Chapitre.03

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Natsuki était courbée au-dessus de sa moto. Elle avait revêtu un débardeur blanc sur un jean sombre et elle profitait du beau soleil pour bricoler sur son véhicule. Shizuru n'y connaissait absolument rien, elle doutait personnellement de pouvoir distinguer une clé anglaise d'un tournevis mais elle aimait s'asseoir et simplement observer Natsuki travailler.

Natsuki était concentrée et sûre d'elle. La mécanique était un domaine qu'elle maîtrisait étonnement bien malgré son apprentissage autodidacte. Le seul autre domaine où elle se sentait aussi bien informée était celui des sous-vêtements. Shizuru songeait personnellement que Natsuki aurait été l'égérie parfaite pour Victoria Secret, même si elle devait avouer ne pas avoir eu droit à des défilés intimes. Elle avait proposé l'idée plusieurs fois, mais malgré leur intimité physique, Natsuki restait étonnement timide dans ce domaine.

Shizuru se laissa aller à quelques rêveries à ce sujet. Son état de santé avait été un frein certain à réitérer leur rapport physique durant les premiers temps. Par la suite, Shizuru avait appris une règle importante : si elle voulait un peu d'action –du tâtonnement à la relation sexuelle- elle devait dépasser la timidité et l'embarra de Natsuki. Il fallait la prendre par surprise et déclencher un moment passionnel. Un diner intime qui laissait entendre à plus la mettait par exemple sur ses gardes et ne menait jamais à bien grand chose par la suite.

Elle se rappela sa tentative d'un diner aux chandelles. Quand elle s'était penchée pour un baiser, Natsuki s'était décalée pour un câlin maladroit et un tapotement dans le dos. Un tapotement dans le dos ! Natsuki elle-même s'était rendue compte qu'elle était au-delà de maladroite et elle s'était échappée dans sa chambre le visage cramoisi.

Shizuru avait été frustrée. Amusée bien sûre, mais frustrée.

« Arrête de me regarde comme ça ! s'exclama soudain Natsuki. »

Ses avant-bras étaient tâchés d'huile ou de graisse ainsi que son nez et son front, des tâches probablement dues à des moments accidentels où elle avait dû se gratter le visage ou essuyer les gouttelettes de sueur qui lui perlait le front.

« Comme quoi ?

-Comme ça… balbutia-t-elle timidement en détournant le visage.

-Comme si tu étais le seul être digne d'intérêt dans mon domaine, dans Kyoto, dans le Japon touuuut entier ? s'exclama Shizuru avec emphase jetant les bras en l'air avec amusement. »

Natsuki rit malgré elle, les joues saupoudrées de rouge.

« Oui voilà, ne me regarde pas comme ça.

-Pourquoi ?

-Tu me perturbes et j'essaie de travailler !

-Mais justement ! J'aime te voir travailler ! Tu es… sexy ! »

Un clin d'œil appuyé pour conclure et Natsuki était rouge jusqu'à la pointe de ses oreilles. Il était si facile de la gêner et Shizuru appréciait d'être la seule à provoquer cette réaction. Oh bien sûre, toutes les insinuations sexuelles pouvaient la faire rougir, mais si elle venait d'une autre personne qu'elle, Natsuki finissait par se mettre en colère.

« Et bien je ne parviens pas à ''travailler'' dans ses conditions, bouda-t-elle en laissant tomber sa clé –ou quel que soit le nom de l'outil qu'elle utilisait. »

Shizuru lui sourit chaleureusement et lui tendit le mug qu'elle avait ramené de la cuisine. Natsuki but de longues gorgées d'un café noir dont elle était devenue accro depuis son emménagement non officiel au domaine.

« Hmmhmm, fredonna tranquillement Shizuru. Je ne voulais pas te déranger. »

L'admission tranquille sembla inquiéter Natsuki qui ressortit son nez de son café.

« Tu ne me déranges pas, la rassura-t-elle aussitôt. »

Elle semblait inquiète que Shizuru ait véritablement pris à cœur sa critique. Natsuki était trop gentille pour son propre bien.

« Je voulais juste savoir si tu aurais aimé partir en vacances. N'importe où pour se reposer sur une plage et pouvoir se baigner.

-Les cours reprennent bientôt, lui rappela Natsuki. »

Malgré une absence certaine des dernières semaines de cours, personne n'avait pu refuser leur passage pour l'année supérieure après les enlèvements et les blessures affligés par le Third District.

Natsuki avait pu passer les deux derniers mois sans penser à rien d'autres qu'à Shizuru, mais elle était consciente que la vie reprenait son cours et qu'elle allait devoir retourner étudier. Sans Shizuru qui était diplômé et devrait la quitter pour l'université, et sans Mai qui était…

Bref... tout ça pour dire que Gakuen Fuuka n'aurait pu grand-chose à voir avec ce qu'elle connaissait. Elle avait songé à changer d'établissement et venir à Kyoto mais elle ne pouvait pas cracher sur la bourse et la réputation d'un établissement comme l'Académie de Fuuka. Natsuki savait que Shizuru aurait probablement financé ses études dans l'établissement de son choix mais elle voulait faire ses preuves par elle-même, s'assurer que Shizuru comprenne bien qu'elle l'aimait pour elle et non pour son argent.

« Tu rentres à la fac, lui rappela-t-elle. »

Elles n'avaient pas vraiment discuté de ce qu'il allait advenir à la rentrée en question.

« Après tout ce qu'on a vécu, personne ne nous rapprochera de prendre une année pour nous, répondit tranquillement Shizuru sans faire mine de s'inquiéter du futur. J'ai envie de partir Natsuki. De voir autre chose, un endroit où rien ne peut me rappeler l'existence des Districts. »

Natsuki posa son mug sur un muret voisin et, les mains sur les hanches, se tourna vers Shizuru pour lui faire pleinement face.

« Qu'est-ce qu'il y a ?

-Rien, répliqua-t-elle.

-Shizuru je te connais. Après le Carnaval, on ne peut même pas dire que tu es ''retournée'' en cours, tu n'as jamais cessé d'y aller. Tu sais qu'ici tout se sait ? C'est Chikako qui m'a dit que tu ne serais pas le prochain PDG de Windbloom et que Miss Maria te laissait le choix d'étudier ce que tu voulais. Alors pourquoi tu sembles vouloir à tout prix ne pas aller étudier pour réaliser tes rêves.

-J'ai des priorités plus importantes, sourit-elle sans mentir.

-Shizuru s'il te plait, demanda-t-elle. Après tout ce qu'on a vécu, on se doit d'être honnête l'une envers l'autre n'est-ce pas ? C'est le minimum. On se le doit. »

Shizuru détourna les yeux de ceux si sérieux et brillant de Natsuki. Elle se mordit inconsciemment la lèvre inférieure, cherchant désespérément ce qu'elle devait dire ou faire. Elle avait envie de pleurer, parce que même si elle s'efforçait d'occuper son esprit pour ne pas y penser, la pensée évidente qu'elle était en train de mourir lui revenait à l'esprit régulièrement.

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« Merde. »

L'éloquent commentaire n'attira aucune critique. Merde était tout compte fait un qualificatif encore trop faible pour décrire la situation.

Shizuru avait tout bonnement oublié que Yukino et Haruka venaient passer l'après-midi ce jour-là. Si Shizuru avait un instant songer à se servir de leur visite pour esquiver la question de Natsuki, cette dernière ne lui en laissa pas l'occasion. Haruka et Yukino avaient beau avoir pris place autour de la petite table du salon, Natsuki avait continué à l'aiguillonner. Qu'est-ce qui n'allait pas ?

Shizuru avait senti son masque se fissurer questions après questions, jusqu'à se mettre –bien honteusement à son avis- à fondre en larme devant ses invités. Viola avait-elle pleuré en comprenant l'imminence de sa mort ou avait-elle déjà épuisé toutes ses larmes à la mort de Natsuki et des autres ? C'était des questions de ce genre là qui lui faisait souhaiter -entre autre- que Viola soit encore là.

Natsuki s'était aussitôt levée pour la prendre dans ses bras. Shizuru s'était blottie dans le creux de son épaule et s'était agrippée de toutes ses forces à son débardeur. Elle ne voulait pas mourir. Elle vivait un cauchemar éveillé et la présence de Natsuki parvenait à peine à compenser ce fait. Comment Viola avait-elle fait pour continuer à se battre malgré l'échéance de fin de vie ? Fallait-il qu'elle gagne trois ans de maturité pour ne pas s'appesantir sur la mort ?

Elle n'atteindrait même pas l'âge de Viola, se rendit-elle compte soudainement.

Quand les larmes avaient tari, Natsuki l'avait difficilement laissé aller. Elle était restée contre elle, suffisamment près pour que leur bras se frôle à chaque mouvement.

« Shizuru ? avait-elle murmuré comme une supplique. »

Il paraissait évident que quelque chose n'allait pas, s'effondrer en pleurs n'avait fait que le confirmer. Haruka, pleine de tact pour une fois dans sa vie, avait proposé de les laisser discuter dans l'animosité, ce qu'une Yukino exaspérée avait corrigé par « intimité ».

La petite action des plus ordinaires avait tiré un rire aqueux de Shizuru.

« Non, non, restez. Autant vous le dire aussi. »

Haruka s'était redressée et avait croisé les bras sur sa poitrine dans une position d'assurance. Yukino s'était tordu les mains d'angoisse. Ce n'était un secret pour personne que cette dernière dormait peu depuis sa libération du commissariat. Elle était devenue paranoïaque, effrayée par le plus petit bruit. Elle voyait tous les jours un psy et on estimait que si elle garderait toujours des peurs irrépressible lié à son enlèvement, son état s'améliorerait. Les Suzushrio –Haruka en particulier- étaient un réconfort certains, comme l'était son propre père. Natsuki et –étonnement- Shizuru étaient aussi devenues une source d'apaisement. Après tout Natsuki comprenait ce qu'elle vivait, elle était la seule autre HiME enlevée par les policiers du Third District à s'en être sortie. Quant à Shizuru qui s'était volontairement donnée à eux pour les infiltrer et les sauver, Yukino la voyait comme une sorte de sauveur.

Pour tout dire, Yukino la culpabilisait un peu. Shizuru et Viola n'avaient fait tout cela que pour Natsuki. Si Yukino était morte et même si Shizuru avait alors pu revenir dans le temps, elle ne l'aurait pas fait pour la sauver.

Elle était égoïste mais Natsuki vivait, le passé n'avait plus à être changé.

D'ailleurs, elle avait probablement ce pouvoir aujourd'hui et elle n'allait pas risquer son présent et la survie de Natsuki pour aller sauver Mai, Shiho, Nao ou Fumi.

« Je vais mourir, avait-elle avoué. »

Natsuki s'était figée à ses côtés et la salle avait paru retenir son souffle. Shizuru n'avait pas eu le courage de confronter leur regard, elle avait baissé les yeux sur ses doigts crispés contre le bois de la table.

« Non, avait soufflé Natsuki avec une rage à peine contenue. Tu es sauvée. On l'est toute. Tout ça est fini ! Tu as survécu à ta blessure ! Tu… tu… »

Natsuki s'était mise à sangloter comme un enfant et Shizuru n'avait pas eu le courage de l'atteindre.

« Qu'est-ce que tu as ? »

Yukino avait paru effrayée. Elle songeait certainement à quelle organisation machiavélique pouvait encore leur en vouloir. La mâchoire d'Haruka s'était crispée seul signe de son agitation intérieure. Les derniers événements l'avaient fait grandir et lui avait appris à se contenir.

Personne n'avait mis en doute son assertion. Shizuru n'avait et n'aurait aucune raison de jamais mentir à ce sujet.

« J'ai les nanomachines. »

Le mug de Natsuki avait volé à travers la pièce pour se fracasser contre un mur. Un des hommes de la sécurité était aussitôt apparu et Shizuru lui avait fait signe de les laisser seul. Bien qu'hésitant, l'homme avait obéis et était retourné patrouiller dans le couloir.

« Non, avait-elle gémi. Tu as été emmené après Yukino et moi dans les labo ! Il n'y a aucune raison qu'il t'ait injecté les nanomachines durant le laps de temps où tu y as été.

-C'est vrai, avait-elle piteusement admis. Je me les suis injectée. »

Le regard d'horreur de Natsuki était marqué par l'incompréhension de son acte.

« Pourquoi ? Tu étais la plus à même de comprendre les conséquences des nanomachines.

-J'étais piégée d'accord. Anderson et vos parents, indiqua-t-elle à Haruka et Yukino, ne m'avaient pas rejoint. J'ignorais même s'ils parviendraient à me rejoindre et les hommes du Third District arrivaient de partout. Je pensais avoir échoué. Viola… enfin quelque soit le temps et le lieu, je n'ai toujours voulu que ta survie et ton bien être Natsuki. »

Shizuru s'était recroquevillée sur elle-même, comme pour se protéger de la réalité et des souvenirs qu'elle évoquait.

« Je pensais avoir échoué. J'étais convaincue de mourir dans ce sous-sol et de ne pas pouvoir te sauver. Et c'était avec l'idée que tu sois possiblement encore en vie. Je me suis dit que… je pouvais faire comme Viola. Si mon monde avait perdu tout ce qui importait, je pouvais retenter ma chance et changer les choses dans un autre.

-Tu voulais revenir dans le temps pour me sauver. Comme Viola- comme tu l'as déjà fait, avait murmuré Natsuki.

-Nous avons toujours été qu'une même personne. Alors oui j'ai compris ses raisons. On veut juste que tu vives heureuse dans au moins un monde. Si le destin existe, j'ai le Pouvoir de le modifier.

-Tu t'es condamné pour moi ? Tu crois que je me sens mieux de le savoir ? De savoir que tu préféras brûler avec moi que de continuer à vivre seule ? s'écria Natsuki.

-Je suis désolée, balbutia Shizuru consciente du poids et de la culpabilité qu'elle faisait porter à Natsuki.

-Tu es égoïste, continua de tempêter Natsuki. Tu es prête à te sacrifier pour moi parce que tu ne vois pas un monde sans moi ? As-tu songé un seul instant que je ne veux pas d'un monde sans toi ? Que je préférais aussi brûler avec toi en essayant de te sauver ? »

Shizuru avait reniflé sans aucune grâce. L'idée d'avoir son nez qui coule et les yeux rouges de larmes n'avaient aucune importance.

« Ok, taisez-vous ! Toutes les deux. »

Toutes volontés de discussion s'étaient éteintes et elles avaient de mauvaise grâce fait face à Haruka.

« Arrêtez de parler d'être prête à mourir pour l'autre ! On n'est pas dans un conte de Shakespeare. »

Yukino baissa la tête aux « contes de Shakespeare » : Haruka resterait toujours Haruka.

« Si c'est votre seul objectif sautez d'un pont ensemble ! Aimer ce n'est pas ça ! Aimer c'est faire en sorte de vivre ! Coute que coute ! gronda-t-elle tapotant littéralement du poing sur la table. Pour l'autre et avec l'autre ! D'avoir la certitude que quelqu'un fera en sorte de vivre le plus longtemps possible pour se souvenir de soi, de protéger leur souvenir et leur amour ! Arrêtez de parler de mourir pour l'autre ! Mourir est facile ! Mourir c'est l'oubli de la douleur, c'est le néant ! La perte de tout ! De vos souvenirs, de vos batailles, de vos victoires, de l'amour et de l'affection ! Le plus belle acte d'amour, c'est de continuer à vivre malgré tout ! Malgré les difficultés et les pertes c'est de vivre pour raconter des décennies plus tard : j'ai aimé untel, elle a combattu aussi longtemps et aussi fort que possible pour m'accompagner dans la vie, je ne l'oublierais jamais. Je ne nous oublierai jamais et ferais vivre son souvenir aussi longtemps que je le peux, parce que le monde mérite que quelqu'un se souvienne d'elle ! Il faut mourir le plus tard possible en sachant qu'on aura tout fait pour vivre pour l'autre qu'il soit encore là ou non. Alors oui, c'est moins épique que les contes de héros mais se sacrifier et attendre que la mort nous prenne sans se battre c'est faire souffrir ceux qu'on laisse derrière. »

Haruka était essoufflée à la fin de son discours. Le visage rouge, elle avait été prise dans son discours fervents sur ce que devait être l'amour. Shizuru s'était remise à pleurer.

« Oui, avait-elle chuchoté. Oui je suppose que tu as raison. »

Elle avait été égoïste de croire qu'elle mourrait heureuse tant que Natsuki vivrait, parce que Natsuki vivrait malheureuse de sa mort. Elle aurait à l'endurer ce que Shizuru n'était pas sûr de pouvoir supporter personnelement.

« Mais… mais il n'y a pas grand-chose à faire contre les nanomachines, n'est-ce pas ? rappela-t-elle néanmoins.

-Merde. »

Le commentaire élogieux venait d'Haruka qui, malgré son discours enflammés, se rendait compte qu'on pouvait se battre même que ça ne permettrait pas de vaincre si la victoire en question était impossible.

« Même si je trouve ça toujours… incroyable de pouvoir voyager dans le temps, intervint Yukino qui se sentait un peu hypocrite de se montrer sceptique après un événement comme le Carnaval, ne peux-tu pas retourner dans le passé et t'empêcher de t'injecter les nanomachines ?

-ça ne créérait pas un paradoxe ? intervint Haruka en fronçant le nez -elle s'y connaissait un petit peu en film de SF merci beaucoup.

-Viola est bien venue parce que Natsuki mourrait, sauver Natsuki aurait de facto créé un paradoxe car Shizuru n'aurait eu aucune raison d'agir comme Viola. Donc je ne crois pas que voyager dans le temps crée quelque chose comme des paradoxes, répliqua Yukino qui avait déjà réfléchi malgré son incrédulité à ce sujet. »

Haruka fronça les sourcils, son esprit travaillant à essayer de comprendre ce que son amie venait d'expliquer comme une évidence. Elle ne voyait pas ça comme quelque chose de si évident à comprendre.

Shizuru quant à elle se lécha les lèvres tout en réfléchissant à la meilleure manière d'expliquer les pouvoirs que les nanomachines leur avait apporté à elle -et Viola son autre version.

« Avec Viola, nous avions conclu que chaque retour dans le temps créait des réalités alternatives, intervint Shizuru doucement. Je ne peux pas changer ce qui m'est arrivée, mes expériences et mes souvenirs sont les miens. Ils sont inaltérables. Tout comme mes cicatrices, dit-elle en montrant sa phalange manquante, ou le fait que je me sois injectée les nanomachines. Je peux juste influencer d'autres versions de moi-même, de la même façon que Viola a pu m'influencer. »

Natsuki ne put s'empêcher un reniflement dédaigneux à la façon dont Viola avait pu l'influencer. Elles étaient sorties ensemble. Si ça n'était pas une influence étrange et… un peu perturbante.

Elle attira toutefois l'attention de Shizuru. La jeune femme ne comprit probablement pas sa réaction. Natsuki avait passé plus de temps qu'autre chose à détester Viola. Shizuru sembla hésiter à lui demander ce qu'elle pensait avant de décider de simplement poursuivre.

« Viola avait tout perdu dans son monde, toutes les HiMEs avaient été enlevé et morte suite aux expériences du futur District. C'était l'avenir qui nous attendait dans moins de 3 ans. Mais elle avait ce pouvoir et... et je comprends la raison de son retour dans le temps. Remonter le temps et agir diffèrement à... comment dis-t-on? Créer des réaction? A eu un... effet papillon? Et le Third District a agis plus tôt, on a tous agit différement. Et on a survécu et ils ont échoué. Ce futur me convient, il n'est pas parfait, nous avons eu des pertes mais tu es là, ajouta-t-elle en vrillant son regard sur Natsuki, et tu es tout ce qu'il me faut.

Je ne pense pas que... non je sais que Viola ne serait pas revenu dans le temps dans ma situation, parce que nous sommes la même personne et que je ne reviendrais pas dans le temps, annonça-t-elle fermement. Après tout ce n'est pas une autre version de toi que je veux rendre heureuse avec une autre version de moi. C'est toi que je veux rendre heureuse avec moi. Alors allez dans le passé, je n'en vois pas l'intérêt. »

Natsuki l'agrippa soudainement pour l'embrasser, parce que si Shizuru ne se sentait pas particulièrement claire dans ses explications, si agitée par ses émotions, Natsuki l'avait compris.

« Je ne veux pas que tu me laisses pour une autre version de moi, grommela-t-elle. »

Shizuru lui offrit un sourire piteux avant de se laisser aller contre elle. Toutes ces belles paroles s'étaient bien beau mais le problème était toujours le même : elle allait mourir et aucune solution ne s'offrait à elle.

« Pourquoi ne pas allez dans le futur alors ? »

Shizuru et Natsuki tournèrent leur visage vers Haruka avec de grands yeux pleins d'incompréhension.

« A quoi bon ? demanda Shizuru. Les nanomachines seront toujours là, elles…

-C'est… c'est une bonne idée, intervint Natsuki avec un certain enthousiasme »

Shizuru se tourna vers Natsuki, un sourcil haussé sous la surprise.

« En quoi ? En quoi ce serait une bonne idée ?

-Shizuru, s'exclama Natsuki, Haruka est un génie ! »

La femme s'enorgueillit du compliment et se redressa, affichant un large sourire.

« D'accord, je suis probablement bouleversée, mais en quoi allez dans le futur changerait quoi que ce soit à mon état ?

-Le professeur Taka et les autres scientifiques qui étudient les nanomachines, ils trouveront certainement comment modifier celles que tu portes pour qu'elles arrêtent de te tuer, intervint Yukino.

-Exactement, ajouta Natsuki. S'il te reste peu de temps à vivre…

-Un an plus ou moins, précisa Shizuru. D'après l'expérience de Viola. Probablement plus si je n'utilise pas les nanomachines pour voyager dans le temps.

-Un an ? blêmit Natsuki en se rappelant la proposition de Shizuru de partir en vacances. »

Elle comprenait mieux son désintérêt pour son entrée en fac.

« Un an, reprit Natsuki d'une voix blanche, c'est trop court pour que la science avance suffisamment dans sa recherche. Après tout, les nanomachines étaient un projet du Third District et des années de recherches n'ont pas permis de résoudre le problème de cancérisation. Mais si tu peux voyager dans le futur tu pourrais te rendre à une époque où la science s'est suffisamment développé pour te guérir ou te donner plus de temps. »

Shizuru aurait menti en disant que son coeur ne sautait pas de joie à l'idée qu'elle ait une chance.

« Mais ça signifierait te laisser, se rendit-elle compte soudainement.

-Pour combien de temps, répliqua Natsuki, trois ans ? C'était le maximum de temps que Viola est parvenue à traverser le temps, n'est-ce pas ? Allez dans le futur pour avoir la possibilité que tu ais accès à un remède ? Si je dois attendre trois ans pour avoir ne serait-ce qu'une chance que tu puisses vivre le reste de ta vie à mes côtés, fait-le ! Je te supplie de le faire ! Demande à ta Compagnie d'utiliser la plupart de ses fonds pour la recherche sur les nanomachines et donne-leur l'objectif d'une percée dans les 3 prochaines années pour que tu en bénéficies. Je n'en sais rien, mais fais quelque chose. Bats toi. »

Shizuru vrilla son regard dans les émeraudes étincelantes de sa petite-amie.

« Tu le feras ? insista Natsuki.

-Pour toi, je le ferai. J'irai aussi loin dans le futur que les nanomachines me le permette pour mettre toutes mêmes chance de côté pour un remède.

-Et je t'attendrais le temps qu'il faudra. »

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Ce projet embryonnaire se concrétisa dans les 3 mois qui suivirent. Le temps que Shizuru remplisse tout un tas de paperasse : son testament en premier lieu, mais aussi l'acquisition des bâtiments qui avaient abrité les districts à Fuuka. Elle ordonna qu'ils soient fouillés avec le secret espoir qu'on puisse y retrouver des données d'intérêt. Elle acheta une partie des nouveaux bâtiments tout juste reconstruit par l'entreprise des Suzushiro et les fit équiper en un mois de tout ce qu'un scientifique fou aurait pu souhaiter. Elle y fit amener Taka et tout un tas d'autres scientifiques qui pouvaient percer légalement dans ce domaine. Windbloom possédait et finançait déjà de nombreux centres de recherches et personne n'avait soulevé de question à cet investissement soudain et massif.

Elle rencontra son nouveau directeur général le dénommé Blan qui s'avéra être tout à fait l'homme de confiance prédit par Miss Maria. Il lui assura qu'il superviserait la recherche entrepris et apporterait les moyens financiers nécessaires. Au-delà des nombreuses applications qu'on pouvait attendre des nanomachines, il avait une réelle volonté de vouloir lui plaire et contribuer à sa guérison. Blan était le type d'homme ambitieux mais respectueux de ses bienfaiteurs et de leurs souhaits.

En 3 mois, Shizuru avait tenté d'appréhender son pouvoir supposé et s'il était bien impossible à expliquer, elle avait fini par intiment en comprendre son fonctionnement sans jamais en avoir fait l'expérience. C'était comme un muscle, un nouvel organe qu'elle pouvait mouvoir à volonté quoi qu'il fût surtout virtuel et cérébral. Il y avait un effet étrangement similaire à ses pouvoirs d'HiME et elle avait finir par percevoir son pouvoir comme une source d'énergie nerveuse qui n'attendait qu'à s'exprimer.

Elle savait que ce ne serait probablement pas aussi simple qu'elle en avait l'impression, Viola s'y était prise à deux fois pour arriver à son époque et Shizuru n'avait pas particulièrement envie de perdre son temps à devoir réitérer l'expérience, consciente que chaque échec nécessiterait une nouvelle utilisation des nanomachines qui accélérerait sa marche vers la mort.

Mais elle se sentait prête, elle avait fait tout ce qui était nécessaire dans le présent pour assurer la possibilité d'une découverte qui assurerait sa sauvegarde future.

Elle avait discuté des nanomachines qui concourrait à sa mort et de son projet pour se soigner avec un cercle intime de personne qui était présente ce jour-là. Itsumi et Haruka -mère et fille-étaient venues le matin même en compagnie de Nobu et Yukino -père et fille. Miss Maria, Anderson -son fidèle garde du corps-, Arashi -son ami d'enfance et membre dévoué de son personnel-, Chikako -sa vieille cuisinière- et Blan -son nouveau PDG- s'étaient présentés. Aucun n'avait vraiment cru à ses allégations de voyage dans le temps bien qu'elle avait vaillamment tenté de leur expliquer, notamment pour parler de Viola, de cette version d'elle-même qu'ils avaient enterrée et pleurée. Personne ne s'était montré irrespectueux ou prêt à réfuter ses propos parce que la plupart des scientifiques qui avaient entamés les recherches sur les nanomachines parlaient de pouvoirs et de capacités hors-normes mais il était clairement apparu qu'ils ne songeaient à rien d'aussi extraordinaire que le voyage dans le temps.

« Je sais que la plupart d'entre vous n'y croit pas, intervint-elle. Mais je ne voulais pas que ma disparition crée des problèmes ou, comme on me l'a si bien dit, fasse souffrir ceux que je laisse derrière. »

Haruka acquiesça en reconnaissance.

Shizuru se tourna enfin vers Natsuki.

« Je t'attendrais, affirma-t-elle avec une conviction inébranlable. Va aussi loin que possible et je serai là avec un remède, à t'attendre.

-Je sais, chuchota-t-elle. »

Elle se tenait dans son jardin, dans son petit havre de paix, penchée contre Natsuki, à se tenir les mains, à s'embrasser comme si c'était leur dernier baiser et à se promettre de vivre et de se retrouver.

Shizuru avait enfilé un jean en toile épaisse, des chaussures de randonnées, une veste thermique sur un débardeur et sous une veste de cuir. Elle avait déposé un sac de randonnée de plusieurs kilos à ses pieds remplis de vivre, d'eau et d'argent. Ainsi que tout un tas de babioles que Natsuki avait trouvé bon de tasser dans son sac pour les ''au cas où'' ! Shizuru ne voyait vraiment pas l'intérêt d'emporter autant de chose pour aller 3 ans dans le futur. Un téléphone et de l'argent auraient à son humble avis été plus que suffisant.

Shizuru fouilla ses poches jusqu'à en sortir un collier soutenant un petit clé en argent.

« Qu'est-ce que c'est ?

-J'aurai aimé t'offrir quelque chose d'aussi beau que le pendentif dont tu m'as fait don. »

Sa main se posait sur le pendentif serti d'un rubis que Shizuru quittait rarement. Son poids dans le creux de sa gorge lui était réconfortant comme le bracelet d'émeraude à son poignet.

« Mais je n'ai pas vraiment eu le temps et tu n'es pas très bijoux, sourit-elle. Essaie de ne pas perdre cette clé.

-Qu'ouvre-t-elle ? »

Natsuki était consciente que Shizuru n'était pas du genre à offrir une clé symbolique et elle doutait honnêtement que ce soit la clé de sa demeure –au vu du nombre de porte elle imaginait plutôt un énorme trousseau, quoiqu'elle ne se souvenait pas l'avoir jamais vu avec autre chose qu'un bip pour le portail.

« C'est la clé de mon coffre. Il y a tout un tas de titres de propriétés, des bijoux de famille, plus d'argent qu'il n'est nécessaire pour une vie… et mon testament si… je ne revenais pas.

-Je n'en aurais pas besoin, argua Natsuki qui ne voulait pas d'un tel cadeau d'adieu.

-J'espère bien, sourit-elle en lui glissant la clé autour du cou. C'est pour ça que je ne te dis même pas où se trouve le coffre.

-Ouais c'est Miss Maria qui en sera chargé c'est ça ? »

Shizuru l'embrassa rapidement.

« A dans 3 ans, lui murmura-t-elle.

-A demain, lui répondit Natsuki consciente qu'il n'y aurait qu'elle qui devrait attendre leur retrouvaille. »

Un dernier baiser intense qui la laissa pantelante et Shizuru fit un pas en arrière.

« A dans 3 ans, répéta-t-elle à l'ensemble des gens réunis. »

Et puis devant leur attente et incrédulité, elle disparut comme si elle n'avait jamais existé. Aucun son ni lumière n'annonça sa disparition. Elle était là et puis… elle ne le fut plus.