Jusqu'à ce que Jace comprennent que l'Institut ne contenait pas autant de couloirs qu'il ne le croyait.
Jusqu'à ce qu'Alec réalise ce que voulait vraiment dire la phrase, et tout ce que sa signification pouvait changer dans sa vie.
Ils s'arrêtèrent net, chacun à un bout du corridor. Ils se toisèrent un moment, sans vraiment réaliser ce qu'il se passait. Ils ressentaient quelque chose d'étrange au fond d'eux, quelque chose qui ressemblait à une fausse surprise.
_Oh… Alec, lâcha Jace.
Ensemble, ils avancèrent de quelque pas pour qu'ils puissent se parler correctement.
Ils se retrouvèrent face à face, assez près pour qu'ils puissent voir les détails du visage de l'autre. Ils se regardèrent. Non, ils se redécouvrirent. Ils paraissaient être de nouveaux hommes maintenant.
_Je m'excuse sincèrement, Jace.
Alexander avait prononcé cette phrase tout en sachant qu'il ne le pensait pas. Il n'était pas désolé. Il savait ce que Jace pensait à ce moment : il n'avait pas besoin qu'il le pardonne. Mais il voulait le faire marcher encore un moment, il voulait le tester.
Jace, lui, était troublé. Quand il avait parlé, les lèvres d'Alec avaient bougé, et c'était un vrai supplice. Ses jolies lèvres pulpeuses et fines, colorées et irrésistibles. « Merde, Jace Wayland, reprend-toi ! » songea-t-il. Il était resté sans voix.
_J'ai dû te causer tellement de tourments, continua Alec.
« Non, c'est vrai ? » pensa Jace, sarcastique. « Si tu savais… »
_C'est pour cela que je m'excuse, expliqua Alec. Je n'aurais jamais dû aller aussi loin, je ne sais pas ce qu'il m'ait arrivé. J'ai perdu le contrôle un quart de secondes, et voilà ce qu'il s'est passé. Je me suis repris, bien sûr. Je suis désolé…
« Non ! NON ! Tu n'es pas aller trop loin ! Ne t'excuse pas, c'était parfait ! » pensa encore Jace.
Alec le faisait marcher, Jace le voyait, et il était fier de ce qu'il faisait. Il avait l'air assuré, et il l'était. Cet air était pour lui plus souvent une façade qu'un vrai état d'esprit mais à ce moment-là, il n'avait jamais était aussi sûr de lui. Il se sentait comme un homme, un Néphilim digne du nom. Il ne ressentait aucune honte. Il était déterminé.
_Je suis désolé. Je vais tourner cette page noire de ma vie, et je vais changer. Je te demande pardon pour tous ces dégâts. J'aimerais qu'on oublie ce qu'il s'est passé… Je vais sûrement repartir de zéro. Nous sommes encore jeunes, et l'amour va et vient à nos âges. Je me trouverai quelqu'un que j'importunerai moins. Peut-être une fille cette fois-ci ? dit-il en riant.
« Arrête Alec, c'est de la torture ! » dit Jace, dans sa tête.
Pourquoi ne réagissait-il pas ? C'était la question qu'ils se posaient tous les deux. Alec avait l'impression qu'il n'avait pas dit les bonnes paroles, et Jace ne savait plus ce qu'il se passait chez lui. Il restait impassible, et les mots bloqués au fond de sa gorge semblaient se débattre pour sortir. Son silence et son impassibilité étaient pour eux deux aussi lourd que le fardeau qu'avait porté Alec pendant tant d'années.
Mais Jace ne bougeait pas. Il était à la fois sûr et indécis. Muet et bavard. Fort et impuissant.
-Bon… Je pense que je vais m'en aller… A bientôt Jace.
Ces putains de lèvres. Jace en avait terriblement envie.
Alec se retourna, et commença à repartir. Après une absence de plusieurs minutes, Jace se réveilla en moins d'une seconde et attrapa le poignet d'Alec. Fermement, comme s'il ne voulait jamais qu'il parte. Plus jamais. Il ne voulait pas manquer une autre occasion.
_ Non.
C'était le seul mot qui s'était échappé de la bouche de Jace. Il se sentait tout petit, tout jeune, inconscient et ridicule devant Alec. Ce dernier pivota sur ses talons, lentement.
Les secondes passèrent. Un ange qui passait, sûrement. En tous cas, il sentait petit à petit les mots titiller sa langue pendant qu'il gardait le silence. Puis il commença doucement :
_ Non. Tu n'as vraiment pas à t'excuser. Tu n'es pas allé trop loin. Tu n'auras pas à oublier et tu n'auras pas à partir, ni à tourner la page.
Alec se sentait enfin soulagé. La non-réaction de Jace l'avait inquiété. Il aurait pu se tromper sur ses intentions.
Jace pris une grande expiration, et continua d'une petite voix :
_ Tu n'as vraiment pas à t'excuser. De toutes manières, je ne te pardonnerai pas car, quand tu… Enfin, quand nous nous sommes embrassés… C'était parfait. Ton baiser était parfait, le meilleur que je n'ai jamais reçu. J'ai ressenti tellement de choses pendant ces quelques secondes. Quelque chose d'incroyable, de délicieux tout au fond de mon estomac. Quelque chose que je n'ai jamais vraiment ressenti avant. De l'amour peut-être ? Je ne sais pas. Mais c'était la plus belle chose qu'il m'ait été donné de ressentir.
Alec était sidéré. Il ne savait que Jace avait autant aimé ce baiser. Ça ne lui ressemblait pas de parler comme cela. Ce n'était donc pas une moquerie. Il disait la vérité.
Le sentiment qui envahit la cage thoracique d'Alec à ce moment-là était très agréable. Comme un petit chatouillement au cœur. Comme si ses poumons s'affaissaient sur ses côtes. Comme si tout son destin avait été tout à fait bouleversé.
_ Autant ? Autant que ça ? demanda Alec.
_ Tu ne peux pas savoir, répondit Jace. On aurait dit que le monde s'ouvrait à moi enfin.
Jace s'approchait d'Alec sans même qu'il ne s'en rende compte. Une force l'attirait vers lui.
_ Et ce n'est pas à toi de t'excuser, continua-t-il. Je commençais peut-être à me douter de quelque chose, mais sinon je suis resté aveugle tout le temps. Pourtant, je t'avais sous les yeux, mais je ne savais pas que tu souffrais. Et je suis resté fidèle à moi-même, égoïste. Je n'ai pas su te protéger, ni t'aider. Je suis désolé. J'espère que je saurais me faire pardonner.
Il s'arrêta de parler. Il y avait trop de sous-entendus dans cette dernière phrase. Tant pis…
Il savait qu'il avait quelque chose d'important à faire. Mais quoi ? Il ne s'en souvenait plus à présent, ou alors il ne voulait plus s'en souvenir.
_ Maintenant, je ne sais plus quoi faire, annonça Jace. J'ai vidé mon sac, donc je n'ai plus rien à faire. Je savais il n'y a pas longtemps, mais là, je n'en ai plus aucune idée. Je dois te faire chier avec mes monologues trop longs… D'ailleurs pourquoi je parle encore ?...
Et Alec ouvrit la bouche. Et Jace se souvint. Et il sut quoi faire.
Une lueur assurée, qui ne tarda pas de s'éteindre, s'alluma dans ses yeux. Ses traits devinrent graves et laissaient deviner son inquiétude. Mais il était impatient. Il attendait ce moment depuis ce qu'il lui paraissait être cent ans.
Jace s'approcha prudemment. D'un pas d'abord hésitant. Ils n'étaient pas loin l'un de l'autre, moins d'un mètre. Il ne s'était pas retrouvé si près depuis deux bons jours.
Cela donnait une sensation bizarre à Alec. Comme quelque chose dont on n'a oublié la saveur, comme un souvenir flou. Il savait ce que voulait faire Jace. Ils le voulaient tous deux si fort. Mais Jace n'avançait plus. Il donnait l'impression d'être une jeune fille timide. Si la situation n'avait pas été aussi sérieuse, Alec aurait sûrement rit, en se moquant de Jace. D'ailleurs, il n'avait jamais fait cela. Il ne s'était jamais vraiment moqué de Jace. N'aurait-il pas dû ? N'est-ce pas ce que font les autres ? N'est-ce pas une immense preuve d'affection et de confiance ?
Alors, un petit rictus se dessina lentement aux coins des lèvres d'Alec. Il pouffa doucement, avant de s'avancer à son tour de plusieurs pas confiants.
Une dizaine de centimètres les séparait dès lors. C'était encore un peu trop loin au goût d'Alec. Mais Jace, lui, était anxieux. Il avait peur de ce qui allait se passer si l'écart entre eux se resserrerait. Il se sentait si petit devant Alec, qui était tellement sûr de lui. Il menait la dance, et il surplombait Jace à la fois par sa taille, mais aussi pas sa prestance.
Et, en un éclair, le vide entre eux deux n'existait plus. Disparu, pour toujours.
En une seconde qu'ils sentirent aussi longue qu'une douzaine de minutes, ils s'examinèrent de près, leurs visages s'effleurant presque. Leurs lèvres commencèrent à se toucher, et ce fameux mélange de sentiments s'installa tout au fond de leurs ventres. Ce petit animal inoffensif qui fait son nid, ces petits gargouillis qui chatouillent et soulagent.
Ils attendaient tellement ce baiser. Pour eux, à ce moment-là, ils se sentaient comme s'ils avaient trouvé le saint Graal. La plus belle perle de nacre du monde. La huitième merveille du monde.
Ils s'embrassèrent avec amour, mais d'abord timidement. Jace se laissait faire, il était figé sur place, en admiration. Le plein d'émotions qu'il recevait était très fort, mais agréable.
Ils se reculèrent. Ce n'était qu'un petit baiser. Alec aurait voulu plus, mais Jace semblait encore un peu craintif.
Mais, Jace leva les doucement les mains, les enfouit dans le cou d'Alec, les pouces posés sur ses joues. Soudain, les lèvres de Jace accrochèrent celles d'Alec. Ce dernier glissa ses mains dans le dos de Jace, provoquant des frissons le long de son échine.
