3ème jour

Juste avant le cours d'histoire qui devait durer deux heures, Heero signala aux autres d'ouvrir l'œil sur Marion.

MM – Asseyez-vous immédiatement et en silence, ordonna sèchement M Mauger. Je ne suis pas satisfaite du tout de vos devoirs.. On dirait des attardés dans vos copies.

Elle les distribua dans la classe (les G-boys suivaient sans se préoccuper des résultats puisqu'ils ne l'avaient pas fait) puis elle s'arrêta devant Marion.

MM – Quant à vous, vous allez devoir chercher votre copie chez le directeur : les propos que vous avez tenus sont inqualifiables. Et ne vous tracassez pas pour la note, vous avez zéro.

Marion fit éclater une bulle de chewing-gum.

MM – Qu'est-ce que c'est que cette tenue ! s'énerva la prof. Vous allez me faire le plaisir de vous rendre sans tarder chez le directeur et de vous changer par la même occasion.

M – Qu'est-ce qui vous vexe le plus : le fait que j'ai raison ou seulement le fait de vous être pris la vérité en pleine poire ?

MM – SORTEZ ! cria M Mauger en pointant la porte du doigt.

M – Ca tombe bien, je voulais aller faire du shopping.

Puis elle sortit. Heero pesta intérieurement, sa cible lui échappait, il ne fallait pas lui laisser le champ libre pendant qu'eux étaient coincés ici.

MM – Vu vos résultats déplorables, vous allez me refaire ce devoir immédiatement !

Il y eu de grands oh, mais tout le monde s'y mit.

MM – Et alors monsieur, vous ne travaillez pas, s'insurgea la prof.

D – Non, j'ai pas envie aujourd'hui, et en plus votre sujet est pourri, déclara-t-il.

Heero lui envoya un regard noir, que faisait-il ?

MM – Je ne suis pas d'humeur, vous allez voir le directeur immédiatement.

Duo s'empressa de sortir. Il avait le champ libre et pourrait suivre Marion. Il réfléchit un instant pour savoir où elle avait pu passer et il la vit sortir du bureau du directeur tout en brûlant une feuille de papier. Puis elle se dirigea à grands pas vers la sortie et il lui emboîta le pas discrètement. Ils marchèrent pendant cinq minutes puis brusquement, elle s'arrêta.

M – Tu comptes me suivre encore longtemps comme ça ?

Il avait pourtant était ultra discret sur ce coup là. Même Heero était prêt à reconnaître qu'en filature, il était doué. C'était sans doute dû à son passé de voleur, il avait apprit à se faufiler sans être vu ni entendu.

D – Sorry miss, je me suis fait virer de cours aussi, je me suis dit qu'on pourrait peut-être faire un peu mieux connaissance.

M – Ouais et tu crois que je vais te croire ? Ils t'ont chargé de me surveiller c'est ça.

D – Non, pas du tout, j'avais juste envie de te connaître, c'est vrai. En fait, je dirais même que tu m'as tapé dans l'œil.

Marion parut surprise, elle ne s'attendait pas ça puis elle reprit sa contenance.

M – OK, comme tu veux. Moi non plus je n'ai pas menti, je vais vraiment faire les magasins.

D – Et bah, allons-y.

La matinée passa vite : ils parlaient de tout et de rien. Aucun d'eux n'abordait de sujets personnels mais chacun déduisait des informations du comportement les renseignements nécessaires. Bientôt, Duo fut convaincu que Marion était un peu comme lui : elle avait beaucoup souffert dans son enfance et s'était forgé une ligne de conduite depuis cette époque. Elle n'avait peur de rien et surtout pas de la mort, ce qui lui fit penser qu'elle n'avait rien à perdre : pas de famille, pas d'amis, pas d'attaches. Elle serait prête à tout pour réussir sa mission.

Ils déjeunèrent en ville. Attablés devant un kebab frites harissa, ils continuaient de discuter.

M – Tes copains ne vont pas être content de te savoir avec moi.

D – Je ne sais pas. Parfois je me demande ce qu'ils attendent de moi.

M – Et alors, comment fais-tu pour le savoir ?

D – Je me lance et après je vois. Je n'ai pas été entraîné comme un soldat moi.

M – Ah oui ? Pourtant tu agis comme tel. Tout autre personne que moi n'aurait pas pu repérer que tu me suivais. Comment as-tu appris ça alors ?

La question paraissait anodine, mais Duo sentit qu'il entrait sur un terrain glissant.

D – Hum, j'étais voleur à une époque, ça doit être ça. Et toi ?

Dévier la conversation, meilleur moyen de se faire oublier.

M – Très jeune j'ai été enfermé pour ainsi dire dans un dojo, j'ai tout appris là-bas. Et si on partait d'ici, j'en ai marre.

D – OK.

Redéviation de conversation pour noyer le poisson. Ils payèrent et passèrent acheter deux ou trois bières.

D – Euh, c'est pas interdit l'alcool au lycée ?

M – Si et alors ? T'es pas du genre à suivre les règlements pourtant non ?

D – Règlement ? Je connais pas ce mot, plaisanta-t-il.

Mec1 – Et règlement de compte, tu connais ?

Ils se retournèrent et virent trois gros baraqués.

M – Casse-toi Duo, souffla-t-elle puis plus fort. Tiens machin, comment ça va ? Tu t'es remis de ta dernière raclée à ce que je vois.

Mec2 – Toi tu te remettras pas par contre, fit un gros rire.

Deux autres types arrivèrent de l'autre côté. Duo attira Marion dans un ruelle à côté d'eux, mais celle-ci s'achevait dans un cul de sac : ils étaient prit au piège.

D – Tu leur as fait quoi à ces mecs au juste ? demanda Duo.

M – Je leur ai cassé la gueule, je ne supporte pas ce genre de grands baraqués qui s'attaquent à cinq à une pauvre fille de treize ans sans défense.

Subitement, Duo se demanda si elle était vraiment la meurtrière qu'ils recherchaient. Elle défendait les faibles et les innocents tout comme eux. Alors pourquoi éliminer les ambassadeurs ? C'était stupide. D'ailleurs dans leur conversation, aucun indice ne lui avait permis de déceler la moindre hostilité à leur égard. Trowa avait peut-être raison après tout…

Les cinq types étaient sûrs d'eux, ils pensaient avoir le dessus mais lorsqu'ils se lancèrent à l'attaque, ils furent bien déçus. Duo en étala deux en tout tandis que Marion s'occupait de deux autres. Le dernier regardait et une fois ses acolytes KO il s'avança vers Marion avec un couteau à cran à la main.

Mec1 – Je vais te saigner comme une truie.

M – Approche pour voir.

Elle ne semblait pas le moins du monde effrayée et une détermination farouche brillait dans ses yeux. Duo cherchait quoi faire pour l'aider quand son portable sonna. Il décrocha.

D – Allô, Shinigami à l'appareil.

H – T'es où ? Faut qu'on retrouve la tueuse.

D – Euh, tu m'excuseras, mais on est un peu occupé là tu vois.

H – On ? T'es avec elle ?

D – Ouais c'est ça exactement, couché toi.

Il frappa un des types qui tentait de se relever. Pendant ce temps Marion parait les coups de couteau et en profitait pour frapper.

M – Duo, tu crois que c'est le moment pour parler tranquillement au téléphone.

H – Elle est avec toi. Et vous faîtes quoi au juste ? Tu pourrais penser à la neutraliser non ?

D – On règle une affaire et on arrive. Bye !

Il raccrocha au nez de Heero pour éviter de recevoir les remontrances. Mais il n'eut pas le temps de prévenir Marion du gars à terre qui lui attrapa la jambe et la déstabilisa. Le couteau toucha le flanc mais Marion réussit à faire… quelque chose que Duo ne connaissait pas et le mec s'écroula net. Au passage elle éclata la face de l'autre.

M – Connard !

D – Ca va ? Fais voir ça.

Marion parut seulement s'apercevoir qu'elle était blessée.

M – C'est rien.

D – Mais tu saignes beaucoup.

M – C'est rien jte dis, juste une égratignure. Lâche-moi.

Duo avait vu que ce n'était pas justement qu'une égratignure mais Marion ne semblait pas vouloir qu'on l'aide ni qu'on s'apitoie sur son sort. Elle était fière et dure. « C'est bizarre, ça me fait penser à Wufei » pensa Duo.

Elle cacha le sang avec sa veste et ils repartirent l'air de rien et à peine arrivés au lycée, Marion s'éclipsa.

Duo avisa les garçons auprès des dortoirs et en approchant, il sut tout de suite que Heero était furieux.

H – Alors, tu t'es bien amusé ?

On sentait qu'il se maîtrisait du mieux qu'il pouvait.

D – Ouais, jusqu'à ce qu'on se fasse agresser.

Q – Quoi ! Tu t'es fait agressé ! Tu vas bien ?

D – Moi super. Les gros baraqués c'est pas trop solide.

W – Et la fille ?

D – Elle s'est prit un sale coup de couteau en traître et elle a fait comme si de rien n'était.

H – Parfait, si quelqu'un d'autre l'élimine, on n'aura peut-être pas à le faire.

D – Tu sais Heero, je crois qu'on se trompe. Ces mecs sont venus parce qu'elle avait protégé une fille qu'ils voulaient malmener.

Trowa n'aborda pas d'air satisfait, mais n'en pensa pas moins. Il n'était plus le seul à considérer Marion comme autre chose qu'une meurtrière.

H – Tu dis ça parce qu'elle t'a fait tourné la tête à toi aussi ?

D – Quoi ! Non, on a beaucoup discuté c'est tout. Il se trouve qu'on a pas mal de points communs et voilà.

Heero avait accentué le « toi aussi ». Trowa savait que le message lui était adressé. Une mauvaise ambiance s'installa entre les garçons depuis lors. Il y avait Heero et Wufei d'un côté, Duo et Trowa de l'autre et Quatre entre les quatre. Il ne savait pas à qui donner raison ou tort et subissait les vagues de ressentiments sans pouvoir rien faire. Par égard pour lui, les garçons n'insistèrent pas et se séparèrent mais cela ne changeait pas les émotions qu'ils ressentaient. Quatre alla s'isoler dans leur chambre. « Quel est le bon côté ? Je n'arrive pas à savoir si elle est notre alliée ou notre ennemi. Mon empathie ne me sert à rien sur elle, tout est si confus chez elle, diffus et contradictoire. Les autres ne savent pas non plus. Même Heero et Trowa sont en désaccord. Que faire ? ».

Il ne descendit pas manger et les G-boys vinrent se coucher de bonne heure.

Q – Je vais aller faire un tour dans sa chambre, leur annonça Quatre sans crier gare.

H – Hein ! De quoi tu parles ?

Q – Je sais que vous êtes tous contrariés par Marion. Je vais aller voir dans sa chambre pour me faire ma propre idée.

W – Pourquoi tu te la fais pas avec ton empathie ? demanda Wufei.

Quatre resta silencieux quelques instants pour trouver les mots pour leur expliquer.

T – Quatre ? s'inquiéta Trowa.

Q – En fait je n'arrive pas à établir de réel contact avec elle. Je ne sens que de vagues émotions comme si elle avait des barrières qui m'empêchaient de voir son cœur.

D – Des barrières ?

Q – Oui, elle bloque mon empathie.

H – Elle serait une new type comme toi alors ?

Q – Je ne vois pas d'autres explications possibles, soupira-t-il.

T – Quel genre de pouvoirs aurait-elle ?

W – On s'en fiche ! s'écria Wufei soudain.

Il ne comprenait pas pourquoi ils s'intéressaient tous autant à Marion. Il fallait faire régner la justice et donc l'éliminer. Pour empêcher tout de remonter à la surface.

H – Si elle possède des pouvoirs psychiques, elle pourrait nous mettre en difficultés. Imagine qu'elle puisse lire nos pensées, ce serait impossible de la surprendre et elle aurait connaissance de nos plans qu'elle pourrait contrecarrer facilement.

La nouvelle de Quatre l'inquiétait au plus haut point. Bloquer ses sentiments il savait parfaitement faire mais bloquer ses pensées, personne ne lui avait jamais appris. D'ailleurs il ne savait même pas si c'était possible.

H – D'accord. Quand comptes-tu y aller ?

Q – A midi.

D – Très bien, nous l'occuperons pendant ce temps là alors.

Trowa acquiesça d'un hochement de tête et Wufei ressentit un grand soulagement. Demain Quatre ferait pencher la balance, et il ne faisait aucun doute que ce serait de leur côté.