Note de l'auteur : *se racle la gorge* Hm. Bonjour ? Il y a des toujours des gens ici ? Hm. Je crois que ça fait maintenant six mois que je ne suis pas venue ici et ce n'est qu'à l'instant même que je viens de réaliser que cela faisait si longtemps. Je savais que ça faisait plusieurs semaines, plusieurs mois, mais pas autant. J'en suis terriblement désolée.
Je vous annonçais avec mon bonheur l'obtention de mon premier emploi, un CDI. Je n'avais pas réalisé que cela allait être suivi d'un mois horrible où j'allais être également plongée à 100% dans la rédaction de mon mémoire de M2 puis par des journées très très intenses au boulot. Ça me plait terriblement ce que je fais, mais j'accumule beaucoup d'heures sup', beaucoup de travail. J'ai eu beaucoup de mal à reprendre l'écriture. Mais je n'ai pas oublié cette histoire, loin de là ! J'ai affiné le plan dans ma tête, les intrigues, tout ça. J'ai même écrit deux chapitres. Le plan du troisième est écrit. J'essaie de le commencer ce week-end.
Je suis désolée de n'avoir donné aucune nouvelle. D'avoir fait le fantôme. Je n'arrive même pas à voir si j'avais trouvé le temps de répondre aux reviews (je ne sais plus où voir ça ?). Si c'est le cas, je m'en excuse également. Je me souviens encore du bonheur qu'elle m'avait procuré (ça par contre, je n'oublie pas haha).
J'espère que cette suite vous plaira. Je vous la poste avec un peu d'anxiété car après six mois d'attente, je ne suis pas sûre que ce chapitre soit le meilleur pour faire un come-back. Je ne sais pas. Bref ! Arrêtons de nous plaindre. J'espère que, pour ceux et celles qui seront toujours de l'aventure, vous trouverez un peu de plaisir dans cette lecture.
Et, promis, le prochain chapitre n'arrivera pas dans six mois !
Remerciements : Kate ! Je remercie Kate qui malgré ma longue absence a répondu présente pour la relecture du chapitre. Je remercie aussi Dup' qui, même si c'est son cadeau, m'a donné de bons conseils. Enfin, je remercie Kim, qui a réussi à me donner un peu de courage ce soir.
Résumé rapide (je suis super nulle en résumé désolée mais comme ça fait six mois…) : Dean est un pirate. Un vrai de vrai, qui a déjà tué pendant un abordage. La vie de pirate est loin d'être idyllique. Ça pue l'eau salé, le bois humide, la moisissure, la merde, la pisse. Mais c'est une vie qui paie bien et qui permet à Dean d'aider son petit-frère et ce, grâce à Garth, le seul à être au courant de sa nouvelle condition de pirate. Ce n'est pas une vie rêvé, mais il s'en contente.
Avec Castiel, c'est compliqué. Amis d'enfance, ils ont coupé les ponts. Dean n'a jamais supporté la charité dont voulait faire preuve son ami. La guerre des colonies a également laissé des marques sur leur amitié. Seulement, Dean était toujours attaché à lui. Il garde précieusement les dessins de son ancien ami. Il ne pensait pas le revoir quand, coup du destin (ou tout simplement de ma volonté), Crowley décide de piller le bateau qui menait Castiel à New Providence. Médecin, Castiel a décidé de sacrifier sa liberté afin d'offrir la vie sauve au reste de l'équipage qui l'accompagnait.
Dean se sent mal comme jamais. Culpabilité. Remord.
Comment nos deux héros vont-ils affronter cette toute nouvelle situation ?
Bonne lecture !
Chapitre 4 : De souvenirs et d'eau croupie
« Alors mon frère, c'est quoi l'histoire ? »
Dean releva la tête avant de hausser les épaules. Benny s'assit à ses côtés, ses fesses se posant lourdement sur les marches où Dean s'était installé un peu plus tôt. Sans un mot, Dean se concentra de nouveau sur son pistolet et s'attela à en nettoyer chaque recoin. Il savait que son ami n'avait rien de particulier à faire et l'attendrait quoi qu'il advienne… Mais si Dean pouvait gagner un peu de temps avant d'avoir à donner des explications, il n'allait pas le laisser filer.
Quelques minutes plus tard, il se résigna. Son pistolet à silex n'avait jamais été aussi propre. Même Benny devait s'en rendre compte. Un faible soupir s'échappa de ses lèvres tandis que son regard se porta sur le pont où quelques pirates humidifiaient le plancher. Au loin, il pouvait voir Cas, à genoux et frottant le bois avec un chiffon détrempé. Jamais il n'aurait imaginé voir cela un jour. Castiel. De commandant à pirate. Dean en avait mal au cœur.
« Vous vous connaissez tous les deux, c'est ça ? »
Dean mordilla nerveusement sa lèvre inférieure. Benny et lui étaient proches à présent, ils se connaissaient plutôt bien et assuraient les arrières de l'autre au besoin. Seulement… Seulement, c'était la toute première fois qu'un élément du passé, de sa vie d'avant, surgissait ainsi dans leur relation. Dean ne lui avait jamais parlé des lettres, ni même jamais montré les dessins de Cas. Tout cela, c'était son jardin secret, son havre de paix, ce petit trésor de souvenirs heureux qu'il gardait rien que pour lui. Dean ne savait pas s'il était prêt à partager tout cela avec son ami. Pouvait-il vraiment lui faire confiance ainsi ? Et s'il se retournait contre lui maintenant, doté d'informations qui pourraient tout aussi bien lui porter préjudice que nuire à Cas. Dean ne pouvait plus penser pour lui et seulement lui, avec Cas à bord. Il se devait de penser pour deux.
« Tu le regardes différemment et la haine qu'il porte à ton égard semble aller au-delà du massacre que l'on a fait quelques jours plus tôt. »
À ces mots, Dean perdit son souffle. Cas le haïssait-il vraiment ? Était-ce vraiment à ce niveau que leur relation s'était dégradée ? Ils ne s'étaient pas échangé un seul mot depuis l'arrivée de Cas sur le navire et Dean n'avait jamais envisagé que son ami, ancien ami plutôt, puisse tenir une telle aversion à son égard... Il laissa échapper un rictus. Qui leurrait-il ? Personne. Pas même Benny, visiblement. Évidemment qu'il s'en était douté. Les regards en coin ne trompaient pas. Dean avait juste essayé d'éviter cette vérité qui faisait mal. Et voilà que Benny la lui étalait devant les yeux.
Dans un soupir, Dean capitula. De toute façon, Benny le connaissait trop bien maintenant. S'il n'apprenait pas la vérité par la bouche de Dean, il la devinerait forcément dans quelques jours. Il laissa tomber sa tête en arrière, son regard se perdant dans les voiles écrues que le vent fouettait violemment. Un albatros vola au-dessus du Lady Juliet, glissant dans les airs sans battre une seule fois des ailes avant de disparaître. Ses coassements rapides et secs furent vite étouffés par le ronflement des vagues.
« Ouais, on se connaissait. Si j'ai demandé à ce qu'il vienne sur le Lady Juliet c'était… Parce que je ne pouvais pas le voir mourir, tu comprends ? Et après ce qu'il s'est passé avec Crowley, je n'ai plus le droit à l'erreur maintenant.
– Cette histoire de pavillon rouge te colle encore trop à la peau, commenta Benny dans un souffle.
– Je savais qu'il signifiait « pas de quartier », siffla Dean, et oui, j'aurai dû m'assurer que tout le monde était bel et bien mort, qu'on ne laissait aucun survivant, mais– »
Dean se pinça les lèvres, se remémorant ce marchand aux yeux larmoyants et ses hommes qui tremblaient comme des marins d'eau douce. Il n'avait pas pu se résigner à tous les massacrer, sonnant la fin de l'assaut avant l'heure et les laissant partir avec leur navire pillé, mais toujours à flot. C'était la toute première fois qu'il commandait une attaque et cela n'avait résulté qu'à la colère de Crowley. Noire. Furieuse. Une veine palpitant nerveusement sur sa tempe gauche. Le pavillon rouge avait mis beaucoup de temps avant de flotter de nouveau fièrement sur le Lady Juliet. Dean avait cru qu'il avait fait là l'erreur de sa vie de pirate et qu'il allait être bon pour le marronnage. Seulement, il était toujours là sur ce navire, toujours second, toujours en vie.
« Crowley ne doit pas savoir que tu connaissais ton ami avant qu'il ne monte sur ce bateau. Il se sentirait dupé… Peut-être même manipulé. Et ce n'est pas le genre de choses que notre Capitaine apprécie, loin de là. Il lui mènerait la vie dure, à ce petit. Déjà qu'il a dû mal à tenir la cadence des tâches qui lui sont confiées…
– Je sais Benny, je sais. C'est pour ça que je n'ai toujours pas été lui parler. J'ai peur d'éveiller des soupçons. Cas… Cas n'a jamais eu à faire autant de travaux domestiques. C'est un bon soldat, il sait se battre, crois-moi. C'est juste que les petits travaux, comme ceux-là, c'est nouveau pour lui.
– Il est de bonne famille ?
– Oui. Ses parents faisaient partie de la bourgeoisie londonienne. Lui, il a voulu devenir médecin pour pouvoir aider ses semblables et les plus démunis. Si tu avais entendu la réaction de ses oncles et de ses tantes lorsqu'il a annoncé ça. Ce n'était pas assez bien pour eux… Gabriel, son grand-frère, il les avait déjà tous déçus en partant ouvrir une boulangerie sur un coup de tête, voilà que le cadet voulait maintenant aider les plus pauvres. »
Des éclats de rire s'élevèrent depuis le pont. Trois pirates entouraient Cas, lui crachant des mots imperceptibles. Dean serra ses poings, se faisant violence pour ne pas se soulever et leur foutre la raclée qu'ils méritaient.
« Et maintenant, murmura-t-il, il est un pirate à cause de moi.
– Et en vie grâce à toi », ajouta Benny.
Dean haussa les épaules, portant de nouveau son attention sur ces forbans qui se foutaient de Cas. Visage impassible, il ne réagissait pas aux remarques qu'on lui lançait au visage et continuait d'exécuter ses tâches. Après toutes ces années, Cas ne se laissait toujours pas marcher dessus. Dean ne put retenir le mince sourire que ses lèvres arborèrent.
Brutalement, le bleu des yeux de Cas le happa.
Son ancien ami avait tourné la tête dans sa direction, croisant son regard avec le sien. Dean se figea aussitôt, incapable de faire quoi que ce soit. Lui et Cas n'avaient eu aucune interaction depuis son arrivée sur le bateau et, forcément, il fallait que cela se fasse maintenant, alors que Dean souriait devant le spectacle que venaient d'offrir ces trois abrutis de pirates. Cas tourna la tête, se concentra à nouveau sur sa tâche. Les pirates finirent par s'ennuyer et s'en allèrent, le laissant enfin seul.
Si Castiel ne le détestait pas déjà, au moins c'était chose faite à présent.
Qui aurait pu croire qu'ils en arriveraient là ? Malgré les nombreux regards curieux ou même réprobateurs qu'ils avaient subis tout le long de leur jeunesse – un fils de marin et un fils de bonne famille ? Même à New York, ce n'était pas une amitié convenable – ils avaient toujours réussi à aller de l'avant, à ne pas s'en soucier. Ils étaient des amis, ils tenaient l'un à l'autre, et c'était tout ce qui comptait à l'époque.
Seulement, Cas n'était plus ce petit gamin qui l'avait aidé à se relever lorsqu'une calèche venait de le bousculer, sans se soucier de toute la crasse accumulée sur Dean. Il n'était plus ce gamin innocent, tournoyant toujours autour de lui, les dessinant lui et son frère et se perdant avec eux dans les rues de New York au grand dam de sa famille. Il n'était plus ce jeune homme qui partait à la guerre, une boule dans le ventre, les yeux humides, car il ne serait pas aux côtés de Dean. Il n'était plus cet homme qui l'avait serré si fort dans ses bras, cœur pulsant contre sa poitrine. Il n'était plus celui qui lui avait promis que tout serait bientôt comme avant, qu'ils se retrouveraient et qu'il penserait à lui tous les jours.
Ils n'étaient plus ces deux meilleurs amis que rien ne semblait pouvoir arrêter. Ces saloperies de guerre, de pauvreté et de vie injuste avaient réussi à séparer l'inséparable.
Depuis, ils n'avaient plus jamais vraiment été les mêmes. Dean, orphelin, responsable de son petit-frère. Cas, riche, qui mettait son nez dans des affaires qui ne le regardaient pas. Cas qui avait pitié.
« Bon, jeta Benny. Ça me fatigue déjà tout ça. On va régler cette histoire une bonne fois pour toutes. »
Benny se leva et se dirigea vers Castiel. Qu'est-ce qu'il foutait ? Une fois à la hauteur de Cas, il s'accroupit, et sous le regard interrogateur de son ancien ami, caressa le plancher. Après s'être redressé, il cracha sur le pont, juste à côté de Cas. À quoi jouait-il ? Pensait-il vraiment qu'il n'avait pas été assez humilié ?
« Dean ! » lâcha-t-il d'un coup sec.
Le Winchester se leva aussitôt, ne comprenant décidément rien à ce qu'il se passait.
« Ramène tes fesses tout de suite. »
Dean s'exécuta et avança vers eux, le pas lourd. Cas l'ignorait soigneusement, ses deux lèvres plissées en une fine ligne.
« Tu nous as ramené un bon à rien sur ce bateau, continua Benny. Il n'est même pas capable de briquer correctement ce pont. C'est toi le second, c'est ton boulot de lui apprendre tout ça, je te signale ! A cause de lui, on va se couper les pieds tellement le sol est sec et craquelé, et même si ce tas d'os est médecin, je n'y tiens pas franchement ! Donc, fais-moi plaisir et occupe-toi de ta nouvelle recrue. »
Derrière lui, Dean entendit quelques rires gras. Des pirates avaient assisté à la scène, visiblement heureux de le voir se faire reprendre à l'ordre par son ami. Benny dévisagea Dean avant de s'en aller, le laissant seul avec Cas. Maintenant, il comprenait où voulait en venir Benny avec toute cette histoire. Dean avait désormais une raison pour parler à son ancien ami. Seulement, il se contenta simplement de le dévisager, incapable de formuler une seule phrase cohérente. Et si les pirates l'écoutaient toujours ? Devait-il insulter Cas, lui aussi ? C'était ce qui était attendu, non ?
Dean inspecta le pont. Celui-ci était parfaitement humidifié. Les mains de Cas étaient rougies, irritées. Il avait dû y mettre toute son énergie et voilà que Dean devait critiquer son dur labeur. L'idée de Benny n'était pas si mauvaise, mais, bon sang, elle le faisait passer pour un sacré abruti. Il n'avait pas vraiment besoin de cela en ce moment.
« Qui t'a appris à briquer un pont comme ça ? » lâcha finalement Dean.
Les rires moqueurs qui suivirent sa question lui confirmèrent que les pirates étaient toujours attentifs à la scène. Castiel ne répondit pas.
« Je te parle. »
Castiel releva la tête, affrontant finalement son regard, et la gorge de Dean se serra à cette vision.
« Tu vas tout recommencer depuis le début. Et jusqu'à la tombée de la nuit, s'il le faut. Tu ne t'arrêtes pas tant que je ne te dis pas que tu en as le droit, compris ? »
Quand tout le monde sera parti manger, s'empêcha d'ajouter Dean. Quand nous pourrons enfin être seuls.
Castiel ne semblait pas avoir deviné où Dean voulait en venir puisqu'il le regarda avec un air d'incompréhension et de déception avant de hocher la tête et de se remettre au travail.
Dean jeta un coup d'œil aux autres pirates qui regardèrent aussitôt ailleurs. Comme s'ils étaient discrets. Personne ne fit la moindre remarque. Dean avait visiblement réussi à sauver les apparences. Laissant Cas derrière lui, il se dirigea vers les cuisines. Il devait toucher un mot à Bobby.
« Dean Winchester, grommela le coq lorsqu'il le vit arriver dans ses quartiers. Que me vaut ta présence ici ? »
Un sourire charmeur naquit sur les lèvres du jeune pirate. Bobby avait beau agir ainsi, Dean savait très bien que le coq l'appréciait un tant soit peu.
« J'ai un petit service à te demander, minauda-t-il alors.
– Un service, hm ?
– Le nouveau là, le médecin… Je le fais travailler tard pour qu'il comprenne ce qu'on attend de lui ici. Il n'aura pas le temps de venir manger en même temps que tout le monde. Est-ce que tu penses pouvoir lui garder quelque chose ? De consistant si possible ? Il passe une journée difficile. »
Bobby posa son couteau sur le comptoir, au côté de la poule déplumée.
« Et depuis quand tu te soucies ainsi de l'équipage ?
– Depuis que j'ai forcé l'un d'entre eux à nous rejoindre. Je n'essaie pas de créer des privilèges ou quoi que ce soit de ce genre… C'est juste que… Je sens bien toute sa rancœur à mon égard et si je souhaite qu'il me respecte un jour, je dois aussi lui montrer que je ne suis pas seulement le pirate qui l'a arraché à sa vie tranquille, ne penses-tu pas ?
– Hm. »
De son poignet, Bobby se frotta le nez avant de reprendre son couteau. Avec un coup sec, il trancha la nuque de la poule puis s'attaqua à ses pattes, une à une. Il jeta le corps sans vie de l'animal dans la marmite où une masse beigeâtre bouillonnait légèrement. Dean renifla. L'odeur n'était pas si désagréable pour une fois.
« Je veux bien lui garder un petit quelque chose de côté, oui. Mais en ce qui concerne la quantité supplémentaire, ça va être difficile. J'ai déjà du mal à vous nourrir tous donc si je commence à doser les proportions en fonction des estomacs de chacun, je ne vais pas m'en sortir.
– Donne-lui ma portion, dans ce cas. Je me débrouillerai. Je n'ai pas très faim aujourd'hui.
– Si c'est ce que tu souhaites, répondit Bobby en haussant les épaules. Mais ne viens pas te plaindre après ! »
Dans un geste vague de la main, Dean le salua et retourna sur le pont, vers la proue. Il s'adossa contre le rebord et ferma les yeux, se laissant porter par le clapotis des vagues et le souffle du vent qui s'enroulait le long des mats, des cordages et des voiles du Lady Juliet. La chaleur des rayons du soleil caressa son visage et sa peau et, profitant de l'instant, Dean se reposa.
La nuit tomba rapidement après cela. Benny était venu trouver Dean pour qu'ils dînent ensemble, comme à leur habitude, mais ce dernier avait décliné. Il avait d'autres plans pour ce soir. Benny avait compris. Quand les pirates terminèrent leur repas, la plupart d'entre eux s'engouffrèrent sous le pont, prêt à trouver leur couchage. Dean avait bien remarqué les coups d'œil que lui lançait Cas de temps à autre. Il n'attendait qu'une chose : qu'il lui dise qu'il pouvait arrêter pour enfin manger et se reposer. Dean aurait aimé lui dire qu'il fallait seulement attendre quelques instants, que tout était prévu. Au lieu de cela, il se contenta simplement de le regarder sans un mot.
Il se rendit de nouveau aux cuisines où Bobby lui tendit une coupelle bien garnie. Dean se força à ne pas sourire. Cas allait bien manger ce soir.
Son ancien ami frottait encore le sol, l'humidifiant autant qu'il le pouvait, quand Dean arriva à ses côtés.
« Hey, souffla-t-il, tu peux arrêter maintenant. »
Le corps de Cas trembla légèrement quand il s'arrêta. Ses mains étaient encore plus abîmées que tout à l'heure. Quelques marques rouges entaillaient sa chair çà et là, brûlée vive par le sel. Et Cas refusait de nouveau de le regarder.
« Viens, suis-moi. »
Dean l'amena jusqu'à la poupe du bateau, sur les quelques marches qui menaient au rebord. Ici, il n'y avait personne. Juste Dean et Cas et l'obscurité qui s'immisçait peu à peu dans l'horizon. Castiel le suivit le pas lent, usé par la fatigue. Le pirate s'assit sur l'une des marches, observant Cas qui restait debout et immobile, attendant certainement que Dean lui dise ce qu'il devait faire.
« Cas, souffla le pirate, assis-toi, on est que tous les deux, tu n'as pas à… À m'obéir ou je ne sais quoi. »
D'un geste vague, Dean désigna la place vide à ses côtés ? Cas l'observa longuement avant de demander, la voix rocailleuse :
« Dans ce cas… Est-ce que je peux partir ? »
Oh.
Cas ne voulait même pas rester avec lui. Tentant d'ignorer son cœur qui venait brusquement de se serrer dans sa poitrine, Dean déglutit puis, la gorge douloureuse, il reprit la parole.
« Je te demande de rester. S'il te plaît. Regarde, je t'ai pris à manger. Tu n'as pas faim ? »
Les yeux de Castiel s'écarquillèrent quand il réalisa que la gamelle de Dean lui était réservée. Avait-il cru que Dean allait manger devant lui ? Pour qui le prenait-il, bon sang ?
« S'il te plaît ? » répéta Dean.
Castiel se décida enfin et s'assit à ses côtés. Dean lui tendit la gamelle que son ancien ami saisit avec une certaine pointe d'hésitation, avant de jeter ses doigts à l'intérieur et de dévorer son contenu en quelques minutes seulement. Et, après toute cette attente, Dean s'autorisa finalement à sourire franchement.
Un bruit métallique résonna quand Cas termina de manger et posa l'assiette sur le pont. Il s'essuya grossièrement la bouche, oubliant quelques traces de sauces qui avaient dégouliné sur la naissance de sa barbe. Enfin, ils allaient pouvoir parler.
« Cas, je –
– Non, coupa Castiel en se tournant de lui, l'inondant de nouveau de son bleu. Non, je ne veux pas entendre tes excuses Dean. Ce qui s'est passé s'est passé, on ne peut pas revenir en arrière. Je comprends pourquoi je suis ici. Je comprends que sinon, mon équipage et moi-même, nous serions morts. Alors ne te fatigue pas avec tes excuses supplémentaires, je n'en veux pas. »
Ou peut-être pas, finalement.
Dean acquiesça alors malgré lui, les mots emprisonnés au fond de sa gorge.
« D'accord. Sache juste que… Je suis obligé de me comporter comme je l'ai fait aujourd'hui, d'accord ? Ce n'est pas à prendre personnellement. Et ça sera juste le début, ça s'allègera au fur et à mesure, le temps que le reste de l'équipage t'accepte comme l'un des leurs. Chuck rédige ta copie de l'acte de chasse-partie, ça sera un peu mieux une fois que tu auras signé le document.
– Si toutes les journées se terminent par un repas aussi copieux, je crois que m'en sortirai, répondit Cas en soupirant.
– Hm. Non. Tu en as eu plus que d'habitude ce soir.
– Oh. »
La tête de Cas se baissa, tournée vers la gamelle vide qui se trouvait à ses côtés.
« T'inquiète pas, je vais faire en sorte que tu aies la même quantité demain soir, le temps que tu t'habitues à la cadence. D'accord ? »
Cas lui rendit un faible sourire avant de se lever et de partir rejoindre la partie de sol qui lui avait été attribuée pour qu'il puisse dormir. Et, lorsque Dean retourna voir Bobby le lendemain, le coq ne fit pas de commentaire, malgré l'estomac du jeune pirate qui grognait sous les effets de la faim qui le rongeait peu à peu.
Ils ne se parlèrent plus pendant plusieurs jours, après ça. Le Winchester avait pourtant essayé de dîner avec lui de nouveau, mais son ancien ami se débrouillait toujours pour y aller de lui-même à présent. Bobby lui donnait discrètement un peu plus de nourriture tandis que les gamelles de Dean se retrouvaient bien trop souvent vides. Benny avait fini par prendre pitié, partageant avec lui ce que Bobby lui avait donné.
Ce fut quand Dean aperçut Cas recracher l'eau qu'il venait de boire qu'il se décida à lui adresser de nouveau la parole. Le soleil venait tout juste de se lever, miroitant sa blancheur sur l'océan calme et serein qui les entourait. Quelques pirates se trouvaient déjà sur le pont, s'occupant comme il le pouvait.
Dean se rapprocha et saisit la bouteille en verre que tenait Cas, la regardant comme s'il venait d'être trahi. Il la renifla. L'odeur était infecte. Cette eau était croupie depuis un bon moment.
« Pourquoi tu bois ça ? demanda Dean d'un air dégouté.
– Je… Euh. Ce sont les bouteilles que votre coq m'a données à mon arrivée.
– Et tu n'as rien fait ? s'étonna Dean. Tu as laissé l'eau croupir ainsi ? »
Cas fronça les sourcils.
« Que pouvais-je faire d'autre ? Et il faut bien que je boive.
– Mais… Tu faisais comment sur les autres navires ? Tu ne buvais pas ça, quand même ?
– Je m'abreuvais de l'eau que l'on me donnait et elle n'était jamais croupie.
– Je vois, soupira Dean. Je suppose que Bobby pensait que tu savais qu'il fallait rajouter du rhum. »
La bouche de Cas s'ouvrit légèrement et son front se plissa un peu plus. Bon sang. Il n'allait jamais survivre sur ce bateau.
« Du rhum ?
– Oui. Ça empêche l'eau de croupir. Il ne faut pas en mettre beaucoup, on ne sent pas tant que ça le goût. Mais comme ça, l'eau reste intacte le temps que l'on fasse escale.
– Oh, d'accord. Merci, je… Je ne savais pas.
– Je demanderai à Bobby de te fournir d'autres bouteilles. Je ne voudrais pas que tu meures empoisonné ou encore assoiffé. »
Cas le remercia avec un hochement de tête et scruta chaque parcelle de son visage. Dean se sentit comme une vieille carte indéchiffrable et rongée par les années. Dean l'observait, lui aussi, se demandant si leur relation s'était un peu améliorée grâce à cela.
Seulement, Castiel n'ajouta pas un seul mot de plus et s'en alla, laissant Dean seul sur le pont.
Il accusa le coup. Ce n'est pas comme s'il avait le choix.
À quoi s'était-il attendu ? Malgré tous les efforts que Dean avait réalisés lors de ces derniers jours, cela ne changeait pas le fait que Castiel était coincé sur ce bateau. Et qu'il venait tout juste de découvrir que Dean était un pirate. Un criminel.
Est-ce que Cas en était devenu un, lui aussi ? À cause de Dean ?
La journée s'écoula lentement, les minutes filant difficilement sous la chaleur étouffante. Après avoir discuté avec Bobby du problème de Cas, il aperçut les deux hommes parler entre eux à l'autre bout du pont. Castiel allait enfin boire autre chose que cette eau dégueulasse. Comment avait-il réussi à tenir jusqu'à là ? Décidément, Dean allait vraiment devoir le surveiller un minimum s'il ne voulait pas le retrouver mort.
Quelques heures plus tard, Cas commença à s'approcher de lui, un air déterminé sur le visage. Pour la toute première fois depuis son arrivé sur le bateau, ce n'était pas Dean qui venait à se rencontre, qui prenait l'initiative. La sensation était étrange. Entre appréhension et hâte.
Une fois à sa hauteur, Cas hésita légèrement avant de prendre la parole.
« Est-ce que tu… Voudrais venir avec moi voir Chuck et vot – notre capitaine ? Je dois signer l'acte de chasse-partie et… J'aimerais que tu viennes, si ça ne te dérange pas. »
Et, en une seule seconde, l'estomac de Dean se dénoua et ses épaules se relaxèrent. La poitrine gonflée d'un tout nouvel espoir, il acquiesça. Et, en silence, ils se dirigèrent tous les deux vers la cabine de Crowley.
Ce dernier attendait Cas, avachit sur son fauteuil derrière son bureau où une hache avait été posée. La lueur jaunâtre des bougies luisaient sur le long contrat aux allures de parchemin déroulé qu'il tenait dans ses mains. Un regard satisfait au coin des lèvres, il leva finalement la tête pour accueillir son invité. Il lança un regard surpris à Dean, ne s'attendant visiblement pas à sa présence ici.
Crowley s'apprêta à parler lorsque Chuck entra à son tour dans la pièce. Dean retint un soupir de soulagement. Ils allaient pouvoir passer à la signature et Dean pouvait éviter la recherche d'un mensonge crédible pour justifier sa présence ici.
« Tout était bon ? demanda timidement Chuck. Y a-t-il de nouvelles corrections à faire ?
– L'acte de chasse-partie est parfait Chuck, susurra Crowley, je te remercie. Les choses vont enfin pouvoir rentrer dans l'ordre quand notre nouveau venu aura signé cela. N'est-ce pas, Castiel ? »
Cas hocha la tête, silencieux. La poitrine de Dean se contracta lorsqu'il remarqua les phalanges blanchies des mains fermement serrées de son ami. C'était presque imperceptible, mais Dean le connaissait si bien, malgré toutes les années. Lui qui s'était soulevé contra sa propre famille pour suivre la voie qu'il voulait, voilà qu'il devait se résigner à être sous les ordres d'un criminel.
« Sais-tu lire Castiel ? demanda Crowley.
– Oui.
– Parfait, je me lassais de cet équipage d'analphabète. Un peu de cerveau en plus sur ce bateau, ça ne va pas faire de mal. Je te laisse le bon soin de lire l'acte de chasse-partie. Il y a là beaucoup de discours pour ne pas dire grand-chose au final. Tu y trouveras tout ce qui concerne les prises de destination sur les lieux de nos destinations, sur la répartition des bénéfices, les interdictions, les punitions, mais aussi les indemnités, les frais généraux… Certains veulent connaître tous les points. D'autres non. C'est comme tu le sens. Mais, à la minute où tu signes, tu es dans l'obligation de respecter cet acte à la lettre.
– Ne suis-je pas déjà soumis à vos obligations ? »
Les lèvres de Crowley se pincèrent. Décidant de ne pas répondre, il tendit l'acte à Cas qui le prit négligemment. De longues et silencieuses minutes s'écoulèrent tandis qu'il lisait chaque ligne, une à une, comme si Cas tentait de les apprendre par cœur.
Lorsqu'il termina sa lecture, Cas hocha la tête. Crowley lui tendit une plume gorgée d'encre.
« Il faut que tu poses l'acte de chasse-partie sur la hache avant de signer, ajouta le Capitaine. Ce sont les règles. »
Visage fermé, Cas obéit et s'approcha du bureau, plaçant l'acte sur la fameuse hache. Dean observa la scène, impuissant. Une créature rugissait au plus profond de lui, le suppliant de tout arrêter, de faire quelque chose. La pointe de la plume gratta le papier rugueux et l'encre fut absorbée en quelques instants, noir sur blanc, et la marque devint indélébile, ineffaçable.
Cas était définitivement un pirate.
À suivre
Note de l'auteur : Et voilà pour le quatrième chapitre ! Si ça vous a plu, si vous n'avez pas disparu malgré la longue pause, ou si vous avez quoi que ce soit à me dire sur ces quelques lignes que je vous propose, je suis toute ouïe !
A très bientôt (promis, promis) !
Ellen.
