— Poison Dragon Slayer —
Il entendait.
Une profonde respiration vint gonfler le torse du Dragon Slayer, faisant ressortir ses muscles depuis bien trop longtemps laissés au repos.
Une odeur de brûlé envahit ses sens, bientôt chatouillés par une autre fragrance, plus violente, persistante — et pourtant presque délicieuse, pour quelqu'un comme lui qu'on avait tenu si longtemps loin des combats, exquis souvenir d'une époque révolue.
Une odeur de sang.
Cobra sentit les commissures de ses lèvres se relever en un sourire carnassier, remontant sur ses canines proéminentes ; exaltant, grisant, vivifiant. L'une de ses oreilles pointues s'orienta de sorte à percevoir le chuchotement du vent, véhiculant une symphonie de plaintes douloureuses auxquelles la prison l'avait privée ; et il sourit, encore, extatique, enivré par tout ce qu'il ressentait.
Il voyait.
Les cris apeurés, enragés. Les hurlements bestiaux, surnaturels, auxquels son corps répondit par une vague d'adrénaline, un frémissement incontrôlé, un instinct impossible à refouler. Le craquement du bois brûlé, le fracas des pierres éclatés, le gémissement des êtres consumés.
Et pourtant, les yeux posés sur un ciel à la lune sanglante, il restait calme — souriant. La vue du dragon blessé qui s'y consumait presque ne le fit même pas sourcilier — au contraire. Son sourire n'en fut que plus ravi, prononcé — prédateur, carnassier.
Il entendait. Il voyait, sentait — ressentait — et son corps en réponse se mit à vibrer.
Il sentait.
Une brise vint lui apporter l'odeur des combats et ébouriffa davantage ses cheveux à la couleur pourpre, y laissant quelques particules poussiéreuses qu'il ne chercha même pas à chasser. L'iris violacé barré en deux par une pupille reptilienne de son œil valide parcouru avec précision le véritable carnage qu'était devenue la ville. Tout avait été mis à sac, à feu et à sang ; et pourtant, confiant, il souriait.
Il entendait.
Le cris de ses semblables. Celui, brûlant d'espoir et de rage du plus vaillant et courageux d'entre eux ; celui, juché sur cette bête agonisante, qui s'adressait à eux d'une voix impérieuse, les flammes de sa magie s'élevant haut dans le ciel sanglant. Un cri qui lui avait valu une cuisante défaite, il y avait de cela des années ; qui avait tout changé, tout bousculé.
Mais un appel auquel il ne pouvait résister, surtout.
Un instinct qu'il avait oublié fit frémir tout son être. Grave et avide de victoire, un grondement silencieux remonta le long de sa gorge asséchée par la poussière et la cendre ; et il eut une brusque envie de rire, de courir, de hurler à s'en épuiser — une envie irrésistible de tuer.
Il entendait.
« J'entends tout, Natsu. »
Surtout l'appel irrépressible du combat pour lequel tout ce qui composait son être avait été créé.
