Titre : Une nouvelle vie

Couples : Beaucoup, mais je le dit pas ça gâche la surprise.

Notes générales : On pourrait dire qu'il s'agit d'une fic à plusieurs mains puisque ce texte est grandement inspiré du RPG Saint Seiya sur lequel je joue en ce moment et mit en place par Asrial. C'est donc elle qui gère la trame du RP et par extension celle de cette fic. En outre, il s'agit essentiellement de copier/coller des textes postés par les auteurs respectifs des personnages que je me contente de modifier un peu pour coller au rythme de l'histoire et dans le temps. Le caractère des persos, leur façon de penser et d'agir est donc défini par leurs joueurs respectifs, les idées ne sont donc pas de moi (loin de là !)

Discalimer : Les persos et l'univers de Saint Seiya ne sont pas à moi, je ne fais que les emprunter à leur auteur.

Infos : chapitre de pur délire de la part des joueurs. Je ne peux pas m'empêcher de le partager avec vous. Et je décline toute responsabilité ^^


Chapitre 4 : Les Oies de Rome ? Non…les Poules du Sanctuaire

« Le soleil vient de se lever, c'est le moment de retrouver, l'ami du petit déjeuné, l'ami ricoréééé » Shion émergea soudain. D'où diable avait-il en tête une pub stupide et sans intérêt ? Il n'en savait rien. Au vu de l'évolution du soleil dans le ciel, il savait en revanche qu'il n'avait dormis que quelques heures à peine, mais c'était suffisant pour qu'il se soit reposé et se sente à nouveau humain...enfin... Atlante... Sans bruit, il quitta le lit en espérant ne pas déranger Milo, puis se dirigea vers les bains. Comme toujours, l'eau y était chaude et propre. Il se décrassa rapidement. Enfin lavé, coiffé en queue de cheval haute et vêtu d'un simple pantalon de toile et d'une chemise bleue clair il se dirigea vers la cuisine espérant y trouver de quoi nourrir une demi-douzaine de gamins affamés. En farfouillant dans les placards, il trouva enfin de quoi faire un copieux déjeuné : de la farine, des céréales, des pâtes, du riz, des conserves, de la confiture artisanale... Oui, s'il avait quelques œufs, il ferait des crêpes et s'il avait quelques poules, il était sur qu'un poulet rôti réconcilierait ses petits avec l'univers.
Restait donc à trouver les deux mais lequel en premier ?

L'œuf ?

Ou la poule ?

Dans la chambre que Shion venait de quitter, Milo était encore perdu dans son rêve, à la poursuite d'une silhouette, perdue dans les étendues neigeuses de Sibérie. Soudain frigorifié, il ouvrit les yeux et mit quelques secondes à se souvenir du lieu où il se trouvait. Treizième temple, lit du Pope… lit du ? Oh. Mon. Dieu ! En se redressant, il put toutefois constater l'absence de son supérieur. D'où le froid soudain ! S'étirant longuement pour se délasser, Milo s'extirpa des draps pour se traîner à la salle de bain. Une rapide toilette effectuée, il se concentra un instant, constatant à son grand plaisir qu'une partie somme toute assez satisfaisante de son cosmos était revenu. Reposé et détendu, il se dirigea vers la cuisine, désireux de répertorier ce qu'ils avaient sous la main en matière de denrées comestibles. Autant préparer quelque chose avant le réveil de ses compagnons.

- Bonjour, Grand Pope, salua-t-il en apercevant l'Atlante qui avait visiblement eu la même idée que lui.

- Like a viirgiiiin, youh !

Shion chantonnait tout en tortillant du croupion et en cuisinant jusqu'à ce que les paroles de Milo le sortent de son auto hypnose alimentaire où il s'était perdu pour préparer des galettes de sarrasins. Une main sur le cœur, il sursauta.

- Milo ! Tu m'as fait peur !

Il montra tout ce qu'il avait sortit.

- Je voulais faire des crêpes mais... Comme tu le vois, je n'ai pas d'œufs. Je voulais faire un poulet rôti aussi mais...

Le pope jeta un coup d'œil par la fenêtre de la petite cuisine de ses appartements.

- Pour ca, il faudrait aller chasser...

Dans le jardin, des gallinacés revenus à l'état sauvage s'amusaient comme des biens heureux.

Encore sous le choc de la vision d'un Shion en train de se dandiner aux fourneaux et en chantant (Et d'où connaissait-il cette chanson, d'abord ? A son âge, on était censé n'écouter que des chants d'église ! Et encore...) Milo s'arracha de sa transe pour jeter un coup d'œil par la fenêtre et apercevoir les volatiles qui vaquaient à leurs modestes occupations. Leur façon de marcher n'était d'ailleurs pas sans rappeler la petite danse grand-popale, et le Scorpion retint à temps un sourire goguenard.

- Tes chaînes devraient pouvoir nous attraper une ou deux poulettes, gamin. Non ? s'enquit-il à l'adresse de Shun, qui venait de rentrer dans la cuisine à son tour après avoir fait lui aussi un détour pas la case lavage, vu l'état encore humide de ses cheveux.

Pour sa part, le Scorpion n'était pas certain d'avoir envie de se concentrer suffisamment pour éviter de cramer toute la bassecour en un coup. S'il s'en mêlait, il était à peu près certain qu'il n'y aurait plus de poules dans le coin avant un bon millier d'années. Au moins. Shun regarda Milo d'un air contrit.

- Milo...toutes les armures ont disparues je te rappelle, je n'ai donc plus mes chaines. Je pourrais tenter la Tempête nébulaire, mais ce serait du haché de poulet que l'on aurait.

Puis son regard se porta à son tour sur les gallinacés. Quand fallait y aller, il fallait y aller. Il prit un air déterminé et prit le chemin le plus court : par la fenêtre. Voilà, il était dans l'arène. Milo se mordit les lèvres en entendant la réplique de Shun. Zut. Il avait oublié ce petit détail sur les armures. Il fit néanmoins un immense sourire, l'air chafouin.

- Comment ? Tu sors avec une nana sado-maso qui passe son temps à fouetter tout ce qui bouge, et tu n'te promènes même pas avec des chaînes au fond des poches ? Mais y'a plus de jeunesse dites-moi ! Ou alors elle t'a mal dressé, mais l'histoire de tes ébats ne nous regarde pas.

Toujours devant ses galettes, Shion eut un sourire un peu gamin.

- Faites attention quand même. Ces poules se reproduisent ici depuis des siècles... Elles ont du cosmos !

Et non, il ne plaisantait pas

- C'est une blague de mauvais goût, rassurez-moi ? Demanda Milo. Elles vont nous faire quoi, ces bestioles idiotes ? L'attaque de la poule aux œufs d'or ?

Cette fois Shion éclata de rire.

- Dokho a bien réussit à apprendre le judo à des pandas. Ici, on a des poules ninjas qui attaque avec de la paille chargée de cosmos qui fait des trous. Vous voyez les flèches de Trémi ? Ben c'est pareille sauf que là, c'est pas une de vrai sur des centaines de fausses..."

Shun qui était encore près de la fenêtre entendit la mise en garde en même temps que la réflexion du Scorpion. Il soupira. Il aurait préféré être prévenu avant d'être vu par les poules. Misère, dans quoi il s'était fourré...l'option Tempête nébulaire devenait plus sexy d'un coup...

Il regarda les poules, inquiet... tout en répondant au Scorpion, piqué au vif :

- Pour ta gouverne, je ne sors pas avec June, c'est une amie d'entrainement sur l'île, espèce de dépravé ! Et au lieu de regarder de loin si oui ou non je vais finir bouffé par le petit déj', viens m'aider !

Dans le jardin, les poules se mirent en formation 4-4-2, comme si elles attendaient l'adversaire.

- Cot ?

- Cot !

Du même pas, elles avancèrent de deux mètres avant de gratter le sol de la pâte gauche.
Doucement, elles se mirent à luire. Accoudé à la fenêtre, Shion rigolait.

- Je vous avais prévenu !

Remonté comme une cocotte minute, Shun observa son ennemi, et commença à se jeter sur la première poule venue qui se mit immédiatement en position de combat. Elle tenta de choper Shun d'une balayette avant de lui coller des coups de queue plumeuse dans la figure.

- Cot cot !

Puis elle fila à l'arrière pour se protéger derrière les copines qui avançaient toujours

Voyant les poules prêtes à passer à l'attaque, le Scorpion se décida à entrer en action. D'un bond, Milo fut auprès de Shun et l'attrapa par la taille, avant de sauter près de quelques ruines méconnaissables pour se planquer derrière. Mieux valait laisser ces douteux volatiles se calmer un peu avant de tenter une approche.

- Dis donc, gamin... Plutôt que de renier ta copine, tu veux plutôt pas te servir de ta gueule d'ange pour amadouer ces poulettes-là ? Un petit sourire... Puis un bon coup derrière la nuque ? suggéra-t-il avec une note d'amusement dans la voix. Ce n'était pas tous les jours qu'on tombait sur une armée de poulets de guerre, après tout.

Les poules restèrent en alerte encore quelques minutes avant de retourner à leur quête de nourriture et leurs nids où elles couvaient tranquillement leurs œufs Rome avaient eut ses oies… le Sanctuaire avait ses poules

Shun jeta un regard assassin au Scorpion, il allait l'étriper...

- Dans quelle langue il faut que je te le dise que je ne sors pas avec June ! Chuchota t-il, histoire de pas énerver les volatiles. Tu prends par la droite et moi par la gauche ? ajouta t-il plus sérieusement.

Le Scorpion sourit. Il était mignon, ce gamin.

- Ça marche. On essaie d'en chopper un maximum en une fois. On est sept à avoir faim, et j'ignore si on aura une seconde chance après ça... Un... deux... trois !

Et ils s'élancèrent, chacun d'un côté, pour prendre les volailles en sandwich.

Lorsque Saga ouvrit les yeux, après quelques heures au pays de Morphée la première chose qui le frappa furent les bruits de combats et les éclats de voix diverses en provenance de l'extérieur. Non... pas déjà une attaque, quand même ? Plus par réflexe qu'autre chose, le chevalier des Gémeaux se leva sans bruit (ou du moins essaya, parce que la demie douzaine de vertèbres qui craquent d'un coup après qu'on ait passé la nuit à roupillé assis par terre affalé contre son frangin, ce n'était pas spécialement ce qu'il y avait de plus silencieux), remonta la couverture sur son frère qui dormait toujours, et se faufila entre les corps de ses frères étalés ça et là pour sortir et voir quelle était la cause de tout ce vacarme...

- COT !

... Comment ça, « Cot » ?

Un peu hébété, Saga n'eut que le temps d'apercevoir un Shun et un Milo passer à toute vitesse devant son nez... deux ou trois plumes voleter ça et là... sans parler du visage de Shion complètement mort de rire, et néanmoins penché à la fenêtre de la cuisine.

- Euh..., fut tout ce qu'il parvint à dire, plus si sûr que cela d'être vraiment réveillé, finalement.

Shun devait avouer que ces poules savaient se battre et se défendre. Mais un petit coup de cosmos et un coup dans la nuque (sur les conseils de Milo), et trois poules se retrouvèrent entre ses mains. Souriant malgré tous les coups de becs qu'il avait reçu, les deux ou trois endroits où il saignait et les plumes qui le couvraient principalement dans les cheveux et de manière éparse ses vêtements, il tendit son trophée à Shion. Complètement mort de rire de son côté, un œuf de poule écrasé dégoulinant dans ses cheveux, des plumes jusque dans la chemise et le pantalon, Milo ramena les quatre dernières poules. Avisant Saga qui avait rejoint Shion, Milo le salua d'un geste, sa bouche étant trop occupée à tenir l'une de ses prises par le cou le temps de l'étouffer. Une fois la chose sans vie, il la récupéra dans une main, et jeta le tout sur la table de la cuisine.

La prochaine fois, c'est vous qui chasserez la nourriture, fit-il en toisant leur digne supérieur d'un air qui se voulait sérieux. Et je vous promets de trouver des vaches mutantes quelque part pour ce faire !

Hilare, Shion prit les poules les unes après les autres.

- Y a des chèvres ninjas aussi ici...

Il posa les poulets sur une table puis aller chercher un énorme chaudron pour le remplir d'eau et la faire bouillir.

- Qui a le courage d'aller trouver du bois ?

- Saga, je le sens motivé, dénonça aussitôt Milo, sans le moindre scrupule. Et non, c'est trop petit une chèvre. Vous irez chasser la vache. Et soyez heureux qu'on n'ait pas d'éléphants dans le coin !

Rendu poisseux par l'œuf, le Scorpion retira sa chemise et la jeta à la poubelle. Pour la peine, il se servirait dans l'armoire du vieux, non mais ! Torse nu, il tira la langue à ses compagnons, et entreprit de retourner faire un bon bain.

- Euh... Je vais y aller, souffla Saga, soudain un peu mal à l'aise dans cette ambiance bon enfant et un peu dingue, qui lui paraissait bien trop détendue pour être réelle.

Il se sauva alors à l'extérieur tâchant de se souvenir où les serviteurs entreposaient les réserves de bois de chauffage, pour l'hiver et surtout, pour les thermes. Il revint bien vite avec une bonne pile de bûches alors que Shion tendait la moitié des poulets à Shun pour attaquer la séance plumage !

- Après l'attaque de la moussaka géante, Chicken Run 2, marmonna Saga, plus pour lui même qu'autre chose, en contemplant le poulet mort comme Hamlet avait dû autrefois contempler le crâne de Yorrick.

Shion téléporta les buches dans le poêle, puis frima un poil en les enflammant à distance.
Encore un peu de repos et il n'aurait pas besoin de combustible pour faire bouillir de l'eau.
Lorsque l'eau en fut aux gros bouillons, il plongea chaque poule l'une après l'autre une ou deux minutes avant de les tirer de là pour les faire refroidir.

- C'est la que Camus serait utile tient…

Enfin, il prit le premier gallinacé, tendit le second à Shun et ils commencèrent à les plumer.
Très vite, ils en eurent jusque dans les cheveux. La cuisine allait ressembler à une succursale de la Maison de la Literie avec tout ce duvet. On se serait cru dans un édredon éventré. Ne sachant trop que faire d'autre, Saga s'était emparé d'un volatile pour commencer à le plumer à son tour, retrouvant ses vieux réflexes d'enfant, comme à l'époque où il était encore apprenti et où, comme tout bon futur chevalier, il avait servi de larbin à son maître pour apprendre à la fois l'humilité et les choses pratiques de la vie.

Mû contemplait ce spectacle un peu en retrait. En bon bouddhiste, il était végétarien et il était hors de question pour lui de manger du volatile martyrisé. Néanmoins, il trouvait le spectacle un peu amusant avec toutes ces plumes qui volaient, Shion qui se donnait des mines de femme au foyer et Shun encore couvert de plumes. Il posa ses regards sur Saga qui s'affairait mine de rien mais qui semblait assez mal à l'aise. À croire qu'il lui faudrait du temps. Mû aurait voulu s'approcher de lui pour lui parler mais il craignait de faire empirer le malaise. Alors il se contenta de lui sourire de loin.

Saga avait déjà arraché une bonne moitié des plumes du poulet (et comme Shion ou Shun, il s'en était plus ou moins fichu partout), lorsque son sixième sens lui souffla qu'on était en train de l'observer... Se retournant mine de rien, Saga aperçut le chevalier du Bélier, qui s'était réveillé à son tour et les regardait faire depuis le seuil de la cuisine, le regard un peu écœuré... Perplexe, il se demanda un instant si cela était dû au spectacle peu glorieux que lui et le Pope offraient, lorsqu'il se rappela d'un détail... Déjà tout petit, Mû refusait catégoriquement de manger quoique ce soit qui provienne des animaux. Comme Shaka, d'ailleurs. Un vague sourire lui monta aux lèvres, en réponse à celui que l'Atlante venait de lui adresser, tandis qu'il se remémorait certaines questions et certaines grimaces que Mû avait pu lui adresser, autrefois, lorsqu'il le voyait dévorer à belles dents un steak ou une cuisse de poulet. Se demandant s'il pouvait se permettre de prendre pareille initiative, Saga jeta un regard en coin à Shion, qui plumait toujours avec ardeur (à se demander s'il n'était pas un peu beaucoup impie sur les bords, celui là), et se décida enfin à relever la tête pour adresser la parole à Mû.

- Euh... Tu veux qu'on te prépare autre chose ? demanda-t-il, sans pouvoir développer davantage

- Un peu de thé, s'il y en a, me suffira, dit-il. Je n'ai pas très faim.

Il n'insista pas sur le fait que son manque d'appétit était en partie du au carnage gallinacé. En ce qui le concernant, de toute façon, il n'avait jamais beaucoup mangé. Enfant, il avait pinaillé devant son assiette au grand dam de son maître. Peut-être ce dernier serait-il amusé, d'ailleurs, de constater que les vieilles habitudes avaient la peau dure. Justement, Shion foudroya Mu du regard.

- Il est hors de question que tu restes l'estomac vide, bébé. Que tu ne manges pas de viande, j'en ai prit mon parti, mais tu mangeras au moins de la bouillie d'avoine ou des crêpes. Au pluriel

Il ne s'était pas rendu à moitié malade d'angoisse quand Mu était bébé et refusait de manger pour recommencer maintenant. Il serait intraitable, quand bien même il devrait faire appel à son autorité de grand pope ! Mû se rendit compte, à la façon dont Shion lui parlait, que ce dernier ne lui ferait pas de quartier. Il lui faudrait se forcer, pire que quand il était petit. Son maître serait capable de lui fourrer une cuillère de nourriture dans la bouche sans lui demander son avis comme s'il était encore un bébé. Ayant un minimum de fierté, ce ne serait pas tolérable. Alors il tenta de se faire une raison et soupira. De son coté, le Pope en termina avec son poulet, prit un couteau, puis alla le vider dehors pour ne pas trop indisposer Mu. A peine avait-il finit que d'autres poules survivantes se jetaient sur les reliefs de leurs compagne décédée pour en nettoyer les restes.

- ...Elles sont de pires en pire... Murmura le Pope. Bientôt elles essayeront de bouffer les apprentis je suis sûr...

Kanon s'étira paresseusement, à demi endormis. C'était la sensation de vide qui l'avait fait sortir des bras de Morphée. Aussi ne fut il pas surprit de voir que son frère n'était plu là. Il grimaça en sollicitant ses muscles endormis. Attiré par du bruit venait des pièces voisines, il en prit la direction. Devant la porte de la cuisine, il se cru arrivé dans une autre dimension : des plumes volaient en tous sens, des volatiles morts trônaient sur la table et le grand pope, Shun et son frère (tiens il était donc là !) avaient des plumes dans les cheveux. Il se passa une main devant les yeux faisait il un cauchemar ? Les batailles de polochons avaient elle cédé la place à celles des poules ? Il devait rêver ?

- Bonjour tout le monde. Un coup de main ? Lança-t-il néanmoins.

Pas de problème, répondit Shun tout sourire en lui désignent une poule avec des plumes. Y'a qu'à plumer pour le moment !

Discrètement, Milo se faufila dans la pièce, de retour des termes, propre comme un sous neuf, une chemise (piquée dans l'armure du pope) neuve sur les épaules.

Kanon regarda la bestiole que Shun lui désignait. Puis qu'il y avait qu'à plumer… Plumer, le mot le fit rire.

- J'aurais bien plumé autre chose moi.

Avec un air de mauvais garçon il s'attela à sa tache. Les plumes le mirent vite à l'unisson de ses camarades de cuisine. Sa crinière bleue ne trouva rien de mieux que de ramasser les trucs blanc qu'il ôtait de la bête. Sale pour sale, quand son travail fut bien avancé, il attrapa une poignée duveteuse sur la table et se jeta sur Shun.

- Tu m'as collé des plumes poisseuses de partout, mais çà va pas ! râla Andromède.

Le regard mauvais de sale gosse et le sourire en coin, Shun prit à son tour une pelle poignée de plumes et se lança à la poursuite du général des mers. Ils firent ainsi plusieurs fois le tour de la table avant de s'arrêter, essoufflés. Un grand sourire plaqué sur le visage Kanon était content de lui.

- Toi, s'écria Shun, les mains levées comme s'il allait l'étrangler. Je peux s'avoir ce qui te fait sourire d'abord ?

Ce qui me fait rire ? Juste que c'est plus marrant de s'envoyer des trucs que de s'occuper uniquement du travail. Tu t'es pas amusé ? Allez Shun fait pas ton garçon sage.

Sans s'offusquer une seule seconde des jeux des deux gosses (en deux siècles et demi d'enseignement, Shion avait assisté à tellement de choses qu'il en fallait vraiment beaucoup pour le faire réagir), Shion sortit un grand plat, assaisonna les gallinacés au fur et à mesure qu'ils étaient prêt puis les mit au four.

- Ma chemise te va bien Milo. Tu fais petit garçon comme ça, on a envie de te faire des câlins. Ronronna presque le pope.

L'idée de bientôt pouvoir manger lui donner des ailes. Le pope retourna dans la réserve pour en sortir des navets, des oignons et d'autres tubercules qui, s'ils étaient un peu blêmes, serait encore très bon dans une bonne sauce. Et il fallait penser à l'estomac de Mu.

Quelqu'un pour peler les légumes pendant que je fais les crêpes ?

- Le Chevalier du Scorpion attrapa l'épluche-légumes et se mit au travail.

- En espérant qu'il y en a un à qui ça donnera effectivement des envies... rêva-t-il entre deux pelures.

Shion passa derrière Milo, lui effleurant la nuque du doigt au passage.

- Ne t'en fait pas, les jolies bouillottes en belles chemises donnent toujours faim. S'amusa le pope avant de revenir à sa cuisine et de se lancer dans la préparation des crêpes.

Shun étala sur son visage le plus beau de ses sourire de garçon sage, s'approcha de Kanon lentement, avant de le ceinturer, de le jeter sur son épaule tel un sac de patate, avant de déclarer :

- Oui papa, je ne serais pas sage ! Et il courut rapidement avec son fardeau sur l'épaule, avant de le jeter dans les bains du pope, habits compris. C'était suffisamment gamin pour toi ? Dit-il guilleret.

- N'oubliez pas de vous protéger, les enfants ! cria Milo par la porte laissée grande ouverte en voyant les deux chevaliers partirent en direction de termes.

- J'ai rien compris à ce que tu viens de dire, dit Shun qui avait abandonné Kanon dans les bains et venait aider à éplucher les légumes.

Prenant une grande inspiration, tâchant de ne PAS imaginer son jumeau en pleine... euh... situation, avec le jeune chevalier Andromède, Saga attrapa lui aussi un couteau pour commencer à dépiauter les légumes en bonne et due forme. Shion avait raison, il était hors de question que Mû... enfin, que quelqu'un ici ne mange pas.

- C'est moi où tout ça à furieusement des airs de colonie de vacances ? souffla-t-il en s'efforçant de ne pas sourire devant le tableau qu'ils formaient tous, si bas qu'il n'était même pas sûr que quelqu'un l'ait entendu.

- C'était juste pour vous dire d'enfiler une capote avant de vous sauter comme des animaux en rut, mon p'tit poulet vert. Déclara le Scorpion en ébouriffant les cheveux du petit Shun.

- Des quoi ? Demanda Shion en haussant un sourcil.

- Et d'un pour le poulet, bien que je sois couvert de plume, prière de s'adresser à mon frère. Et de deux...c'est quoi une capote ? Demanda à son tour Shun d'un regard innocent.

Le pauvre Scorpion soupira. Que n'avait-il pas dit là...

- Si on m'avait dit que je devrais m'occuper de l'éducation sexuelle d'un ancien vieillard et d'un gamin ! Soupira-t-il de façon théâtrale. Bon, la capote ; imaginez une chaussette en latex. On se l'enfile sur le zizi -le tuyau entre les papattes- pendant l'acte, histoire d'éviter de jeter la sauce partout. Qui veut un dessin ? Un énorme sourire étira ses lèvres quand il se souvint d'un petit détail. A votre époque, on utilisait des tripes et des intestins de mouton pour ça il me semble, Grand Pope.

- Ha ! une redingote ! En latex maintenant ? Dans ma jeunesse elles étaient en boyaux d'agneau ou en soie..., s'étonna le Pope.

- Et françaises, les redingotes, grommela Saga dans sa barbe, en jetant une patate dans le fait-tout.

- Jeter la sauce ? S'étonna Shun, devenu d'une belle couleur écarlate. Décidément, si son corps avait 16 ans, lui dans sa tête était resté à 13 ans...

Milo jeta un regard empli de compassion au malheureux Andromède. Il était peut-être temps que son frère lui lâche la ceinture, à ce petiot !

- Éjaculer. Mais si tu veux en savoir plus, nous en discuterons plus tard ; Saga va finir par s'évanouir si on continue à parler de ça. objecta le Scorpion en agitant la main en l'air comme pour chasser une mouche.

Prenant le Gémeau par l'épaule, Milo colla sa joue à la sienne pour le taquiner gentiment. Visiblement, leur ancien faux-pope avait bien du mal à s'accorder au groupe, et ce genre de discussion n'aidait pas vraiment à se fondre dans le décor.

- Saga pourrait te faire visiter le Harem, tiens. C'est toujours bien de connaître ces choses à ton âge, gamin.

Kanon, qui en avait profité pour se laver et se changer cacha son hilarité. Décidément l'ambiance valait son pesant d'or. Mine de rien il se glissa jusqu'à Shun attrapa un couteau et un légume qui trainait.

- T'inquiètes pas Shun c'est Milo qui manque de délicatesse

Faisant mine de s'offusquer, Milo mima le geste de se draper dans la cape de son armure.

- Manquer de délicatesse, moi, monsieur ? Sachez que je ne laisserai pas cet affront impuni ! Des tripotés de donzelles pourront certifier que nul n'est plus délicat que moi lorsqu'il s'agit de les faire grimper aux rideaux ! Je vous défie en duel !

- Non mais. Il ne serait pas dit que Milo du Scorpion était un mauvais coup ! Il regrettait simplement de ne pas avoir de gant à retirer, pour le claquer magistralement sur une joue de l'impudent. L'effet comique aurait été à son comble. Et puis, encore plus important, il aurait eu encore plus la classe.

Shun passa par toutes les couleurs pendant la discussion. Saga ne savait plus où se mettre et refusait d'aborder le sujet du Harem devant Mû. Mû lui, s'il était resté silencieux jusque là n'approuvait guère les répliques du Scorpion et voyait bien les regards en coins gênés de l'aîné des Gémeaux. Quant à Kanon, il se marrait doucement devant la situation qui dégénérait lentement mais sûrement.

- Les crêpes sont prêtes. Lâcha soudain Shion en posant une pile impressionnante sur la table ainsi que du sucre et de la confiture.

Le plat passa de mains en mains et chacun se servit avant de commencer à manger en silence.

- Quelqu'un a-t-il une idée sur ce que nous allons faire ensuite ? Demanda le Pope. Je serais assez d'avis d'aller à Rodario pour faire revenir les serviteurs et les gardes, puis de commencer à reconstruire. Il fixa Mû et les deux pauvres crêpes dans son assiette

- ... Mu, tu peux faire léger sur le sucre, mais tu mangeras des légumes.

L'interpellé ne put s'empêcher de rougir. Et voilà, ça commençait ! Il pensait que personne ne le remarquerait et que deux crêpes lui garantiraient la tranquillité mais non. Il aurait bien voulu se cacher derrière Saga.

Pourquoi ?

Parce que Saga était à côté de lui.

Parce que Saga était plus grand que lui et avait plus de carrure.

Et parce que quand il était petit, il aimait beaucoup se cacher derrière Saga pour éviter de faire des choses qui lui déplaisaient.

Mais il était adulte à présent, n'est-ce pas ?

Alors il prit sur lui, se servit un peu — un tout petit peu — de légumes en râlant.

- Maître, pas devant les gens...

- Dis-moi, Mû. Tu manges quoi en fait ? s'intéressa le Scorpion. D'habitude, je veux dire. Tu dois bien te préparer quelque chose, si déjà tu cuisines pour ton disciple.

- Du riz, répondit brièvement le Bélier. Des flocons d'avoine et du tsampa. C'est de la bouillie d'orge grillée avec du thé et du beurre.

Shion se crispa à la réponse. Déjà que quand il était petit, Mu était fragile, mais avec un régime alimentaire pareil, il devait avoir des carences de malade.

- Mu... A parti de maintenant, c'est moi qui vais te faire à manger. Au moins jusqu'à ce que tu es du sang dans tes veines et plus du bouillon de Quinoa.

Il faisait un effort visible pour ne pas choper son élève sur ses genoux pour lui coller une trempe. C'était n'importe quoi ! Bon, il n'avait pas pu lui apprendre à s'alimenter. Mais flute quoi. Y avait des limites ! Pour le principe, il coupa les poulets en deux pour en donner une moitié à chaque chevalier sauf à Mû qu'il couvrit à moitié de légume avec une énorme assiette.

- Mangez.

L'évocation du menu habituel du Bélier fit sourire Saga... Pas étonnant qu'il soit à peu près aussi épais qu'un pied de glycine (dont il avait la couleur d'ailleurs)... Déjà quand Mû était petit et que cela lui était arrivé de présider à ses repas, il se souvenait avoir dû se casser la tête et recourir à des trésors d'imagination pour lui présenter un plat un peu consistant qui ne le fasse pas grimacer... Les pâtes et les salades de maïs, ça marchait relativement bien, à l'époque. Lui-même n'était pas un génie derrière les fourneaux, loin de là, mais faute de grives, hein... Saga soupira. Ce n'était pas comme si tout cela avait encore une réelle importance aujourd'hui.

- Tu sais Milo, ajouta-t-il à l'adresse du Scorpion qui semblait bien s'amuser, l'art de la cuisine n'a pas grand chose à voir avec celui de savoir faire chauffer de l'eau sans foutre le feu à la baraque...

- Je n'avais pas fait exprès ! Se plaignit le Scorpion. J'étais tout petit ! Et puis zut quoi...

Shun s'étrangla à moitié avec sa cuisse de poulet.

- Tu as fait QUOI ? Dit-il en regardant Milo, les yeux écarquillés !

Saga ne put s'empêcher de sourire à la réaction de Milo, d'un sourire presque espiègle en comparaison de ceux qu'il avait pu avoir auparavant.

- Tu étais tout petit, mais tu avais quand même réussi à escalader l'armoire pour aller chercher le piment rouge... Vous vouliez cuisiner quoi, déjà ?

- Ah bon, c'était du piment ? Je voulais faire à manger pour quelqu'un que j'aimais bien... se souvint le Scorpion, l'œil brillant. Mais il est possible que j'ai surestimé la quantité de bois nécessaire pour faire bouillir l'eau d'une simple casserole. Pour ma défense, je n'avais que six ans...

Ce jour-là, il avait non seulement écopé d'une fessée monumentale, d'un bras brûlé, mais aussi d'un petit cœur brisé. Il n'avait même pas pu terminer le repas pour Camus. Ce dernier point avait dans doute été le plus difficile à supporter pour le bébé arachnide. Il en avait boudé pendant des jours entiers, hurlant à tue-tête et tapant tout ce qui s'approchait de lui et qui n'était pas français.

- Du piment du Mexique, confirma Saga d'un signe de tête, avec un sourire à la fois tendre et moqueur, le même qu'il avait eu si souvent autrefois avec les "poussins du zodiaque", comme il les appelait à l'époque... et qui vint de nouveau fleurir sur ses lèvres aujourd'hui, presque sans qu'il s'en rende compte. On s'en servait pour les offrandes aux dieux de la guerre et du carnage... Je suppose que c'est plutôt une bonne chose que le repas (et la maison) ait finalement brûlé...

Après tout, lui qui connaissait l'amitié un peu étrange qu'il y avait entre le petit Verseau et le jeune Scorpion, s'était déjà dit à l'époque que Camus n'aurait sans doute pas apprécié l'assaisonnement...

Laissant Milo aux prises avec son passé douloureux, Mû se tourna vers Saga et glissa :

- Tu ne veux pas finir mon assiette ?

Saga manqua de s'étrangler avec son morceau de pomme de terre à la demande de Mû, et le regarda par dessous pour essayer de déterminer s'il plaisantait... Ce qui n'était apparemment pas le cas.

- Mû... Est-ce que j'ai vraiment une tête à tout faire pour que tu maigrisses encore plus que tu ne l'es déjà ? demanda-t-il sur un ton mi-figue mi-raisin, en le regardant sévèrement, comme il pouvait regarder le petit garçon d'autrefois.

Mû se renfrogna aussitôt :

- Je ne suis pas maigre, Saga. Je n'ai pas faim et je n'ai pas envie que mon maître me tombe encore dessus devant tous les gens. S'il te plaît... juste un peu...

Si Saga le prenait encore pour un gamin, il pourrait très bien en adopter l'attitude... parce qu'enfant, il savait quoi faire pour que Saga lui cède. Croisant les doigts sous la table, il espéra que ça allait marcher. En voyant le regard que lui envoya Mû, Saga dut faire un immense effort sur lui même pour ne pas fermer les yeux et se détourner. Autrefois, c'était la seule parade dont il disposait (et encore, ça ne marchait qu'une fois sur trois) pour résister aux yeux violets de Bélier battu.

- Mû... Vu l'état physique dans lequel on est tous, deux patates et trois fleurs de brocolis en plus, je ne pense pas que ce soit du luxe... Si ? Et n'essaie pas de la refiler à quelqu'un d'autre, sinon je fais comme quand tu étais petit, je te prends sur mes genoux et je te fais manger moi-même.

Le souvenir d'avoir été attrapé enfant, assis sur les genoux de Saga qui développait des trésors d'ingéniosité pour le faire manger fit sourire Mû. Il retourna néanmoins à son assiette et jeta un regard de défi aux Gémeaux.

- Tu n'en serais pas capable.

Saga ouvrit la bouche, prêt à répliquer un "Que tu crois !" bien ferme, mais l'image mentale de ses mains se posant sur la taille de Mû adulte, tel qu'il était aujourd'hui, pour l'asseoir sur ses cuisses la lui fit aussitôt refermer. S'il était vraiment honnête avec lui-même... Non, TOUT plutôt que dire à Mû "Tu n'as pas tort".

- Tu veux parier ? répliqua le Gémeau en tentant le tout pour le tout, dans un magnifique coup de bluff que n'auraient pas renié les plus grands joueurs de poker... mais qui pêchait par un point, encore et toujours le même : ses deux foutues pommettes couleur "soleil couchant".

Shion revint sur ces entre-faits, calmé et dispensant Mû de répondre.

- Shun ? Encore faim ? Demanda-t-il en voyant Andromède loucher sur les légumes de Mû. Il y a encore du poulet... Quand nous aurons mangés, il faudrait que quelqu'un aille à Rodario qui en a le courage ?

- A moins que quelqu'un d'autre n'y tienne particulièrement, je veux bien descendre au village... Je crois que j'ai besoin de me dégourdir les jambes, répondit Saga lorsque le Pope évoqua l'idée d'envoyer quelqu'un à Rodario.

- Je ne veux pas que tu y ailles seul... je ne veux pas que quiconque reste seul en ce moment. Choisit quelqu'un pour y aller avec toi, veux tu ? Ordonna Shion en hochant la tête.

Leur retour était déjà suffisamment bizarre, il ne voulait pas perdre un chevalier parce qu'il l'aurait laissé seul. Saga amorça machinalement un mouvement de tête pour répondre à celui de Shion, mais la demande qui fusa presque immédiatement le prit complètement au dépourvu. Il ne s'était certes pas attendu à ça ! Pour un chevalier décidé à profiter du paysage, Rodorio n'était qu'à un petit quart d'heure de marche à travers les falaises, et lorsqu'il s'était proposé pour y aller, Saga avait imaginé que cela lui permettrait d'être un peu seul... Ce qui n'était visiblement pas compatible avec les idées de Shion. Sentant son malaise revenir à vitesse grand V, mais tâchant de n'en rien montrer, Saga prit bien soin de ne laisser son regard dériver vers aucun de ses compagnons d'armes, et répondit simplement :

- Ma foi, vienne qui voudra...

A ses côtés, il sentait la présence de Kanon et de Mû, et il devait bien avouer que s'il avait réellement pu se permettre de jeter son dévolu sur quelqu'un en particulier, ça aurait sans nul doute été sur l'un de ces deux là... Le premier, parce qu'il était son frère et le seul dans le lot avec qui il ne se sentait pas constamment des envies de s'enfuir en courant, et le second... parce que c'était Mû. Prenant les choses en main, Milo lâcha la bombe, mine de rien.

- Mieux vaudrait que Mû t'accompagne, Saga. On ne se sait pas ce qui nous attend dehors, et notre cosmos n'est pas vraiment au plus fort. Un expert ès psychique pourrait être utile pour appeler la cavalerie à l'aide en cas de besoin.

Le Huitième Gardien avait beau être un plaisantin dans l'âme, il savait être sérieux quand les circonstances l'exigeaient. Et son raisonnement ne pouvait sembler que logique, même à deux bourriques têtues emplies de mauvaise foi. Cherchant le Grand Pope du regard, Milo pria de toutes ses forces qu'il approuvât ses dires s'il l'avait entendu.

- Je suis volontaire… mais pour la vaisselle, lança Kanon

- Tu laves et j'essuie, ça marche ? proposa Milo emplit de bonne volonté en attendant la réponse de Mû. Chiche, on les case ensemble ? suggéra le Scorpion à Kanon qui se tenait devant l'évier en indiquant discrètement la direction de Saga et Mû du bout du menton.

Bien entendu, il ne s'agissait pas de s'immiscer dans la vie privée de leurs camarades. Simplement de les aider à prendre certaines décisions, quand ils rechignaient trop à le faire seuls. Comme pour le tour à Rodario, par exemple. Ce genre de coup de pouce qui ne pouvait pas faire de mal, en somme.

- Ca dépend de comment tu veux t'y prendre, lança l'ex général des mers en attaquant la vaisselle. Pas question que Saga fasse les frais de ta précipitation, on vient à peine de revenir alors pas de coup tordu.

- Rien de bien méchant, rassura aussitôt le Scorpion en devinant la fibre fraternelle récalcitrante. Éviter de les coller, les laisser seuls quand on peut, et s'arranger pour qu'ils fassent quelques missions ensemble de temps à autre. Et les faire rougir l'un devant l'autre aussi, ça marche pas mal. Mais sans trop pousser, on veut pas les traumatiser non plus. J'ai pas envie de tout gâcher entre eux en allant vite, t'inquiète. Mais si on les laisse faire, à ce rythme, dans cent ans ils en seront encore à se demander s'ils doivent se prendre la main ou pas.

- Ce qui n'était que trop juste, après tout. Saga était plus timide qu'un chaton au milieu d'une meute de rottweiler affamés, et Mû était... Mû. Voilà qui résumait tout.

- Vu sous cet angle je te suis. Saga n'est pas rapide pour ces choses là. Approuva Kanon en posant le dernier verre dans la pile propre.

- T'inquiète pas, Dragounet. Y'a pas de raison. Ils sont fait l'un pour l'autre, sourit le Scorpion.

Regardant par la fenêtre de la cuisine, Milo aperçu de loin le toit du Onzième Temple. Si la maladresse de Mû et Saga était touchante, elle lui rappelait également ses propres craintes et hésitations. Choses dont il n'aurait parlé à personne, bien entendu. Plutôt crever !

- Je crois que je vais aller faire un petit tour, moi aussi ! Ajouta-t-il en quittant la pièce.

Ce fut ce moment que choisit DeathMask pour se lever et pénétrer dans la cuisine. Shion lui sourit. Il avait toujours bien aimé le petit crabe.

- Tu as bien dormit, Angelo ? Il reste un poulet entier encore chaud et des légumes si tu as faim.

- Bonjour DeathMask, salua Shun ...avant de marquer un temps d'arrêt. ANGELO ? C'était quoi cette embrouille. L'assassin attitré du Sanctuaire portait un nom d'ange ! Il regarda les deux hommes, abasourdi.

- A force de m'appeler comme ça tout le monde va se fiche de moi... grommela le Cancer, vexé de la réaction de Shun.

Bien sûr que son prénom était ridicule pour un type comme lui et c'est bien pour ça qu'il en avait changé ! Shion sourit gentiment au cancer. Il n'aimait pas le voir aussi mal dans sa peau.

- Tu as un très joli nom, Angelo. Il te va bien. Pourquoi cherches-tu tant à en changer ?

- Je suis fou. Je suis pas... un gentil... Grommela de plus belle le Cancer, ronchon.

- Désolé DM, je ne voulais pas te blesser... dit Shun contrit.

- J'en avais pas après toi gamin. Grommela encore le Cancer. Mais après le grand mouton, ajouta-t-il avant de s'installer à table et de se servir d'une bonne part de poulet.

Kanon quitta la pièce à son tour, saluant le nouveau venu. Puisqu'il n'avait plus rien à faire, il réfléchit un instant, avant de se décider à aller explorer le Harem. Rien que le mot le mettait aux anges. Milo et ses allusions avait finit par réveiller certain appétit non satisfait. Alors homme ? Femme ? Les deux ? Tous serait bon, rien que l'idée de galipettes dans des couches de soie, son pantalon devenait trop étroit. De quoi avait-il donc envie ? D'un corps musclé, une peau laiteuse, du miel, une couleur d'or ... La vie pouvait vraiment avoir du bon. Le rêve...

Mû se rapprocha de Saga. Il n'était pas surpris que le Gémeau accepte de se rendre au village. L'atmosphère du Sanctuaire et le fait que les survivants se retrouvent les uns sur les autres devaient le peser. Par ailleurs, Shion avait raison de refuser de le laisser partir seul. Il était encore trop tôt, entre la faiblesse physique des uns et des autres et les mystères tournant autour de leur résurrection inexpliquée. Dans le même temps... si les arguments de Milo se tenaient, il y avait forcément anguille (grand format) sous roche, connaissant le Scorpion. Il avait envie d'accepter, de profiter de cette mission pour regagner la confiance de Saga mais il ne voulait pas servir les plans foireux de Milo et...et après tout, rien ne servait de garder le silence et de peser le pour et le contre indéfiniment. Surtout que cette histoire ne regardait pas que lui. Alors il se tourna vers Saga :

- Qu'en penses-tu ? Serais-tu d'accord pour que je t'accompagne ?

- Eh bien... Si tu te sens capable de supporter mes gaffes... ça me va, personnellement, s'entendit répondre Saga avec un léger sourire, mélange d'auto dérision et d'autre chose qu'il n'était même pas certain de vouloir essayer d'identifier.

Mû ignora ce qui lui fit monter une vague rougeur aux joues : la modestie de la réponse de Saga ou ce petit sourire un peu triste, un peu désabusé... Il réalisa alors qu'il avait envie d'aider Saga... parce que c'était Saga. Peut-être n'aurait-il pas souhaité s'investir autant si ça avait été quelqu'un d'autre. Ils avaient trop de souvenirs en commun, tous les deux... alors il l'aiderait et profiterait de cette mission pour ça. Si, quand Mû était enfant, Saga avait souvent chassé les monstres sous le lit, l'heure était venue de lui rendre la pareille.

- Très bien, alors si tu es d'accord... nous partirons ensemble.

Sans que Saga ne sache trop pourquoi (ou plutôt sans qu'il ne cherche à s'attarder dessus), la réponse de Mû lui fit monter une étrange vague de chaleur dans la poitrine. Un mélange de soulagement et d'appréhension, le tout mâtiné d'une pointe de... de quoi, au fait ? De bonheur ? C'était ridicule comme terme. Et de surcroît particulièrement déplacé dans le cadre de la situation... ils étaient ce qu'ils étaient, et il ne s'agissait que d'une bête mission de recrutement au village d'à côté.

- Quand tu veux.

Avant de partir, Saga, un détail, demanda le Pope qui venait de réaliser qu'il doutait fortement que Saga se soit correctement occupé de la paperasserie pendant treize ans. Niveau paperasse, tu as fait quoi pendant ma mort ?

S'accrochant de toutes ses forces à ses réflexes de noble et digne chevalier d'or pour ne laisser voir son trouble, Saga prit une seconde pour rassembler ses idées et essayer de se souvenir ce qu'effectivement, il avait tâché de boucler comme paperasse alors qu'il était en poste... ce qui, il fallait bien l'avouer, lui posa quelques difficultés. Il n'avait guère le souvenir d'avoir fait autre chose que psychoter, massacrer, tyranniser et prendre des bains pendant ses crises de folie (ce qui, il fallait être honnête, résumait la plus grande partie de ses treize années de pouvoir), mais lors des quelques rares périodes de lucidité qu'il avait connues...

- Eh bien... Pour être franc, pas grand chose. Lorsque... j'essayais... de faire le boulot à peu près correctement, je me souviens m'être occupé des papiers : les échanges de courriers officiels avec les chefs d'état, le suivi des conflits armés et la signature des différents traités de paix et autres conventions militaires, le recensement de nos effectifs année par année et partout dans le monde, et... les feuillets budgétaires, je crois... Je n'ai... pas fait tout ça régulièrement, ni tous les ans, mais... tout a été bouclé entre 1979 et 1984. Pour les autres années... J'avoue que c'est très aléatoire et très incomplet.

Shion hocha la tête, soulagé.

- Bon, c'est moins grave que je ne craignais. Finalement, j'aurais du te faire exorciser a coup de vaudou et de coups de pieds au cul et de coller sur mon trône à ma place, on aurait eut moins de problème. J'avais vraiment le cerveau qui commençait à confire comme un cornichon dans du vinaigre en plus de devenir aveugle et d'avoir un cancer. C'est vraiment moche de vieillir, faudra que j'évite ce détail à l'avenir." Murmura comme pour lui même l'Atlante avant de taper brutalement dans ses mains. BON ! Et bien sur ce, je vais aller me noyer dans les papiers. Amusez vous bien à Rodario. Si vous avez le temps, achetez aussi de quoi manger, on va pas courser les poules et les chèvres 50 fois non plus. Et passez chez le maire du village, c'est lui qui s'occupe de la chaine d'approvisionnement du Sanctuaire, il saura quoi faire... Amusez vous bien...

Et sur ce, le pope s'éloigna vers son bureau en chantonnant Saga était devenu blanc comme un linge. Il ne doutait pas que les paroles du Grand Pope n'aient pas eu d'autre but que celui de détendre l'atmosphère, mais pour sa part, elles venaient de glacer jusqu'aux fonds des tripes, pire que si Camus venait de lui enfermer le cœur et l'estomac dans un cercueil de glace. Il haïssait repenser aux raisons qui avaient finalement conduit à la catastrophe. Plus doué pour cacher sa pâleur que ses rougissements, Saga parvint cependant à faire à peu près bonne figure et hocha simplement la tête, montrant par là au Pope qu'il avait bien tout pris en note.

- Eh bien, dans ce cas... Bon courage. Et... à plus tard, tout le monde, murmura-t-il en faisant un léger signe de la main à l'assemblée, avant de quitter la pièce sans se retourner accompagné de Mû.

Voyant tout le monde partir les uns après les autres, Shun se demanda pendant une seconde ce qu'il allait pouvoir faire avant de ce décider à aller proposer son aide au Pope. Qu'il rejoignit dans son bureau. Le pauvre Pope était justement en train de se noyer dans la masse des documents à signer. Il releva la tête en voyant Shun entrer.

- Que puis-je pour toi, mon petit ?

- Je peux d'aider ? Demanda timidement Shun. Je n'ai rien d'autre à faire, alors autant être utile !

Le pope hésita.

- Et bien... Il faudrait faire des piles correctes de tous ces dossiers puis les survoler et les signer après les avoir classés. Tu as les dossiers d'apprentis potentiels, les dossiers financiers, les dossiers bancaires des chevaliers, les dossiers d'héritage, les traités de paix et les demandes d'aide. Chaque couleur de chemise représente un type de dossier.

Fort des explications du pope, Shun se lança dans le rangement. Ils travaillèrent un instant en silence jusqu'à ce que…

- J'ai sentit quelque chose... murmura le Pope. Je crois...Oui ! Aphrodite est revenu...


A suivre !

Merci de votre lecture !

Biz

Arkady