New Vogue Children

Chapitre 4

Explications

Kazuno avait fini par raconter ce qui s'était passé à Juka, celui-ci utilisant comme argument que de l'entendre de vive voix irait plus rapidement que s'il attendait d'avoir le rapport entre les mains pour ensuite le lire.

Lui et Tooru revenaient ensemble d'un tour de patrouille et c'est en se garant dans l'aire de stationnement arrière du poste de police que ce qui semblait être une petite fille à la peau laiteuse se jeta sur la voiture, grattant les portières comme utilisant une façon primitive de demander qu'on lui ouvre. Ils ne pouvaient pas voir son visage, elle bougeait trop et trop rapidement, faisant virevolter ses longs cheveux couleur neige. Tooru, qui était derrière le volant, jeta un regard intrigué à son comparse qui haussa les épaules. Ce dernier décida de lui ouvrir la portière. Elle s'engouffra alors à une vitesse incroyable dans la voiture. Elle s'installa sur ses genoux, respirant de son souffle rauque. Elle se mit à renifler, se calmant donc un peu. Kazuno put, du fait même, voir son abominable visage et ses yeux blancs, effrayants, aveugles. Il sursauta en essayant de s'éloigner d'elle, cherchant à tâtons la boucle de sa ceinture de sécurité. Il frissonna en sentant ses doigts glacés entrer en contact avec son visage qu'elle se mit à lui tripoter, comme si ça lui permettait de tout voir. L'autre se contentait de regarder la scène avec effarement. Elle poussa un grognement en signe de négation, mais aussi de mécontentement, puis, elle le poussa, lui qui avait réussi à se libérer de sa sécurité, en dehors du véhicule pour se jeter sur le conducteur, l'attaquant au passage. Il se mit à crier. Se demandant ce qui se passait à l'intérieur, Kazuno se releva de sur l'asphalte et passa la tête par l'ouverture pour constater avec horreur que cette petite fille a la peau si pâle était munie de dents acérées et qu'elle était en train de s'en servir sur Tooru. Celui-ci tentait de se débarrasser d'elle, mais elle semblait trop coriace, trop puissante, malgré sa petite taille. L'autre essaya de la tirer à l'extérieur, mais elle ne voulait pas lâcher prise, même qu'elle l'avait chassé avec une force qu'il ne lui avait pas soupçonnée. Reprenant ses esprits, il se dépêcha de contourner l'automobile, ouvrit la portière du côté du conducteur. Il attrapa son bras blanc en tentant de l'attirer à l'extérieur, mais elle le griffa et, par réflexe, il l'avait lâchée et avait reculé d'un ou deux pas. Paniqué, il sortir son pistolet d'une main tremblante et visa le dos de cette horrible enfant, bien qu'il douta que ça en soit bien une, à cause de qui son collègue était de moins en moins capable de crier. Et il tira. Elle parut rugir en se tournant vers lui. Mais ne voyant rien, elle retourna à son joyeux festin policier. Il tira encore plusieurs coups et cette fois, elle descendit de la voiture. Tâtonnant, elle ne mit à le chercher et toujours sous l'effet de la panique, lorsqu'elle eut le dos tourné, il lui envoya une dernière balla dans la tête et elle s'effondra. Il laissa tomber son arme au sol et accouru auprès de son ami, mais il était trop tard. Il avait donc appelé une ambulance et la police et voilà qu'ils en étaient là. Les deux corps se faisaient transporter, un au laboratoire, l'autre à la morgue, tandis que la scène continuait de se faire inspecter sous les regards pleins de questions muettes des passants parmi lesquels un scientifique, quelque peu embêté qu'on ait tué sa créature et qu'on soit parti avec, se dissimulait.

En effet, Hora avait suivit sa Cyanure et l'avait observée comme à chaque fois qu'il y avait un nouveau né chez les New Vogue Children puis que celui-ci était mis en liberté. Il lui avait soigneusement enseigné la tâche qu'elle devait accomplir et ce, même si sa vue était déficiente. Elle avait rapidement compris, ça l'avait satisfait Elle était bien plus brillante que tous les autres. Il l'avait donc amenée, la tenant par la main, jusqu'au poste de police et quand il avait vu la voiture se garer, il lui avait ordonner d'accomplir son travail, lui rappelant aussi qu'elle devrait lui rapporter au moins un morceau, pour leur dîner à Kaya et à lui.

Mais maintenant, elle était morte. Au moins, il avait pu apprendre qu'à ce stade d'évolution, les New Vogue Children étaient plutôt robustes, même si en apparence, leur corps semblait frêles. Il n'avait rien d'autre à faire sur les lieux, il prit donc le chemin du laboratoire où il savait qu'elle avait été conduite puisqu'une de ses connaissances, un jeune garçon en jupe étudiant à son université, y travaillait à temps partiel, ou plutôt y faisait son stage.

À la réception, il demanda s'il était possible de voir Hizaki. La standardiste lui répondit qu'il était dans le bureau de son superviseur de stage. Il s'engagea dans cette voie.

Le brouhaha des policiers et des ambulanciers n'avait pas tardé à attirer l'attention des journalistes. On tentait de son mieux de les garder loin du secteur enrubanné, toutefois, Juka remarqua ce même journaliste aux cheveux bouclés de la Tokyo Gazette alors qu'il se frayait un chemin jusqu'à lui. Il lui tourna le dos en se cherchant quelque chose à faire, histoire d'avoir l'air trop occupé pour lui donner une entrevue. Mais le journaliste fut plus rapide.

Inspecteur, appela-t-il en arrivant presque à sa hauteur.

Vous n'êtes pas supposé être ici, monsieur, répliqua-t-il, froidement.

Appelez-moi Kamijo !

Très bien, Kamijo. Les journalistes ne sont pas admis sur le terrain.

J'aurais peut-être quelques informations à vous donner par rapport à la série de meurtres…

Allons donc ! L'enquête d'un simple journaliste serait plus avancée que celle de la police elle-même ?

Ce n'est pas ce que je dis, mais…

Excusez-moi, Kamijo, mais je n'ai pas le temps pour des sornettes ! le coupa-t-il.

Mais…

Je vous prierais de partir.

Très bien, dans ce cas, je vous laisse ma carte… Contactez-moi si vous changez d'avis ! Mais sachez que certains détails que je détiens pourraient vous être drôlement utiles… pour ne pas dire… cruciaux.

Le blond prit ladite carte et la fourra dans sa poche avant même d'y avoir jeté un coup d'œil, seulement pour q'il s'en aille le plus rapidement possible. À son grand soulagement, c'eut l'effet escompté car celui-ci tourna les talons en s'éloignant d'un pas plus ou moins rapide. Il décida d'aller rejoindre You au laboratoire pour participer à l'étude de la bête. Ainsi, il échapperait à la cohue qu'il y avait à l'endroit où il se trouvait, même si par moment, le légiste était comparable à une tornade humaine.

Immédiatement après être monté à bord et d'avoir mis le contact, il éteignit la radio. Depuis que cette enquête avait pris de l'ampleur, il était devenu irritable et ce n'était certainement pas une animatrice de radio complètement stupide qui allait lui faire gagner un peu de patience. Il conduisit donc en silence, hormis pour les fois où il se mettait à râler contre les autres automobilistes, des chauffards, plutôt. Une fois arrivé au bâtiment, il montra sa plaque de policier à la réceptionniste qui n'eut pas à lui poser la question qu'elle avait au bord des lèvres pour le laisser passer. Il alla directement au principal laboratoire, il savait que You serait là. Il ignorait néanmoins qu'il n'y serait pas seul. Effectivement, il se trouvait avec son stagiaire presque tout aussi excentrique que lui et quelqu'un d'autre, un homme, il en était certain, celui-là, qu'il ne connaissait pas. Il salua Yuu et Hizaki puis se présenta à l'autre. Hora. Il était professeur à l'école où allait le plus jeune. L'élève lui avait donc parlé du cas ? En tout cas, pour l'instant, ce professeur semblait nerveux. Mais après tout, devant une telle découverte, n'y avait-il pas de quoi être mal à l'aise ? D'ailleurs, il partit avant que le légiste ne commence la dissection de la bête, disant que son petit ami l'attendait pour dîner. L'inspecteur soupira. Il n'y avait donc que des gars de ce genre autour de lui ? !

C'était donc lui le responsable de l'enquête don Hizaki lui avait parlé. Policier hors paire, avait-t-il dit… Mais qu'avait-il à craindre de ce blondinet trop grand, trop maigre, avec ces longs cernes noirs sous les yeux ? Rien de vraiment redoutable…

Mais, en ce moment, il avait d'autres soucis. Sa Cyanure ayant été tuée par un de ces crétins avant qu'elle ne lui rapporte le repas du soir, il devait se rendre à la supérette du coin pour acheter quelque chose pour se faire excuser ce nouveau faux-pas auprès de Kaya. Et ce soir, il travaillerait dur pour avoir la nouvelle génération de NVC le plus tôt possible. En attendant que la couveuse fasse son effet, il essaierait de trouver ce qui cloche dans le médicament de Kaya, mais aussi ce qui ne va pas dans son système immunitaire. D'ailleurs, il faudrait qu'il lui reprenne des échantillons de sang… Il commençait à en manquer. Après une petite course vite faite, il retourna chez lui tout aussi rapidement. Il adopta une tête d'enterrement en mettant les pieds dans la vieille maison.

Tu arrives tard, lui fit remarquer le travesti, aussitôt la porte refermée.

Je suis allé au laboratoire où travaille Hizaki…

Pourquoi ? demanda-t-il, croisant les bras sur sa poitrine alors que ses yeux s'emplissaient de jaloux reproches.

Cyanure est morte.

Tant mieux ! Elle était si laide !

Tu voudrais pas être un peu plus reconnaissant ? Je fais des tests ! Je sais qu'elle était abominablement affreuse ! Mais la beauté des NVC est bien la dernière chose que je veux leur apporter ! Ce qui importe le plus, c'est leur intelligence… Et leur vue…

Ouais… soupira-t-il.

Écoute, commença-t-il en posant ses mains sur les épaules du plus petits. Regarde-moi, tu veux ?

Il ramena doucement son visage face au sien, du bout de ses doigts.

Je fais de mon mieux, Kaya… Je fais mon possible pour les perfectionner le plus possible avant de les mettre à la couveuse. Mais il y a des choses que je ne peux pas prévoir. Moi aussi j'ai mes déceptions à chaque nouvelle génération, mais je sais qu'un jour, les New Vogue Children - nos enfants ! - seront parfaits. Tu le sais aussi, n'est-ce pas ?

Ouais… soupira-t-il encore en détournant les yeux.

Et nous ne sommes pas loin de la perfection ! Bientôt, très bientôt, on pourra en laisser quelques-uns en liberté pour qu'ils débarrassent le monde des indésirables ! Et quand ce moment sera arrivé, je pourrai passer plus de temps sur ton médicament.

Tu pourrais pas commencer par t'occuper de moi avant de t'occuper que des NVC ? demanda-t-il avec une moue.

Kaya… Je…

Mais moi aussi, j'aimerais sortir pour voir leur évolution ! l'interrompit-il.

Non. C'est pas le moment.

Pourquoi ?

… Parce que c'est comme ça.

L'effeminé fronça les sourcils.

Mais, tu…

Je vais aller préparer le dîner, d'accord ? le coupa-t-il à son tour en le lâchant, prenant le chemin de la cuisine.

Tu viens de dire que l'affreuse était morte ! Elle a pas pu te ramener quelque chose, si elle est morte ! Et pis t'arrête pas de dire que tu veux que je sois heureux et tout, sauf qu'on dirait que ce sont que des paroles en l'air ! On dirait que c'est pas vraiment ce que tu veux ! On dirait que… que tu veux pas que je sorte ! On dirait que t'as peur que je parte, si je sors tant qu'il y a tous ces cons, dehors ! Mais toi ! Tu t'en prives pas ! Et tu me laisses tout seul ! Et j'en ai marre ! Tellement marre ! J'en ai assez d'être confiné ici ! Je veux voir des gens !

Hora avait arrêté sa marche, dos à l'autre, les paupières serrées. Kaya profita donc de son dos tourné et de sa passivité pour sortie par la porte par laquelle le scientifique venait d'entrer. Il ne prit même pas la peine de la refermer, il se contenta d'essayer de se rendre le plus loin possible avant que le plus grand ne le rattrape. Mais bien qu'il ne courrait pas, la colère avait tellement montée en lui que le souffle vint à lui manquer. Il s'arrêta, une main sur la poitrine, tentant de respirer un peu mieux, mais rien n'y faisait, il semblait y avoir quelque chose qui lui oppressait la poitrine, faisant monter malgré lui les larmes entre ses cils. Il tomba à genoux, pestant comme il le pouvait contre la poussière qui venait salir ses vêtements. Il entendit vaguement des pas qui courraient dans le gravier, se rapprochaient de lui, mais il n'eut pas le temps de voir qui c'était, tout devint noir.