Chapitre 4
Where You Belong
Note de l'auteur : Bon, et bien voilà, j'attaque un gros morceau, j'ajoute ma pierre à l'édifice. Je le fais avec mon style et j'y vais en profondeur. Toutes les informations évoquées dans ce chapitre sont considérées comme faisant partie du canon, que ce soit durant les séries, les films, ou en dehors, confirmé par les acteurs ou les scénaristes. J'ai eu quelques retours comme quoi Bones était trop dans l'introspection, pas assez émotionnel, vous voilà servis, mes amis, Leonard McCoy pète un plomb monumental XD
Leonard n'eut pas à faire beaucoup d'efforts pour ne pas interroger Spock sur sa mystérieuse rencontre avec son père, le Vulcain s'en chargea très bien lui-même en l'évitant toute la journée.
À la fin de son shift, il prit le taureau par les cornes, et alla trouver Spock directement dans ses quartiers. Mais, si l'officier scientifique accepta d'ouvrir la porte, il ne le laissa cependant pas entrer.
« J'ai besoin de méditer, Leonard. »
« Je croyais que tu y parvenais mieux en ma présence. »
« Je ne peux et ne veux pas envahir ton espace personnel tous les soirs. »
« Ça ne me dérange pas, » lui assura le docteur, prêt à argumenter.
Mais les mots moururent sur sa langue face au visage fermé de Spock. La méditation n'était qu'un prétexte, il s'en rendait compte. Le message était clair, Spock voulait être seul. Leonard ravala la boule de douleur qui se forma dans sa gorge et décida de le laisser tranquille.
« Très bien, passe une bonne nuit dans ce cas, » dit-il alors, d'une voix éteinte.
Il ne réclama pas un baiser, il n'en avait pas la force. Il soupira, détourna le regard et partit.
Sa résolution ne tint qu'une nuit. Une longue nuit sans sommeil où il se tourna et se retourna dans son lit jusqu'au matin. Il prit son shift à l'infirmerie, fit son travail malgré son humeur de chien que ses collègues avaient depuis longtemps appris à anticiper, attendit impatiemment l'heure du déjeuner, puis s'en alla chercher Spock au mess, où il le trouva, en train de manger avec Nyota.
Il mentirait s'il disait que la scène ne lui mit pas un coup au cœur. Il serait vraiment honnête s'il avouait que les voir ensemble manqua de la mettre à terre. Mais, rapidement, il se reprit. Ses craintes étaient stupides. Ils vivaient tous ensemble dans cette boîte de conserve volante et sans issue. Il ne pouvait pas attendre de Spock qu'il n'adresse plus jamais la parole à Uhura, ne serait-ce que pour le grand nombre d'heures où ils travaillaient ensemble sur la passerelle. Il ne put cependant pas taire entièrement sa jalousie. Le Vulcain ne souhaitait pas le voir, mais il accordait du temps à son ex. Quelle qu'en soit la raison, il se sentait relégué au second plan. Las de cette situation, il s'approcha de leur table et se racla la gorge pour attirer l'attention.
La jeune femme leva les yeux vers lui en même temps de Spock, et Leonard prit alors conscience qu'il ne lui avait pas parlée une seule fois depuis que sa relation avec le Vulcain avait évolué. Était-elle seulement au courant ? Spock venait-il de lui annoncer ? Était-ce la raison de ce déjeuner où il n'était pas convié ? Venait-il de foutre en l'air une conversation importante ?
« Hey, Doc », » l'accueillit Nyota, en souriant.
Soit elle ne savait pas, soit elle le prenait vraiment bien. Il n'avait pas besoin de voir la pierre de Vokaya autour de son cou pour être certain qu'elle se trouvait là, cachée sous son uniforme. Elle lui rappela qu'il en portait une également à son doigt et ne sut subitement plus quoi faire de sa main.
Devait-il la camoufler, comme son premier réflexe le lui dictait, ou devait-il au contraire la mettre nonchalamment en évidence, pour que Nyota apprenne où se trouvait sa place ?
Il ne savait pas d'où sortait cette pensée, mais ça ne lui ressemblait pas. Il appréciait beaucoup la linguiste, principalement parce qu'elle faisait partie des rares femmes totalement immunisées contre le charme de James Tiberius Kirk. Il ne se savait ni jaloux ni possessif. Même durant son mariage, il était celui qui s'absentait sans arrêt pour son travail. Mais, étrangement, la pensée de savoir Uhura près de Spock lui faisait voir rouge. C'était une sensation presque… animale, et il fit un énorme effort pour se restreindre et lui rendre son sourire.
« Bonjour, Uhura. Je ne voulais pas vous déranger, mais j'aurais besoin de parler à Spock… en privé. »
« Oh, bien sûr, nous avions terminé de toute manière. »
Spock ne disait toujours rien et fixait Leonard de son regard insondable. Bones l'avait pris en traître, il savait que pour sauver les apparences, le Vulcain le suivrait sans faire d'histoire, même s'il n'avait absolument pas envie de discuter.
Spock se leva sans un mot, salua Nyota d'un signe de tête, puis lui emboîta le pas dans les couloirs. Ils ne dirent rien jusqu'au bureau de Leonard. Le docteur préférait rester pour l'instant sur un terrain professionnel, là où les choses risquaient le moins de déraper. Il s'assit derrière son bureau et invita le Vulcain à en faire de même en face de lui. Ainsi, il se plaçait en position de supériorité et il se sentait plus à l'aise.
« Tu ne peux pas faire ça, » affirma-t-il alors sans préambule.
« Si je t'ai contrarié d'une quelconque manière… »
« Tu ne peux pas simplement te refermer après m'avoir permis de te voir enfin. Je ne le supporte pas. Je ne sais pas ce qui se passe avec ton père, mais je refuse que cela se mette entre nous. Je te propose donc un marché. Je ne pose aucune question jusqu'à ce que tu sois prêt à en parler, et tu reviens vers moi. »
Spock pesa le pour et le contre durant quelques instants. Il savait les Humains irrationnels malgré toute leur bonne volonté, mais lui-même souffrait de la situation.
« Je te demande simplement d'attendre que je me sois d'abord entretenu avec mon père, avant de m'en ouvrir à toi. »
« C'est entendu. »
Leonard se sentait toujours tendu après l'épisode du mess, sa main le démangeait là où se trouvait sa bague.
« Une autre chose te perturbe. »
Ce n'était pas une question, mais Bones était encore incapable de mettre des mots dessus.
« Disons qu'on ne parlera pas de ça non plus. »
C'était bas, mais Spock n'était pas en position de le questionner.
« Comme il te plaira, » consentit Spock, et un frisson parcourut l'échine de Leonard en entendant ces mots.
Quelque chose n'allait définitivement pas chez lui. Il décida d'écourter l'entrevue, maintenant qu'il avait obtenu ce qu'il voulait.
« Ce soir, 20 heures, dans mes quartiers ? »
« Très bien. »
Comprenant intuitivement que son amant souhaitait qu'il s'en aille, Spock se leva et partit, mais pas sans réclamer un baiser. Il dévora sa bouche comme un assoiffé dans le désert. Être proche de l'Humain lui avait manqué.
…
L'après-midi sembla interminable pour Leonard. Il se sentait mieux après le départ de Spock, apaisé pour une raison qui lui échappait totalement. Intrigué par les émotions qui l'avaient assailli plus tôt, il pratiqua néanmoins une batterie d'examens sur lui-même, de la prise de sang au scan complet de son corps avec un tricordeur. Il ne sortit rien d'inhabituel des résultats. Le problème se situait donc ailleurs. Probablement psychique. Il espérait simplement que ça ne se reproduirait pas. Les changements de comportement brutaux, quand on vivait enfermé sur un vaisseau H24, n'étaient jamais signe de bonne santé mentale. Puis, il fut pris dans son travail et oublia momentanément ses problèmes.
Quand le soir vint, il en oublia presque l'heure, se dépêchant d'avaler un semblant de dîner avant de rentrer dans ses quartiers. Sa chambre était un champ de bataille qu'il se rappelait à peine avoir laissé derrière lui le matin même. Passer la nuit sans Spock l'avait mis en colère. Le lit était défait, ses affaires traînaient par terre ou sur son bureau. Il se dépêcha de ranger, avant l'arrivée de Spock.
Il était à peine 19 h 30 quand on sonna. Bones craignit durant une seconde que ce soit une urgence médicale qui l'emmènerait au loin ou encore Jim voulant discuter autour d'un verre, mais une force invisible lui certifia que c'était le Vulcain sans qu'il ait besoin d'ouvrir la porte. Quand la cloison coulissa, elle lui donna raison, et Spock entra. Il portait encore son uniforme et n'avait apparemment fait aucun détour, d'où qu'il vienne. Ses joues étaient légèrement teintées de vert, comme le bout de ses oreilles. Le ressentiment qui avait assailli Leonard un peu plus tôt refit alors son apparition. Il ne voulait qu'une chose soudainement, agripper Spock et ne plus le lâcher. L'impulsion était plus forte qu'auparavant, le poussant à s'approcher dès que la porte fut refermée pour l'embrasser à perdre haleine. Le Vulcain ne protesta pas, répondant activement, se laissant guider vers le lit. Bones déchira presque ses vêtements en les lui retirant, avant de les jeter au sol et de se déshabiller à son tour. Rapidement, ils collapsèrent sur les draps. Leonard ne maîtrisait plus rien, mais Spock s'en rendit compte trop tard, il se retrouva sur le ventre, écrasé par tout le poids de son amant sur son dos. Le docteur renifla sa nuque, il avait l'envie forte et irrationnelle d'y planter ses dents. C'est quand il le sentit lécher la base de son cou en ruant contre lui que le Vulcain comprit que quelque chose n'allait pas. Il se débattit de toutes ses forces, quand il prit conscience que Leonard ne s'arrêterait pas malgré ses protestations. Il savait pourtant le médecin incapable d'une telle chose. Puis, il comprit soudainement ce qui se passait et se maudit intérieurement. Il devait reprendre le dessus avant que tout cela aille trop loin, Leonard ne se le pardonnerait jamais.
Heureusement pour lui, la constitution de Spock le rendait supérieur en force, et il désarçonna finalement son amant, avant de l'agripper sans qu'il n'ait une chance de se défendre. Il inversa alors leurs positions, le maintenant fermement sur le ventre, contre le matelas, emprisonna ses poignets de ses mains dans un étau qui, il le savait, laisserait des marques. Bones ne sembla pas apprécier la nouvelle disposition et se débattit, sa peau trempée de sueur glissant contre celle de Spock et son souffle saccadé s'élevant lourdement dans la pièce saturée. Mais même si au fond il détestait ça, le Vulcain ne lâcha pas prise. Il ne contrôlait plus vraiment la manière dont toute la situation l'excitait, sa verge douloureuse et pleinement engorgée glissant aisément entre les deux globes charnus des fesses de Leonard. Il résista fermement au besoin de mordre sa nuque en serrant les dents au point que sa mâchoire devint douloureuse et rua plus fermement contre lui.
« Soumets-toi, » ordonna-t-il d'un ton bas, mais ferme, à l'oreille de Leonard.
Seul un grondement plein de colère lui répondit.
« Soumets-toi à ton compagnon, Leonard McCoy ! » répéta-t-il d'une voix haute et claire cette fois.
Le docteur s'immobilisa alors, pantelant, transpirant et à bout de force, son visage rouge de sueur enfoncé dans l'oreiller. Puis, il se remit à bouger. C'est quand Spock comprit qu'il ne se débattait plus, mais qu'il se frottait contre le matelas tout en essayant de venir à la rencontre de ses coups de reins, qu'il se laissa sombrer dans l'instant, incapable de résister plus longtemps à ses instincts les plus primaires, aux impératifs les plus ancestraux de son espèce, gardant un minimum de conscience pour ne pas simplement pénétrer Leonard, ici et maintenant, pour que lui aussi apprenne où se trouvait sa place. Il accéléra ses allées et venues entre les fesses de son amant, le lubrifiant naturel s'écoulant en abondance, ses vrilles enroulées fermement autour des cuisses de Bones qui, à présent, gémissait ouvertement. L'orgasme le foudroya sans prévenir, un grondement presque animal vibra dans sa poitrine et ses mains serrèrent les poignets de Leonard jusqu'à presque les briser, sa semence éclaboussant le dos cambré à l'extrême. Puis, la tension retomba brutalement et il libéra l'Humain qui se mit immédiatement en position fœtale à une extrémité du lit, à bout de souffle et tremblant. La culpabilité déferla sur Spock avec une force insoupçonnée et il osa à peine respirer durant de longues minutes. Leonard retrouva finalement un semblant de calme et le Vulcain tendit alors une main hésitante pour toucher son épaule. Dans la seconde, le docteur se leva sur ses jambes, combattant un vertige avant de trouver son équilibre. Il lui fit face dans toute sa nudité, son regard noisette braqué sur lui et ses mains rassemblées en deux points serrés contre ses flancs.
« Qu'est-ce qui vient de se passer, bordel ?! » hurla-t-il. « Et je me contrefous que tu ne veuilles pas en parler ! »
« Il se peut que mon esprit ait, d'une certaine manière, contaminé le tien, à la suite de nos contacts physiques prolongés. »
« Contaminé ? Comme une maladie ? »
« Pas exactement. »
« Va droit au but, s'il te plaît. La version courte. »
Spock s'accorda quelques secondes pour rassembler ses mots sous le regard appuyé de Leonard.
« Mon espèce descend d'un animal similaire aux félins terrestres. Nos mœurs ont longtemps ressemblé aux leurs et, encore aujourd'hui, il en subsiste des vestiges. »
« Tu es en train de me dire que les Vulcains sont de gros chats qui sortent les griffes pour protéger leur territoire ? »
« Vulgairement parlant, oui. »
« Ça n'explique pas l'état dans lequel nous étions tout à l'heure. »
« Que sais-tu exactement sur la reproduction des félins, Leonard ? »
« Essaierais-tu de m'expliquer que les Vulcains ont des périodes de rut ?! Est-ce que je dois m'estimer heureux que ton pénis ne soit pas hérissé d'épines ? »
« Cette particularité générique a disparu il y a des siècles. »
« Tu m'en vois ravi ! » s'écria le docteur, en passant une main dans ses cheveux. « Toute cette histoire de maintenir la femelle en place aurait dû me mettre la puce à l'oreille ! Bon sang, il ne t'est pas venu à l'esprit de m'en parler avant ?! »
« Les guérisseurs Vulcains ont longtemps cru que mon sang humain retarderait, voire supprimerait cette caractéristique. Mais, la quasi-extinction de mon espèce a certaines répercutions sur la génétique des survivants, y compris moi. Nos corps nous poussent à procréer rapidement pour compenser la perte de nos semblables. Je vais bientôt passer par cette… période, j'allais t'en parler, mais je n'avais pas anticipé que mes barrières mentales affaiblies affecteraient ton comportement. C'est entièrement ma faute, je m'en excuse. Je savais que cela pouvait se transmettre à d'autres espèces par un lien mental, mais pas si tôt. »
« C'est de cela qu'il est question, n'est-ce pas ? Avec ton père. »
« En effet. Il est traditionnel que le parent se charge de l'éducation de sa progéniture dans ce domaine. »
« Tu comptais donc en discuter d'abord avec lui et décider si j'étais à la hauteur de ses attentes avant de t'en ouvrir à moi ? »
« Non ! »
« C'est vrai qu'il est tellement plus logique de m'obliger à me soumettre et de me marquer comme un putain d'animal avant de m'expliquer ce qui m'attend ! »
« Si je n'avais pas repris le dessus, tu m'aurais fait subir bien pire. Je devais agir. Il faut que tu comprennes que cette période représente la plus grande honte de mon peuple. »
« La honte ? »
« C'est un tabou profondément ancré dans notre société. Nous n'abordons le sujet qu'en cas de nécessité absolue, dans un cercle extrêmement privé, familial ou médical. »
« Aux dernières nouvelles, je suis toujours ton médecin, Spock ! Comment suis-je censé te soigner si tu me caches des choses pareilles ? À moins qu'à tes yeux je ne mérite pas de faire partie de ce cercle si privé ? Tu comptais peut-être me le dire une fois en rut et totalement incontrôlable ? »
« Le pon farr. »
« Quoi ? »
« C'est le nom que nous donnons à cette période. »
« Peu importe. Le fait est que j'ai manqué de littéralement te forcer à t'engager dans un coït non consenti, parce que tu préfères garder tes petits secrets. Je croyais que les Vulcains ne se cachaient rien au sein du couple. »
« C'est le cas. Mais les époux Vulcains savent parfaitement ce qu'il en est depuis leur enfance. Il n'est pas habituel d'avoir à l'expliquer, tu comprends ? Je craignais d'aborder le sujet. Les Humains ont un rapport au sexe si décomplexé, si libre. Vous ne connaissez pas la peur de blesser, ou même tuer, votre partenaire lors d'une perte de contrôle totale. Il serait, par exemple, très mal venu d'essayer de me résister comme tu l'as fait, durant le pon farr. »
« Si tu t'imagines que je vais gentiment me mettre à quatre pattes et tendre mon cul comme une chatte en chaleur, tu te trompes lourdement. Je ne sais pas si c'est ce que font les Vulcaines, mais ce n'est certainement pas mon cas. »
Spock se retint de préciser que c'était, à peu de choses près, ce que Leonard venait de faire. Tout Vulcain qu'il était, même lui savait que c'était la dernière chose à faire pour ne pas envenimer la situation.
« Tu es un homme, Leonard. Je ne m'attends pas à ce que tu agisses comme une femme, quelle qu'en soit l'espèce. »
« Dans ce cas, quel était ton plan ? Passer quelques jours sur New Vulcan et t'accoupler avec une femme plus digne de ton lignage ? »
« Ce n'était pas mon intention, » se défendit-il immédiatement. « Même si mon père songe à cette solution. Pour sa défense, je ne lui ai pas encore parlé de toi. »
« Je ne comprends pas où se situe l'obligation. Ne peux-tu pas simplement prendre un traitement et attendre que ça passe ? »
« Le pon farr est létal pour les Vulcains, s'ils ne s'accouplent pas durant le plak tow. »
« Létal ? Quel genre de biologie totalement foireuse peut bien vous obliger à vous accoupler ou mourir, bon sang ?! C'est insensé ! »
« Durant notre préhistoire, Vulcan fut frappé par une éruption solaire qui décima toute la population sur sa face éclairée et condamna l'autre moitié à des centaines d'années de barbarie. Seule comptait la survie de l'espèce. Le plak tow est le point culminant du pon farr et signifie littéralement "fièvre de sang". À ce stade, la température du corps augmente à un degré qui finit par tuer l'individu, s'il ne fait pas le nécessaire. Et l'accouplement ou un combat à mort avec un rival sont les deux seules issues possibles. »
« Et vous n'avez aucun moyen de vous prémunir d'une mort certaine ? Vous attendez simplement que ça arrive et c'est tout ? Que se passe-t-il si deux hommes veulent la même femme ? Vous vous entretuez comme des bêtes, même si c'est un frère ou un ami ? »
Spock s'enferma dans un mutisme gêné. Il espérait en son for intérieur, ne pas avoir à aborder ce sujet. Mais Leonard était loin d'être idiot.
« Notre société s'est adaptée après l'arrivée de Surak. Pour éviter ce genre de situations, nous… fiançons, en quelque sorte, nos enfants à l'âge de sept ans avec son ou sa promise. Ainsi, les conflits se font plus rares et des accords de principe peuvent se nouer entre les familles pour la survie de leurs héritiers. »
« Tu as une fiancée ?! » explosa Leonard, comme Spock le craignait.
« J'avais une fiancée, Leonard. Elle a péri, comme tous les autres, lors de la destruction de ma planète. »
Bones s'en voulut un instant de rappeler des souvenirs aussi douloureux à son amant, mais le sentiment fut rapidement balayé par la colère et la déception.
« Tu sais presque tout de moi, Spock. Que j'ai été marié, que j'ai une fille, tu as même lu dans mon esprit. Mais je me rends compte que c'est très loin d'être réciproque. Je vais aller prendre une douche. Je veux que tu sois parti quand j'en sortirai. »
Spock ne savait pas quoi dire et Leonard ne lui laissa pas le temps de répondre avant de quitter la pièce.
Il regretta ses paroles à la seconde où la porte de salle de bain se referma derrière lui. Il s'appuya dessus et se laissa glisser au sol, en laissant libre cours aux larmes de colère qu'il retenait jusqu'à maintenant. Puis, il se releva, chancelant, et alluma la douche pour couvrir le bruit, avant qu'un sanglot ne monte dans sa gorge et déchire ses cordes vocales. Il se réfugia sous l'eau chaude qui picota sa peau soudainement glacée et la laissa emporter sa honte et sa tristesse. De rage, il frappa du poing contre la paroi et accueillit la douleur libératrice qui remonta dans son épaule. Ça ne pouvait pas se terminer de cette façon. Pas après la promesse qu'il avait faite de ne pas laisser leurs différences se mettre entre eux. Pas maintenant qu'il savait ce qu'on ressentait dans les bras de Spock.
Il coupa l'eau et se sécha rapidement. Quand il revint dans la chambre, elle était vide. Cela lui fit mal, même s'il en était entièrement responsable. Il s'habilla dans la hâte, rongé par la peur qu'il soit allé trop loin, qu'il soit trop tard, puis quitta ses quartiers.
Dans le couloir, il croisa un ingénieur qui s'avança vers lui.
« Docteur McCoy, j'aurais besoin… »
« Allez voir M'Benga, Enseigne ! Je ne suis pas le seul médecin à bord, pour l'amour de Dieu ! »
Le jeune Enseigne resta bouche bée, peu habitué aux accès de colère dont était capable le docteur, et le suivit du regard quand il se planta devant les quartiers de Spock et sonna.
L'officier scientifique ouvrit sans tarder et resta planté sur place de longues secondes, comme si son visiteur était la dernière personne qu'il s'attendait à voir. Puis, sans un mot, Leonard le prit dans ses bras et se blottit contre son torse. La mâchoire de l'Enseigne se décrocha un peu plus, quand le Vulcain accepta l'étreinte sans protester et y répondit. Spock remarqua alors qu'ils étaient observés.
« Retournez à votre poste, Enseigne. »
« Oui, Commander, » répondit-il avec un cran de retard, avant de se rappeler comment marcher et de quitter les lieux.
Les rumeurs envahiraient le vaisseau plus vite qu'une poignée de Tribbles dans la prochaine heure, mais pour le moment, Leonard n'en avait cure. Il inspira profondément l'odeur de Spock, avant de nicher son visage dans le creux de son cou et de s'autoriser enfin à se détendre.
« Rentrons, nous serons mieux à l'intérieur, » dit le Vulcain.
Sans le lâcher, il les entraîna dans la pièce et referma derrière eux. Spock n'avait pas menti, remarqua immédiatement Bones, l'air était étouffant, mais ça ne le dérangea pas. Il se laissa envelopper par cette chaleur et ferma les yeux, bercé par les bras de Spock autour de sa taille. Il voulait s'excuser, mais il ne trouvait pas le mot, alors il tenta de lui transmettre tous ses remords par la pensée. Cela fonctionna peut-être, puisque l'étreinte de Spock se resserra autour de lui.
« On va trouver une solution, » affirma finalement Leonard.
Il avait été injuste, il le savait. Spock n'avait pas choisi d'être ainsi. Il imagina la réaction du Vulcain à l'idée de perdre totalement le contrôle de son corps, comme de son esprit, et se traita mentalement d'idiot.
« Pardon d'être un tel connard parfois, » marmonna-t-il dans l'épaule de Spock.
« Tu n'es pas un… connard. »
Bones ne put s'empêcher de rire en entendant ce mot dans la bouche de son amant.
« Non, je suis juste un stupide Humain qui se laisse diriger par sa peur. »
« La peur est ce qui nous permet de survivre. »
« Je croyais qu'elle était illogique. »
« Parfois, elle est justifiée. »
« Tu as peur de ce qui va t'arriver ? »
« Oui. »
Leonard pensa que ça devait beaucoup lui coûter de l'admettre.
« Alors je serai là pour t'accompagner. »
« C'est dangereux. Je te blesserais. »
« Le danger fait déjà partie intégrante de notre travail, Spock, et donc de nos vies. Je ne vais pas reculer face à ça. Je refuse d'être laissé en dehors de cette histoire. Cela me concerne également, maintenant plus que jamais. Plus tôt, tu disais que c'était transmissible à d'autres espèces via un lien mental. Ne serait-ce pas plus simple pour moi si j'étais dans le même état que toi ? »
« Je ne sais pas comment un corps humain réagirait. La fièvre pourrait t'emporter beaucoup plus rapidement ou ton cœur pourrait ne pas supporter le déséquilibre hormonal brutal. »
« Nous devrions nous rendre sur New Vulcan ensemble et consulter un guérisseur. Je ne te laisserai pas traverser ça seul, et encore moins avec une autre que moi. L'idée est tout simplement insoutenable. Ton père pourrait aussi t'expliquer comment lui et ta mère ont géré la chose. Si elle a pu y survivre, alors moi aussi. »
Le poids de Spock contre lui devint plus lourd, rassurant, tangible. Le Vulcain se laissait aller dans leur étreinte. Leonard plongea de nouveau son nez dans son cou, se noya dans son odeur si particulière.
« Je ne maîtrisais plus mon corps, » admit Bones dans un murmure.
« Je sais. »
« J'étais habité par le besoin de te posséder, de te clamer. Puis, tu m'as fait me soumettre, et ce fut comme une délivrance. »
« Une délivrance ? »
« Je ne trouve pas d'autres mots pour l'exprimer. »
« Ne t'ai-je pas… blessé, offensé ? »
« Durant un instant, cette force m'obligea à me rebeller, puis ce fut comme si… quelque chose craquait, comme une feuille qu'on déchire, mon sang me sembla bouillonner, je brûlais de l'intérieur, brusquement, il fallait que tu sois en moi, que tu me possèdes, je ne pouvais penser à rien d'autre. »
L'aveu lui demanda un effort considérable. Il savait la honte cuisante sur ses joues et pressa son visage contre l'épaule de Spock.
« Pardonne-moi d'avoir introduit un tel inconfort dans ton esprit. Il n'est pas naturel pour toi d'agir ainsi et je ne veux pas que cela change. Je te veux combatif et impétueux, comme je te connais. Ma part rationnelle le veut, en tout cas. »
« Mais ta part primaire, c'est une autre histoire. »
« J'ai peur de te blesser, si tu ne te soumets pas. »
« Nous allons trouver un compromis. »
« Tu élèves le déni au rang de l'optimisme, Leonard. Certaines choses n'admettent aucun compromis. C'est la raison pour laquelle je songeais à ne pas t'impliquer. »
Bones se dégagea de leur étreinte, sans pour autant rompre le contact physique, tirant Spock par la main pour qu'ils s'assoient dans le canapé.
« À quelle fréquence cela se produit-il ? »
« Tous les sept ans, en temps normal. Après la quasi-extinction de mon espèce, je ne peux rien garantir. Les Vulcains ont, bien entendu, des rapports et des enfants en dehors de cette période et mènent une vie de couple comme n'importe qui d'autre, mais il se peut que nos gènes réagissent mal au dépeuplement soudain. Mon père m'a déjà rapporté des incidents allant dans ce sens, c'est la raison qui l'a poussé à me convoquer. Certains jeunes ont déclaré leur premier pon farr bien plus tôt que l'âge habituel, par exemple. »
« Jeunes à quel point ? »
« Entre treize et dix-sept années terriennes, ce qui est extrêmement jeune pour mon peuple. »
« Mon Dieu… comment gèrent-ils la situation ? » demanda Leonard, en se rendant soudainement compte qu'il n'avait jamais interrogé Spock sur la manière dont les survivants s'en sortaient. Il se sentit coupable. Il ne savait même pas que son père lui envoyait régulièrement des messages pour lui faire part des avancées.
« À cet âge, ils ne sont pas encore assez matures pour s'engager dans un quelconque rapport. Fort heureusement, la présence durant la période d'un parent, du promis, ou de n'importe qui partageant déjà un lien psychique avec l'enfant, est suffisant pour rompre le plak tow. La fièvre n'est pas aussi grave que s'ils étaient fertiles. »
« Tu disais plus tôt que ta nature humaine semblait t'immuniser contre le pon farr. »
« Que ce soit à cause de la perte de notre planète ou d'un retard dû à mes gènes hybrides, ce n'est plus d'actualité. J'en ressens déjà les premiers symptômes. Le fait que j'ai pu te contaminer en est la preuve. »
Ils restèrent silencieux quelques instants, chacun perdu dans ses propres pensées. Le besoin de contact était toujours très présent. Quelle qu'en soit la véritable raison, Leonard décida de ne pas y résister. Il était toujours en colère contre Spock, pour lui avoir caché tout ça, mais être loin de lui était juste trop douloureux. Il le poussa doucement contre l'accoudoir et se blottit contre son torse.
« Il y a une autre chose que tu dois savoir. Probablement la plus importante de toutes, » lui avoua Spock, en le serrant contre lui.
Un nœud d'angoisse se forma dans son estomac.
« Lors du pon farr, un lien mental se forme entre les deux individus. »
« C'est une mauvaise chose ? »
« Seulement si tu ne le désires pas. Le lien est définitif, presque impossible à dissoudre. C'est pour cela que le pon farr est accompagné d'une cérémonie équivalant au mariage humain. »
Leonard se figea. Les pensées se mélangeaient dans sa tête. Il revit son mariage avec Jocelyn, à quel point il était sûr d'avoir trouvé la personne avec qui il partagerait sa vie à ce moment-là, puis son divorce, la douleur d'être abandonné, de s'être trompé, la déchirure de perdre sa fille et tout ce qu'il possédait. Il revit ses interminables nuits solitaires, à se noyer au fond d'une bouteille, sa décision fataliste d'intégrer Starfleet, non par choix, mais parce qu'il n'avait aucune autre issue de secours. Il repensa à sa rencontre avec Jim Kirk, au temps qu'il lui avait fallu pour lui accorder sa confiance, pour réapprendre à s'ouvrir à quelqu'un. Puis, à la première fois qu'il avait vu Spock, si rapidement suivie par la destruction de Vulcan qu'il n'avait pas pu assimiler toutes les émotions qui l'avaient traversé. Spock lui avait toujours paru… intense. Il semblait froid, distant, mais son explosion sur la passerelle, quand il avait presque tué Jim, avait réfuté cette théorie. Sa façade n'avait jamais trompé Leonard après ce jour.
Voulait-il se remarier ? Non. Définitivement, non.
Le ferait-il pour sauver son amant d'une morte certaine, ou pire, pour l'empêcher de se lier à quelqu'un d'autre ? La pensée qu'il préférait le voir mort, plutôt qu'avec une autre personne l'effraya. Ils se connaissaient depuis des années, mais leur relation n'avait vraiment débuté que depuis quelques jours. Allait-il se lier avec Spock d'une manière aussi définitive, si tôt ? Avait-il réellement le choix ? Il comprit que non. Pas s'il voulait préserver sa santé mentale et s'il ne voulait pas perdre Spock.
« Ma décision est déjà prise, tu sais. Je ne reculerai pas. »
« Tu dois impérativement différencier ce qui vient de toi et ce que le pon farr t'oblige à ressentir. Je ne veux pas qu'en revenant à toi, quand ce sera terminé, tu te rendes compte que tu ne désirais rien de tout ceci. Je ne supporterai pas ton rejet, pas à ce stade. Si tu dois changer d'avis, c'est maintenant. »
« Comment savoir ? »
« Peut-être vaut-il mieux que tu dormes seul cette nuit, que tu t'accordes du temps pour réfléchir. Nous n'arriverons sur New Vulcan que demain, d'ici là, rien ne peut être fait. Utilise ce temps pour méditer et regarder au fond de toi. »
« Tu as sûrement raison. »
Sa détacher fut difficile, pour l'un comme pour l'autre. Quand la porte se referma derrière lui et qu'il se retrouva seul dans le corridor désert, Leonard frissonna face à la différence brutale de température. Ou bien est-ce à cause de l'absence de Spock. Il ne saurait dire. Il marcha d'un pas traînant jusqu'à ses quartiers, résistant à l'envie de faire demi-tour, puis s'enferma dans sa chambre. À peine arrivé, il baissa la lumière et augmenta la température. Pas au même degré que Spock, mais quelque part entre les deux, suffisamment pour sentir la chaleur l'englober. Il en avait besoin, cela lui donnait l'impression que le Vulcain était dans la pièce avec lui.
Il se déshabilla et, encore frais de sa dernière douche, se coucha directement. Mais le sommeil ne vint pas. Il essaya de réguler sa respiration, de penser à des choses qui l'apaisaient, se tourna et se retourna pour trouver une position confortable, mais rien n'y fit. Il ne se sentait même pas un peu fatigué, à vrai dire.
Alors il fit comme Spock lui avait conseillé. Il réfléchit. Durant ce qui lui sembla des heures, alors que paradoxalement, à chaque fois qu'il jetait un œil au chronomètre, il ne s'était écoulé que quelques minutes, il tourna le problème dans tous les sens. Mais, où qu'il regarde, il ne trouvait pas de solution. Il chercha longtemps la frontière entre son esprit et cette force invisible qui le poussait à agir de manière irrationnelle, en vain.
Puis, soudainement, alors qu'il se trouvait dans un état entre éveil et sommeil, il sursauta et se redressa dans son lit. Il avait capté quelque chose à la lisière de son inconscient. Il ne trouvait pas de frontière, car il n'y en avait pas. Il n'y avait pas, dans son esprit, des parties contaminées qu'il fallait isoler du reste. Les derniers événements n'avaient fait qu'allumer des lumières éteintes depuis son divorce. Certaines même qui n'avaient jamais brillé durant son mariage.
Il ne voulait pas se remarier, mais il désirait ardemment ce lien avec Spock. Car avec lui, pour la première fois, il n'avait plus à se cacher ni à craindre que ses sarcasmes ou son mauvais caractère soient mal reçus. Spock le voulait combatif, entièrement lui-même, il aimait qu'ils se chamaillent, argumentent et qu'ils ne soient jamais d'accord. Il aimait son illogisme. Qu'il se sentait bête à présent d'avoir imaginé que tout cela pouvait venir d'ailleurs, d'une quelconque force invisible qui ne serait pas le reflet de sa propre volonté, de ses désirs enfouis. Il savait ce qu'il voulait.
Il fallait qu'il voie Spock, qu'il cesse de se tenir loin de lui. Dans la hâte, il se rhabilla, puis sortit dans le couloir. La phase nocturne était bien avancée et l'éclairage de nuit n'agressa pas ses yeux. Le vaisseau semblait désert à cette heure, même s'il n'en était rien. Il se pressa jusqu'aux quartiers de Spock, le claquement de ses bottes étant le seul bruit audible en dehors du ronronnement constant des moteurs. Il ne sonna pas, c'était inutile, il connaissait le code. La porte s'ouvrit et il pénétra dans la pièce plongée dans l'obscurité. Sans hésiter, familier avec la configuration des lieux, il marcha vers le lit. Quand il l'atteignit, le Vulcain était déjà assis, prêt à se lever, puisqu'il l'avait entendu entrer. Il ne lui en laissa pas le temps et monta sur le matelas, avant de l'embrasser férocement. Spock le réceptionna, l'accueillit dans une étreinte brûlante qui les laissa tous les deux à bout de souffle quand Leonard rompit le baiser pour respirer.
« Je veux… Je veux qu'au moins une fois… avant… » bafouilla Bones
« Tu es sûr ? »
Il n'avait pas besoin de parler ni de trouver les mots qui lui manquaient. Spock voyait clair en lui, il comprit instantanément ce dont il avait besoin. Il enleva un à un ses vêtements, puis retira ceux dans lesquels il dormait. Malgré l'urgence de leurs gestes, il n'y avait pas de brutalité. Quand il retrouva enfin la peau nue de Spock contre la sienne, Leonard eut l'impression de respirer de nouveau. Le désir courait sous sa peau qui se couvrit de chair de poule et de sueur. Leurs corps se percutèrent, leurs bouches entrèrent en collision, le reste n'était qu'instinctif. Les pensées de Bones arrivaient par vague dans l'esprit de Spock, réclamant, suppliant. Les mains étaient partout, caressant, griffant, agrippant. Spock inversa leurs positions, allongea Leonard sur le dos, puis hissa ses chevilles sur ses épaules. Le docteur n'était pas habitué à cette posture, se sentait exposé, vulnérable, mais le Vulcain se pencha pour exiger un baiser, testant les limites de sa souplesse, et il fut tout à coup en sécurité, enveloppée dans la chaleur rassurante de son amant. Il ne se soumettait pas, il le laissait faire parce que c'était ce qu'il voulait. Il s'était mille fois demandé ce que cela faisait de sentir Spock en lui depuis qu'ils se découvraient mutuellement. Il se sentait en contrôle, totalement dans l'instant, loin de l'état dans lequel il se trouvait plus tôt.
Les vrilles de Spock jouaient avec lui, alors qu'ils se frottaient l'un à l'autre, elles s'enroulaient autour de la base de son membre, massaient ses testicules, le titillaient là où personne ne l'avait jamais touché à part lui-même. Et il en voulait plus. Il glissa une main entre eux et prit leurs deux érections, les caressa en tandem. Immédiatement, ses doigts furent trempés de fluide. Spock rua quelques fois dans sa main, puis se recula. Il posa ses paumes contre l'intérieur des cuisses de Leonard, puis les écarta un peu plus, poussa pour remonter ses jambes contre son torse. Bones n'avait jamais permis qui que ce soit de le voir ainsi, toute son intimité dévoilée. Spock ne se retint pas de l'observer. L'obscurité rendait les choses plus faciles pour le docteur, même s'il savait que le Vulcain y voyait presque comme en plein jour.
Spock enregistra chaque détail, se familiarisa avec cette anatomie qu'il découvrait encore. Il caressa ce membre pourpre qui pulsa dans sa paume, massa les bourses lourdes, tendres et pleines, puis regarda une de ses vrilles se faufiler doucement à l'intérieur de Leonard qui la sentit former un nœud et appuyer contre sa prostate, envoyant des décharges de plaisir dans son corps. Bones se cambra sur les draps en gémissant, écartant un peu plus ses jambes sans s'en rendre compte. La sensation était totalement alien, étrange, c'était presque effrayant de sentir un organisme qui semblait posséder une conscience – même si Leonard savait que ce n'était que de simples automatismes guidés par la volonté de Spock – pénétrer ainsi son corps. Puis, la vrille se retira et fut remplacée par les doigts lubrifiés de Spock. Un par un, méticuleusement, il le prépara, malgré tout le contrôle que ses mains extrêmement sensibles lui demandaient. Leonard se perdait dans le moment, se concentrait sur son souffle pour ignorer la douleur et l'appréhension qui lui remuaient les entrailles. Une paume tiède et rassurante ramena ses cheveux en arrière sur son front brûlant. Il vint à sa rencontre, se détendit sous la caresse, Spock était là, il le tenait et ne le lâcherait pas. Il pensa vaguement qu'il était celui des deux qui avait l'expérience, qui devait le guider, mais toutes ses connaissances ne lui servaient à rien. La théorie et la pratique étaient deux choses très différentes. Faire l'amour à une femme et laisser un homme vous pénétrer en étaient deux autres. Le Vulcain, lui, ne semblait éprouver aucune difficulté à trouver les informations dont il avait besoin, comme si l'esprit de Leonard était une banque de données ouverte et totalement disponible, mais il lui suffit de regarder au fond de ses yeux pour voir que ce n'était qu'une façade. Il agissait par instinct, laissait leur lien naissant guider ses gestes en espérant ne pas commettre d'erreur.
« Tout va bien, darlin ». » le rassura Leonard. « Tu es parfait. »
Spock retira ses doigts et se pencha sur lui, pour lui voler un nouveau baiser, avant de s'enfoncer en lui, centimètre par centimètre. Bones serra les dents quand les deux collerettes passèrent la barrière de ses muscles. Il se sentait déchiré en deux, l'air quitta ses poumons, il ne parvint pas à reprendre son souffle, ses ongles creusèrent des sillons émeraude dans les omoplates de Spock. Les vrilles s'enroulèrent autour de son membre qui retrouva sa vigueur sous les caresses, le distrayant suffisamment pour que la douleur reflue et ne soit plus qu'un bruit blanc contre ses tympans, un pincement dans le creux de ses reins. Son cerveau saturé de messages contradictoires tenta de lui rappeler de se détendre. Au-dessus de lui, Spock le fixait de ses yeux chocolat teintés d'inquiétude, chacun de ses muscles était tendus à l'extrême, pour supporter son propre poids, pour se retenir de le prendre violemment, pour ne pas devenir fou emprisonné dans l'étroitesse de Leonard. Il n'avait jamais ressenti une telle union avec un autre être vivant, une telle connexion avec un autre esprit. Il poussa jusqu'à ce que son bas ventre touche les fesses de Leonard, ses mains fermement agrippées à ses mollets, il embrassa une de ses chevilles. En dessous de lui, son amant avait les yeux fermés, paupières serrées, lèvres entrouvertes. Un cri resta coincé dans sa gorge, se muant en un gémissement que le docteur aurait trouvé pathétique dans d'autres circonstances. Spock attendit, tendu comme un arc, au bord de la rupture. Il attendit que Leonard revienne à lui, qu'il s'habitue à sa présence.
Quand il croisa finalement son regard, ses yeux ressemblaient à deux puits sans fond dans l'obscurité, noircis de désir et totalement focalisés sur lui. Le médecin expérimentait la sensation jusqu'alors inconnue d'être plein, de corps comme d'esprit. La présence de Spock dans sa tête se faisait sentir pour la première fois, le Vulcain ne maîtrisant plus vraiment ses barrières mentales, et l'expérience le transcenda. Puis, Spock se retira avec précaution, avant de revenir avec plus de force qu'il n'en avait l'intention. Cette fois, le cri que Leonard retenait écorcha sa gorge et fendit l'air, ses ongles s'enfoncèrent dans les biceps contractés de Spock, quand il sentit cette longueur s'enfouir en lui. Il se détendit, l'accueillit, et le Vulcain adopta un rythme lent au départ, prenant son temps, voulant que jamais cela ne se termine. Leonard resserra ses jambes autour de ses épaules quand Spock se pencha de nouveau pour l'embrasser alors qu'il allait et venait en lui. Leur baiser fut chaotique. Puis, le Vulcain unit leurs mains au-dessus de la tête de Bones et se servit de cette prise comme levier pour le prendre plus fort. Leurs doigts s'entrelacèrent, leurs paumes s'unirent, et Spock, assailli de toute part par le plaisir, le sien et celui de son amant, accéléra ses coups de hanches, se perdit plus profondément.
Les vrilles se contractèrent, ondulèrent autour de la verge de Leonard, le faisant se cambrer sur les draps, puis l'une d'entre elles se glissa entre ses jambes, là où leurs corps se rejoignaient, et se faufila le long du membre de Spock, retourna stimuler sa prostate. À ce stade, Bones ne contrôlait ni son corps ni sa voix, se reconnaissant à peine, il demanda plus, encore, et Spock lui donna ce qu'il voulait. Leonard dévora des yeux le corps puissant qui ondulait contre le sien, la peau d'un vert sombre par endroit, brillante de sueur.
« Tu es tellement beau. »
Il ne sut pas vraiment s'il dit cette phrase à voix haute ou s'il la pensa, mais à cet instant, il n'y avait plus vraiment de différence. Spock lâcha ses mains pour agripper ses épaules et le tirer vers lui. Les jambes de Leonard glissèrent sur ses avant-bras et il maintint fermement sa prise, ses coups de reins devenant erratiques. Il colla son front à celui brûlant de son amant, regarda au fond de ses yeux, au fond de son âme. Aucun mot ne passa ses lèvres, mais Leonard les entendit dans sa tête, ces mots qui rampèrent sous sa peau et l'enveloppèrent dans une chaleur rassurante qu'il aurait voulu ne jamais quitter.
Le plaisir se fit plus intense, Leonard y succomba le premier, arqué contre Spock, la vrille autour de son membre pompant méthodiquement la jouissance en dehors de lui, tandis que sa consœur le tourmentait de l'intérieur et que Spock le prenait plus fort. Bones fut foudroyé par l'orgasme le plus puissant de sa courte vie et Spock le suivit de près, totalement submergé par les émotions de son amant, le marquant comme sien pour la deuxième fois ce jour-là. Puis, ils collapsèrent sur le lit, épuisés, essoufflés, transportés.
Ils restèrent ainsi une éternité, intriqués l'un dans l'autre, de corps et d'esprit, englués dans la chaleur étouffante des quartiers de Spock et leurs fluides corporels. Il y avait une certaine félicité à être submergé par les odeurs, les textures, le souffle et le poids de l'autre. Ça ressemblait à la maison, tout en étant étranger. Puis, Spock se retira lentement, la chaleur du corps de Leonard lui manquant immédiatement. Se sentant soudainement vide, le docteur se blottit contre son torse, entremêla leurs jambes, avide de garder le contact. Jamais aucune étreinte ne l'avait mis dans cet état. Il avait l'impression que jamais plus il ne pourrait se lever, se tenir loin de Spock. Ses muscles étaient courbaturés, hurlaient pour un peu de repos. Son cerveau semblait cotonneux. Il observa le pénis de Spock se rétracter dans sa poche, regrettant déjà sa présence, alors même qu'il pouvait toujours le sentir en lui. Le Vulcain plongea son nez dans ses cheveux et inhala son parfum, avant de lécher sa nuque. Leonard se souvint alors du pon farr, ce pour quoi ils en étaient là, en route pour New Vulcan et dans l'incertitude la plus totale.
« Nos esprits sont hautement compatibles, » affirma soudainement Spock, dans l'obscurité.
« C'est une bonne chose ? »
« Dans l'absolu, c'est une bonne nouvelle. »
« Mais ? »
« Une telle compatibilité est… inhabituelle. »
« Inhabituel comme dans ton histoire d'âmes sœurs ? »
« Précisément. »
Ils méditèrent tous deux en silence. Leonard ne savait pas vraiment comment il se sentait par rapport à cette constatation. Lui, l'âme sœur de quelqu'un comme Spock ? Il avait du mal à y croire. Mais il ne pouvait nier qu'ils s'entendaient bien, qu'ils s'accordaient parfaitement. Leurs caractères se contrebalançaient l'un l'autre, s'équilibraient. Physiquement, ils étaient plus que compatibles, en harmonie, d'une manière qu'il n'aurait jamais cru possible. Il eut beau chercher, il ne trouva aucune ombre au tableau. Même leurs désaccords étaient bienvenus, sains pour leur relation. Alors, pourquoi lutter contre l'idée, se demanda-t-il. Parce qu'il avait peur de tout perdre encore une fois. Ils menaient une vie dangereuse. Il avait déjà joué à Dieu une fois, risquant sa carrière, son droit d'exercer, sa liberté, pour ressusciter Jim. Et il l'avait fait sans une seconde pensée, sans même cligner des yeux. Car il refusait de vivre dans un monde où Jim Kirk n'existait plus. Un monde sans Spock lui paraissait tout aussi insupportable.
« La seule manière d'en être certain, c'est de créer un lien psychique entre nous. »
« Comme celui qui s'établira durant ton pon farr ? »
« Exactement. À ce moment-là, nous saurons. »
Et si tu ne le veux pas ? La question planait entre eux. Spock était en quelque sorte programmé génétiquement pour embrasser ce type de lien. Sa psyché aspirait à une telle union. Mais Leonard était humain et il avait déjà foutu en l'air son premier mariage. Était-il fait pour passer le reste de son existence avec la même personne ? Pour sauver la vie de Spock, il foncerait sans même se poser la question, mais que faire ensuite avec les conséquences, quand sa vie ne serait plus en danger ? Sauf qu'elle le sera de nouveau. Tous les sept ans, avait dit Spock, au mieux, puisque la destruction de Vulcan semblait foutre en l'air leur cycle. Était-il prêt à être présent pour lui à chacune de ces périodes critiques, probablement jusqu'à la fin de ses jours puisque la longévité des Vulcains dépassait celle des Humains ? Cependant, l'idée de laisser quelqu'un d'autre endosser ce rôle lui semblait déjà insupportable. Il ne savait pas si cela venait entièrement de lui ou si c'était un effet secondaire de l'état de Spock, et à vrai dire, ça n'avait plus vraiment d'importance, parce que plus le pon farr approchait et plus il se sentait lié à Spock. Il ne pouvait plus faire machine arrière à partir du moment où il l'avait laissé l'embrasser la première fois. Aurait-il fait différemment s'il avait su ? Probablement pas. Il pensait chaque mot qu'il avait dit à Spock, y compris quand il avait affirmé que seul un idiot se refuserait à lui. Le Vulcain alimentait la plupart de ses fantasmes depuis plusieurs années maintenant, toujours inaccessible, toujours distant, une beauté de glace. Il savait maintenant que cette croûte glacée abritait un volcan en sommeil et ne pouvait simplement plus se tenir loin de la chaleur qu'il dégageait. Il se sentait enfin à la place qui était la sienne.
« Je ne me détournerai pas de toi. Ni maintenant, ni jamais. »
L'étreinte de Spock se resserra autour de lui. Le Vulcain avait avoué sa peur. Une chose qu'il ne ferait jamais si ce n'était pas la stricte vérité. Terreur était même probablement un terme plus approprié. Leonard ne s'imaginait pas à sa place. Un être ayant toujours contrôlé sa vie, ses émotions, ses actions, basculer soudainement dans le chaos. La plus grande honte de son peuple, avait-il dit. Alors il s'endormait dans les bras de Spock, le docteur se dit qu'il pouvait facilement se figurer pourquoi.
