4.

« Allons bon, où j'ai encore atterri, moi ? Et pourquoi j'ai été séparé de mon cuirassé ? ! ».

Ses yeux s'habituant à l'étrange pénombre des lieux, Alérian finit de réaliser qu'il était bel et bien isolé – même s'il n'y avait eu que lui comme passager du Warriorshadow ! Ce qui le frappa ensuite fut la puanteur ambiante.

« Des marais, ou autre… », remarqua-t-il en pivotant sur lui-même.

Le jeune homme soupira.

« J'ai toujours mes armes aux côtés, mais quelque chose me souffle qu'elles ne me seront pas utiles, bien que ce cosmogun ne redoute rien ni personne ! ».

Alérian fit enfin quelques pas, ses bottes s'enfonçant dans la fange à la composition inconnue et dont il n'entendait pas en connaître plus !

« Etrange, ma téléportation n'a bien évidemment rien de naturel, mais je perçois pas davantage quelque chose de surnaturel, aux alentours immédiats ou non ! Si je dois être menacé, j'aimerais pouvoir anticiper un chouya… Quoique si comme je le pressens et je le redoute, l'adversaire sera démesurément hors de ma force ! C'est un peu trop l'habitude ces derniers temps… ».


Alérian pinça les narines, vraiment incommodé par la fétidité qui polluait l'atmosphère, l'empêchant de respirer à peu près confortablement, la chaleur lourde le faisant suer à grosses gouttes tandis qu'il progressait entre les monticules de boues, ses chevilles s'enfonçant plus ou moins profondément dans le marécage au sol invisible et d'autant plus traître.

Le jeune homme fronça les sourcils à la vue de ce qui ressemblait fort désagréablement à des croix ou autre objets de supplices où ne demeuraient plus que des cadavres réduits à l'état de squelettes.

« Les os ne semblent pas avoir subi de traumatisme. Je ne vois pas non plus une arme qui serait restée dans le corps. Quoi et qui que ce soit qui les ait tués, il ne reste aucun indice. Mais je ne peux qu'imaginer que le responsable est le Gardien ou autre indigène de l'endroit. S'est-il défendu, a-t-il attaqué ? Je ne peux encore porter aucun jugement ! ».

Passant les mains dans les mèches blanches à hauteur de ses tempes, Alérian soupira, cherchant l'air avec de plus en plus de peine.

« S'ils sont morts asphyxiés, mes questions trouvent leur réponse d'elles-mêmes ! Que du naturel, bien que rien ici ne le semble ! ».

Alérian se rapprocha du squelette le plus proche, l'examinant plus attentivement.

« La structure des omoplates est différente, plus large, plus solide, comme si quelque chose avait dû s'y accrocher, mais quoi donc ? ».

Alérian demeura un long moment sur place, indécis, ne comprenant rien.

« J'étais sur mon Warriorshadow, puis il y a eu cet éclair… et je me suis retrouvé ici ! On ne peut m'avoir fait venir par accident… Et je doute que ce soit pour boire une tasse de thé ou des godets de red bourbon ! ».

Tiré d'une sorte de rêverie, ou le manque d'oxygène commençant à vraiment l'affecter, Alérian réalisa que les chocs sourds qu'il avait d'abord perçus confusément étaient bels et bien violents, faisant trembler le sol et la surface aqueuse des marécages, et surtout qu'ils se rapprochaient dangereusement !

« De quoi ? ! ».

Alérian se mit en garde, faisant appel à ses ailes, mais à sa surprise et consternation, rien ne se produisit !

« Mes ailes, c'est impossible, elles ne m'ont jamais abandonné, trahi ! ».

Mais les ronchonnements du jeune homme s'estompèrent à la vue de la créature apparaissant devant lui : haute de presque trois étages, démesurément large sans qu'il soit possible de déterminer s'il s'agissait de muscles ou de graisse, la face écrasée, l'échine écailleuse - courte sur ses courtes jambes arrières et en appui sur les poings de ses bras au contraire démesurés !

« De quoi ? », glapit encore Alérian avant que la chose, dont hormis les pas il n'avait rien perçu de l'approche – et que hormis sa vue il ne détectait toujours pas de ses instincts surnaturels – et qui se penchait sur lui en bavant de rage.

Sans ses ailes, ne trouvant pas non plus d'alignement télépathique avec le colosse, Alérian n'eut pas le temps de réagir quand un des bras beaucoup trop long se saisit de lui.

- Non ! hurla le jeune homme en comprenant soudain les intentions de la créature.

Mais il était déjà trop tard et simplement gobé comme un vulgaire insecte, Alérian se retrouva projeté dans le système digestif de l'être monstrueux, promis à une digestion qui ne pouvait que s'annoncer effroyable !