Hello les gens,
Pour comprendre de quoi il en retourne ici, je vous conseille fortement d'aller voir sur les internets ces deux toiles du Caravage :
- La Vocation de Saint Matthieu;
- La Conversion de Saint Paul.
Rien ne vaudra jamais de voir en chair et en os ces deux peintures dans les églises de Rome où elles se trouvent actuellement mais bon, comme ça vous aurez une petite idée de leur puissance.
(Paloma, ce chapitre est un peu pour toi mais je t'en prie, sois clémente : je n'ai pas ton expertise)
Et au passage : un grand merci à Océane 07 !
Roulez jeunesse!
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Lundi.
C'est un sentiment d'étrangeté qui saisit d'abord le détective lorsqu'ils entrent en Saint-Louis des Français.
Car Sherlock ne fréquente pas les églises, et c'est un euphémisme. Bien sûr, il connaît, métier oblige et qu'il n'y a rien de Londres qu'il ignore, toutes celles de sa ville. Elles sont des repères, et dans l'espace et dans le temps et il peut, sans qu'il lui soit nécessaire de se concentrer, en dresser la cartographie et la chronologie. Il arrive à John, admiratif devant la facilité déconcertante avec laquelle il sait dire quoi est où dans Londres, de suggérer parfois que si le flux des enquêtes venait à se tarir, il aurait encore la possibilité de se reconvertir en guide touristique, ce à quoi il répond toujours par une moue de dégoût. Non, il ne fréquente pas les églises, ni les temples, ni les mosquées, ni les synagogues, et reste hermétiquement étranger à ce que d'autres viennent y trouver. Elevé par des parents scientifiques et matérialistes, il a réglé assez jeune et pour lui-même le problème de la foi : tant qu'une chose n'est pas démontrée, elle est fausse. Le monde physique n'a que des causes matérielles et s'il y a quelque chose plutôt que rien, ce n'est pas par un dessein supérieur mais parce qu'au début du temps, il y a eu l'avènement d'une explosion dont tout a découlé. Il n'a pas non plus de grandes connaissances en astrophysique, « ce qui est une manière polie de le dire, insinuerait John, puisque tu es une bille en astronomie », et passons sur l'épisode extrêmement humiliant de la rotation de la Terre autour du soleil, mais il sait au moins que s'il cherchait à en savoir plus, il trouverait les réponses dans des livres.
Quant au reste…
« Ne me refais ton laïus sur la non-existence de Dieu, dit John quand ils s'avancent dans l'allée principale.
- Je n'en avais pas l'intention et je n'aime pas me répéter, répondit-il en souriant.
- Dis plutôt que je t'ai coupé l'herbe sous le pied.
- Pas le moins du monde. Et je doute qu'il soit très intéressant d'entendre autrui dire ce que l'on pense déjà soi-même.
- Tu penses que je ne crois pas en Dieu ? On n'en a jamais réellement parlé pourtant … »
Il s'arrête un instant. Ils ont tous deux relevé leurs lunettes de soleil, il a décidé de garder celles que John lui a offertes, tout plutôt que de plisser continuellement les yeux, et elles lui vont bien, il a vérifié dans un miroir. Ils se regardent l'un l'autre, leur position statique gênant l'écoulement du flot ininterrompu de touristes autour d'eux. John a la fâcheuse manie de toujours soutenir son regard, en levant le menton puisqu'il est plus petit, ce qui rend son attitude d'autant plus provocante. Et terriblement touchante. Dans ces moments-là, Sherlock ne sait jamais s'il doit trembler ou sourire. Ou les deux à la fois. Ou est-ce l'idée qu'il pourrait trembler davantage qui le fait sourire ? Ou pleurer aussi. Oui, il se pourrait bien que dans ces moments-là, ce dont il ait le plus envie, ce soit de pleurer mais il ne faut pas le dire.
« John, tu ne crois en rien. Seulement en toi-même. »
C'est vrai que John ne croit en rien, Sherlock n'en est pas seulement persuadé, il le sait. John a parfois des atermoiements moraux et respecte globalement les conventions sociales mais c'est un vernis. Sherlock n'aime pas le vernis, c'est ennuyeux le vernis, et ce qu'il aime voir, c'est sous le vernis. Ce n'est pas difficile de gratter le vernis, il suffit d'une situation inhabituelle, de crier « au feu ! » ou « à l'assassin ! » et tout le vernis saute. Des strates et des strates d'éducation s'envolent, les leçons bien apprises et répétées depuis l'enfance sont oubliées, le conformisme béat que chacun met un point d'honneur à respecter disparaît quand la mort ou le danger pointent leurs nez. Sherlock voit ça tous les jours, c'est son lot quotidien, et la plupart du temps, ça n'est pas très propre ce qu'il y a sous le vernis : jalousie, perversion et cupidité. Ou alors, ce qui est pire, il n'y a rien, juste une coquille vide. Et puis, rarement, une bonne surprise et allez, soyons généreux, Sherlock les compte sur les doigts d'une seule main, ces bonnes surprises. Il suffit pour s'en convaincre de consulter son carnet d'adresses, mental bien sûr le carnet d'adresses car tout ce qui concerne les personnes auxquelles il est attaché est dûment enregistré et archivé, et dans lequel figurent les quelques noms de ceux et celles qui, en période de crise ont fait preuve d'un courage admirable et d'une grande loyauté. Mais le seul, l'unique, celui dont la vérité intime, une fois qu'elle est débarrassée de ses oripeaux, l'aveugle et le chavire, c'est John. John qui, hypocritement fait semblant de suivre les règles communément admises alors qu'il ne suit qu'un seul chemin : celui que sa volonté a secrètement tracé. Un bloc de force brute, qui ne dévie jamais et qui persiste à dire non quand les autres baissent la tête.
Debout dans l'allée, John lui sourit. Il a au coin de l'œil cette étincelle, ce ravissement, que Sherlock qui est un être faible, si faible, ne se lasse pas de rallumer. Quelques mots d'une sèche exactitude « Tu ne crois en rien » et John se réjouit. Pas de protestation face à la sentence, mais à la place ce ploiement comblé qui réclamerait presque : « dis-moi encore qui je suis… »
« Et beaucoup en toi aussi. Viens, on n'est pas venu ici pour prier, tu t'imagines bien… Je veux te montrer quelque chose… »
Et John prend son poignet. D'une main, il tient sa fille et de l'autre, il tient Sherlock. D'une poigne solide et ferme, il les guide au travers des autres visiteurs et Sherlock se laisse guider. Sa volonté a dû tomber dans la vasque d'eau bénite à l'entrée et dans laquelle il n'a pas trempé les doigts.
En Saint-Louis des Français, tout le monde vient voir la même chose : dans la chapelle Contarelli, les trois œuvres du Caravage consacrées à la vie de Saint Matthieu.
Il n'est pas aisé de voir les trois tableaux car la chapelle est étroite et il est interdit d'y entrer. Le volume se résume à n'être qu'un cube, plus haut que large, dont trois côtés sont ornés par les peintures, et le dernier, absent, est celui le long duquel le visiteur peut se déplacer de quelques pas pour guetter à gauche La Vocation de Saint Matthieu, en face Saint Matthieu et l'Ange, à droite Le Martyre de Saint Matthieu. Il est d'autant plus difficile d'avoir accès aux œuvres que se presse devant la chapelle une foule sans foi ni manières.
Ils s'approchent et John soupire : « on ne verra rien… ».
La foule, certes peu nombreuse mais compacte à cause de l'étroitesse de l'endroit, ne se contente pas d'observer silencieusement, elle commente, à voix basse peut-être mais elle commente, et surtout, surtout, elle prend des photos. Et des selfies. Sherlock ne sait pas ce que c'est que le respect d'un lieu saint, et ailleurs, dans une autre église, quelqu'un pourrait crier devant lui, il n'en serait pas scandalisé. En revanche, ce qu'il sait reconnaître quand elle passe devant lui, c'est la vulgarité. La présence de ces gens autour de lui, dont il perçoit tout, la petitesse et la médiocrité, incapables d'une attention gratuite, fait monter en lui un sentiment d'exaspération, lourd et étouffant. C'est un mur, que son intelligence, avec la plus grande cruauté, pourrait détruire, brique après brique, et qui se dresse entre lui et ce que John veut lui montrer. Désireux de voir, il ne comprend pas pourquoi il est aussi désireux de voir, il est empêché et cet empêchement, anodin en soi, ce ne sont que quelques touristes venus voir comme lui une des plus belles choses que recèle Rome, cet empêchement lui paraît douloureusement insupportable. A ses côtés, John qui n'a pas lâché son poignet, comme s'il craignait de le perdre au milieu de cette assistance, inoffensive et grossière, soupire de nouveau et la déception de son ami alourdit le nœud de frustration qui s'est formé dans son estomac. Frustration que nourrit aussi cette main sur lui, et il peut sentir sur sa peau la pression qu'exerce chacun de ces doigts.
Enfin, ils parviennent à passer devant tout le monde, c'est un petit miracle mais nous sommes dans une église, à moins que plus prosaïquement ce soit juste parce qu'ils en imposent tous les deux, lui par sa taille et son regard sombre, John par sa carrure et son air de militaire sur les pieds duquel il ne faut pas marcher.
John le lâche et il pose ses deux mains sur la grille en fer forgé qui bloque l'accès à l'intérieur de la chapelle.
L'espace autour de lui s'ouvre et se referme et les bruits derrière lui se taisent, il a la faculté enviable de savoir s'abstraire de son environnement lorsqu'il devient trop dérangeant. Il est seul et il voit.
Les trois tableaux sont d'une égale beauté mais c'est La Vocation de Saint Matthieu dont il ne peut détacher son regard. Sherlock, ignorant dans un tas de domaines, n'a pas de culture religieuse, il n'a jamais lu la Bible, il ne sait donc rien de la vie de cet apôtre et cette ignorance, doublée d'une méconnaissance honteuse en art pictural, fait de son esprit une terre vierge et purement sensitive. Là où des références expertes s'il les avait possédées l'auraient protégé, il se retrouve nu comme un enfant et la rencontre inattendue avec cette œuvre, choc frontal et sidérant, met sur sa peau un frémissement qu'il ne peut retenir. La vision du sublime ne se limite pas à n'être qu'un plaisir raffiné de l'intellect, elle vous tord aussi les tripes.
Sur la toile, c'est le basculement d'une vie qui se joue. A gauche, un groupe de cinq hommes attablés et occupés à compter de l'argent, jeunes et vieux, aux trognes trop réalistes et patibulaires pour qu'on ne puisse pas penser que le peintre, laid et l'acceptant, ait fait le choix de montrer l'humanité telle qu'elle est. Parmi eux, rien ne distingue le saint, mis à part son étonnement d'avoir été choisi. De son index, il se pointe, semblant dire « Quoi ? Moi ? », répondant à la main que tend vers lui le Christ, positionné sur la droite et qui s'apprête déjà à quitter la scène. Du coin supérieur droit surgit la lumière, dont l'origine reste extérieure au tableau. Pas de porte, pas de fenêtre qui pourrait expliquer cette clarté, vraisemblable dans sa texture, obscure dans son émission. Il n'y pas dans ce tableau, comme on en trouve dans des centaines d'autres avant lui, de rayons lumineux et évanescents descendant du ciel et qui figurent l'esprit divin. C'est un combat profane et trivial entre l'obscurité et la lumière, égales dans leur qualité mais, pour être juste, il faudrait dire que c'est l'ombre qui gagne car elle contient plus de secrets, et, produit de cet affrontement, arrive l'impensable : la grâce.
Rien n'est beau dans ce tableau : ni les hommes représentés, ni les objets, ni le cadre. Crudité et réalisme d'une scène que le peintre n'a pas voulu magnifier et qui pourtant permettent l'incarnation de ce sentiment intangible : la révélation.
Les yeux de Sherlock rebondissent d'un coin à l'autre de la toile et cette indécision le déstabilise. Le rapport qu'a Sherlock aux images : photos, plans, ou tableaux parfois, est assez simple : scruter, observer pour en extraire l'information qui lui permettra d'avancer. Son regard est toujours agissant. Ici, il n'en est rien et même si son regard dans sa fébrilité est d'abord le signe d'une volonté avide qui veut tout capter, il est un moment où il faut céder et se dire que tout englober en un seul coup d'œil est impossible. Avec ce renoncement survient alors ce renversement : plutôt que de voir, il est vu, plutôt que d'être acteur, il est agi. La vision est un mécanisme trompeur. Si notre cerveau en dernier recours est celui qui ordonne et met du sens, nous nous leurrons en croyant être maître de ce que nous voyons : c'est la lumière intrusive, spectre multiple et chaotique, qui pénètre et viole notre rétine. Avec stupeur, car il ne se savait pas disponible à cet accueil, et volupté, une volupté gracile et pourtant proliférante, Sherlock se laisse saisir. Au-dedans de lui, et il ne saurait dire où exactement, La vocation de Saint Matthieu le regarde. Ce regard, sans concession et libérateur, est ce qu'il attendait.
Rosie, enfant sage mais à qui il ne faut pas trop en demander, elle n'a que quatre ans, tire sur la main de son père.
« Papa, c'est quoi là-bas ? »
Plus loin, un présentoir où brûlent des cierges.
« Ce sont des bougies ma chérie. Les gens les allument quand ils veulent faire une prière ou quand ils pensent à quelqu'un qui est mort…
- On peut aller en mettre une pour maman alors ? »
John, de ses doigts, effleure le bras de Sherlock, « tu nous rejoins quand tu as fini ? », et sans attendre de réponse, s'éloigne en suivant sa fille.
Sherlock appuie son front contre la grille froide et écrase au coin de son œil une larme dont il n'a pas honte.
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Il retrouve le père et l'enfant qui l'attendent à l'extérieur, sur les marches qui mènent à l'église. Rosie montant puis descendant les marches à cloche-pied chantonne :
« Je veux une glace, je veux une glace, je veux une glace, je veux une glace…
- Il est dix heures du matin, Rosie, c'est un peu tôt pour une glace. »
Rosie s'arrête, le pied en l'air, regarde son père puis repart.
« Je veux une glace, je veux une glace, je veux une glace, je veux une glace… »
A côté de John qui s'est installé un peu à l'écart pour ne pas gêner les allers et venues des visiteurs, Sherlock s'assoie sur la pierre grise.
« Je ne sais pas d'où lui vient cet entêtement parfois, soupire John.
- C'est d'une évidence pourtant. »
Ils regardent Rosie qui répète avec beaucoup de conviction le même refrain.
« Tu connaissais ce tableau ? » demande Sherlock et il remercie intérieurement son ami de ne pas l'avoir interrogé en premier. John a compris que l'expérience qu'il vient de vivre est trop intime pour qu'elle soit questionnée.
« Non mais j'en ai vu une reproduction en préparant notre voyage et je ne sais pas pourquoi mais j'ai pensé qu'il te plairait.
- Tu as pensé à moi ? »
John a remis ses lunettes de soleil et continue d'observer sa fille. Du bout des lèvres, il dit :
« Bien sûr que j'ai pensé à toi. Je pense souvent à toi. Je pense tout le temps à toi… »
Sa voix, chaude et basse, est un murmure, doux vacillement pudique qui ne veut pas bousculer et qui pourtant s'affirme. Sherlock reconnaît ce ton, c'est le ton que, sans le savoir, John emploie lorsqu'il est ému, vibrato sensible qui s'effraie de l'aveu qu'il énonce. Il ne devrait pas l'accepter, il devrait dire « arrête d'être si bon avec moi », ce à quoi John répondrait « Pourquoi, si tu le mérites ? ». Contre cette bonté qu'à Londres il jugerait écœurante pour ne pas la trouver atrocement exquise, il ne se révolte pas. C'est sans doute la faute de ce tableau qui a amolli temporairement ses défenses.
« Je veux une glace. Une glace, deux glaces, trois glaces… avec de la chantilly… »
Sherlock allonge ses jambes. Sous le soleil du matin, son corps se réchauffe, il faisait un peu frais à l'intérieur de l'église.
« Je ne me suis pas trompé, n'est-ce pas ? Il t'a plu ce tableau, ose John en tournant lentement la tête vers le détective.
- Non, tu ne t'es pas trompé. Comment as-tu su ?
- Je ne sais pas, vraiment je ne sais pas. Une intuition… mais tu aimes déjà si intensément la musique, je ne vois pas pourquoi tu n'aimerais aussi la peinture. »
John s'allonge aussi et pose ses coudes sur la marche derrière lui. Leurs regards sont opaques, protégés par les lunettes de soleil.
« Et qu'as-tu vu ? » demande John qui ne cessera jamais d'être une surprise. Intelligence d'une âme qui comprend, par-delà les mots, le bouleversement d'une autre.
« Un homme qui en appelle un autre… »
John soulève ses lunettes et offre en un seul regard tout ce que Sherlock sait qu'il éprouve quand lui, il parle : de l'étonnement « mais comment fais-tu ? », de l'adhésion « c'est si juste… » et aussi, étrangement, la confirmation que Sherlock en a plus dit qu'il ne voulait en dire. Il parle trop vite parfois et son cerveau, contre son gré, fabrique des associations dont la pertinence lui apparaît ensuite, reliant à cet instant le destin d'un homme, dont l'existence n'est même pas certaine, car on peut douter sans être insultant de la véracité des faits rapportés dans la Bible, Matthieu, qui, sur un seul geste a suivi le Christ, et son sort ou celui de John, puisqu'entre eux, il a suffi d'une seule fois et ils ne se sont plus quittés. Mais plus encore, oui plus encore parce que, bien sûr, c'est de lui dont il a parlé et le censeur qui d'habitude tient le siège de son esprit a dû se faire la malle. Il a dit l'instant de la rencontre entre eux, imprévisible et que rien n'annonçait, évènement qui entaille et dévie la linéarité de sa vie et auquel s'ajoute simultanément la réalisation vertigineuse que plus rien après ne sera comme avant.
Toutes les écoutilles sont ouvertes, semble-t-il et ça ne l'effraie pas. Il regarde, presque soulagé, le bateau partir à la dérive et se dit, comme on prend de bonnes résolutions le soir du 31 décembre, qu'en revenant à Londres, il sera encore temps d'opérer un sauvetage musclé. Pour le moment, il glisse, et il est content de glisser, tout doucement, il glisse. Le Caravage, peintre bagarreur et meurtrier, maître absolu du Baroque italien, vient, en seule toile, de lui offrir l'abandon.
Sur les marches de Saint Louis des Français, il se fait organe sensible. La chaleur du soleil qui picote son cuir chevelu, le trouble consenti qui étreint sa poitrine, le tremblement imperceptible des muscles de ses cuisses, la présence de John, rempart protecteur et patient.
« Tu voudrais voir un autre tableau de ce peintre ? » propose John. Chuchotement timide comme une invitation à quelque chose qui serait interdit.
Il acquiesce en remuant légèrement la tête. Quitte à tout céder, autant en être curieux. Son visage est tourné vers le soleil et il a fermé les yeux. Il entend John sortir puis feuilleter son guide.
« J'en ai vu un autre qui devrait te plaire… Ah voilà ! Eglise Santa Maria del Popolo…
- C'est assez loin, il faut remonter le Corso.
- Tu nous guides alors ? Et au passage, on trouvera un glacier. »
Rosie, fine mouche, rapplique aussitôt.
« On va manger une glace ? »
John et Sherlock se lèvent.
« Oui, ma chérie, on va manger une glace, mais il faut que tu acceptes de marcher un peu avant… »
Rosie bat des mains puis tend les bras vers Sherlock : « tu me portes, je suis très fatiguée… »
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Sur le Corso, ils ont trouvé un glacier. Rosie a voulu un assortiment trois boules avec de la chantilly, John a protesté puis Sherlock a dit : « moi aussi, je prendrais bien trois boules » et John a levé les yeux au ciel. Rosie a choisi vanille, citron « c'est trop bon, ça pique » et chocolat, Sherlock, iconoclaste et anglais, a choisi thé vert, café et chocolat noir aux écorces d'oranges et John, qui l'avait prévu, n'a rien choisi puisqu'il a fini le cornet de sa fille qui ne voulait plus manger la gaufrette.
Rosie et Sherlock ont lavé ensuite leurs mains à l'eau d'une fontaine en éclaboussant John.
Maintenant, Rosie est juchée sur les épaules de Sherlock qui retient de ses deux mains les chevilles de l'enfant. Elle agrippe de ses doigts la chevelure brune et il ne s'inquiète pas des petites chaussures qui salissent un peu sa chemise et sa veste.
« Elle peut marcher… maugrée John.
- Pourquoi marcher quand on possède un dragon ? argumente Sherlock.
- Ah bon ? Tu es un dragon ?
- Pas un. Son. Je suis son dragon. N'est-ce pas Rosie ?
- Oui, c'est le mien. A personne d'autre. Et pas à toi non plus. »
Rosie est fière et elle tire sur les mèches emmêlées de son dragon. Elle se tortille un peu, en levant ses fesses.
« Arrête de bouger Rosie, tu vas finir par tomber…
- Mais Sherlock… j'ai envie de faire pipi.
- Ah ! fait John. Et c'est pressé ? »
Rosie fait semblant de réfléchir puis : « Très. J'ai très, très envie de faire pipi. »
« Bien, dit John en se passant une main sur le front. D'accord. On va trouver un endroit pour faire pipi. Si on arrive piazza del Popolo avant la nuit, ce sera un miracle.
- Tout est possible, John. Nous sommes à Rome.
- Oui, comme tu dis, tout est possible. »
A un croisement du Corso avec une rue mineure, ils avisent un caffé, bistrot de quartier, dont l'étroitesse n'autorise que quelques tables, inoccupées. Le serveur, qui s'emploie mollement à essuyer des verres, les salue du regard et John demande en lisant son guide : « Ciao, dove il gabinetto per favore ? », la réponse lui est indiquée d'une main fatiguée, tendue vers le fond du bar. Sherlock sourit, il ne parle pas italien mais l'accent de John est déplorable.
« Quoi ? dit John qui a vu son sourire moqueur. T'as qu'à le faire si t'es si malin ».
Sherlock prend le guide des mains de John.
« Due caffé per favore »
Toute langue est d'abord une mélodie et il suffit pour bien la parler, si l'on fait abstraction du vocabulaire bien entendu, de savoir où placer l'intonation.
Le serveur lui fait un grand sourire et pose ses verres.
« Parli perfettamente l'italiano. Ristretto ?
- Si. »
John saisit la main de sa fille et l'accompagne au fond du bar. « Je te hais » dit-il sans se retourner.
Le serveur s'active, économie et automatisme des gestes : nettoyage du filtre, insertion de la poignée, mise en marche du percolateur. L'engin, volumineux et rutilant ronronne comme une voiture de course. Le liquide noir, brûlant et odorant s'écoule dans les tasses et Sherlock renifle, le puissant arôme de l'arabica envahit ses narines. Deux petites tasses, en porcelaine blanche et assez épaisses sont posées devant lui, sur le comptoir, « grazie », « servizio ».
John et Rosie reviennent.
« Mais non, Rosie, je ne vais te laisser t'enfermer toute seule aux toilettes, et si tu n'arrivais pas à ouvrir le loquet ? »
Mais Rosie n'écoute pas et court se blottir dans les jambes de Sherlock qui la hisse et l'assoie, sous le regard amusé du serveur, sur le zinc miroitant.
« John, arrête d'embêter cette enfant et bois ton café. »
En Italie, le café se boit debout au comptoir et le sucre est toléré mais à dose homéopathique donc, quand Sherlock tend la main vers le sucrier en inox, John articule un « Tss, tss » très clair. Ils se jaugent un instant, John sourit en fronçant les sourcils, Sherlock abdique. Et Rosie réclame : « moi aussi, j'ai soif. Je veux un jus de fruits ». La centrifugeuse qui trône sur le zinc et au-dessus de laquelle s'entassent des agrumes est actionnée et Rosie, petite princesse dont les vœux sont toujours exaucés, sirote bientôt avec un contentement non feint son verre de jus d'oranges.
Les deux hommes, enfin, peuvent déguster leur ristretto. Dans leurs tasses, 25 centimètres cubes, à peine, de nectar sombre. Un espresso, c'est déjà un condensé de café, alors boire un ristretto, c'est boire l'essence même du café. Quand les premières gouttes du breuvage franchissent la barrière des lèvres de Sherlock, la sensation de brûlure une fois maîtrisée, l'acidité mordante mais non agressive aiguise ses papilles. Pas d'amertume ici, c'est un très bon café et le sucre aurait été une très mauvaise idée, mais le déploiement soudain et explosif de saveurs, boisées et fruitées. Il boit par petites gorgées, il y en a très peu, ses gestes sont lents et mesurés et il veut faire durer le plaisir, tentant d'analyser et d'identifier les arômes libérés par une torréfaction experte et artisanale. Puis il n'analyse plus, submergé par le mariage parfait de la force et de la douceur, qui s'entremêlant l'une l'autre s'équilibrent et se contiennent et qui, plutôt que de suivre sagement le chemin de son œsophage, font l'école buissonnière et coulent dans ses veines. Il sent son cœur palpiter un peu plus et déçu en voyant déjà le marc au fond de sa tasse, conclut : « bon sang ! c'est prodigieux ! »
A ses côtés, John qui lui aussi a fini sa tasse et se rince la bouche au grand verre d'eau qui accompagne toujours le café, se met à rire. C'est un rire de franche camaraderie qu'émet John, heureux qu'ils puissent partager ensemble l'expérience unique de boire un vrai café italien, à côté duquel les cafés allongés auxquels ils sont habitués font piètre figure. Sherlock rit avec lui, leurs yeux brillent, les lunettes de soleil sont abandonnées sur le comptoir et, comme le corps de John n'est jamais qu'un corps en action, sa main gauche vient se poser sur la nuque de Sherlock. Ce geste familier, dont John a développé l'habitude avec une liberté éhontée, est un de ceux que craint le plus Sherlock, non par l'emprise protectrice qu'elle exprime et contre laquelle il pourrait se rebeller mais parce que dans ses rêves, c'est cette main-là dans cet endroit-là qui le fait se mettre à genoux.
John ne retire pas sa main et leurs rires s'éteignent. On entend les accords assourdis d'une chanson médiocre et sirupeuse qui parle d'un amour incompris, le serveur a allumé la radio avant de sortir sur le trottoir pour fumer une cigarette, et le bruit d'aspiration et de déglutition de Rosie qui, la paille entre les lèvres, bat la mesure en cognant ses chaussures contre le comptoir.
Ils ne se quittent pas des yeux et John, qui paraît soudain plus grand à Sherlock par l'audace dont il fait preuve, fait lentement glisser sa main sur les omoplates du détective.
John humidifie ses lèvres et murmure « Sherlock… », cela ressemble à une requête et Sherlock, souffle coupé et cœur à l'arrêt, répond « John… », c'est un assentiment.
La main de John continue à descendre et Sherlock sent sur chaque parcelle de son dos, protégé par la barrière inopportune de sa chemise et de sa veste, la chaleur inouïe de cette paume qui le parcourt. Sur chacun de ses muscles, tendus et déjà soumis, et même sur ses vertèbres, os froids qu'il voudrait que John prenne le temps de compter, la caresse s'attarde et, dans son ventre, une blanche compacité se noue et se répand. Ses nerfs, cordes sensibles au point de rupture, gaine myélinique disparue, s'électrisent et vibrent. Stupéfaction brièvement analytique et longuement sensuelle de se découvrir autant de lignes vulnérables mais, si la seule évocation onirique de la main de John a le pouvoir d'allumer des feux ardents, pourquoi s'étonner alors que la réelle apposition de cette main sur lui ait la puissance d'une bombe ?
Partout sur le visage de John se diffusent sans ambiguïté, et le désir et la confession : filtre vermeil des joues, pli pincé et charmeur au coin des lèvres, pupilles obscures dont l'ombre déborde et voile le bleu profond. Tout ceci était-il déjà tellement visible avant et pourquoi ne l'a-t-il pas vu ? A une époque lointaine, dans une autre vie, il avait cru voir, oui, il avait cru voir, fulgurance d'un regard noir le désirant, corps si proches que l'espace entre eux aurait pu s'évanouir dans un souffle et qui pourtant était resté un mur infranchissable, jeu de séduction en demi-teintes que son esprit, insatisfait et tourmenté, le laissant souvent vide et épuisé, avait oblitéré. Et puis la mort, sa mort, première erreur inéluctable d'une longue série et qui avait remis tous les compteurs de John à zéro, bloquant les siens irrémédiablement : lui, que lui et personne d'autre.
Pas ça, pas ça, pas maintenant, se débat-il. Suspendre le temps et le fil de sa pensée implacable, se dissoudre et n'être plus qu'une peau qu'une main caresse. Il inspire profondément et ferme les yeux, en agrippant fermement ses mains sur le bar, « Sherlock… » répète John, comme un rappel à l'ordre, soutien tendre et viril et cette voix à son oreille est suffisante pour que de nouveau, il s'oublie.
La main de John finit sa course, Sherlock voudrait que cela ne s'arrête jamais, il s'étire pour faire son dos plus grand, il ouvre les yeux, John sourit devant son effort naïf et désespéré, et les doigts, un à un, se logent dans le creux ô combien réceptif et chancelant de ses reins. Sherlock bande et il est à peu près certain qu'il en est de même pour John. La situation pourrait être gênante, elle est voluptueusement captivante.
Le serveur qui a un fonds de commerce à tenir et qui ne peut pas passer ses journées à fumer des cigarettes en reluquant toutes les jupes qui passent dans la rue, réintègre en sifflotant sa place derrière le comptoir. Rosie, après qu'elle a aspiré bruyamment le fond de son verre et toute la pulpe a fini par se coincer dans la paille, soupire puis lance : « Je m'ennuie. Qu'est-ce qu'on fait ? »
Tous deux rougissent, toussent, baissent la tête, s'appuient au zinc pour reprendre contenance.
John jette un œil à la note qu'a laissée le serveur à côté de leurs tasses et sort quelques pièces de sa poche. « Tu as raison, ma chérie, on y va » et il aide Rosie à redescendre.
« C'est encore loin papa ?
- Plus très loin, non. On a fait la moitié du chemin. »
Puis, prenant la main de sa fille et remettant ses lunettes de soleil, John répète : « oui, je crois qu'on a vraiment fait la moitié du chemin… »
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La piazza del Popolo est une ellipse imparfaite et monumentale au centre de laquelle se dresse un obélisque. John se tient à la périphérie et d'un regard, embrasse la globalité de la place. Rome dont la superficie est beaucoup plus modeste que celle de Londres, ce n'est pas difficile puisque Londres est la capitale la plus étendue d'Europe, est une ville à taille humaine. En une journée et en marchant d'un bon pas, il est presque possible de la parcourir du nord au sud. Mais le promeneur, rassuré d'abord de ne pas se sentir écrasé par des dimensions hors-normes, s'étonne ensuite qu'au cœur de cette cité dont il comprend assez vite comment elle s'organise et fonctionne, existent des lieux, comme celui-ci, démesurés. L'espace à Rome est à géométrie variable. La clôture protectrice du mur d'Aurélien et des sept collines et la découverte des sites gigantesques que sont le Colisée, le Forum ou cette place, font naître simultanément chez le visiteur des impressions de sécurité et de liberté. Se sentir à la fois protégé et affranchi est un des paradoxes nombreux qu'offre Rome à ceux qui la visitent.
Au milieu d'une foule parsemée et au pied de l'obélisque, Sherlock a emmené Rosie. John trouve presque regrettable la présence de cet obélisque tant Sherlock et Rosie mériteraient d'être au centre de la place. Oui, exactement, au centre. John regarde son ami et sa fille jouer un instant avec l'eau des fontaines qui ornent le socle de l'obélisque puis Sherlock, prenant Rosie dans ses bras, fait tournoyer l'enfant autour de lui. Les petites jambes, légères, légères, montent à l'horizontale, « plus vite, plus vite ! » doit commander Rosie et les boucles brunes virevoltent autour du visage rieur.
John en a trop enduré pour avoir la candeur de se dire que ce jour est le plus beau de sa vie. Et s'il devait classer ses journées par ordre d'importance, d'autres avant celle-ci se bousculeraient au portillon. Mais disons qu'en se limitant à la catégorie des lundis et sans trop s'emballer, ce lundi n'est pas mal du tout. Pas mal du tout.
Si John aime à se définir d'abord comme un homme d'action, il sait qu'il peut être aussi contemplatif. Et ce qu'il aime le plus contempler, à n'en pas douter, c'est Sherlock Holmes. De toute façon, avec le détective, tout est affaire de regard, autant celui que lui porte sur les choses que celui que les autres posent sur lui. Et par un jeu de miroirs infini, dans lequel on ne sait plus qui reflète qui, John aime regarder Sherlock regardant, tout en sachant que Sherlock sait que lui le regarde.
Tout à l'heure, en Santa Maria del Popolo, Sherlock a demandé : « Qu'est-ce que tu vois ? »
Par un heureux hasard, mais peut-être était-ce seulement l'heure, pause méridienne à laquelle tous les touristes dégustent debout ou assis pizzas et pastas, l'église était quasiment vide. En face de La Conversion de Saint Paul, ils se sont assis sur un banc et Sherlock a mis ses pieds sur l'agenouilloir. La chapelle Cerasi étant un peu obscure, un système d'éclairage payant a été mis à disposition des visiteurs et John a fourré quelques pièces de monnaie dans les mains de Rosie en disant : « quand ça s'éteint, tu remets une pièce ».
« D'après les quelques vagues souvenirs qu'il me reste du catéchisme, a commencé John, je crois que ça raconte l'histoire de Saint Paul qui, au début, était un persécuteur des chrétiens. Et puis, sur la route de Damas, il a été frappé par la lumière divine et ensuite…
- Non, John. Pas ce que tu sais. Ce que tu vois. »
Comme sur une scène de crime, « tu vois mais tu n'observes pas », alors John s'est concentré.
« Je vois un homme qui vient de tomber de cheval mais ça n'est pas le cheval qui l'a fait tomber, il n'a pas de posture agressive, il a même l'air très doux ce cheval, il se penche vers lui, on pourrait presque croire qu'il caresse la main de l'homme de son museau. C'est un homme d'un certain statut social parce que quelle que soit l'époque, c'est toujours l'élite qui se déplace à cheval, les autres vont à pied ou sur des montures moins nobles. Celui-là est tombé mais pas seulement de son cheval, de sa position sociale aussi. Si ce n'est pas son cheval qui l'a fait tomber alors c'est autre chose, quelque chose qu'il a vue et qui l'a surpris… cette lumière qui provient du côté droit, une lumière aveuglante, qui l'a ébloui. Et pourtant, il n'a pas peur, il a fermé les yeux et il ouvre les bras. Il l'accueille… Voilà, c'est à peu près tout. Et toi Sherlock, que vois-tu ?
- Moi ? Il y a surtout tout ce que je ne vois pas. Je ne vois ni l'époque ni le lieu, le vêtement du personnage est trop succinct pour indiquer clairement si cela se passe en Judée sous l'empire romain ou à une époque plus contemporaine. Le fond est sombre, il n'y a pas de profondeur, c'est presque étouffant d'ailleurs, aucune esquisse d'aucun paysage. Quel chemin, quelle route, quel endroit ? Pas de localisation possible, pas de temporalité non plus. Cela se passe il y a longtemps ailleurs ou ici et maintenant. A l'instant même… oui à l'instant même. C'est un instantané… Je ne vois pas d'où vient la lumière, le ciel n'est pas représenté, il n'y a ni soleil ni nuage et pourtant cette lumière n'est pas artificielle. Elle n'est ni froide ni pure, elle est chaude et enrobante. Et puis, il y a le cheval. Pourquoi est-ce que le corps du cheval occupe à lui seul toute la moitié supérieure du tableau ? Parce que ce n'est pas la lumière qui éclaire directement l'homme tombé à terre, c'est le reflet de la lumière sur le cheval. Ce saisissement, cette sidération, c'est la réalisation que la lumière la plus aveuglante ne vient pas du ciel, c'est trop facile quand ça vient du ciel, ça n'est pas utile de chercher à comprendre, non, la lumière la plus aveuglante, elle vient de la matière. Parce qu'elle est opaque la matière, elle résiste, elle ne dit pas ce qu'elle contient. Tout est dans l'obscurité étrange de la matière. De la chair… même d'un cheval. Le sacré le plus éblouissant, il vient peut-être du ciel, mais il est surtout… dans les choses, dans les corps… Périssables et temporels mais lumineux… »
Rosie, méthodiquement, continuait à glisser ses pièces de cinquante centimes dans la fente de l'appareil qui enclenchait les spots pointés sur la toile. Par un vitrail latéral, le soleil entrait obliquement, éclairant le profil sensible et frémissant de Sherlock qui fixait le tableau. Et John, bien sûr, mais qu'aurait-il pu faire d'autre ? regardait Sherlock.
« Est-ce que quelqu'un en ce bas monde t'a déjà dit à quel point tu étais brillant ?
- Toi, a souri Sherlock.
- Ça n'est foutrement pas assez.
- Pour moi, ça l'est. »
Puis Rosie, les mains vides s'est approchée : « dis papa, j'ai plus de sous. Qu'est-ce que je fais ? »
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Voili, voilou...
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