Chapitre 4 :

Lorsque Kerensky se réveilla, la lumière du jour emplissait déjà la chambre. Les volets n'avaient pas été fermés la veille et il pouvait voir qu'il était en train de neiger. Il aimait la neige, ça lui rappelait certains jours heureux en Russie mais ça le rendait un peu nostalgique aussi.

Il regarda le radio réveil : il était 9 heures. Il était seul dans le lit et la place qu'avait occupée Joy était froide. Elle devait être levée depuis un certain temps. Il ne l'entendait pas remuer dans l'appartement mais il pouvait sentir la bonne odeur du café frais. Il n'avait pas de remords pour ce qui s'était passé cette nuit ; il en était même heureux. Après tout, si Joy voulait oublier Largo dans les bras d'un autre homme, il ne voyait pas pourquoi il ne l'aurait pas aidée. En plus, les amis, c'était fait pour ça ! Il se leva et enfila rapidement ses vêtements. La jeune femme les avait ramassés et mis sur la chaise qui se trouvait à côté de l'armoire.

Une fois habillé, il passa dans la cuisine. Joy s'y trouvait. Elle était assise devant la table et était en train de faire des mots croisés. Quand elle l'entendit entrer, elle le regarda et lui fit un sourire.

- Alors la Belle aux Bois Dormants, c'est à cette heure-ci qu'on se lève ?

- Je t'avouerais que ça n'est pas dans mes habitudes mais cette nuit quelqu'un m'a empêché de dormir ! Lui dit-il en lui posant un baiser sur les lèvres

Elle lui fit un petit sourire espiègle mais fit mine de ne pas comprendre le sous-entendu.

- C'est sans doute le voisin d'à côté, il a encore fait la fête toute la nuit ! Je ne sais pas ce que tu prends au petit déjeuner alors je t'ai fait des pancakes. Ajouta-t-elle en lui désignant de la tête une assiette sur le plan de travail qui était pleine de crêpes.

- Tu m'as fait à manger deux fois de suite ! Mais c'est que tu as raté ta vocation. Tu aurais fait une parfaite femme au foyer ! Se moqua-t-il gentiment en se saisissant de l'assiette

- Et si l'envie te prenait de le répéter, je me verrais dans l'obligation de te briser tous les os des mains !

- Tu vois, c'est pour ça que tu es toujours célibataire. Tu fais peur aux mecs avec ce genre de mots tendres !

Elle préféra ne pas lui répondre. Elle était encore un peu fatiguée par la nuit qu'elle venait de passer et, dans ces conditions, elle n'était pas sûre de parvenir à le battre s'ils se lançaient dans une joute verbale. Elle avait horreur de perdre. Elle se contenta de servir le café.

Quand elle se leva pour aller chercher la cafetière, Kerensky remarqua qu'elle portait une robe de chambre en satin qui lui arrivait à mi-cuisses. Il trouva que c'était très sexy. Lorsqu'il se rendit compte de la tournure que prenaient ses pensés, il se concentra vite sur autre chose. Le boulot, voilà un terrain sûr.

- Il est déjà tard. Je n'aurais pas le temps de tester entièrement le nouveau système de défense que j'ai conçu pour le réseau informatique avant ce soir.

- Tu n'es pas censé bossé aujourd'hui et tu comptes tout de même passer au bunker ?

Il la regarda étonné. Il ne s'était pas rendu compte qu'il avait pensé tout haut.

- C'est bien connu : Pas de repos pour les braves. En fait comme c'est le week-end, je suis sûr que Simon est sorti hier et je vais être tranquille toute la journée !

- C'est que j'ai des restes du repas d'hier et je pensais que tu pourrais m'aider à les finir.

Il se leva pour poser l'assiette qu'il venait de vider dans l'évier. Au lieu de retourner s'asseoir pour finir son café, il se mit derrière Joy et l'enlaça. Il n'était pas sûr qu'en parlant de restes elle faisait allusion aux fettuccine.

- C'est sûr que ça serait sympa de ma part de t'aider mais il reste encore plusieurs heures avant le déjeuner. Qu'est ce que tu me proposes pour patienter ? Lui demanda-t-il doucement en lui mordillant le lobe de l'oreille gauche pendant qu'une de ses mains était rentrée dans sa robe de chambre.

- Je n'arrive pas à finir mes mots croisés et j'espérais que tu pourrais m'aider. Lui répondit-elle d'une voix rauque.

Elle trouvait fou l'effet que pouvait avoir sur elle le Russe. Elle avait les jambes en coton et comme si ce dernier l'avait deviné, il la souleva de sa chaise et l'emmena dans la chambre.

Kerensky était allongé sur le dos et il tenait serrée Joy contre son cœur. Ils étaient fatigués mais heureux. Il devait être environ 13 heures mais aucun des deux n'avait le courage de tourner la tête en direction du réveil pour s'en assurer.

- Je crois que je ne vais pas passer au bunker aujourd'hui. Constata simplement Georgie

Il sentit Joy sourire contre sa poitrine.

- Je suis désolée. Je ne voulais pas te détourner de ton devoir !

Il pensa pour lui-même qu'elle ne donnait pas l'impression d'avoir de remords.

- Tant pis. J'aurai Simon sur le dos lundi !

La jeune femme avait bien remarqué qu'il n'avait ni parlé de passer au Groupe W dans l'après midi, ni le lendemain. Elle pouvait donc espérer qu'il allait rester avec elle pour le reste du week-end. Après quelques minutes de silence, Joy reprit la parole :

- En parlant de Simon, s'il apprend ce qui s'est passé entre nous, il va être intenable.

Georgie était bien de cet avis.

- Tu veux dire qu'il va faire de notre vie un enfer.

- Je crois que la seule manière de le faire taire ça va être de l'abattre !

Kerensky pensa un instant à ce qu'elle impliquait.

- Tu proposes, pour la sécurité de notre vice-président chéri, qu'on ne dise rien à personne ?

- Je pense que ça serait mieux pour le moment.

Kerensky était d'accord avec elle. Ce qu'il y avait entre eux était tout nouveau, et il ignorait encore où ça allait les mener. De plus, il était plutôt du genre très secret sur sa vie privée. Par contre, il ne connaissait pas les motivations qu'avait Joy pour garder leur liaison secrète. Est-ce que, comme lui, elle ne savait pas vraiment où elle en était et préférait attendre d'y voir plus clair, ou y avait-il un lien avec Largo ? Il préféra ne pas trop réfléchir à la question. Il chercherait une réponse à cette interrogation le moment venu.

En attendant, Simon pourrait dormir sur ses deux oreilles !!