faire dans son dortoir.

Cependant, lorsqu'il se retrouva à la lumière du jour, il soupira, ne trouvant pas le courage de rentrer au château immédiatement, et s'assit par terre. Qu'allait-il bien pouvoir dire à ce fichu gardien ? Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit à nouveau, laissant passer Drenka O'Reilly, l'une des poursuiveuses. Scorpius sursauta, surpris dans les pensées qu'il ruminait. Il ne s'attendait vraiment pas à la voir là ! Depuis le temps que l'entraînement était terminé, tous les joueurs auraient déjà dû être partis !


Prochain et dernier chapitre dans une semaine. Que vont-ils bien pouvoir se dire ?

Je remercie de tout cœur les très rares lecteurs qui me laissent des reviews. C'est toujours un grand plaisir pour moi ! Et, comme pour tous les autres auteurs de fanfictions, c'est mon seul salaire. Alors n'hésitez pas à être généreux avec moi, sur cette histoire comme sur toutes mes autres ! :)