Quand je me suis assise à mon bureau ce matin, et que je me suis dit "Tiens, et si j'écrivais quelques lignes pour La pire des vengeances, je ne pensais pas que je prendrais autant de plaisir à continuer cette histoire. Au final, j'ai écrit le chapitre entier !
Je ne sais pas quand paraîtra le suivant. Ce sera le dernier, plus un épilogue. Après quoi, cette fanfic sera enfin terminée, après trois ans.
Merci à la personne qui a commenté le chapitre trois ! Ça m'a fait vraiment très plaisir, et m'a confortée dans l'idée que je devais la terminer. Cadeau, j'ai ajouté un peu de Vector pour toi, même si ça n'était pas du tout prévu à la base ! c: J'espère que la suite te plaira !
Bonne lecture !
"Et la lune rouge, c'est ce soir. Je pensais que tu resterais aux côtés de Yuma pour le surveiller.
-C'est justement ce que je suis en train de faire. Yuma doit retrouver Bronk et Casswell juste au coin de la rue pour travailler sur le compte-rendu de leur cours de sciences. Si quelque chose doit arriver, je serai sur place."
Astral observait la maison susnommée d'un oeil attentif, sa nervosité traduite par la façon dont il tournait son verre plein de limonade entre ses doigts. Rio porta le sien à sa bouche tout en continuant de le dévisager. Depuis leur petit moment de flottement sur le toit du collège, elle le trouvait de plus en plus à son goût. Il était beau, intelligent et très mature. Et puis, ils avaient plus au moins un passé commun. Aussi, elle était particulièrement ravie qu'il l'ait invitée à dîner, même si c'était pour veiller sur son frère d'âme. Elle se renversa dans sa chaise et croisa les jambes.
"En tout cas, si jamais tu as besoin d'aide, je serai ravie de t'épauler, assura-t-elle.
-Merci, Rio. Ça signifie beaucoup pour moi."
Astral ne semblait qu'à moitié concerné par la belle jeune fille qui était attablée en face de lui, mais il était tout de même conscient que ce dîner était une occasion de les rapprocher. Il n'avait pas encore clairement décidé s'il voulait tenter sa chance auprès de Rio Kastle -ce concept d'amour lui était totalement étranger-, mais en tout cas il savait que la jeune fille lui plaisait et qu'il avait envie de passer du temps avec elle. Alors, il s'était naturellement tourné vers elle lorsqu'il avait cherché un peu de compagnie le jour où il devait immanquablement veiller sur son frère d'âme. Moroses, les badauds qui les frôlaient en passant sur le trottoir leur jetaient un regard d'envie. Ils formaient un très beau couple.
"Alors, dis-moi, d'après Yuma, tu t'intéresses à l'astronomie ? Ça ne devrait pas m'étonner, de la part de quelqu'un dont le nom se réfère aux étoiles.
-En effet, répondit gracieusement l'ancien esprit, en essayant de se penser à autre chose qu'à la menace qui se profilait à l'horizon. C'est une discipline absolument fascinante. J'ai découvert que..."
Peu à peu, la pression quitta légèrement les épaules d'Astral. Il jetait encore quelques coups d'oeil vers la fenêtre de l'appartement où se trouvait Yuma, et un regard soucieux sur la lune rouge au moment où elle se leva dans le ciel noir, mais une partie de son attention était désormais captée par la belle jeune fille assise en face de lui. Bien sûr, il connaissait Rio depuis longtemps, et il savait à quel point elle était drôle, intelligente, vive, lumineuse et belle, mais plus il la regardait, appréciait son sourire et ses éclats de rire, plus elle lui plaisait. Et au moment où son coeur tomba pour elle, brusquement et sans qu'il ait le temps de s'y préparer, une brusque décharge de douleur lui vrilla les tempes. Sa stupeur devant ce sentiment inconnu et son euphorie retombèrent aussitôt, et il releva les yeux vers Rio. Elle aussi, elle grimaçait de douleur.
Aucun doute possible. Il se passait quelque chose.
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Shark n'était pas du genre à s'inquiéter facilement. Il avait vécu un tas de choses atroces, dans cette vie comme dans les autres. Mais avoir combattu une invasion sur ses terres lorsqu'il était roi, perdu sa sœur, dirigé le monde de Barian et combattu les exactions de son propre peuple avant de se rallier à lui et de prendre les armes contre le monde Astral, ne l'avait pas rendu plus paranoïaque. Le danger était partout, et il ne servait à rien, après tout, d'être sur ses gardes sans cesse, à toujours attendre le pire. Dans le plus catastrophique des scénarios, les visions de sa sœur le préviendraient bien assez tôt.
Mais cette fois-ci, ce n'était pas Rio qui avait des prédictions, et Shark, malgré lui, avait fini par les considérer comme une source sûre d'avertissement. Astral, c'était différent. Les prédictions n'avaient jamais fait partie de ses attributions. Pourtant, cela faisait plus d'un mois qu'il se torturait l'esprit à cause de visions liées à Yuma, et il ne fallait pas oublier que l'ancien émissaire d'Astra World avait été un esprit puissant. Le sous-estimer, comme c'était visiblement le cas de tout le monde, était donc une mauvaise idée. Mieux valait prévenir que guérir, et comme Rio était sortie avec Astral ce soir-là, Shark en avait profité pour traîner, les mains dans les poches, entretenant son image de ténébreux un peu mystérieux, à travers le quartier où se trouvait leur ami, juste au cas où.
Bien lui en prit, car il fut le premier à ressentir la vague d'énergie bourdonnante et chaotique qui fit vaciller Astral et Rio un peu plus tard. Elle le traversa comme de part en part au niveau des tempes, et il sut immédiatement ce que ça voulait dire.
"Alors comme ça, tu es toujours dans les parages ? marmonna le duelliste en plissant les yeux vers l'endroit d'où était venue la sensation. On verra si ça sera toujours le cas quand on en aura fini avec toi."
Sans la moindre hésitation, il s'élança vers le quartier où se trouvait Yuma.
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Rio déplia lentement ses doigts tremblants, qui s'étaient accrochés d'instinct au bord de la table.
"Tout va bien, Rio ? lui demanda Astral, inquiet."
La jeune fille acquiesça, les dents serrées, et son compagnon leva les yeux vers la maison où Yuma devait se trouver. Toutes les lumières étaient éteintes, mais un faible halo rouge, à peine perceptible, pulsait sur le contour des fenêtres et sur le toit de la bâtisse. Rouge, la couleur de prédilection de Don Thousand. Le chaos. La destruction. La mort. Ce n'était pas pour rien si les Barians l'avaient enfermé, même si c'était leur dieu. Rio se mit debout d'un mouvement vif et déterminé. Elle croisa le regard d'Astral, qui brillait d'une farouche résolution et, sans se concerter, ils se précipitèrent vers la maison.
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"Éloigne-toi d'eux immédiatement, Vector !"
L'ex-Empereur de Barian, accroupi sur le parquet, pivota lentement vers eux, les sourcils haussés en une expression vaguement intriguée.
"Voyez-vous ça. Notre ancienne princesse de Barian et l'ancien trouble-fête d'Astra World. C'est une réunion de personnalités déchues, ou quoi ?
-Laisse les amis de Yuma tranquilles, Vector ! ordonna Astral sans l'écouter.
-Mais je n'avais pas l'intention de leur faire quoi que ce soit, rétorqua l'intéressé en haussant les épaules. Ils étaient déjà comme ça quand je les ai trouvés.
-Comment ?"
Astral et Rio regardèrent autour d'eux, cherchant à percevoir des signes de lutte, d'attaque, dans la pièce plongée dans le noir. Le plafonnier était brisé, ils avaient senti des éclats de verre craquer sous leur chaussure quand ils avaient marché sur l'ampoule explosée au sol. Les meubles étaient renversés, les cahiers dispersés aux quatre coins de la pièce, et Bronk et Caswell gisaient au sol, inconscients.
"Ils ont juste perdu connaissance, annonça Vector sans s'émouvoir. Et, si je me réfère aux traces de brûlure sur leurs vêtements, je crois savoir qui est derrière tout ça.
-Où est Yuma ? demanda Astral d'un voix pleine d'urgence en ne l'apercevant nul part.
-A mon avis, il est dehors, répondit Vector en se redressant, et en s'étirant le dos comme s'il avait passé des heures entières accroupi par terre. Avec lui.
-Lui ?
-Tu sais très bien de qui je parle, Astral. De celui qui t'a promis que sa vengeance n'était pas terminée."
L'ancien esprit foudroya Vector du regard, ses yeux remplis de cette lueur tout à la fois froide et brûlante, incisive, d'une violence lente et cruelle comme une lame implacable. L'ancien empereur de Barian soutint ce regard dans sourciller, étirant ses lèvres en ce sourire carnassier, fou et violent qu'il avait autrefois. En un instant, tous les deux semblaient s'être métamorphosés, revenus à leur personnalité de jadis. Rio, saisie d'un trouble soudain et incompréhensible qui lui donnait presque envie de trouver une lame à plonger dans le dos d'Astral, secoua fermement la tête, effarée. Elle ne savait pas exactement ce qui se passait, si c'était à cause de lui, mais c'était comme s'ils retrouvaient soudain tous leurs travers et leur obstination d'avant, lorsqu'ils cherchaient coûte que coûte à se détruire. Or, ce n'était pas le moment. Vraiment pas !
"Ça suffit, intervint la jeune fille en se campant entre les regards croisés de Vector et d'Astral. Vector, est-ce que tu peux nous promettre que ce n'est pas toi qui as fait ça ?
-Je te le promets, princesse, minauda l'intéressé en retrouvant son attitude flegmatique et joueuse. Je n'ai rien à voir avec l'état de ces deux losers.
-Astral, il faut qu'on retrouve Yuma, poursuivit Rio en se tournant vers son ami. Vector va rester ici et appeler une ambulance pour Bronk et Casswell. N'est-ce-pas, Vector ?
-Mais bien sûr, Votre Altesse, ricana l'intéressé.
-Je ne lui fais pas confiance, Rio.
-Arrête, Astral. Les temps ont changé, tu le sais. Il nous a aidés à sauver l'Astra World, souviens-toi. Nous avons besoin de son aide si nous voulons retrouver Yuma."
L'ancien esprit ne répondit rien, le regard toujours fiché sur Vector, qui avait sorti un téléphone de la poche de sa veste en cuir et composait flegmatiquement un numéro. Il revint ensuite sur Rio, en attente, puis sur la pièce malmenée et en désordre. Enfin, il regarda les deux amis de Yuma. Il ne savait pas encore avec certitude ce qui s'était passé, mais une chose était sûre, c'était que son frère d'âme était en danger. Il ferma un instant les yeux et acquiesça gravement.
"Très bien, tu as raison. Allons-y, Rio. Vector, je compte sur toi pour t'occuper d'eux, sinon..."
L'ancien Empereur coupa court à ses menaces en lui adressant un petit signe ironique de la main, l'oreille pressée contre le combiné.
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Le square désert où leur piste s'arrêta brusquement n'avait rien de rassurant. Ici aussi, la même aura rouge pulsait dans l'air, et, de façon beaucoup plus nette, entre les lattes de bois des palissades environnantes et au coeur même de la terre du parc. Alors qu'Astral et Rio échangeaient un regard entendu, également mal à l'aise, une explosion retentit à l'autre bout du square. Puis, un cri de douleur, poussé d'une voix rauque que Rio connaissait bien.
"Réginald ! s'écria-t-elle, horrifiée, avant de détaler vers l'origine de l'explosion.
-Rio, attends ! C'est peut-être un piège !"
Mais la jeune fille avait déjà disparu entre les arbres, et Astral n'eut pas d'autre choix que de la suivre. Le spectacle qu'il découvrit en émergeant au détour d'un buisson lui fit l'effet d'un coup de couteau en plein coeur. Une sorte de créature tentaculaire avait émergé au milieu des ronces, grande de plusieurs mètres mais sans pour autant dépasser la cime des arbres qui l'entouraient. Elle était entièrement noire, d'une matière à la fois brute et sans consistance, rougeoyante, brûlante comme la gueule béante d'un four, et parfois aussi glaciale que les recoins les plus reculés du cosmos. A sa base, haute d'à peine un mètre soixante-dix, une silhouette tremblante lui servait vraisemblablement de réceptacle. Cette silhouette, Astral la reconnut au premier coup d'oeil, et à la façon dont son coeur se tirailla de désespoir en l'apercevant. Cette silhouette, c'était Yuma. Bien sûr que c'était lui, comme dans son rêve ! Ce rêve que personne n'avait pris au sérieux, mais dont il était intimement, viscéralement certain qu'il se réaliserait ! Il le savait, il le savait, et pourtant, plus il couvait des yeux la forme torturée de son ami, plus le désespoir menaçait de l'envahir comme une marée glaciale.
Yuma était à moitié courbé en avant, le corps désarticulé, supplicié, comme si la douleur de supporter une telle présence en son sein était insupportable. Sa peau était d'une pâleur cadavérique, tendue et tiraillée de souffrance. Les marques carmines qui recouvraient le visage de Don Thousand déchiraient désormais sa peau, comme d'horribles tatouages coupants et sanglants. Astral ne parvenait pas à voir ses yeux, mais il les percevait, rougeoyants comme des braises, sous la masse de cheveux sombres qui avait commencé à s'allonger, hésitante. Rouges... Rouges, comme les yeux de Yuma. Ceux de Don Thousand étaient bicolores, l'un bleu, l'autre carmin. Et ses cheveux étaient restés indigo, et non pas blonds et rose. Astral sentit son coeur s'emballer dans sa poitrine. Un espoir... Une stupide, irrationnelle lueur d'espoir s'alluma brusquement dans son coeur, malgré l'épouvantable spectacle qu'il avait sous les yeux. L'espoir...
"Yumaaaaa !"
La créature redressa son dos courbé pour le dévisager. Le regard rouge de Yuma -car c'était toujours ses yeux- était hagard et abruti de souffrance, mais deux orbes éclatantes, l'une bleue, l'autre carmin, s'ouvrirent dans la masse informe pour le dévisager. C'est en rencontrant ce regard qu'Astral réalisa que deux des tentacules de la créature tenaient Shark et Rio en otage, suspendus dans les airs, complètement à la merci de ce monstre.
"Shark ! Rio !
-Astral ! cria à son tour la jeune fille. Argh, lâche-moi tout de suite !"
Elle lutta quelques instants contre le tentacule, qui raffermit soudain sa prise autour d'elle, lui arrachant un cri de douleur. Après quoi, une sorte d'énergie rouge se mit à pulser autour de son corps comprimé. Rio redressa la tête, les yeux écarquillés et la bouche ouverte sur un cri qui ne parvint pas à passer le seuil de ses lèvres. La lueur rouge l'engloba, l'emprisonna, puis le tentacule qui le tenait fut soudain parcouru de petites brillances violacées, comme les lueurs diffuses d'une étoile lointaine, qui remontèrent le monstrueux appendice pour rejoindre le corps noir de la créature. Le même traitement avait été réservé à Shark, qui luttait de plus en plus faiblement contre le tentacule qui le retenait. Les mâchoires serrées, de la sueur perlant à son front, il gardait les yeux fixés sur sa sœur, déchiré par son incapacité à l'aider.
"Ri... Rio...
-Régi... nald...
-Ça suffit, Don Thousand ! s'écria Astral qui ne pouvait plus en supporter davantage. Relâche-les, tu m'entends ?"
Les yeux bicolores, qui étaient resté fixés sur lui, cillèrent puis la créature se pencha, arrachant un râle de douleur à Yuma.
"Astral, fit la voix profonde et imperturbable de Don Thousand. Il y a bien longtemps que j'attends ce moment.
-Qu'as-tu fait à Yuma, Don Thousand ?! aboya Astral, peu à peu envahi par une incroyable fureur -et par la peur, aussi.
-Moi ? Je n'ai rien fait, assura le dieu sans aucune émotion. Ce garçon portait déjà le chaos en lui. Je n'ai fait qu'en profiter pour me dissimuler à l'intérieur, tout au fond de son âme, dans les méandres les plus insondables. J'y suis resté pendant des mois, jusqu'à ce que..."
Les énormes yeux bleu et rose se levèrent vers la lune rouge qui brillait, éclatante, dans le ciel noir parcouru de lambeaux de fumée. Le coeur d'Astral se tordit.
"C'est donc elle qui te donne ta force, comprit-il, dépité de ne pas l'avoir réalisé plus tôt.
-C'est exact. Grâce à elle, et grâce à Yuma ici présent, j'ai pu libérer assez d'énergie pour m'affranchir de cette enveloppe humaine, si faible et si étriquée."
Astral serra les dents. Une enveloppe ! Faible et étriquée ! Comment osait-il parler de Yuma de cette façon ? Lui qui était la personne la plus forte, courageuse et déterminée qu'il avait jamais connue ! Lui qui était son frère d'âme, son meilleur ami ! Comment osait-il se servir de lui, le torturer de la sorte ? Le spectacle de sa forme suppliciée, tordue, percluse de violentes convulsions de douleur à intervalles réguliers, était insupportable. Impossible à regarder autrement qu'avec l'impression que son coeur allait se déchirer en lambeaux. Son pauvre Yuma souffrait tant...
"Et maintenant, que comptes-tu faire ? gronda Astral en s'efforçant de paraître ferme et inébranlable."
Les yeux de Don Thousand scintillèrent d'un éclat incandescent.
"Grâce à la force vitale de Nash et de Marine, répondit-il, j'aurai bientôt assez d'énergie pour me répandre aux quatre coins de cette misérable planète. Et quand j'aurai finalement absorbé l'âme de tous les pathétiques humains qui la peuplent, alors je pourrai m'élancer vers l'Astra World et enfin faire regretter à Eliphas de m'avoir banni.
-S'il t'a banni, c'est qu'il y avait une bonne raison, Don Thousand ! rétorqua Astral, de plus en plus conscient du danger qui s'accroissait au fil des minutes. Et quels que soient tes projets, tu sais très bien que je ne te laisserai pas faire !
-Oh, oui, je le sais, s'amusa Don Thousand, et la bouche de Yuma se tordit bien malgré elle en ce sourire froid et suffisant que le dieu arborait parfois. Si tu veux m'arrêter avant qu'il ne soit trop tard, il n'y a qu'une seule chose que tu puisses faire, Astral.
-Et qu'est-ce que c'est ? jeta l'ancien esprit, sur la défensive.
-Allons, Astral, tu le sais, susurra Don Thousand. Pour m'empêcher de détruire cette stupide planète et tous ses habitants, tu dois te débarrasser de mon réceptacle. En d'autres termes..."
Il se courba en avant comme pour apercevoir Yuma de ses énormes yeux bicolores, et le garçon poussa un long râle de souffrance, comme si le mouvement lui brisait les os. Astral suivit son regard, mais il avait compris. Il savait, bien sûr. "Astral, tu dois t'en aller, sinon il te fera encore plus de mal." Et quelle pire souffrance y avait-il que de devoir tuer de ses propres mains la personne à laquelle on tient le plus au monde ?
"Astral..."
Yuma redressa lentement la tête. Ses yeux épuisés, remplis de souffrance, en disaient plus long que la plupart des mots.
"Non..., murmura l'ancien esprit, déjà conscient de ce qu'il allait lui demander.
-Fais...-le... Je t'en prie..."
Astral recula, l'estomac tordu par une puissante nausée qu'il tentait de ravaler. Tuer son frère d'âme ? Laisser leurs deux mondes courir à leur perte ? Il réalisa alors, avec un désespoir insupportable, que, quoi qu'il choisisse, il ne pourrait pas sauver Yuma.
Ainsi, Don Thousand était certain de tenir sa vengeance.
