Bonjour, je vous retrouve aujourd'hui pour la suite d'Origine. J'espère que ce chapitre vous plaira !
Bonne lecture.
Adel semblait avoir accepté mon secret, le fait que je puisse voir les fantômes, sans réel problème. Après ce jour, nous n'en avions plus reparlé. Je ne savais pas si je devais en être inquiète ou pas. Mais avec les années qui passaient, je finis par oublier que je lui avais révélé mon secret le plus précieux.
Le maître s'était calmé au sujet des fêtes. Non pas parce qu'il en était lassé, mais parce que le trop plein d'excès avait eu raison de sa santé. Il devait rester le plus souvent au lit, à son grand drame. Il s'était alors consacré à autre chose que ses collections dont il ne percevait plus aucun intérêt. Le maître était devenu friand des prouesses auxquelles se livrait l'alchimie. Avec cette science, on pouvait transformer quelque chose en autre chose, à condition qu'il s'agisse de chose équivalente.
-Cela tournera mal un jour ! Me dit Monsieur quand il avait vu le nouveau passe-temps du maître du domaine.
-Pourquoi ?
-L'homme est toujours plus avide.
Je ne pouvais clairement pas le contredire. Le maître était l'incarnation de l'avidité.
Et cela se confirma dans les mois suivants. Après avoir réussi à guérir des maladies qui autrefois n'étaient pas curables, les hommes se mirent à chercher plus loin, plus frénétiquement.
Adel me montra ses propres recherches. Lui aussi était parti sur cette piste qui ne devrait être touchée par personne. Bien sûr cela restait de la théorie, mais c'est aussi ce que je craignais. Des rumeurs dans la ville circulaient à bon train. Des nobles, réputés pour leur savoir alchimique, avaient commencé à disparaître. Il ne restait dans leur laboratoire que des amas de chairs sans forme distincte.
''L'homme est toujours plus avide.''
Comme Monsieur avait raison. Les scientifiques cherchaient toujours plus loin. Après les maladies, ils se consacraient à repousser voire éradiquer le fléau le plus incurable : la mort. Ils cherchaient à faire revenir ces êtres qui étaient partis bien trop tôt à leur goût. Ils voulaient faire revenir les morts à la vie.
-Fabriquer un corps n'est pas très compliqué ! Me dit Adel. Quelques ingrédients que l'on trouve dans le quotidien suffisent. C'est surtout l'âme qui pose problème. Si l'âme n'est pas là, le corps ne peut pas bouger ou répondre.
Un haut-le-coeur me prit. Je m'enfuis sans dire au revoir. Adel aussi était passionné par cette science qui voulait prendre la place de dieu. Et à chaque fois qu'il en parlait, il me regardait avec une lueur de convoitise au fond de ses yeux. Plus le temps passé, et plus il me faisait peur.
Durant le mois suivant, je fus réveillée en sursaut. Quand mon regard se posa sur la mère d'Adel, j'en fus très surprise. La servante n'était pas venue travailler depuis quelques jours, de même qu'Adel, et cela m'avait inquiétée. Mais mon ami n'avait jamais répondu à mes appels quand j'allais tambouriner à sa porte.
La femme se fit plus pressente encore alors que je tardais à me lever.
-Curse, s'il te plaît ! Tu dois l'arrêter ! Vite !
-Qu'est-ce qu'il se passe ? Où étiez-vous pass …
-Ce n'est pas le moment ! Tu dois l'arrêter Curse !
Sous la supplique de la mère, je finis par me lever. Elle, qui était si tactile, gardait les mains serrées devant elle et se refusait presque à me toucher. Gagnée par son angoisse, je me dépêchais de sortir de ma chambre et de traverser la cour pour atteindre le bâtiment réservé aux logements des domestiques.
-Par ici !
La mère d'Adel me guidait. Je courrais aussi vite que je pouvais pour la rattraper. Je m'arrêtais et frapper au panneau de bois sans prêter attention au bruit que je pouvais faire. J'entendis des serviteurs se lever pour savoir qui faisait tout ce raffut mais je ne m'arrêtais pas pour autant.
-Vite ! Se plaignit un peu plus la femme.
Les premiers domestiques ouvraient leur porte alors qu'Adel ouvrait la sienne.
-C'est quoi ça ? Bougonna une bonne.
-Mademoiselle …
-Entre ! Me dit Adel en me tirant à l'intérieur.
J'eus à peine la possibilité de jeter un coup d'oeil inquiet à la mère de ce dernier avant qu'il ne claque la porte et s'y adosse. Il conservait la tête baissée. Il ne me regarda pas une seule fois.
-Te voilà enfin, reprit-il. Je t'attendais en fait … Curse.
-Tu m'attendais ? Adel, cela fait des jours que tu n'es pas venu travailler ! Qu'est-ce qui se passe ?
Quelques bougies étaient éclairées par endroit, donnant à la pièce une allure plus inquiétante que si elle avait été dans le noir. Je ne savais pas qu'Adel aimait les ambiances sordides.
-Bien sûr que tu ne sais pas ! Comment pourrais-tu le savoir après tout !
Il se décolla de la porte et s'approcha de moi, la tête toujours baissée. Je reculais, inquiète de l'attitude de mon ami. Je percutais une table qui se renversa. Adel en profita pour me prendre le poignet et me tirer dans une autre pièce, la chambre de sa mère.
-Tu me fais mal ! Couinais-je.
Il me ne répondit pas. Je fronçais les sourcils en regardant la pièce. Le lit avait disparu, de même que la commode présente dans chaque chambre.
-Pourquoi la chambre est dans cet état ?
-Là !
Je suivis des yeux la direction qu'il me pointait. Un large cercle était tracé au charbon de bois. Je ne déchiffrais pas les écritures inscrites et ne comprenais pas l'intégralité des figures tracées. Je ne comprenais rien à l'alchimie et celle science m'écoeurait davantage que ce qu'elle m'attirait. Un grand bac rempli de composants était posé au centre de ce cercle.
-Qu'est-ce que tu fais ? Je croyais que tu ne t'intéressais qu'à la théorie !
-La théorie ne suffit plus ! Il était grand temps de passer à la pratique.
-Il faut l'arrêter ! Me hurla la mère d'Adel.
-Écoute ta mère bon sang !
-Ma mère ?
Cette simple phrase le mit dans une rage folle. Il me plaqua contre le mur et me regarda dans les yeux pour la première fois depuis mon arrivée. Ses yeux ne se fixaient pas réellement dans les miens, mais j'y lisais clairement la folie. Je détournais doucement le regard vers la mère de mon ami. Elle baissa la tête en signe de rédemption, ne voulant pas croiser mon regard.
-Ma mère est morte Curse ! Reprit Adel. Elle est morte il y a cinq jours !
-Mais …
-Et tu es venue pour m'aider, n'est-ce pas.
Il me regardait toujours, en attente d'une affirmation. Je savais ce qu'il voulait faire, ce qu'il allait tenter de faire. Je déglutis. Je ne voulais absolument pas l'aider, mais je ne pouvais pas non plus m'échapper. Adel avait un regard de fou, et vouloir échapper à un fou était suicidaire.
-N'est-ce pas !
Ses yeux s'écarquillèrent alors que je ne répondais pas. Je finis par hocher la tête, incapable de parler. Il s'éloigna de moi et je pus respirer un peu mieux. Je serrais mes mains tremblantes l'une contre l'autre. Je ne pouvais tout de même pas l'aider dans son projet …
-Adel … Je … Je sais que c'est dur mais …
-Non tu ne sais pas ! Tes parents sont morts à ta naissance ! Tu n'as pas pu t'y attacher ! Alors ne viens pas me faire la morale !
Le ton d'Adel était haineux. Les larmes me montèrent aux yeux. Même si c'était à moitié vrai, il n'avait pas le droit de me dire une chose pareille.
-Maintenant, reprit-il, tu vas m'aider. Je suis ton ami après tout. Et on accepte toujours d'aider ses amis n'est-ce pas. Je sais qu'elle est là, je t'ai vue regarder dans le coin …
-Adel … Tu sais, ta mère ne voudrait pas que tu fasse ça …
Le coup partit sans prévenir. Je me retrouvais à terre, la joue me cuisant. Quand je levais les yeux, je rencontrais le regard mi-haineux, mi-triste de celui qui fut mon ami.
-Tu n'en sais rien du tout ! Elle ne voulait pas mourir si tôt !
Il se baissa et m'empoigna le bras pour me redresser.
-Maintenant lève toi. Je vais enclencher la réaction. J'ai perfectionné le cercle. Et toi, en bonne amie que tu es, tu vas m'aider à ramener ma mère.
-Je ne peux pas faire …
-Tututut. Tu ne veux quand même pas que je te gifle encore. Je n'aime pas ça tu sais, te maltraiter. Mais tu ne me laisses pas vraiment le choix.
Au ton qu'il employait, j'avais presque envie de le croire. Il avait été mon seul ami ces six dernières années. Mon seul ami vivant. Je ne voulais pas le trahir, mais je ne voulais pas non plus faire ce qu'il me demandait.
Dans le coin de la pièce, je vis la mère d'Adel pleurer.
''L'homme est toujours plus avide.''
La phrase de Monsieur ne cessait de tourner en boucle dans ma tête. On a rien sans rien. Il faut donner pour recevoir, c'était aussi le principe de l'alchimie. Mais j'avais tellement voulu qu'Adel ne suive pas cette voie là.
Je regardais le garçon d'écurie poser ses mains sur le cercle de transmutation. Des éclairs bleus illuminèrent la pièce d'une douce couleur. Adel se tourna vers moi, la joie brillant au fond de ses yeux.
-Ne fais rien ! Me supplia sa mère. Je ne veux pas revenir à ce prix. Je ne veux pas …
-Allez ! M'enjoignit Adel.
-Curse !
-Curse !
Les deux m'appelaient à tour de rôle. La couleur des éclairs changea soudainement. Ils prirent une couleur plus mauve, plus foncée, de mauvaise augure. Les traits lumineux se propageaient partout dans la pièce, m'atteignant presque.
L'instinct me guida plus que la raison. Alors que je protégeais mon visage avec mes bras, une énergie inconnue me parcourue.
-Non !
Le cri de la mère d'Adel me vrilla les tympans. Quand j'ouvris les yeux, les éclairs avaient retrouvé leur couleur normale et se tarissaient. Au centre du cercle, une forme humaine était visible. Elle tourna la tête vers nous et je lus de la souffrance au fond de son regard.
Alors qu'Adel se précipitait vers sa mère, je baissais la tête en versant des larmes.
-Pardon, murmurais-je. Je suis tellement désolée.
J'avais condamné l'âme à une seconde vie. Une vie qu'elle n'avait pas voulu.
Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui, j'espère que ce chapitre vous aura plu.
A la semaine prochaine pour la suite d'Origine ou vendredi si vous suivez La goutte de mer. Bonne semaine à tous.
Sur ce ...
Angel.
