Avertissement aux lecteurs :

Suite à la dernière revue de Sonic, je me sens obligée de faire remarquer que Hypothèses est classée comme General(Adventure)/Friendship, et pas Romance. Donc, toutes les personnes qui souhaitent lire du slash Harry/Théo (ça doit bien exister quelque part) ou du m-preg sont gentiment invitées à chercher une autre fanfic plus à leur goût.

Voilà... ceci étant dit, bonne lecture à ceux qui restent.


Chapitre 4 : 12, Grimmauld Place

- C'est quoi, l'Ordre du... ? commença Harry avant d'être coupé par Maugrey.

- Attends d'être entré avant de poser des questions.

Le vieux sorcier enflamma le parchemin et le laissa tomber par terre. Harry soupira. Il lui faudrait trouver un autre moyen de mettre la main dessus. Puis il inspecta les maisons. Nulle part il ne vit trace du numéro 12. Lupin remarqua sa mine intriguée.

- Pense à ce que tu viens de lire, lui souffla-t-il.

A peine Harry avait-il songé plus sérieusement à la notion de numéro 12 qu'une vieille porte à la peinture écaillée se matérialisa devant lui, entre les numéros 11 et 13. Elle fut suivie de murs décrépis et de fenêtres grises de poussière, puis la maison entière finit par apparaître. Elle avait au moins trois étages et semblait à l'abandon. Le plus fort était que les habitants des deux autres habitations ne paraissaient pas avoir remarqué la présence de cette nouvelle voisine.

- Viens vite, souffla Maugrey en poussant Harry vers la porte d'entrée.

Le jeune homme gravit le perron poli par des centaines de passages et s'arrêta devant la porte, couverte d'une couche d'enduit noir et fatigué, dont la poignée avait la forme d'un serpent. On se trouverait donc en terrain familier ? Il remarqua qu'il n'y avait aucune serrure visible, ni de boîte aux lettres, mais connaissant le système postal des sorciers, cela n'avait rien de très surprenant.

Un petit coup de baguette contre le battant déclencha une longue succession de cliquetis et des grincements qui faisaient songer aux verrous complexes de Gringotts. Enfin, la porte finit par s'ouvrir.

- Entre, murmura Lupin, mais ne va pas trop loin et ne touche à rien.

Facile à dire... Harry n'y voyait goutte. Une forte odeur de moisi et un froid humide le cueillirent à peine eut-il fait quelques pas à l'intérieur. Cet endroit semblait être abandonné. Le reste du groupe entra derrière lui tandis que Maugrey rendait leur lumière aux réverbères de la place. Puis la porte se referma sans bruit et le hall se trouva plongé dans le noir complet.

- Et voilà...

Un autre coup de baguette et Harry sentit le sortilège de désillusion se lever.

- Ne bougez pas, je vais faire un peu de lumière, chuchota Maugrey.

Cette façon de parler à voix basse était étrange. Craignaient-ils de réveiller une créature malveillante ? Pour un peu, Harry se serait cru dans les mines de la Moria.

Un sifflement résonna dans le hall et des becs de gaz de métal travaillé s'allumèrent le long des murs. La lumière blafarde qu'ils diffusaient permit au jeune homme de découvrir un papier à motifs d'arabesques en partie décollé, des tapis usés, un parquet dont le vernis avait sauté par endroits et un lustre couvert de saleté. Des portraits s'alignaient sur les murs, accrochés de guingois entre les luminaires. Des rats ou des souris, ou peut-être étaient-ce des cafards, galopaient derrière les plinthes. Le lustre, de même qu'un candélabre posé sur une table d'appoint, était orné de serpents.

Harry tourna la tête en entendant des pas pressés. Il reconnut sans hésiter la chevelure rousse et la carrure de Molly Weasley, bien que la sorcière replète eût quelque peu maigri depuis leur dernière rencontre.

- Oh, bonsoir mon grand, quelle joie de te revoir !

Elle faillit bien l'étouffer en le serrant dans ses bras, puis recula pour l'examiner d'un air peu satisfait.

- Tu es toujours trop maigre et tu as l'air bien faible. Il va falloir te remplumer. Ceci dit, j'ai peur que le dîner ne se fasse un peu attendre.

Elle laissa passer quelques secondes puis reprit :

- Il vient d'arriver, la réunion a commencé.

Les autres sorciers s'avancèrent aussitôt vers la porte par laquelle Mrs Weasley était arrivée. Harry les aurait suivi, mais fut arrêté.

- Non, la réunion est réservée aux membres de l'Ordre, indiqua Molly d'un ton sans réplique. Tu n'as qu'à monter pour attendre qu'elle soit terminée, nous dînerons après. Et surtout, parle à voix basse quand tu es ici. Certaines choses n'aiment pas le bruit... Je t'expliquerai plus tard.

- Je renonce à compter le nombre de fois où j'ai entendu ça, grommela Harry.

- Dépêchons-nous de monter, je vais te montrer ton lit.

Elle avança avec précaution. Derrière elle, Harry passa devant des rideaux fatigués qui masquaient sans doute une issue, puis évita une jambe de troll naturalisée faisant office de porte-parapluie, d'un goût assez douteux. Enfin, il s'engagea dans un escalier mal éclairé. La décoration lui arracha un hoquet. Des têtes d'elfes de maisons empaillées étaient montées sur des supports, telles des trophées de chasse. Toutes avaient le même nez en forme de groin.

Harry renonça à poser des questions. Il connaissait suffisamment Molly Weasley pour savoir qu'elle suivait aveuglément la doctrine Dumbledore. Il ne trouverait aucune réponse de cette façon.

- Voilà, c'est ici.

Et elle redescendit au petit trot.

Harry entra doucement, et aperçut des lits jumeaux d'un côté de la chambre.

- Piiuu !

- Skrêêê !

- Harry !

- Que... mpf !

- Ça y est ! Tu es enfin là ! Comment vas-tu ? Je suis vraiment désolée de ne pas avoir pu t'écrire pour te dire ce qui se passait, mais Dumbledore m'avait interdit de le faire. J'ai tellement de choses à te raconter ! Et on nous a dit que tu allais au ministère, c'est quoi ce délire ? Ils n'ont pas le droit de faire une chose pareille !

- Si tu le laissais respirer, Gin, il pourrait peut-être te dire bonjour, coupa la voix de Ronald Weasley.

Pour autant que Harry put en juger quand Ginny l'eut libéré, Ronald avait grandi de pas mal de centimètres, et sa cadette aussi. Avant que personne ne dise « ouf », une forme blanche se posa lourdement sur l'épaule de Harry.

- Salut Hedwige.

- Krrr, krrr, fit la chouette en lui embroussaillant un peu plus les cheveux.

- Elle n'était pas très contente, en arrivant, intervint Ginny. Elle m'a un peu mordue, et je pense qu'elle a aussi beaucoup pincé Sirius.

- Ouais, confirma son frère.

- Désolé, mais avec cette histoire de détraqueurs... commença Harry.

- Je sais, fit Ginny en fronçant les sourcils. Dumbledore refusait de me laisser donner des nouvelles. Quelle bêtise ! Comme si je pouvais savoir quoi que ce soit de confidentiel.

- M'étonne pas... ronchonna Harry. Il a fallu ce pépin pour que je découvre qu'une des mes voisines me surveille depuis des années, figurez-vous ?

- Sans blague ? s'étonna Ron depuis son lit. Pas très efficace, son truc...

- Il disait effectivement que tu serais plus en sécurité côté moldu, ajouta Ginny. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a été furieux en apprenant que Fletcher avait quitté son poste. Ouh là !

- Moi, je suis plutôt content qu'il ait dégagé, dit Harry avec un sourire en coin. Sinon, régime Dursley tout l'été. Merci bien !

Il y eut un silence pendant lequel Harry détailla la chambre. Aucune décoration ne l'animait, mis à part un cadre contenant une toile vide. Là encore, le papier peint se décrochait des murs. Charmant.

- Je me demande quand même pourquoi Dumbledore voulait à tout prix te tenir dans l'ignorance de ce qui se passait, marmonna Ginny au bout d'un instant.

- Boh, il a dû se dire que ce n'était pas important. C'est lui qui tient les fils des marionnettes, pas moi. Alors que je ne sache rien ou pas, pour lui, ça ne fait aucune différence. Je suis sûr qu'en fait, il ne voulait pas que je sois au courant de quoi que ce soit. Moins on en sait, plus on est facile à manipuler.

- C'est comme ça que tu vois Dumbledore ? demanda Ron d'un air méfiant.

- Te bile pas, je ne suis pas le seul, répondit Harry en s'asseyant sur l'autre lit. Le vieux bonhomme doit penser qu'un Serpentard n'est pas digne de confiance, mais c'est réciproque... Ça m'agace un peu, quand même. J'ai assuré une bonne partie de son sale boulot, ces quatre dernières années, alors je suis sûrement capable de prendre un peu mes responsabilités...

- Je ne dis pas le contraire, rétorqua Ginny. Vu que c'est toi qui a vu revenir Jedusor, ç'aurait même été normal de te tenir au courant. Mais imagine un peu : ma mère a fliqué tout mon courrier pour s'assurer que rien ne filtrait.

- Coup de chance pour moi, ni Sarah ni Théodore ne vivent ici en ce moment, ricana Harry. Ceux-là sont un peu plus difficile à contrôler.

- Donc, enchaîna Ron, tu sais que T... V... Jedusor ne fait rien.

Le rouquin avait toujours l'air assez mal à l'aise.

- A mon avis, il ne reste pas les bras croisés. S'il n'attaque pas tout de suite, c'est qu'il a besoin de se refaire des troupes.

- C'est le but de toutes ces réunions, je pense, fit Ginny, songeuse. Savoir ce qu'il mijote, essayer de l'en empêcher.

- Au fait, qui se réunit ici ? C'est quoi, cet Ordre du Phénix ?

- Une espèce de société secrète, indiqua Ron, qui se reprenait peu à peu. Dumbledore l'a fondée pendant la première guerre. Y'a pas mal de gens là-dedans...

- J'en connais au moins une douzaine.

- Nous en avons vu vingt et quelques, commenta la benjamine des Weasley. Mais bien sûr, nous sommes interdits de réunion. Nous avons tout de même une idée de ce qu'ils racontent. Fred et George ont sorti leurs oreilles à rallonge pour espionner.

- Des oreilles à rallonge ?

- Oui, un gadget magnifique, assura Ginny.

- Oh ça oui ! s'amusa son frère, s'animant pour la première fois. Elles marchent du tonnerre ! Mais on a dû laisser tomber parce que maman les a découvertes. Ça l'a mise dans une rage folle... Fred et George les ont cachées avant qu'elle ne les mette aux ordures. Maintenant, ils ont collé des sorts d'imperméabilité dessus et nous ne pouvons plus rien entendre. Mais nous savons tout de même que certains membres de l'Ordre suivent des mangemorts, d'autres recrutent, et d'autres encore... bah, ils devaient te garder, je pense.

- Sympa... Vous faites des choses, sinon ? demanda Harry.

- Ouais... bougonna Ron. On nettoie. Cette baraque est pourrie. Poussière, moisissures, insectes... La cuisine est déjà propre, et cinq chambres sur huit. Si on peut appeler ça propre... Demain, maman veut nous faire commencer le salon. Et puis... OUAPS !

Deux craquements sonores annoncèrent l'arrivée des jumeaux par transplanage. Hedwige poussa un hululement indigné et vola se réfugier sur une armoire.

- Salut Harry ! Ça fait plaisir de te revoir, dit George en tendant une main.

- Salut. Vous avez passé votre permis de transplaner ?

- Mais qu'est-ce qui peut te faire croire ça ? ironisa Ron. A part le fait qu'ils apparaissent comme ça dans tous les coins de la maison, bien sûr. Je ne vois pas en quoi il est utile de gagner deux secondes par-ci et quatre secondes par-là.

- Le temps, ce sont des Gallions, frangin. Et nous avons l'intention de nous en faire beaucoup, dit Fred en agitant une longue ficelle couleur chair.

- Oreille à rallonge, indiqua George. On va retenter le coup ce soir.

- Laisse tomber, conseilla sa cadette. J'ai testé la porte de la cuisine avec des bombabouses. Elles rebondissent dessus. Donc, le sort d'impassibilité est au point. C'est Tonks qui m'a appris ça.

- Dommage... soupira Fred. J'aurais bien voulu savoir ce que mijotait ton directeur en ce moment, ajouta-t-il à l'attention de Harry.

- Rogue vient ici ?

- En effet.

Harry allait répondre quand des chocs sonores contre le couvercle de sa malle lui coupèrent la parole. Il ouvrit son bagage pour libérer le livre des Monstres, qui prit aussitôt la tangente à travers la chambre... et Salazar.

- J'ai une idée... Pour piéger un Serpentard, rien de tel qu'un autre Serpentard... ricana Harry.

- C'est-à-dire ?

- Mademoiselle, messieurs, je vous présente Salazar Serpentard, dit Harry en montrant la statuette.

- Tu plaisantes ?

- Nooon ?

- Où tu l'as eu ?

- C'est vraiment lui ?

- Non, si, dans un couloir désaffecté et oui. C'est comme un tableau, mais en plus facile à dissimuler !

- La vache ! Bonjour, monsieur, dit Fred, impressionné.

- Salut les Gryffs ! répondit gaiement le fondateur.

- Comment va-t-il pouvoir nous aider ? s'interrogea Ron.

- Il parle et ses bras sont libres, expliqua Harry. Alors on lui donne un bout de papier, un crayon, on le planque dans la cuisine et il nous notera tout ce qui est intéressant. Ça vous va, Salazar ?

- Si ça ennuie Dumbledore, je le faisais déjà hier, mon gars.

- Sympa ! Dites, c'était comment, Poudlard à votre époque ? demanda avidement George.

- Petit, surpeuplé, difficile à chauffer, et plein de jolies nénettes. Mais ça, heureusement, ça n'a pas changé.

- Il est trop... pouffa Ginny.

- Que deviennent les autres ?

- Bill est rentré d'Égypte pour aider l'Ordre, répondit Fred. Il a pris un travail de bureau. Soi-disant, les tombeaux à momies lui manquent, mais il a trouvé des compensations... en prenant des cours de langues...

- Hein ?

- Tu te souviens de la belle Fleur Delacour ?

- Tout à fait ! s'exclama Salazar.

- Chut !

- Elle vient travailler à Londres et prétend avoir besoin de leçons pour parler un betteur anglish... Leçons que notre grand frère se fait une joie de lui donner en échange de quelques mots de français.

- Qu'en pense votre mère ?

- Rien, elle n'est pas au courant, répondit Ron. Et je pense que ça vaut mieux. Fleur n'est pas vraiment son style.

- Dans le même registre, Charlie recrute en Roumanie. Dumbledore veut avoir avec lui autant de sorciers que possible sur le continent. Par contre, il ne nous a ramené aucune fiancée, dit George.

- C'est normal, intervint Ginny, il préfère les...

- Shhh !

- Et Percy ? demanda Harry. Il ne peut pas donner un coup de main ?

- Hem...

- Eh bien...

- Ne parle pas de lui devant nos parents, parce qu 'en ce moment... soupira Ginny.

- Quoi ? Ils sont en froid ?

- C'est le moins que l'on puisse dire, grommela Fred avec un visage fermé peu courant chez lui.

- Papa et Percy se sont disputés, expliqua Ginny. Nous n'avions jamais vu papa aussi en colère. D'habitude, c'est maman qui se charge de crier. C'est arrivé quand Percy est venu nous annoncer qu'il avait eu une promotion.

Harry haussa les sourcils.

- Une promotion ? Pourtant, son premier travail ne s'est pas très bien passé, non ? Il n'a même pas remarqué que son patron se conduisait... plutôt bizarrement.

- Certes, approuva George. Il s'est attiré des ennuis avec l'affaire Croupton, enquête de moralité, et tout le tralala... Ils ont dit que Percy aurait dû se rendre compte que son chef déraillait. Mais comme il avait reçu la direction du service, il n'allait pas se plaindre.

- Alors pourquoi une promotion ?

- Nous nous sommes posé la question, indiqua Ron. Il est arrivé comme ça, très content de lui, en disant qu'il avait obtenu un poste dans le bureau de Fudge, comme ça, alors qu'il n'est sorti de Poudlard que depuis un an. Assistant du ministre... Le rêve... Il croyait impressionner papa, mais il a manqué son effet.

- ? fit Salazar.

- Fudge a fait une descente dans tous les services du ministère, lui répondit Fred, pour faire la leçon à tout le monde au sujet de Dumbledore : si vous avez des contacts avec lui ou que vous le soutenez, vous pouvez prendre la porte. Personne ou presque n'a démissionné. Ça prouve le courage des fonctionnaires.

- Ou leur capacité au mensonge, corrigea Harry. Vous seriez bien ennuyés si Tonks et son copain étaient partis.

- Pas faux, admit George. En attendant, tonton Fudge est persuadé que Dumbledore veut juste semer la pagaille au ministère. Et le gros problème, c'est que ce crétin soupçonne papa. Il l'a toujours trouvé bizarre, avec son intérêt pour les Moldus.

- Je ne vois pas le rapport, commenta Salazar.

- On y vient, répondit Ginny. Papa pense que Fudge a recruté Percy pour s'en servir comme espion... Pour nous surveiller, et Dumbledore avec.

- Percy connaît votre sentiment là-dessus ?

- Oh que oui... marmonna Ron. Percy est devenu fou de rage quand papa lui a dit ça. Il a balancé que depuis son arrivée, il devait se battre contre l'exécrable réputation de papa, que papa n'avait aucune ambition et que c'était sa faute si nous avons toujours été... pauvres.

- C'est charmant, dit Salazar.

- Déjà que je n'aimais pas beaucoup Percy... Comment peut-on dire des horreurs pareilles à son propre père ? D'un autre côté,Mr Weasley n'a pas été très inspiré non plus...

- Ouais ; et ensuite, il a ajouté que Dumbledore allait entraîner papa dans sa chute, mais que lui savait où placer sa loyauté. Et que si nos parents trahissaient le ministère, il ferait savoir partout qu'il n'appartenait plus à la famille. Ensuite, il a fait ses valises et il est parti à Londres.

Harry était totalement atterré.

- Mais enfin... Il n'est pas stupide. Il doit quand même bien savoir que vos parents ne raconteraient pas ça sans avoir de preuves.

- Ouais. Mais comme il ne pense pas que ta parole soit suffisante... commença Fred.

- C'est bon, j'ai compris. J'ai lu la Gazette avant de venir ici. C'est... très gentil, tout ce qu'ils écrivent sur moi en ce moment. Heureusement, tout le monde ne croit pas que je suis un illuminé.

- Dumbledore n'a jamais voulu du ministère, dit Ron. Il n'a aucun intérêt à y mettre la zone. S'il dit que Jedusor est revenu, alors Jedusor est revenu. Point.

- Venant de toi, ça me touche beaucoup, assura Harry.

- Y'a pas de quoi.

- En tout cas, il est certain que Fudge est derrière cette campagne. Il n'y a pas eu un mot à propos des détraqueurs, ça va de soi. On ne voudrait pas que le bon peuple se demande ce que fichaient deux gardiens dans une ville moldue, grommela Ginny.

- On vous laisse, dit soudain George. Maman arrive !

Les jumeaux disparurent dans un craquement juste avant que leur mère n'ouvrît la porte de la chambre.

- La réunion est finie, annonça Mrs Weasley. Vous pouvez descendre. Au fait, qui a laissé traîner ces bombabouses ?

- Coquecigrue, affirma Ginny, le menton levé. Il les prend tout le temps pour les jeter ensuite.

- Ah ? J'aurais cru que c'était Kreattur. Ce serait son genre. Surtout, parlez à voix basse quand vous serez dans le hall. Et, Ginny, tes mains sont d'une saleté repoussante, va vite les laver.

En grimaçant, la jeune fille suivit sa mère. Harry et Ron lui emboîtèrent le pas.

- Qui est Kreattur ?

- Un elfe de maison cinglé qui crèche ici. Il rêve de se faire couper la tête et de se retrouver empaillé comme sa mère. Hermione le trouverait à son goût, avec ses histoires de faire libérer les elfes... Il traite tout le monde de saletés et d'abominations.

- De mieux en mieux...

Salazar en poche, Harry suivait Ron vers l'escalier quand le rouquin s'arrêta, un doigt sur les lèvres.

En bas, dans le hall, plusieurs magiciens parlaient encore à voix basse. Harry repéra aussitôt son directeur de maison au milieu du groupe. Une oreille à rallonge passa devant son nez en provenance de l'étage supérieur, mais trop tard pour capter le moindre mot.

- *~$*# ! grogna Fred. Raté.

- Rogue ne reste pas ici, commenta Ron. Il ne dîne jamais dans cette maison.

- Qui aurait envie d'y rester ? répliqua Harry. J'aurais bien aimé lui parler.

- Tu crois qu'il t'aurait dit des trucs ?

- Peut-être. On s'entend assez bien. Tu sais, en dehors des cours, il est... un peu différent.

- Tant mieux pour toi ! Si tu arrives à civiliser cette chauve-souris géante...

Au rez-de-chaussée, Harry retrouva Lupin, occupé à verrouiller la porte à grands renforts de sortilèges. Molly Weasley lui fit signe de se rendre dans la cuisine.

BOOOUM !

- Tonks ! rugit Molly, exaspérée.

- Désolée, gémit la jeune auror, à plat ventre sur le dallage. C'est ce fichu porte-parapluie. Ca fait deux fois que je...

La fin de sa phrase fut noyée dans un hurlement terrifiant.

Les rideaux miteux au milieu du couloir s'écartèrent brutalement, découvrant non une porte, mais le portrait grandeur nature d'une vieille femme vêtue d'une robe démodée et coiffée d'un chapeau noir, qui hurlait de toutes ses forces, les yeux révulsés, les mâchoires grandes ouvertes. Les autres portraits, réveillés par le bruit, donnèrent aussi de la voix, plongeant le hall dans un vacarme assourdissant. Lupin se précipita pour refermer les rideaux, sans effet, tandis que la hurleuse tendait vers lui des doigts crochus, par bonheur en deux dimensions seulement.

- Vermines ! Saletés ! Résidus infâmes de pourriture et d'abjection ! Bâtards, mutants, monstres ! Quittez cette maison ! Comment osez-vous souillez la demeure de mes aïeux ?

Tonks, au bord des larmes, remit la jambe de troll en place. Molly stupéfixait les portraits. Un homme jaillit hors de la cuisine en criant.

- Tais-toi donc, vieille harpie ! TAIS-TOI !

- Aarrrrh ! Traître à ta famille, honte de mon ventre ! Hors d'ici !

- Je t'ai dit de TE TAIRE !

Il parvint, non sans mal, à refermer les rideaux et le silence revint.

Harry reconnut Sirius Black.

- Salut, Harry, dit celui-ci d'un ton lugubre. Je vois que tu as fait connaissance avec ma mère.