Cette fois je poste un peu en avance parce que dès demain je n'aurais plus internet pendant deux semaines (peut-être plus). Mais j'essayerai de trouver une solution pour poster quand même un chapitre le week-end prochain :)


Chapitre 4 : Entrainement

La semaine passa trop vite au goût d'Emma. Bien plus tôt qu'elle ne l'aurait voulu, elle se trouva sur le chemin de l'arène du village pour son premier jour d'entrainement. Elle trainait des pieds, imaginant déjà les regards des autres quand ils la verraient arriver et leurs remarques moqueuses. Elle avait pris soin d'arriver juste à l'heure mais tous les autres étaient déjà là. Ils étaient tellement excités de commencer l'entrainement qu'ils avaient dû arriver à l'aube. Quelques-uns des plus âgés, ceux qui avaient 17 ou 18 ans s'échauffaient déjà. Arwen et Ralf, qui avaient 16 ans tous les deux et qui avaient commencé l'entrainement l'an dernier, se défiaient à l'épée.

Son cousin Ralf fut le premier à la remarquer et il en fut si surpris qu'il en oublia qu'il se battait contre Arwen. Ce dernier profita de ce moment d'inattention pour faire tomber son arme des mains de son adversaire et le plaquer contre le mur son épée sur la gorge. Emma lança un regard moqueur à son cousin. Il se dégagea rapidement et s'approcha d'elle.

– Qu'est-ce que tu fais là Emma ? C'est l'arène ici, je crois que tu t'es égarée.

– C'est gentil de t'inquiéter cousin mais je suis bien au bon endroit.

– Hein ? intervint Helgue. Tu participes à l'entrainement ?

Sa figure laissait voir toute son incrédulité.

– Oui, dit Emma d'une voix ferme, et ça me plait autant d'être ici que si on m'avait envoyé récurer la mangeoire aux cochons.

Ralf ricana suivi, comme toujours, par Helgue, Helgua et Olaf.

– Fais gaffe quand même c'est dangereux ici, tu pourrais te casser un doigt en essayant de soulever une masse ou un dragon pourrait te marcher dessus sans même le faire exprès.

– Ça confirme ce que je pensais : cet endroit est une vraie salle de torture. Je me demande combien de jeunes sont déjà mort à l'entrainement.

– Une cinquantaine depuis que Thorkil le toqué a instauré l'entrainement obligatoire pour les plus de 15 ans il y a de cela trois générations, intervint Gobber surgissant derrière le groupe d'adolescents, mais rassurez-vous les règles de sécurité se sont beaucoup améliorées depuis. Bon, trêve de discussion les jeunes ! La première semaine je vais surtout m'occuper des petits nouveaux. Leif, Folker et Godfried vous allez vous entrainer au lancer de hache. Je veux voir chaque lancé toucher le centre. Arwen et Ralf, continuez donc à vous battre à l'épée. Vous quatre, vous venez avec moi.

Les ''quatre'' c'étaient Emma, Helgue, Helgua et Olaf qui avaient tous 15 ans. C'était assez remarquable de voir que dans leur tranche d'âge, il y avait autant de filles que de garçons à l'entrainement. Gobber les emmena à l'extérieur de l'arène, sur la place du village puis leur fit face, les mains dans le dos, comme un général examinant ses troupes.

– Bon. Un viking c'est avant tout un sportif capable de marcher pendant des heures sans se plaindre ou de soulever des tonneaux entiers de cervoise. Donc c'est partit : vous me faites 10 tours du Hall au pas de course puis vous me montez et descendez dix fois les gradins autour de l'arène.

#

La course à pied ça allait encore, Emma n'était pas trop mauvaise. Elle courait peut-être moins vite qu'Helgue et Helgua mais elle était plus endurante. En revanche, l'exercice n'avait pas l'air d'être du goût d'Olaf qui suait dès le troisième tour et marchait en soufflant comme un élan au quatrième. La montée des gradins fut plus douloureuse. Les marches leur arrivaient au milieu de la cuisse, étant conçues pour être des rangs de sièges, et au bout de cinq allers retours Emma avait les jambes en feu. Heureusement, elle n'était pas la seule et elle fut contente de voir, qu'en fin de compte, elle était aussi sportive qu'Helgue ou Helgua. Les sorties en forêt avaient fini par payer.

Quand ils furent tous de retour devant lui, pantelants, Gobber reprit :

– Bien. On passe à la discipline maitresse de votre entrainement : le combat à l'épée. Ce n'est pas la technique la plus efficace contre les dragons mais vous n'arriverez pas encore à soulever des haches ou des masses alors on va commencer par là. Le combat à l'épée c'est une matière noble que tout viking se doit de maitriser s'il veut un jour protéger son île contre les envahisseurs...

« Personne n'aurait l'idée d'envahir Berk de toute façon, se dit Emma, on peut remercier les dragons pour ça ! »

– … Aujourd'hui vous allez apprendre l'esquive.

Il distribua des épées d'entrainement, moins tranchantes et plus légères, et des boucliers, bien lourds et bien épais, eux. Emma se fit une petite note mentale : « penser à me fabriquer un bouclier plus léger ! ». Gobber appela Ralf et Arwen.

– Deux par deux, vous passerez devant Ralf et Arwen. Vous deux vous les attaquez avec des passes basiques, pas trop fort, et ils doivent esquiver. C'est compris ?

Il partit s'occuper de leurs ainés. Ralf avait un sourire jusqu'aux oreilles, ridiculiser les plus jeunes était son activité favorite.

– Qui commence ? lança-t-il à la cantonade.

Helgue et Helgua se portèrent immédiatement volontaires. Cela ne pris pas longtemps au deux plus âgés pour mettre leurs adversaires K.O. . Les jumeaux étaient vifs et rusées mais encore très maladroits dans leurs mouvements. Ce fut au tour d'Emma et Olaf. La première se dirigea résolument vers Arwen. Hors de question de laisser son cousin la ridiculiser, elle était sure qu'il chercherait à la blesser.

Arwen lui laissa à peine le temps de se mettre en garde avant d'attaquer.

Emma pantelait, elle peinait à garder le rythme. L'épée d'Arwen surgissait sans cesse tout autour d'elle et elle avait du mal à lever son bouclier à temps pour l'éviter. Gobber ne leur avait-il pas demandé de ne pas y aller trop fort ? Son bras commençait à s'engourdir. Ce fichu boucler était bien trop lourds et il la gênait dans ses mouvements. Arwen se fendit en avant pour essayer de toucher sa hanche. Emma esquiva en se tournant sur le côté et envoya rouler son le bouclier dans la poussière dans la même geste. Arwen haussa les sourcils. Elle bougeait bien plus vite maintenant et elle pouvait bloquer l'épée de son adversaire avec la sienne sans être gênée. Arwen accéléra la cadence. Seule sa souplesse permettait encore à Emma de rester en lice. Puis il s'approcha brusquement, sa lame passant juste à côté d'elle, il se baissa et ramena son bras vers lui fauchant par la même occasion les jambes d'Emma avec le plat de sa lame. Dans un réflexe destiné à ne pas s'étaler sur le dos, elle s'élança en arrière, fit un flip-flop et atterrit sur ses pieds quelques mètres plus loin.

Arwen avait les yeux écarquillés d'étonnement. Ce n'était pas possible, cette fille lui filait entre les doigts avec la souplesse d'un chat. Il fronça les sourcils et repris en amplifiant ses attaques. Tant pis pour les ordres de Gobber, il ne pouvait pas laisser cette fillette gagner. En deux temps trois mouvements il l'avait acculée contre le mur, l'épée sous la gorge.

– C'était pas trop mal, dit-il en s'écartant d'elle, mais tu n'aurais pas dû laisser tomber ton bouclier. Cette technique est bonne en duel mais au milieu d'une mêlée tu te serais retrouvée embrochée.

« Et un sourire avec un petit ''tu feras mieux la prochaine fois'' c'est trop dur pour toi ?» pensa Emma. Au lieu de ça, elle lui adressa un petit sourire timide et alla ramasser son bouclier.

Quand elle revint à sa place, elle vit que tout le monde la regardait. Olaf avait apparemment fini son combat depuis longtemps et ils avaient tous eut le loisir d'observer Arwen la faire danser à coup d'épée au milieu de l'arène. Super. Malgré tout, personne, pas même Ralf, ne fit de commentaires. Ils la regardaient tous, tantôt avec un regard étonné, tantôt en fronçant les sourcils. Elle fut reconnaissante à Gobber de détourner leur attention, ces nouveaux regards la laissaient perplexe.

Après les avoir laissés se faire humilier, Gobber consentit enfin à leur enseigner quelques techniques de garde et d'esquive. Ils se firent encore mettre au tapis deux ou trois fois par les deux jeunes hommes de seize ans. Maintenant qu'elle était obligée de garder son bouclier, Emma se débrouillait beaucoup moins bien.

#

L'après-midi, ils passèrent aux choses sérieuses : le combat contre un dragon. Ils étaient tous dans l'arène. Emma leva les yeux pour observer le tressage de chaînes larges comme son bras au-dessus de leurs têtes. Ils étaient aussi enfermés que le dragon qui allait bientôt leur foncer dessus. Bien sûr, Gobber n'avait donné aucunes consignes. Il préférait ''l'apprentissage sur le tas'' et même Helgue avait un teint légèrement vert. Sa sœur à côté de lui, était concentrée. Gobber faisait le tour de l'arène, fier comme celui qui fait visiter sa demeure. Il désignait les portes, toutes plus effrayantes les unes que les autres et dont certaines tremblaient sur leurs gonds.

– Vous avez ici quelques beaux spécimens, pavoisait-il. Le cauchemar monstrueux...

Il désigna une porte barrée horizontalement par un épais rondin de bois.

– Peut se mettre en flammes, mâchoires ultra puissantes, récita Olaf à toute vitesse.

– Le vipère, continua Gobber en passant devant la deuxième cage.

– Ultra rapide, peut courir à plus vite qu'un cheval lancé au galop...

– Le terreur terrible...

– Crache de l'acide sur sa victime pour la prédigestion...

– Comment ça, de l'acide ? intervint Emma paniquée par les murmures de son voisin.

– Le hideux bragetor, présenta Gobber en haussant la voix.

– Crache un gaz inflammable, son venin vous tue en quelques secondes...

– Du VENIN ? couina Emma

– C'EST PAS UN PEU FINI TOUT LES DEUX ! intervint Gobber agacé. Et enfin votre adversaire du jour : le Gronkle

– Peut déchiqueter de l'acier rien qu'avec ses dents, murmura quand même Olaf à sa voisine.

Emma déglutit mais c'était trop tard, Gobber avait ouvert la cage.

Le dragon s'élança comme un missile dans l'arène. Emma alla se plaquer contre le mur. Avec un peu de chance, il ne la verrait pas. Les cinq garçons plus âgés se tenaient à l'écart. Leur rôle, en principe, c'était juste de protéger les quatre novices pour leur baptême du feu.

– Aujourd'hui on va se contenter de la défense, expliqua Gobber. Qu'est-ce qu'il vous faut pour vous protéger ?

– Un bouclier, cria Helgua

– Exactement! Un bouclier. Allez en prendre un!

Ils se précipitèrent tous. Emma soupira intérieurement. Elle avait mal au bras...elle n'avait nulle envie de trimbaler encore ce poids partout pour éviter le dragon elle faisait plus confiance à ses jambes ! Elle alla quand même en prendre un, tout en gardant un œil sur l'horrible animal qui voletait dans l'arène. Helgue et Helgua se disputaient un bouclier.

– Lâche mon bouclier ! criait Helgua à son frère.

– Il y a tous pleins de boucliers. Va-t'en chercher un autre, rétorquait son frère, tiens regarde, il y en a un rose là-bas.

– Attention ! cria Emma quand elle vit le dragon arriver sur eux.

Ils levèrent la tête juste à temps pour voir le danger et ils plongèrent tous les deux derrière le bouclier qui se retrouva bientôt auréolé de flammes. Emma pris la tangente.

– Le meilleur moyen de désorienter un dragon, repris Gobber très calme, c'est de faire du bruit. Ca l'empêche de viser.

Ils se mirent tous à frapper leur bouclier avec les armes qu'ils portaient. Emma frappa le sien contre le mur derrière elle. Cela avait effectivement l'air de marcher mais Emma se demanda si c'était vraiment une bonne chose pour eux quand le dragon énervé se mis à lancer des gerbes de flammes dans toutes les directions.

– Et voilà, s'exclama Gobber, il gaspille ses flammes. Combien de fois un Gronkle peut-il tirer ?

– Cinq ? hasarda Helgue

– Non, six ! corrigea Olaf en levant la main.

Il ne faisait plus du tout attention au dragon et ce dernier en profita pour lui tirer dessus. Heureusement, Leif intervint pour le tirer d'affaire.

– Oui six, continua Gobber imperturbable, et maintenant il n'en a plus que deux.

Seulement, le dragon choisit ce moment-là pour changer de tactique, il fonça vers la forme qui faisait le plus de bruit, à savoir Emma. Elle cria et courra, plongeant au sol dans une roulade parfaitement exécutée quand il essaya de la rôtir vive.

– Emma ! Cria Gobber, par ici !

Elle courut vers lui et quand le dragon passa à son tour Gobber lui assena un violent coup sous la mâchoire qui dévia le tir qui était sans doute destiné à faire d'Emma une torche vivante. Leif, Folker et Godfried s'y mirent à trois pour ramener le monstre dans sa cage. Emma était livide et essoufflée, elle observait avec horreur le trou que le tir avait fait dans le mur. Ça aurait pu être sa tête !

– Bien, Gobber observa les quatre loques essoufflées devant lui, souvenez-vous toujours que vous n'avez pas le droit à l'erreur. Les dragons sont des bêtes féroces. Dès qu'ils vous ont vu ils essayeront toujours de vous tuer.

Sur ce il les laissa repartir avec pour seule consigne de revenir en forme le lendemain.

#

Mais la journée d'Emma était loin d'être finie. Elle était plusieurs fois retournée voir le dragon et à chaque fois elle l'avait trouvé plus amaigris et fatigué. Il lui était soudain venu à l'esprit que le pauvre ne pouvait plus se nourrir. Elle se trouva bête de ne pas y avoir pensé plus tôt. La clairière où il se trouvait ne contenait qu'un petit lac et il n'était pas en état de chasser. Alors hier soir, elle avait mené son enquête auprès de Gobber pour savoir ce que les dragons mangeaient. Il s'était d'ailleurs bien moqué d'elle à ce sujet, il avait cru qu'elle demandait ça par peur d'être dévorée toute crue par un dragon de l'arène. Au moins elle avait pu obtenir sa réponse et Gobber ne se doutait absolument pas de ce qui se cachait derrière sa question.

Il s'avérait que les dragons de l'arène étaient nourris de poissons frais, Emma pris donc un grand panier en osier et le remplis à ras-bord de poissons pris dans sa propre réserve que lui avait laissé son père. Du coup il ne lui en restait plus beaucoup pour elle-même, il allait falloir qu'elle trouve vite une solution. Un animal comme lui devait manger beaucoup et à ce rythme-là, dans quelques jours, elle n'aurait plus rien à manger. Elle pourrait peut-être en chaparder un peu dans la réserve des dragons de l'entrainement. Elle soupira, cela voulait dire une expédition nocturne en vue. Elle irait pêcher pour se nourrir elle-même, bientôt elle pourrait cueillir des plantes comestibles dans la forêt.

Ses plans plein la tête, elle se mit en chemin. Le plus dur fût de gravir la falaise avec tout ce poisson sur les épaules et toute la fatigue accumulée dans la journée. Elle arriva à la cachette du dragon avec des crampes dans les mollets. Maintenant, elle n'avait plus de mal à retrouver l'entrée de la crevasse. Elle avait soigneusement camouflé le trou entre les deux rochers qui permettait d'entrer dans le tunnel avec de la terre et des feuilles, il ne fallait pas que quelqu'un tombe sur le dragon convalescent au hasard d'une balade. Même si il y avait rarement quelqu'un qui venait se promener par ici, elle préférait prendre ses précautions. Arrivée au bout de la crevasse, elle posa son fardeau et alla jeter un coup d'œil au reptile. Elle le vit se lever et se trainer jusqu'au point d'eau alimenté par la cascade au milieu de sa prison. Il but un peu d'eau et retourna se coucher en grognant. Emma se détourna et alla cherche le panier de poisson pour l'amener au bord du tunnel.

Jusqu'ici, elle était restée très discrète, le dragon ne l'avait jamais vue. Elle ne savait pas trop comment il réagirait s'il la reconnaissait. Son état vulnérable pourrait le rendre agressif. Elle devait trouver un moyen de le nourrir sans trop s'exposer. Un peu en contrebas de l'endroit ou débouchait la crevasse, il y avait des rochers. Ils étaient assez hauts pour qu'elle se sente en sécurité à leur sommet mais pour les atteindre il faudrait qu'elle saute et remonter dans son refuge nécessiterait un peu d'escalade. Si le dragon l'attaquait, elle ne pourrait pas s'y réfugier. Elle réfléchit de longues secondes puis elle décida de tenter le coup. La bête était très faible et ne pouvait pas voler, cela allait à son avantage.

Elle lança en premier le panier contenant les poissons. Le bruit qu'il fit en atterrissant sur la pierre fit relever la tête du dragon. Emma se cacha dans la pénombre du tunnel. Il inspecta les alentours plusieurs fois puis, ne remarquant rien d'anormal, se recoucha. Emma attendit un peu, pris une grand inspiration et sauta.

Elle atterrit et se recroquevilla immédiatement contre la paroi, espérant passer inaperçue. Mais elle n'avait pas dû faire assez vite car cette fois le furie nocturne se mit à grogner. Elle attendit qu'il se calme mais au lieu de ça elle l'entendit se lever, grognant encore plus fort. Bon, changement de tactique. Elle se releva lentement. Le dragon était au bas de son rocher et hésitait visiblement à bondir. Elle mit ses deux mains en avant pour le calmer et lui montrer qu'elle n'avait pas d'armes. Le dragon tendit encore plus les muscles de ses puissantes pattes. Prise de panique, elle saisit le panier de poisson et, ignorant la lueur d'avertissement dans les deux yeux verts, elle déversa son contenu au bas de la pierre.

Cette fois, les grognements cessèrent, les deux yeux verts cependant ne la quittèrent pas. Il fallut beaucoup de courage à la jeune fille pour tourner le dos à la bête féroce en contrebas et grimper aussi rapidement que possible dans l'ombre rassurante du tunnel. Arrivée sur son perchoir, elle se retourna une dernière fois. Le dragon n'avait pas bougé. Il plissa les yeux et émis un grognement sourd. Elle comprit le message et le laissa pour de bon.

Sur le chemin du retour, elle pensa aux paroles de Gobber : « Dès qu'ils vous ont vu ils essayerons toujours de vous tuer ». Ça faisait maintenant deux fois qu'elle croisait le chemin du dragon réputé le plus dangereux de tous et elle était toujours là pour le raconter. Qu'est-ce qu'il dirait de ça, hein, Gobber ? Mais bien sûr personne ne devait jamais savoir ce qu'elle allait fabriquer sur l'île aux corbeaux. Emma était consciente que ce qu'elle venait de faire était un crime de haute trahison. Non seulement elle n'avait pas tué un dragon mais elle l'avait libéré et maintenant elle le nourrissait. Une telle infraction aux valeurs viking était passible de bannissement. Mais cela ne l'arrêterait pas. Elle avait commencé à apprécier l'animal, même si pour l'instant il ne montrait pas beaucoup de sympathie à son égard. Elle l'avait longtemps observé. C'était vraiment un bel animal. Elle s'était même dit qu'elle pourrait peut-être l'apprivoiser. Si elle apportait de la nourriture tous les jours il s'habituerait certainement à sa présence.

Elle profita du fait qu'elle avait un grand panier pour ramasser des plantes pour Gudrun. Puis il se mit à pleuvoir à verse, une vraie pluie fraiche et légère de printemps. Elle aurait aimé pouvoir profiter plus longtemps de la sensation si agréable et teintée d'interdit de ses vêtements et ses cheveux collés à sa peau mais elle allait être en retard au repas.

#

Quand elle pénétra dans l'atmosphère saturée de fumée et d'odeurs poisseuses du Hall, sa tante Judith se précipita vers elle.

– Où étais-tu encore passée ? Mais tu es trempée ! Qu'est-ce que tu étais allée faire ? Es-tu complètement inconsciente ? Dois-je te rappeler que l'hiver n'est pas encore complètement terminé ? Tu vas prendre froid !

Elle continua à pérorer ainsi en lui tournant autour avec des mines contrariées pendant qu'Emma essayait de sécher ses cheveux devant l'immense cheminée qui servait à préparer le repas.

– Viens donc te rendre utile et aider à faire à manger au lieu de trainer Thor sais où !

Emma se prêtât de bonne grâce à ses directives, elle était trop fatiguée pour essayer de s'échapper et elle alla préparer les tables pour tout le monde.

Le printemps, et aussi la plupart du temps en été, tout le village mangeait ensemble dans le hall. Une partie des femmes embarquaient aussi sur les bateaux et certains comme Helgue, Helgua et Arwen n'avaient plus personne chez eux pour leur faire à manger les femmes s'étaient donc organisées pour faire les repas dans le hall. Judith, autoproclamée leader de la gente féminine en l'absence de Valhalarama, menait son monde d'une main de fer. Helgua avait aussi été ralliée et affectée à la surveillance de la soupe sous les commentaires railleurs de son frère et de Ralf. Un pas après l'autre, la famille Jorgenson gagnait du terrain sur le domaine des Horrendus Haddock.

Alors qu'ils s'installaient à table, Gobber s'assit parmi ses jeunes recrues et entrepris de commenter l'entraînement du jour. Emma pris soin de s'assoir un peu à l'écart. De toute façon, vu les regards que Ralf lui lançait elle n'était pas la bienvenue. Selon les dire de l'entraineur Olaf avait été bien trop lent, Helgua bien trop maladroite, Helgue brassait beaucoup d'air pour rien, et...

– Et Emma? Quelles ont été ses fautes ? demanda Gobber à la ronde.

Emma grinça des dents et se tassa sur sa chaise. Les moqueries ne tardèrent pas à fuser.

– D'être venue à l'entraînement ? offrit Ralf

– De ne pas s'être fait brûler les cheveux ? renchérit Helgue

– Elle ne sait absolument pas quoi faire, claqua la voix d'Arwen, elle panique pour un rien.

– Merci Arwen, reprit Gobber, c'est ce que j'aurais dit aussi. Et j'ajouterais qu'elle n'est pas encore assez entrainée, encore quelques tractions, quelques pompes et ça devrait s'arranger.

Emma ferma les yeux et soupira. Elle reprit son bol de soupe. L'orage était passé mais il ne l'avait pas épargnée.