SCHOOL WARS
Episode 4 : Un nouveau désespoir
Il existait à Poudlard une salle oubliée de tous, en haut d'une tour délabrée et noircie.
On n'y avait caché nul trésor, et nul secret ne hantait ses murs en ruines, non : si personne ne venait jamais, c'est simplement parce qu'il n'y avait rien.
Et aussi certainement, diront les plus réalistes, parce que les nombreuses fissures dans les fondations en faisaient la pièce la plus exposée aux intempéries de l'hiver.
Mais, ce soir là, une inhabituelle lueur éclairait faiblement la pièce. Dans la vieille cheminée inusitée depuis des lustres, quelqu'un avait pris la peine d'allumer un feu, ce qui ajoutait aux charmes de l'endroit une odeur prononcée de brûlé ainsi qu'une épaisse fumée qui picotait les yeux.
Ce quelqu'un donc, se penchait à présent vers l'âtre, un sourire sardonique aux lèvres.
-Notre affaire… se déroule… encore mieux… que je ne l'espérait… fit-il d'une voix dangereusement glaciale.
Les bûches et les braises se mirent en mouvement, jusqu'à former dans le feu un moule de visage, qui se mit en mouvement :
-C'est parfait, Raspoutine. Et quand comptez-vous réellement passer à l'action ?
Raspoutine Aurogastus, car c'était bien lui, élargit son sourire et découvrit sa dent en or.
-Bientôt… Très bientôt…En vérité je vous le dis…
-Et Dumbledore ? demanda hâtivement l'inconnu de la cheminée.
Raspoutine jubilait totalement :
-Oooh, croyez moi… Albus Dumbledore va payer… Oooh oui, il va payer.
Il fut pris d'un ricanement des plus effrayants doublé d'une mauvaise toux grasse, rire que d'habitude seuls les méchants de dessins animés moldus savent reproduire à la perfection.
La tête dans la cheminée parut satisfaite
-Bien, excellent. Tout se met en place ! Oh, et Raspoutine, n'oubliez pas : je krrrrrrrrrrr…
Fronçant les sourcils, Aurogastus se pencha davantage vers la cheminée. La lumière tremblottante des flammes fit danser des ombres inquiétantes sur sa figure blême.
-Que… dites-vous…? demanda-t-il.
-Rhaaa nom d'un… krrrrr….il y…krrrr…des interférences…krrrrrr… sur la ligne…krrr…on va être coup…krrr…
Puis le visage disparut sous les cendres ardentes de l'âtre.
Aurogastus lâcha un juron, et se leva brusquement, faisant s'envoler d'un seul élan la nuée de corbeaux qui s'étaient posée autour de lui.
Soudain, semblant réaliser quelque chose, il grogna et jeta un œil suspect vers de l'embrasement de la porte.
OoOoO
Pomfresh sursauta, et se plaqua contre le mur.
Elle entendit un corbeau croasser, et son cœur manqua un battement.
-Il ne m'a pas vue, il ne m'a pas vue, Raspoutine ne m'a pas vue, je suis hors de danger, tenta-t-elle de se convaincre.
Cependant, elle décida de ne pas traîner longtemps dans les parages pour vérifier sa théorie.
Là, il était grand temps de se confier au directeur, songea-t-elle.
Après tout, Dumbledore avait toujours su quoi faire en période de crise, et même s'il agissait plutôt bizarrement ces derniers temps, il n'en restait pas moins l'un des sorciers les plus puissants et les plus intelligents de son époque…
Pomfresh, tenant dans ses mains ses innombrables jupons afin de pouvoir mieux courir, se précipita jusqu'à la statue de Phénix, cria le mot de passe, et se rua dans l'escalier en colimaçon.
Elle fit une entrée fracassante dans le bureau du directeur :
-Excusez-moi, Dumbledore, mais je…
Ce dernier leva des yeux cernés et injectés de sang vers elle:
-Voyons, pas de ça entre nous! Appelez moi Albus, et je vous appellerez Gladys! répliqua-t-il d'une voix anormalement aigue.
L'infirmière leva un sourcil:
-Je m'appelle Poppy, vous le savez bien...
-Précisément! Précisément! s'exclama le directeur en replongeant son nez dans un énorme dossier estampillé "American Institute Of Magic : Dossiers Secrets, volume 178".
Il sembla oublier instantanément la présence de l'infirmière, et se remit à marmonner dans sa barbe.
Pomfresh haussa les épaules et s'appuya sur le bureau:
-Albus, c'est très important… Je dois vous parler d'Aurogastus…
Le directeur se leva :
-Voyons, Gladys, chaque chose en son temps, et chaque temps à sa chose!
Poppy le considéra quelques secondes sans comprendre, puis articula:
-...Quoi?
Albus fronça les sourcils. Il se leva et se pencha vers elle:
-Avez-vous quelque chose de nouveau à me dire sur l'American Institute of Magic? chuchota-t-il.
Pomfresh sembla décontenancée:
-Eh bien, je ne sais s'il y a un rapport, mais…
-Non? Alors merci! Et revenez me voir! lança sèchement le directeur.
-Mais Raspoutine a...
-J'ai dit: merci, revenez me voir!
Dumbledore se rassit en grommelant, prit un journal sur son bureau, l'ouvrit à l'envers et fit mine de le lire. L'infirmière écarquilla les yeux, et préféra s'en aller le plus vite possible.
Evidemment, tout le monde savait que Dumbledore n'avait jamais eu toute sa tête, le pauvre malheureux…
Non, il était grand temps de se confier au professeur de potions, songea-t-elle.
Après tout, Rogue avait toujours su quoi faire en période de crise, et même s'il était plutôt bizarre, asocial et peu porté sur l'hygiène personnelle, il n'en restait pas moins l'un des sorciers les plus puissants et les plus intelligents de son époque…
Elle sortit donc du bureau en trombe… et se heurta violemment à quelqu'un.
Elle retomba lourdement sur ses fesses :
-Aïe… Oh excusez-moi, je ne vous avez pas…
Elle leva les yeux, et se pétrifia.
Debout devant elle, Aurogastus la toisait d'un air mauvais, en lissant son bouc de ses doigts crochus. Il tenait dans sa main libre une vieille baguette, avec laquelle il menaçait l'infirmière.
-Alors… comme ça on… espionne… ses collègues ? articula-t-il d'une voix qui devait avoisiner les -20°.
Il esquissa un sourire jauni et inquiétant, qui fit frissonner Pomfresh…
OoOoO
Le lendemain, Rogue se hâta d'aller rendre visite à Poppy (euh… à Madame Pomfresh, corrigea-t-il mentalement), pour leur compte-rendu du matin.
En effet, c'était au tour de l'infirmière de patrouiller cette nuit-là et de surveiller Aurogastus, et il tardait au professeur de potions de savoir si elle avait appris quelque chose d'intéressant.
Aussi fut-il bien déçu de découvrir, sur la porte de l'infirmerie, une pancarte écrite à la va-vite clamant :
« Infirmerie fermée pour cause de vacances impromptues
Merci de ne pas insister »
OoOoO
-Albus, vous devez vous ressaisir !
Minerva McGonagall considérait avec pitié le directeur de Poudlard. Ce dernier, emmitouflé dans un vieux peignoir élimé, les yeux injectés de sang, les cheveux et la barbe emmêlés, s'était assis par terre dans son bureau. Il était plongé dans une pile de magazines, qu'il épluchait en marmonnant des propos incompréhensibles :
-Meugneumeugneumeugneu…
Le professeur de Métamorphoses soupira :
-Vous passez plus de temps à éplucher les journaux qu'à vous occuper de Poudlard… ou de vous-même ! Depuis quand n'avez-vous pas pris un repas parmi nous ? Deux, trois semaines ? Allons, venez dans la Grande Salle, tout le monde vous attend…
-Meugneumeugneumeugneumeugneu… lui répondit Albus sans même daigner lever la tête.
-Et… sans vouloir vous offenser, reprit Minerva, vous donnez également l'impression de ne pas vous être douché depuis des lustres !
-…
-Vous devez oublier cette école, et son directeur, je vous en conjure !
Cette fois-ci, Albus tiqua :
-Oublier Mitchum ? Oublier MITCHUM AMERICA ET SON ÉCOLE DE PEQUENOTS DU MIDWEST ?
Le directeur se leva tant bien que mal.
Minerva remarqua alors qu'hormis son vieux peignoir rose, Dumbledore ne portait en tout et pour tout qu'un caleçon décoré de petits cœurs rouges, qui découvrait ses mollets maigrelets et poilus.
La directrice adjointe frissonna intérieurement, tandis que le vieux cinglé pointait vers elle un index inquisiteur à l'ongle bien trop long.
-DIX-HUIT ! rugit-il.
-D… dix-huit quoi, Albus ? demanda McGonagall d'une voix quelque peu tremblante.
-Dix-huit magazines sur les vingt magazines auxquels je me suis abonné récemment parlent de lui ! fulmina le vieillard. ET TOUS EN PARLENT EN BIEN ! Il y a même un article sur lui dans «Chasse, Pêche & Magie» !
Son regard s'assombrit :
-Parce que Môôôssieur Mitchum est richissime, Môôôssieur Mitchum pense qu'il peut s'acheter du succès ! Ah ! Laissez-moi rire ! Laissez-moi rire, vous dis-je !
Et le malheureux vieillard fut secoué d'un effrayant rire de dément.
Minerva recula de quelques pas. Elle chercha quelque chose à dire, puis renonça, et prit la porte de la sortie.
OoOoO
-Et vous Minerva… vous n'auriez pas vu Poppy par hasard ? demanda Rogue d'une voix tremblante, qui ne lui ressemblait guère. Vous a-t-elle prévenu de ses vacances impromptues?
Il leva des yeux remplis d'espoir vers McGonagall, tandis que cette dernière prenait place à côté de lui à la table des professeurs.
La vieille prof l'ignora. Elle soupira en regardant le magnifique et imposant fauteuil Burberry à sa gauche, fauteuil dans lequel Albus présidait autrefois chacun des repas, et qui à présent semblait bien trop vide.
Elle n'était sûre de rien, mais un très mauvais pressentiment enserrait son cœur de vieille fille depuis le début de toute cette affaire. Dans peu de temps, si Albus ne se ressaisissait pas, un malheur sans précédent allait s'abattre sur l'école…
Comme pour lui donner raison, un rugissement lugubre qui n'avait rien d'humain résonna soudain dans les murs du château.
Tous les élèves présents dans le réfectoire se regardèrent, les yeux ronds.
Minerva se tourna vers Rogue, le seul de ses collègues sur lequel on pouvait à peu près comptait quand il s'agissait de faire preuve de courage et d'intelligence.
Mais ce dernier, neurasthénique, était perdu dans ses idées noires : il jouait avec son ragoût verdâtre sans même y toucher, ne semblant même pas avoir entendu l'effrayant cri bestial.
Minerva soupira, et se tourna alors vers Flitwick:
-Que pensez-vous que…commença-t-elle.
Elle se tut quand le hurlement reprit.
Un murmure paniqué parcourut la Grande Salle tandis qu'un troisième rugissement s'élevait à nouveau, plus proche que les autres cette fois-ci.
Flitwick se recroquevilla sur son rehausseur de siège et blêmit. Ses lèvres tremblantes formèrent le mot « troll ».
McGonagall se leva, et jeta un regard sévère à l'assemblée des élèves de moins en moins rassurée :
-Pas de panique ! intima-t-elle sèchement. Je suis sûre que ce n'est rien ! Vos professeurs vont aller voir de quoi il en retourne !
Flitwick couina. McGonagall lui jeta une œillade dépitée, se racla la gorge, et rajouta :
-Surtout, que tous les élèves restent ici ! Vous serez plus en sécurité que…
-RHAAA !
Quelque chose fit voler en éclat la porte d'entrée de la Grande Salle, en mugissant son mécontentement.
Tous sursautèrent, et quelques Poufsouffles s'évanouirent sous le choc.
Le sang glacé, Flitwick fila se cacher derrière Minerva en geignant.
Cette dernière fit de son mieux pour paraître le plus neutre possible, malgré son cœur qui battait la chamade. Attrapant sa baguette dans sa poche, elle la pointa vers la silhouette hirsute qui apparaissait dans l'encadrement de feu la porte, maintenant que la fumée de l'explosion se dissipait…
Elle écarquilla les yeux et lâcha sa baguette :
-ALBUS ?
Le directeur, car c'était bien lui, regardait devant lui avec rage, ses yeux injectés de sang, sa baguette encore fumante dans une main, un magazine malmené dans l'autre. Les longs poils de sa barbe et ses cheveux semblaient définitivement emmêlés les uns avec les autres. Son peignoir rose déchiqueté voletait derrière lui, ne laissant que trop voir son caleçon parsemé de cœurs.
Il s'avança prestement, du moins aussi vite que lui permettait les deux boîtes de mouchoirs en carton qu'il portait en guise de chaussures.
Minerva s'avança vers lui :
-Qu'avez-vous, Albus ?
- RHAAA!
-Mais encore ? s'enquit la directrice adjointe d'une voix douce, consciente qu'il ne fallait pas brusquer les esprits malades.
-REGARDEZ MOI ÇA ! GRAAAAOUAAAAAAH !
Il lui jeta rageusement le magazine corné qu'il tenait.
Minerva le rattrapa au vol, et lut la page centrale :
-« L'OMU (Organisation de la Magie Universelle) a aujourd'hui décerné à Mr Mitchum America, bien-aimé directeur de l'illustre American Institute of Magic, le prix tant prisé par tous les éducateurs sorciers de par le monde : le Prix de l'Excellence Sorcière.
Les organisateurs, qui ont hésité pendant 60 ans à délivrer le prix à Albus Dumbledore (Poudlard, Royaume Uni), ont avoué être ravis de ne pas l'avoir fait, car avec l'arrivée de Mr America, le niveau s'est nettement amélio… »
Minerva se tut, et soupira.
Elle mit une main compatissante sur l'épaule du directeur :
-Albus, je comprends votre désarroi, sincèrement… Mais il vous reste votre école, et elle a besoin de vous ! Ne l'oubliez pas !
Dumbledore parut plus furieux encore :
-Mon école ?
Il fit une pause dramatique, puis reprit, une main outrée sur son coeur:
-Je n'ai plus d'école… Déraciné ! Transplanté ! Jeté dans la boue par des confrères qui me considérait jadis comme UN GÉNIE !
McGonagall fronça les sourcils :
-Mais…
-NON C'EST FINI ! la coupa le vieil homme en caleçon. J'ARRETE POUDLARD ! J'ARRETE TOUT !
Il fit un signe théâtral à Minerva pour qu'elle ne le retienne pas, et récita :
-Seul un signe du Très-Haut pourrait me faire changer d'avis désormais, mais hélas, les Dieux n'ont que faire d'un vieil homme fatigué et dépassé envers qui personne n'a plus de reconnaissance…
Et avec toute la dignité dont il était encore capable, Albus se drapa sans son peignoir et sortit de la pièce en traînant des pieds, perdant au passage une de ses boîtes en carton qui lui servait de chaussures.
Minerva (et tous les témoins de la scène) restèrent bouche bée pendant un long moment.
Puis tous les élèves poussèrent une exclamation soulagée : sans Dumbledore, fini les restrictions de chauffage, fini le régime à base de bouillie de chou, fini les tuyaux qui fuient !
McGonagall, quant à elle, ignora les diverses effusions de joie, et partit se rasseoir lourdement à sa place :
-Seigneur… Que-va-t-il se passer maintenant ?
Elle n'eut même pas le temps de prendre sa tête entre ses mains qu'un gloussement chevrotant se fit entendre, et un Albus plus enjoué que jamais reparut en courant dans la Grande Salle, pieds nus, un pan de son peignoir sur la tête.
Plusieurs grommellements déçus s'élevèrent des tables des élèves, qui se voyaient déjà affranchi du vieillard sénile.
McGonagall se leva à nouveau :
-Albus, vous avez changé d'a…
-REGARDEZ, Minerva, regardez ce que j'ai trouvé dans la cour du château!
Dumbledore lui tendit sa main et l'ouvrit devant elle pour en découvrir le contenu.
Minerva fronça les sourcils : devant elle se tenait un petit morceau de caillasse grisâtre, de forme vaguement ovale, comme on pouvait en voir des milliers sur n'importe quel sol.
-C'est… un caillou ? finit-elle par dire.
Dumbledore exulta :
-En effet, Minerva, en effet, mais pas seulement ! C'est un caillou QUI A LA FORME DE LA TETE DE NIXON !
McGonagall ne réagit pas.
-Nixon, le fameux président moldu ! insista le vieux fou.
-Euh… il ne me semble pas… répondit la directrice adjointe en scrutant la face lisse du petit caillou. C'est juste un caillou tout rond…
-Mais si vous dis-je ! Il ressemble à Nixon !
La vieille femme renonça :
-Soit. Mais quel rapport avec…
-Nixon !
Albus semblait le plus heureux des hommes. Il esquissa le plus grand sourire qu'il put :
-Un yankee ! Comme Mitchum ! Si ce n'est pas un Signe du Destin, qu'est-ce qui en est un !
La professeur de métamorphoses se tapa la paume de la main contre le front.
OoOoO
