Or donc ! Mais diantre, qu'avons-nous là ? Mais c'est le chapitre 4 de Ouske !
Pondu dans les larmes et le sang, mes braves, pour m'obliger à ne pas laisser une fiction inachevée sur ce site : c'eut été le déshonneur, la fange, l'opprobre, et j'en passe.
Anonychous ou utilisateurs ayant désactivé les mp (Butty, j'te vise pas du tout), je vous réponse-à-reviewte.
Butty : Fye arrive TOUJOURS à ses fins quoi qu'il en soit. C'est Fye quoi. XD Bon, tu voulais la suite très vite, mais ça n'a pas été très rapide, désolée pour ça ! XD Sinon "ouske", ben ça veut dire ce que ça veut dire... "ou ce que" XD "là où c'est"... "où c'est"... Bref tout le trololo quoi. (Je sais que c'est tralala l'expression consacrée mais j'aime bien trololo.)
GreatLunatic : Merci à toi pour toutes tes reviews d'abord ! J'suis dans l'incapacité de te répondre puisque t'es en anonyme mais évidemment je les reçois toutes et elles me font énormément plaisir. Merci pour les compliments ensuite ! Pour le lemon, j'aime pas quand c'est vulgaire donc effectivement, tu risques pas de lire ça par chez moi XD Et sinon pour la suite qui sera bien... Je sais pas si elle le sera mais j'espère qu'elle te plaira quand même. :3
Et voilà mes braves, ce dernier chapitre ! Bonne lecture !
.oOo.
Il fait drôlement froid, ce matin. D'habitude, j'aime bien la fraîcheur, mais là, je trouve ça… bizarrement pas agréable. J'ouvre un œil, et puis l'autre. Et je me souviens.
Je suis en haut de la colline, au bord de la falaise où Fye m'a fait venir hier soir, et où on a passé une nuit tout à fait spéciale – sauf que de lui, il n'y a aucune trace. Mes habits sont sagement posés sur la pierre où il aurait dû se trouver, mais il brille par son absence. Derrière les collines, au loin, le soleil ne va pas tarder à se lever – j'imagine qu'il est parti se laver ou chercher de quoi petit déjeuner ; quoi qu'il en soit, quand je jette un regard au camp, en contrebas, je ne distingue pas sa silhouette.
Le corps lourd, et tout en me demandant vaguement pourquoi il ne m'a pas réveillé en même temps que lui, je me redresse, et j'enfile mes habits, pendant que des flashs tout à fait embarrassants de ce qui s'est passé la nuit dernière me reviennent en tête – ce qui me rappelle brusquement que j'ai fait le choix de le garder pour moi au lieu de le livrer au roi. Et que c'est une décision dont il n'est pas encore au courant, étant donné que je me suis endormi comme une masse avant de pouvoir lui en faire part. Je jette un regard au château – aujourd'hui sera donc le premier jour de reste de ma vie en tant que hors-la-loi…
Aucune importance, maintenant – depuis hier soir, mon opinion sur le sujet a drastiquement changé. Tant pis pour mon terrain et pour ma tranquillité ; le principal, c'est que le mage ne finisse pas entre les griffes de ce roi mégalomane et paresseux. Un peu plus réveillé, je refais le trajet d'hier en sens inverse, tout en regardant de ci de là voir si je croise le blond, sans résultat ; et au bout d'un quart d'heure, j'arrive au campement, où l'âne dort dans la même position que celle qu'il avait quand je l'ai quitté hier soir, Saku-rat nichée entre ses pattes, et où Fye n'est toujours pas là. Mais il y a des fruits fraîchement cueillis posés sur une grande feuille d'arbre, près du feu éteint, ce qui signifie qu'il a ramassé de quoi petit-déjeuner et qu'il est sans doute parti faire une balade. Peut-être que c'est en rapport avec ce qu'il me cachait la veille encore – j'avais presque oublié ce détail agaçant…
De toute façon, si je veux savoir, je n'ai pas d'autre choix que d'attendre son retour, maintenant.
C'est au moment où je commence à manger, après m'être confortablement installé à côté du feu, que Shao l'âne s'éveille – et Saku-rat aussi, probablement parce qu'il manque de l'écraser entre ses pattes quand il tente de se lever, l'imbécile.
- L'est où Fye ?
Je hausse les épaules.
- Parti se balader.
L'avantage de l'âne au réveil, c'est qu'il est moins causant qu'à n'importe quelle heure du jour, et ça, c'est inestimable, si on arrive à supporter ses bâillements, qui charrient une féroce odeur de viande avariée. L'inventeur de la brosse à dent était un génie – il lui a juste manqué l'idée d'en créer une adaptée aux ânes.
- Tiens, c'est quoi ce bout de papier ?
C'est Saku-rat qui, la première, a remarqué le truc, et qui a attiré la curiosité de l'âne en poussant des petits cris stridents. Ce qu'elle désigne de sa patte, c'est un morceau de feuille coincé sous une pierre, à quelques pas de nous, et que je n'avais absolument pas remarqué jusque là. Et c'est seulement à cet instant que j'ai comme une sorte de noir pressentiment, qui ne m'avait absolument pas effleuré juste là, imbécile que je suis.
Inquiet, je soulève la pierre, et je ramasse le papier – et je ne connais pas l'écriture du mage, je ne l'ai jamais vue jusqu'ici, mais dès que mes yeux se posent sur les premiers mots, je sais que c'est lui. Ça ne peut être personne d'autre, tout simplement – c'est pas l'âne ou la rate qui auraient pu tenir le crayon, déjà.
Il se passe quelques secondes avant que je n'ose lire ce que ce morceau de papier contient. Je me racle la gorge, avant de commencer à lire d'une voix mal assurée :
- "Tout le monde ! Merci de m'avoir accompagné jusque là. J'ai décidé de continuer tout seul ; étant donné que le château est visible, maintenant, je ne risque plus de me perdre. Je me suis dit que si le roi vous tenait pour responsables du fait que je ne sois pas une vraie princesse, il pourrait vous punir, et c'est pour éviter ça que je suis parti en avance. J'espère que vous ne m'en voulez pas trop. Ma petite Saku-rat, je suis désolé de t'abandonner de cette façon, mais je pense qu'avec ton nouvel ami Shao l'âne, tu te sentiras moins seule… Du moins, je l'espère. Je suis enchanté de vous avoir connu, et j'espère sincèrement avoir un jour l'occasion de vous revoir. Je vous embrasse tous – Fye."
Shao l'âne n'a même pas attendu la fin de ma lecture pour éclater en sanglots, tandis que moi, je n'arrive pas à croire à ce que je lis. Mes mains tremblent sur la feuille, mais c'est certainement pas de tristesse, ça non – c'est une putain de colère qui me ravage de l'intérieur.
Non mais c'est quoi, ça ? Je couche avec toi et je me tire après, c'est ça ? Super glorieux ! Alors ça, il ne l'emportera pas au paradis, celui-là. Et puis comment ça se fait que Saku-rat est la seule qu'il se soit soucié d'abandonner ? Et nous, on compte pour de la merde, peut-être ? J'ai l'atroce sensation d'avoir été utilisé, et ça ne me plaît pas du tout, du tout, du tout.
- Fyyyyeeeee ! Revieeeeennnns !
Ça, c'est l'âne qui chiale à gros bouillons, et c'est trop, là, la colère me submerge – je lui hurle :
- LA FERME ! LA – FERME ! Ça t'apprendra à t'attacher à un type qui ne te fréquente que parce que tu peux lui être utile !
Je suis horrible. Je sais très bien que Fye n'est pas comme ça, et j'imaginais que ça me soulagerait de débiter des horreurs sur lui, mais en fait, c'est même pas le cas. Je suis juste terriblement déçu, et je ne comprends pas ce qui a pu mener à ça. Alors que j'allais justement lui dire que je laissais tomber la mission…
J'aurais dû lui dire hier soir, j'aurais tellement dû lui dire hier soir… Merde…
Et c'est d'autant plus frustrant qu'il ne m'a même pas laissé de mot personnel… Comme si ce qu'on a vécu hier, à deux, ça n'avait pas plus d'importance que ça… J'aurais pourtant cru que ça aurait marqué son esprit – autant que la soirée a marqué le mien. Je pensais que quelque chose avait changé.
J'avais tort, on dirait.
Je déplie à nouveau le bout de papier que j'ai froissé dans ma colère, tandis qu'à côté de moi, Shao l'âne et Saku-rat se noient dans leur chagrin, et je le relis une nouvelle fois. Sa main n'a même pas l'air d'avoir tremblé quand il a écrit les mots… Et, pas plus que la première fois, il n'y a rien qui me soit destiné. Rien… Pas une seule phrase… Même pas mon fucking nom. Comme si je n'existais même pas !
La colère qui emporte tout à l'intérieur de moi me semble bien naturelle. Ce qui m'étonne, pourtant, c'est que par moments, il y a quelque chose qui l'emporte sur elle : la douleur. Étrange. C'est donc ça, le goût de la trahison. Est-ce qu'il voulait se faire pardonner, en cueillant des fruits, ce matin ? À supposer qu'il soit parti ce matin, bien sûr. Si ça se trouve, il a attendu que je me sois endormi avant de s'en aller… Il avait tout planifié d'avance…
L'idée me glace les sangs. Évidemment, il avait tout planifié… Ce manipulateur, ce cachottier, comment aurait-il pu en être autrement ? Tout était prévu depuis le moment où il m'a demandé de venir avec lui sur le rocher. Si pas déjà avant… Endormir ma méfiance, et s'enfuir. Pathétiquement simple, comme plan. Et rien ne dit qu'il soit effectivement allé trouver Ashura : à ce stade, comment lui faire confiance ? Il s'est peut-être volatilisé dans la nature, tout bêtement, et les ennuis, comme toujours, retomberont sur nous.
Il faut que je me calme… Le papier toujours dans la main, je m'éloigne du campement à grand pas, un nuage orageux paralysant mes pensées et m'empêchant de réfléchir. Marcher me fera du bien… Tant que j'évite les traces du mage.
Merde… Pourquoi ?
Au bout de dix minutes, une fois que le campement n'est plus en vue, je m'assois sur une pierre, et je déplie à nouveau le mot. Vraiment toujours rien ? Est-ce qu'il est vraiment parti sans même me laisser un message d'adieu ? Les yeux plissés sur le morceau de papier, je repère une petite flèche que je n'avais pas vue, dans le coin inférieur droit. Je tourne la feuille…
Bon. Ok. Je l'ai peut-être jugé un peu vite.
Kurogane,
(Ne lis pas ce message tout haut !) Avant tout, je suis désolé. Avec une nuit comme celle qu'on vient de vivre, j'imagine parfaitement ton désarroi à ton réveil, quand tu t'apercevras que j'ai disparu… Et je sais que tu m'aurais dit "on laisse tomber tout ça, le roi et sa quête de merde, on part de notre côté !". Enfin, c'est ce que tu marmonnais dans ton sommeil cette nuit, et c'est une des raisons qui ont fait que je suis parti en avance… Je ne veux pas faire de toi un hors-la-loi.
Si je pars en premier, c'est pour essayer de faire en sorte que ce soit le mieux possible pour vous. Je parlerai au roi de ton terrain et des squatteurs. J'inventerai quelque chose pour justifier votre absence à mes côtés, une épidémie de gastro-entérite dans notre groupe, ou quelque chose comme ça… Mais il vaut mieux que vous ne me rejoigniez pas.
Si jamais on se revoit malgré tout, je considèrerai ça comme un signe du destin… et à ce moment-là, je t'avouerai ce que je te cachais et ce que tu voulais tant savoir. Et comme je sais d'avance que tu regretteras d'être venu à me recherche quand tu apprendras ce secret, je te demande dès maintenant de laisser tomber et de rentrer chez toi. S'il te plaît.
Merci pour tout, je n'oublierai jamais ce que j'ai vécu à tes côtés… et encore moins notre nuit.
Fye.
Je fixe le mot, en silence. Je cligne des yeux. Je ne sais pas comment réagir… À part que j'ai envie de lui balancer un gnon dans la gueule pour tant de stupidité, mais enfin, j'imagine que c'est bien naturel. Et puis, où il a vu que c'était une mauvaise chose d'être hors-la-loi, d'abord ? Ça peut aussi être cool de la jouer rebelle et compagnie. Et je suis sûr que toute cette histoire aurait pu se régler beaucoup plus facilement !
Et d'abord, je suis le genre de type qui déteste qu'on lui donne des ordres. Ce crétin m'ordonne de ne pas aller le retrouver ? Pas besoin de me le dire deux fois : dans dix minutes, on sera partis pour le château. S'imaginer que je dirais amen à un bout de papier, c'est vraiment mal me connaître.
- On remballe tout, l'âne ! Dans dix minutes on est sur la route !
Je suis de retour au camp, et l'âne, qui était encore en train de chialer dans la même position (ridicule soit dit en passant) lève des yeux écarquillés vers moi.
- Quoi ?
- On va le chercher. Tu te secoues, oui ou merde ? On décolle, là !
C'était le mot magique, le sésame : aussitôt, il bondit sur ses pattes, l'air complètement remonté, les larmes dans ses yeux ayant magiquement disparu presque aussitôt.
- Génial ! s'exclame-t-il.
Bizarrement, il n'y a pas besoin de le pousser, dans un moment comme celui-là : en moins de trois minutes, tout est prêt, Saku-rat sur son dos, et je fixe le château d'un air menaçant. Je vais aller y récupérer mon dû (oui oui, mon dû ; c'est moi qui l'ai sorti de sa prison, donc il est à moi) et rira bien qui rira le dernier.
.oOo.
- Dis-moi, l'âne… Je me pose une question…
- Quoi ?
- Si on est partis ensemble en voyage, à la base, c'est parce que le roi t'a demandé de le faire pour pas que je me carapate avec la princesse.
- Et…?
- Et alors, bougre d'âne, c'est précisément ce que je suis en train de faire, et tu me donnes ta bénédiction. Tu serais pas un peu en train de jouer contre ton camp là ?
- Oooh…
Ah ouais, visiblement en fait, il y avait pas pensé du tout, le canasson. Tu me diras, ça m'étonne qu'à moitié, vu le niveau de son Q.I – on peut pas dire qu'il ait inventé la poudre, celui-là. Quoi qu'il en soit, il me regarde, puis il regarde le garde royal qu'il vient de mettre K.O d'un joli coup de sabot dans les noix, et finit par répondre :
- C'est vrai que c'est pas logique…
Et la lumière fut.
- Bah, en même temps, reprend-il, avant de m'ordonner de partir avec toi, il m'a enfermé dans un cachot pendant deux ans rien que parce que j'étais un âne qui savait parler.
Et là, pour la première fois, je me dis que ce roi, il a tout compris…
- Pourquoi il t'en a sorti, alors ? Il aurait pu demander ça à des tas d'autres gens…
- Apparemment, personne ne voulait prendre le risque de partir avec toi, ils avaient peur de se faire tuer. J'étais leur dernier espoir.
- Charmant, je grogne.
Entre nous, c'est lui qui courait le plus le risque que je le bute – mais j'ai réussi à garder mon sang-froid pendant tout le temps qu'a duré la balade. Je suis vachement fier de moi, en fait.
- Donc du coup, ajoute-t-il, j'ai un peu envie de dire que le roi, je lui suis pas extrêmement fidèle, quoi.
Ça tient pas debout, cette histoire – un roi (même un type aussi con qu'Ashura) n'enverrait pas un prisonnier pour surveiller un citoyen rebelle et l'empêcher de commettre un crime de lèse-majesté. Ça n'a pas de sens. Mon opinion personnelle sur la question, c'est plutôt que les geôliers devaient en avoir horriblement marre de l'âne, et qu'ils ont dû supplier le roi de l'envoyer loin d'eux sous peine de rébellion. Ouais, je crois plutôt que c'est comme ça que ça s'est passé.
- Quoi qu'il en soit, t'es avec moi ?
- Évidemment ! s'exclame-t-il en souriant de toutes ses dents d'âne. De toute façon, maintenant, c'est un peu tard pour faire demi-tour…
En disant ça, il fixe les deux sentinelles royales qui gardaient l'entrée dans la ville fortifiée, et à qui on vient de mettre la pâtée sans une once d'hésitation.
- Pas faux. Allez, on y va !
Sans un dernier regard pour les pauvres mecs étalés de tout leur long sur les pavés, on entre dans la ville. Elle est vide, toute vide, toute silencieuse, et sur chaque mur, il y a des affiches pour annoncer le mariage d'Ashura avec la princesse Fye – aujourd'hui même, dans les jardins du palais royal.
Eh ben, on peut dire qu'il perd pas trop son temps, le roi… Je serre les dents, je déchire une affiche pour le principe, et je me mets à courir vers la scène du crime – tout en me posant quand même de fameuses questions : est-il est vraiment possible qu'Ashura n'ait pas remarqué que sa future épouse avait un pack trois pièces intégré ? Et Fye, est-ce qu'il n'a même pas opposé la moindre résistance ? Est-ce qu'il s'est vraiment laissé entraîner docilement dans toute cette histoire ?
Si ça se trouve, il a vu Ashura, et il est tombé amoureux de lui…
Gosh. Non. Ne pas y penser, ça me donne des envies de meurtre. En plus, je ne vois pas quelle personne saine d'esprit pourrait tomber amoureuse d'Ashura. Même si Fye n'est pas exactement ce qu'on peut appeler "sain d'esprit", mais…
Ah, bordel. Dépêchons – la nuit commence à tomber, en plus. Le soleil s'enfonce de plus en plus derrière l'horizon et les étoiles s'allument les unes après les autres. Belle soirée pour récupérer une soi-disant princesse sur le point d'épouser un roi psychopathe et mégalo.
Il y a encore deux gardes qui tentent de nous empêcher d'entrer dans le château, mais un petit coup de pied bien placé les empêche de nuire plus longtemps – Shao l'âne devient un expert à ça. Ses sabots sont tout juste à la bonne hauteur, c'est pratique ; comme quoi, il a pas juste une grande gueule, dans tous les sens du terme.
- Ils sont où, les jardins ? demande l'âne, faisant preuve de sens pratique pour la première fois de sa vie.
- J'ai l'air de le savoir ?
Bordel, comme si j'avais une tête à savoir où se trouvent les jardins dans les palais royaux ! D'autant que celui-ci est super grand, et que se perdre dedans, c'est à peu près aussi facile que de réveiller un troll endormi en lui crevant un œil.
On a déjà fait au moins trois fois le tour du propriétaire, et alors que je commence à prier n'importe qui là-haut qui voudra bien m'entendre de faire en sorte que Fye ne se fasse pas passer la bague au doigt pendant que je suis en train de me perdre dans ce dédale de couloirs, la solution nous apparaît brutalement sous sa forme la moins agréable possible.
- Kurogane ! Te voilà enfin !
- Tomoyo !
Elle apparaît au détour d'un couloir, et je commence déjà à redouter le temps qu'elle va nous faire perdre au lieu de nous le faire gagner – c'est une championne pour ça – mais pour une fois, elle semble décidée à mettre la parlotte de côté, et me tire le poignet en me disant :
- Dépêche-toi ! T'as bénéficié d'un sursis parce que la messe du prêtre est interminable, mais si tu traînes encore, l'affaire va pas tarder à se conclure !
Bon sang !
- C'est par ici !
Elle trouve son chemin sans problème dans ce labyrinthe de couloirs, et pour la première fois, je suis content non seulement qu'elle soit là, mais qu'elle soit la cousine d'Ashura et qu'elle connaisse bien son château ; ça m'épargne de la peine. Rien que pour ça, faudra que je songe à être moins désagréable avec elle à l'avenir…
Enfin, si j'y arrive, c'est pas dit non plus.
Après cinq minutes de course interminable, on débouche enfin sur l'endroit où a lieu le mariage – les jardins royaux. Et j'en suis bouche bée. Ashura est un flemmard, mais quand il fait les choses, il met les petits plats dans les grands.
Je me trouve tout au bout d'une longue allée de graviers recouverte de pétales de fleurs blanches, ornementée tous les deux mètres d'arches où s'entrelacent des roses, et éclairée tout le long du chemin par des bougies qui menacent de s'éteindre à chaque coup de vent, mais qui ont tenu bon jusque là. De chaque côté de l'allée, des sièges décorés de tissu blanc vaporeux, en quantité innombrable – on dirait vraiment que toute la ville s'est réunie pour l'occasion. Sur la gauche, un énorme buffet avec des flûtes de champagne à gogo et des amuse-gueules.
Et le clou du spectacle : au bout de l'allée illuminée, Ashura dans son habit majestueux de roi, et Fye, mon Fye… en robe de mariée.
Wait. What ?
- C'est Fye ? bafouille l'âne, confondu de stupeur.
- On dirait…
Le pire, c'est que la robe lui va à merveille… J'hésite entre être fasciné ou être horrifié par la vision.
- Mais alors, Ashura ne sait pas que c'est un mec ? Fye lui a caché ?
Je tourne les yeux vers l'âne, une idée germant dans ma tête – il suffirait de pas grand-chose pour tout chambouler, si Ashura l'ignore… Mais Tomoyo, restée à côté de moi, me répond d'un air tranquille :
- Non, il sait. En fait, il est au courant depuis le début. Mais il a déguisé Fye en fille pour que ça passe auprès du peuple. Fais ce que je dis, pas ce que je fais…
- Le connard ! grogne l'âne, et je hoche vivement la tête en guise d'approbation.
- On va aller mettre un peu d'ambiance, je grogne.
D'ailleurs, il serait temps. Quelques personnes dans les derniers rangs ont repéré notre présence, et on doit avoir l'air suspicieux, parce qu'ils en parlent aux gens devant, qui en parlent aux gens devant, et petit à petit, toutes les têtes commencent à se tourner vers nous. Il est temps d'intervenir avant que la rumeur n'atteigne les premiers rangs. D'ailleurs, c'est le moment pile poil, si j'en crois ce que dit le prêtre.
- … Qu'il parle maintenant, ou se taise à jamais…
- OBJECTIOOOOON !
Toutes les têtes se tournent vers moi, dans un bel ensemble – ça faisait un moment que j'avais pas sollicité mes poumons d'une telle manière. De l'autre côté de l'allée, je vois Fye écarquiller les yeux, puis ses lèvres se fendent en un large sourire, et rien que ça, ça valait le déplacement, à mon avis. Maintenant, je peux tout affronter.
Je m'engage d'un pas conquérant dans l'allée, tandis qu'Ashura plisse les yeux pour mieux me distinguer (on est myope, en plus de ça ?), et finit par éclater de rire.
- Mais qui voilà ! Le cas social qui veut récupérer son bout de décharge !
- On avait un marché, je grogne. Je te livre ton colis, tu me rends mon terrain !
- Le colis est arrivé sans toi, le marché est donc caduque, répond le roi en ricanant.
Le sourire s'est fané sur les lèvres de Fye quand j'ai parlé de mon terrain, et il détourne le regard à la réponse du roi. Un peu de patience, bon sang ! Évidemment que je ne suis pas venu juste pour mon terrain ; je ne vois pas comment ce crétin peut y croire rien qu'une seule seconde.
- Ah ouais ? Alors si le marché est caduque, je reprends mon colis !
Et voilà. Il suffisait de ça pour que le sourire réapparaisse sur ses lèvres. Par contre, celui d'Ashura disparaît, remplacé par une expression singulièrement agacée, tandis que des "ooh" étonnés se font entendre dans les spectateurs.
Ashura jette un regard à ses gardes, qui se tiennent en rang d'oignon de chaque côté du prêtre, et s'apprête à les interpeller quand j'ajoute :
- Et puis imagine un peu ce que les gens diront quand ils sauront que la princesse que tu t'apprêtes à épouser est en fait un mec !
Là, c'est le jackpot. Les bouches s'arrondissent dans le public, et Ashura se fige – et Fye a l'air rayonnant de joie. Comme s'il n'avait attendu que ça, il arrache la robe de mariée d'un air enthousiaste, et là, j'ai envie de me jeter sur lui pour l'arrêter (bon sang, on se désape pas en public, c'est bon pour quand il est avec moi, ça !) mais je suis encore trop loin de lui pour ça – et sous sa robe, il porte un tee-shirt et un pantalon, de toute façon. Soulagement.
Autour de nous, je sens la surprise et l'indignation vibrer et enfler, et Ashura se sent obligé de dire :
- Je ne le savais pas…
- Menteur, répond Fye, qui fait entendre sa voix pour la première fois depuis que je suis arrivé. C'est toi-même qui m'a fourni le rembourrage pour le soutif.
Pendant que les protestations s'amplifient dans le public, Ashura se tourne vers sa "fiancée", et s'exclame d'une voix très peu convaincante :
- Tu… tu mens !
Soudain, un jeune homme se lève dans les premiers rangs du public – brun, jeune, plutôt beau gosse – et s'exclame à l'intention d'Ashura :
- Espèce de traître ! Et dire que t'as fait exiler Suzaku juste parce que je l'ai un peu embrassé à ton dernier anniversaire !
Toute la foule se tourne vers lui d'un même mouvement, et maintenant que je le remarque, il est installé à côté d'une petite qui ne m'est pas inconnue – c'est Nunnally, l'enfant aveugle qui m'a poussée dans cette quête. Je vois la bouche de la jeune fille s'ouvrir en un magnifique "o" avant qu'elle ne s'exclame :
- Quoi ? Grand frère, tu as embrassé Suzaku ?
Pas besoin de s'interroger sur l'identité du type – visiblement, c'est son grand frère Lelouch, qui n'a pas l'air d'apprécier le fait que son petit ami ait été viré du royaume pour une histoire de bisou alors que le coupable est sur le point de se marier avec un mec.
Désillusion également pour Nunnally, qui comprend brutalement que son grand frère est gay. Je peux presque entendre son brother complex se fracasser sur les rochers de la réalité. Pas de bol.
La foule gronde encore plus après cette intervention, et Ashura, lui, n'en mène pas large, visiblement – il se tourne vers ses gardes, me pointe du doigt (on lui a jamais dit que c'était pas poli ?) et s'exclame :
- Gardes ! Saisissez cet homme !
Mais avant que les interpellés n'ait eu une chance de bouger, il s'est passé quelque chose, et un grand silence s'est abattu sur la scène. C'est que Fye a maintenant un ongle de dix centimètres de long, effilé à souhait, posé sur la gorge du roi, prêt à la déchirer au premier signe – je ne l'ai même pas vu bouger. Les gardes se sont immobilisés, et les spectateurs retiennent leur souffle, aux aguets. Le silence qui pèse subitement sur nous me paraît épais, très épais. On pourrait entendre une mouche voler.
Enfin, en l'occurrence, ce qu'on entend, c'est Shao l'âne, resté à l'autre bout de l'allée, en train de faire la conversation à Saku-rat.
- … Ah bah tu vois, j'te l'avais dit qu'il cachait un truc pas net ! T'as vu ces ongles de ouf ? Bonjour les frais de manucure ! Moi je…
Je n'écoute pas la suite. Il n'y a pas que les ongles, d'ailleurs – ses yeux aussi ont changé de couleur. De bleus, ils sont passés à un doré liquide, brûlant. Et lorsqu'il prend la parole, j'ai même l'impression que sa voix a changé, mais c'est peut-être juste parce que je l'ai toujours entendu parler de façon surexcitée, et que ce ton calme qu'il prend, ce timbre grave qu'il possède, c'est la première fois que je l'entends.
- Ça suffit, maintenant…
Sa voix a des inflexions hypnotiques, et il n'y a bien que Shao l'âne qui est capable de ne pas en ressentir les effets – personne d'autre à part lui ne pipe mot dans l'assistance (mais bon, j'imagine que même un mage comme Fye n'est pas en mesure de faire taire la bourrique, de toute façon – ça demande trop de puissance). Ashura est le plus figé de tous, avec cet ongle (cette griffe, plutôt…) qui est sur le point de lui entailler la chair.
- La comédie s'arrête là. Je me suis laissé faire parce que ça n'avait pas d'importance si Kurogane ne venait pas, mais puisqu'il est venu, ça change tout. Je n'ai plus de raison d'accepter.
Sa voix est très calme. Trop calme. J'ai l'impression d'avoir un autre Fye devant moi – et quelque part, avec ces yeux et ces ongles, c'est le cas. Je vois son regard se tourner vers le mien (je m'empêche de penser qu'il est encore plus sexy sous cette apparence… c'est pas évident), et il murmure :
- Tu voulais savoir ? Voilà.
Il se penche dans le cou d'Ashura, et lorsqu'il relève la tête, dix secondes plus tard, un filet de sang lui dégouline de la bouche, et un autre coule dans le cou du roi.
- Je suis un vampire.
Ah ouais. Un vampire. Quand même.
Je cligne des yeux – on peut dire que je ne m'y attendais pas trop, à celle-là. C'est probablement pour ça que je ne sais pas trop comment réagir alors que Fye me regarde, et un sourire amer naît sur ses lèvres, comme s'il se disait "je m'y attendais".
Ce n'était peut-être pas le moment des révélations – parce qu'Ashura profite de notre distraction pour échapper à l'ongle acéré de Fye, et la situation s'inverse – l'instant d'après, c'est le blond qui a la gorge menacée par l'épée d'Ashura, posée dessus.
Le roi lâche un rire triomphant, tandis que moi, j'ai une pierre qui me tombe dans l'estomac. Un geste en trop, et mon blond finira avec la gorge ouverte – et là, en cet instant, je réalise qu'il peut bien être vampire, loup-garou, succube ou n'importe quoi d'autre, je ne veux pas qu'il meure. Oh non. Si j'ai réussi à cohabiter avec lui le temps du retour sans finir exsangue dans un coin de nature, c'est qu'il doit être capable de retenir ses pulsions – ça vaut le coup d'essayer.
De toute façon, tout vaudra le coup plutôt que de le voir mort.
Il me fixe, de ses grands yeux dorés – qui sont aussi fascinants que quand ils sont bleus – et moi, je tourne le regard vers Ashura.
- Lâche-le.
J'ai mon katana à la main, mais j'ai beau exceller dans son maniement, il sera plus rapide à lui déchirer la gorge que moi à le désarmer.
- Pourquoi ? renifle Ashura d'un ton méprisant. Je te rends service, là. T'as vraiment envie d'un vampire comme compagnon ?
Il a encore du sang qui coule dans son cou à cause de la morsure de Fye, et l'inflexion dégoûtée qu'il met dans ses paroles me fait bien comprendre qu'il a beau ne pas se soucier que du fait que ce soit un mec, le bonus vampire, par contre, c'est pas la même chanson. Pour le meilleur et pour le pire, qu'ils disaient… Ashura n'a pas l'air d'avoir bien compris les principes fondamentaux du mariage.
- Je me fous que ce soit un vampire. Ça pourrait être un troll que j'en aurais rien à carrer.
Bon soit, un troll c'est pas tout à fait aussi gérable qu'un vampire (surtout par rapport à l'odeur), mais enfin – c'est l'idée. Un Fye troll vaudra mieux qu'un Fye mort. Ce qui n'a pas l'air d'être l'avis d'Ashura, vu la façon dont il ricane :
- Haha ! Le pouilleux est tombé amoureux du vampire ! Magnifique. Un vrai conte de fée. Enfin, pour le coup, c'est plutôt les contes de la Crypte…
Mais je ne m'intéresse plus à ce qu'il dit – je m'intéresse plutôt à Fye, qui me sourit, sans paraître se soucier du fait qu'une épée menace de lui déchirer la gorge à chaque instant. L'or de ses yeux me paraît d'un velouté infini, et je m'y sens irrésistiblement attiré ; jusqu'à ce qu'il les ferme, et murmure du bout des lèvres quelque chose que je n'entends pas, tandis qu'au bout de son doigt griffu jaillissent des étincelles bleues.
Et subitement, Ashura se tait. Une drôle d'expression passe sur son visage. Il lâche Fye, éloigne l'épée, et me fixe, les yeux écarquillés, avant de poser son regard sur le blond, qui sourit. Les étincelles de ses doigts se transforment en signes qui me sont inconnus, et viennent danser la ronde autour d'Ashura, qui n'a même pas l'air de le remarquer.
- Je suis un mage, après tout, dit Fye d'une voix douce.
Et l'instant d'après, je comprends pourquoi il a dit ça : les fringues royales tombent sur le sol dans un froissement de tissu, et du type en dessous, il ne reste plus rien – j'écarquille les yeux. Quoi, il l'a buté, comme ça ? Il l'a envoyé dans une autre dimension ?
Remarque, ça ne serait pas un mal, quand on y pense. À part pour les mecs qui vivent dans la dimension en question.
Mais je me suis réjoui trop tôt, en fait ; juste sous mon regard, quelque chose bouge sous les fringues laissées au sol. Et trois secondes plus tard, quelque chose en sort – de la même façon qu'un lapin sort du chapeau d'un magicien…
Sauf que là, c'est un crapaud.
- Normalement les crapauds sont pour les princes charmants, dit Fye d'une voix douce, mais je trouvais l'ironie tentante, j'ai pas pu résister…
Ébahi, je contemple le crapaud, qui lance un "côaa" nonchalant, et dans les premiers rangs, Lelouch éclate de rire. C'est le signal, tout le monde se met à l'imiter – la foule hurle son hilarité et sa joie de voir enfin le monarque hors-service ; même les gardes royaux qui étaient prêt à se jeter sur moi deux minutes plus tôt s'y mettent. Quelque part, je les comprends : ça ne devait pas être facile tous les jours, d'être au service d'un type comme Ashura…
Bref, c'est la liesse la plus totale ; et moi, au milieu de tout ce boucan, je me tourne vers Fye, qui sourit, l'air fier de lui.
- Tu pouvais pas faire ça depuis le début ? Ça nous aurait évité de nous prendre la tête pour rien…
- Je voulais t'entendre dire que ça n'avait pas d'importance que je sois un vampire…
- Imbécile ! T'as failli mourir ! Il avait son épée sur ta gorge !
- Mais non, dit-il tranquillement. Je suis un mage. Je ne l'aurais pas laissé faire. Enfin, si tu m'avais traité de monstre, peut-être, en fait… Mais tu as dit le contraire, alors…
Sans m'en rendre compte, je me suis rapproché de lui.
- Évidemment. Tu crois vraiment que j'en ai quelque chose à faire ? Tu peux bien être un vampire, un loup-garou ou quoi que ce soit, ça m'est égal.
- Pour de vrai ?
- De vrai de vrai…
Il sourit, et je vois ses yeux retrouver leur couleur bleue habituelle, et ses ongles se rétracter. Il redevient le Fye que j'ai toujours connu, qui glisse ses mains dans les miennes et qui avance les lèvres vers moi.
- Je t'aime, murmure-t-il.
Lorsque je l'embrasse, brusquement, des applaudissement éclatent comme un feu d'artifice derrière nous, et je sursaute – je n'avais pas remarqué que les invités s'étaient remis de leur fou rire pour s'intéresser à notre petite discussion privée. Je grogne, mais Fye les regarde avec un large sourire, et lève en l'air ma main qu'il tient dans la sienne, l'air triomphant – il a le sens du spectacle : rien que par ce geste, il nous récolte une standing ovation.
Mais personne ne pense à un petit problème, qui me vient à l'esprit lorsque, la main toujours tenue en l'air, je regarde le roi-crapaud s'éloigner par petits bonds vers le jardin. C'est pas qu'on vient de commettre un régicide, mais pas loin ; le résultat est le même, en tout cas, on se retrouve sans roi. C'est ce que je glisse à Fye, qui se contente de chanter à pleins poumons :
- Sans roi, sans roi, la la la la laa, laa…
La foule hurle de plaisir, et Lelouch s'exclame, attirant toute l'attention sur lui :
- Idiots ! Il y aura un roi !
- Hé, mais t'avais dit que…
- Je serai le roi. Suivez-moi… et vous n'aurez plus jamais à vous cacher d'être homosexuels !
Il sait dire les mots qu'il faut, apparemment ; deuxième standing ovation. Nunnally a les larmes aux yeux à côté de lui, sans que je puisse savoir si c'est de joie de le voir roi (en toute légitimité, puisqu'il est le frère d'Ashura), ou de tristesse de le savoir gay ; Tomoyo, de l'autre côté de l'allée, lève le pouce en guise d'approbation.
- Et maintenant, on fait la fête ! s'exclame-t-elle.
Alors celle-là, quand il s'agit de boire, elle rate pas une occasion. Troisième standing ovation pour elle, avant que tout le monde ne déserte les sièges et ne saccage la décoration pour aller se précipiter du côté du buffet, où des flûtes de champagne attendent qu'on les utilise.
Je me tourne vers Fye, qui a enfin laissé retomber mon bras, et il me sourit, rayonnant.
- Je me doutais que tu viendrais…
- Ah ouais, c'est pour ça que tu m'as demandé de laisser tomber, dans ta lettre ? "Je te dis non, mais ça veut dire oui" ? T'es une vraie gonzesse, toi…
- Disons qu'il valait mieux pour toi que tu ne viennes pas. Mais quelque part, je ne pouvais pas m'empêcher d'espérer …
Il passe ses bras autour de mon cou, et ajoute :
- Merci d'être venu, Kuro-chan.
- Je pouvais pas te laisser…
- Ça vaut toujours, même maintenant que tu connais mon secret ?
- Je te dis que oui. D'ailleurs, maintenant que j'y pense, comment t'as fait pour te nourrir quand on voyageait ? Ou même, durant toutes ces années planqué dans ton donjon ?
- Ben, à quoi tu crois que me servait le dragon ? C'était ma réserve de nourriture. Je te dis pas comme c'était lassant de boire le même sang pendant des années… Pendant le voyage, j'ai pu aller chasser des animaux lorsqu'on s'arrêtait pour camper, c'était le paradis…
- Tu ne bois pas le sang des humains ?
- Jusque là, je n'en ai jamais bu… À part Ashura, il y a cinq minutes. Il avait pas très bon goût d'ailleurs.
Tu m'étonnes…
- Alors, tu ne tues personne ?
- Bien sûr que non. Je ne suis pas un assassin ! Et puis, je suis sûr que si je te mords pendant qu'on fait l'amour, ça pourrait être excitant. C'est Tomoyo qui me l'a dit.
- Aaargh ! Arrête de vouloir tester tout ce qu'elle te dit !
Surtout que cette fille est une perverse en puissance… J'ai peur pour le futur.
Et j'ai un peu envie de voir ça, en même temps…
Subitement, quelqu'un me tape sur l'épaule, et quand je me retourne, je vois deux personnes totalement inconnues qui se tiennent devant nous. Des spectateurs ? Ils ont une réclamation à faire ?
- Beau boulot, Kurogane ! lance le garçon qui se tient devant moi. C'était rondement mené.
- Euh, merci. T'es qui ?
Je jette un coup d'œil à Fye, pour voir s'il les connaît, mais il a l'air aussi paumé que moi et hausse les épaules. L'autre a l'air un peu déçu, et il répond :
- C'est moi ! Shaolan.
- Sh…
SHAO L'ÂNE ?
- Et moi, c'est Sakura…
Cette fois, c'est Fye qui manque de tomber les quatre fers en l'air. Devant nous, il y a deux adolescents, un garçon brun aux yeux noisette et une jeune fille rousse aux yeux verts… les deux bestioles qui ont partagé le voyage avec nous.
- Saku-rat, toi aussi, tu étais ensorcelée, murmure Fye d'un air désolé. Comment j'ai fait pour ne pas m'en rendre compte ? Si j'avais su, j'aurais fait quelque chose !
- C'est pas grave, dit-il elle d'une voix douce, l'important c'est que ce soit fait, maintenant !
J'ai beau chercher, je ne vois pas la moindre ressemblance entre la rate aux yeux noirs charbon qui poussait des cris strident et cette jolie fille (pour autant qu'une fille puisse être jolie…) qui se tient devant moi et qui sourit avec douceur. Question malédiction, on ne l'avait pas ratée non plus, celle là.
- En parlant de ça, j'ajoute, comment vous avez fait pour lever le sorti…
Tout en parlant, je regarde leur visages souriants, et leurs mains jointes, et finalement – non.
- Attends, la ferme en fait. J'ai pas envie de connaître les détails.
Sakura rougit, Shaolan sourit et s'apprête à prendre la parole, et visiblement, ça doit être ce que je m'imagine (mon dieu…). Heureusement, c'est à ce moment-là que Tomoyo intervient à pic pour me distraire de mes pensées, en nous criant de loin :
- Bon alors, les gars, qu'est-ce que vous attendez pour venir faire la fête, là ? Tout le monde va siffler le champagne sans vous !
Elle parle pour elle, là, non ?
Enfin, quoi qu'il en soit, d'habitude, j'aime pas trop les fêtes, trop de monde et tout ça – mais cette fois, non seulement ça tombe à pic pour éviter à l'ancienne bourrique de l'ouvrir, et en plus, la main de Fye se glisse dans la mienne, et je me dis que parfois, il y a des trucs qui valent bien la peine d'être célébrés.
.oOo.
Épilogue
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J'aime les journées où je peux me reposer tranquille dans mon canapé…
- Kurogane, t'as écouté ce que je viens de te dire ?
- Hm.
- Bon sang ! J'en étais sûre. Je te disais que Lelouch allait se marier avec Suzaku…
- Hm.
- Je me demande comment ça va tenir, étant donné que ça fait déjà quatre fois qu'ils se quittent et se remettent ensemble… Mais bon. Nunnally m'a dit que Lelouch avait utilisé le Geass sur lui pour obtenir une réponse positive…
- Hm.
J'aime pas les journées où mon rêve de tranquillité dans mon canapé devient bien trop lointain à cause d'une ribambelle d'imbéciles qui s'imaginent avoir gagné le droit de squatter mon terrain à tout bout de champ depuis que j'ai aidé à les débarrasser du roi.
- Mais c'est vrai chouette que Lelouch soit devenu roi : j'ai l'impression que les gens n'attendaient que ça pour faire leur coming-out.
La squatteuse, en cet instant, c'est Tomoyo ; elle me jette un regard lourd de sous-entendus pour accompagner sa dernière phrase, que j'ignore avec brio (des années de pratique derrière, ne tentez pas de faire ça chez vous).
- Hé, Kurogane, tu pourrais au moins arrêter de lire et écouter ce que je te dis !
Ah, ça y est, on prend le bon chemin. Dans dix minutes, elle en aura marre, et elle repartira enfin chez elle, et j'aurai la paix.
Enfin, c'était ce que j'espérais : mais l'arrivée de Shaolan et de Sakura, qui débarquent dans ma baraque comme si c'était un moulin, réduit mes beaux espoirs à néant ; Tomoyo aime plus que tout bavarder avec ces deux là… et c'est encore mieux si elle le fait en squattant chez moi (of course).
- Sakura !
La jeune fille rousse subit sans broncher ses démonstrations d'affection, qui sont devenues monnaie courante depuis qu'elle est entrée dans le cercle des amis de mon ancienne princesse, et Shaolan se fait voler ce qu'il tient dans les bras, à savoir un colis inutile et bruyant aussi connu sous le traître nom de "bébé" – oui oui, le leur. Tomoyo voue à cette chose une véritable adoration, et la traite comme si c'était la 8ème merveille du monde.
Personnellement, je ne vois vraiment pas pourquoi elle s'extasie – à mes yeux, c'est rien d'autre qu'une machine à faire caca qui braille et qui bave. Au moins, ses parents l'ont conçu après être redevenus humain, c'est déjà ça…
- Tiens, Kurogane, devine quoi ? demande Shaolan après avoir refilé le bébé à Tomoyo.
Depuis qu'il est redevenu humain, on peut dire qu'il s'est bien amélioré en ce qui concerne la parlotte – l'âne qui ne pouvait pas la boucler est devenu un vieux souvenir. N'empêche qu'il cause toujours un peu trop pour son bien, à mon avis.
- Vous avez décidé de partir habiter en Alaska et d'arrêter de venir squatter chez moi à toute heure du jour ?
- Non, dit-il, insensible à mon ironie. Je viens de croiser Subaru dehors, il a acheté le terrain à côté du tien ! On va pouvoir faire la fête entre voisins !
Ooooh dieux du ciel. Dites-moi pas que c'est pas vrai. Déjà que Shaolan et Sakura qui avaient la bonne idée de venir bâtir leur maison à cinq cents mètres de la mienne, c'était pas génial, si en plus tous les autres cas sociaux du pays s'y mettent, on est pas rendus !
Bon, remarque, tant que cette attardée mentale d'Himawari ne rejoint pas le mouvement, j'ai peut-être encore une chance de survivre.
- Il va s'installer avec Seishiro ! ajoute Shaolan. Je pense qu'ils envisagent de se marier, vu que Lelouch a promulgué la loi sur le mariage homosexuel.
Première chose qu'il a faite en prenant le pouvoir, d'ailleurs… Parlez-moi des gens qui ne servent pas leurs intérêts en premier. D'ailleurs, comme s'il avait attendu qu'on parle de lui pour se montrer, la porte de ma maison s'ouvre à nouveau, et il débarque à l'intérieur avec sa petite sœur dont il pousse le fauteuil roulant.
- Elle voulait te voir, Kurogane, explique-t-il.
Raaaah, bon sang ! C'est quoi ces gens qui veulent me voir ! Est-ce que j'ai envie de voir du monde, moi ? Non ! Mais visiblement, Lelouch a l'air de considérer que je suis en grande partie responsable du fait qu'Ashura ait disparu, et de ce fait, il semble me vouer une profonde amitié – il va même jusqu'à me consulter sur certains sujets politiques, et il prend mes avis au sérieux, c'est ça le pire. La loi sur l'interdiction de pénétrer dans les rêves d'autrui sans leur consentement ? C'est à moi que vous la devez. (Sans entrer dans les détails, ça devenait d'une importance vitale.)
- Pendant que j'y suis, ajoute Lelouch, t'es invité à mon mariage, bien entendu.
- Je suis son témoin numéro un ! s'exclame Nunnally avec fierté.
- Je voulais te demander d'être le deuxième, ajoute Lelouch.
- Quoi ? Moi ? Témoin à ton mariage ? Oooh… C'est non.
À en voir l'air blasé du roi, il s'attendait à cette réaction. Il se penche vers moi, pendant que Nunnally tente de s'approprier le bébé que Tomoyo garde jalousement dans ses bras, et il ajoute :
- Allez, Kurogane. Y'aura de l'alcool, ça sera cool. T'es d'accord ?
- Je te dis que non. Ça m'intéresse pas, ce genre de truc. Je préfère rester peinard chez moi, dans mon terrain…
Surtout que s'il invite toute la population du royaume, je serai enfin débarrassé de mes chieurs de voisins pour une soirée, et c'est non négligeable, à mon avis.
- Oh, allez, t'es pas cool, quoi !
- Kurogane, le bébé il a fait caca dans sa couche, je peux le changer sur ta table en bois d'ébène ouvragé ?
- Kurogane, t'as pas un truc à manger, là ? Je meurs de faim !
- OUIIIIIINNNNN !
- Bon et alors, Kurogane, pour mon mariage, t'acceptes ou pas ?
Oh, gosh. Ils parlent tous en même temps, ça tourne dans ma tête – et en plus, la couche du bébé charrie une méchante odeur de bouse - bon sang, c'est trop, là, c'est trop.
- SILEEEEEEENNNNCEEEEE !
Ils se figent tous là où ils sont – même le bébé arrête de pleurer – et moi, je me fige avec eux. Parce que c'est pas moi qui ai poussé le cri, mais sa puissance a fait trembler les vitres de ma maison – il doit sans doute y avoir un peu de magie là-dessous. Parce qu'un gringalet comme lui ne peut pas avoir le coffre d'un chanteur d'opéra, pas vrai ?
Le gringalet en question se trouve sur le pas de la porte, et il fixe tout le monde d'un air peu amène.
- Fye…
- Du vent ! s'exclame-t-il. Y'en a marre de vous voir squatter ici tous les jours. Lelouch, t'as pas un pays à faire tourner, ou un mec à aller culbuter ? Allez, dégage ! Tomoyo, va plutôt t'occuper de la déco du mariage de Subaru et Seishiro, je suis sûr qu'ils n'attendent que ça. Sakura et Shaolan, c'est pas que je veux vous virer de là, mais elle pue la mort, cette couche, et il n'est pas question que vous changiez le gosse sur la table en bois d'ébène ouvragé. Maintenant, dehors, tout le monde ! Je veux coucher avec Kurogane tranquille !
Bon, la dernière phrase n'était peut-être pas nécessaire, mais en dehors de ça, il obtient l'effet escompté, au point que je me demande s'il n'avait pas mis des inflexions hypnotiques dans sa voix – encore plus fort que le Geass de Lelouch. Quoi qu'il en soit, ils prennent tous leurs cliques et leurs claques sans protester – enfin, si, Tomoyo gueule un peu, mais bon, c'est Tomoyo, quand on commencera à prendre en compte ce qu'elle a à dire, les poules auront des dents – et lorsque la porte se referme derrière eux, un magnifique silence vient apaiser mes tympans ensanglantés. Et je lève les yeux vers le type à qui je le dois, qui s'avance vers moi tranquillement – je crois que je ne l'ai jamais autant aimé qu'en cet instant, et pourtant, ça fait un bout de temps que je l'aime.
- J'ai été trop sévère ? s'inquiète Fye, en s'asseyant à côté de moi.
- Non non, impec. J'ai une bonne influence sur toi, on dirait. L'élève risque de dépasser le maître, si j'y prends pas garde.
- Ça risque pas, ça ! glousse Fye. T'es un ronchon de niveau concours.
- Bon, cool, l'honneur est sauf.
Il se glisse contre moi, et enfouit son nez dans mon cou, dans un geste qui pourrait avoir l'air dicté par la plus pure tendresse si je ne savais pas exactement ce qui se cachait dans sa tête – depuis qu'on est ensemble, j'ai appris à le connaître.
- J'ai faim, murmure-t-il trois secondes plus tard, en me donnant raison.
- Prépare des pâtes.
- Dis, ça fait plus de deux ans qu'on est ensemble, tu crois pas qu'il est temps d'arrêter de me sortir cette vieille blague éculée à chaque fois que je dis ça ?
- Ah, ça va, la ferme. En plus, tu sais parfaitement que quand tu commences à boire mon sang, ça finit par une partie de jambes en l'air à chaque fois.
- Et ça t'embête ?
- Nan, mais…
- Bah voilà.
- Mais je…
- Shhh…
- Rah, mais j'étais en train de lire, bon sang de bonso-aaahhnn…
Bon bah, la tranquillité du canapé, ça sera pas pour aujourd'hui, visiblement…
M'enfin – on va dire que je peux y survivre.
.oOo.
Fin
.oOo.
Et voilà mes braves, j'ose espérer que la lecture de cette petite histoire aura agréablement récréé vos sens, et dussiez-vous retenir quelque chose de cette aventure, rappelez-vous le proverbe : mieux vaut dehors que d'dans!
Bref, sur ces paroles de sage, je m'en vais prendre mes médicaments et retourner dans mon hôpital psychiatrique. A très bientôt (ou pas), mes amis.
