Chapitre 4
La soirée avait été plus mouvementée que je ne m'étais imaginé. Après avoir laissé Kratos, je m'étais rendu à mon appartement pour commencer à taper mon rapport sur l'ordinateur. Je m'étais fait rapidement à manger, ayant rarement le temps de me préparer un vrai repas, avant de m'assoir devant mon ordinateur et me mettre au boulot. Cela me permit de ne pas penser à Kratos pendant quelques heures. Vraiment, je ne savais même pas pourquoi je pensais constamment à lui. Était-ce parce qu'il me rappelait ma propre douleur à la mort de ma femme? Peut-être était-ce la raison... J'avais arrêté de travailler lorsque mon mal de tête était revenu avec force. Je m'étais levé pour aller chercher les antidouleurs lorsque je me rendis compte que j'avais vidé la bouteille plus tôt. J'étais sorti de mon appartement pour aller à la pharmacie lorsque je le vis planté devant l'immeuble. Je ne m'attendais pas à voir Kratos là. Mais j'étais content de sa présence. Elle pourrait maintenir la solitude au loin. C'est pourquoi j'avais insisté pour qu'il entre malgré sa réticence.
Et maintenant nous nous trouvions à la table à manger de ma petite cuisine, lui pleurant silencieusement et moi respectant son intimité en regardant pensivement ailleurs. Je repensai à tout ce qu'il m'avait révélé. Il était un yakuza. Je devrais l'arrêter, c'était mon devoir, mon boulot. Mais je ne pouvais pas... je ne le voulais pas. Je comprenais qu'il n'était pas un criminel par plaisir, mais par obligation. À cause de cet Yggdrasil. Un frisson me parcourut lorsque je pensai à cet homme. Le chef de la plus puissante famille de yakuza. Même en sachant cela, la police ne pouvait mettre la main sur lui. Il tirait trop de ficelles dans l'ombre, il possédait trop de contacts. Tous les officiers qui avaient tenté de l'arrêter avaient connu des morts cruelles et violentes... Je réalisai qu'en promettant d'aider Kratos, j'allais devoir tenter d'arrêter Yggdrasil à mon tour, m'exposant ainsi à un danger mortel... Je savais qu'il n'y avait qu'un moyen que je pouvais emprunter pour y arriver et mes chances de réussites allaient être minces. Mais je devais le faire. Kratos comptait sur moi et je ne le laisserais pas tomber.
Sortant de mes pensées, je regardai l'heure et m'aperçut qu'il se faisait tard. La fatigue sembla me retomber sur les épaules et je me souvins que j'avais vraiment besoin de sommeil. Je jetai un regard furtif à Kratos et vit qu'il avait cessé de pleurer et son regard se portait sur moi, mais je ne sus ce qui traversait son esprit et je n'allais certainement pas le lui demander. Je me levai et bâillai malgré moi.
« Il se fait tard. Je vais aller dormir. Au fait, sois libre de faire comme chez toi. Du moment que ça n'inclut pas un tapage nocturne, tout va bien. » Je blaguai et vit un faible sourire se dessiner sur ses lèvres.
Son premier vrai sourire! Je restai sans voix, mon regard fixé sur ce sourire. Il le rajeunissait tant... Je me surpris à remarquer qu'il était plutôt bel homme. Je me frappai mentalement à cette pensée.
« Yuan? » Je sursautai lorsque j'entendis la voix inquiète de Kratos.
Je le vis se lever lentement, la confusion peinte sur ses traits. Je me rendis compte que j'avais fixé son visage durant un long moment. Je me sentis rougir avec horreur et je me détournai rapidement avant de me rendre dans ma chambre. Je pris rapidement des vêtements propres de ma penderie ainsi qu'une couverture et un oreiller supplémentaire. Je sortis de la chambre seulement pour me retrouver nez à nez avec Kratos qui me regardait avec inquiétude.
« Est-ce que ça va, Yuan? » Il me demanda, cherchant mon regard.
Je ris nerveusement et ma réaction me donna envie de me frapper la tête contre le mur. Je réprimai cette envie suicidaire et affichai un visage que j'espérai le plus calme possible.
« Oui, je vais bien, je suis seulement fatigué et j'ai besoin de sommeil. » Je lui dis la vérité à moitié. C'est vrai qu'il m'arrivait d'agir étrangement lorsque j'étais exténué. Ce n'était surtout pas à cause de Kratos. Surtout pas. Je le vis froncer les sourcils.
« Dans ce cas, c'est moi qui devrais prendre le divan. Tu dormirais mieux dans ton lit. » Kratos proposa en examinant mon visage sur lequel des cernes noirs étaient plus que visibles.
Je soupirai et passai à côté de lui, marchant en direction du salon. Je me retournai avant d'entrer dans la pièce.
« Ne sois pas stupide. Tu es mon invité alors il est normal que je t'offre mon lit. De toute façon, je ne dormirai pas mieux dans mon lit. » Je répliquai et ne daignai pas expliquer mes dernières paroles.
Il fronça à nouveau les sourcils et je le vis ouvrir la bouche pour parler, mais je le coupai sec.
« Je ne changerai pas d'idée. Bonne nuit, Kratos. » Je soufflai d'une voix fatiguée. Il me fixa durant quelques secondes avant de me souhaiter une bonne nuit à son tour et je le vis entrer dans ma chambre, mais il ne ferma pas la porte. Peut-être avait-il besoin de savoir que j'étais proche. Je repoussai cette pensée et entrai dans mon salon. Je déposai mes vêtements par terre et me dévêtit jusqu'à ce que je ne porte que mes sous-vêtements. J'avais toujours dormi ainsi et je n'avais aucune intention de changer mes habitudes parce que Kratos allait habiter avec moi. Je détachai mes cheveux et ils retombèrent en cascades dans mon dos. J'installai mon oreiller et m'étendis sur le divan, me recouvrant de la couverture. Je fermai les yeux et attendit que le sommeil me prenne. Mais je savais pertinemment qu'il ne viendrait pas avant un long moment. Depuis la mort de Martel, ma femme, je souffrais d'insomnies. J'arrivais difficilement à dormir sans avoir la chaleur d'un autre être humain près de moi. Encore maintenant, après tant d'années, je me réveillais souvent paniqué en réalisant que je me trouvais seul. Mais la perspective que je ne me trouvais pas seul dans mon appartement cette nuit m'allégea et je me relaxai un peu. Je chassai mes pensées et tentai de sombrer dans un sommeil désiré.
La sonnerie de ma montre me tira de mon sommeil en me signifiant qu'il était le temps de me lever. Je grognai et ouvris les yeux et la vue de mon salon me rappela les événements de la veille. Je m'assis rapidement et vis avec surprise qu'une seconde couverture avait été jetée sur mes épaules. Kratos devait me l'avoir donnée. Je me levai et me drapai d'une des couvertures. Je marchai jusqu'à ma chambre et y jetai un coup d'oeil. À ma grande déception, elle était vide. Les draps étaient défaits, ce qui me fit croire que Kratos avait dormi, du moins il avait essayé. J'imaginai trop bien les cauchemars horribles qu'il devait avoir expérimentés. Je tournai les talons et me rendit à la cuisine. Vide. Kratos était donc parti, je réalisai avec tristesse. Je remarquai alors une note laissée sur la table. Je la pris et lut ce qui y était écrit.
Yuan, je suis désolé de quitter sans t'en glisser un mot, mais tu dormais paisiblement et je ne voulais pas te réveiller. Je suis retourné au travail. Je ne peux pas laisser Yggdrasil deviner ce que je trame, alors je dois faire comme si tout était normal. Je vais revenir ce soir en m'assurant que je ne suis pas suivi.
P.S: Je me suis réveillé cette nuit et j'ai vu que tu avais froid alors je t'ai donné une autre couverture. Aussi, j'ai préparé un déjeuner pour toi, il est dans le frigo.
Kratos
Je relus la note écrite par Kratos plusieurs fois. Je sentis un bonheur inexplicable lorsque je compris qu'il avait vraiment l'intention de revenir. Mais pourquoi je réagissais comme ça? Je le connaissais à peine... Est-ce que la solitude aurait fini par me rendre tant dépendant que je pourrais m'attacher à n'importe qui? Non, ce n'était pas ça. Kratos ne me donnait pas l'impression d'être un inconnu. J'avais une aise à lui parler que je n'avais même pas avec les personnes de mon entourage. Je regardai l'heure et me maudit intérieurement. Il ne me restait qu'une vingtaine de minutes avant de devoir rejoindre le poste de police. J'avais perdu trop de temps. Je pris une douche rapide avant de m'habiller. Je fis imprimer le rapport que je devais remettre à Bryant. J'allai ouvrir le frigo et vis le déjeuner que m'avait préparé Kratos. Une assiette de sashimi de saumon mariné, le tout emballé dans une boîte pour emporter. Incroyable. Comme s'il savait que je n'aurais pas le temps de manger avant d'aller à la station de police! N'empêche, j'étais plutôt content de ne pas avoir à préparer un déjeuner pour une fois. Je l'emportai avec moi et une réalisation me frappa alors que j'allais quitter mon appartement. Kratos n'avait pas de clé. Si je revenais plus tard que lui, il ne pourrait pas entrer... J'espérai rentrer avant lui. Je pris les doubles de la clé et les amenai avec moi. On ne sait jamais, peut-être arriverais-je à le croiser aujourd'hui... Sur ce, je quittai mon logis et partit vers la station de police.
« Tu as fait QUOI!? » Hurla Bryant, les joues rouges de colère.
Je ne l'avais pas vu aussi furieux depuis longtemps. Je me tassai inconsciemment dans mon siège.
« Vous m'avez bien entendu; J'ai accueilli cet homme chez moi. Il n'a plus de foyer! » Je défendis mes actions, tout en sachant que j'avais violé les règles établies.
« Je le sais bien, mais ce n'était pas à toi de t'en occuper!! Ton boulot est de l'interroger sur ce qui s'est passé! » Bryant ragea en me lançant un regard meurtrier.
« Mais c'est fait. Ou plutôt, il s'est confié à moi. Il m'a fait part de ses doutes sur un criminel potentiel, plutôt sur celui qui a envoyé le responsable de l'incendie. » Je répliquai immédiatement, tentant d'apaiser sa colère quelque peu.
Bryant se pencha en avant et joignit ses mains. Une lueur mauvaise brillait encore dans ses yeux. Je pensai qu'il ne devait pas s'être levé du bon pied ce matin. Il était rarement d'aussi mauvaise humeur...
« Mais éclaire-moi donc. »
« Selon lui, il s'agirait de Mithos Yggdrasil. » Je concédai et attendit la réaction de mon patron.
Elle ne tarda pas à venir. Il me regarda avec surprise et je jurerais que je l'avais vu pâlir. Mes doigts se mirent à pianoter sur mes cuisses sans que je leur ordonne. Je me sentais nerveux sous le regard étrange de Bryant.
« ... C'est une blague!? Pourquoi un yakuza tel que lui perdrait son temps à immoler une malheureuse famille? » Il marmonna plus pour lui que pour moi, car je l'entendis à peine. Je le vis sortir maladroitement une cigarette et ne pensai même pas à protester cette fois. Ce n'était vraiment pas le moment. Je pensai plutôt à sa question et cherchai une réponse. Kratos ne m'avait pas spécifié la raison, mais je pus facilement la deviner.
« Je suppose qu'il a fait ça pour lui montrer l'exemple. Kratos est son subordonné direct. Il a dû lui désobéir et il l'a puni en tuant sa famille. » Je me surpris de la neutralité de ma voix alors que je faisais une suggestion aussi horrible, mais qui semblait tellement vraie...
« Tu veux donc me dire que tu as hébergé un criminel chez toi!? » Bryant siffla entre ses dents en me fixant du regard.
Merde. J'avais oublié ce léger détail... Je devais défendre Kratos! Je lui avais promis de le protéger, pas de le vendre à la police! Je soutins le regard de mon supérieur.
« Écoutez-moi, commissaire. Kratos n'a jamais voulu le servir. Vrai, il a commis des crimes, mais jamais de son plein gré. Est-il juste pour nous de le condamner!? » J'essayai de lui faire comprendre mon point de vue.
Je grimaçai lorsque je vis son regard s'assombrir et sa main écraser violemment la cigarette à peine entamée dans le cendrier. Super. Il était très énervé.
« Alors si je suis ta logique, la moitié des criminels du Japon pourraient courir en liberté sous prétexte qu'on leur a forcé la main. Combien de fois dois-je te dire de ne pas laisser tes sentiments entraver ton jugement!? » Bryant s'énerva et se prit la tête entre les mains.
Je me sentis mal de le mettre dans un tel état. Je savais qu'il avait raison, mais j'avais pris l'habitude de toujours faire ce que je croyais le mieux. En l'occurrence, aider Kratos à se sortir de sa situation. Mais cela n'excusait pas la situation dans laquelle je forçais l'homme assis en face de moi. Cet homme qui avait fait tant pour moi. Je baissai le regard honteusement.
« Je... je suis désolé, mais c'est plus fort que moi. » Je m'excusai sans pouvoir le regarder dans les yeux.
« Je sais. Je te connais depuis longtemps. Et tu es prêt à croire en ses paroles? » Bryant me demanda sérieusement, regagnant un peu de calme. Je relevai le regard et le regardai, déterminé.
« Oui. Mon intuition me dit qu'il dit vrai et elle ne m'a jamais failli. » Je lui répondis fermement la vérité.
Je n'avais jamais douté de Kratos lorsqu'il m'avait fait part de ses doutes. Une voix à l'intérieur de moi m'avait dit de lui faire confiance et c'est ce que j'avais fait. Cette voix m'avait toujours été fidèle. Bryant croisa les bras et ferma les yeux un moment. Lorsqu'il les rouvrit, il me fixa sans une once d'hésitation.
« Et tu sais que je te fais confiance. D'accord. Tu peux lui accorder ta protection, mais seulement durant l'enquête. Il devra tout de même répondre de ses crimes après. »
Je reçus ses paroles comme un coup de fouet. Ce n'est pas ce que j'avais promis! J'avais dit à Kratos qu'il n'irait pas en prison! À ce rythme, je devrais revenir sur mes paroles et il n'en était pas question! Je me relevai à moitié et fronçai les sourcils.
« Mais... » Je commençai à protester contre cette décision, mais Bryant me coupa court.
« Ne me pousse pas à bout, Yuan. » Il m'avertit d'une voix menaçante et je n'osai pas pousser le sujet plus loin pour le moment.
« Veuillez me pardonner, commissaire. » Je marmonnai à contrecœur.
Bryant n'y paya pas d'attention. Il plaça une main sous son menton et regarda son cendrier d'un air songeur.
« Mithos Yggdrasil, hein... Cela va poser problème. Un gros problème. Nous sommes incapables de mettre la main sur lui depuis des années. Il a toujours remis le blâme sur ses hommes et tous ses crimes sont restés impunis. T'attaquer à lui tête première serait du suicide, j'espère que tu en es conscient? »
« Oui. C'est pourquoi j'ai pensé à un autre moyen, mais j'aurais besoin de votre approbation. » Je me préparai à lui exposer l'idée qui me trottait en tête depuis ma conversation avec Kratos hier soir.
« Je crois deviner ce que tu as en tête. » Bryant me fit signe de continuer, son visage toujours aussi sérieux.
Je décidai de me lancer et espérai qu'il accepte ma suggestion.
« Je dois infiltrer son organisation. C'est le seul moyen pour amasser assez de preuves pour le coincer.» Je lui révélai ma stratégie tout en supportant son regard. Il ne parut pas surpris et son visage s'assombrit davantage.
« J'avais peur que nous en venions à cela. Mais je ne t'en empêcherai pas. Je suis tout de même celui qui t'as mis sur ce dossier. Tu sais au moins dans quel danger tu te mets? »
Tout au fond de moi, j'avais peur de ce qui m'attendait une fois infiltré, mais je gardai cette peur au loin. Elle ne ferait que me nuire. Je hochai la tête avec conviction.
« Oui. J'en suis conscient et cela ne m'arrêtera pas. »
« Je sais! Tu peux être tellement têtu quand tu veux! Comment comptes-tu t'infiltrer? Il te faudra une sérieuse couverture... »
J'y avais déjà réfléchi et le nom d'un de mes vieux amis m'était tout de suite venu en tête.
« Je vais demander à Botta qu'il m'aide. Sa fausse identité en tant que chef d'une importante famille de Yakuza pourra me servir. J'ai entendu dire qu'il fait souvent affaire avec Yggdrasil et qu'il a obtenu sa confiance. »
Bryant se frotta les tempes et referma le dossier contenant le rapport que je lui avais donné.
« C'est probablement la meilleure option. Prends contact avec lui le plus vite possible. Je veux que tu me donnes un rapport régulier sur cette enquête. » Il m'ordonna d'une voix qui n'accepterait pas qu'on le contrarie.
« Compris. Je vous remercie de m'accorder votre confiance, commissaire. » Je me levai et m'inclinai respectueusement devant mon supérieur. Je fus soulagé qu'il me laisse exécuter l'enquête comme je le souhaitais.
« Ce n'est rien. Tu ne m'as jamais donné de raisons de ne pas le faire, Yuan. Je te demande seulement d'être prudent. » Je sentis l'inquiétude dans sa voix. Je lui répondis par un sourire à demi confiant.
« Je ferai de mon mieux. »
Je sortis du bureau quelques heures plus tard, après avoir réglé plusieurs papiers importants. J'étais content d'avoir obtenu la permission de mon supérieur. Il ne me restait plus qu'à convaincre Botta! Je sortis mon cellulaire de ma poche et composai le numéro de mon vieil ami, espérant qu'il me réponde. À la troisième sonnerie, il décrocha.
« Oui, ici Anji Yabuki. J'écoute. » Je reconnus la voix de mon ami malgré le nom de sa fausse identité. Il semblait préoccupé. Il ne devait pas être seul. Je décidai donc de ne pas révéler mon nom au cas où la conversation serait écoutée.
« Mon vieil ami! Comment vas-tu? » Je lui parlai d'une voix enjouée et priai pour qu'il me reconnaisse malgré le nombre de semaines où je ne l'avais pas vu.
Je sus que j'avais réussi mon coup lorsque Botta resta silencieux un long moment. J'entendis à l'autre bout de la ligne un froissement de tissus et la voix de mon ami s'adressa à quelqu'un d'autre que moi.
« Excusez-moi un moment. »
Un long moment se passa sans qu'il ne parle à nouveau et le bruit d'une porte se refermant me parvint. Je m'accotai nonchalamment contre ma voiture et attendit qu'il parle.
« Yuan!? Je peux savoir pourquoi tu m'appelles soudainement? » Botta me demanda d'une voix pressée et quelque peu irritée.
« Tu es libre ce midi? J'ai besoin de te parler. » J'allai droit au but.
J'aurais le temps de lui dire le motif de mon appel en privé. Ici, il y avait trop de chance qu'on nous entende. Botta prit quelque temps avant de me répondre.
« C'est si urgent? » Insista-t-il d'un ton inquiet cette fois.
« Oui. » Je répondis simplement. C'était la pure vérité. Je l'entendis soupirer.
« Bon, d'accord. Attends-moi au restaurant Gionzushi à 12h30. Je t'y rejoindrai. »
« Parfait, mais viens seul. » Je l'avertis et il soupira à nouveau. Je m'en voulus un peu de le déranger autant. Il semblait à bout de nerfs.
« Si tu y tiens tant... » Sur ce, il raccrocha et je fis de même. Je regardai ma montre et vit qu'il me restait une heure avant de devoir le rejoindre au restaurant. Je savais ce qu'il me restait à faire avant de m'y rendre. C'était le temps de faire les boutiques.
Je m'assis dans un coin tranquille dans le restaurant et attendit l'arrivée de mon ami. Je me sentis inconfortable dans mes nouveaux vêtements, mais je devais m'y faire. Si tout allait bien, à partir d'aujourd'hui je devrais vivre sous une seconde identité. Je ne pouvais plus me permettre de revêtir mon uniforme. J'étais donc allé m'acheter une nouvelle garde-robe. Je portais maintenant des pantalons noirs à taille basse avec une ceinture pointée, un gilet noir griffé et un long manteau beige. J'avais attaché mes cheveux en une longue tresse et mis des lunettes de soleil. Je ne me sentais pas du tout de moi-même en ce moment. Je vis alors Botta entrer dans le restaurant. J'enlevai mes lunettes et lui fit signe de me rejoindre. Il était vêtu d'un complet veston cravate. Très classe pour le chef d'une famille de yakuza... Je vis la surprise se peindre sur ses traits. Il vint me rejoindre, mais resta debout, me détaillant du regard.
« Anji! Je suis content que tu aies pu venir. » J'utilisai son nom d'emprunt au cas où nous serions écoutés. Je lui souris et lui indiquai la place devant moi.
« Peux-tu me dire ce que tu fais, accoutré comme ça? » Botta me demanda en s'assoyant et croisa les bras, me toisant de la tête aux pieds.
« Tu n'aimes pas? J'ai décidé de changer de style. » Je blaguai en souriant à mon vieil ami et je le vis rendre mon sourire.
« Content de te revoir aussi. » Il me répondit et se relaxa dans sa chaise.
La serveuse vint prendre nos commandes et j'attendis qu'elle se soit éloignée avant de me pencher vers Botta.
« Est-ce qu'il y a une chance que tu sois suivi? » Je murmurai en jetant des regards en biais.
« Qu'est-ce que c'est que cette question? Bien sûr que non. » Botta fronça les sourcils et me dévisagea.
Je soupirai, mais ne m'éloignai pas de Botta.
« Bien. Notre discussion ne doit être entendue par personne. » Je lui confiai en murmurant toujours.
Botta gratta la barbe qui ornait son menton et haussa un sourcil.
« Là, tu as piqué ma curiosité. Je ne te vois pas durant des semaines et maintenant que tu te décides à me parler, il s'agit de quelque chose d'ultra confidentiel? » Je vis un sourire narquois naître sur ses lèvres. Je soutins son regard et mes traits devinrent sérieux.
« Je t'en prie, Botta, ne joue pas à ça avec moi. On m'avait attribué une enquête très difficile et je n'ai pas eu de repos durant deux mois. Je suis désolé de t'avoir, disons... ignoré. » Je m'excusai, étant la seule chose que je pouvais faire. Il était vrai que je n'avais pas eu de temps pour autre chose. Botta ricana légèrement
« Ça va, je plaisantais. Alors, pourquoi as-tu si besoin de me parler? » Il me demanda d'un air confidentiel.
J'allais lui répondre, mais la serveuse arriva avec nos boissons et je dus attendre qu'elle parte avant de me lancer.
« J'ai besoin que tu m'accordes une faveur. »
« Je t'écoute... » Botta sembla devenir sceptique.
« Tu connais bien Mithos Yggdrasil? » Je décidai de mettre toutes mes cartes sur la table. Il ne me servait à rien de lui cacher quoi que ce soit.
« Oui... où veux-tu en venir? » Son ton resta prudent, comme s'il savait ce que j'allais dire ensuite. Je pris une grande respiration.
« J'aurais besoin que tu m'aides à infiltrer son organisation. » Je lui avouai et attendis l'explosion de colère qui suivrait. Je n'étais pas loin. Botta me regarda avec horreur.
« Quoi!? Mais tu... tu es malade ou quoi!? » Il siffla entre ses dents pour que personne n'entende.
« Je t'en prie, ton organisation fait souvent affaire avec la sienne, non? Tu peux sûrement m'aider! Tu es le seul à qui je peux le demander. » Je le suppliai, espérant que ma voix lui laisserait voir à quel point je devais le faire. Il secoua la tête et ferma les yeux.
« Tu ne sais pas à qui tu te frottes. Mithos Yggdrasil est l'homme le plus dangereux du Japon! S'il découvre ton identité... »
« Je sais tout ça. Mais je suis sur une enquête importante et je n'ai pas l'intention d'abandonner. De plus, le commissaire Bryant m'a déjà donné le feu vert. » Je tentai de convaincre mon ami.
Botta soupira et prit une grande gorgée de son verre de saké.
« C'est du délire... Si je décide de te faire infiltrer, je dis bien si, tu mettras non seulement ta vie en jeu, mais la mienne aussi!! » Il s'énerva en jetant des regards derrière lui.
« Je ne me ferai pas attraper. » J'affirmai, mais je n'en étais pas sûr moi-même.
Botta ouvrit la bouche pour me répondre, mais nos plats principaux arrivèrent à ce moment et il attendit que nous soyons à nouveau seuls. Il me fixa d'un regard sévère.
« Encore aussi sûr de toi qu'auparavant, hein? Et je suppose que tu ne changeras pas d'idée? »
« Absolument pas. » Je lui rendis son regard avec une ardeur qu'il me connaissait bien.
Botta resta silencieux un long moment, observant son assiette encore non entamée. Il finit par relever le regard.
« Je vois. Je vais accepter à une condition. » Sa voix ferme me fit voir qu'il ne broncherait pas sur ce point. Au moins, réalisai-je avec soulagement, il acceptait de m'aider. Je pris une bouchée avant de lui demander en quoi consistait cette condition.
« Laquelle? »
« Je veux savoir pourquoi tu tiens tant à le coffrer. »
Je me mordis nerveusement la lèvre. Je ne voulais pas lui dire la raison, mais je n'avais pas vraiment le choix, non? Je me lançai, mais tentai de cacher certains détails pour le moment.
« Il a envoyé quelqu'un assassiner la famille d'un de ses hommes. Des innocents qui n'avaient rien à faire avec tout ça... » Je murmurai d'un ton peiné en me rappelant l'expression de Kratos.
« Je vois. Mais ce n'est pas la seule raison, n'est-ce pas? Tu as déjà laissé filer des criminels qui avaient fait aussi pire et tu n'en as pas fait de cas... »
J'eus envie de maudire Botta. Il me connaissait trop bien et savait que je cachais une partie de la vérité. Je n'osai pas le regarder et l'entendit s'impatienter.
« J'écoute... » Il me poussa à parler.
« Bon. C'est... cet homme, il s'appelle Kratos. Je l'ai rencontré. Je lui ai promis que je l'aiderais à se venger d'Yggdrasil. » Je continuai et espérai qu'il serait satisfait. Je le maudis encore lorsqu'il parla.
« Et? Je ne vois encore rien de nouveau. »
Je grognai d'irritation. Je ne pouvais rien lui cacher, n'est-ce pas? Mais lorsque j'y pensai, il méritait de le savoir. Après tout, il allait mettre sa vie sur la ligne pour moi. Si je me faisais découvrir, il n'allait certainement pas en sortir indemne lui non plus.
« C'est que je... je me suis vu en lui, Botta. La même souffrance, le même vide, la même incompréhension... Je ne sais que trop bien ce qu'il vit. Je l'ai vu en ses yeux... Son regard me hante! Je ne veux plus voir une telle tristesse sur son visage... » Je murmurai d'une voix brisée en me rappelant hier soir.
« Mais tu sais aussi bien que moi que la vengeance n'apporte rien! Il ne s'en trouvera que plus brisé à la fin... » Botta répliqua d'un ton triste. Je ne pouvais qu'être d'accord avec lui, mais n'empêche...
« Je sais. Mais si ça peut l'aider à passer au travers de sa peine... »
Botta soupira et me regarda dans les yeux.
« D'accord. Je vais t'aider. Tu sais, ta demande tombe au bon moment. » Botta m'avoua et je le regardai avec confusion.
« Qu'est-ce que tu veux dire? »
« Que l'un des informateurs d'Yggdrasil s'est fait tué hier. Il m'a contacté pour me demander de lui en fournir un autre, sans quoi je pourrais dire adieu à toute ma business avec lui. » Botta grogna et je vis que cette perspective ne l'enchantait guère. J'imagine qu'avoir des liens avec la famille de yakuza la plus influente aidait beaucoup pour les enquêtes.
« Alors, je vais prendre sa place? » Je lui demandai d'un ton neutre.
« Exactement. Ce sera le moyen le plus efficace pour ton enquête, mais aussi le plus dangereux. Tu devras infiltrer d'autres clans pour son compte. Ce sera très difficile, je ne te le cache pas. »
« Je n'ai pas peur de mourir. » J'avouai avec une certitude qui sembla le déstabiliser. Que pouvais-je dire d'autre? Il était vrai que je n'avais pas peur de mourir. Rien en ce monde ne me retenait. Si je devais mourir pour la justice, alors soit. Je l'accepterais. Botta me sourit tristement. Je crois qu'il comprit mes sentiments.
« Je vois. Écoute, Yggdrasil demande à ce que je le rencontre aujourd'hui même pour lui présenter son nouvel informateur. Tu crois que tu seras prêt? »
« Pas de problème. » Je hochai la tête avec conviction.
« Alors, viens me voir à deux heures cet après-midi dans mon quartier général. Nous nous rendrons peu après chez Yggdrasil. »
« Parfait. On se voit tout à l'heure. » Je lui dis avant de laisser la note payée sur la table. Je me levai et entendis la voix de Botta s'élever derrière moi.
« Yuan! J'espère que tu sais ce que tu fais... » Il me souffla et je lui souris avant de le saluer de la main. Non, je ne savais pas ce que je faisais. Tout homme sensé qui tenait à la vie aurait évité de se frotter à Yggdrasil comme j'allais le faire. Mais je n'étais pas un homme sensé. Je ferais tout pour le faire payer pour ses crimes, peu importe ce qui faudrait que je sacrifie au passage...
Lorsque je passai voir Botta à son bureau, tout se passa très vite. Il me donna un nom d'emprunt et me construisit une identité au sein de sa famille de yakuza. Nous nous rendîmes ensuite au bâtiment qui abritait le plus dangereux criminel du Japon... Je me sentis devenir nerveux alors que je sortais de la voiture de Botta et je regardai le sombre bâtiment. C'était donc ici que travaillait Kratos... Je ne savais comment il pouvait rester sain d'esprit en passant tant d'heures dans cet endroit lugubre... Botta me tapota l'épaule et me sourit. Je lui souris en retour avant de me reprendre en main. Je me préparai à rencontrer Mithos Yggdrasil.
Lorsque nous entrâmes, nous fûmes guidés jusqu'à la salle d'audience par un jeune homme au visage arrogant et aux cheveux orangés. Au premier regard, il me déplut tout de suite. La manière dont il marchait, comme si l'endroit lui appartenait, me tapait sur les nerfs. Je me retins pour ne pas le lui faire savoir. Je devais garder un masque impassible. Il nous ouvrit la porte de la salle et nous fit signe de la tête d'entrer. Je suivis Botta et l'imitai alors qu'il s'inclinait respectueusement devant Yggdrasil. Lorsque je relevai la tête, je pus prendre en compte mon environnement. Je me trouvais dans une grande salle aux couleurs aussi mornes que le reste des corridors et qui ne comptaient autre mobilière que trois chaises. Dans la plus somptueuse était assis un homme aux longs cheveux blonds et aux vêtements blancs. Mithos Yggdrasil. Ce ne pouvait être que lui. Mon regard vint se poser sur l'homme qui était assis à sa droite. Kratos. Je croisai son regard et vis la surprise dans ses prunelles sombres. Et quelque chose d'autre. De la colère? Peut-être. Je forçai mon regard ailleurs pour ne pas laisser mon masque tomber. Je ne devais pas manquer ce coup-là. Je vis le jeune homme arrogant venir s'assoir à la gauche d'Yggdrasil. Je regardai attentivement cet homme au visage cruel et plein de malice. Cet homme qui était la cause de la mort de tant d'individus... Je compris, seulement avec un regard, pourquoi Kratos le redoutait tant. Sa présence seule me fit ravaler durement, mais je me refusai à détourner le regard. Si je voulais qu'il m'accepte, je devais lui montrer que je n'avais pas peur de lui. Je fixai ses prunelles inquisitrices et laissai Botta me présenter. Il me fit avancer et je m'agenouillai, ne quittant jamais Yggdrasil du regard.
« Yggdrasil, voici Sano Nagano. Il est l'un de mes meilleurs informateurs. Il ne m'a jamais laissé tomber. Il devrait vous suffire amplement pour remplacer Magnius. » Botta annonça d'une voix neutre et égale.
« Je suis à votre service, Yggdrasil. » Je répliquai et espérai que ma voix paraisse neutre elle aussi.
Je baissai humblement la tête et attendit en silence. J'entendis un rire froid et calculé et des frissons me parcoururent le dos. Je n'avais pas besoin de relever la tête pour savoir de qui il s'agissait. J'entendis quelqu'un se lever et je vis bientôt une paire de souliers blancs dans mon champ de vision. Une main agrippa mon menton et le souleva durement. Mon regard rencontra deux orbes bleutés froids comme la glace. Je soutins ce regard qui me vrillait jusqu'aux tréfonds de mon âme. Je parvins à garder mon masque et calmai les battements de mon coeur. Bientôt, je vis ses lèvres s'étirer en un sourire mauvais.
« J'aime ce regard. Tant de détermination! Anji, tu m'as apporté un chien bien fidèle cette fois! Il me paraît bien mieux que Magnius. » Yggdrasil parla d'une voix amusée en tournant le regard vers Botta qui hocha la tête.
Je réprimai ma colère et mon indignation tant bien que mal alors que j'étais traité comme un animal. Je vis du coin de l'oeil que Kratos avait autant de mal que moi à retenir ses pulsions. Son regard s'était assombri et il serrait les poings sur ses cuisses. Soudain Mithos me relâcha et revint s'assoir sur son siège. Il regarda Botta d'un air ennuyé comme s'il n'était plus digne de son attention.
« C'est parfait, je le garde avec moi. Tu es chanceux cette fois encore, Anji. Tu as intérêt à ne jamais me décevoir. » Le reste de ses paroles fut prononcé d'un ton menaçant.
Je vis Botta pâlir et il acquiesça vivement. Je compris pourquoi cet homme était reconnu aussi dangereux... Il était imprévisible et pouvait se débarrasser de n'importe qui lorsqu'ils n'étaient plus utiles à ces yeux. Je réalisai que j'allais jouer dans un terrain encore plus dangereux que je ne l'avais pensé. Je tentai de garder mon sang-froid.
« Tu peux partir maintenant. Je te contacterai plus tard pour te dire si ton protégé est à la hauteur de mes attentes. » Je sentis son regard me brûler et je me relevai sans montrer d'émotions.
Botta s'inclina et fit marche arrière sans un mot. Il passa à côté de moi et m'effleura l'épaule d'un geste imperceptible aux autres occupants de la pièce. Ce geste me donna plus de courage. Je restai immobile et attendis qu'Yggdrasil me dicte quoi faire. Je le vis me jeter un regard avant de tourner la tête vers Kratos.
«Kratos, pourquoi ne montrerais-tu pas à ton nouveau « frère » l'endroit où il devra travailler désormais? » Il lui demanda d'un ton mielleux qui me donna des frissons. Vraiment, cet homme était dangereusement imprédictible... Kratos hocha la tête et se leva.
« Comme tu veux, Mithos. » Il répondit d'un ton morne que je ne lui connaissais pas.
Kratos me fit signe de le suivre, ce que je fis avec appréhension. J'avais lu dans ses yeux que quelque chose n'allait pas. Il tourna le coin du corridor sans dire un mot. N'était-il pas sensé me faire visiter l'endroit que je côtoierais durant les prochains mois? Je fronçai les sourcils devant son silence. Nous marchâmes ainsi durant plusieurs minutes et je me sentis perdu dans un labyrinthe où tout était semblable. Nous passions devant la porte ouverte d'une chambre lorsqu'il ralentit. J'étais sur le point de lui demander ce qu'il faisait lorsqu'une main puissante empoigna le col de mon manteau et me poussa sans ménagement dans la chambre. Irrité, je me retournai vers Kratos pour lui demander ce qui lui prenait, mais je n'en eus pas le temps. Kratos me jeta brutalement contre le mur et pressa son avant-bras sur ma gorge, m'empêchant presque de respirer. Il referma la porte d'un violent coup de pied avant de me jeter un regard meurtrier.
« Peux-tu me dire ce que tu fabriques ici, nom d'un chien!? » Me demanda-t-il d'une voix menaçante qui me fit frissonner.
J'agrippai son avant-bras pour tenter de le déloger, car je parvenais à peine à respirer maintenant. Il ne bougea pas d'un pouce. Je grognai d'irritation.
« Je pourrais t'expliquer... si tu me laissais au moins... respirer... » J'haletai, incapable d'articuler une phrase clairement sous la pression de son bras.
Je le sentis relâcher légèrement son étreinte, assez pour s'assurer que je ne meure pas d'asphyxie, mais il ne me lâcha pas pour autant. Son regard me vrillait toujours de la même intensité.
« Et pourquoi je ferais ça, hein? » Il me répliqua durement.
« Parce que tu ne voudrais pas... avoir ma mort sur la conscience... » Je parvins à répondre la première chose qui me vint à l'esprit.
Cela sembla lui suffire. Il me relâcha vivement et commença à arpenter la pièce de long en large. Je frottai ma gorge douloureuse et reprit difficilement ma respiration. Je l'observai durant ce temps. Il paraissait hautement énervé. Je l'étais aussi. Qui ne le serait pas après avoir été traité de cette manière?
« Qu'est-ce qui te prend, Kratos!? » Je lui demandai d'un ton irrité.
Sa réaction ne se fit pas attendre. Il pivota rapidement et me fusilla du regard. Je restai pétrifié sur place et ne put me détacher de ses prunelles sombres et menaçantes.
« Comment ça, ce qui me prend!? C'est à moi de te poser cette question! Comment as-tu pu avoir l'idée de venir ici? C'est du suicide!! » Kratos s'emporta et recommença à faire les cent pas.
« Tu sais autant que moi que c'est le seul moyen pour arriver à le coincer. » Je répliquai plus froidement que je l'aurais voulu. Le voir s'emporter contre moi alors que je voulais l'aider m'irritait.
Mes paroles énervèrent Kratos encore plus. Il vint me rejoindre d'un pas furieux et sa main frappa le mur à côté de ma tête. Je sursautai de son accès de violence et le vit rapprocher son visage du mien.
« Alors si c'est le cas, tu aurais dû simplement abandonner l'enquête!! Je ne t'ai pas révélé tous ces secrets pour que tu ailles mettre ta vie en danger comme ça! » Je sentis son corps trembler de colère.
« Je n'ai pas peur du danger. » Je murmurai avec conviction.
Kratos posa sa main libre de l'autre côté de ma tête. J'étais littéralement piégé entre lui et le mur. Je le dévisageai alors qu'il continuait à s'énerver contre moi.
« Tu ne sais pas à qui tu t'opposes!! S'il découvre ta vraie identité, tu ne t'en sortiras pas avec seulement un membre cassé ou deux... Il te tuera de la façon la plus lente et cruelle qu'il trouvera, je peux te le jurer. » Il m'avertit gravement et ferma les yeux.
Cette fois c'en était trop. J'en avais marre qu'on me dise quoi faire, qu'on tente de me faire changer d'idée sur tout. Je repoussai Kratos brutalement et le fusillai du regard.
« Arrête de me dicter quoi faire! Je ne changerai pas d'idée!! J'ai décidé de t'aider et je le ferai par tous les moyens! » Je m'emportai contre lui.
Je savais qu'il ne méritait pas que je lui hurle dessus, mais ma frustration s'était accumulée durant la journée et j'en avais eu assez. Je m'attendis à ce qu'il s'énerve encore plus, mais à ma grande stupéfaction, il baissa la tête et alla s'assoir sur le lit de la chambre. Il se prit la tête entre les mains et ses cheveux cachèrent son visage. Je ne pouvais voir son expression.
« Pourquoi agis-tu ainsi? Tu ne me fais pas confiance? Tu crois peut-être que je ne sais pas me défendre? » Je lui demandai, voulant avoir une réponse honnête.
Kratos devait avoir confiance en moi. S'il ne le faisait pas, comment pourrions-nous travailler ensemble pour arrêter Yggdrasil? Je le vis secouer lentement la tête.
« Ce n'est pas ça. Ce monde est beaucoup plus dur que tu ne pourrais te l'imaginer, Yuan. » Il murmura d'un ton abattu.
Je sentis mes pas me mener jusqu'au lit et je m'assis près de lui. Je cherchai à voir son visage.
« J'en suis conscient, mais je dois le faire, peu importe ce que je devrai endurer pour arrêter le meurtrier de ta famille. » Je répliquai d'un ton ferme, mais plus doux que tout à l'heure.
Kratos me regarda et je vis à nouveau ce regard. Le même regard que je m'étais juré de ne plus jamais voir. Je détournai les yeux rapidement. Je ne pouvais le supporter...
« Yuan, comprends-moi... Je ne veux plus que quelqu'un d'autre meure à cause de moi. »
Je le regardai à nouveau. Il croyait donc qu'il était responsable de la mort de sa famille et qu'il serait responsable de ma mort aussi... Quel idiot. J'avais pris seul la décision de me placer dans un tel danger.
« Et je ne veux pas que cet enfoiré s'en sorte après ce qu'il a fait à ta famille. » Je répliquai fermement, ne lui laissant pas de place pour argumenter à nouveau.
Il soupira et un sourire triste naquit sur ses lèvres.
« Tu es têtu, tu le sais ça? » Il me fit remarquer avec une pointe d'humour dans la voix.
Je souris à mon tour et ris doucement.
« On me le dit souvent, en effet. » Je repensai à Bryant, qui me l'avait fait remarquer ce matin même.
Kratos redevint sérieux et il me serra l'épaule fortement, obtenant toute mon attention.
« Mais je suis sérieux, tu sais. Si jamais tu venais à mourir à cause de moi, je... » Sa voix tremblait et je le coupai avant qu'il ne finisse sa phrase. Je plaçai ma main sur celle qui tenait mon épaule et je la serrai.
« Ça n'arrivera pas. Je ne laisserai pas la situation dégénérer à ce point. Je t'en conjure, crois-moi. De toute façon, je ne peux plus faire marche arrière. » Je tentai de le convaincre avec des paroles fortes, ce qui s'avérait difficile puisque je n'en étais pas sûr moi-même.
« J'espère vraiment que tu as raison... vraiment. » Il me dit faiblement.
Le silence s'installa et je devins enfin conscient que ma main serrait toujours la sienne. Kratos sembla le remarquer aussi et fixa mon épaule. Je retirai vivement ma main et détournai le regard. Je sentis sa main quitter mon épaule et je savais qu'il m'observait. Je ne savais pas ce qui me prenait. J'étais nerveux. Il n'y avait que lui pour me rendre dans cet état. Je cherchai quelque chose à dire pour briser le silence gênant. Je pensais alors à quelque chose que je m'étais promis de remettre à Kratos.
« Oh! J'allais oublier. Tiens. » Je fouillai dans ma poche et y sortis la clé de mon appartement.
Je la lui tendis et Kratos la fixa.
« C'est... » Commença-t-il.
« La clé de mon appartement. Pour que tu puisses venir à ta guise. »
« Merci... » Il prit la clé que je lui tendais et la mit dans la poche de sa veste.
Je me levai et marchai vers la porte avant de me retourner vers Kratos.
« Bon, et si tu me faisais vraiment visiter l'endroit cette fois, au lieu de me jeter contre un mur? » Je le taquinai en repensant à la façon brutale dont il m'avait traité.
Je le vis se renfrogner et il se leva à son tour.
« Je te ferais remarquer que ce n'est pas un jeu. » Il me gronda comme le ferait un parent avec son enfant. Non, mais vraiment. Il croyait que je considérais ça comme un jeu? C'était parfaitement le contraire.
« Je le sais bien, mais imagine que je me perde parce que tu ne m'as pas fait visiter comme l'a demandé Yggdrasil? Il va devenir soupçonneux. » Je lui fis remarquer.
Kratos sembla accepter ma réponse. Il me dépassa et jeta un coup d'oeil dans le corridor pour voir s'il n'y avait personne dans les parages.
« Espérons qu'il ne le soit pas déjà... » Il marmonna et me fit signe de le suivre.
J'étais d'accord avec lui. Nous ne devions pas éveiller ses soupçons en aucun cas. Ce genre d'homme serait prêt à tous les moyens pour découvrir un potentiel complot, j'en étais sûr. Je redoutais déjà la prochaine rencontre que j'aurais inévitablement avec Yggdrasil. J'espérai seulement ne pas me retrouver seul avec lui. Il m'effrayait plus que je ne voulais l'admettre...
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N/A :
Littlerosebud : Avec ce chapitre, l'enquête est commencée. Que va-t-il advenir de Yuan et Kratos? Et quelle peut être la première mission qu'Yggdrasil va donner à Yuan? Vous le découvrirez dans le prochain chapitre!!
Le chapitre 5 va sûrement être publié dans un court délai, car ma chère Saenda a terminé l'école et elle va avoir plus de temps maintenant. Attendez-le avec impatience!
Et si vous aimez cette histoire, nous apprécierions vraiment que vous laissiez un petit review. Nous pourrions savoir que cette histoire vaut la peine d'être écrite. :) Et nous remercions ceux qui ont déjà donné un review, nous apprécions énormément!!
