Après deux semaines de silence, Oliver avait débarqué comme si de rien n'était au QG. Enfin, de ce qu'il en restait.
John s'était levé, presque outré par l'entrée en matière d'Oliver, qui était comme reboosté, donnant des directives à Roy qui était visiblement plus occupé à envoyer des sms à sa dulcinée qu'à se concentrer sur les mots du patron. Le prenant à part, John se mit à interroger l'ancien millionnaire qui ne voulait visiblement pas s'exprimer. Il était encore trop pour lui de se confier.
Esquivant magistralement les reproches de Dig, Oliver sollicitait les deux hommes sur une affaire primaire. Il sortit de sa veste un journal qu'il déplia et ouvrit à la deuxième page. John Foster, un riche homme qui avait probablement corrompu plusieurs gouverneurs locaux pour s'octroyer une place de choix dans les prochaines élections régionales. Mais il était aussi connu officieusement pour avoir des relations douteuses avec les malfrats du coin, notamment en matière de trafics de drogues et d'armes.
Pour Oliver, c'était seulement un alibi pour se relancer. Il devait se vider la tête, et comment pouvait-il le faire autrement qu'en se battant pour une cause juste ?
Roy quitta rapidement la salle, préparant le terrain. John le scruta, attendant une quelconque réaction de son ami. Mais celle-ci ne vint pas, et ne viendrait sans doute jamais.
- Tu vas me parler, oui ou non ? Ou bien tu vas esquiver toutes mes questions par facilité ?
Au moins comme ça, c'était clair.
Oliver reporta son attention sur John, dont la colère était perceptible.
Il se sentait mal de réagir ainsi, mais il savait que lancer cette discussion serait comme marcher sur un champ de mines. Ce serait houleux et extrêmement dangereux. Fatal même. Pourtant, il devait bien à John quelques réponses.
- Qu'y a-t-il Dig ?
- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu disparais, comme ça, et tu reviens deux semaines après comme une fleur ? Tu es mon ami, Oliver, mais il y a des choses que je ne peux pas tolérer, même venant de toi.
- J'avais besoin de temps.
- Pour faire ton deuil ? Je le comprends Oliver, mais on aurait été là pour toi. On...
- Non. J'avais besoin de faire le point. Sur tout. J'avais besoin de faire le bilan de ma vie, voir quelle existence je pouvais encore donner à celle-ci.
- Tu... On a besoin de toi, ok ? Starling City a besoin de son héros. Nous avons besoin de notre ami. Et je... Je vais avoir besoin du parrain de mon futur enfant.
- Futur enfant ?
- Et oui, tu es partie avant que je te l'annonce. Je vais être père, Oliver.
- Je... Félicitations, tu le mérites tellement. Je veux dire, cette vie, ce bonheur...
- Tu le pourrais aussi Oliver.
- Tu sais très bien que c'est impossible. Plus maintenant. Sans doute jamais.
- A cause de Laurel ?
- A cause de moi. Je n'ai pas le droit de vivre ça.
- Tu t'entends ? Crois-tu que c'est ce qu'elle aurait voulu pour toi ?
- Non, bien sûr que non. Mais Laurel n'est plus là pour me dicter ma conduite. Elle m'en voudrait si je passais à côté de ma vie, mais au fond, je ne peux pas faire endurer cela à quelqu'un d'autre...
- Tu sais, tu es vraiment bête parfois. Penses-tu réellement qu'être avec toi signifie être en danger permanent ? Es-tu en train d'essayer de me faire croire que tu n'aurais pas le droit au bonheur sous prétexte qu'un fou t'as amputé d'un être cher ? Cesse de te prendre autant la tête Oliver, et vie bordel ! Ça me rend malade de voir à quel point tu es aveugle et borné !
- Pourquoi t'emportes-tu Dig ?
- Parce que ça me fait mal de savoir qu'une personne qui m'est proche souffre autant.
- Tu... Ne parles pas de moi, je me trompe ?
- A ton avis Oliver ?
- M'est avis que cette personne a bien fait de s'éloigner de moi.
- Non mais tu t'entends ? Crois-tu vraiment qu'elle l'a fait pour cette raison-ci ?
- Pour quelle autre raison alors ? Elle m'en veut, elle me de...
- Alors tu la connais très mal si c'est ce que tu penses.
- Je n'y crois pas une seule seconde, mais tout serait tellement plus simple. Pourquoi ne me déteste-t-elle pas ?
- Parce que Felicity t'aimes Oliver, tu le sais aussi bien que moi. Et quoi que tu fasses, elle te suivra jusqu'au bout.
Un bruit sourd parvint aux oreilles des deux hommes à l'instant même où John finissait sa phrase. Aux aguets, Oliver prit son arc et avança prudemment.
Puis un, deux, plusieurs pas descendirent les escaliers, le tapotement des talons résonnant dans la salle. Felicity se tenait à la rampe, manquant de tomber.
Elle avait tout entendu. Absolument tout.
Son regard se porta sur John, qui en l'instant se sentait terriblement désolé. Oliver reposa son arc. Il voulut s'approcher mais elle lui intima de rester en retrait. Son regard déboussolé toucha plus qu'il ne pensait son ancien patron. Il ne pouvait comprendre totalement la gêne qui alimentait le cerveau de la jeune femme.
Il ouvrit sa bouche, prononçant son nom d'une douceur inconnue, mais elle ne pouvait demeurer plus longtemps dans l'enceinte et elle remonta aussi vite que possible les escaliers, laissant les deux hommes dans un silence de plomb.
Lorsque Roy était redescendu voir les deux hommes, il fut surprit de voir John seul. Il voulait faire son rapport à Oliver, mais il fallait croire que c'était mort pour cette soirée. En tout cas, c'était l'impression que lui donna son autre partenaire qui, à l'évocation de son nom, haussa seulement les épaules.
Il s'était passé un truc, il en mettrait sa main à couper.
Pourtant, Diggle ne lui répondit pas, narguant qu'Oliver lui raconterait tout à son retour de mission.
Retour qui était prévu pour un temps indéterminé.
Encore une fois, il avait décidé de se la jouer en solo. Comme à ses débuts. Après tout, il fallait croire que cette histoire n'était que du menu fretin.
Roy soupira à cette pensée. Il gardait, au fond de lui, cette impression néfaste. Qu'il ne servait à rien. Qu'il n'était qu'une merde de première classe.
Il soupira bruillement puis quitta les lieux, ne faisant même pas attention au regard alarmant de Diggle. En remontant, il n'oublia pas de passer discrètement voir Théa qui était absorbée par sa tâche. Elle était son oxygène, sa raison de vivre. La seule à pouvoir lui faire resentir une quelconque utilité.
Il l'observa pendant qu'elle faisait l'inventaire, entreprise qui était terriblement chiante mais indispensable. La jeune femme le savait pertinemment. Prise par surprise, elle lâcha des mains sa liste. Elle voulut incendier ce malotru mais lorsqu'elle aperçue le coupable, elle laissa tomber l'idée et embrassa son petit ami.
…
Felicity avait hésité longtemps à venir au travail. Après l'incident d'hier, elle avait ressassé toute la nuit sur l'attitude à adopter. Comment pourrait-elle se comporter devant Oliver dorénavant?
Felicity n'était pas dupe. Tout le monde était au courant de son amour pour son patron, même elle savait pertinemment qu'il était vain de feinter. Pourtant, elle n'avait jamais franchi le pas, osé avouer ce qu'elle ressentait. De peur de le perdre. Définitivement.
L'informaticienne savait qu'Oliver ne la voyait que comme une partenaire, une amie proche tout au plus. Rien d'autre. Elle en avait conscience et cela la blessait. Pourtant, elle préférait mille fois rester à ses côtés ainsi que d'être éloigné de lui.
Mais voilà que Diggle avait commis l'irréparable.
Néanmoins, elle ne lui en voulait pas. Elle retardait l'inéluctable, repoussant l'échéance chaque jour. Mais il fallait se rendre à l'évidence; elle n'allait pas pouvoir se cacher derrière cette façade indéfiniment. Le savoir de source sure était totalement différent. Le doute n'était plus permis, en tout cas si doute il y avait.
Elle appréhendait l'entrée d'Oliver, du regard qu'il poserait sur elle, de ses premiers mots.
Elle ne savait pas si elle préférait qu'il esquive le sujet ou qu'il l'aborde. Si elle préférait qu'il la repousse délicatement ou qu'il ignore ses sentiments.
Au fond, quelle que soit sa réponse, elle en pâtirait.
Et c'est pour ça qu'une forte partie de sa conscience l'avait poussé à ne pas venir, à rester chez elle même à se morfondre.
Mais Felicity voulait faire face. Elle avait décidé que jamais plus elle ne fuirait.
