Arwalyn se sentait terriblement seule au milieu des arbres. Et cela la rendait euphorique, car dans cet univers de silence et de verdure, elle était plus libre que jamais. Enfin loin du protocole et de toute l'hypocrisie des elfes de la cour ! Ici, elle n'était qu'Arwalyn, être parmi les hêtres et les pins, et non la fille de la reine. Seul sa valeur comptait désormais, plus son rang . L'étiquette qui l'avait toujours insupporté n'était plus de rigueur dans ce monde de nature.
Durant des jours elle chevaucha, évitant toute cité et tout elfe. Elle était partie plein Sud, jusqu'à Kirtan. Puis elle avait bifurqué à l'Est pour contourner la cité. Arrivée sur la rive Nord de l'Ardwen, elle avait repris sa progression plein Sud. Cela faisait déjà deux semaines qu'elle avait quitté Ellesméra.
La foret changea et se mit à former une mer de vieux chênes, de hêtres et d'érables, qui auraient parut à tout autre qu'elle de belles tailles. Mais qui lui paraissaient rachitiques et désuets en comparaison de ceux , qui régnaient, au cœur d'Ellesméra. Puis la forêt s'emplit d'une brume épaisse qui l'empêchait malgré sa vue perçante de distinguer quoi que ce fut à plus de dix pas.
Son cheval s'arrêta brusquement. Eblouit soudainement Arwalyn ferma les yeux. Une chaleur douce vint l'étreindre. La brume c'était dissipée et laissait place à un spectacle éblouissant. Un océan, c'était le mot qui s'imposait à elle. Un océan de verdure. Elle découvrait le soleil, le ciel et l'herbe. Une envie irrésistible la prise de se rouler dans l'herbe. Elle se délecta de la chaleur et du vent. Le vent, cette force dont on lui avait tant parlé et à laquelle elle n'avait jamais porté attention, aujourd'hui accaparait toute sa réflexion. Après des heures à se délecter de toutes ces nouveautés qui la captivaient, elle se ressaisit. Et fit face à ce qu'elle quittait.
Elle laissait derrière elle le Du Weldenvarden que rien, de l'est à l'ouest, n'entamait; couvrant toute la longueur de l'Alagaësia. La pénombre, sous la voûte des branches qui semblait si mystérieuse et attirante. Un monde de perfection et de beauté. Elle laissait cela derrière elle. Et rien au monde ne lui faisait plus plaisir.
La seule information qu'elle avait glané avant de partir, était que les Vardens et les nains se situaient à Tronjheilm. Une cité construite dans une montagne des Beors. Elle prit donc plein sud. Elle avançait à bonne allure et elle se mit a percevoir de nouveau changement dans le paysage. L'herbes devenait sèche, le vent s'intensifiait, et la température augmentait rapidement. Plus loin, le sol devint meuble sous les sabots de l'animal. Elle dut s'arrêter. La lune était haute au-dessus de sa tête. Le Du Weldenvarden n'était plus qu'une ligne floue derrière elle. Elle avait atteint le désert du Hadarac.
L'elfe décida, avec sagesse, de faire des provisions d'eau et de reprendre quelques forces avant de se lancer à l'assaut du désert. Lorsqu'elle se leva le matin, elle eut une vision plus claire de ce qui l'attendait.
Une vaste étendue de dunes ondulait devant la voyageuse, telles des vagues sur l'océan. Des bourrasques soulevaient des tourbillons de sable couleur cuivre. Des arbres rabougris poussaient ça et là, sur des plaques de terre dure, qu'aucun paysan n'aurait penser à cultiver. Une chaine de rochers rouges barraient l'horizon. Le paysage était austère, désolé, dépourvu de la moindre faune.
Et voilà nous sommes au frontière du Hadarac. Et au commencement, de l'étape la plus dure de ce périple. Murmura-t-elle pour elle-même.
L'air chaud et sec lui brûlait la gorge.
Au coucher du soleil après deux jours de voyage, elle atteignit les rochers qu'elle avait aperçut de loin quelques jours auparavant. Les énormes blocs de pierre la dominaient, lui offrant un peu d'ombre. On ne voyait plus une dune à une demi lieu à la ronde.
La chaleur assommait Arwalyn. Elle mit pied à terre et fit quelques pas sur le sol cuit et craquelé. Sa nuque et son visage auraient été brulés sans les sorts de protection qu'elle s'octroyait. Mais ses sorts avaient entamé énormément ses ressources, elle dut donc s'imposer une nuit de repos. Après avoir abreuvée son cheval, ce qui fit diminuer grandement ses ressources en eaux, elle s'allongea sur le sol. Arwalyn fixa le vide entre les étoiles et ralentit son souffle pour sombrer dans la transe qui lui tenait lieu de sommeil. Si elle demeurait consciente de ce qui l'entourait, les personnages de ses rêves éveillés lui apparurent sur la toile de fond des blanches constellations, théâtre d'ombre confus qui habitait ses nuits.
Quand elle se leva , le lendemain, il gelait. Le sable avait une teinte rosée à la lumière du petit matin, et l'horizon brumeux se confondait avec le ciel.
Encore quatre, ou cinq, jours et nous sortirons de cette enfer. murmura-t-elle à l'attention de son cheval.
Deux jours après sa halte, elle aperçut des taches sombres, estompées par la brume de simples collines, selon elle.
A la mi-journée, la brume s'était dissipée et les formes encore indistinctes précédemment s'étaient précisées. Les vagues collines violettes étaient en faite des monts couverts de verdures. Leurs silhouettes se découpaient nettement sur une nuée pâle à peine teintée de rose, comme si toutes les couleurs avaient été aspirées sur une large bande de ciel couronnant leur sommets jusqu'à l'horizon.
Ce phénomène, dont elle ne s'expliquait pas la cause, intrigua Arwalyn. Elle cligna des yeux, pensant qu'il s'agissait d'un mirage elle avait entendu dire que le désert pouvait produire ce genre de chose. La curieuse impression ne se dissipait pas. Autour des monts, la moitié du ciel était tapissé de blanc. Perturbé elle se concentra intensément sur ce phénomène, usant de toute sa logique et de toute sa réflexion. Son attention et ses pensées étaient tournées entièrement vers cette manifestation intrigante, quand, soudain, elle comprit.
Ce qu'elle avait pris pour des monts, étaient en réalité les contreforts de montagnes gigantesques. Hormis les forêts dense poussant à basse altitude, la chaîne était entièrement recouverte de neige et de glace. Voilà pourquoi Arwalyn avait crut que le ciel était blanc. La jeune femme tenta d'apercevoir les sommets, mais ils s'élevaient à des hauteurs telles qu'ils en devenaient invisibles. Des vallées étroites et déchiquetées, profondément enfoncées, entrecoupaient le massif. On aurait dit des mâchoires monstrueuses, reliant l'Alagaësia aux cieux.
« Elles touchent à l'infini ! » pensa l'elfe, médusé. Les histoires parlaient bien de l'immensité des Beors mais elle avait toujours prit cela pour une exagération de conteurs. A présent, l'elfe était forcé d'admettre leurs authenticités.
