Hello,
Je remercie encore tout le monde (eh oui, c'est déjà fait dans mes réponses persos mais bon héhé) pour vos gentilles reviews que j'adore lire !
Bien sûr, autre chose cette fois ci :
Cher imation : alors, sympathique review, autant le dire comme cela, mais bon j'aurais aimée que la critique soit plus poussé et plus recherchée. Sinon, pour simple information si tu repasses par ici (et j'en suis certaine vu que tu voudras savoir ce qu'il en est de ta critique), je ne suis pas vexée par ta review, si tu veux t'acharner, vas-y.
Bon il est tard et je suis fatiguée, et quelqu'un (une gentille personne) attend ce chapitre avec impatience.
Bonne lecture tout de même !
Briséis Black
Chapitre 3 : Les routes fantômes
Les routes fantômes.
Un lieu de démence.
Limbes, vide infini : aucun son - pas même mon hoquet de surprise - aucune lumière : du gris brumeux à perte de vue, sans frontière ni limite. Pas de froid pas de chaleur. Simplement… rien.
Au moment où je parvenais à cette conclusion, je pris conscience que j'étais déjà venue dans cette endroit. Landon, mon taré de cousin. Parce que, ce pauvre idiot s'était aventuré dans une antre qui nous est interdite, à nous, sorciers vivants. J'étais debout dans une brume clair, brillante, une brume telle que je n'en avais jamais connue. J'étais là, tout simplement, sur mes deux jambes, sur un support qui me semblait insolite mais qui devait être réel puisque j'étais là, debout, toujours. Mon corps ne semblait porter aucune blessure. Je passais mes doigts sur mon visage. Aucune entaille, aucune tâche de sang. Et le néant informe qui m'entourait me filait la frousse. Bordel.
Sirius et James. James et Sirius. Ils devaient être de l'autre côté. En bas ? Je ne savais pas, je ne savais plus… Tout ce confondait dans ma tête. Et, bien que je savais que jamais je n'aurais pu me préparer à l'étrangeté de l'expérience, cette impossibilité me rendit anxieuse, malade de peur. Encore.
Par instinct et à cause de mon entraînement très stricte, chaque fibre de mon être me hurlait de regarder autour de moi et de ne pas bouger de cette place dans le vide. Certes, il n'y avait pas d'adversaire sur qui se concentrer. Mais pourtant, je percevais le danger. Les poings serrés, je pris une inspiration et tentais de me calmer. Relâchant mes muscles, je laissais pendre mes bras contre mes flancs. Aussi contraire à mes principes que ce fût, le seul moyen de conquérir cet endroit serait de ne rien faire. Ma seule défense était la passivité. Je devais trouver un moyen d'accepter l'absence de forme et de structure, le gris infini couleur d'orage, comparable aux yeux étincelants de Sirius, et d'admettre que ce gris était… ce qu'il était.
Les routes fantômes.
Dés que j'eus formulé cette pensée, je sentis une surface solide sous mes pieds, bien plus réelle que l'ancienne, que l'insolite surface brumeuse. Ma vision se précisa d'un coup, et j'entendis un étrange soufflement râleur.
« Je vois que tu te rappelle de ce qu'il ne faut pas faire en ce lieu maudit. »
Pivotant sur mes talons et clignant des yeux, je découvris Landon qui marchait vers moi, droit et nerveux, vêtu d'une tenu des plus normale : jean, sweet-shirt assorti et baguette à la main. Il me dévisagea avec inquiétude. Et les deux yeux bleus-gris de mon cousin me firent l'effet d'un roc dans la tempête. Il posa une main sur mon épaule.
« Callista. »
Il ne souriait pas, pas même de ce sourire que je voulais toujours lui faire bouffer. Son air de petit insolent n'était pas de mise, aussi.
« Cousine ? Tu es avec moi ? »
Je hochais maladroitement la tête, avec l'impression d'être une marionnette dont on aurait coupé les fils.
« Je suppose que oui, avançais-je, hésitante. À moins que tu n'es pas pu trouver le moyen de revenir ici et que tu ne sois que le pur produit de mon imagination. Oh, soufflais-je tout d'un coup, tu es mort, peut-être ? »
Landon se détendit un peu.
« Oh non, répondit-il d'un ton morne. Je suis en ce moment même à Godric's Hollow. Et toi tu es en train de faire ton choix. Le trépas ou la vie. »
Lui avait déjà arpenté les routes fantômes. Il était donc logique qu'il s'y adapte plus vite, ou plutôt que sa raison s'y adapte plus vite. Oui, Landon avait été le premier de nous deux… Le premier a pénétrer dans cette zone vide d'existence humaine. Quand il avait seize ans et demi, il avait fait une belle connerie en s'aventurant dans des phases de la magie noire encore inexpérimentées… J'étais seule, j'étais assommée, j'avais mes dix-sept ans, je ne pouvais l'amener à Ste-Mangouste, je ne pouvais quémander de l'aide à une autre personne (surtout pas la famille Carter), je ne pouvais que l'en sortir moi-même… Alors, après avoir pu reprendre mes esprits tandis qu'il gisait sur le sol de sa chambre avec toute sorte de livres et parchemins m'indiquant ce qu'il avait fait autour de lui, j'étais allée le chercher dans ce royaume pas très recommandable, par la pensée… et la magie noire. À son réveil, le visage de Landon était maculé de larmes de sang, versées pour je ne sais quel raison.
Et je me demandais ce qui allé se passer dans ce foutu trou, pour moi.
Tournant la tête de gauche à droite, je me raidis. Une aura de danger m'enveloppait, comme un brouillard d'été sur les bords du lac noir de Poudlard, caressant mes joues et touchant mon cœur. Soudain, Landon enleva sa main de mon épaule. L'absence du touché me glaça jusqu'à la moelle. Je frissonnais.
« Il y a quelque chose ici, avec toi, annonça-t-il. Quelque chose de maléfique. J'y ai déjà réfléchi. Je pense que c'est l'ombre de la mort, et… (il inclina la tête et fourra ses mains dans les poches de son sweet-shirt foncé) c'est assez inquiétant. »
Je ne bougeais pas, écoutant la suite :
« Quand elle a croisé ma route, j'ai eu envie de m'écarter du chemin et de m'endormir. De m'abandonner. Elle m'avait semblé assez paisible, cette mort. Mais du peu que je m'en rappelle, ta voix m'était parvenue, tu m'avait incité à revenir dans l'autre chemin. Grâce à ton aide, j'ai pu continuer à vivre. Mais écoutes-moi, pour toi elle est dangereuse, et tu dois avoir envie de la combattre. »
Lentement, je tournais la tête derrière moi, je commençais à ne plus rien distinguer. La panique s'emparait de mon être.
« Oui, tu dois te convaincre de vouloir la combattre, souffla Landon en un chuchotis fraternel. Comme tu m'as poussé à la combattre il y a peu.
- Alors… puisque tu as pu trouver le moyen de venir ici, je suis dans le même cas que toi, il a quelque semaines ?
- Oui, répondit mon cousin, d'un ton neutre.
- Je ne suis pas morte ?
- Ah, s'exclama Landon, qui souriait largement à présent. Telle est la question, n'est-ce pas ? Dans l'ensemble, Callista, je crois que non. »
On se regarda un long moment. Landon semblait reprendre peu à peu son air grave.
« Non ? répétais-je.
- Non, confirma Landon.
- Mais, hésitais-je. Je crois que l'on m'a lancé un sortilège qui dépasse toute rationalité des lois de la magie… Je… c'est que je ne suis pas sûre, Landon.
- Non, tu as raison, grogna Landon. C'est d'ailleurs ce sortilège qui t'a donné un aller simple dans cet endroit.
- Explique-moi.
- Tu te trouve dans l'un des royaumes de la magie jusqu'alors inconnu, dont personne n'est censé en revenir vivant comme moi lors de mon expérience, ouais, personne n'est même censé en revenir. J'ai fais entorse à la tradition… Tu es une Carter, tu vas le faire toi aussi. »
Autour de moi, le gris se transforma en un éclair d'une blancheur aveuglante. La route se changea en poussière sous mes pieds. Je me couvris les yeux quand une lueur écarlate brûla mes rétines. Puis, je me souvins des larmes de Landon, et me demandais si cette lueur n'était pas mes propres larmes de sang. Ça devait bien l'être.
Lentement, j'entrouvris les paupières pour tenter de distinguer quelque chose. Devant moi se tenait une fille de mon âge, chaussée d'escarpins typiquement en cuir noir et semblant d'une époque lointaine et vêtue d'une robe blanche, nouée sur les épaules, dont le tissu était recouvert de sang séché. Elle avait la pâleur de la craie, des yeux presque noirs et des cheveux couleur d'acajou qui cascadaient dans son dos. Sa silhouette se découpait distinctement sur un fond noir. Si je tendais la main vers elle, me dis-je, je toucherais sa chair solide. Pourtant, la femme avait quelque chose d'étrange, de spectral et d'éthéré.
Quelque chose qui trahissait son appartenance à ce royaume.
« Qui êtes-vous ? L'interrogeais-je sans laisser transparaître ma nervosité dans mon ton. »
Tu devrais me reconnaître, Callista Carter. Nous sommes de la même famille.
« Dans ce cas, tu dois faire partie de la branche éloigné des Carter, répliquais-je, parce que les femmes sont plutôt blondes de notre côté. De toute manière, je ne veux pas reconnaître qui que ce soit dans cet endroit. Tu n'es pas réelle. Tu n'es pas vivante. Je ne veux pas et je sais que j'en ai le droit. Je ne me laisserais pas berner. »
Je me raclais la gorge et demandais sérieusement :
« Pourquoi es-tu ici ? »
Mes cheveux étaient aussi blonds que les tiens auparavant, avant que je ne les colore. Quant à ta question, je ne peux répondre que partiellement à cela, Callista. Jadis, j'étais une sorcière, comme toi.
Les lèvres de la fille remuèrent, mais on eût dit qu'une autre personne avait parlé en même temps.
« Je serais bien tenté de connaître ton nom, à toi qui te dis être de notre lignée. »
Jetant un coup d'œil désespéré à la ronde, j'aperçus Landon. Un espèce de soulagement provenant des tréfonds de mon cœur fit surface. Landon se tendit, prenant ma main, la serrant très fort. Je me mis à regarder la fille pour comprendre ce qui le troublait. Mais le visage distinct de l'espèce de prisonnière des lieux demeurait sans failles. Je jetais un coup d'œil à Landon, qui me le rendit.
« Tu es de notre lignée ? s'enquit abruptement mon cousin. »
Oui.
« Pourquoi es-tu ici ? répétais-je. »
Mon interlocutrice leva le menton tandis que des larmes perlaient à ses yeux. Mais la fille n'était pas triste ; à en juger par ses mâchoires contractées et la veine qui pulsait dans son cou, j'aurais juré qu'elle luttait contre la colère.
J'ai été imprudente dans une période troublée par la guerre. Il y avait un garçon qui me plaisait… nous pensions que nous pourrions fuir loin de tout les problèmes que causait la guerre. Mais un traître nous a vendu à Gellert Grindelwald et à ses démons ; nous lutions contre lui, et j'allais devenir Auror.
La voix de cette improbable parente chuchota et ça fit écho.
Mais une personne nous a trahie. Triste fin…
« Grindelwald, répétais-je lentement.
- Tu remontes d'à peine une génération, dis-tu ? lança Landon, comme un sauvage. Alors comment se fait-il que nous n'ayons jamais eu d'échos sur toi ? Comment se fait-il que de tout l'arbre généalogique des Carter, tu n'y figures pas ? »
Étant donné que mes parents étaient des fanatiques de magie noire et se croyaient supérieurs aux autres familles, que mon frère était pareil, je crois qu'il fut logique que je fus rayé de tout ce qui pouvait me rattacher à eux.
Landon et moi, on se jeta un regard étrange. Le frère, se pourrait-il que ce soit notre grand-père… ? La fille le vit et sut qu'elle avait notre pleine attention.
En effet, dit elle d'une voix veloutée qui semblait être coléreuse, Logan Carter était mon frère. Après ma mort, j'ai su qu'il avait eu deux fils, vos père respectifs… Duncan Carter - elle inclina respectueusement sa tête vers moi - devrait être mon neveu. Quant à Liam Carter, son frère cadet - elle lança un coup d'œil à Landon - il devrait être également mon neveu. Oui, votre grand-père, Logan Carter, était mon frère. L'aîné… mon insupportable ainé !
Je notais qu'il y avait de l'amertume dans sa voix quand elle parlait de mon grand-père paternel. Je ne la méprisais pas pour ce fait, je n'aimais pas le vieil homme qui regardait de haut tout ceux n'aillant pas le sang-pur, je n'aimais pas mon grand-père, à vrai dire, il me tolérait les rares fois ou il arrivait que je le croise par le passé.
« Attendez, attendez ! s'énerva Landon. Depuis quand notre grand-père n'est pas fils unique ? L'arbre généalogique ne nous à jamais appris votre existence ! »
L'arbre généalogique, releva la fille. Eh bien, Landon Carter, je t'apprendrais que le scandale qu'a provoqué mon détournement d'opinion envers ma famille au sang-pur devait se tarir en vitesse. Après tout, je faisais bel et bien partie de la célèbre famille Carter !
« Comment t'appelles-tu ? demandais-je, sonnée. »
De mon vivant, j'étais Calypso Carter. J'ai par la suite faillis devenir Calypso Black.
J'eus l'impression de recevoir la pire gifle de ma vie.
« P-pardon ? bégayais-je. Mais comment ça… Black ? »
Antarès, souffla-t-elle avec amour. Antarès Black était mon fiancé, lui aussi est mort.
« Je… Je suis parente avec Sirius Black ? murmurais-je d'une voix blanche à son intention. »
Landon levait les yeux et se passait une main dans les cheveux, apparemment conscient que tout se jouait ici maintenant, que nos vies allaient s'en retrouvé peut-être changées avec les nouvelles que nous apprenions, car après tout, nous étions les héritiers du groupe Carter, et on nous avez cachés des choses… que l'on n'aurez pu soupçonner.
Je ne suis pas présente ici pour ce genre de conversation, mais je vais te répondre. Antarès et moi n'avons pas pu nous marier, donc je suppose que toi et ce Sirius, vous n'avez aucun liens de parenté. De mon temps, les familles de sang-pur commençaient à se faire rares, et par conséquent elles étaient toutes liées entre elles - seulement aucune alliance entre les Black et les Carter n'a jamais était concrétisée.
Sentant mon cœur repartir normalement, je me demandais pourquoi le fait d'avoir un lien de sang avec Sirius me déstabilisait tant.
« J'imagine que Grindenwald vous a fait tué, dit Landon sans prêter attention à la demande que j'avais faite à la dénommée Calypso au sujet des Black. À cause de ce sang séché sur votre robe - il pointa du doigt le tissu taché de sang - je suppose que c'était un sortilège de magie noire bien capricieux. »
Non. J'ai mis fin moi-même à ma vie alors que j'étais à la prison de Nuremberg, le détrompa Calypso. Mon Antarès s'était sacrifié pour me protéger avant que je ne sois faite prisonnière. Je ne pouvais plus vivre dans cette prison. Cela s'est passé vers l'an 1900.
Était-elle là depuis cette date ? Landon et moi frissonnâmes en nous jetant un énième coup d'œil énigmatique. Soixante dix-sept années à arpenter les routes fantômes sans jamais atteindre de destination : ni enfer ni repos. Juste du vide. C'était le contraire de ce que j'espérais après ma propre mort.
J'ai été appelée… pour te mettre en garde, Callista.
« Par qui ? demandais-je. »
Je l'ignore. Nous sommes parentes, donc une puissance supérieure est intervenue, j'imagine.
« Me mettre en garde contre quoi ? »
La mort arpente ces routes avec toi. Mieux vaudrait que tu fasses demi-tour.
Je me rembrunis.
« Et vous prétendez avoir le moyen pour tenter l'aventure ? »
J'ai choisi la mort et l'exil loin des miens, je ne connais donc pas toute les réponses.
Landon eut un petit rire amer.
« Elle n'a pas l'intention de connaître le même sort. »
Cher Landon, il me semble que tu as bien failli le prendre toi même, ce sort, sourit la parente.
Elle observa Landon, la tête à demi inclinée, dans une attitude hautement amusée.
Oui, j'étais présente lors de ton bref passage dans l'antre des Morts. Mais je dois reconnaître que tu as eu la chance d'avoir à tes côtés une personne ayant acquise les bonnes connaissances en matière de magie noire.
Elle inclina la tête vers moi alors que je haussais un sourcil inquiet.
Je ne suis pas étonnée, les Carter ont toujours eu le chic de vouloir maitriser cette magie. Landon, mon neveux, tu connais les risques, tu connais les enjeux : reprendre conscience avec la réalité est une épreuve très dure. Tu vas devoir la guider de l'autre monde. Tu le lui dois bien.
« Je ne veux pas rester indéfiniment ici, intervenais-je. »
Un éclat de rire au son spectrale me parvint comme des cloches carillonnant joyeusement.
Dans ce cas, n'oublies-pas : fais demi-tour le moment venu. Car souviens-toi, Callista, ton heure n'est pas encore venue, et ta simple présence ici est absurde, tout cela relève d'un malentendu. Il semble que tu aies des choses à accomplir dans la vie qui t'attends… Quant à toi, Landon, j'espère ne pas te revoir de sitôt.
Elle inclina amicalement la tête vers lui.
Callista…
Elle fit de même, me jetant un long regard - une sorte de mise en garde.
Je notais le ton de doucereux et le changement de la prononciation délicate et familière de mon prénom et de celui de Landon. Et je compris. Elle nous aimait. Un instant suffit alors, une seconde s'écoula seulement, un seul clignement de paupières de ma part. Et je rouvris les yeux et fixais l'endroit où devait se trouvait Calypso Carter. Mais celle-ci avait disparu… elle s'était évaporée comme elle était apparue, ombre parmi les ombres.
« Reprends tes esprits, Cousine. Je ne peux te suivre dans les passages que ton esprit va emprunter, je ne pratique pas le genre de magie ancestrale à laquelle tu avais fait appel pour moi.
- J… Je vais affronter ça seule ?
- Putain ! Ma Calli ! Joue pas à la martyre ! Tu vas y arriver. »
Il me caressa la joue, plein de compassion et de regret. Dans ses yeux, je vis l'electricité du bleu et du gris qui faisait se retourner les gens sur nous lorsqu'ils voyaient nos yeux.
« N'oublies pas ça : t'abandonne et je te tue. C'est plutôt clair, non ?
- Clair et limpide. »
Car c'était partie. Landon commençait à s'éloigner, à se désintégrer.
Et moi… moi je dépérissais.
x X x
Je n'étais pas morte. Mais je n'étais pas non plus de retour parmi les vivants. J'étais à la lisière de l'existence, suspendue entre les deux mondes, dans une sorte de stase. Avant même de me rappeler ce que je devais faire, un son me parvint.
Oui, je ne t'abandonne pas.
Je savais à qui appartenait cette voix dans ma tête : Landon, mon beau cousin. Landon… Le nom tourna un moment dans mon esprit : certes, ses paroles n'avaient pas la puissance évocatrice d'une voix proche, non, c'était plutôt comme un doux murmure dans ma tête. Je m'y accrochais donc comme un naufragé à une bouée afin de ne pas me perdre dans l'endroit, bien que je connaissais les enjeux, les règles.
Je suis toujours auprès de toi, tu vois. À bien y regarder, je ne te laisserais pas avant que les chemins que tu arpenteras ne me soient pas… empruntables. Maintenant, ouvre les yeux.
J'ouvris les yeux sur un univers de ténèbres. Je sentis comme un poids peser sur moi, comme si mon corps était plongé dans une eau tiède. J'eus une bouffée de panique, mais je parvins à me reprendre. Non, non ! Si j'étais sous l'eau, je ne pourrais pas respirer. Je devais être morte ! Morte et enterrée sous terre !
Ça ne sert à rien de paniquer, il faut réfléchir, être méthodique, c'est comme ça qu'on triomphe de l'adversité. Rappelle-toi, c'est toi-même qui m'as appris cette leçon là.
Oui, c'est ainsi que je triomphais. Jusque-là.
Qu'est-ce que cette putain de Carrow m'avait expédié comme autre sortilège douteux ? En écartant le doloris dont je connaissais les effets, la réponse ne venait pas. La colère monta donc en moi et je m'y abandonnais, laissant s'exprimer ma peur et mon impuissance.
Non, ne laisse pas ce genre de colère te purifier !
Peu à peu, je commençais à revenir à moi, à reprendre conscience avec mon corps, mon esprit sortit de son engourdissement, et la colère continua de décroitre, jusqu'à ce que je sente une douce chaleur m'entourer, insufflant en moi une énergie nouvelle.
Écoute-moi bien. Afin d'être libre et de revenir à toi tu dois passer les épreuves. Enregistre-moi ça dans ton cerveau : tu ne voueras pas ton existence à servir ce royaume comme le fait l'autre Calypso. Promets-le. Promets comme tu m'as fait promettre. Promets de lutter…
Je sentais la menace désespérée poindre sous les accents de cette voix caressante. Je repris donc mon sang-froid et lui adressais mes pensées.
Tu es sage, Landon. Tu as raison, je vais lutter.
Landon demeura silencieux si longtemps que je crus qu'il m'avait quitté.
Ça va commencer, je le sens. Je peine à garder le contact entre toi et moi.
Je comprends, répondis-je mentalement. Mais j'aurais aimée être de ces gens qui vivent et meurent tranquilles. Mais tu parles, j'aurais pas cette chance.
La voix dans ma tête eut comme un petit rire spectrale et lança :
Tu divagues là. Tu ne mourras pas.
Le vrai cauchemar pouvait débuter.
x X x
Les routes fantômes. Un lieu de démence et de peur. J'avais affronté une partie du voyage, une autre restait indécise. Avais-je seulement pensé à ce que m'avait raconté Landon ? Avais-je seulement pu ne pas le croire, lorsque quelques semaines auparavant, il m'avait confié que certaine fois, des passages du futur venaient à nous ? Rester à dire si c'était de la fiction ou de la réalité qui se produira. Pour l'heure qu'il est, je suis très retournée.
Soirée d'anniversaire de Sirius Black - 27 février 1978, Manoir Potter, Godric Hollow.
« Sirius ? Où pars-tu ? »
Ma voix le fit bondir, son cœur frôlant sans aucun doute un infarctus. Tiens donc, comme ça il ne m'avait absolument pas entendu le rejoindre ?
« Putain ! Jura-t-il de frayeur. Ne refais jamais ça !
- Désolée, je ne voulais pas t'effrayer, m'excusais-je sans réel conviction.
- Oh si, tu le voulais !
- Peut-être bien, finalement.
- Qu'est-ce que tu me veux ? Après des mois d'absence tu crois que je vais pardonner ta lâcheté ? ironisa-t-il, continuant son chemin. Au revoir, Callista !
- Arrête de jouer au gamin, Sirius ! On a plus dix ans ! »
Il croyait poursuivre sa route sans avoir à me parler, bien, qu'il se leurre. Car je n'étais pas de cet avis. Je n'avais pas l'intention de le lâcher si facilement. J'attrapais son bras et l'entraînais à ma suite, sans lui laisser le choix. En quelques secondes, je le fis passer dans la vaste terrasse et refermais la porte coulissante derrière nous à une vitesse hallucinante. Ma main ayant lâchée son emprise tenace sur son bras, il commença à m' ignorer en portant toute son attention sur ce qu'offrait la vue du paysage. Je m'approchais de lui, il se retourna d'un coup, le regard sombre ; il m'en voulait. Et c'était compréhensible.
« Je pars à Durmstrang voir mon cousin. Je reviens pour le deuxième trimestre. Je ne peux pas donner plus d'explications. Au revoir. Ça c'est une lettre ! cita-t-il d'un ton sarcastique.
- Que voulais-tu que je dise, Sirius ! Je n'avais pas envie de vous alarmez avec mes problèmes ! J'avais besoin d'un nouveau souffle, d'un nouveau départ…
- Tu aurais pu me prévenir quand j'étais avec toi la nuit de ton départ ! continua t-il avec reproche.
- Je ne savais pas encore que je pourrais partir de Poudlard à ce moment là !
- Non ! Non ! Mais… »
Ne trouvant pas ses mots, il me coinça brutalement entre le mur derrière lui et son corps. Et malheureusement pour ma santé mentale, c'était loin d'être désagréable… Mais vraiment loin. Presque haletant, ses lèvres tout près des miennes, Sirius poursuivit, son agitation intérieure plus que perceptible.
« Tu étais loin de moi. Il aurait pu t'arriver n'importe quoi là-bas sans que je… sans qu'on ne puisse rien faire et…
- Tu étais inquiet pour moi ? demandais-je.
- Non, non… pas de cette manière, essaya-t-il de se justifier, n'aimant visiblement pas l'idée que je puisse le comprendre. »
Je ne pus m'empêcher de sourire largement, de plus en plus amusée par ce que j'entendais. Le voir lutter pour garder les apparences était très étrange, d'habitude c'était moi qui jouais à ce jeu là.
« Je me suis aussi inquiétée, tu sais, continuais-je avec un ton moqueur. »
Mais je ne te dirais pas ce que j'ai fais, que j'ai risquée ma peau pour faire ce que je devais faire en vous le cachant à tous, sauf à mon cousin.
« Fermes-là, Callista. »
Alors, ses lèvres s'écrasèrent sur les miennes à ma plus grande joie. Sans douceur, mais avec la fureur et toute la frustration que lui avait causée ma réapparition, il m'embrassa. Je me sentais déjà vaciller contre lui… Je répondis à son baiser langoureusement, calmant ses envies de brusquerie.
« Je t'ai manqué, hein ? murmurais-je contre ses lèvres d'un ton joueur.
- Certainement pas.
- Je ne te crois pas.
- Je ne t'ai même pas regardé, lança-t-il soudainement. »
Il recula alors et m'observa d'un œil critique. Dans une certaine mesure je le comprenais un peu. J'avais complètement changé de coiffure. Mes cheveux habituellement aussi rebelles et indisciplinés que James étaient maintenant lisses, soyeux et élégamment relevés sur ma nuque. Je portais une robe vaporeuse d'un blanc pétillant et mon maintient était différent - peut-être était-ce dû à la présence de ces hauts escarpins noirs que je ne portais pas d'ordinaire.
Je souriais aussi - avec une certaine nervosité, il est vrai - et cette fois, on voyait nettement que je n'étais pas à l'aise. Et Sirius... Il passa sa main dans ses cheveux d'un geste automatique, le regard un peu perdu.
« Tu peux te pincer ou te coller une gifle, mais je t'assure que tu ne rêves pas, le rassurais-je. Je suis vraiment revenue à toi. »
Nerveusement, je rejetais une mèche rebelle en arrière et vissais mon regard dans celui de Sirius. Je crois bien que c'est à ce moment là qu'il commença à me pardonner entièrement.
« Ta robe, elle est magnifique, dit-il avec amusement en s'approchant de moi lentement. Tu t'es maquillée soigneusement… »
Il s'arrêta à quelque centimètres de moi.
« Et tes cheveux… »
Il tendit une main vers moi et à mon plus grand étonnement, chassa la mèche rebelle de mon épaule.
« Tes cheveux sont à ton image, d'une beauté irréelle. »
Il me prit alors la main et la leva vers son visage, afin de la poser sur sa propre joue, je sentis qu'il n'avait pas prit la peine de se raser correctement, je ne souris plus, je ne pensais même pas à retirer ma main de sa joue chaude ; ma paume sur sa peau était un deuxième contact depuis mon arrivée… Sirius ferma les yeux, lentement, comme un enfant s'abandonnant à la douceur maternelle.
Une salve d'applaudissements frénétiques nous parvinrent de l'intérieure du manoir. Je m'aperçus que des lanternes vives s'étaient éteintes et que les bruits de joies à travers la porte vitrée n'étaient pas sans compter la voix de James qui criait aux invités de danser. J'eus un sourire alors que Sirius ouvrait doucement les yeux, sa main toujours par-dessus la mienne, entretenant le contact irréelle sur sa peau. La musique était celle d'un slow. Sirius dû le remarquer car un sourire fendit ses lèvres parfaites et il me tendit la main.
« Quoi ? fis-je en la prenant.
- Viens, murmura-t-il. Je veux danser avec toi, maintenant !
- Non ! m'écriais-je en tentant d'enlever ma main, ne déconne pas cette fois Sirius ! Je ne veux pas danser ce genre de danse !
- Mais c'est mon anniversaire ! protesta-t-il. On s'en fiche que tu veuilles pas danser ! Et puis James a lancé cette musique pour les couples, c'est fait exprès que ça soit embarrassant. »
Sirius n'attendit même pas ma réponse qu'il me tira hors de la terrasse, poussant la vitre coulissante et nous amenant parmi la foule d'invités. La musique était lente et mélancolique et Sirius me traîna derrière lui pour s'avancer vers la piste de danse brillamment éclairée. Quand à moi, évitant soigneusement de croiser les regards des autres élèves, je ne disais rien.
« Ne t'occupe pas des autres, tu veux, susurra-t-il en se penchant vers moi. »
Je voyais James ricaner en me faisant de grands signes. Soudain, il attrapa mes poignets et fit passer mes bras autour de sa nuque. Totalement pétrifiée, je vis Sirius glisser une main autour de ma taille alors qu'il posait l'autre fermement sur ma hanche. Il nous fit évoluer sur place, lentement. Heureusement pour moi, il guidait tout mes pas.
« Tu vois, Callista, quand tu m'écoutes, murmura-t-il à mon oreille. »
Sa proximité plus qu'ambiguë me gênait alors que les yeux des autres étaient rivaient sur nous. Après tout, c'était sa fête, son anniversaire. Et je me sentais terriblement bien entre ses bras. Tellement que j'aurais pu en mourir. D'autres couples de Poudlard vinrent rejoindre la piste de danse. Et, lentement, je sentis que nous cessions d'être le centre d'attention. Cela me soulagea.
Je baissais la tête et détournais les yeux. Si seulement il savait à quel point j'étais pétrifiée de rencontrer le regard des autres après ma longue absence ! Il prit mon menton en coupe et releva doucement mon visage pour me regarder dans les yeux.
« Tu sais, je sais que bientôt tu feras comme si rien ne s'était passé.
- Pardon ? Mais il ne s'est rien passé, me défendis-je.
- Parce qu'il faut que nous couchions ensemble pour que tu admettes qu'il y a quelque chose entre nous ?
Quoi ? Moi, toi… coucher ensemble ? chuchotais-je en lui écrasant volontairement le pied. »
Il silfa de douleur puis me fixa d'un regard où brillait à la fois le désir et la contradiction. Je fermais les yeux, savourant la douceur de son étreinte et emportée par la faible lumière de la pièce, je me laissais guider par ses bras qui m'étreignaient toujours davantage.
Il nous mena ensuite dans un recoin sombre ou nous parvenait la musique et ou nous pouvions danser, mais où les autres ne pouvait nous voir. Soulagée je me détendis. Il posa alors sa tête contre mon épaule, inspirant profondément avant d'y déposer un léger baiser… C'est dès ce moment qu'il me fit perdre la tête. J'étais perdue car il se mit de nouveau à m'embrasser, ses caresses devenant plus exigeantes, son souffle s'accélérant. Je sentais ses mains se balader sur mon corps.
« Bon sang, Sirius…, soupirais-je en sentant son manège.
- Je suis heureux que tu sois là, Callista.
- Je t'ai manqué ? »
Ma voix trembla un peu. Redoutais-je davantage un oui ou un non ? J'étais incapable de le dire.
« Plus que tu ne peux l'imaginer. »
Son timbre doux et sensuel avait laissé place à une sorte de résignation mélancolique. Sa main quitta mon menton et, alors que mes yeux venaient de s'entrechoquer avec les siens, il posa subitement ses mains sur mes hanches et les fit légèrement remonter, dans une caresse langoureuse. Puis, d'une main, il toucha ma peau, suivant le contour du haut de mon épaule nue et de mon bras, descendant jusqu'à l'endroit ou ma main était figée sur sa nuque. Puis, il poussa un soupir et laissa sa main pendre le long de ses hanches. Cette caresse couvrit mon corps tout entier de chair de poule.
Puis, alors que nous restions comme des pantins à nous fixer dans la douce pénombre, nous nous fîmes bousculer légèrement par un couple ivre. Sirius reprit son sang-froid et me prit par la taille alors je mettais mes bras autour de son cou et chuchotais contre ses lèvres :
« Tu es très beau ce soir. »
Il me répondis par un son inarticulé, m'attirant contre son torse. Nos lèvres se rencontrèrent et je plongeais dans le parfum et la chaleur de son corps. Sirius était semble-t-il un farouche partisan des longs baisers. Il y avait quelque chose d'incroyablement érotique dans le fait qu'il prenne ma langue dans sa bouche ; le simple fait d'y penser me donnais des frissons partout. La température de son corps avait sur moi des effets hypnotisant.
Tout en mordillant ses lèvres et sa langue, je le sentis faire des efforts pour contenir sa passion. À l'instant précis où je commençais à avoir le vertige, il interrompit notre baiser, mais ne desserra pas son étreinte. Nos regards se croisèrent. Mes joues étaient brulantes, mes lèvres mouillées et agréablement meurtries.
Je piquais un fard monstrueux. Ma robe, très vaporeuse, me laissait le loisir de sentir ses deux mains chaudes, et je me sentais bouillir de l'intérieur. J'étais on ne peut plus attirée par l'indescriptible flamme qui dansait dans ses yeux gris acier. Je me sentais belle comme jamais dans ses bras. J'avais soudainement l'impression d'être plus tentante que toutes les filles de l'assistance.
J'avais aussi envie de le toucher. Ses traits étaient on ne peut plus détendus. On aurait dit que nous étions retombés en enfance. Je fus déboussolée. Il était beau. Il m'attirait. Je l'aimais. Plus que je ne le croyais en étant loin de lui. Et être face à lui était incomparable à tout ce que j'avais pu m'imaginer. Il nous fit danser, menant toujours et encore mes pas. Je ne fis pas attention aux autres et l'une de mes mains se décrocha de sa nuque. Je la portais à son visage. Quelques unes de ses mèches noires retombaient sur ses yeux clos, avec une élégance qui lui était propre. Sa bouche parfaite était entrouverte et, en mettant mes doigts devant, je pouvais sentir son souffle chaud contre eux.
Il était étrange de constater cette attraction qu'il me causait sans cesse. Sa chemise noire laissait entrevoir chacune des formes de son torse et je le regardais comme jamais. Je touchais aussi son visage, son nez parfait, ses joues doucement rugueuses. Il s'était négligé, n'avait pas prit la peine de se raser, ses cheveux étaient un peu décoiffés. J'aimais sa nonchalance. Ses cheveux bruns, mis-longs et brillants. Il cligna les yeux et les referma sous mes caresses.
Le slow se termina et je vis avec soulagement que nous étions dans un coin très sombre et à l'abri des regards, personne ne nous avait vu. J'entendis la musique lancer une dernière note avec un tonnerre d'applaudissements.
« Callista…, gémit alors Sirius son front contre le mien. »
Il effleura ma cuisse alors que je pressais inconsciemment mon corps contre le sien. Ses respirations chatouillaient mon cou. J'aimais cette sensation. Il transplana alors dans un endroit vide de monde. Le jardin. Et là, je rencontrais le regard de Sirius, empli d'une passion absolue et dévorante. Une vague de désir me submergea brusquement. Je le désirais avec une intensité à laquelle mon expérience très limitée ne me permettait pas vraiment de faire face. Sirius sembla être dérouté et se recula dans l'obscurité de la nuit.
« Tu… Pourquoi es-tu revenue ? Tu vas ensuite repartir ?
- Non, non ! m'écriais-je. Je ne vais pas repartir, Sirius ! Tu comprends ? »
Alors, sans la moindre hésitation je m'approchais de lui, comme un papillon attiré par la flemme de son charisme irréel.
« Tu ne partiras plus ?
- Je ne partirais plus, assurais-je.
- J'ai envie de te toucher…
- Vas-y, touche-moi, l'encourageais-je. »
Sans la moindre hésitation, il caressa ma joue, puis sa main descendit pour épouser la courbe de ma nuque. Je tremblais des pieds à la tête, j'étais électrisée par l'effleurement de ses doigts sur ma peau.
« Encore, murmurais-je. »
Avec un grognement, Sirius me souleva et se pencha pour m'embrasser. Nos langues se mêlèrent et je dévorais avec gourmandise la chaleur de sa bouche et chacun de ses murmures de plaisir. Je verrouillais mes bras autour de ses épaules puissantes. Je n'avais jamais ressenti un truc pareil. Je me sentais dévorée par la passion. J'étais irrévocablement amoureuse de Sirius Black, songeais-je en dévorant ses lèvres meurtries et en pressant ma poitrine contre la sienne. Je collais mes hanches contre son bassin, me frottant contre sa braguette distendue. À un moment, j'ouvris les yeux me demandant d'où venait cette vague de passion.
« Oh Merlin ! Je dois être en train de rêver… C'est trop bon ! haleta Sirius contre ma bouche en me saisissant mes fesses à pleines mains et en me plaquant un peu plus contre lui.
Quelque part dans les tréfonds de mon esprit, je fus horrifiée par mon propre comportement, mais j'étais incapable de m'arrêter. Je ne voulais pas m'arrêter. Je brûlais de désir…
Soudain, un tourbillon allant à toute allure, une sensation d'enfermement et d'écrasement… Très vite ces sensations furent oubliés par le corps qui me poussait contre une surface moelleuse. Je remarquais qu'il faisait totalement noir… et que mon dos reposait sur la couverture d'un lit confortable.
« Tu as encore transplané ? ricanais-je, ne perdant pas mon mordant habituel. Où sommes nous ? »
Il captura mes lèvres, y déposant nombre de baisers papillons pour ensuite s'en détacher et me répondre, haletant :
« Chez-moi… J'ai pris un appartement les premiers jours de vacances, pendant que tu étais avec ton cousin je ne sais où. »
J'acquiesçais et oubliant le lieu, je me consacrer uniquement à l'assouvissement du désir qui nous emplissait tous deux. Il effleura ma cuisse. Me retira ma robe - elle retomba sur la moquette dans un chuchotis léger - et il m'étreignit alors que je laissais échappais des mots fiévreux.
Sirius était un amant expérimenté. Il prit tout son temps avec moi, même si à l'évidence, j'en aurais voulu toujours plus, plus vite. Il vint goûter mon cou et me prépara, avant de venir sur moi pour me pénétrer d'un seul coup de reins.
Je poussais un petit gémissement de douleur, faisant reculer brutalement Sirius.
« Je, je suis le premier ? haleta-t-il. »
J'acquiesçais.
« Non… »
Il plaqua son front contre le mien et chuchota :
« T'aurais dû me le dire, j'aurais été plus doux, j'aurais… »
Je le fis taire d'un baiser, laissant cette délicieuse fièvre se répandre de nouveau dans mon ventre. Déjà mon corps commençait à s'habituer à la présence de Sirius en moi. Déjà j'apprenais à onduler, guidée par un désir inextinguible, et Sirius répondait à mes mouvements, se reculant juste assez pour pouvoir me regarder dans les yeux.
Nous connûmes alors le même spasme, et tendis que le plaisir affluait comme un éclair affolant, je criais son nom. Sirius plaqua alors sa bouche contre la mienne.
« Callista…, murmura-t-il doucement. »
x X x
Fin de l'été 1968 - Entrée de l'Allée des Embrumes, Londres, Angleterre.
J'ai huit ans et une énième rencontre houleuse entre Sirius Black et moi s'est déroulée un peu plus tôt dans l'après-midi ensoleillé. J'ai finis par le frapper - un coup de pied dans le tibia ; je le regrette un peu car au fond je l'aime bien. Mais je n'en fais qu'à ma tête, comme d'habitude. Oui, j'ai huit ans et je commence à m'engouffrer dans la ruelle que je cherchais vainement, par simple défi des règles - sans autorisation parentale donc.
Mais on sauta carrément sur moi et on me tira violemment hors de la ruelle dans laquelle je voulais m'engager. Black. Je montrais presque les dents alors qu'un grognement guttural sortait des tréfonds de ma gorge. Ça ne fit qu'augmenter un peu plus l'hilarité passagère que Black avait.
« Tu comptais quand même pas mettre les pieds là-dedans sans m'avoir au préalable présenter des excuses ?
- Black. »
J'avais lâché son nom comme une insulte obscène, ça provoquait toujours quelque chose chez-lui… Et je m'en réjouissais. Toujours.
« Ne dis pas mon nom avec ce ton ingrat ! Je n'aime pas ça. Tu ne peux donc pas m'appeler par mon prénom ? Sirius c'est trop compliquée à dire ? rugit Black.
- Ah, Black ! je lui chuchote en me penchant. Arrête tes airs faussement menaçants ! Où est mon petit Regulus ? Oh, non ! Laisses-moi deviner ! Tu l'as encore lâché coté moldu ? ricanais-je comme il savait si bien le faire.
- Qu'est-ce que ça peux bien te faire ! Tu l'aimes ou quoi ?
- Tu sais bien que j'aime Rabastan Lestrange, roucoulais-je en feignant l'attachement. »
Il me lâcha les avant-bras, semblant incrédule, et recula doucement, m'observant attentivement.
« Attends, sérieusement ?
- Je plaisantais ! rigolais-je, décidant par la suite de changer radicalement de sujet. Alors, et pour ton petit frère ? De toute manière, le Chemin de Traverse n'est pas incartable pour les sorciers, on lui retrouvera son chemin.
- Je l'ai pas lâché, c'est plutôt lui qui est repartit avec mes parents.
- Alors pars les rejoindre.
- Quoi ? C'est ça. Et pourquoi tu dis ça ?
- Ta mère va te tuer si tu ne repars pas avec eux, comme à chaque fois.
- Et toi, la tienne ? Serait-elle contente de te voir traîner devant cet endroit ? Des gens racontent que… que…
- Que quoi, Black, m'impatientais-je.
- Que c'est un endroit mal famé où tous les mauvais sorciers se rendent pour acheter des objets liés à la pratique de la magie noire !
- Oh, c'est bon ! coupais-je. Je voulais juste voir à quoi ressembler l'enseigne de Barjow et Beurk, mon cousin l'a vu lui. Et puis tu peux parler, si je devais t'écouter, avec un nom comme le tien, c'est plutôt de toi que je ne devrais pas m'approcher !
- Mais t'es vraiment idiote comme fille !
- Et tu es différent de tout les autres. Je t'aime bien. »
Je lui souris malicieusement.
« Au revoir, Black. »
Je commençais à marcher loin du début de la ruelle « m'étant interdite » sans un regard en arrière… Mais, à vrai dire j'avais simplement eu l'intention d'aller y jeter un coup d'œil, sans plus. Je me retrouvais donc au beau milieu de la foule des sorciers adultes, sans l'ombre du garçon compromettant mais si amusant à embêter, à mes côtés.
« Hé ! Tu ne viens pas ? criais-je par-dessus des éclats de voix. »
Certains jeunes sorciers dit sang-impures par Bellatrix (la cousine dérangée de Sirius) me regardèrent très curieusement : à vrai dire j'avais crié sans me retourner au préalable - les gens me prenaient donc pour une folle. Et, alors que je m'étirais le cou pour chercher la silhouette disparu de Black, une main se posa sur mon épaule, délicatement. Black souriait insolemment. Je levais en même tant la tête vers un magasin : par-delà la vitre épaisse d'une fenêtre, Bellatrix Black, âgée de dix-sept ans, nous regardait avec un sourire digne d'une fille perfide lié au vice. Je reniflais dédaigneusement en la montrant du doigt à mon ami :
« Regarde-moi celle-là ! Elle va le dire à ta mère, tu ferais mieux de décamper.
- Pourquoi me plier aux ordres quand je suis avec toi ? »
Il sourit, et me donna un coup dans l'épaule en courant vers l'inconnu le plus total… Je le poursuivis en jurant des insanités sur sa tête auréolée de cette chevelure noir ébène que j'avais appris à aimer. Ses cheveux volaient au vent, comparables aux miens, qui, détachés, volaient et tournoyaient autour de mon visage, de ma nuque…
Régulièrement il se tournait, prenant le risque de rentrer dans des sorciers, simplement pour voir si je ne le distancer pas dans cette course poursuite qu'il avait instauré… Et je criais. Je menaçais. J'essayais pourtant d'avoir l'air menaçante dans mes propos, mais je rigolais face à notre ligne de conduite. Fatiguée, et ayant un point de côté je lui criais de revenir. Le con continuait pourtant de courir, intrépide, plein d'hilarité. Bien malgré moi, je continuais de courir, étouffant l'affreuse douleur. Lui aussi étouffa un sifflement amusé lorsque je finis par le rattraper à son propre jeu.
Le sol plein de dalles de pierres était sale, plein de poussières, dans un sale état de propreté. Ça ne m'empêcha pas pour autant de sauter - comme lui savait si bien le faire - sur son dos. Résultat, il fut désarçonné. Notre situation précaire nous fit vaciller, moi toujours sur lui. Je craignais de lui avoir fait mal quelque part, n'importe où, mais son rire et son éclat de parole haletant me détrompèrent et me rassurèrent :
« Espèce… de… malade ! »
Rigolant de ma victoire, je montais à califourchon sur lui. Il me semblait bien qu'il se laissait faire pour me faire plaisir, encore rieur de mes tentatives de vengeance juvéniles… Et cela m'amusa plus qu'a l'accoutumée. Je lui fis sortir des gloussements presque féminins de la bouche ; mes chatouilles ne lui plaisaient pas, il inversa donc subitement les rôles. Quelques remarques faussement acides lancées pour qu'il ne tente rien, sortirent de ma bouche.
Bien sûr, il n'en prit pas une seule compte et commença sa douce révolte ; je ne pouvais qu'en être la frêle victime… J'étais morte de rire contre le sol. Ma tête claquait contre les dalles salles, mais pas assez pour me causer du mal. Mes cheveux jouaient à la serpillère. J'avais mal au ventre à force de rire… Mais je m'en fichais. On se roulait partout, voulant tout deux dominer, mais je m'en fichais des regards des autres passants.
Parce que j'étais particulièrement heureuse.
Il se baissa alors. Il était dans la même position que je l'étais sur lui, auparavant. Soit assis avec une jambe de chaque côté de mon corps allongé. Il aimait dominé les situations, mais aimait aussi les retourner en sa faveur. Voilà toute l'ironie dans notre enfance. J'étais exactement pareille que lui.
« Temps mort, Black ! soufflais-je, les joues écarlates. Fais-moi l'immense plaisir de dégager tes cuisses de mes côtes. »
Sa bouche aux lèvres fines et bien dessinées s'était alors approché de ma joue. Et je m'étais subitement tue alors qu'il me donnait un baiser fraternel. J'avais éclaté d'un rire sonore, soufflant par le nez - bien que Sirius me répétait que ce n'était pas du tout élégant pour une fille. J'avais encore une fois retournée la situation à mon avantage, le jeu continua jusqu'au nouveau crépuscule, comme toujours.
x X x
Année 1970 - Godric's Hollow, Angleterre.
Je revenais de France, pays ou le corps de ma mère, ma douce et belle mère gisait sous un amas de terre, entourée par un bois richement lissé. Blanc. Elle aimait le blanc. Symbole de pureté. Blanc. Père était derrière moi, je marchais vite, à toute allure ; j'essayais de me dire que tout irait bien… Mais rien n'allait, pas dans ma tête en tout cas et pas dans mon cœur déchiré. Au loin, j'aperçois James sur le mur de ma murette. Mais voilà, je reviens d'une semaine passer en France aux côté de la famille maternelle et je suis différente.
Petit garçon aux allures amicale, je le vois. Il saute de la murette et se précipite vers moi. Incapable de savoir ce que je veux vraiment je le laisse me serrer de toute ses forces. Une dernière fois, James, je songe, car bientôt ce ne sera plus des regards amicaux que tu me lanceras. Cœur contre cœur, je reste frigide, les bras ballant. Je n'ai pas eu à dire adieu à l'amitié de Sirius de cette façon, une lettre répondant à toutes les siennes sans réponses a suffit. Radicale, il n'y a répondu que par un « je ne comprends pas ».
Oui, bientôt je serais différente pour de bon. Bientôt je ne parlerais plus. Bientôt je te nommerais par ton nom de famille James, comme je le fais pour t'énerver. À ton contact, James, les souvenirs affluent ; l'enterrement, le premier auquel j'avais jamais assisté de ma vie, tu y étais présent. Les paroles remplies de chagrin, de compassions, de mots d'encouragement pour la famille de la défunte, tu les a endurés pour moi, me tenant la main… Je ne peux pas continuer de rester avec toi, James. Tu me rappellerais trop ces souvenirs là et je suis faible moi… ou du moins je souhaite le faire paraître et oublier.
Est-ce une erreur que de préférer être d'une lâcheté méprisable ? Suis-je qu'une égoïste ? Oui, je le suis et je regrette de ne pas avoir ton courage. Je regrette aussi de ne pas avoir le courage de Sirius, même si le sien se lie plutôt à cause de son début de rejet de la suprématie des sang-pur.
Mais toi James. Toi tu me rappelle ma crise d'étouffement quand j'ai appris sa mort. Je me rappelle m'être battu avec Landon, je me rappelle du regard neutre de Landon après que je lui eus craché au visage ma haine de tout. Mais cela ne m'a pas empêché de tous vous envoyer paitre… Si tu savais comme je me hais de faire ça, James… Mais j'en souffre, je ne veux plus de ses souvenirs, je veux repartir à zéro sans vous, sans rattachements à ma mère qui m'a abandonnée… Sans toi. Je suis abjecte, mais je le veux.
J'attends simplement que ton étreinte chaude et rassurante cesse, que tes bras m'entourant se lassent de mon inactivité.
Car non, mon James. Je ne pleurerais pas. Je n'ai pleuré qu'une seule fois, quand j'étais devant le cercueil ouvert de ma mère… Une larme, une seule destinée à celle que j'aimais. Mon caractère effronté face à toute la famille les a fait tiquer, jaser même… J'étais considéré comme une sauvage. Inadmissible, disait même ma tante. Je m'étais comportée comme une vraie étrangère envers tous. Je m'étais enfuie de la pièce envahie de tout ses regards qui attendaient ma défaillance… Landon et toi, âgés comme moi alors de dix ans. Vous m'aviez suivit. Je venais pourtant de me disputer très méchamment avec vous…
« Ça va ? demanda James.
- Non, ça ne va pas. Je voudrais que tu me lâche. Je voudrais que tu m'oublie. Vie ta vie, fais ce que tu veux. Ce sera comme si je n'avais jamais existé. Oublie-moi, James. Je vais partir en France pour le moment. »
Ton visage se décompose à vitesse vertigineuse, tu jettes un regard par-dessus mes épaules. À mon père, évidement. Mon père… Mon père que j'avais haïs pendant un petit moment… Mon père que je ne pouvais pas renié complètement… Mes amis, eux, je le pouvais aisément.
Sa voix douce que je ressentis comme douceâtre retentit, perplexe :
« Callista, James est ton meilleur ami. Il te connait depuis toujours. Ne le rejette pas. »
Je le regarde sans ciller, presque comme pour le défier… Je suis tremblante de je ne sais quoi lorsque je reporte mon regard sur Dorea et Edward Potter qui vont aux nouvelles de mon père, il me laisse donc seule, James toujours les mains pressées sur moi.
« Au revoir, James. »
J'ai désobéis. Je l'ai reniée cette amitié aussi. J'ai voulu oublié mon presque frère. C'est-ce jour-là que j'ai commençé à me brûler les ailes.
x X x
12, square Grimmaurd - Londres, Angleterre.
« Serions-nous toujours amis ?
- À jamais, Sirius.
- Quoi qu'il ce passe ? Quoi qu'il arrive ?
- Toujours, assurais-je. »
Je fus… renvoyée.
Landon ? Landon ? criaient mes pensées.
Oui, je suis là.
Je… je sais pas ce qui ce passe… J'arrive plus à contrôler, rien…
Ne panique pas, Cousine.
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Les souvenirs se tarissant, une faible reprise de conscience lucide me prit d'assaut. Je l'accueillis involontairement, de plein fouet, en un soubresaut violent ; mon abdomen s'arqua théâtralement vers le haut et j'expirais un râle de douleur atroce - c'était comme si je revenais de l'au-delà, du passage interdit aux vivants… Oui, les routes fantômes, bon sang ! Et c'était flou, c'était vague, c'était indescriptible : je ne pouvais que ressentir ma forte respiration, le reste n'était fait que d'ombres, de noir, d'ombrages illimités.
Aucunes limitation de douleur dans les soubresauts qui m'asseyaient. C'était un beau vice que de se penser à l'abri dans un combat contre plus expérimenté que sois. Putain, n'avais-je donc rien appris aux contacts d'autres sorciers bien plus expérimentés que je ne l'étais ?
« James ! criait une voix familière. James !»
Ma respiration se fit plus sifflante, plus controversée. Je reconnaissais tant cette voix, tant…
« Je… Je crois qu'elle… qu'elle est en train de mourir !
- Alors fais ce qu'il faut, Sirius ! »
James Potter hurlait à travers les combats de mauvais sorts. Sirius Black semblait bouleversé par son impuissance, je gémissais. On me souleva de terre. Et, il y eut, dans la seconde d'après, des tas de sons qui bombardèrent mes oreilles, des douleurs qui se faisaient sentir en vague machinale dans mon être.
J'avais peur, aussi.
Les malheureuses damnations réservées à la population sorcières… Ouais, la belle affaire, putain ! Je compris alors : le sort que l'on m'avait lancé, celui qui avait pour but de m'expédier dans l'autre monde, eh bien, celui-là même… il n'était pas finit. Pas totalement, du moins. Une fois de plus, je me sentis dériver vers un autre espace temps.
L'inconscience.
x X x
Bordel ! Je pleurais, j'étouffais. Mais ça, ce n'était que le début de ma mort pleine de souffrance.
Non, tu vas vivre.
Soudain un tourbillon allant à toute allure et une sensation d'enfermement ; un transplanage par escorte. Je ne pouvais discerner correctement le contexte auquel on m'avait placer, j'étais froide, vulnérable, chaotiquement en mauvaise état. Une simple poupée qu'on aurait secouée, chiffonnée, détruite. Poupée a l'âme qui fuit, s'enfuit, sans contrôle d'aucune part. Alors, mes yeux clos furent assailli par une vive lumière blanche. L'aura de James. James qui venait également de transplaner.
« Plus vite, Sirius ! Plus vite ! Dépêches-toi, il faut qu'ont l'amène à l'intérieur du bâtiment !
- Je le sais ! hurlait mon porteur, complètement en panique. »
Des rafales de vent et des fines gouttes de pluie fouettaient mon visage, ce qui accentuait mon mal être insupportable en cet instant. Il ne s'arrêtait pas de pleuvoir, alors que la voix de James, affolée et familière, criait des ordres. La peur sourde dans sa voix me faisait peur. La voix de Sirius n'était pas présente ; ses respirations nouées et assaillies par je ne sais quoi, l'étaient, elles. Ou bien étais-ce moi, qui, le visage enfouie au creux de sa gorge nouée par l'appréhension, refusais d'entendre sa voix ? Je ne savais pas, je ne savais plus…
Des battements de cœur. Des halètements de respirations combinées aux miennes. Des supplications encore plus vives. Une haleine chaude. De puissantes claques sur mes joues livides, des claques presque violentes. Sirius.
Je compris alors, j'étais vraiment en train de repasser de l'autre côté. Et, soudainement, quelque chose trembla. C'était moi. C'était bien mon corps, bien mes bras, bien mes jambes… Toutes deux qui tremblaient comme jamais auparavant. J'étais secouée de part et d'autre par de fortes convulsions. Je sentais les engourdissements se créer peu à peu sur mes sens déjà partiellement atteints. L'une de mes mains était aussi fortement agrippée à la chemise de Sirius. Je sentais qu'il me tenait fermement, et alors que j'étais chancelante et en mal dans l'atmosphère pénible, je me sentis comme incomplète et sans douleurs. Ça ne dura pas, malheureusement. Je n'avais pas échappée à un autre haut-le-corps, plus violent, plus virulent, et également plus difficile à calmer par Sirius : il avait beau me serrer très fortement contre sa poitrine à chaque mouvements inconscients de mon corps, j'avais toujours des rechutes. C'était donc interminable ?
« Callista, tu m'entends ? Restes avec nous ! Ne lâches pas ! Callista… »
Alors que j'entendais la voix rauque de Sirius, j'eus de plus en plus de mal à respirer : l'air m'oppressait, envahissait mes poumons comme des gaz mortellement mauvais : je peinais même à inhaler quoique ce soit… Les bras qui me portaient resserrent alors leur prise, protecteurs, bienfaiteurs. Mes cheveux étalaient de part et d'autre de mon visage me collaient et me cachaient la vue. Ma tête tremblante heurta quelque chose, une épaule. Quant à sa chemise, elle était trempée, collait à sa peau et l'étoffe de tissu était d'une froideur comparable au marbre brut.
J'entendis à nouveau sa voix, James semblait être partit à l'avant, loin du spectacle de mes derniers instants. J'allais crever. Puis, Sirius courait, je crois. Il se dépêchait, se hâtait vivement. Les choses que j'écoutais doucement, dans mon coma irrémédiable, semblaient représenter des regrets, des supplications. Les convulsions reprenaient de leurs droits spécifiques et Sirius parlait, Sirius se hâtait, Sirius étouffait ses sanglots.
« Calme-toi, nous y sommes presque… Essaye de mieux respirer… Nous y sommes presque… T-Tu n'as pas le droit ! Ne fais pas ça ! »
Je compris alors. Premier mot que je pus faire entendre, d'une voix éraillé, brisée :
« S-Sirius… »
D'une main douce, il se chargea de dégager une mèche de mes cheveux qui cachait ma vue, mes yeux papillonnèrent un instant, dans le noir, et je le vis. Lui me portant tout en marchant à toute allure dans un hall, un hall d'accueil blanc. Ce n'était que lui, que le Sirius gamin qui avait des sueurs froides quand il avait ses doutes, ses peurs… Sa présence, son affliction, son dédain relancé à plus tard, tout, tout ce que son aura ranimait dans mes prunelles me firent parler, me firent remonter des souvenirs cuisants à la surface.
« Sirius…, murmurais-je. Pour… Pourquoi j'ai fais ça ? Co… Comment j'ai pus le faire ?
- Ne parles pas, économises tes forces… Restes éveillée, Callista ! Je t'en pris, je t'en pris ! Fais le pour moi… Pour James aussi… Pour nous tous… »
Le rayonnement lumineux provenant d'un néon du plafond m'agressa la vue, mes yeux se fermèrent d'eux même, sans que je ne puisse rien contrôler du tout. Je me trouvais dans ses bras, bercée contre son torse, flottant irrémédiablement. Et, je sentais son propre cœur battre sans régularité, à lui, mon premier coup de guerre d'enfance, mon premier béguin… Je m'étais battu avec d'autres, je m'étais amusée avec d'autres, j'avais disputé des sujets avec d'autres, mais jamais… jamais je n'avais pu retrouver une tel autre personne… !
Bien sûr il y avait mon James, mais autre que lui, il n'y avait personne de semblable. De l'arrogance, du franc parler, de l'humour, de l'intelligence, de la connerie appliquée… Sirius était comme James… James était comme Sirius. Ils avaient d'autres qualités, bien sûr, mais ils étaient si semblables…
Maintenant je savais simplement que quelque minutes avant l'abandon de la vie, les sortilèges ne faisaient plus effets correctement, ils n'étaient plus nécessaires pour l'individu visé, d'où mon état d'esprit. J'allais mourir sans que l'on puisse m'expliquer pourquoi je venais d'avoir des souvenirs, des images, des conversations… Avec un Sirius Black âgé d'à peine huit ans… Avec un James que je lâchais mesquinement, que j'abandonnais, déjà pleine de froideur à dix ans, et puis -
« Sirius… C'est trop tard…
- Non ! Non ! NON ! »
Son cri douloureux m'atteignit en plein cœur, je ne pouvais le supporter, j'étais en train de le quitter et je ne pouvais rien faire, seulement attendre passivement la fin de l'agonie cuisante, du trépas inévitable, en essayant de chasser la nuit que j'avais passée avec lui dans le futur (et quelle nuit !). Mais pourquoi fallait-il que je sois avec lui en cet instant douloureux ? Où était Landon ? Un liquide à l'odeur métallique et salé coula de ma bouche aux lèvres charnues, j'étouffais. Je voulus lui dire que j'essayais de respirer, mais je n'arrivais plus à parler. Sirius courait toujours, encore plus vite qu'auparavant. Mais à quoi bon, à quoi bon dire ces choses là ? À quoi bon alors que le trépas, ma fin terrible approchait ?
« Arrête, arrête ! James va arriver avec de l'aide, il va arriver ! On est presque arriver, essaye… »
Toutefois, au delà de ces douloureuses convulsions qui me faisaient souffrir, je voulais dormir d'un repos éternel, car ce repos, maintenant si ardemment désiré semblait bien m'attendre quelque part.
Il m'appelait.
M'attirait.
Me réclamait.
Je ne pouvais résister à cet appel morbide, dépravé. Je sentais mes yeux commencer à se vider de couleur, de contraste. Toutes les couleurs indiquant dans quel contexte je me trouvais aussi disparurent, unes à unes, immanquablement… Mes paupières se refermèrent, lentement mais sûrement, inéluctablement vouaient à s'éteindre d'un seul souffle…
« Non ! Reste éveillée ! Je t'en pris, Callista ! Je t'en supplie, arrête ça !
- Je peux pas, dis-je avec un dernier effort lointain. »
Au moment même ou les cris de Sirius à l'encontre d'une femme se pointèrent, l'ombre surréaliste m'attira. Mon âme déjà meurtrie commençait vraiment à partir de mon être… et j'avais peur de ce que l'au-delà me réservait, à moi, une fille aux actions si controversées, contestées. Lointaines furent les supplications de Sirius Black et celles d'un James Potter de retour qui amenait des guérisseurs. Ils me firent soulever la poitrine en soubresauts paniqués, tristes, morbides, malsains. Des pleurs. Tels furent les derniers sons qui me parvinrent d'eux, leurs peines dévoilées, misent à nues.
Et on tenta de me sauver du néant.
Je perdis connaissance.
x X x
La vie est trop dure, songeais-je alors que je me réveillais en sursaut, suffocante et tremblante de tous mes membres ; j'avais besoin de respirer, de me remplir les poumons à sec d'oxygène. J'inhalais alors à grande respiration des bouffées d'airs fraiches, des bouffées salvatrices. Je venais de sortir de ce que l'on appelait le coma – et c'était bel et bien la seule chose que je pouvais avec certitude affirmer. Seulement, le sentiment d'en être sortie était si ancré en moi que j'en avais déserté les causes m'y ayant enfoncée, le reste n'était donc que néant, absence temporaire dans ma mémoire.
« Putain, jurais-je en ouvrant les yeux pour les refermer aussitôt tant je crus recevoir des éclairs dans mes pupilles tant la lumière me faisait mal. »
De longs bras athlétiques s'accrochèrent à mes bras et me soulevèrent sans délicatesse, un torse entra brusquement - malgré les précautions de l'individu - contre ma poitrine encore sous l'effet de la trop grande inhalation d'air.
« Callista ! Hé ! Coucou ma belle. Tu t'es finalement décidée à te réveiller ! »
Je reconnus cette voix. Il était triste.
« James ? glapissais-je avec une drôle de voix. »
Mes poumons se remplirent à nouveau avec empressement : il me semblait n'avoir jamais respiré de toute ma vie, c'était à la fois étrange et inquiétant. Et pourtant je n'étais ni en enfer, ni au paradis ; j'étais vivante.
« Hey, calme-toi un peu, tu veux ?
- James… Je suis passée de l'autre côté, j'étais comme isolée du monde des vivants, j'ai eus si peur !
- Non, tu es là, tu es vivante. Cesse de dire des conneries. Ouvre grand les yeux ne les ferme pas… »
James se recula, alors qu'il respirait dans mon cou, me serrant en à perdre la raison. Une main fraiche, marmoréenne, se posa contre mon front en ébullition, sa main était reposante et calme. Je reniflais toute seule, mes mains tremblantes se posèrent sur mes yeux que j'avais fermé sous la trop grande luminosité de l'endroit.
« Qu'est-ce qui c'est passé ? Où suis-je ? »
Je commençais à bouger mes paupières, mais les refermais presque aussitôt : j'avais de nouveau sentis une lumière blanche m'agresser les yeux, car trop vive, bien trop brûlante pour mes rétines… Finalement, au bout de plusieurs secondes sous une douleur puissante, je réussis à maintenir mes yeux ouverts. J'observais l'endroit et James en particulier… Les meubles et l'odeur de l'endroit me bernèrent dans un premier temps : je crus me retrouver à l'infirmerie de Poudlard, mais non. Car Pomfresh, l'infirmière de l'école, ne disposait pas d'une fenêtre et encore moins d'une salle spécifique, à l'abri des regards.
« Pour répondre à ta première question, nous sommes à l'hôpital Sainte-Mangouste pour les maladies et blessures magiques. »
Je tournais le regard, et fronçais automatiquement les sourcils en reconnaissant une fois de plus l'odeur familière.
« C'est pas vrai, lâchais-je. »
En séchant d'un de ses pouces des larmes de douleur dû à la lumière qui coulaient sans que je ne puisse les contrôler de mes yeux, il me sourit fraternellement.
« Tu nous a fichus une peur bleue à tous. Sirius était mort de peur, tu l'aurais vu… »
Sirius. Ce prénom revint à ma mémoire comme si l'on m'avait jeté un sot d'eau glacée.
« James, écoute, je m'excuse de tout… »
J'avais la désagréable impression de m'être déjà rependu en excuse, et pas qu'un peu.
« Tu es là maintenant, le reste j'oublie, d'accord ? »
J'acquiesçais difficilement, tant tout tournait dans ma tête.
« Je pense que tu vas devoir te reposer un moment, je devrais appeler le médicomage. »
Je haussais un sourcil et le retenais par le bras.
« Je n'arrive pas à me rappeler de ce qui c'est passé pour que j'arrive ici, James, commençais-je. C'est très… frustrant, finis-je par déclarer après une brève mais dure hésitation. Éclaire moi. Comment ai-je pu tomber ? »
Tomber. Un mot difficile à prononcer pour moi qui signifiait en clair, comment m'étais-je fait avoir aprés tout ce que je savais faire en combat de sorts ?
« Je ne peux pas t'avancer sur le sujet, Callista, répondit James, serieux. Le médicomage qui s'occupe de toi a dit que tu devrais toi-même retrouver tes souvenirs… C'était comme prévu que tu ne possède pas à ton réveil tout tes souvenirs, d'autres que toi sont passés par là, tu sais. C'est courant après ce genre de réveil.
- James t'as intérêt à parler, sifflais-je en me redressant tant bien que mal contre l'oreiller derrière moi.
- Ça pourrait être dangereux ! s'horrifia-t-il si bien que je sus que ce n'était pas de la comédie digne de James Potter. Je ne veux pas le moindre risque pour toi, alors non, je ne dirais rien qui risquerait ta peau.
- Tes intentions sont bien trop bonnes, grinçais-je en un demi-sourire agacé. »
Un instant nous nous fixâmes en chien de faïence, moi essayant de lire son esprit lui ne lâchant pas le regard.
Sachant que James avait toujours eut des doutes quant à ma faculté d'être une legimens suite à un épisode en sixième année entre Rogue et moi, je l'avertis :
« Cessons cela, James, normalement tu devrais perdre. Je sais que tu n'as jamais été très bon occlumens. Alors explique-moi, comment peux-tu être aussi vide dans tes pensées ? »
Un sourire malicieux s'incurva sur ses lèvres séductrices. Je devinais toute seule.
« Mon cousin ? lâchais-je par automatisme.
- Quoi, ton cousin ?»
Les traits angéliques de James se froissèrent un instant pour devenir très vite impassibles.
« Mon cousin, répétais-je fermement. C'est un bon fauteur de troubles celui-là. Il t'a donné une potion spécifique pour que je ne lise pas ton esprit en douce ?
- Mais non, mentit-il en commençant à gigoter ce qui ne me détrompa pas. Écoute, n'essaies pas de lutter et de chercher dans des souvenirs encore enfouis, il n'est pas encore tant.
- Et où est Sirius ? demandais-je alors, abdiquant ma défaite.
- Oh, lui, lança-t-il avec un peu de recul. Il est très bizarre, mais il vient toujours te voir… j'ai même dû l'envoyer de force dormir aujourd'hui. Ça fait des jours qu'il broie du noir, et il ne veut rien me dire, il garde tout pour lui, comme toi quoi. »
Il y eut un moment de silence pendant lequel je me demandais pourquoi mon coeur se serrait autant à la mention du prenom de Sirius. Pas qu'il ne le faisait jamais avant, mais là, j'avais l'impression que quelque chose nous reliait, quelque chose lié à mes souvenirs.
« J'ai eu des visites ?
- Tes visites sont très contrôlées mais Landon est venu régulièrement, répondit-il. Ton oncle et ta tante également.
- Contrôlée, par qui ?
- Ta famille, répondit James comme si c'était évident.
- Qui d'autre est venu ? Mon grand-père pour attendre mon réveil et m'enfoncer après deux ans sans se voir ?
- Landon a dit qu'il va venir bientôt. Il a eut pas mal de choses à régler apparemment. »
Je me renfrognais. J'espérais que ces « choses » le retiendraient le temps que je sorte de cet hôpital. Mais soudain un visage entra dans mes pensées bouleversées, c'est alors que, les yeux et le visage habités pas un calme relatif, je débitais à voix lente, ma question :
« Et où est mon père, James ? »
Plusieurs minutes passèrent, j'étais complètement paumée par son silence religieux.
« Qu'est-ce qui ce passe, James ? demandais-je avec un semblant de gravité. Il est blessé ? »
Ses traits qui déjà ne rayonnaient pas du tout en prirent un coup. Il s'éloigna de quelques pas en m'étudiant consciencieusement. Il décida de s'asseoir de lui-même à même mon lit, aux drap blancs, et encore une fois, mais sans me prendre dans ses bras, il me scruta consciencieusement. Il prit ensuite un kleenex sur une table, et l'approcha de mon nez.
« Mais, qu'est-ce que tu fais, James ? »
Il le tamponna à plusieurs reprises sous mon nez, délicatement. Je l'interrogeais du regard.
« Des effets secondaires de ta remise en forme… »
Il partit soudain d'un petit air enjoué, malhabile pour quelqu'un de son charisme.
« Te l'ai-je dis ? Ces guérisseurs d'Angleterre sont tous des idiots ! Non, mais regarde moi ça… »
Il me montra les taches rouges sur le tissu blanc, mon sang.
« James, depuis combien de temps suis-je ici ? le coupais-je.
- Trois semaines, lâcha-t-il alors, sombrement. »
Je voulus répliquer mais je ne le pus. Tout se déroula très vite. Du sang coulait de mes narines, mes yeux se voilaient d'eux même et déjà mes jambes tremblaient… Les chocs revenaient en masse, je ne pouvais lutter ; James entreprit d'un mouvement leste et souple de me renverser une potion dans la bouche tandis qu'il faisait appeler ce médicomage par une infirmière de passage. Il devait surement y avoir un bouton, ou je ne sais quoi qui faisait rappliquer dans la chambre du personnel médical…
« Ça va aller, Calli. Tout ira bien… »
La voix suffocante, l'œil tournant, je lui répondis maladroitement :
« Non, non… Parce que je sais que tu me mens là… »
La potion de sommeil, ses mots doux et tendres, ses bras enroulés autour de moi, ses paroles rassurantes… Tout cela me calma partiellement, et bien que je m'endormis avec les songes agités qui me tenaillaient de partout, je pus voir qu'un plis soucieux était greffé sur le beau et fin visage de James.
J'avais commencé à me rappeler de choses…
Donc, donc ? Qu'est-ce que vous en dite ?
