Hello !

C'est dimanche, il fait moche alors hop hop hop on écrit le chapitre 4 dont le titre est particulièrement aberrant...je l'avoue lol

Hahaha Daryl et Lola vont-ils survivre à leur première dispute de couple ? Le suspense est insoutenable mdr

Un grand merci à xGothicAngel, Maricia1805 et Saya600 pour vos reviews ! J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira tout autant :)

Pour la musique, rien de nouveau, l'intégral d'Asaf Avidan comme d'habitude...ouais quand j'aime je ne compte pas ^^

Bonne lecture mes petits rôdeurs !


Chapitre 4 – Le messie, une histoire de sex appeal

Le jour se leva péniblement, calquant sa luminosité grisâtre sur mon humeur maussade. Les yeux fixés sur le plafond au dessus de moi, je n'avais pas dormi. Ressasser la dispute de la veille m'avait, sur le moment, paru terriblement intelligent, mais à présent qu'il fallait affronter la journée, je commençais à regretter cette nuit d'insomnie. Je m'étirai avec une grimace avant de pencher la tête pour observer la couchette du bas.

- Salut, lançai-je à l'attention de Michonne qui avait eu la gentillesse de m'accueillir.

- T'as réussi à dormir ? s'enquit-elle dans un bâillement.

- Non...tu te rends compte que pour lui je ne suis qu'une conne écervelée, ruminai-je.

- Ce que je vois surtout Lo, c'est que tu te prends plus la tête pour une dispute que pour ce qu'a fait J.C, dit-elle en se redressant.

- Parce que ce qu'il a fait... je m'en fous, soupirai-je en me laissant glisser sur le sol pour m'installer à côté de mon amie.

- Tu t'en fous ? répéta-t-elle, les yeux écarquillés.

- Non, enfin ce que je veux dire c'est que...je voudrais pas que Daryl fasse quelque chose d'irréparable à cause de moi. J'veux pas qu'il ait ça sur la conscience, murmurai-je.

La samouraï me regarda de ses yeux d'ébène avant de passer un bras réconfortant autour de mes épaules.

- Il faut que tu lui parles Lo.

- J'en sais rien. Je suis pas sûre que ça change quelque chose, il est têtu comme c'est pas possible.

- Comme quelqu'un que je connais, sourcilla-t-elle.

- Et de toute façon, je suis encore trop en colère, ajoutai-je, butée.

- Sur ce coup là, je suis d'accord avec Daryl. Si je croise ce type, crois-moi, il va regretter de s'en être pris à toi.

- Super, vous avez qu'à faire ça en duo, et moi, j'agiterai des pompons pour vous encourager, marmonnai-je.

- Allez arrêtes de bouder et va parler à ton homme, ordonna l'afro américaine en me poussant pour que je me lève.

- En tant qu'amie et sœur de cœur tu es censée me soutenir, pouffai-je.

- Tu me remercieras plus tard, sourit-elle tandis que je m'éclipsais dans le couloir.


Je traversai la salle commune, bondée, comme toujours depuis que nous avions entrepris d'accueillir toutes les âmes encore vivantes que nous croisions, à coup de trois questions pour le moins...stupides...enfin ce n'était que mon avis. Mais personnellement, si j'avais croisé un type me demandant combien de rôdeurs j'avais tué, combien de vivants j'avais tué et pourquoi, le tout d'une voix suavement dramatique, je me serais probablement marrée en le fixant bêtement. Enfin, Rick avait instauré ce petit rituel auquel il semblait tenir, alors qui étais-je pour me moquer de lui ?

- Salut Lola ! lança Beth, Ass Kicker dans les bras.

- Lori n'est pas là ? m'enquis-je en cherchant des yeux la grande brune.

- Non, elle...

- Mais jamais elle s'occupe de sa gosse ? m'exclamai-je, abasourdie.

- Elle était fatiguée, répliqua l'adolescente avec un haussement d'épaules.

- Fatiguée ? Mais fatiguée de quoi ?

- T'es énervée ? grimaça la jeune fille.

- Désolée Beth, me radoucis-je, j'ai passé une mauvaise nuit.

- Tu t'es disputée avec Daryl ? demanda-t-elle.

- Tout le monde est au courant ou quoi ? m'esclaffai-je.

Elle me répondit par un petit sourire crispé avant de reporter son attention sur le bébé. Génial. Un nouveau numéro pour la gazette du pénitencier, songeai-je agacée en me dirigeant vers la sortie. Je rejoignis l'extérieur pour constater que le ciel d'un gris blanchâtre avait décidé de masquer de son opacité les rayons du soleil. Une superbe journée en perspective. D'une humeur massacrante, je retrouvai Carol sous la tonnelle en bois. Occupée à découper des morceaux du chevreuil qui, malgré l'heure matinale grillait joyeusement sur le barbecue de fortune, elle leva ses iris vers moi.

- Tu en veux ? proposa-t-elle.

- Je vais me contenter d'un café, répliquai-je avec un sourire.

Je n'étais plus vegan depuis plus d'un an, cependant, l'idée d'avaler du gibier au saut du lit me retournait toujours autant l'estomac. Enfin, c'était toujours mieux que de l'opossum...ou pire, de la noix de coco. Je frissonnai rien que d'y penser. Rick nous rejoignit, attrapant une assiette que lui tendait la mère de famille.

- Aucune nouvelle de J.C ? m'enquis-je, nerveuse.

- Non, répondit le shérif.

- Le conseil va se réunir en fin de journée pour en discuter, déclara Carol.

- Vous pensez quand même pas que...

- C'est une possibilité qu'on ne peut pas négliger Lola, m'interrompit notre leader d'un air sombre. Il a travaillé avec le Gouverneur pendant des mois avant de nous rejoindre. On ne peut pas écarter l'éventualité qu'il se soit rallié à lui.

Ma gorge se noua sensiblement à cette pensée. Si le biker latino était réellement parti en quête de l'homme au bandeau, nous avions du souci à nous faire. Je me maudis intérieurement, me sentant responsable de cette situation pour le moins ennuyeuse. Nous commencions seulement à trouver un semblant d'équilibre. L'idée que tout parte en vrille à cause d'une fixette débile que cet enfoiré avait fait sur moi accentua encore plus mon sentiment de colère. Bordel de merde, il fallait vraiment que Michonne, Daryl et moi repartions en vadrouille.

- Ouais, grimaçai-je, je suis vraiment désolée shérif.

- T'as pas à t'excuser, intervint la mère de famille. Un homme qui ne sait pas maîtriser ses pulsions n'a rien à faire ici.

- Il a toujours été instable, renchérit l'ancien flic. Pour l'instant, essaye de te détendre. Et arrange les choses avec Daryl.

- Tu t'es concerté avec Michonne ou quoi ? m'exclamai-je.

- Ne le blâme pas, ajouta Carol avec douceur. Ce type t'a agressé, tu ne peux pas reprocher à Daryl de ne pas être resté de marbre.

- Je sais, soupirai-je.

- Arrange les choses, répéta Rick avant de s'éloigner.

Je me retournai vers mon amie qui continuait de découper l'animal d'un geste expert. C'était à se demander si la Carol timide et fragile des débuts avait réellement existé. La voir si forte, si pleine d'aplomb avait quelque chose de troublant. J'étais admirative de sa force de caractère et quelque part, elle me faisait un peu penser à une version post apocalyptique d'Ellen Ripley...les aliens en moins bien entendu. L'espace d'un instant, j'imaginai Ripley entourée de rôdeurs et putain de merde ! C'était une image carrément cool quand on y pensait.

- Est-ce-que tu pourrais aider à la clôture cet après-midi ? demanda-t-elle finalement en s'essuyant les mains sur un vieux torchon.

- Bien sûr, répondis-je en attrapant un bol que je remplis de café.

- Et ta rééducation, ça en est où ?

- Le Docteur S. doit m'ausculter dans la journée, mais d'après lui, on touche au but.

Elle me répondit par un sourire, une expression amusée dans le regard.

- 'jour, grogna une voix rauque derrière moi me faisant sursauter.

Je me retournai pour faire face à l'objet de mes tourments. Merde. Pourquoi fallait-il qu'il soit aussi sexy ? J'étais en colère. Et je comptais bien le rester. Hors de question de me laisser distraire par cette lèvre inférieure qu'il ne cessait de mordiller furieusement. Il transpirait l'exaspération par tous les pores de sa peau légèrement luisante de sueur...bordel, cet homme était un véritable appel à la luxure ! Reprenant un semblant de contenance, je marmonnai un vague salut, avant d'aller m'installer à l'une des tables.

- Salut Daryl ! entendis-je.

- Hey Daryl ! Salut !

- Bonjour Daryl, bien dormi ?

Après une dizaine de salutations similaires, je fermai les paupières, exaspérée. Mais il était quoi ? Une rock star ? Depuis que la prison était devenue le dernier refuge à la mode, la popularité du chasseur n'avait fait que croître. Ramener les survivants dans notre gîte, leur rapporter à manger, les protéger...Daryl était doué à ce petit jeu. Et celui, qui au début de l'épidémie inspirait la crainte et la méfiance, s'était peu à peu mué en une sorte de messie...mais en beaucoup plus séduisant. Quoique, je n'avais jamais croisé de messie, alors comment juger leur sex appeal ? Je secouai la tête pour reprendre mes esprits, ahurie une fois encore par mes divagations loufoques. Était-je la seule à m'égarer autant ?

La voix douce de Carol me parvint alors qu'elle lui demandait de ne pas oublier qu'elle avait été la première à l'apprécier. Il lui répondit par un marmonnement gêné tandis que les salutations continuaient. Pour quelqu'un qui n'aimait pas se retrouver au centre de l'attention, il était servi. Je rouvris finalement les yeux pour le retrouver assis face à moi. Merde.

- Tu fais encore la gueule ?

Ne sachant plus si je faisais effectivement encore la gueule, je l'ignorai royalement et plongeai le nez dans mon shoot de caféine pendant qu'il avalait des morceaux de gibier en mastiquant bruyamment. Il savait que je détestais ça...cette andouille avait décidé de le faire exprès ou quoi ?! J'inspirai profondément, tentant de calmer la colère qui pulsait toujours dans mes veines.

- Bonjour Monsieur Dixon, lança le jeune Patrick, quelque peu impressionné par l'archer.

Monsieur Dixon ?! Je m'esclaffai tout en m'étouffant avec mon café avant de toussoter bêtement.

- Ça va Mademoiselle Lola ?

- Oui, répliquai-je entre deux quintes de toux, ça va...mais évite le Mademoiselle, pouffai-je.

- Vous voulez un verre d'eau...Lola ?

- Non...ça va aller, répliquai-je en replongeant dans mon bol.

- Monsieur Dixon, reprit l'adolescent en remontant ses lunettes sur son nez, je voulais vous remercier pour ce chevreuil que vous avez rapporté hier.

- Ouais...euh bah c'est rien, répondit le chasseur d'un ton bourru tandis que je l'observais, amusée, en haussant les sourcils.

- Est-ce que vous me feriez l'honneur de me serrer la main ? demanda le jeune garçon plein d'espoir.

A nouveau, je m'étouffai alors que Daryl se léchait délicieusement les doigts, avant d'accepter la main tendue de Patrick. J'observai l'adolescent s'éloigner avec son sourire béat, puis reportai mon attention sur mon compagnon.

- T'as pas répondu, marmonna-t-il.

- Quoi ?

- Tu fais toujours la gueule ?

- Ça dépend...je suis toujours une conne écervelée ? m'enquis-je froidement.

- Quand t'es comme ça, ouais, dit-il en croisant les bras sur son torse.

- Ok, répliquai-je en me levant.

Les nerfs en boule, je m'éloignai d'un pas vif avant d'être rattrapée par l'archer qui m'agrippa sauvagement le bras.

- Te sauve pas comme ça, cria-t-il.

- J'ai pas envie de me donner encore en spectacle. Il est trop tôt et je ne suis pas d'humeur à signer des autographes ! aboyai-je à l'attention des quelques spectateurs qui observaient la scène en chuchotant.

- Amène-toi, ordonna-t-il.

Il me traîna derrière lui comme une gosse, sa main toujours crispée sur mon avant-bras. L'archer contourna l'enceinte de la prison à grandes enjambées pendant que je le suivais en pestant. Après quelques minutes, nous débouchâmes dans une petite cour ombragée, l'un des rares endroits à être encore à peu près isolé. Les sourcils arqués dans l'attente d'une explication, je me dégageai de son emprise d'un geste brusque.

- Je pars en ravitaillement au Big Spot, dit-il simplement.

- Et ?

- Et rien, j'voulais t'le dire.

- Et t'avais besoin de me traîner derrière toi comme une gamine de dix ans pour ça ?!

- Tu...putain, tu m'énerves ! s'écria-t-il, rageur, en commençant à faire les cents pas

- Je t'énerve ? m'esclaffai-je, éberluée. Mais c'est toi qui est venue me chercher !

- Ouais, bah j'me demande pourquoi !

- Laisse tomber, soupirai-je en tournant les talons.

- Arrête de t'barrer sans arrêt ! rugit-il en saisissant à nouveau mon poignet.

- Et toi arrête de me crier dessus ! m'exclamai-je en me libérant une nouvelle fois.

- J'aurais pas besoin de crier si t'arrêtais de t'comporter comme une conne !

- Mais...mais...ahhh fous moi la paix ! hurlai-je ne sachant quoi répondre d'autre...question répartie, je pouvais repasser !

Fulminant l'un comme l'autre, nous nous toisâmes de longs instants, butés. On était ridicules. Totalement ridicules. Je ne voulais pas me battre avec lui. Je n'en avais pas envie. Tout ce que je voulais, c'était me jeter sur lui pour capturer cette lèvre inférieure qu'il ne cessait de mordiller nerveusement. Je sentis malgré moi un petit sourire s'étirer sur mon visage.

- T'es conne, répéta-t-il en s'approchant lentement de moi.

- Connard, répliquai-je.

- Tu m'gonfles, marmonna-t-il en plantant ses prunelles dans les miennes.

- Va te faire foutre, chuchotai-je tandis que, d'une main posée sur ma chute de reins, il m'attirait contre lui.

- T'es qu'une emmerdeuse, murmura-t-il contre ma bouche.

- Et toi, un enfoiré affectif, soufflai-je en enroulant mes bras autour de sa nuque.

Il me souleva de terre et me plaqua violemment contre le mur le plus proche, sa langue se frayant un chemin langoureux pour retrouver la mienne, tandis que j'enveloppais ses hanches de mes jambes.

- Putain, gronda-t-il en m'embrassant dans le cou avant de retrouver mes lèvres.

Ses mains fermement agrippées à mes cuisses, je gémis en sentant son désir à travers la barrière de nos vêtements. Bordel. J'étais complètement accroc à ce type. Ma poitrine se soulevant au rythme de ma respiration saccadée par l'excitation, je fermai les yeux quand il passa une main sous mon débardeur.

- Hum hum, toussota Rick, nous arrachant brutalement à notre déferlement passionné. Les autres t'attendent, annonça-t-il à Daryl avec un sourire amusé.

- J'arrive, grogna ce dernier qui me tenait toujours collée à la paroi bétonnée.

- Content de voir que...les choses s'arrangent, lança le shérif, amusé, avant de s'éclipser.

- Je relevai les yeux vers ceux de l'archer avant d'éclater de rire.

- Te marre pas, grommela-t-il, frustré.

- On dirait que notre réconciliation va devoir attendre, sourcillai-je.

- Fais chier, lâcha-t-il en me libérant de son étreinte.

- De toute façon, ne crois pas t'en sortir aussi facilement, le taquinai-je.

- C'est ce qu'on verra, dit-il avec un sourire en coin.


Allongée sur le ventre sur une table d'examen, Caleb Subramanian, dit Docteur S., terminait de m'ausculter à la recherche d'une quelconque réaction douloureuse de ma part.

- Vous pouvez vous relever Lola.

- Alors ? m'enquis-je en m'asseyant, mes deux jambes pendant dans le vide.

- Vous n'avez plus de douleurs ? demanda-t-il en griffonnant quelques notes sur une feuille volante.

Je l'observai s'installer derrière son bureau et sortir un classeur d'un tiroir métallique. Voulait-il réellement me faire croire qu'il tenait des dossiers à jour ?

- Uniquement le soir, répliquai-je en enfilant mon débardeur avant d'aller m'asseoir face à lui.

- Il faut poursuivre la rééducation, dit-il en rangeant la feuille dans une pochette à mon nom.

Dolorès "Lola" Collins. C'était tellement étrange de voir mon patronyme complet. Dolorès. Je détestais ce prénom...celui de ma mère. Cette dernière m'appelait comme ça à chaque fois qu'elle était en colère après moi. Je la revoyais encore, ses prunelles émeraudes brûlantes de colère, me courir après en hurlant Dolorès Collins reviens ici tout de suite ! Je repensai à la photo trouvée la veille, m'interrogeant vaguement sur le fantôme de ma génitrice. Était-il possible qu'elle soit encore en vie, quelque part dans ce monde en décomposition ? Elle était très certainement en train de errer en grognant à la recherche d'un morceau de viande fraîche à se mettre sous la dent, grimaçai-je.

- Lola ?

Je relevai les yeux sur Caleb, revenant brutalement dans le monde réel.

- Oui?

- Vous devez poursuivre la rééducation, répéta-t-il.

- Mais, je repars demain, répliquai-je.

- Il va falloir reporter cette expédition, déclara le médecin en croisant les doigts sur son bureau.

- Je vous demande pardon ? D'après Hershel, la fracture est ressoudée, lui fis-je remarquer.

- Elle l'est, répondit-il, mais malgré tout, votre colonne vertébrale reste fragile. Vous devez remuscler votre dos si vous ne voulez pas risquer une nouvelle blessure.

- Super, soupirai-je en me tassant dans mon siège.

- C'est pour votre bien, reprit-il avec un sourire conciliant.

- Si le Gouverneur se pointe ici, mon dos sera le dernier de nos soucis, déclarai-je.

Caleb ne répondit rien, se contentant de me fixer en silence. J'en déduisis que l'entretien était terminé. Malgré l'apocalypse, certaines choses ne changeaient pas. Le corps médical gardait une attitude définitivement détachée. Déformation professionnelle, probablement, songeai-je en quittant l'atmosphère tendue de la pièce.

Fais chier. J'adorais mes petites séances avec Barry, le poète humoriste catcheur kinésithérapeute, mais retrouver le monstre de Woodbury restait ma priorité. J'avais fait une promesse. Une promesse à un homme qui me manquait chaque jour un peu plus et sans qui je serais morte dans cette cave nauséabonde. L'esprit lourd, je pris la direction de la salle commune, longeant le dédale de couloirs bétonnés en mode GPS. J'avais fait tellement d'allers retours à l'infirmerie ces derniers mois que le trajet s'était littéralement imprimé dans mes jambes...un peu comme les tatouages sur la peau de Michael Scofield. Perdue dans mes pensées saugrenues, je débouchai finalement sans m'en rendre compte sur le terrain de basket. Adossé à l'un des poteaux métalliques, Carl était installé à même le sol, une BD ouverte sur ses jambes étendues devant lui. Il leva la tête vers moi, un sourire illuminant son visage adolescent. Le jeune garçon avait beaucoup grandi ces derniers temps. C'était toujours surprenant de voir que l'enfant qu'il avait été disparaissait au fil des jours, pour faire place à un jeune homme honnête et droit.

- Salut ! lança-t-il une main en visière devant ses yeux bleus.

- T'es pas au cours de lecture avec les autres ? m'enquis-je en prenant place à ses côtés.

- C'est pour les gamins, répondit-il.

Je m'esclaffai joyeusement, ravie de pouvoir échapper un instant à mes tourments intérieurs.

- Je suis content que vous soyez rentrés Michonne, Daryl et toi.

- Ouais, moi aussi, répliquai-je.

- Vous repartez bientôt ?

- Je croyais que t'étais content de nous revoir, pouffai-je.

- C'est pour ça que je te demande. J'voudrais en profiter un peu avant.

- Normalement, on repart demain. Mais je dois continuer la rééducation alors, je crois qu'en ce qui me concerne je suis coincée ici, répondis-je un tantinet maussade.

- Tu sais, c'est pas si mal ici, remarqua-t-il. Et puis, c'est chez nous.

- T'as raison, c'est vrai qu'on est pas si mal, souris-je avant de me relever.

- Tu vas où ?

- Aider à la clôture, dis-je en m'éloignant avec un petit signe de la main.


Le jour commençait à décliner lorsque j'abattis un dernier rôdeur à l'aide de mon pied de biche rouillé. Je jetai un œil à Maggie, recouverte tout comme moi, d'éclaboussures sanglantes. Nous faisions peur à voir. L'apocalypse n'avait vraiment rien de sexy pour nous, les femmes, songeai-je en essuyant mes mains poisseuses sur mon jean.

- Ça ne sert à rien, soupira-t-elle. J'ai l'impression que plus on en tue, plus il y en a.

Un regard de l'autre côté du grillage ne fit que confirmer ses dires. Malgré le nombre pourtant conséquent de dépouilles entassées devant la grille, les cadavres ne cessaient de surgir régulièrement de la forêt. Nous étions nombreux à vivre dans l'enceinte du pénitencier, le bruit et l'odeur de viande fraîche devaient les attirer. Je me faisais un peu l'effet d'être un hamburger sur pattes attendant d'être dévoré par ces êtres décérébrés.

- Il va falloir qu'on sécurise un peu plus la barrière, remarquai-je alors que la clôture commençait à montrer des signes de faiblesse.

- Je vais en parler à Rick, répliqua la jeune femme en essuyant la sueur accumulée sur son front d'un revers de la main.

Nous reprîmes le chemin de la prison, ignorant les grognements affamés qui nous accompagnèrent jusqu'à l'intérieur. Ce bourdonnement incessant faisait partie de notre quotidien, tout comme la puanteur que dégageaient leurs corps en putréfaction. En parlant de puanteur, j'avais vraiment besoin d'une douche...tant pis si je devais supporter une nouvelle fois la fragrance subtile de la vanille mélangée à la noix de coco. C'était toujours mieux que les entrailles et autres fluides organiques qu'avaient déversé les rôdeurs sur mon corps de déesse avariée.


DARYL

Putain de merde. Zack. Ce gosse méritait pas de crever comme ça. On vient de rentrer. Ça a été la merde ce ravitaillement. Fais chier. Quand je pense qu'i peine quelques heures, le gamin cherchait encore à deviner ce que je faisais avant tout ça. Avant que le monde parte en couille. Va falloir annoncer la nouvelle à Beth. Glenn veut s'en occuper mais, j'sais pas pourquoi, j'suis déjà devant la cellule de la p'tite. Elle est allongée sur le ventre. Elle écrit dans son journal. Elle se doute de rien. Elle lève ses yeux sur moi. Elle comprend tout de suite que quelque chose a mal tourné.

- Qui ? demande-t-elle simplement.

- Zack.

- Oh.

La môme se lève et se dirige vers le panneau posé sur une commode de fortune. 30 jours sans accident. Elle enlève le trois avant de se tourner vers moi, le chiffre métallique toujours dans les mains.

- Je ne pleure plus Daryl. Et toi, ça va ?

Je hausse les épaules. Qu'est-ce-que je peux répondre ?

- Ouais. J'en ai juste marre de perdre des gens.

La gosse s'approche de moi et me serre doucement dans ses bras. Je reste comme un con, les bras ballants. A part Casse-Noisette, j'laisse personne être aussi proche. J'suis pas à l'aise. Elle s'écarte et referme son gilet avant de se remettre au lit.

- T'as vu Lola ?

- Au gymnase, avec Barry, répond-elle en reprenant son écriture.

Je croise le poète sur le chemin. Il me dit qu'elle est toujours là bas. Enfin, c'est ce que je comprends vu qu'il me parle encore bizarrement. Mais j'commence à l'apprécier...même si j'veux pas l'admettre. Lola va mieux depuis qu'il l'aide. Et il la fait rire.

Je l'observe par la porte entrouverte. Ma gorge se serre quand j'la vois tenter une arabesque ou un truc du genre. J'y connais rien. Mais j'ai mal pour elle. La danse, c'est toute sa vie. J'repense à ce pauvre gosse. Putain, quelle journée de merde.

Elle se retourne vers moi et se fige en voyant que je l'ai prise en flag. Elle a plus le droit de danser. Elle le sait. Mais j'dis rien. J'peux pas. J'veux pas m'prendre la tête avec elle. Pas ce soir. Elle s'approche de moi, cherchant mon regard du sien. Elle sait qu'il s'est passé un truc. J'suis un putain de livre ouvert pour Lola. Elle ouvre la bouche pour parler mais je l'interromps en plaquant brutalement mes lèvres sur les siennes. J'veux oublier. Y a qu'avec elle que j'peux oublier. Je m'écarte lentement, son visage entre mes mains, elle ne me quitte pas des yeux.

- Zack est mort.

Elle plaque ses deux mains devant sa bouche. Horrifiée.

- Comment ? murmure-t-elle.

- Un rôdeur, je réponds en haussant les épaules.

Lola ne dit rien. Et c'est tant mieux. On est pareil pour ça. Le silence a quelque chose de réconfortant. Elle pose son front contre mon torse.

- J'veux plus qu'on se prenne la tête, Casse-Noisette.

- Moi non plus, soupire-t-elle. Écoute, je comprends ta réaction. Et J.C...je t'empêcherais pas de faire ce que t'as à faire, c'est juste que...j'veux pas que tu te perdes à cause de moi.

J'essuie une larme sur sa joue. Putain, je suis tellement dingue d'elle. J'me maîtrise plus. J'en suis incapable. J'aime cette faiblesse qu'elle fait naître en moi. Et j'la déteste en même temps.

- J'me perdrais pas...si t'es là.

J'suis pas un grand sentimental. Les déclarations enflammées, c'est pas mon genre. Mais avec elle...j'suis faible.

A suivre...

Voilà pour ce nouveau chapitre !

Qu'en avez-vous pensé ?

Je me suis bien marrée à écrire les passages entre nos deux loulous ^^'

A très vite pour la suite !