Chapitre 4 : Le Secret de Magda libérée

Magda se détourna de Mona et de Malorie, elle devait à tout prix s'éloigner pour qu'elles ne découvrent pas à quel point elle était en mauvais état. Elle se dirigea vers le Terrier dont la forme biscornue provoquait en elle un certain dégoût. Contrôlant au mieux ses pas pour ne pas tituber, Magda réalisa enfin que Mona était la marraine de Harry Potter. Il était probablement le sorcier le plus célèbre de son temps et la propre fille de Magda lui était connectée. Un autre fait notable : Malorie était la filleule de James Potter ! Les Moon étaient complètement liés aux Potter. Comment Mona avait-elle pu dissimuler une telle source d'orgueil ? Quoique. Non. Magda comprenait pourquoi elle avait caché ces filiations pendant la guerre ou juste après, lorsque d'anciens Mangemorts restaient d'importantes figures de notre monde. Mona n'avait rien révélé par la suite, parce qu'elle n'assumait sans doute pas sa conduite, elle avait toujours été une trouillarde. Magda adorait sa progéniture, mais elle était incapable de prendre une décision. Magda n'avait certes pas eu une vie aussi palpitante que sa fille, mais, au moins, elle avait su faire des choix. Dont une qui bouleverserait son existence actuelle, qui bouleverserait cette famille Moon qui l'avait adoptée. Magda n'avait été qu'une pièce rapportée jusqu'à devenir l'un des piliers des Moon. Et aujourd'hui, elle créerait plus de dégât que n'importe quel Moon. Enfin non, pas aujourd'hui. Pour le moment, on magnifiait les Moon en utilisant le mariage de la fille de Molly. Magda célébrait donc seule ce changement de destinée et s'assurait chaque heure de trinquer avec elle-même.

Son énième verre d'eau engloutit, Magda revint vers le chapiteau, l'imperceptible glas indiqua à Magda que la pièce montée se présentait. Personne ne semblait entendre le tintement de cloche incitant le personnel au regain d'attention. Magda avait passé sa vie à organiser des événements mondains, elle avait elle-même créé certains signaux secrets que les elfes et les serveurs partageaient. La sorcière s'approcha doucement de la célébration, veillant à rester près d'un pilier. Jusqu'ici, elle avait parfaitement dissimulé son état et elle comptait bien continuer. Cependant, elle répugnait à l'idée de louper l'arrivée de la pièce montée qu'elle avait elle-même choisie.

Une tornade surgie brusquement au milieu de la piste. Les danseurs s'éloignèrent et la foule regarda le phénomène sans comprendre. En quelques secondes, la pièce montée de plus de deux mètres apparut. Blanche et évasée comme une robe de mariée, c'était le gâteau le plus clinquant et le plus cher du marché. Des acclamations retentirent de toute part, devant la majesté du moment. Un reporter de la Gazette du Sorcier écoutait attentivement Béa lui donner tous les détails sur la pâtisserie. Magda jubilait, la pièce montée était impressionnante et remarquerait particulièrement les esprits. Elle avait eu du mal à convaincre Harry et Ginny que c'était le choix adéquat. Harry n'était pas d'accord sur le goût et Ginny sur la forme. Elle aurait voulu quelque chose de plus classique et de moins pédant. Finalement, le couple avait cédé et le sourire qu'ils renvoyaient à cet instant conforta Magda. Ginny avait attrapé le meilleur parti du siècle. Et Magda, celui de sa décennie. Du moins, elle le croyait à l'époque, elle avait vite déchanté en découvrant l'état des finances de la famille. Heureusement, les enfants du couple et leurs femmes s'étaient chargés de remédier à tout ça. Edgar n'y était pour pas grand-chose, il faisait le travail, c'était tout. Edgar, qui recevait les remerciements de Ginny. Devinant qu'on la chercherait probablement d'un instant à l'autre, Magda s'éloigna dans l'ombre. Elle y croisa la fille de moldus ; celle aux chevilles trop faibles, comme disait Muriel. Était-ce bien Muriel qui répétait ça ? Avant de disparaître complètement dans le noir, Magda saisit un verre de champagne. À présent, les générations plus anciennes se retiraient, laissant les jeunes gens entre eux. Magda s'éloigna vers la barrière, prête à voir le défiler de ceux qui quitteraient les lieux. Elle se mit légèrement en retrait, et observa en silence. Sans surprise, Otto et sa femme moldue se pressaient d'évacuer le Terrier maintenant que ce n'était plus impoli. Un idiot, cet Otto. Il avait couvert de honte la famille, il avait abandonné le monde sorcier pour devenir comptable. Il avait bien été obligé de revenir lorsque sa fille se révéla logiquement être une sorcière. Et une teigne au passage, une teigne que sa famille venait de laisser sur place, les bougres. Les suivants à quitter les lieux furent les Wrubel, eux qui longtemps avaient tenté de mettre de la distance avec les Moon. Ils écrivaient à présent toutes les semaines à Magda, prenaient et donnaient de futiles nouvelles. Horace Slughorn suivit, le sorcier n'était plus tout jeune. Magda n'avait jamais appartenu à son groupe de favoris à Poudlard. Une fois adulte, il s'était trouvé en pleine déconvenue découvrant l'influence croissance de cette écolière sans envergure. Le verre de champagne vide, Magda revint vers les invités avec l'unique intention de se servir tout en évitant de croiser qui que ce soit. La sœur de Edgar déambulait avec deux de ces amies. Magda ne les connaissait que vaguement, ces sorcières n'avaient rien de très intéressant. Penny était une grande brune maigrichonne alors que Paula était une petite ronde avec un air jovial et un style vestimentaire un peu trop excentrique. Beaucoup trop de nœuds.

— Il a divorcé ! clama Paula

— Nan ! dirent les deux autres incrédules.

Magda se figea sur place, tendant l'oreille.

— C'est la troisième fois ! souligna Molly.

— Tu as l'air bien au courant, couina Penny.

— C'était mon premier petit copain quand même !

Magda sursauta. Molly avait attrapé Arthur à Poudlard et elle avait trouvé le temps d'avoir eu un précédent ?

— Ah Calvin Melfi ! gloussa Paula.

— Même son nom était sexy, dit Penny.

— Assez idiot en fin de compte, évoqua Molly plus platement.

— Ne tue pas notre fantasme ! supplia Paula.

— Tu étais pire que nous. Je te rappelle que pour le filtre d'am...

— Magda ! coupa brusquement Molly.

Magda se réprimanda pour ne pas s'être montrée plus discrète. Elle avait très peu de renseignements sur Molly. Elle qui avait renié les Moon dès la mort de Meredith. Depuis que Molly avait vaincu Bellatrix Lestranges, elle était considérée comme une puissante sorcière et Magda devait absolument multiplier les informations sur elle. Aussi futiles soient-elles. Surtout les futiles.

— Comment la mère de la mariée se porte ? s'enquit Magda.

— Bien bien, répondit Molly. Je m'éloigne un peu, j'ai un peu trop bu. Je préfère qu'on ne me voie pas trop dans cet état.

Magda acquiesça, préférant limiter le nombre de mots qu'elle prononçait.

— Tu te souviens de cette lettre que j'ai reçue il y a quelques années, dit Molly. Une fillette, une petite Delphine.

— Delphi, corrigea Magda.

— As-tu trouvé qui c'était ?

— Aucune trace, répondit Magda en tentant de rester droite. Son existence me parait peu probable.

Molly regardait l'attitude de Magda avec étonnement et sourit doucement sans que Magda y accorde la moindre attention.

— En tout cas, tes enfants te cherchent...

Magda acquiesça et avança aussitôt vers le chapiteau. Elle aperçut ses trois enfants en compagnie de leur père et s'arrêta immédiatement. Un serveur passa devant elle chargé d'un plateau rempli de verre au milieu duquel trônait une bouteille de champagne. Magda attrapa la bouteille et s'aventura vers le verger. Elle ne croisa que deux sorciers, Abbot et Londubat. Magda avait rapidement repéré le manège de ces deux-là qui visiblement se revoyaient pour la première fois depuis longtemps. Le rapprochement était étrange ; Abbot était assez fêtarde, Londubat plutôt casanier. L'ensemble était cocasse, mais réjouirait probablement les familles. Associer ces noms de Sang pur serait un événement. Magda faillit trébucher sur une racine et choisit alors de s'arrêter. Elle s'installa sur un tronc renversé et ouvrit la bouteille. Elle n'avait aucun souvenir de beuverie de sa part, c'était sans doute la première.

Une heure plus tard, Magda entendit les pas caractéristiques de ses enfants la cherchant sans l'appeler.

— On te cherche depuis presque deux heures ! annonça Hugh en arrivant près d'elle.

— Je voul... ais quitter les gens.

Hugh échangea un regard avec Mona qui acquiesça. Le jeune homme passa son bras sous celui de sa mère pour l'aider à se relever.

— Nous ferions mieux d'aller te coucher, décréta Terence. Tu dormiras ici.

— Au Terrier ? s'indigna Magda.

— Tu n'es pas transportable, dit Terence. Et hors de question de prendre le magicobus, tu es une Moon.

— J'ai souvent pris le magicobus, apprit Mona.

— Quelle horreur ! répondit Terence.

— Que se passe-t-il ? murmura Hugh à l'oreille de sa mère.

— Ton frère et sa sœur y se disputent, révéla Magda. Comme l'habitude.

— Non, toi, s'inquiéta Hugh. Tu n'as jamais bu comme ça et l'événement était très mal choisi pour une première fois.

— C'est quand même le mariage du siècle ! s'indigna Terence.

— C'est pour cacher le divorce du siècle, s'amusa Magda.

— Comment ça, le divorce du siècle ? demanda Terence.

Hugh et Mona échangèrent un regard, Magda sentit la prise de son fils se refermer sur son bras.

— J'ai divorcé de votre père ce matin, annonça-t-elle.

Le poids qui semblait la tirer vers le fond se libéra aussitôt pour revenir dès qu'elle croisa le regard de Terence.

— Tu quoi ? répéta Terence atterré.

Hugh et Mona, de leurs côtés, semblaient étonnés, mais bien moins choqués que leur frère.

— Attends ! attends ! s'affola Terence. Vous formez un couple solide, c'est quoi, cette histoire ?

— Terence, mon fils, reprit Magda en se redressant enfin sur ses jambes. Tu es un sorcier vraiment... bien. Mais tu es toujours complètement à côté de la réalité. Ça fait plus de quatre ans que je vis dans un appartement aménagé dans le grenier.

— Quoi ? Mais pourquoi ?

— Parce que je déteste ton père et lui me hait sûrement encore plus. Je ne vais pas rester mariée avec lui indéfiniment, les temps ont changé.

— Mais tu ne peux pas, les Moon ne divorcent pas.

— Maintenant, si ! Je suis la première. Et ne me juge pas, Ton Irène est une femme merveilleuse qui convenait parfaitement à la famille et vous avez toujours été amoureux. Tu ne peux pas comprendre.

Mona ricana doucement, ravie de voir son frère terrassé par la nouvelle.

— Tu n'es pas mieux, dit Magda en attrapant le bras de Terence pour ne pas tomber. Toute ta vie, tu as été à l'encontre des désirs de ta famille. Ce n'était pas voulu, juste une suite d'accidents. Tu n'as même pas assumé d'avoir été la filleule de Potter. Tout le monde savait qu'il n'était pas heureux chez ses moldus, ton rôle était d'aller le récupérer, même si cela ne faisait pas bon genre. Tu avais donné ta parole à ses parents !

Mona baissa la tête, honteuse.

— Ce n'est pas sa faute, protesta Hugh. Dumbledore refusait de laisser Mona approcher Harry. On se demande bien pourquoi il...

— Mais arrête d'être tout le temps gentil comme ça, coupa Magda. Tu es sûr d'avoir été à Serpentard ? D'être un Moon ? Aucun membre de cette famille n'a été lisse, tu es le seul. Les plus sympathiques aux yeux du monde avec toi, ce sont Mona et Molly et toutes les deux ont tué des sorciers. Alors, arrête d'être en guimauve.

— Tes enfants aimants qui te cherchent avec inquiétude depuis deux heures sont ravis d'apprendre ça, dit Terence.

— Mais je vous aime ! clama Magda. Meredith, elle, elle ne m'aimait pas.

Personne ne semblait choqué d'entendre Magda changer de sujet alors qu'on la traînait vers la maison.

— Oh non ! Elle ne m'aimait pas, continua Magda. Et pourtant, elle m'a aidé, toujours. Elle s'est constamment présentée comme une alliée avec moi, même contre votre père. Elle était en permanence de mon côté et elle ne m'aimait pas. Une femme bien. Elle doit être déçue, tellement déçue, je pourrais presque l'entendre pester. Je suis la cause du premier divorce des Moon. Moi qui n'étais qu'une Coleman. Les Moon ne divorcent pas, ils ont des bâtards et des mariages précipités, à l'image de Ginny qui ne trompe personne avec son décolleté serré. Comme quoi, cette Weasley est bien une Moon avec son mariage accéléré, la famille les collectionne ! En même temps, c'est normal que les Moon ne connaissent pas le divorce, ils meurent jeunes ! Et ceux qui vivent font des mariages malheureux. Vous, mes trois enfants, vous êtes les exceptions.

— Tu ne peux pas divorcer ! décréta Terence.

— Tais-toi ! grognèrent Mona et Hugh d'une seule voix.

— Tu as épousé ta parfaite némésis, vous êtes un couple heureux, dit Magda. Pour Hugh, c'est un peu moins rose, mais Béa a survécu à la traque des rafleurs, elle aurait dû mourir. Et Mona a eu l'intelligence de ne pas choisir Sirius qu'elle aimait parce qu'elle savait qu'elle n'aurait pas été heureuse avec lui.

Magda se tourna vers sa fille, mais celle-ci bifurquait vers Hugh, avec un air inquiet. Ils arrivèrent devant la maison, où ils croisèrent Malorie, Ron et Damon. Tous trois cherchaient aussi Magda et semblaient soulagés de la voir.

— Bah alors qu'est-ce qui se passe ? questionna Damon.

— Tes grands-parents ont divorcé ! s'écria Terence avec rage.

Malorie lança un regard surpris à sa mère en demande de confirmation. Ron haussa un sourcil, visiblement peu ému par cette nouvelle.

Magda observa sa petite fille avec attention. Mona avait peur de la voir se marier avec Drago Malefoy, mais elle n'avait pas à craindre cette alliance, après tout, ils pourraient toujours divorcer. Si Magda l'avait fait, tout le monde pouvait le faire.