Notes de l'auteur:

Je remercie pour leurs reviews Fénice, Steamboat Willie, KaKa la Zen, Crys63, Boo Sullyvan, 'Clochett', Bartiméus, Shima-chan, Yliryo, Zazaone, Andromède, Ilys, molly, Wildyheart, Fofolleuh, Fée Fléau et Callisto. Vous trouverez des réponses à vos messages sur mon live journal, à une entrée datée du 12 février.

Le prochain chapitre sera disponible d'ici la fin de la semaine prochaine.

Bonne lecture à vous tous.

Chapitre 3: Anesthésies:

Je ne m'attardai pas au Ministère outre mesure. Olivier était déjà parti. Il m'avait laissé un mot sur son bureau, qui disait que l'analyse des vêtements d'Andréas Smith n'avait rien donné de probant. Je trouvai également un message de Susan. Elle avait beaucoup à dire sur l'examen poussé auquel elle avait soumis le cadavre; de ce fait, elle avait contacté Kingsley, qui lui avait demandé d'en faire un rapport écrit. Mon ancienne camarade m'assurait qu'un exemplaire dudit compte-rendu serait déposé sur mon bureau le lendemain après le déjeuner. Cette perspective me fit grimacer: rien de tel que la lecture d'un rapport d'autopsie après le repas de midi. Mais comme qui dirait, ce genre de désagrément fait partie des aléas d'une Grande Enquête, il me faudrait donc faire avec.

Avant de rentrer à la maison, j'allai trouver Shacklebolt dans son bureau. Il m'écouta parler de mes deux pistes avec attention. Je lui touchai deux mots des liens qu'Andréas Smith avait entretenus avec Lycénia Lupin, et il me conseilla, comme j'avais prévu de le faire, d'en parler à Remus dès que possible. Je décidai d'aller le voir le lendemain matin.

Après avoir échangé mes considérations sur ce premier jour d'enquête avec mon chef, je pris congé, et me rendis chez moi. J'étais fatigué. Dîner chez Ron et Hermione me tentait moins que jamais. Je n'avais qu'une envie: me plonger dans un bon bain chaud et faire le vide. Tout se mélangeait dans ma tête: Andréas Smith, mon enquête, Ginny, Alice qui souffrait de nous voir nous disputer… Je dus faire un effort pour garder la tête haute. Je rentrai à pieds, après être passé chez un fleuriste me fendre d'un pot de cyclamens mauves pour ma femme. Si je voulais faire une trêve avec elle, autant la commencer en beauté.

oOØOo

Je trouvai Ginny assise dans le salon, plongée dans une revue. Quand elle m'entendit entrer, elle leva vers moi un œil vague, et elle eut à mon endroit un petit sourire pincé.

— Tu es déjà rentré?

— On ne va pas dîner chez Ron et Hermione?

— Si, bien sûr, dit-elle en haussant les épaules, mais je m'attendais à te voir débarquer au dernier moment, comme d'habitude.

Elle m'en veut encore pour hier soir, pensai-je. La tâche serait plus dure que je l'escomptais. Mais j'aurais dû m'y attendre. J'étais tellement nul en psychologie féminine que j'avais cru qu'il me suffirait de me pointer la bouche en cœur et des fleurs à la main pour que ce soit dans la poche. De plus, j'avais encore oublié que ma femme avait la rancune tenace. Je m'approchai cependant, et déposai les cyclamens sur la petite table du salon. Ginny me regarda, d'un air étonné:

— Tu as acheté des fleurs pour Hermione?

— Pour Hermione? Pourquoi?

— Parce qu'elle nous a invités, bien sûr.

— Ginny, elles sont pour toi, ces fleurs.

Elle ouvrit des yeux comme des soucoupes:

— Pour moi? Mais…

— Gin, tu ne crois pas que ce serait bien si on arrêtait de se disputer, du moins pour un temps? Si on faisait une trêve?

Elle ne répondit pas. Elle se mit à pleurer. Je restai planté là, me sentant suprêmement idiot. Par les bretelles de Merlin, pensai-je. Qu'est-ce que j'ai encore dit? Mais je n'eus pas vraiment le temps de trouver une réponse à la question. Ginny se coula contre moi, et arrosa ma chemise de ses larmes. Je mis mes bras autour d'elle, et la serrai gentiment pour qu'elle se calme. Au bout d'un petit moment, elle leva la tête, et me regarda avec ses yeux rougis:

— Je suis désolée, Harry, dit-elle. Je sais que les femmes qui pleurnichent te mettent mal à l'aise, mais… mais c'est tellement inattendu… je… qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis?

— Je suis enfin tombé sur la Grande Enquête, répondis-je.

— Oh…

Elle sembla un peu déçue. Peut-être s'était-elle imaginé l'espace d'un moment que j'avais pris cette décision en me réveillant ce matin. Je tentai de me justifier:

— Tu comprends, pendant toutes ces années, mon boulot avait tendance à me frustrer. Je la voulais, cette fichue enquête. Je voulais autre chose que des histoires minables de vol ou d'agression. Je voulais…

— Ça va. J'ai compris. Mais cette enquête, quelle qu'elle soit, je t'interdis d'en parler à Alice.

Je l'avais prévu. Mais là, j'avais des arguments en ma possession. Les circonstances du meurtre d'Andréas Smith penchaient en ma faveur.

— Il le faudra bien, Gin, dis-je. Ça concerne un gosse de Poudlard. Mais si tu y tiens, tu pourras être présente quand je discuterai de ça avec la petite. Comme ça, tu verras par toi même que je ne dirai pas de trucs qui lui fileront des cauchemars.

Je faisais là une énorme concession. Parler en tête-à-tête avec Alice faisait tout le charme de nos conversations. Mais Ginny eut un mince sourire en disant:

— Je te fais confiance. Tu sembles vouloir faire des efforts, alors je veux bien céder sur ce coup-là. De toute façon, si jamais Alice fait le moindre cauchemar par rapport à ce que tu lui as dit, je le saurai, et tu risqueras d'entendre parler de moi.

Je souris. Au tour de ma femme de faire des concessions. Et je trouvai bien agréable de parler avec elle sans se disputer.

oOØOo

Ginny faillit cependant revenir sur sa décision d'accepter de me laisser parler à Alice de la Grande Enquête lorsque je lui appris qu'il s'agissait d'une affaire de meurtre. Je parlementai un bon moment avec elle, sans jamais hausser le ton, et en usant de réserves de patience que je croyais épuisées depuis Mathusalem, et elle finit par me donner raison. J'acceptai simplement de mon côté d'attendre le lendemain matin avant de parler à ma fille. Après avoir discuté un bon moment, de l'enquête et d'autres choses, Ginny alla se préparer pour le dîner, tandis que je prenais une douche brûlante et néanmoins bien méritée. Tandis que des trombes d'eau coulaient sur moi, je me disais que cette trêve avec ma femme n'était pas une mauvaise chose. Ne pas m'engueuler avec elle, ne pas subir ses cris et ses bouderies était comme une bouffée d'oxygène. Ça durerait ce que ça durerait. Tôt ou tard, nos petits travers reprendraient le dessus, mais pour l'instant, je me sentais comme qui dirait en paix avec moi-même. Ma vie ressemblait davantage à ce que j'imaginais au début de mon mariage et de ma carrière: je m'entendais bien avec Ginny, et j'avais une enquête passionnante à résoudre.

Seulement, je n'avais toujours pas envie d'aller dîner chez Ron et Hermione.

Ginny finissait de se coiffer quand je sortis de la salle de bain. Elle enroulait des mèches de cheveux autour de sa baguette magique, et les attachait en un chignon d'apparence compliquée. Tandis que je m'habillais, je la voyais appliquer sur son visage quelques sorts de maquillage.

— Gin, tu es obligée de faire tout ça alors qu'on va seulement chez ton frère, demandai-je.

— Non, je ne suis pas obligée, mais ça m'amuse, répliqua-t-elle. Tu peux aller voir si Alice est prête? Ce serait bien qu'on parte d'ici une demi-heure.

— Okay, fis-je.

oOØOo

Alice n'était pas prête du tout. Elle non plus n'avait pas envie d'aller à ce dîner. La robe bleu ciel que Ginny avait choisie pour elle reposait sur un dossier de chaise, tandis que ma fille portait encore les vêtements moldus plus ou moins pendouillants qu'elle affectionnait quand elle était à la maison.

Je lui souris gentiment:

— Poussin, tu ferais mieux de t'habiller en vitesse, sinon ta mère va encore râler.

— J'aime pas cette robe, grimaça Alice. Et pis j'ai pas envie d'aller là bas. Ils sont chiants. Caroline est une vraie bêcheuse, Mary n'est qu'une gamine qui joue encore à la poupée, et puis David, on peut rien faire avec parce que Tante Hermione veut pas qu'on s'en approche. C'est nul. Je veux rester à la maison.

Je soupirai. Alice allait avoir treize ans. La crise d'adolescence se pointait à l'horizon. Il allait encore falloir faire des concessions. Personne ne m'avait jamais dit que la vie de famille était un sacrifice géant de sa propre personne, et qu'il faudrait sans arrêt faire des efforts pour que personne ne s'engueule. Je regardai ma fille:

— Poussin, moi aussi, j'aimerais bien rester à la maison.

— Ben pourquoi on va là-bas, alors?

— Pour faire plaisir à ta mère.

Alice me regarda d'un air enjôleur:

— Papa… Si on laissait Maman dîner toute seule chez Oncle Ron ? On pourrait rester à la maison et manger une pizza…

— C'est tentant, poussin, mais c'est pas sympa pour ta mère. Et je lui ai promis de faire un effort pour qu'on ne se dispute plus. L'accompagner à ce dîner serait un bon début, non?

— Ouais, mais bon…

— Et puis elle a promis de faire des efforts, elle aussi. Elle a accepté de me laisser te parler de la Grande Enquête.

Les yeux de ma fille se mirent à briller:

— Vrai? Elle va pas venir crier que tu racontes des horreurs?

— Elle a dit qu'elle me fait confiance. Je te propose un deal, poussin: tu t'habilles correctement, tu nous accompagnes à ce dîner, et en échange, demain matin à la première heure, je te dis tout sur la Grande Enquête.

— Pourquoi pas ce soir?

— Alice, j'ai dit demain matin.

Elle essaya d'insister, mais comme elle voyais que je n'avais pas l'intention de céder, elle prit la robe bleue sur le dossier de la chaise, et elle commença à se préparer, en poussant force soupirs à fendre l'âme.

oOØOo

Ron et Hermione avaient, je le disais, beaucoup changé depuis la fin de la guerre. Certaines blessures ne guérissent jamais vraiment, et les esprits peuvent rester marqués à vie. Ron se complaisait dans une vie calme dans laquelle il ne se passait jamais rien, et il ne souhaitait apparemment pas que ça change. À l'instar de Fred et George, il s'était lancé dans le commerce. Il avait emprunté de l'argent à droite et à gauche pour ouvrir sa propre boutique de balais et d'accessoires de Quidditch, et peu à peu, son entreprise était devenue florissante. À croire qu'il avait le même sens des affaires que ses frères jumeaux. Il était toujours grand et maigre, malgré la petite bedaine qui semblait s'être installée pour un moment, et ses cheveux roux commençaient déjà à grisonner. Hermione, elle, travaillait au Ministère. Elle était devenue Langue-de-Plomb. Elle faisait des recherches dont personne, pas même son mari et ses amis, ne savaient quoi que ce soit. Elle était toujours aussi à cheval sur les règlements, aussi le pourquoi du comment de son travail ne dépassait jamais la porte du Département des Mystères. Hermione était devenue une femme extrêmement nerveuse et méfiante, voire même cassante quand on la contrariait. Elle était maigre et sèche, semblait dix ans de plus que son âge, et ses cheveux autrefois ébouriffés et mal coiffés étaient à présent serrés en chignon comme ceux du professeur McGonagall.

Ron et Hermione s'étaient mariés à peu près en même temps que Ginny et moi. Ils avaient trois enfants: Caroline, qui avait treize ans et qui était le portrait de sa mère, Mary, une vraie petite Weasley rousse âgée de huit ans, et un bébé de quelques mois, David. Tout ce monde-là vivait dans un petit appartement équidistant du ministère et de la boutique de Ron.

Je débarquai chez eux en début de soirée, accompagné de Ginny et d'une Alice un rien ronchon. Ce fut l'aînée des enfants qui nous ouvrit la porte. Je vis Alice jeter un regard dédaigneux au livre d'Arithmancie que Caroline avait sous son bras. Elle nous salua poliment, puis nous nous rendîmes tous dans un petit salon.

Ron était vautré sur le canapé, un catalogue de balais ouvert devant lui. Quand il nous entendit entrer, il leva sur nous un œil vague:

— Salut, dit-il.

Nous échangeâmes quelques paroles d'un ennui mortel. Je me retenais de bâiller, Ginny montrait une amabilité de façade à l'égard de son frère, et Ron brassait du vent. Quant à Alice et Caroline, elles se regardaient en chien de faïence. Hermione débarqua peu après de la cuisine, et elle se mit, comme à son habitude, à nous couvrir de questions Ginny et moi, afin que nous évitions de lui demander quoique ce soit sur son travail. Je laissai mon épouse faire la conversation pour nous deux, et je laissai mon esprit battre la campagne. Caroline Weasley s'était blottie dans un grand fauteuil, son livre ouvert sur les genoux. Alice avait récupéré le catalogue de balais que Ron avait posé sur une table basse quand nous étions arrivés, et elle le feuilletait avec attention. Ginny et moi avions transmis tous les deux à notre fille notre intérêt pour le Quidditch. De ce fait, elle avait demandé un balai pour son anniversaire, et elle souhaitait intégrer l'équipe de sa maison l'année suivante.

Alors qu'une conversation chiante à souhait s'éternisait, mon regard se posa sur un numéro de Sorcière Hebdo abandonné par terre près du canapé. Un déclic me traversa l'esprit. Je repensai soudainement à l'enquête, à la petite annonce découverte dans le cahier secret d'Andréas Smith. J'avais supposé qu'elle avait été découpée dans un numéro de cette revue féminine sorcière. Je ramassai donc le magazine pour vérifier mes dires.

Sur la dernière page, situé dans la catégorie "annonces diverses", je retrouvai le petit texte mystérieux:

Je suis le Déversoir des Âmes.

Vous avez besoin d'un confident, écrivez-moi.

Vos secrets seront bien gardés.

Ecrire à la Poste de Pré au Lard, à l'attention du Déversoir des Âmes.

J'attends vos lettres.

— Tu lis Sorcière Hebdo, Harry?

Je sursautai. Hermione me regardait d'un air un peu étonné. Je m'efforçai de ne pas rougir, et me tirai de cette situation un peu gênante pour moi d'une pirouette:

— Je pourrais te retourner la question, Hermione. Je ne sais pas si tu t'en souviens, mais quand on était à Poudlard, tu as eu comme qui dirait des problèmes avec ce canard…

— C'était il y a longtemps, répliqua-t-elle. Et puis je ne lis dedans que les recettes de cuisine. C'est Caroline qui lit le reste.

L'interpellée rougit comme une tomate derrière son bouquin, et la discussion reprit son ronronnement initial et mortellement ennuyeux. Je fis un effort pour m'y intéresser, mais les histoires d'éducation des enfants, de commerce des balais, etc. me poussaient sans cesse à repenser à mon enquête.

Ce fut le dernier-né des Granger-Weasley, le bébé David, qui me sauva de ce tourbillon d'ennui. Il se mit à brailler à pleins poumons, et Hermione quitta précipitamment la pièce pour s'occuper de lui, après nous avoir invités à nous mettre à table.

oOØOo

Le repas fut comme je l'avais prévu: rasoir à en crever. La conversation continuait de tourner sur tout et sur rien. Hermione semblait être passée maîtresse dans l'art de brasser du vent (je me demandai même en passant si toutes les Langues-de-Plomb tenaient ce genre de discussions creuses), et Ron faisait comme elle. Il semblait se désintéresser de tout ce qui ne tournait pas autour de son travail et de sa famille, et il avait également l'air de ne vouloir contrarier sa femme sous aucun prétexte. Les voir ainsi tous les deux me rendit un peu triste. Qu'étaient devenus les deux compagnons de mon adolescence, qui s'engueulaient sans arrêt et qui ne tournaient jamais autour du pot? Ils étaient devenus l'exact contraire de Ginny et moi, qui nous disputions plutôt deux fois qu'une.

Hermione eut la mauvaise idée, compte tenu de ce que j'avais vu le matin même, de servir un rôti en sauce. Lorsque je vis la tranche de viande dans mon assiette, je ne pus m'empêcher de repenser au cadavre d'Andréas Smith, et je pâlis bien malgré moi. Ron et Hermione haussèrent les sourcils, et Ginny me regarda d'un air étonné. Je ne lui avais pas dit dans quel état on avait retrouvé le mort, au cas où elle reviendrait sur sa décision de me laisser parler de mon enquête à Alice. Elle devait sans doute croire que le pauvre gamin avait subi un petit Avada Kedavra bien propre. Je m'efforçai de prendre sur moi, et je mâchonnai mon rôti, auquel je ne trouvai qu'un écœurant goût de sang. Hermione me lança un regard vexé, comme si je n'appréciai pas sa cuisine, et je tentai de me justifier en disant que je n'avais pas très faim. Qui plus est, voir Ron s'empiffrer comme s'il était encore un adolescent en pleine croissance ajoutait à mon manque d'appétit. J'espérai de toutes mes forces que ce calvaire — la viande sanguinolente et la conversation insipide — ne s'éterniserait pas trop. Mon souhait fut exaucé lorsque j'entendis le bébé David se remettre à hurler. Hermione, qui essayait de forcer sa cadette, la petite Mary de huit ans, à finir son assiette, lança un regard à son mari. Ce dernier, sans émettre la moindre récrimination, se leva. Mais en faisant ce geste, il tira sur la longue nappe blanche qui couvrait la table et qui traînait jusqu'au sol. Le plat contenant le rôti se renversa, répandant de la sauce partout. Ç'aurait pu être drôle si la robe de Ginny n'avait pas été tachée. En effet, la fameuse sauce, en se renversant, lui coula directement sur les genoux. Ma femme poussa les hauts cris, et agonit son frère d'injures. J'eus un sourire intérieur. On était presque revenu comme au bon vieux temps. Ron s'énerva à son tour, et tous deux s'engueulèrent à s'en fêler les cordes vocales pendant que le bébé braillait toujours dans la pièce à côté. Je vis Hermione lutter péniblement contre l'agacement, la petite Mary continuer à pinailler devant son assiette, indifférente au conflit, Alice étouffer un fou rire dans sa serviette, et Caroline jeter des regards consternés à son père et à sa tante. Au bout d'un moment cependant, Hermione céda à l'énervement:

— Vous avez fini de vous conduire comme des gamins, s'écria-t-elle.

Ron jeta un regard désolé à sa femme, et il battit en retraite pour calmer son fils. Hermione nettoya la nappe et la robe de Ginny d'un sortilège, et un silence gêné s'installa pour un petit moment.

oOØOo

L'atmosphère resta un peu tendue pour le restant de la soirée, aussi je ne fus pas mécontent quand l'heure de rentrer arriva. Ginny était de mauvaise humeur, et Alice semblait s'être ennuyée à mourir, un peu comme moi par le fait. Elle fut envoyée au lit sitôt que nous eûmes regagné la maison. Lorsqu'elle me souhaita bonne nuit, elle me murmura dans le creux de l'oreille:

— Papa, je te rappelle que demain matin, tu dois me raconter ta Grande Enquête. Tu l'as promis.

— Je sais, poussin.

— T'oublieras pas, hein?

— Bien sûr que non. De toute façon, tu serais cap' de me le rappeler si jamais j'oubliais.

Un sourire espiègle traversa le visage de ma fille. Elle me fit un clin d'œil avant de gagner sa chambre.

Je restai seul avec Ginny. Elle était assise sur une chaise, et elle inspectait sa robe, pour voir si les taches de gras avaient toutes été bien dissoutes par le sortilège de nettoyage d'Hermione.

— C'est curieux, me dit-elle, j'aurais presque cru que tu t'amusais à me voir m'engueuler avec mon cher frangin.

— Ça m'a rappelé quand on était mômes, avouai-je.

— Pourtant il me semble que tu n'aimais pas les disputes.

— C'est vrai, admis-je. Ça me mettait un peu mal à l'aise. Ron était soupe au lait, à l'époque. Il a bien changé. Je trouve ça un peu triste.

— Hermione est une maîtresse femme, constata Ginny. Un peu comme ma mère. Et Ron ne contredisait pas souvent ma mère. Avec Hermione, ça doit être un peu pareil.

— Elle lui a ramolli le caractère.

— Plus que je n'ai jamais réussi à ramollir le tien.

— C'est ce que tu aurais voulu? Que je devienne un mou du genou comme ton frère?

— Non, Harry. Tu es très bien comme tu es. Sauf que tu es têtu comme une mule, que tu n'écoutes jamais ce que je dis, et que tu n'es presque jamais à la maison.

— Ginny, je t'ai promis de faire un effort.

— Je sais.

oOØOo

En effet, elle le savait. Car quand je montai me coucher quelques instants plus tard, je constatai que, pour la première fois depuis bien longtemps, elle avait allumé la bougie bleue. Je sus que j'allais finir cette épuisante journée par un moment de tendresse avec ma femme. J'avais tellement l'habitude d'être accueilli dans la chambre par une Ginny en pétard et en peignoir jaune que je fus presque surpris de la voir m'attendre dans le lit, un léger sourire sur les lèvres. Je me débarrassai en vitesse de mes vêtements avant de la rejoindre sous les draps. Elle se coula contre moi, câline. Elle me couvrit de baisers, et ses petites mains fureteuses partirent en exploration sur ma peau. Je n'avais pas fait l'amour avec Ginny depuis très longtemps. On s'engueulait bien trop souvent pour ça, et puis j'avais Fatality pour assouvir mes pulsions. J'eus une pensée pour ma maîtresse. Je n'avais pas le cœur de rompre avec elle, je savais qu'elle m'aimait et je ne voulais pas la blesser, mais si les choses s'arrangeaient avec Ginny, je devrais dire à Fatality que nous devrions prendre nos distances. Mais lorsque les doigts tièdes de mon épouse s'attardèrent sur la partie méridionale de mon anatomie, ma relation extraconjugale me sortit de l'esprit. Je me mis à mon tour à caresser le corps de Ginny, et je ne tardai pas à la faire basculer sous moi pour me vriller en elle et oublier, l'espace d'un instant, mes écarts, les amis ennuyeux et les adolescents assassinés. Le plaisir nous cloua au même instant, l'un sur l'autre, l'un dans l'autre, et lorsque je me redressai pour croiser le regard de ma femme, je revis la jeune personne qui m'avait tant soutenu et apporté tant de joie par le passé.

Pas un mot ne fut échangé après l'étreinte. Juste des sourires. Comme si les mots avaient risqué de briser notre trêve fragile. Je fus reconnaissant à Ginny de m'avoir offert cet oubli momentané, et je m'en voulus d'avoir vaguement cru qu'elle n'en était plus capable à cause de nos nombreux désaccords qui empoisonnaient notre relation.

Je m'endormis en profitant de cet instant perdu. Je savais que la journée du lendemain serait longue. Parler de mon enquête à Alice sans en dire trop. Aller trouver Remus pour lui annoncer que le petit ami de sa fille s'était fait assassiner. Lire le compte-rendu d'autopsie de Susan. Peut-être commencer à explorer une de mes pistes. Et pour finir, faire une pause dans ma relation avec Fatality.

Je savais que tout ça ne serait pas facile.

Mais je n'ai jamais affirmé que s'occuper d'une Grande Enquête et remettre à plat sa vie de couple en même temps était une partie de plaisir.

A suivre…