Chapitre 3 : Les deux Bleeker.
- Je suis curieux de voir où Eve ira.
- Ne change pas de sujet, gamin, déclara la vampire en se servant à boire.
Dumbledore soupira.
- Eh bien, Remus Lupin est... Il est un loup garou. C'est le seul élève de sa condition que j'ai accepté ici. Avec Eve, bien sûr. Disons que les autres enfants de son âge ont des parents moins tolérants et qu'ils préfèrent laisser leur progéniture en pâture aux médicomages pour le progrès de la médecine, au lieu de les laisser faire des études comme les autres, normalement.
- Des loups en moins, c'est toujours ça de pris.
Ally marqua une pause, puis quelque chose fit son chemin dans son cerveau.
- Tu ne m'as pas fait revenir ici pour assurer uniquement la protection de tes élèves, Albus, accusa-t-elle lentement.
- En effet. Je voudrais que tu lui parles un peu de votre monde, que tu l'aides à surmonter...
Elle eut une grimace de dégoût.
- Par qui a-t-il été mordu ? demanda-t-elle en suivant le loup des yeux.
Elle le savait, mais voulait confirmation. Celui-ci s'installait en face de James Potter en riant. Sirius Black vint s'asseoir à sa gauche.
- Fenrir Greyback.
Ally arqua un sourcil.
- Je crois que tu connais bien ce nom, commenta le vieil homme en lui tapotant le dos de la main.
- Je m'en doutais un peu, Albus. L'odeur répugnante du sang de Greyback coule encore dans ses veines. Si je le croise, je croquerais volontiers dans sa jugulaire, à ce chien félon. Pas parce qu'il a attaqué un de tes élèves, ajouta-t-elle quand elle le vit lever un sourcil. Il a... Volé quelques unes de mes proies dans le passé.
- Oh... Je l'ignorais. Mais...
Ally lui jeta un regard équivoque. Elle ne lui permettrait pas de juger ses goûts alimentaires. Puis, elle sirota lentement son hydromel, et embrassa la salle du regard. Diantre qu'elle aurait mordu quelques enfants. Ses yeux se posèrent sur le quatuor des Gryffondors. « Bien sûr qu'il était à Gryffondor. Comment pourrait-il en être autrement, vu son jeune âge et sa condition. »
Elle vit un garçon à l'air replet s'asseoir face à Sirius, et Lily se mettre à bonne distance des quatre fanfarons.
Les tables se remplissaient peu à peu, et une fois que la salle fût pleine, le regard d'Ally se tourna vers une personne qui la fixait. Elle lui rendit son regard.
- Le seul de sa condition, hein...
Dumbledore sembla embarrassé.
- Je te parlerai de ce cas-là plus tard. Voici venu l'heure de la Répartition.
En effet, le professeur McGonagall avait ouvert les Grandes Portes, et tenait un parchemin à la main. Derrière elle, toute une procession d'élèves avançait à pas mesurés, la plupart d'entre eux étant terrifiés.
« Planter mes dents dans leurs carotides... »
- Si ça ne tenait qu'à moi, j'en croquerais bien un tout cru, plaisanta Ally en se giflant intérieurement.
Dumbledore pouffa et reporta son regard sur les nouveaux arrivants. Eve fermait la marche, avançant de son pas élégant et posé. Elle faisait deux bonnes têtes de plus que les jeunes élèves. On voyait qu'elle retenait sa respiration, et qu'elle avait du mal à garder toute sa contenance.
- Je lui avais bien dit de manger plus. Cette idiote n'a pas voulu m'écouter. Il va me falloir faire un tour chez les Moldus après le repas, Albus, termina-t-elle en avalant la dernière gorgée de son hydromel.
- D'accord. Je compte sur toi pour intervenir en cas de problème. Je vois que mon hydromel te plaît ? Je le trouve exquis moi aussi, ajouta-t-il en levant sa coupe vers les élèves.
Ally hocha la tête, lançant un clin d'œil malicieux à Eve.
- Je ne t'ai pas complimentée pour ta tenue. Tu es très belle. Et tu fais très... Vampire, ainsi.
- On me présente comme telle, je dois tenir le rôle, répondit-elle simplement.
Ils se turent et observèrent les premiers nouveaux prendre place. Le Choixpeau entonna sa traditionnelle chanson, qui n'avait nullement manqué à Ally, prônant l'unité face à l'ennemi entre autres choses, et, après les applaudissements, le professeur de métamorphose déroula son parchemin.
- Quand j'appellerai votre nom, vous viendrez vous asseoir sur le tabouret et le Choixpeau vous répartira dans une des quatre Maisons.
Elle marqua une pause et s'éclaircit la voix.
- Abercrombie, Michael.
Il s'avança maladroitement vers le tabouret tandis que le professeur McGonagall lui plaçait le Choixpeau sur la tête.
- POUFSOUFFLE !
La table des jaunes et noirs applaudit, tandis que le jeune garçon les rejoignait, visiblement soulagé d'un poids invisible.
- Berkeley, Shay.
- Un autre ? demanda la vampire à son voisin.
- Volontiers, confirma le directeur tandis que la jeune fille était envoyée à Serdaigle.
- Bleeker, Evelyn.
Eve s'avança, et s'assit sur le tabouret.
- Ça y est, le moment de vérité, annonça Dumbledore.
Ally et Dumbledore se penchèrent légèrement en avant, attentifs. Le Choixpeau sembla vouloir prendre son temps. De là où elle était, Ally put voir qu'elle était immobile, mais le Choixpeau s'agitait sur le sommet de son crâne. Elle resta ainsi pendant quelques minutes.
La salle s'était tue, et observait la jeune fille qui portait le chapeau magique. James et Sirius observaient la fille qui avait partagé leur wagon avec grand intérêt.
- Un chapeauflou ?
Dumbledore acquiesça tout en fixant intensément le dos d'Eve.
Ally angoissait. Et si il était trop tard pour Eve ? Si elle devait repartir dans le prochain train ? Un tas de questions se bousculaient dans sa tête.
Finalement, un peu plus de cinq minutes après avoir été posé sur sa tête, celui-ci rendit son verdict.
- SERPENTARD !
La nouvelle fit l'effet d'une bombe.
Les Serpentard se levèrent pour la saluer, James Potter et Sirius Black soupirèrent de dépit, Ally regarda sa protégée, agréablement étonnée, Dumbledore applaudit tranquillement, et le professeur McGonagall annonça un autre nom. On sentait un brin de déception dans sa voix quand elle appela Carlson, Louise à venir s'installer sur le tabouret.
- Je m'attendais à tout sauf à ça, commenta Ally. Mais, ce n'est pas grave, je suis très fière d'elle.
Elle fit un petit signe à Eve qui le lui rendit en s'asseyant entre un garçon aux cheveux gras et un autre qui ressemblait étrangement à Sirius Black.
- Tu ne vas pas la déshériter ? demanda Dumbledore, amusé, tandis que Cooper, Marylin était envoyée à Gryffondor.
Ally le regarda, outrée.
- Non, voyons ! Et quand bien même je la déshériterais, à quoi cela servirait-il, puisqu'elle a toujours tout ce qu'elle veut.
Elle toussota quelque chose à propos d'une « sale gamine manipulatrice ».
- Oh, je crois qu'elle a bien sa place à Serpentard alors.
- Nous verrons cela, déclara Ally. Y aura-t-il du chocolat au dessert ?
- Oui, probablement sous la forme d'une charlotte ou d'un fondant, selon ce que nos elfes auront préparé. Mais il y en aura.
- Alors j'ai hâte d'être au dessert.
L'élève Levinson, Kelsey venait d'être envoyée à son tour à Serdaigle.
- McFarlane, Anastasia.
- Tu feras attention à cette jeune fille. C'est la fille du Ministre, ajouta-t-il devant son air interrogateur.
Ally acquiesça lentement, fixant longuement la fille pour se remémorer les détails de son apparence et l'odeur de son sang.
- Ally...
Celle-ci se retourna vivement tandis que la fillette était envoyée à Poufsouffle.
- Arrête ça.
- Navrée, dit-elle avec l'air d'être tout sauf navrée.
Elle secoua la tête tandis que le professeur McGonagall s'asseyait à gauche du siège directorial.
- Le professeur de Défense contre les Forces du Mal n'est pas arrivé ? s'enquit-t-elle.
- Il arrive justement, fit remarquer Ally en désignant du pouce la petite porte derrière eux.
Celle-ci s'ouvrit, et un homme à l'air affable s'avança. Quand il s'avança vers la table des professeurs, le plafond magique sembla s'embraser et jeta des éclairs qui n'atterrirent jamais. Il y eut un mouvement de panique dans la foule, tandis que tous les élèves, ou presque, se mettaient à hurler de frayeur.
Ally se leva d'un bond, et le fit taire d'un geste de la main, qui consistait en quart de tour de paume sur la droite. Le calme revint mais tous les regards convergèrent vers elle, mince silhouette toute vêtue de cuir. Elle se tourna vers le nouvel arrivant, qui vint s'asseoir à sa droite. La vampire eût une drôle d'impression tandis qu'il serrait la main de Dumbledore. Elle fronça les sourcils.
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« Et après, c'est à moi qu'on dit de ne pas me faire remarquer le premier jour... Bien joué maman. »
Eve reporta son attention sur son assiette qui contenait un steak très saignant. Elle se saisit d'un morceau de pain et sauça son assiette. Un substitut avant son prochain repas.
- Vous avez vu cette femme ? grommela le garçon sur le banc d'en face.
- On était là, nous aussi, Wilkes.
Le garçon qui avait répliqué au dénommé Wilkes lui tendit la main.
- Je suis Evan Rosier. Lui, c'est Andrew Wilkes. Severus Rogue (il désigna le garçon aux cheveux gras à la droite d'Eve), et Regulus Black. Il y a Marcus Avery, un peu plus loin, et Mulciber, qui doit être parti chercher des pommes de terres. C'est quoi, ton nom ?
Eve trouva sa façon de parler peu cavalière. Elle avait pourtant été la seule à se faire répartir en cinquième année et était restée plus de cinq minutes sous le Choixpeau. Elle était sûre qu'Evan Rosier savait pertinemment comment elle s'appelait.
- Evelyn Bleeker.
- Tu n'es pas de sang pur.
Ah, voilà pourquoi il lui avait redemandé son nom.
- Sang Mêlé de par ma mère.
Rosier haussa les épaules et héla Mulciber qui revenait avec une saucière.
- Ne fais pas trop attention à Rosier, lui chuchota le dénommé Rogue, comme s'il avait remarqué sa réaction. Enfin si, fais-y attention, mais ne t'arrête pas sur ses paroles. Tu es en quelle année ?
- Cinquième.
- Alors tu seras avec Regulus. Tu n'auras qu'à le suivre pour les cours de tronc commun. Tu étais où, avant ?
Eve acquiesça.
- J'étudiais chez moi.
Il hocha la tête à son tour.
- Black, Bleeker est dans la même année que toi.
Regulus Black ressemblait à un garçon qu'elle avait vu dans le train.
- Eh, mais tu es le frère de Sirius Black ! s'exclama-t-elle.
La réaction ne se fit pas attendre.
Regulus lâcha son verre, qui rebondit sur sa robe et alla se fracasser au sol. Evan Rosier serra si fort les poings qu'il en tordit sa fourchette. Severus Rogue blanchît. Les autres élèves autour d'elle s'étaient tus.
- Euh... J'ai dit quelque chose de mal... ? demanda Eve d'une petite voix.
- Ne... Jamais plus... Prononcer son nom... Devant moi.
Regulus se leva et alla s'asseoir plus loin.
- Je suis désolée, bégaya Eve. Je ne savais pas...
- C'est rien, murmura Severus. Son frère est à moitié renié de sa famille.
- Pourquoi ?
- Il est à Gryffondor.
- Rien que ça ? dit Eve en haussant un sourcil.
- Ouais. La honte de la famille. Un vrai petit traître à son sang, si tu veux mon avis, grogna Evan en mordant rageusement dans son steak.
Ce que lui avait dit Sirius dans le train prit alors tout son sens. Elle se promit de passer sous silence le fait qu'elle ait partagé son compartiment avec lui.
- Tu connais déjà le renégat Black ? demanda Evan.
Et zut.
- J'en ai entendu parler dans le train, prétexta-t-elle.
Evan Rosier ne chercha vraisemblablement pas à en savoir plus. Regulus Black revient un quart d'heure plus tard en jetant un regard noir à Eve, qui se tassa sur sa chaise. Dumbledore se leva et demanda le silence.
- Qu'est-ce que le vieux fou va encore nous sortir, cette année...
Eve sourit. Elle avait souvent entendu Ally le traiter de vieux fou.
- Je vous souhaite chaleureusement le bonsoir, dit-il en écartant les bras. Je souhaite la bienvenue aux nouveaux élèves...
Il adressa un signe de tête à la table des Serpentard, et plus particulièrement à Eve.
- Et je salue le retour des anciens ! Une nouvelle année d'apprentissage de la Magie vous attend...
- Eh bien, il ne varie pas beaucoup.
- Ferme la, Mulciber, gronda Rosier en dardant sur lui ses yeux noisette.
- … Comme d'habitude, les élèves qui voudraient jouer dans leur équipe de Quidditch devront donner leur nom au directeur de leurs maisons respectives. Nous cherchons également de nouveaux commentateurs pour les matches...
- Tu m'étonnes, le dernier est toujours à Sainte Mangouste, ricana à haute voix un élève à la table des Serpentard, déclenchant quelques rires à travers la salle.
- … Nous sommes heureux d'accueillir cette année deux nouveaux enseignants dans notre équipe, tout d'abord, Miss Ally Bleeker.
Ally se leva, et fit une légère révérence, pleine de grâce. Les élèves de Serpentard regardèrent tour à tour la jeune femme et Eve, qui se fit encore plus petite sur son tabouret.
- C'est... C'est ta mère ?! vomit Avery.
Les yeux de tous se déplaçaient encore entre les deux Bleeker lorsque Dumbledore reprit la parole.
- Le professeur Bleeker est une de mes plus vieilles amies qui a gentiment accepté de prendre le poste de maître alchimiste.
- Alchimiste ?
- Alchimiste ?
Le mot se répéta en écho. La plupart des élèves se demandaient quelle était cette matière, et s'ils pouvaient la prendre en option.
« C'est à cause de ses beaux yeux bleus », ricana Eve en son for intérieur tandis que son aînée se rasseyait.
Seuls les élèves de sixième année savaient de quoi il retournait, et ils passèrent le message à leurs condisciples.
- Nous accueillons également Mr Jacob Burgess, qui prendra le poste de professeur de Défense contre les forces du Mal.
Un homme d'une trentaine d'année se leva et fit une révérence.
- Il les prennent de plus en plus jeunes, commenta Mulciber.
- Vas-tu la boucler ? grogna Rosier en le frappant à la tête.
Dumbledore marqua une pause, attendant le silence. Quand ce fut le cas, il poursuivit.
- Je n'insisterai jamais assez sur les dangers que représente cette situation, et sur les précautions que chacun d'entre nous doit prendre pour assurer notre sécurité. Les fortifications magiques du château ont été et seront de nouveau renforcées dans les jours à venir. Mais nous devons nous garder soigneusement de toute imprudence, que ce soit de la part des élèves ou de celle des enseignants. Je vous demande donc instamment de respecter les restrictions qui pourraient vous être imposées pour des raisons de sécurité, aussi détestables qu'elles vous paraissent - en particulier l'interdiction de vous trouver ailleurs que dans votre lit en dehors des heures autorisées. Je vous supplie, au cas où vous remarqueriez quelque chose de suspect à l'intérieur ou à l'extérieur du château, d'en informer immédiatement un professeur, dans l'idéal, Miss Bleeker et Mr Burgess ici présents, ou moi-même. Je compte sur vous pour accorder, dans votre conduite quotidienne, la plus grande attention à votre sécurité et à celle des autres.*
Il balaya la salle de son regard bleu, puis il sourit de nouveau.
- Mais maintenant, des lits tièdes et confortables vous attendent et je sais que votre première priorité sera d'être parfaitement reposés pour vos cours de demain. Souhaitons-nous donc bonne nuit. Salut !
Rosier, préfet, et Mulciber, suivit par Avery et un couple qu'Eve ne connaissait pas, se levèrent et sortirent en conversant entre eux.
- Tu devrais te méfier de ces cinq là, murmura une voix à son oreille.
- Et pourquoi cela, Regulus Black ? s'enquit-elle.
- Simple suggestion, affirma-t-il en la contournant pour aller à leur suite.
Janet Farley commença à appeler les élèves de première année, Eve se tourna alors instinctivement vers celle qu'elle considérait comme une mère. Elle lui faisait signe de venir. Alors elle se dirigea vers Ally et Dumbledore qui étaient au bas de l'estrade. En chemin, quelqu'un lui barra le passage.
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- Serpentard, hein, grogna Sirius.
Il était vraisemblablement frustré de ne pas avoir cette jolie fille dans sa Maison. Lily s'approcha d'eux, n'osant pas intervenir pour le moment. Ils ne représentaient pas une menace directe pour Eve.
- Si on avait su, poursuivit-il.
- Laissez-la tranquille !
Ce n'était pas Lily qui avait parlé. Tous se retournèrent vers la silhouette trapue de Peter Pettigrow.
- Pet' ?
Celui-ci rougit violemment, et se reprit :
- Ne perdons pas de points le premier jour. McGonagall regarde par ici.
Peter, la voix de la sagesse. Lily l'en remercia intérieurement.
- T'as raison, grommela James en suivant Sirius qui commençait à partir.
Remus et Lily les regardèrent refermer les Grandes Portes. Il ne restait plus qu'eux trois, et un peu plus loin, le professeur Bleeker était absorbée dans une conversation très vive avec Dumbledore.
- Excuse-le, commença Remus. C'est sa haine des Serpentard. Il ne faut pas le prendre personnellement.
Eve acquiesça, pensive. Remus se dirigea vers la table des professeurs.
- S'ils te font des misères, n'hésite pas à aller voir Slughorn, c'est ton directeur de Maison. Le bonhomme bedonnant que tu as vu au banquet, précisa-t-elle devant l'air sceptique d'Eve.
- Je tâcherai de m'en souvenir.
- Bienvenue à Poudlard, Eve, termina Lily dans un sourire. Je vais aller remercier le préfet-en-chef, c'est lui qui a ramené les première années au dortoir. On se verra peut être aux intercours.
- D'accord. Bonne nuit, Lily.
Elle lui fit un vague signe de la main.
- Remus ?
- J'arrive, s'exclama celui-ci en courant vers les portes pour partir à sa suite, après avoir adressé un sourire à Eve.
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Une fois que la porte se fut fermée, elle sentit deux bras protecteurs l'enlacer. On lui planta un baiser sur le sommet du crâne, et elle reconnût l'odeur caractéristique d'Ally.
- Félicitations, Eve.
- Merci, m... Ally, se reprit-elle.
- Je suis fière de toi, dit cette dernière d'une voix tendre.
Dumbledore se racla la gorge. Elles pivotèrent d'un bloc, et il sourit.
- Ally, une réunion des enseignants est prévue dans quelques minutes. Si tu veux bien...
Elle se tourna vers Eve.
- Oh, ne t'inquiète pas pour elle. Mikky va la raccompagner à vos appartements. Mikky ?
Un elfe aux yeux énormes et aux oreilles dignes d'un fennec se matérialisa devant eux. Il était vêtu d'un pagne crasseux, et semblait si faible qu'on s'attendait à le voir s'évanouir à tout moment.
- Pourrais-tu raccompagner cette jeune fille aux appartements de Miss Bleeker ?
- Oui, Albus Dumbledore monsieur, acquiesça l'elfe faiblard en faisait une courbette.
Eve se lança à la suite du petit elfe en dehors de la Grande Salle. Ally, elle, suivit Dumbledore qui l'invita à passer la petite porte. Avant d'entrer, elle éteignit les bougies de la salle d'une pichenette aérienne.
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Sirius se jeta sur son lit, à plat ventre, et soupira d'aise. Retrouver son dortoir et son lit à baldaquin lui redonnait un petit coup de fouet, et il ne se sentit pas de dormir tout de suite. Alors, il enfila son pyjama en même temps que ses compagnons, et se glissa dans les draps frais, croisant les mains derrière sa tête. Après plusieurs minutes de réflexion, il lança :
- J'aurais préféré qu'elle aille à Gryffondor.
- Qui, Eve ?
- Qui d'autre, James, soupira Remus.
- Tu dois être très déçu, alors.
- On parie qu'elle va finir comme eux ? Comme ce faux frère de Regulus ? Vous avez vu comment elle leur parlait au banquet ?
- Elle essayait juste de nouer des liens, pour être moins seule, dit Remus dans un nouveau soupir.
- Nouer des liens ? Nouer des liens ?! répéta Sirius, ébahit.
- Je disais juste ça comme ça, pas la peine de t'énerver.
- Je rejoins l'avis de Sirius. Nouer des liens avec eux, quelle idée. Dix gallions que ça se fait avant la fin de l'année, lança James.
- J'ai pas dix gallions à mettre dans un tel pari, gémit Peter.
- Pari tenu, acquiesça Sirius.
Remus soupira derechef et se tortilla dans ses couvertures pour être plus à l'aise.
- Comment peut-on nouer des liens avec eux ? répéta Sirius.
- En étant de la même maison, dit Remus, comme si c'était l'évidence même. Qu'est-ce que vous comptez faire ?
- Déjà mettre les choses au clair, commença James. Elle a dit à Sirius qu'elle n'était pas la fille de la prof. Moi, je serai plus enclin à croire qu'elle nous ment. Je l'ai vue se comporter comme si Miss Bleeker était sa mère. Et puis leur ressemblance, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Les mêmes cheveux noirs, la même forme de la mâchoire...
- Oui, approuva Sirius. Ensuite... Je ne sais pas, essayer de la mettre en garde contre eux, lui faire savoir qu'ils ne sont qu'un aimant à mer...
- Sirius, laisse-la se faire une idée toute seule, coupa Remus. Et puis on se fiche de savoir si oui ou non elle est sa fille.
- D'ailleurs, pourquoi tu fais une fixette sur Eve ? s'enquit James.
- Je fais QUOI ?! s'écria Sirius.
- Une fixette, répéta James. Tu n'as pas arrêté de parler d'elle au banquet. Tu es amoureux ?
- T'es pas bien, mon vieux, affirma-t-il en tirant sur ses couvertures.
Il y eut un silence.
- En tout cas, reprit Sirius. Il va falloir redoubler de vigilance. S'il y a encore une attaque contre un Gryffondor, je ne répond plus de moi.
- Toujours amoureux de Mary ? demanda son meilleur ami.
- D'abord Eve, maintenant Mary. Tu dérailles vraiment, Jamesie.
- Je voudrais te caser avant la fin de l'année, plaisanta celui-ci. D'ailleurs, je voudrais tous vous caser avant la fin de l'année.
- Utopie, pouffa Remus. Commence déjà par te caser toi-même.
- Et donc, pourquoi crains-tu une nouvelle attaque ? poursuivit James, ignorant la pique de Remus.
Sirius lui raconta alors ce qui s'était passé dans le train avec Miss Bleeker.
- Elle n'est pas normale, cette femme-là.
- Et c'était quoi cette arme ?
- Sûrement pas une baguette. Elle faisait peur, elle avait l'air comme... Possédée.
- L'arme ? s'enquit Peter.
- Mais non, Bleeker ! Je crains aussi que la fille ne soit à l'image de la mère. Quoiqu'une vague de décès chez les Serpentard ne serait pas sans me réjouir.
- On ne sait même pas si elle est vraiment sa fille, objecta Remus.
- Sa fille, sa sœur, quelle importance. J'ai la désagréable impression qu'elles sont sorties du même moule. De toute façon, on le saura bien assez tôt.
Il leur expliqua ensuite qu'il irait soit voir le professeur Bleeker après les cours, soit faire une nouvelle blague aux Serpentard de manière à faire cracher le morceau à la jeune fille avec du chantage.
- Et pourquoi pas verser du Veritaserum dans son jus de citrouille ? demanda Remus.
- Parce que je n'en ai pas. Et que nous n'avons ni le temps ni l'adresse pour en préparer.
Ils se souhaitèrent bonne nuit, et s'endormirent, les uns après les autres. Sauf Sirius, qui resta les yeux rivés au plafond, un regard bleu glacé hantant ses pensées.
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Dumbledore avait conjuré des fauteuils en chintz et les avait répartis en cercle dans la petite pièce. Ally s'assit à côté du professeur McGonagall et croisa les jambes.
- Bonsoir chers enseignants. Comme chaque année depuis trente ans, nous changeons de professeur de Défense contre les forces du Mal, bien contre notre gré. Le professeur Burgess, comme vous le savez, a aimablement accepté de prendre ce poste. Souhaitons lui bon courage, et surtout bonne chance.
Il y eut quelques paroles de bienvenue. Ally contempla les différents objets de verre suspendus aux étagères. De petites fioles contenant des filaments nacrés étaient disposés ça et là.
« Ce sont des souvenirs... »
Dumbledore tendit un petit tas de rouleaux de parchemin au professeur Burgess.
- Des évènements sombres sont à venir, reprit-il quand le silence se fit. Ce pourquoi le professeur Bleeker nous rejoint cette année, et, je l'espère, pour les années à venir.
Il lui jeta un regard entendu auquel elle répondit par un plissement d'yeux.
- La petite particularité de Miss Bleeker est qu'elle n'est pas tout à fait humaine. Miss Bleeker est un vampire.
Quelques enseignants se turent, mais le professeur Slughorn se pencha un peu en avant, soudainement captivé.
- Je lui ai proposé un travail et une certaine sécurité, une stabilité pour sa...
Ally haussa un sourcil.
- Pour sa fille, Evelyn Bleeker, lâcha Dumbledore. Miss Bleeker assurera donc les cours d'alchimie, comme je l'ai annoncé au banquet. J'ai une confiance infinie en elle. S'il y a le moindre problème en mon absence, ou en ma présence, je vous conjure de lui en référer. Elle assurera la sécurité du château en tandem avec les Aurors.
Il se dirigea vers un bureau derrière lui, et prit un nouveau tas de parchemins, cette fois-ci beaucoup plus épais. Elle les parcourût rapidement, et constata qu'il s'agissait de son horaire, et de la liste de ses élèves, ainsi qu'un paragraphe sur les mouvements des élèves au cours de la journée . Il y avait également un énorme dossier, qu'elle pagina en hâte.
« Au moins, il a eu la bonne conscience de me reléguer aux cachots, et de me mettre les cours au soir. »
Elle avisa alors les autres professeurs, qui se voyaient aussi remettre des parchemins. Son regard s'arrêta sur le professeur Burgess. Il était grand, et portait ses cheveux longs noués en catogan. Ils étaient d'un blond doré tout à fait exquis. Il lui adressa un sourire aimable quand il s'aperçut qu'elle le regardait. Ses yeux rieurs étaient très beaux, pensait Ally en lui rendant son sourire. C'était un charmant jeune homme, et l'idée de goûter sa chair lui traversa l'esprit un court moment. Elle se gifla mentalement, tandis qu'il reportait son attention sur ses parchemins. Il se gratta un sourcil, et Ally se permit de regarder. Elle lui adressa un nouveau sourire, railleur cette fois. Ally n'avait qu'un seul niveau pour ses cours, lui devrait dispenser son enseignement à de nombreuses classes.
« Parfait, songea-t-elle. Farniente toute la journée, endurer des gamins dont la cervelle est vide le soir, et tours de garde la nuit. »
Elle espérait pouvoir avoir un peu de temps à passer avec sa protégée. Elle se leva en même temps que les enseignants, mais fût retenue par Dumbledore. Il jeta un Assurdiato sur la porte, et se tourna vers elle.
- J'aurai du temps à passer avec Eve ? demanda-t-elle de but en blanc.
- J'ai aménagé son horaire pour que tu sois un peu avec elle.
Ally soupira de soulagement.
- J'ai aussi aménagé celui de Mr Lupin pour que vous ayez du temps... Histoire que tu lui expliques qui il est vraiment. La vérité, ajouta-t-il devant son air sceptique. Pas la version que lui ont fournit les médicomages et les autres sorciers.
- Je vois. Quand est-ce que je suis supposée le voir ?
- Le samedi après midi, juste avant le dîner.
- D'accord.
- Je te laisse réfléchir à la façon dont tu t'y prendras pour l'aborder. Bien évidemment, je ne veux pas de rapport sur le contenu de vos conversations. Tu as mon entière confiance.
Ally acquiesça, puis elle repensa à quelque chose.
- Albus, je...
- Je t'autorise à aller et venir dans Poudlard comme bon te semble. Tu as accès à l'entièreté du château, maintenant.
- Tu utilises ta fichue légilimancie sur moi ? demanda-t-elle, dangereuse, prête à dégainer le poignard qui se trouvait dans la doublure de sa botte.
- Non. Mais je me doutais que tu ferais référence au repas d'Eve.
Ally acquiesça. Quelques minutes plus tard, elle sortit du château en courant. Arrivée au portail, elle freina brusquement, salua les Aurors et se volatilisa.
Elle se matérialisa quelque part dans le Londres Moldu. Elle repartit une fois qu'elle eût trouvé ce qu'elle cherchait, mais fût, une nouvelle fois, pointée par trois baguettes.
- On se détend. Je rapporte ça, dit-elle en désignant son sac de voyage très volumineux.
- Inspection, déclara un gros Auror joufflu.
Ally leva les yeux au ciel et ouvrit son sac à contrecœur. L'homme fit un bond en arrière et déglutit.
- Navrée de vous avoir choqué, dit-elle avec l'air faussement désolée. Mais ceci est ma nourriture. Bonne soirée, messieurs.
L'Auror la laissa passer, tandis que celui qu'elle avait vu avec Eve à la sortie du train lui jetait un regard désolé. Il forma sur ses lèvres les mots « chef » et « intraitable ». Ally arqua un sourcil et refit le chemin vers le château.
« La prochaine fois, je ramène un pain de C-4, se promit-elle. Rien que pour voir leurs têtes. »
Arrivée devant les Grandes Portes, elle se sentit stupide. Où étaient ses appartements ? Elle y trouverait Eve. Dumbledore ne lui avait rien dit. Elle ne détectait pas son odeur d'ici.
« On va aller demander... » Et elle se mit en route pour le bureau de Dumbledore.
Elle se sentit doublement bête en arrivant dans la gargouille, car elle ne connaissait pas le mot de passe. Elle fouilla sa mémoire, à la recherche d'un quelconque indice que Dumbledore pourrait lui avoir laissé.
- Voyons... Hydromel aux épices ?
A son plus grand étonnement, la gargouille s'écarta, dévoilant son escalier.
- Hydromel aux épices ? répéta-t-elle, ébahie.
- Eh bien entre, qu'attends-tu donc, lança la voix du directeur depuis le haut de l'escalier.
Elle remonta son sac sur son épaule et grimpa. Dumbledore était en train de manger quelques bonbons.
- Tu vas finir par avoir une gangrène des dents, gamin.
Il lui sourit joyeusement.
- Il faut que tu m'emmènes à mes appartements, précisa-t-elle. Tu m'avais promis de le faire.
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Le lendemain matin, Sirius se réveilla avec un étrange malaise. Il s'étira et se rendit sous la douche. Quand l'eau toucha sa peau, il hurla. Il était courbaturé de partout, et ressentait des sortes de frissons désagréables. Peut être était-il malade ?
Il abrégea son calvaire et se vêtit rapidement. James dormait toujours, mais Remus regardait le plafond.
« J'avais oublié qu'il se levait tôt... »
Alors il secoua James pour le réveiller.
Ils descendirent déjeuner, l'esprit encore un peu embrumé. La personne que Sirius aurait aimé voir n'était pas là. Ou peut être que si, sous le capuchon de la silhouette qui se tenait devant Dumbledore. Elle portait vraisemblablement des gants de velours, et sa cape pourpre était tout ce qu'il pouvait nettement distinguer. Quand elle traversa la Grande Salle, son habit fît tâche dans la masse des élèves vêtus de noir. Beaucoup de regards convergèrent vers elle, notamment le sien et celui de Remus. On devinait une femme, de par ses atouts qui donnaient des formes à son habit. Elle passa devant eux, et Sirius aurait juré l'avoir vu bailler.
- Mr Black, répéta une voix derrière lui.
- Hein ? Oh, pardon, professeur, vous disiez ?
Le professeur McGonagall soupira et lui tendit son emploi du temps. Il le regarda, et se souvint de quelque chose.
- Ah, je me souviens... Désolée James, mais je ne viendrai pas avec toi en alchimie.
McGonagall l'interrompit.
- Black, le professeur Bleeker est tout à fait disposée à prendre dans sa classe les élèves qui ont obtenu un Acceptable en botanique.
- Bon, dans ce cas...
Elle tapota le bout de parchemin, et cinq heures d'alchimie vinrent s'ajouter à son horaire. Remus reçut le sien et fronça les sourcils, tandis qu'elle distribuait celui de Marlene McKinnon.
- C'est une option très lourde, l'alchimie ? demanda-t-il, posant tout haut la question qu'ils se posaient tous tout bas.
- L'alchimie est un enseignement de spécialité, bien qu'il ne compte que comme une mention supplémentaire lors de vos ASPIC. Cela permet de voir quelles personnes auront besoin d'une préparation ou non avant d'entrer en médicomagie ou dans la recherche. Je crois qu'une heure est consacrée au soutien, mais vous verrez cela avec Miss Bleeker.
Elle donna son horaire à Lily Evans, et Sirius vit James se pencher pour le lire.
- Lily-jolie, tu vas devoir me supporter cinq heures de plus par semaine, chantonna-t-il, tout guilleret.
Elle soupira de dépit, et s'éloigna avec Marlene et Mary Macdonald.
- Au moins, on sera tous ensemble. Mary et Marlene ont alchimie aussi. On sera un peu moins seuls face à Vous-Savez-Tous-Qui.
Remus lui jeta un regard horrifié.
- James ! Tu viens de comparer Miss Bleeker à V...
- Elle était terrifiante, argua Sirius en le coupant. De toute façon, on ne l'a pas avant mercredi. J'aurais mieux fait de la fermer et de ne pas prendre cette matière, je ne veux pas revoir ce monstre.
James lui jeta un regard offensé.
- Et tu m'aurais laissé seul ?
- Il y a Remus et Pet'. Et Evans.
Il fit la moue.
- Mais tu n'as plus le choix maintenant. Endurons ensemble ce fantastique cours qu'est l'alchimie, lança James d'un ton qui se voulait héroïque. Bon, maintenant que c'est dit, nous avons double cours de Sortilèges... Avec les Serdaigle. Est-ce que Servilus a prit la même option que nous ?
- Pour sûr, ricana Sirius. Tu aurais vu sa tête quand tu as lancé ta tirade. Il t'a entendu, et il a l'air horrifié maintenant.
- Il n'avait qu'à rester avec ses petits copains Mangemorts. Allons-y.
Quand ils quittèrent la salle, Remus bouscula accidentellement une personne, qui le regarda étrangement. Elle portait une cape de voyage, grise cette fois. Sirius se rendit compte que c'était Eve, et se demanda si Remus l'avait fait exprès.
- Euh, pardon, marmonna Remus.
Elle haussa les épaules et se dirigea vers la table des Serpentard.
- Tous les mêmes, commenta Sirius.
- Arrête, Sirius, elle ne m'a pas insulté !
- Ne te braque pas. Cela va bientôt arriver, de toute façon.
- N'importe quoi.
- Tu n'as pas passé cinq minutes avec cette fille ! Elle est trop bizarre !
- Bizarre ne veut pas dire méchante.
- Sa mère l'est.
- Peut être pas elle.
- Bizarre et Serpentard.
Remus soupira. Sirius sût qu'il avait marqué un point.
- T'as gagné.
Il jubilait.
Le professeur Flitwick leur distribua des bassines, et leur expliqua que les séances à venir seraient orientées vers la réalisation du sortilège Aguamenti. De sa petite voix fluette, il les répartit par groupes de deux et ils se mirent tous au travail.
Sirius parla une énième fois de l'attitude étrange de Miss Bleeker à James qui soupira :
- Mais enfin, cesse de ressasser tout cela... Aguamenti, dit-il quand le professeur Flitwick regarda vers eux.
- Ça me perturbe, James. J'ai rêvé de ses yeux démoniaques cette nuit...
James soupira encore une fois.
-On va essayer d'en savoir plus dans les jours à venir, concéda-t-il.
Lily fût la première à réaliser son sortilège correctement, juste avant Remus. Tandis que le professeur accordait dix points à Gryffondor, l'attention de James se tourna vers la jeune femme.
- Ma Lily-Jolie ! s'extasia-t-il. Elle est parfaite !
- Aguamenti ! hurla cette dernière.
James fût aspergé de la tête aux pieds, déclenchant quelques rires à travers la salle.
- Miss Evans !
- Pardon, professeur. Ma baguette a dévié toute seule.
- Désolé vieux, dit Sirius en riant aux larmes, tandis qu'il essuyait ses lunettes avec un pan de sa robe.
Juste après leur cours de potions en commun avec les Serpentard, où Slughorn leur demanda de fabriquer un philtre de Mort-Vivante contre un prix que Rogue remporta haut la main, les Maraudeurs décidèrent de faire un petit pique-nique dans le parc. Ils passèrent aux cuisines et demandèrent des victuailles aux elfes, qui les leur apportèrent immédiatement. Ils s'installèrent sous un arbre, les jambes au soleil. Ils savouraient leur ragoût en regardant les filles qui passaient par là, lâchant quelques commentaires sardoniques. Peter, lui, sortit quelques fioles en cristal de son sac avec une infinie précaution.
- Qu'est-ce que c'est ? s'enquit Remus.
- Ça, Remus mon ami, ce sont des potions colorantes, agrémentées de poudre de verrue. Si vous voulez faire une farce, c'est le moment. Je les ai achetées chez Zonko, et j'ai moi-même ajouté la poudre.
- Sérieux ? s'exclama James en bondissant.
- Ne crie pas comma ça, James, Lily est dans le coin. Tu lui as bien promis d'arrêter les farces, non ?
Il se renfrogna et fourra ses mains dans ses poches. Ils débarrassèrent leur pique-nique après avoir rangé dans leur sac une part de gâteau au chocolat chacun.
Puis, ils allèrent faire un tour aux cachots.
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Au déjeuner, Evan Rosier reparut, l'air médusé et le teint légèrement verdâtre, comme s'il allait vomir. Il arborait également une chevelure à la magnifique teinte bleue électrique, parsemée de croûtes qui avaient vaguement l'air d'énormes pellicules entassées depuis des semaines.
- Jolie couleur, commenta Eve. Cela est assortit à ton teint.
Il haussa un sourcil horrifié quand elle lui tendit un petit miroir à main.
- Ce Black... commença-t-il.
- Oui ? demanda Regulus à sa gauche.
- Pas toi, grommela Eve. Ton f... Enfin, l'autre Black.
- Quelqu'un peut m'arranger cette abomination ? Une envie de meurtre me démange affreusement.
- C'fois bien que fe veste m'inchpi'e'ait la plus g'ande fympathie, affirma Regulus, la bouche pleine de corned-beef.
Eve eut une grimace de dégoût quant à l'attitude vorace de son camarade, puis elle se tourna vers Rosier et amorça un geste sec de sa baguette sur sa tête. Rosier crût qu'elle voulait l'assommer, mais elle s'arrêta à quelques millimètres de son crâne. Il frissonna.
- De quoi j'ai l'air ? Non, ne dis rien, donne-moi ton miroir, termina-t-il alors qu'elle s'apprêtait à lui répondre.
- Est-ce mieux ainsi ? demanda-t-elle tandis qu'il se saisissait du miroir.
- Nettement.
Il avait retrouvé ses cheveux châtains coupés en brosse. Eve avait ajouté quelques reflets roux.
- J'ai un peu forcé sur le roux, pour éliminer le cendré du bleu... Désolée.
- C'est très bien ainsi, affirma précipitamment Rosier. Merci, Bleeker.
- Tu devrais aller te laver, ta peau desquame vite. Mais pas de quoi, ajouta-t-elle.
- Quel est ce sortilège ? demanda Severus, tandis qu'Evan repartait avec un sandwich qu'Eve lui avait fait avec un morceau de baguette de pain, de la viande et quelques crudités. Normalement, les Sortilèges Informulés s'apprennent en sixième année...
- Je sais. J'ai eu un bon professeur. J'ai trouvé le sort dans un vieux numéro de Sorcière Hebdo. Je te le donnerai si tu veux arranger tes cheveux.
Comme elle voyait Ally passer près des portes, elle s'excusa et se leva prestement pour aller à sa rencontre.
- Hé !
- Eve !
- Tu ne dors pas ?
- J'allais voir le professeur Slughorn. Il me faut un somnifère, le tableau n'arrête pas de gémir... Tu n'as pas cours ?
- Potions dans un petit quart d'heure. Et toi ?
- J'ai ma journée. Enfin, ma soirée. Et j'ai reçu ma cargaison de chocolat. Passons un peu de temps ensemble, ce soir, veux-tu ?
- Volontiers. J'ai hâte que nos... Que l'autre partie de ce que tu as demandé à Dumbledore arrive, dit Eve en baissant la voix car des élèves passaient par là. J'ai très mal dormi cette nuit.
- Il m'a dit que ça arriverait d'ici une semaine. Tu vas devoir te contenter du matelas encore quelques jours.
- Ça me va, tant que ça n'excède pas une semaine.
Ally se tût et sembla réfléchir à toute vitesse. Elle fouilla dans sa poche et en sortit un bracelet élastique qu'elle passa au poignet d'Eve.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Je sais que ce n'est pas facile pour toi, Eve chérie. Mais ceci devrait t'aider. Je me suis moi-même servie de ce moyen pendant mes premières années, à ceci près que c'était une lanière de cuir et que cela faisait beaucoup plus mal. Je me donnais des coups de fouet, précisa-t-elle devant son air sceptique.
Elle lui avait alors suggéré de faire claquer l'élastique à chaque fois qu'une pensée sanguinaire lui traversait la tête. Une astuce de dressage, comme frapper votre chien avec un journal roulé. Eve en fût outrée, mais trouva le système pratique, bien qu'elle doutât de son utilité. Elle rangea l'idée dans un coin de sa tête, se disant que si Ally l'avait appliqué et que cela avait fonctionné, cela devrait aussi valoir pour elle.
- Je t'accompagne aux cachots ? demanda Eve en agitant sa main pour ranger le petit bracelet en caoutchouc sous sa manche. Il faut que je passe à la salle commune pour demander un truc à une des filles de ma classe.
- Si tu veux.
Eve retourna chercher son sac dans la Grande Salle, fit un geste à Regulus, lui signifiant qu'elle le retrouverait en potions. Alors qu'elles descendaient aux sous-sols, Ally lui demanda :
- Tu n'es pas dégoûtée par leur nourriture ? Toi qui est toujours réfractaire à leur mode d'alimentation...
- Je dois reconnaître que leurs pommes de terres sont délicieuses.
- Aha ! s'exclama la plus âgée en la pointant de l'index, victorieuse.
- Elles sont bien meilleures que celles que tu me donnais quand j'étais petite.
- Tu es toujours petite, Eve-cruelle.
Elle s'arrêta devant le bureau du professeur Slughorn, et Eve poursuivit son chemin, allant récupérer ses notes du cours d'Histoire de la Magie, auprès de Marietta McCormack.
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Le premier cours du mardi d'Ally se passa sans encombre, les élèves de Serdaigle avaient eu l'air intéressé par ce qu'elle racontait, même s'ils étaient quelque peu terrifiés par l'annonce de la condition de leur enseignante. Elle avait su les rassurer, et pour une fois, elle trouvait qu'elle ne s'en était pas trop mal tirée.
Elle passa le restant de son mardi soir à contempler les flammes, avec pour seule compagnie son chocolat favori et son cours prêt pour le lendemain, Eve étant en étude avec le reste des cinquième années. Elle avait eu l'air très contente de découvrir l'école la veille, lorsque Ally lui avait fait faire le tour du propriétaire. Elle voulait devenir médicomage, ou travailler avec des animaux fantastiques. Comme à chaque fois qu'elle parlait avec Eve de son avenir, un pincement au cœur l'avait saisie. Elle aurait voulu tout lui dire, mais elle s'était retenue de le faire, redoutant le moment où Eve apprendrait la vérité sur ses origines. Elle la haïrait sûrement. Et elle ne voulait pas que ce soit maintenant, pas alors qu'elles venaient de trouver un semblant de stabilité.
Ally leva les yeux vers la pendule au dessus de la cheminée, et constata qu'il était neuf heures du soir. Tout en se traitant mentalement de lâche, elle s'habilla d'un pantalon en jean noir et d'une chemise à manches longues de la même couleur, puis chaussa ses habituelles bottes par dessus son bas.
L'Auror Mason eut un frisson en la voyant aussi peu vêtue. Ally remarque qu'il s'était rasé le crâne, laissant apparaître sa peau noire qui brillait au clair de lune. Il marmonna quelque chose qui ressemblait à « j'avais oublié que les vampires n'avaient pas froid ».
- Il fait encore doux, Mr Mason.
Celui-ci haussa les épaules, provoquant un crissement de sa veste en cuir.
- Alors vous êtes de garde avec moi, c'est bien cela ? poursuivit Ally en regardant les étoiles.
- Tout à fait. Pour information, les élèves de cinquième année se rendent à la tour d'astronomie à minuit, le professeur Sinestra leur a donné une carte du ciel à remplir. Cela me rappelle ma jeunesse...
- Quel âge avez-vous, Mr Mason ? demanda Ally.
- Vingt-cinq ans, bientôt vingt-six. Je vais être père d'ici quelques mois.
- Un garçon, ou une fillette ?
- Une fille. Ma femme commence à prendre au niveau de la taille.
Il mima un ventre rebondi, et Ally rit.
- Avez-vous des enfants, Miss Bleeker ? demanda l'Auror de sa voix grave.
- Moi ? Dieu du ciel, non ! Je m'occupe d'Evelyn, qui est un peu comme ma filleule. Mais je n'ai jamais eu d'enfants.
- Peut être qu'un jour, dans quelques années, vous en aurez, alors nous nous reverrons, ici même, et nous parlerons encore d'enfants.
- J'aimerais, Mr Mason, commença-t-elle avec un sourire. Mais je suis stérile.
Elle avait dit ça d'un ton détaché, mais elle se doutait que Mason avait perçu son malaise. Bien sûr qu'elle aurait voulu avoir des enfants. Bien sûr qu'à un moment dans sa vie, elle avait désespérément essayé d'en avoir un, jusqu'à ce qu'elle apprenne que ce ne pourrait jamais être le cas, bien qu'elle fût réglée comme n'importe quelle femme. Elle avait été anéantie, méprisant ce corps qui refusait tout bonnement de porter la vie. Mais, petit à petit, elle avait réapprit à s'aimer, et avait reprit goût à son existence en se fixant son premier objectif. Puisqu'elle ne pouvait enfanter, elle sauverait des vies, fût-ce au détriment d'autres.
Elle rejeta ses cheveux en arrière et les attacha avec un petit élastique qu'elle avait piqué à Eve. Ils n'étaient pas assez longs pour qu'elle puisse les tresser comme elle en avait l'habitude avant, mais juste assez pour les attacher convenablement. Elle regretta un instant de les avoir coupés début juillet.
- Comment s'appelle votre femme ?
- Marilyn.
- Et votre enfant, comment s'appellera-t-elle ?
- Nous ne savons pas. Peut être Nesta, c'est le nom de ma belle-mère. Enfin, c'était... Je suppose que Mary voudra l'appeler ainsi.
- C'est très joli.
- Oui... Comment se sont passés vos deux premiers jours ici ? demanda l'Auror.
- Tranquilles, même si...
Sa voix mourût.
- Même si ?
- Dormir trois heures par périodes de quatorze minutes n'aide pas à récupérer, poursuivit-elle. Les élèves chahutent beaucoup devant ma porte. Peut être qu'ils veulent essayer de faire rire mon tableau, qui passe son temps à geindre. C'est insupportable.
- Je ne savais pas que les vampires dormaient.
- Il le faut bien, autrement la fatigue nous gagne, comme au temps de notre humanité.
- N'avez-vous pas demandé à Dumbledore de changer de tableau ?
- Si, bien sûr. Mais Agatha - c'est son nom - refuse formellement de bouger. Alors je dois supporter ses gémissements infernaux chaque jour.
L'Auror Mason rit à son tour.
Ils continuèrent à parler lors de leur ronde, jusqu'à ce qu'ils décident de revenir au portail pour que l'Auror s'alimente. Il s'installa sur un petit tabouret et déballa un sandwich.
- Mr Mason ?
- Miss Bleeker.
- Quelque chose bouge près du grand arbre là-bas.
- Je n'ai rien vu.
- Je vais voir ce que c'est. Mangez, mais restez sur vos gardes.
- Faites attention à vous.
« Ils sont tous fous ces humains. Sympathiser avec un vampire. Manquerait plus que je les croque, se dit-elle en chemin. Délicieux humains, savez-vous que j'adore votre sang et que je m'en abreuve chaque soir ? »
Elle se promit néanmoins de ne pas toucher à un cheveu de Nesta Mason.
« Je vais devoir faire une liste bientôt. D'abord Anastasia McFarlane, ensuite Nesta Mason. Combien de personnes vais-je devoir laisser sur le carreau ? Vais-je devoir changer de régime, tant qu'on y est ? »
* : Il s'agit du discours de Dumbledore présent dans le tome 6, modifié à ma sauce.
