bonjour bonjour, me voilà avec un nouveau chapitre qui a mis un sacré temps à arriver mais j'avais une excuse, c'était les exams, et pour me faire pardonner, il est sacrément long, enfin pour un de mes chapitres je veux dire.
j'ai choisi de m'arrêter à un endroit bien spécifique et pas avant, ce qui explique la longueur du chapitre, et c'est pas la peine de m'insulter à la fin, ayez confiance c'est tout ce que je vous demande^^
ah et je ferai ma diva en vous demandant des looongues reviews à lire dans mon lit parce que j'ai vraiment eu du mal à finir ce chapitre qui m'a paru interminable.
réponse aux reviews:
- alinette 74: je n'ai qu'une chose à dire, sors de ma tête bon sang et arrête de tout raconter à l'avance^^ ça ne va pas exactement se dérouler comme tu l'as raconté mais ça s'en rapproche et j'ai déjà prévu ce genre de situations, patience... et pour bella qui tient tête à alice, je rappelle a tout le monde qu'elles sont amies depuis 2 ans, donc c'est clair que bella sait comment lui parler. et merci beaucoup pour ces encouragements, comme d'habitude!
- poppiesss': mais continue d'aimer ma fiction, c'est fait pour ça, et je compte bien ne pas décevoir mes fidèles lectrices! j'ai décidé d'introduire victoria dans le récit d'une façon originale, j'espère avoir réussi en la transformant en voiture. et c'est typique de bella de s'énerver quand on parle de son camion. après, peut être pas autant... ce chapitre ne répondra peut être pas à tes attentes mais dis toi que tout est calculé, je sais exactement où je vais. ou presque. enfin j'espère que t'aimeras quand même
- petitpain: merci beaucoup, personnellement j'ai beaucoup de mal avec l'évolution que stephenie meyer a donné à plusieurs de ses personnages, j'essaie d'en rendre certains moins antipathiques sans occulter leurs défauts pour autant, en tout cas merci beaucoup
et donc, un merci général à alinette 74, oliveronica cullen massen, Poppiesss', crayoline, Joannie01, lapiaf83 et petitpain pour leurs reviews d'encouragement qui me font toujours chaud au coeur!
oh et je suis désolée pour le gros bloc que ça donne, mais je ne sais pas pourquoi le site ne retient pas mes modifications dans le texte...
Chapitre IV
- Il me le faut Bella. Maintenant.
Je retirai la main d'Alice de ma robe, en priant pour que dans sa précipitation, elle n'ait pas trouvé le moyen d'y faire un trou.
- Quand tu seras sage ma fille.
- Je suis sage !
- Quand tu seras plus sage alors.
Non, nous n'étions pas devant une quelconque vitrine à baver sur un vêtement ou encore de la nourriture. Nous étions devant Jasper, et Alice venait de passer en mode assoiffée devant une oasis. Le Peaks était plein à craquer et je me sentais déjà étouffer à la vue de cette foule grouillante. Evidemment, mon regard se porta en direction du bar et je n'essayai même pas de cacher ma déception en n'y apercevant pas Edward. Je ne voulais pas être ici. D'abord je n'aimais pas me coller aux autres, ça c'était mon côté agoraphobe ou plus radicalement misanthrope, ensuite j'aurais envie de mourir à la seconde où Edward me verrait affublée de cette manière. Je voulais le voir, mais pas comme ça. Comme d'habitude, j'étais en robe, juchée sur des talons vertigineux. Ca faisait plaisir à Alice alors pourquoi pas. Le problème c'était que je ne savais pas marcher avec ce genre de choses. Encore moins danser, mais le fait que même en converses la danse était ma hantise, devait jouer. Après mes aventures de samedi dernier, la dernière chose dont j'avais besoin en présence d'Edward était que je m'étale devant lui. Ou pire, que je me dandine. Je ne savais pas me dandiner. D'ailleurs, en parlant de ça…
- Jessica à 11h.
Alice jeta un regard sur sa droite. Elle était mignonne. Et ignorante. Ce n'était pas faute d'avoir admiré Tom Cruise dans Top Gun durant toute sa vie.
- 11h c'est à gauche, Alice.
En grande fille mature qu'elle était, elle me tira la langue, avant de vérifier que Jasper n'avait pas vu cet excès d'enfantillage. Ca ne risquait pas, cet abruti n'avait d'yeux que pour sa BimboLatino.
Alice me tira le bras d'un coup sec. Mini Hulk faillit me le décrocher avec sa force herculéenne. Malgré sa petite taille, elle avait plus de force que moi et Jessica réunies. D'un autre côté, c'était bien connu que les fourmis pouvaient soulever jusqu'à 100 fois leur poids ne serait-ce qu'avec leur mâchoire alors…
- Mike à ta droite Bella.
Effectivement, à peine avais-je levé mes yeux que je tombai sur Mike, en pleine démonstration de ses talents de danseur. Il avait au moins le mérite de me décomplexer à ce niveau là. Un peu. Vraiment génial. Le lycée entier s'était donné rendez-vous ici. Il ne manquait plus que ça. Jessica et sa bande allaient faire en sorte de coller Edward toute la soirée. Ma seule consolation était qu'Alice n'allait pas en mener large de son côté non plus. Elle me lança d'ailleurs un regard de détresse avant de me hurler dans l'oreille :
- J'ai besoin d'un verre.
La route jusqu'au bar relevait plus du périple que d'un parcours de trois mètres. Lorsque j'y aperçus un véritable amas de pimbêches totalement surexcitées, j'eus la désagréable intuition que MON barman ne devait pas être bien loin. Alors que j'approchais toujours plus de mon but, un éclat cuivré apparaissait de plus en plus nettement parmi toutes ces tignasses trop blondes pour être vraies. Un éclat cuivré qui au fur et à mesure de mes pas, semblait beaucoup trop penché à mon goût vers une sorte de poupée Barbie géante d'après ce que je pouvais en voir. Alice fut la première sur les lieux du crime. Moi, j'appréhendais déjà ce que j'allais y trouver. Après tout, même si ça me faisait mal de me le dire, Edward n'était pas à moi et ne le serait probablement jamais. Pas que j'en veuille vraiment d'ailleurs, il était trop vieux et trop beau pour moi, mais j'aimais bien le regarder. Et j'aimais penser être la seule à le faire. Oui, j'aimais surtout me bercer d'illusions.
Après avoir poussé sur le côté une pauvre fille déjà éméchée, j'avais une meilleure vue. De toute évidence, la « petite copine » d'Edward était bien mieux que Barbie. Ses seins n'étaient surement pas en plastique et il allait pouvoir lui retirer sa culotte. De là où j'étais, elle avait l'air tout simplement parfaite. Blonde, beaucoup plus grande que moi, très fine. Tiens, Alice jouait son hypocrite à lui serrer la main. Elle m'avait toujours dit qu'elle était mue par un instinct protecteur assez impressionnant à chaque fois qu'elle se retrouvait en face d'une copine d'Edward. Comme je la comprenais.
Et voilà qu'un détail qui ne m'avait pas le moins du monde interpelée jusqu'ici me sauta aux yeux. Elle avait un ventre énorme. Mais vraiment énorme. Comment pouvait-on avoir un ventre aussi gros tout en restant aussi mince ? Oh. 3615 abrutie. Pour ma défense, ce n'était pas à Forks qu'on avait l'habitude de croiser des femmes enceintes. Les gens jeunes, beaux et heureux n'emménageaient pas à Forks et je ne pouvais pas les blâmer. Si cette révélation me calma l'espace d'une seconde, mon cerveau passa en pilote automatique lorsque je vis Barbie enceinte poser sa main sur le bras nu et ô combien musclé d'Edward. Il n'oserait pas quand même ? A voir le grand sourire qu'il lui décocha, la protubérance de Mademoiselle ne semblait pas le déranger outre mesure. Deux possibilités. C'était le père et dans ce cas je n'avais plus qu'à me suicider. Ou alors il raffolait des femmes enceintes et je n'aurais plus qu'à me suicider également puisque craquer sur un dégénéré aussi mignon ne pouvait être le signe que d'une poisse monumentale pour le reste de ma vie. L'alcoolique qui me barrait le passage tituba enfin sur la droite, me laissant le champ libre jusqu'au bar. Jusqu'à ma perte.
- Tiens, Tanya je te présente Bella, la meilleure amie d'Alice.
Edward m'adressa un regard affable, qui bizarrement me mit sur la défensive. Mademoiselle Tanya elle, me souriait tout aussi aimablement et je me sentais vraiment coupable de la détester face à tant de gentillesse. Mais après tout, si les amitiés féminines avaient un quelconque intérêt à ses yeux, Mademoiselle Tanya ne s'habillerait définitivement pas comme ça.
- Bella, Tanya, une amie du lycée.
Elle me tendit une main parfaitement manucurée. Je lui tendis la mienne, avec quelques coupures ici et là. Le fossé entre nous était flagrant, et je ne parlais pas du truc qui poussait dans son utérus.
- Alors, vous vous êtes rencontrés par hasard ?
Alice la méfiante était de retour et ça n'était pas pour me déplaire car je savais qu'elle se permettrait sans mal des questions que moi-même je rêvais de poser sans oser le faire. Go instinct protecteur, go !
Tanya se passa une main dans ses sublimes cheveux parfaitement entretenus, avant de sourire de ses quarante-deux dents. Blanches évidemment. Elle avait une bouche tellement grande que ça ne m'étonnerait pas qu'elle en ait plus que tout le monde. Histoire de faire son intéressante.
- En fait, j'ai appris seulement ce matin que j'attendais un garçon et Laurent, le responsable de… cette situation…
Elle posa une main sur son énorme ventre, d'un geste tendre.
- … a voulu fêter avec ses alcooliques de copains la bonne nouvelle. Il l'a tellement bien fêtée d'ailleurs que j'ai dû venir le chercher pour le ramener à la maison. C'est là que je suis tombée sur Edward. Je reconnaitrais cette tignasse entre mille.
A qui le dis-tu. Bon d'accord, je ne haïssais plus autant cette fille. Elle était toujours d'un niveau esthétique bien plus élevé que le mien, mais je n'étais pas du genre à jalouser les autres filles pour leur physique. Enfin, tant qu'Edward n'entrait pas en jeu. Elle pouvait les garder ses longs cheveux ondulés et ses yeux d'un bleu cristallin.
- Il vomit ses tripes à l'arrière du bar. Tu n'as qu'à sortir par la porte rouge au fond.
Edward s'ébouriffa les cheveux par la même occasion.
- Merci. Ca m'a fait plaisir de tomber sur toi Edward… par contre je ne te remercierai pas d'avoir raconté à Ethan les frasques de sa mère sur les bancs de l'école.
Oh, Ethan. Le fœtus coincé dans une partie de son anatomie qu'Edward avait surement dû visiter « sur les bancs de l'école ». Edward ne se sentait pas le moins du monde coupable de ce qu'il avait pu confier à cet enfant. Pourtant son sourire en coin ne me disait rien qui vaille.
Evidemment, Tanya n'eut pas le cœur à nous quitter sans lui avoir déposé un baiser sur la joue. Comment avais-je pu dire que je ne la haïssais pas ? Lorsqu'elle tourna les talons, non sans nous faire un petit signe de la main, Alice se pencha vers son frère, les poings sur les hanches.
- Avoue que tu te l'ais faite.
Je ne voulais pas entendre sa réponse. Pas vraiment. Peut-être que si. L'espoir revint lorsqu'Edward lança un regard offusqué à Alice.
- Tu me prends pour qui ? Elle est enceinte, Alice !
- C'est toi pour qui tu me prends ! Je n'imaginais pas mon frère suffisamment sexuellement dépravé pour coucher avec une femme enceinte, figure toi. Mais je te connais Edward, cette Tanya est canon et je ne me souviens pas l'avoir déjà croisée à la maison, alors si tu n'ais jamais sorti avec, tu as au moins dû te la faire.
Cette déduction, et ça me faisait mal de me l'avouer, ne souffrait pas d'une certaine logique. C'était même relativement sensé, si on tenait compte du fait qu'Edward restait un homme, et qu'il agissait donc en tant que tel. Un coup d'œil dans sa direction suffit à confirmer les suppositions d'Alice. Les poings enfouis au fin fond de ses poches en jean, il se mordait la joue, faisant contracter sa mâchoire en tout point masculine. Il était magnifique quand il était gêné et je le haïssais pour ça.
- Alors ?
Alice voulait un aveu et elle comptait bien l'obtenir. Edward, qui prenait grand soin de ne pas croiser mon regard, fusilla sa sœur du sien.
- Alors peut-être un peu, oui. Maintenant, excusez moi mais si je ne veux pas me faire virer, il faut au moins que je fasse semblant de bosser.
Ce fut à cet instant précis que je me pris un électrochoc. Son regard émeraude croisa le mien, déçu mais résigné. Je ne savais pas ce qu'il parvint à y lire, mais de toute évidence ça lui déplut franchement car il détourna le regard aussi vite qu'il l'avait planté. Alors qu'il repassait de l'autre côté du bar, disponible pour ses clientes et j'insistais bien sur le féminin, une horde de femelles – je ne voyais pas d'autre qualificatif- s'agrippa au bar, en espérant être la première à pouvoir passer commande. Face à tant de concurrence, Alice n'allait pas se laisser marcher sur ses ridiculement petits pieds. C'est vrai quoi, elle le voulait toujours son verre. En jouant de ses coudes, elle parvint à se faufiler parmi le peloton de tête et à parler à son frère. Lorsqu'elle revint pas plus d'une trentaine de secondes plus tard, j'en déduisis que son plan « alcool gratuit » avait échoué.
La musique changea et je reconnus rapidement I gotta feeling des Black eyed peas. Comme tout le monde en fait, et le bar fut en un instant déserté au profit de la piste de danse. Même Alice leva les bras en criant, elle adorait cette chanson. A partir du moment où elle jeta un regard en direction de la piste, et surtout en direction de Jasper, je sus qu'elle allait me lâcher. Je ne pouvais pas lui en vouloir, je refusais catégoriquement de danser alors qu'Alice adorait ça. A son regard d'excuse, je répondis par un sourire bienveillant pour lui prouver qu'elle pouvait s'amuser avec ma bénédiction. Je détournai les yeux vers ma droite, vers le bar et vers Edward qui m'observait en souriant. Je rougis par réflexe, comme à chaque fois que quelqu'un m'observait, a fortiori lorsqu'il s'agissait d'Edward Cullen. Je ne savais pas si j'avais réellement envie de lui parler, principalement parce que je ne savais pas quoi lui dire. D'un autre côté, c'était peut-être mieux que de rester plantée là, seule et embarrassée. Décide-toi Swan.
J'avançai alors d'un pas qui se voulait sûr vers le comptoir, et pris place sur un tabouret. Comme samedi dernier, en somme. La honte que j'avais ressentie ce jour là me revint en mémoire, suffisamment pour que je sente la totalité de mes cinq litres de sang affluer dans mon visage entier. Edward était en pleine préparation d'un cocktail. Pour une femme évidemment. Il se mit dos à moi, ajouta ce qui s'apparentait à des glaçons et à une paille… verte. Comme ses yeux. Il se dirigea vers la fille à ma gauche. Bordel. C'était Jessica. Elle était partout celle là. Je ne pouvais pas entendre leur discussion mais après qu'elle l'eut payé, c'était plutôt clair qu'Edward espérait passer à quelqu'un d'autre. Manque de chance pour lui, avant même qu'il n'ait réussi à se retourner elle lui avait agrippé le bras, dans une tentative désespérée de prolonger la discussion. Elle lui dit quelque chose qui eut le mérite de le surprendre, puis de le faire rire. Saleté de sono. On n'avait pas idée de mettre la musique aussi fort.
Après plus d'une minute d'attente, je ne cachais même plus mon impatience. Jusqu'à preuve du contraire, j'était cliente aussi, hein ! Edward sembla se rappeler de ma présence car il me désigna d'un vague mouvement de la tête et Jessica parut comprendre le message. Elle se leva enfin de son tabouret, son verre à la main. La connaissant, elle avait sans doute dû commander un Sex on the beach, juste pour le plaisir d'entendre Edward répéter sa commande. Un corps svelte et musclé fit alors son apparition devant mes yeux. Monsieur le barman était enfin tout à moi. Je me forçai à continuer de fixer Jessica du regard, dans une tentative désespérée de ne pas lui montrer à quel point je l'étais. Désespérée. Enfin, ce n'était pas comme si j'avais honteusement dragué cette même personne, alors que Bella Swan n'avait jamais batifolé de sa vie et que par la force des choses, je m'étais prise une veste royale, n'est-ce pas ? Si je continuais de fixer les fesses de Jessica comme ça, Edward allait finir par penser que j'avais des tendances bisexuelles. Je décidai donc de prendre un air moqueur, pour me sauver la mise. Lorsqu'elle fut enfin happée par la foule, je reportai mon attention sur Edward, qui n'avait pas bougé.
- Une amie à toi ?
Aie, j'allais passer pour une fille jalouse à demander des renseignements pareils. Pourtant, ça ne parut pas l'interpeler plus que ça. L'amuser, ça c'était certain. Appuyé de ses deux mains sur le comptoir et dans ma direction, la faible distance entre nous me fit paniquer. Moi qui ne me tenais jamais droite, j'étais devenue raide comme un piquet.
- Pas vraiment, non. Mais je la connais depuis, quoi… probablement depuis qu'elle a des dents et si mon cerveau ne s'arrangeait pas pour que j'élude les périodes les plus traumatisantes de mon enfance, je me souviendrais surement de Jessica portant des couches.
Jessica portant des couches. Si j'avais eu le bonheur de voir ça dans ma petite vie, je n'aurais jamais pu l'oublier, moi. Il me souriait toujours, et moi je commençais à me défroisser. Ce n'était pas comme s'il avait de son côté particulièrement envie de remettre sur le plateau les évènements de la dernière fois. Ou de me parler de Mademoiselle Tanya. Ca n'était qu'un homme et j'étais tout à fait capable d'avoir une discussion on ne peut plus ordinaire avec lui. A présent, il semblait scruter chaque parcelle de mon visage, comme si la réponse à ses questions y était cachée. Ca avait beau être Edward, je détestais ça.
- Quoi ?
Peut-être avais-je posé la question, d'une voix trop agacée.
Pour toute réponse j'eus droit à un haussement d'épaule et l'instant d'après, alors que je m'y attendais le moins, il me posa la question qui tue :
- Alors, qu'est-ce que je te sers ? Un whisky ?
D'un calme qui ne reflétait pas le moins du monde l'effroi soudain que cette réplique purement mesquine m'avait fait ressentir, je parvins à esquisser un rictus et à répondre d'une voix placide :
- Je ne relèverai pas la trahison et me contenterai donc de te demander une tequila.
Il ravala son sourire en coin et eut au moins la délicatesse de se montrer gêné. Qu'il rougisse tant qu'il veuille, du moment qu'il me la donnait cette tequila. Lorsqu'il releva la tête vers moi, ses cheveux de cuivre flamboyant sous la lumière tamisée du bar, son expression ne me dit rien qui vaille.
- Bien sur, tu as ta fausse carte d'identité ?
Je ne le dirai qu'en anglais en raison de la trop grande vulgarité de cette expression mais : son of a bitch ! Je ne pus cacher plus longtemps mon air scandalisé. Alors ça c'était la meilleure !
- Tu sais que je suis fort capable de te menacer à coup de Louboutins moi aussi ?
Mes yeux étaient plissés, mes ongles rayant le comptoir, et le dos voûté, j'avais tout d'un félin en danger. Je m'imaginais tirer plus sur le chat de gouttière que sur le tigre mais bon…
Edward éclata de son rire enchanteur et communicatif. Après ses cheveux, son rire était sans doute son pouvoir le plus hypnotisant. Comme s'il m'avait entendue, il passa ses longs doigts dans ses longs cheveux, me laissant un long moment sans neurone, juste avant que je ne me rappelle qu'il était en train de jouer à l'enfoiré avec moi.
- Je n'en doute pas mais maintenant que je sais que tu es en âge de porter des couches, je vais avoir du mal à te servir autre chose que du coca. Et si tu doutes de ma moralité, on peut demander à Charlie Swan.
Avoir pour père le grand manitou de la police de Forks avait plus d'avantages que d'inconvénients. J'avais fini par m'en rendre compte peu de temps après mon arrivée ici, lorsque Jacob m'avait présentée à toute sa clique et que la moitié n'osait pas me parler parce qu'ils avaient peur que je balance à papa leur plantation secrète de cannabis. Edward n'était pas le premier à me faire le coup, manque de chance j'étais rodée.
- Sans problème, si tu veux bien je commencerai par lui préciser que je n'ai eu aucun mal à commander un whisky la dernière fois.
Je le vis tiquer à ma réplique. Il devait encore se flageller mentalement pour sa bavure de samedi dernier. Pauvre bébé. Enfin ça, c'était avant qu'il ne me fixe droit dans les yeux, une lueur mauvaise et un grand sourire à l'appui.
- Oui, et qu'ensuite tu m'as dragué mais ça c'était avant de savoir que c'était parfaitement illégal.
J'avais vraiment l'impression qu'Edward se rapprochait de plus en plus, ce qui me poussait à me pencher moi-même de plus en plus, seulement pas dans le sens logique de la situation. Plus il s'approchait, et plus je le fuyais. Ma fuite restait relative compte tenu du fait que j'étais toujours vissée sur mon siège. Cette conversation aurait dû me mettre mal à l'aise. Après tout, il était ouvertement en train de se foutre de moi et de ce qu'il s'était passé la semaine dernière. Pourtant, mis à part cette promiscuité qui manquait de me faire perdre mes moyens, je ne ressentais pas la moindre gêne. Peut-être parce que j'avais l'intuition que si Edward remettait ça sur le tapis, c'était uniquement pour exorciser le mal-être que cette situation lui procurait. Je l'avais vu plus que perturbé à la boutique. Il mettait sans doute en application l'adage « mieux vaut en rire qu'en pleurer ». Et comme j'étais du genre à cerner les gens, et que j'étais sure de moi et de mon analyse freudienne à deux dollars, ses remarques ne me vexaient pas le moins du monde. Elles m'amusaient et me donnaient envie de rentrer dans son jeu.
- Tu parles toujours du whisky ? Excuse-moi mais Charlie serait d'accord avec moi sur le fait que tu n'as pas cherché bien loin toi non plus.
Touché. Je le vis partagé entre le malaise et l'envie de rire à ma remarque. Visiblement il choisit le rire car il s'approcha toujours plus près de la pauvre biche égarée que j'étais et me fixa du coin de l'œil que je devinais sceptique, en susurrant de sa voix à tomber par terre :
- Est-ce que toi, tu parles encore seulement du verre ?
Je haussai les épaules et baissai les yeux, à ma plus grande honte j'étais incapable de soutenir son regard dans un moment comme celui-ci.
Pourtant je n'étais pas gênée. C'était juste… impossible. Baisser les yeux avec lui était un pur instinct de survie. C'était ça ou alors la noyade à travers ses grands yeux verts. Mes joues rougirent, je le sentais. Malheureusement pour moi, Edward dut prendre ça comme la honte d'être allée trop loin dans la discussion. A force de sentir qu'il me pensait honteuse, je finis par me sentir honteuse aussi. C'était bizarre comme sensation. Je me pensais armée pour rire de la situation comme lui le faisait, mais de toute évidence c'était une erreur. Je haussai à nouveau les épaules, et fis un effort surhumain pour me plonger en apnée à nouveau dans son regard.
- En plus, ça n'avait rien d'illégal. C'était tout au plus déplacé…
C'est vrai quoi, dans l'Etat de Washington la majorité sexuelle est de 16 ans. Forks avait beau être un village de puritains, c'était souvent les moins soupçonnables qui s'avéraient les plus dépravés. Après tout, dans les petites villes, à part s'envoyer en l'air, on n'avait rien à faire. Autant dire que ma vie s'avérait passionnante…
Tiens, M. Cullen faisait parfaitement en sorte de m'ignorer superbement. Les blagues en série étaient finies on dirait. Peut-être mais j'avais toujours soif.
- Alors ?
Il me décocha son éternel sourire en coin. Il n'avait pas oublié le but de cette conversation lui non plus, il faisait juste tout pour que je l'élude.
- Alors quoi ?
- Je peux l'avoir ma tequila ?
Il haussa les épaules, ça sentait mauvais. ***** !
- Non.
- Edward !
J'avais crié son nom de la manière la plus scandalisée qui soit. C'était la première fois que je l'appelais Edward. Bon, peut-être pas mais la première fois que j'en prenais pleinement conscience, oui. D'accord, ce n'était pas choquant en soi puisque c'était exactement comme ça qu'il s'appelait. En plus j'avais dû le prononcer une bonne centaine de fois dans ma tête en l'espace d'une semaine. Mais de l'appeler comme ça, ouvertement, et sans qu'Alice soit présente, ça me faisait oublier l'espace d'un instant qu'il s'agissait de son frère, ça me faisait réaliser aussi à quel point Edward pouvait être le nom le plus mélodieux du monde, et ça me fit surtout prendre conscience que de l'appeler ainsi ne l'avait pas laissé lui-même indifférent puisqu'il me fixait désormais avec une lueur indéfinissable à travers ses pupilles. Il me fixait toujours de cette lueur vicieusement attirante lorsqu'il secoua brusquement la tête, comme pour se remettre les idées en place. J'étais heureuse de savoir que je n'étais pas la seule à penser que ça marchait.
- Ecoute, je t'offre ta conso sans problème mais oublie l'alcool.
Ah oui, c'est vrai, ma tequila. Bizarrement, je m'en contrefoutais comme de ma première couche maintenant. Mais juste pour le plaisir de le faire parler, je ne comptais toujours pas me laisser faire.
- Et si je paye ma tequila ?
- J'appelle les flics.
D'accord, c'était la fin de la discussion. J'abdiquai, comme si j'avais le choix de toute façon.
- Sers le moi ce coca, abruti.
Je sentis soudain une présence derrière moi. Sachant que la seule que j'avais envie de sentir était celle d'Alice et que mon gnome était indétectable, entre son poids plume et sa taille de naine, je n'étais pas pressée de me retourner.
- Hé Bella, mon amour, ma lumière, tu m'avais promis une danse la dernière fois. C'est maintenant ou jamais !
Hein ? Quoi ? Mike se matérialisa sur ma droite, alors que je prenais conscience de ce qu'il venait de me dire. C'était franchement mais alors franchement pas le moment pour venir m'emmerder.
- Mike, de quoi est-ce qu…
- Désolé Cullen mais je t'emprunte cette charmante demoiselle le temps d'un slow.
Il me prit la main, comme une enfant ou comme sa cavalière, dans les deux cas ça me rebutait. Je lançai un regard à « Cullen » qui se contentait de me regarder me dépatouiller, avec un sourire en coin à damner un saint, et reportai alors mon attention sur Mike qui m'entrainait sans que je le réalise vers la piste. C'était méchant à dire mais le fossé entre les deux me donna la nausée.
- Je ne cro…
Mike stoppa ses pas si brusquement que je ne vis pas son dos se rapprocher sensiblement de mon visage assez rapidement pour éviter le choc. Mike était sportif et la douleur que je ressentis au front était là pour me le rappeler.
- Accroche-toi Swan, on va mettre le feu à la piste.
Mais bordel, était-ce si dur à comprendre que j'avais juste envie de l'étriper ?
- Mike, je…
Il m'attrapa à la taille, me coupant le souffle mais pas comme le ferait Edward avec les mêmes gestes. Mais alors pas du tout du tout comme Edward. Nos visages se rapprochèrent et en faible femme que j'étais, je me laissai faire. C'était décidé, un jour je prendrai des cours de boxe. Evidemment qu'il n'allait pas m'embrasser, Mike et moi étions d'accord là-dessus. Alors si ça n'était pas pour me draguer, quel était l'intérêt de m'infliger cette torture ?
- Pas de Mike, Mike est momentanément indisponible, ce soir je m'appelle Dieu.
Mon regard au-delà du scepticisme le fit franchement marrer. Tant mieux pour lui. Je reconnus enfin la musique et frissonnai d'effroi. J'étais coincée avec Mike, à danser un slow sur une chanson de Monsieur je sors avec Rihanna- et je la tape après, chris quelque chose… martin ? Non, ça c'était Coldplay. Enfin de toute évidence le genre de musique que j'essayais de fuir. Su-per.
Mike leva les yeux au ciel quand je le regardai avec résignation.
- D'accord la musique est pourrie et après deux ans j'ai fini par comprendre que tu détestes danser mais quand tu jetteras un œil vers le bar, tu me remercieras.
Mon réflexe fut de relever immédiatement la tête vers Edward. Ce qui me valut de me faire marcher gentiment sur le pied par mon cavalier qui me rappela qu'avoir l'air naturelle était sans doute moins risqué. Alors j'attendis avec impatience que le bar apparaisse dans mon champ de vision au fur et à mesure de la danse. Et là je le vis. De toute évidence, juste avant de s'intéresser à la cliente qui poireautait devant lui, Edward avait bien pris soin de nous observer et de rapidement reporter son attention sur toute autre chose au moment où j'avais réussi à croiser son regard. Et comme pour me prouver que j'avais raison, il passa une de ses mains dans ses célébrissimes cheveux. Il était nerveux.
Mike m'adressa un sourire satisfait.
- Monsieur parfait nous observe depuis que je t'ai arrachée à ses griffes.
Personnellement, ce n'était pas exactement l'expression que j'aurais utilisée. J'aperçus alors un discret sourire en coin sur le visage enfantin de mon cavalier. Ca n'avait rien à voir avec LE sourire en coin d'Edward mais c'était quand même mignon.
- Ton cœur s'emballe, Swan.
Je cherchai la métaphore et arrêtai de le faire quand je compris qu'il n'y en avait pas. Mon cœur battait vraiment plus vite. L'horreur de la situation m'arracha une grimace, malgré le fait que cette situation m'amusait. Un peu.
- Si tu pouvais éviter de me rappeler que je suis complètement collée à ta personne Mike… Au fait, tu peux me dire pourquoi tu fais ça ?
Les mains toujours posées très chastement sur mes hanches, il haussa les épaules.
- Ecoute, j'ai maté Hitch expert en séduction avec Will Smith et ma future femme Eva Mendes hier soir, alors crois moi je sais ce que je fais. Cullen est en manque.
Je me reculai légèrement.
- T'es vraiment dégueu Mike.
Apparemment j'avais dit une bêtise à en juger par son air agacé.
- Pas en manque dans ce sens là. Enfin peut-être, mais lui et moi on n'est pas assez intime pour qu'il m'en parle alors… Bref, c'est de toi qu'il est en manque. Pile au moment où vous étiez en pleine discussion, à vous faire des grands sourires niais, hop je t'enlève et Monsieur cheveux au vent se retrouve tout seul, et frustré.
Mon dieu, j'avais les mêmes expressions que Mike Newton.
- Bella ?
Je le regardais, encore dans ma bulle.
- Tu as compris ce que je viens de te dire ? Il n'arrête pas de te regarder parce qu'il n'a qu'une envie c'est de te parler à nouveau. Et aussi parce que je suis beaucoup plus beau que lui, et qu'il s'inquiète.
Je ne voulais pas le vexer mais c'était plus fort que moi, je ris. Il ne parut pas le prendre plus mal que ça puisqu'il rit avec moi. J'hésitais entre lui sauter au cou et rien d'autre en fait. Après tout, sa théorie se tenait. Beaucoup plus que celle foireuse du Naked man. Je n'aurais jamais cru à sa thèse sur le manque si je n'avais pas pu juger par moi-même qu'Edward nous observait en douce. Une dernière question quand même parce que tout n'était pas très clair selon moi.
- Mais sinon, pourquoi tu fais ça ?
Le regard qu'il me lança me fit penser au mien quand je le fixais moi-même. C'était le regard : es-tu vraiment con, ou tu le fais seulement exprès ? Si j'avais su qu'il était aussi vexant, je me serais abstenue de le lui faire.
- Est-ce que tu as seulement écouté ce que je viens de te dire ?
- Je ne te parle pas de ça Mike, pourquoi est-ce que tu joues les cupidons pour des missions sans espoir ?
D'accord, Edward avait très probablement encore envie de me parler, surement pas autant que moi cependant. Ca n'était pas pour ça qu'il avait envie de me sauter dessus. On s'entendait bien, c'est tout.
- Parce que tu te plantes justement et que ça n'a rien d'une mission sans espoir. Tu le sais très bien de toute façon.
Alors ça j'en doutais fortement.
- Bella, pourquoi tu penses que Cullen et toi c'est impossible ?
Je levai les yeux au ciel face à sa question que je qualifierais de profondément stupide.
- Et bien pour commencer c'est le frère d'Alice. Ensuite il est trop vieux pour moi. Ou je suis trop jeune pour lui. Au choix. Oh et je t'épargne le conventionnel : on n'est pas du même monde.
Mike se rapprocha légèrement et me sourit.
- Ok donc c'est bien ce que je disais, ça n'a rien d'une mission impossible. Tu sais quoi ? si j'allais poser la question à n'importe quelle autre fille, elle me répondrait soit que rien n'est impossible, soit qu'elle a déjà essayé et qu'elle n'est pas son genre. Tu crois que Jessica me sortirait un truc du genre : il a 25 ans, il pourrait être mon frère ou alors, dis pas n'importe quoi, c'est le frère de ma copine, ce serait trop bizarre ? Ce genre de détail ça n'arrête pas les filles Bella.
- Et qu'est-ce que tu fais du fait qu'il soit trop bien pour moi ?
- Tu m'as dit qu'il était trop bien, pas que tu ne l'étais pas suffisamment.
- C'est pareil Mike.
- Non, pas du tout. Il ne t'a jamais fait comprendre que tu ne l'intéressais pas. C'est toi qui suppose ça. Donc arrête un peu de te croire moins bien que tout le monde, parce que ça commence à m'énerver ! Tu crois que je le prends comment quand tu me dis que Cullen est trop bien pour toi alors que tu m'as envoyé balader comme une sous-merde ? Ca me fait me sentir comment d'après toi ?
Ok, là je me sentais vraiment mal. Je n'osais même plus regarder Mike dans les yeux. Même si je n'avais jamais réfléchi à ça, c'était tellement vrai et tellement méchant que j'avais juste envie qu'il me foute son poing dans la figure. Et pourtant, il était gros le poing de Mike Newton. Sachant qu'il ne le ferait jamais, j'envisageai le seul geste qui pouvait un tant soit peu m'excuser, je me collai à lui et lui fis un câlin. Il se raidit sur le coup mais se détendit bien vite lorsqu'il sentit mes petits bras encercler sa large taille.
- Pourquoi tu fais ça alors ?
J'avais cru sur le coup qu'il ne m'avait pas entendu, sans doute dû à la faiblesse de ma voix et le son lourd de la musique. Pourtant je le sentis sursauter, comme s'il souriait.
- Parce que tu es une fille bien Swan et que même si je ne suis ton ami que depuis une semaine, tu es la mienne depuis plus de deux ans.
J'espérais lui adresser le plus beau sourire que j'avais dans ma panoplie. A en juger par celui qu'il me rendit, il n'avait pas dû être trop mal.
- Oh et aussi parce que j'aimerais que tu m'arranges un coup avec Alice.
La seule réponse qu'il reçut fut un bon coup de coude dans les côtes. Lorsque je le vis rire, ça me vexa légèrement. Je pensais avoir quand même un minimum de force. Au moins celle d'un gamin de cinq ans. Ben même pas.
La musique venait de se terminer, ce qui signifiait que mon slow aussi. Mike me « relâcha » et je courus jusqu'au bar lorsque j'y vis Alice en grande discussion avec son frère.
- Je te laisse cinq minutes toute seule, pensant que ce grand beta va te surveiller et voilà que je te retrouve à danser avec Mike Newton !
Je lançai un regard à Edward qui me répondit par un haussement d'épaule.
Alors que je haussai les épaules à mon tour vers Alice, je vis le sourire Colgate d'Edward étinceler sur ma droite.
- Un ami à toi ?
Hi-la-rant. Moi qui pensais que c'était lui qui allait contrôler l'impulsivité de sa sœur, voilà qu'il lançait les hostilités.
- Tu n'as pas une pétasse à servir ?
Mes yeux marron-caca d'oie-chocolat lançaient des éclairs. Il me lança à son tour un regard mauvais avant d'empoigner de mauvaise grâce son torchon et de disparaître à l'autre bout du bar.
Alice me tira le bras comme une hystérique, elle voulait une explication.
- Evite de me démembrer, j'ai juste rendu un service.
Oui, c'était totalement faux mais je ne pouvais pas dire à Alice que c'était tout le contraire, et que ça concernait Edward.
- Mike avait besoin de moi pour… rendre jalouse Jessica.
Ca n'était pas totalement faux cette fois ci, dans la mesure où j'étais effectivement la cible parfaite pour rendre jalouse Jessica auprès de Mike, et il le savait.
Ca parut lui convenir car elle haussa les épaules avant de se retourner vers le comptoir. Edward revint à peine cinq minutes plus tard alors que le Peaks se vidait peu à peu. Il avait l'air vidé. Il tira une sorte de tabouret en bois de son côté du comptoir et s'assit en penchant la tête en arrière, les yeux clos et les mains croisées derrière la tête. Si je continuais à le mater dans cette position, j'allais m'évanouir.
- Alice, il faudrait vraiment que tu dises à ta copine Jessica de me lâcher la grappe. J'ai eu droit à huit histoires drôles sur la super équipe qu'on formait quand on était petit. Mais comment elle fait pour se souvenir de tout ça ?
- Elle marque tout ce qui a trait un tant soit peu à ta personne dans son journal intime depuis qu'elle a dix ans. Voilà comment elle se rappelle.
J'observai bien Edward à cet instant et je le vis clairement hésiter entre rougir et grimacer. Je comprenais ces deux réactions. En même temps, j'avouais avoir de la peine pour Jessica. Après tout, elle ne faisait que tenter sa chance pour intéresser le type le plus intouchable de Forks. Voire de la galaxie. Ca aurait pu être moi cette niaise qui s'amuse à réciter leurs souvenirs d'enfance. Sauf que je n'aurais jamais pu avoir sa poitrine. Et qu'à en juger par nos récentes explications, il ne m'aurait jamais rejetée. Comment un truc aussi illogique pouvait bien m'arriver à MOI ? Zut, plus d'autocritique par respect pour mon nouveau meilleur ami Mike Newton. Dorénavant, j'accepterai sans broncher le fait qu'avec trois ans de plus et un autre entourage, Edward et moi on aurait pu tenter quelque chose, même si en soi, ça ne changeait absolument rien à ma petite vie d'en avoir conscience. C'était même carrément écœurant puisque la réalité était bien différente. En gros, je me répétais mais ça me faisait une belle jambe. Mike pouvait croire ce qu'il voulait, ce qu'il appelait des détails restaient pour moi une montagne que je n'aurai jamais le courage de gravir, connaissant mon endurance physique. Et puis de toute façon, jamais je n'aurais pu sortir avec un vieux. En plus, j'aurais fini par devoir lui expliquer pourquoi à mon âge j'étais toujours vierge, et là c'est sûr devant une si grosse larve, il aurait fui. Et pour finir, d'accord Edward Cullen avait le sex appeal de Pitt, Clooney et Depp réunis, mais j'étais certaine qu'au fond, il n'était pas si intéressant que ça, d'abord.
- Hé Ed, tu savais que Bella pensait qu'il se passait un truc entre toi et Jessica ?
Avant même d'avoir pu le voir venir, je me sentis rougir jusqu'aux oreilles. Etape une. Etape deux : se tourner vers Alice comme si de rien n'était et la fusiller sur place. Etape trois : ne surtout jamais croiser le regard d'Edward. Etape quatre : faire un arrêt cardiaque.
Alice ne semblait pas comprendre mes signaux que je trouvais pourtant parfaitement clairs, et voulut en rajouter une couche. De toute évidence.
- Ben quoi ?
Je savais que le jour de la rentrée, j'aurais dû m'asseoir à côté d'Angela Webber et non pas à côté de judas personnifié. Angela serait aujourd'hui ma meilleure amie, même si elle faisait déjà partie de mon cercle intime, et Alice ne serait… personne. Une lueur plus qu'attrayante dévia mon regard en direction du bar. Bête comme j'étais, je venais de me faire avoir en beauté par cette foutue chevelure brune aux accents cuivrés qui flamboyait sous mes yeux. Résultat, j'étais tombée en plein dans le regard d'Edward. Bella Swan, abrutie professionnelle. Ca crevait les yeux qu'il se retenait de m'enfoncer. Il gardait un masque relativement sérieux mais ses pupilles brillaient d'amusement. J'allais le lui faire bouffer son amusement. Dire que je l'avais pris en pitié quand il était venu pleurnicher à la boutique. Lui, qui osait me fixer comme ça et qui avait insulté mon bébé. Trop bonne … trop bonne. Malheureusement je n'allais rien lui faire bouffer du tout car j'étais clairement en position de faiblesse. Déjà Alice était là et ensuite j'étais carrément nerveuse. Rouge pivoine et tremblotante des pieds à la tête.
- Je n'ai pas… c'est Jessica qui… en fait, ce que je veux dire c'est que Jessica m'a parlé de toi et d'après ce qu'elle disait, et bien… elle a sous-entendu qu'il s'était passé quelque chose ou en tout cas que ça aurait pu être le cas, voilà.
Je relevai la tête vers mon bourreau qui souriait toujours autant. Ah ça le faisait marrer ? Il voulait vraiment que je lui parle de la tête qu'il avait faite lorsque Mike était arrivé ? Et puis zut hein !
- Je suis fatiguée Alice.
Je savais ce qu'elle comptait faire avant même qu'elle ne bouge le petit doigt. Alice fit aussitôt volte face vers la salle à la recherche de son futur mari pas encore présenté. Moi aussi j'en étais à chercher les boucles blondes de Jasper ou à défaut le popotin de Maria Paz qui était nettement plus facile à trouver généralement. Quand on se mit d'accord toutes les deux sur le fait qu'ils s'étaient volatilisés, Alice fut enfin prête à rentrer à Forks. Je me précipitai dehors en ayant à peine salué Edward, ravie de sentir l'air frais fouetter mon visage encore cramoisi. La voiture d'Alice était garée assez loin, de façon à ce qu'aucun bourré ne lui vomisse dessus. C'était la hantise d'Alice ça.
La hantise de Carlisle, après les Louboutins, c'était de voir arriver ses enfants à l'hôpital, victimes d'un accident de voiture à cause de l'alcool. Comme il avait tout à fait conscience du côté matérialiste parfaitement assumé d'Alice, il lui avait offert une voiture hors de prix en sachant parfaitement que la moindre éraflure la rendrait malade. Il était donc hors de question qu'elle risque la vie de sa voiture en conduisant ivre. C'était particulier mais efficace comme raisonnement. Lorsqu'Alice conduisait, elle ne buvait jamais plus d'un verre. En achetant une voiture de luxe, Carlisle lui avait aussi offert une assurance vie de premier ordre.
Le voyage de retour se fit dans le silence. Je repensais à la discussion que j'avais eue avec Mike et Alice… et bien elle devait sans doute penser à la même chose que d'habitude, Jasper. La connaissant, j'en avais jusqu'à deux heures de rapport sur ses moindres faits et gestes avec sa BimboLatino au lit. J'étais soulagée de savoir que je ne me coltinerai pas l'interrogatoire habituel de Charlie lorsque je rentrais tard. J'aimais mon père, mais son côté flic à tout prix, ça me fatiguait.
- Alice !
Là, j'étais en panique. Vraiment en panique. Je vis mon gnome arriver en courant dans ses pantoufles moelleuses et roses au possible et j'eus bien envie de l'étriper. Après tout c'était sa faute.
- Mes pieds ont enflé !
Oui, peut-être que dit comme ça, ça paraissait ridicule, mais des pieds enflés, ça signifiait surtout des chaussures impossibles à retirer. Vous situez ? Isabella Swan, triple gauche, coincée à jamais dans des escarpins d'un talon de huit centimètres.
- Vite ! sous la douche !
J'arrêtai de me plaindre et fixai Alice comme si elle venait de se teindre en blonde sous mes yeux.
- Sous la douche ?
- Oui, rien de tel qu'une douche froide pour désenfler.
Je fixai le peu de chaussure que mon pied difforme ne couvrait pas encore et eus une soudaine envie de pleurer.
- Mais Alice, c'est du nubuck !
C'était peut-être la première leçon de mode que j'avais apprise de mon maître yoda, on ne mouille pas du nubuck. Surtout quand on a encore le pied dedans. Le regard qu'elle me lança me fit froid dans le dos, parce que c'était le regard ô combien déterminé d'Alice Cullen.
- On mouille ou on ampute. A toi de choisir.
La Alice d'il y a deux ans ne se serait même pas posée la question, elle aurait amputé. Ca me flattait de savoir qu'elle tenait plus à mon pied qu'à sa paire de gucci. Et ca fit redoubler mes larmes. Lorsque j'arrivai difficilement jusqu'à la salle de bains, Alice était déjà en train de faire couler l'eau dans la baignoire. Alors que je laissais mon regard s'aventurer vers le filet d'eau qui s'écoulait du robinet, une sensation tout simplement horrifiante vu la situation dans laquelle j'étais, s'empara de tous mes membres. Mais pourquoi maintenant ?
- Alice, j'ai envie de faire pipi.
C'était horrifiant pour la simple et bonne raison que la salle de bains la plus haute de la maison, où nous étions donc, ne comportait pas de toilettes. Et ça urgeait vraiment là.
- Tu ne peux vraiment pas te retenir ?
Lorsque je fis non de la tête, Alice comprit que c'était sérieux. J'étais incapable d'attendre, elle le savait très bien. Contrairement à l'ensemble de la gente féminine de cette planète, si j'avais quelque chose à changer chez moi, ce ne serait pas mon nez, mes cheveux ou mes yeux. Pas même ma poitrine. Non, ce serait véritablement cette putain de vessie qui m'avait déjà mise dans des situations embarrassantes.
- Il faut que j'y aille.
Sans même attendre la réponse de ma naine, je fonçai, du moins comme je pus, hors de la pièce en direction de l'étage inférieur. Les escaliers, c'était ça le plus difficile. J'empoignai bien la rampe, et fis ma prière. La première marche me fit l'impression qu'on me broyait les orteils. La deuxième, le talon. Les yeux baissés vers le sol, un bruit me parvint légèrement à l'extérieur. L'escalier était face à une baie vitrée qui me permettait de guetter l'entrée de la maison. Une lumière attira mon attention et la seconde d'après, je relevai la tête pour voir Edward arriver au volant de sa volvo. Mon cœur s'emballa, non pas parce que j'avais vu arriver l'homme de ma vie, mais parce que je refusais catégoriquement qu'il me voie comme ça.
Je n'aurais jamais dû vouloir me dépêcher. Si je n'avais pas eu cette connerie de fierté à défendre, j'aurais probablement fait attention à ce que je faisais avec mes pieds, je ne me serais pas emmêlée les jambes comme une parfaite idiote, je n'aurais pas basculé vers l'avant, je n'aurais pas senti mes côtes se fracasser sur les marches aiguisées de la villa, je n'aurais pas senti comme des bouts de verre me taillader la peau et surtout, je ne serais pas morte.
