Auteur : Rhysenn (/s/193202/1/IrresistiblePoison)

Titre : Irresistible Poison

Genre : Angst / Romance

Résumé : Le poison n'est pas toujours mortel - Draco apprend qu'il y a d'autres manières de souffrir tout en survivant.

Paring : HPDM

Avertissement : Attention, il s'agit d'un slash (relations entre personnes du même sexe).

Rating : T

Disclaimer : Les persos appartiennent à JKR, et l'histoire à Rhysenn - autrement dit, rien ne m'appartient, seulement la traduction.

Réponses aux reviews :

Bins : Merci beaucoup, je ne saurais quoi dire d'autre ! Voici la suite ;) !

Toölie : Oui je pense que si ça avait été Harry ce ne serait pas aussi intéressant... sadique Moi aussi c'est mon personnage préféré... Merci pour ta review !

Ninishimaro: Merci ! Non, Harry ne va pas en rester là (en témoignent les 14 chapitres xD) ! L'est tétu ! En tout cas, je suis contente de te faire découvrir cet excellent auteur ! J'espère que ce chapitre te plaira !

elena : Merci à toi aussi ! Voici la suite !

-EliZ- : Merci, j'espère que la suite te plaira tout autant !

Je m'excuse du léger retard occasionné par l'approche du bac de français... Je suis en pleines révisions ! Quoi qu'il en soit, voici le chapitre 4 ! Bonne lecture !


Chapitre 4 : Indifférence

Le contraire de l'amour n'est pas la haine ; c'est l'indifférence.

Draco réussit à se trouver du temps pour lui dans la bibliothèque après avoir envoyé Crabbe et Goyle dans les cuisines pour voler de la nourriture et terroriser les elfes de maison. Il avait semblé faire beaucoup cela ces derniers temps – éviter ses camarades de Serpentard, passant plus de temps dans la solitude, trouvant d'une certaine manière une triste consolation au fait d'être seul, bien que rien ne fasse cesser le sentiment d'être désespérément incomplet.

Le fait qu'il n'ait pas dormi correctement n'aidait pas – Draco n'avait pas eu un sommeil suffisant ces quelques dernières nuits, particulièrement depuis cette nuit dans la Fôret Interdite. Soit il s'allongeait sans pouvoir trouver le sommeil se demandant pour la millionième fois comment il avait pu merder à ce point, soit il restait éveillé en pensant à Harry. L'une ou l'autre des options s'avérait être fortement préjudiciable à sa santé mentale.

Draco était tristement plongé dans la lecture de l'épais livre ouvert devant lui, l'odeur de moisi des parchemins anciens le rendant légèrement nauséeux. Les livres de sorts avaient tous une âcreté caractéristique et archaïque qui leur étaient propres, et cela lui remettait à l'esprit le souvenir froid de la bibliothèque personnelle de son père, entourée d'un sombre secret, où il avait une fois de trop provoqué le danger, lorsque tout avait commencé, avec ce foutu livre.

Draco avait appris à vivre sa vie sans jamais reconnaître ses erreurs.

Mais lorsque l'erreur vous tourmentait à chaque seconde éveillée et à chaque instant de sommeil, lorsqu'elle menaçait de faire basculer la balance de votre santé mentale tandis que tout ce que vous aviez si soigneusement construit autour de vous s'écroulait avec fracas autour du singulier et douloureux savoir que tout était de votre faute, il était dur de ne pas admettre que vous aviez tort.

Cela faisait deux jours qu'il avait parlé avec Harry, qu'il avait dit à Harry de rester éloigné de lui, et heureusement pour lui, Harry s'était réellement exécuté, et n'avait pas même approché Draco ces quelques derniers jours. Bien que la distance physique ne fasse absolument rien pour faciliter cette isolation mentale.

Il avait passé une quantité disproportionnée de temps à penser à Harry ces derniers jours. Penser, pas dans le véritable sens du mot ; c'était plus une contemplation fausse, dépourvue de sentiments, une sorte d'émotion très détachée. C'était comme si son esprit n'était rempli de rien d'autre que d'images d'Harry – son expression, la couleur de ses yeux, ses cheveux noir corbeau, son sourire enfantin – mais Draco était incapable d'envelopper son esprit autour de ces images fugaces, pour leur donner de la profondeur et de la réalité.

Mais bien sûr, les souvenirs intangibles se fondirent ensemble et prirent forme lorsqu'Harry entra dans la bibliothèque, accompagné de Ron et d'Hermione.

Draco prit une courte inspiration, sa consommation d'air se bloquant dans sa gorge ; Harry le vit également, et se figea, ses pas se faisant brièvement plus hésitants, faisant Ron se heurter contre son dos.

« Qu'est-ce qu'il y a, Harry ? » demanda Ron avec curiosité, l'air perplexe.

Le regard calme d'Harry se posa sur Malfoy pendant un moment qui sembla se figer dans le temps tandis que la tension se cristallisait entre eux, des glaçons qui tournaient au bleu et à l'argent des récents jours de leur trêve d'hostilités. Harry ne pouvait voir les mains de Draco, serrées en poings sous la table ; puis l'instant se dissipa, ressenti et oublié, et Harry détourna les yeux et s'avança vers une autre table tout au bout de la bibliothèque, loin de l'endroit où Draco était assis.

En réponse à la question de Ron, Harry secoua la tête d'un air désinvolte. « Rien, » offrit-il par-dessus son épaule, « j'avais presque oublié quelque chose, c'est tout. »

Ces deux derniers jours, distrait par les entraînements de Quidditch et une pile de devoirs, Harry avait presque consciemment oublié Malfoy et son problème bizarre de potion d'amour. Cela avait été relégué au fond de son esprit, simplement manifesté par le soin presque naturel qu'il mettait à éviter Malfoy dans les couloirs et pendant les cours – non pas que Malfoy lui ait rendu la tâche difficile.

Harry se demanda à nouveau si Malfoy n'essayait pas simplement de le faire marcher, si ce n'était pas juste une stupide invention visant à l'énerver pour rien. Mais la légère lueur d'émotion dans les yeux de Malfoy lorsque leurs regards s'étaient croisés était trop frappante pour être contrefaite, et trop réelle pour ne pas être remarquée.

Harry se retourna, jetant un œil à la table de Malfoy – mais elle était vide. Draco était parti.

Harry ressentit un élancement de culpabilité, une sensation de responsabilité à l'intérieur de lui – mais ensuite il se souvint des mots de Draco, encore fraîchement gravés dans sa mémoire, et tranchés par l'amertume et la haine : Reste loin de moi. Je ne veux pas de ton aide.

Très bien, alors. Un ressentiment absent prit vie, et Harry poussa résolument toutes pensées de Malfoy hors de son esprit, Malfoy, ses ridicules potions d'amour et son habituelle dose de folie pure. Laisse-le s'en sortir tout seul. Je n'en ai rien à faire.

Harry ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Je n'en ai vraiment rien à faire.


Draco était assis sur son lit, un livre ouvert sur ses genoux, complètement oublié. Il pouvait à peine se concentrer sur une tâche plus de cinq minutes sans que son esprit ne s'aventure vers le sempiternel terrain mental dominé par des pensées d'Harry Potter.

Potter avait un visage agréable, songea pour lui-même Draco d'un air absent, oubliant qu'il était supposé ne pas penser à lui. Harry avait cette sorte de charme intrinsèque, le genre qui faisaient s'arrêter les regards et provoquait un deuxième coup d'œil ; ce n'était pas qu'il était beau, mais il était incontestablement attirant. Ce qui ne prouva que davantage que sa haine pour Harry avait été une habitude acquise.

Draco mit la main dans sa poche, ses doigts entrant en contact avec du métal froid, invoquant un souvenir encore plus froid. Il sortit lentement la menotte, le métal vif lançant des étincelles du feu émeraude provenant des flammes conjurées près de son chevet, une couleur trop familière.

Il la maintint à la lumière, et l'inspecta avec attention pour la première fois ; il ne l'avait jamais vraiment bien regardée lorsqu'elle avait été enchaînée à son poignet – chaque fois qu'il n'y avait ne serait-ce que jeté un coup d'œil l'hystérie frénétique avait menacé de recommencer dans son esprit.

Draco avait été immensément surpris et soulagé lorsqu'Harry la lui avait enlevée ; il avait secrètement craint qu'Harry ne refuse, soit par revanche soit par malice ou juste par pure méchanceté. Après tout, si leurs positions avaient été inversées, il n'était pas si sûr qu'il se soit exécuté aussi volontiers qu'Harry. Pas avant de s'être approprié cet instant pour ce qu'il valait.

Mais Harry était différent de lui. Et Draco en était secrètement reconnaissant.

Draco passa avec légèreté son index sur le nom gravé, creusé en lettres cursives et fantaisistes sur la bande de métal, pas à son intérieur, mais directement en travers de la lisse surface d'argent. Presque moqueuse, une insulte muette à la dignité, une marque de possession incontestable.

H J Potter.

Il pressa fortement contre la surface gravée de la menotte, si vivement que les lettres en relief furent empreintes dans la chair du bout de son doigt, une sorte de marquage inversé. La véritable implication du nom semblait saigner dans sa chair, un sévère rappel de la réalité, des chaînes 

invisibles qui faisaient couler du poison argenté dans ses veines, attachant des cordes intangibles autour de l'unique véritable chose qui était supposée être sans bornes – l'amour.

C'était une pure moquerie, en réalité.

C'était une perte de contrôle, le plus intime choix jamais donné arraché, maintenant prédestiné par une coïncidence irréfléchie complètement imprévue et totalement horrifiante. La stupéfaction s'attardait encore parmi les derniers vestiges d'espoir, le faible espoir que tout cela ne soit qu'un rêve terrifiant, que peut-être la potion qu'il avait prise ne soit en fait qu'un sévère hallucinogène et que cette obsession pour Harry ne soit que l'illusion de sa peur la plus profonde prenant vie.

Ou peut-être, de son plus profond désir.

Il ne faisait plus la différence. C'était ainsi que la potion d'amour le rongeait lentement de l'intérieur, confondant illusion et véracité jusqu'à ce qu'elles deviennent semblables à un mélange sans coutures, impossibles à distinguer l'une de l'autre, inondées d'une haine pleine de ressentiment qui faiblissait et s'embrasait tour à tour.

Il haïssait Harry. Mais en même temps, il l'aimait également. Deux violents contraires piégés à l'intérieur de lui, accouplés de manière inconcevable, comme de la glace polaire jetée au cœur d'un volcan. Cela devenait presque trop à supporter, la tension croissante menaçant d'exploser avec la plus petite provocation.

Draco ferma les yeux, et il pouvait presque entendre les éclats de glace se fissurer, se fêlant et se fendant comme du verre brisé, ne laissant que des miroirs brisés dans le silence de son esprit.


« Défense Contre les Forces du Mal demain, » grogna Ron, sortant sa plume et lissant un rouleau de parchemin à moitié rempli sur la table. « Je n'ai pas encore fini ma rédaction sur l'Imperium. »

« Moi non plus, » répondit Harry, se frottant les yeux tandis qu'il étudiait de près le chapitre du manuel sur le Sortilège de l'Imperium. « Il me reste encore sept pouces, je pense. »

Le professeur Lupin était revenu au début du trimestre pour enseigner la Défense Contre les Forces du Mal aux septièmes années, à la grande joie de beaucoup de monde. Harry était content du fait qu'il apprendrait sa matière préférée avec le meilleur professeur de Forces du Mal qu'ils aient jamais eu, surtout parce qu'ils allaient apprendre comment combattre les formes les plus avancées de Magie Noire, comme c'était leur dernière année à Poudlard.

Naturellement, l'un des premiers sujets à être traités était celui des Sortilèges Impardonnables. Depuis l'incident avec le faux Maugrey Fol Œil faisant une démonstration des Sortilèges devant leur classe terrifiée de quatrièmes années, Dumbledore avait reporté le sujet pour qu'il ne soit traité qu'en septième année. Il n'avait, à la base, pas même autorisée la démonstration en classe de l'Imperium par Maugrey.

En accord avec sa créative et perspicace approche de l'enseignement de la matière, le professeur Lupin leur avait demandé d'écrire une rédaction sur l'Imperium. Le devoir n'était pas simplement d'exposer l'histoire et les fonctions du sortilège, mais également de donner un point de vue personnel et une analyse critique sur pourquoi ils pensaient que le Sortilège de l'Imperium était si mortellement efficace.

« Pourquoi – qu'est-ce que ça veut dire, bon sang, pourquoi ? » ronchonna Ron ; il avait de toute évidence terminé la partie la plus facile du devoir qui pouvait être directement tirée du manuel. « Pourquoi est-ce que ça fonctionne ? Parce que le sort te frappe et que tu ne peux pas penser correctement et tu fais simplement tout ce que la personne qui lance le sort te dit de faire, voilà pourquoi. Comment diable je suis censé remplir – » il vérifia la longueur du parchemin, « dix pouces de parchemin de plus avec ça ? »

« Tu pourrais essayer d'écrire très gros, » suggéra inutilement Harry, distrait par sa propre rédaction inachevée. Il tenta de se rappeler de ses expériences avec le Sortilège de l'Imperium, ayant recours à ses connaissances de première main des sensations que procurait le Sortilège, et de ce que cela faisait de combattre l'impression d'impuissance.

De la glace incandescente et des flammes froides, un bonheur détaché et un paradis conjuré, c'étaient les sensations que procurait l'Imperium. C'était la sensation la plus merveilleusement creuse jamais imaginable, si riche d'un vide qui semblait à la fois éphémère et éternel, et c'était comme se noyer dans du vin, enivrant bien que mortel, l'eau vive se renfermant au-dessus de soi, oblitérant pareillement la douleur et le plaisir…

Le repousser requérait chaque once de force de volonté consciente qu'Harry possédait. Cela faisait appel à chaque parcelle de concentration qu'il pourrait rassembler, associées à la détermination mentale singulière qu'il ne succomberait pas, ayant recours à une véritable révulsion pour ce que cette voix étrangère et obsédante dans son esprit l'obligeait à faire, à la fervente conviction qu'il ne voulait pas céder.

Ce n'était qu'une question de contrôle, trancha Harry, mâchonnant pensivement le bout de sa plume alors qu'il réfléchissait à un moyen d'exprimer ses pensées sous forme de phrases. C'était l'habilité à faire céder quelqu'un à quelque chose qu'ils savaient même ne pas être vrai, et à le rendre incapable de se comporter autrement ; une tromperie entendue, qui mélangeait la vérité avec des mensonges et qui brouillait les frontières de la contrainte et de la volonté.

Satisfait de sa réponse mentale, Harry posa le bout de sa plume contre le parchemin, et commença à écrire.


Draco passa le reste de la soirée plongé dans ses devoirs, ce qui était extrêmement rare chez lui. Il ne se souvenait pas avoir jamais mis tant de temps et d'efforts dans une simple rédaction auparavant, et il ne savait pas s'il s'immergeait dans le travail simplement pour se distraire ou parce que le sujet du devoir l'intriguait vraiment à ce point. Probablement les deux.

Il posa sa plume, la mettant en équilibre au-dessus de la bouteille d'encre qui était sur sa table de chevet, et entreprit de mesurer la longueur de son parchemin, maintenant enfin rempli et prêt à être rendu. A l'extrême surprise de Draco, il avait en fait excédé le minimum demandé de quinze bons pouces. Plutôt mémorable, en effet.

Draco étira ses doigts ; ils étaient douloureux du fait d'avoir écrit presque toute la soirée, particulièrement dans une position sur son lit qui n'était pas vraiment favorable à une écriture correcte. Mais il ne voulait pas retourner à la bibliothèque au cas où Harry et ses amis y seraient toujours, et la salle commune des Serpentards était, comme d'habitude, un bordel en gestation.

Après avoir rangé son rouleau, Draco se retrouva à nouveau tendant la main de manière obsessionnelle vers la menotte dans sa poche.

Il la prit et l'observa, son éclat argenté à présent terni par les taches de ses propres empreintes de doigts. Son besoin presque instinctif de garder la foutue menotte près de lui était, pour le moins, inquiétant. Il ne savait pas vraiment pourquoi – peut-être parce qu'elle était au nom d'Harry. Ou peut-être parce que c'était si amèrement ironique que cette chose laide et dégradante soit en fait représentative de la situation dans laquelle il était enfermé actuellement, lié à Harry dans un sens non physique, ce qui était vraiment bien pire.

Draco pensa à ce sort qu'Harry avait utilisé pour créer la menotte – c'était vraiment un petit sort astucieux, sans parler du fait qu'il avait un haut facteur de perversité. Draco était surpris de ne pas l'avoir appris auparavant, en considérant combien il était fier d'être bien versé dans les sortilèges obscurs et originaux. Et il était encore plus surpris qu'Harry ait connu le sort à l'origine – Peut-être que les Gryffondors ont vraiment plus de cran qu'on le leur prête.

Il avait lu considérablement ces derniers jours, passant au crible autant d'encyclopédies de sorts et de livres répertoriés sur lesquels il avait pu mettre la main. Au cours de ces recherches, il se souvenait être tombé sur le sort de menottes d'Harry à plusieurs occasions. Draco souleva un 

volume relié de cuir noir à l'air particulièrement ardu sur le lit et commença à le feuilleter, ses doigts trouvant adroitement la page qu'il recherchait.

C'était un Sortilège d'Enchaînement – un simple, ingénieux sort qui conjurait une paire de menottes, et qui était impossible à briser par quelqu'un d'autre que le lanceur à moins que des sorts d'une magie très avancée et très compliquée ne soient utilisés. Le pouvoir de défaire les menottes était propre à la personne qui lançait le sort, ainsi le nom du lanceur de sort était gravé sur les menottes pour éviter des confusions de propriété, disait le livre.

Comme c'est parfaitement humiliant, pensa sombrement Draco, parcourant les détails du Sortilège d'Enchaînement.

De toute évidence, Harry s'était mal souvenu du charme – au lieu du précis manicas inice, Harry avait dit manicam inice, ce qui avait par conséquent résulté en l'apparition d'une seule menotte. Draco se rétracta mentalement sur ce qu'il avait dit à propos des Gryffondors ayant le moindre flair – il n'était pas très impressionnant de connaître un sort mais de mal le lancer. Bien que Draco estimât qu'il devrait être reconnaissant du fait qu'Harry n'ait pas mal lancé le sort de manière à ce que ses poignets prennent la taille de navets ou de quelque chose d'horrible comme ça.

Une vague d'amertume le balaya. Je devrais être la dernière personne à parler de magie ratée.

Draco soupira, et commença à mémoriser le Sortilège d'Enchaînement, dont il avait le sentiment qu'il pourrait s'avérer utile à un moment de sa vie future. « Manicas inice, » se murmura-t-il à lui-même. « Pas manicam, c'est le mauvais, c'est supposé être manicas. Qui nous a sorti ce sort, de toute façon ? Probablement un quelconque guerrier égocentrique du huitième siècle qui avait trop d'esclaves et qui avait besoin de tous les étiqueter pour garder une trace… »

« Draco ? » dit une voix familière, et la tête correspondante de Goyle passa dans le dortoir, illuminée d'un large sourire niais. « Oh, te voilà ! Je t'ai cherché dans tout Poudlard ! »

Draco soupira avec irritation. « Vraiment. Et quelle heureuse coïncidence que tu aies réussi à me retrouver, puisque le dortoir des Serpentards est à peu près le dernier endroit où tu t'attendais à me trouver ! Même si je garde toutes mes affaires ici et même si je dors ici chaque nuit. Un vrai cerveau de détective, Goyle. »

« Hum… ouais. » Goyle n'avait clairement pas saisi le sarcasme. Il entra pesamment, et regarda Draco avec curiosité. « Qu'est-ce que tu fais ? »

Draco rangea subrepticement la menotte dans sa poche. « Mes devoirs, bien sûr. »

« A qui tu parlais ? Il n'y a personne ici. » Goyle parcourut du regard le dortoir vide d'un air narquois. « Tu te parles à toi-même, Draco ? »

« Oui, c'est à peu près le seul moyen qui me permet d'être sûr d'avoir une conversation intelligente, ces jours-ci, » remarqua sèchement Draco.

Goyle parut se fâcher légèrement. « Oh, allez, Draco. Tu continues à nous ignorer ces jours-ci… est-ce que tu es fâché contre nous à propos de quelque chose ? » Il parut fuyant, puis il s'approcha de Draco sur le lit, et dit dans un chuchotement conspirateur, « Tu n'est pas en colère à cause des petits gâteaux au chocolat, hein ? Parce que tout était de la faute de Crabbe, pas de la mienne. »

Draco fronça les sourcils. « Quoi ? »

Goyle eut l'air contrit. « Les petits gâteaux au chocolat que ta mère a envoyés la semaine dernière. »

« Je croyais que tu disais que ma chouette les avait mangés. »

Goyle jeta un œil par-dessus son épaule, comme s'il avait peur que quelqu'un ne l'entende. « Non, » dit-il, secouant la tête, les yeux brillants. « Crabbe les a mangés. Il avait peur que tu sois furieux, alors il a dit que ta chouette l'avait fait. »

« Oh eh bien, il a absolument raison. Je suis furieux. Contre tous les deux. Alors va-t-en. » Draco ramassa un autre livre et le tint ouvert devant son visage. « Tu n'as pas autre chose à faire ? Vous avez déjà fini de manger toute la nourriture de la cuisine ? Vous pouvez commencer à manger les elfes de maison ensuite. »

Goyle parut d'abord révolté, puis sembla considérer l'idée. « Tu veux dire qu'ils sont comestibles ? »

« Comment je le saurais ? » Draco leva les yeux au ciel. « Pourquoi ne cours-tu pas le découvrir ? Et pendant que tu y es, tu peux manger Miss Teigne en dessert. Maintenant va-t-en et laisse-moi tranquille. »

Goyle parut malheureux. « Tu traînes à peine avec nous maintenant, » se plaignit-il d'une voix geignarde. « C'est pas drôle sans toi. Même Potter a commencé à le remarquer, et ça devient ennuyeux parce que tu n'es pas dans le coin pour nous aider à nous moquer de – »

« Quoi ? » La tête de Draco se releva immédiatement. « Qu'est-ce que tu viens de dire ? Sur Potter ? »

Goyle cligna des yeux, et prit un moment pour rembobiner mentalement sa propre phrase.

« J'ai dit, » répéta-t-il lentement, « Même Potter a remarqué que tu ne traînes plus avec nous ces temps-ci. Il a demandé 'Alors où est Malfoy ?' quand nous sommes tombés sur eux tout à l'heure. »

« Et qu'est-ce que tu lui as répondu ? » demanda brusquement Draco.

« Je ne sais pas. »

« Tu ne sais pas ce que tu lui as dit ? » La voix de Draco portait une contrariété grandissante.

« Non. J'ai dit, 'Je ne sais pas'. » Goyle cligna à nouveau faiblement des yeux. « Puis j'ai fait tout Poudlard pour te chercher et je t'ai finalement trouvé ici. »

« Oui, très attentionné de ta part. » soupira Draco, et il se pencha en arrière sur son lit. « Enfin si Potter te demande à nouveau, dis-lui que ce ne sont pas ses putain d'affaires. »

Goyle s'illumina. « Je peux lui montrer que ce ne sont pas ses putain d'affaires, aussi ? » Il fit craquer ses poings massifs avec un enthousiasme déconcertant, tentant de paraître méchant et menaçant et y parvenant en fait plutôt bien.

« Non ! » dit brutalement Draco, sans réfléchir. « Tu le frappes et je te tue. »

Draco fut sincèrement choqué de ses propres mots à l'instant où se déversèrent de ses lèvres ; Goyle le regarda avec des yeux ronds, l'air incrédule.

Draco prit une profonde inspiration, et clarifia, « Ce que je veux dire, c'est que si qui que ce soit doit faire quelque chose à Potter, je serais cette personne. » Ses mots étaient soigneusement ambigus. « Et je ne veux pas que tu le handicapes avant que je n'ai eu une chance de m'en prendre à lui. »

Goyle sembla suffisamment satisfait de l'explication de Draco, et eut un large sourire mauvais. « Très bien ! Vas-y, Malfoy ! » Il projeta son poings dans les airs d'une manière ridiculement théâtrale. « Tu vas l'avoir ! »

Draco ne dit rien en réponse, baissant les yeux vers l'image floue du texte dénué de sens. Il attendit que Goyle disparaisse à travers la porte, ses pas lourds s'atténuant, puis posa le livre et s'assit, regardant fixement le vide.

« Oui, » dit doucement Draco pour lui-même, « J'aimerais pouvoir. »


Quatre heures plus tard, à une heure du matin, Draco était toujours éveillé, bien qu'à peine. Il était au lit, couché sur le côté, la copie des Potions les Plus Puissantes qu'il s'était procurée à la bibliothèque posée à quelques centimètres devant son visage. Les couvertures étaient entièrement tirées au-dessus de sa tête, le cachant à la vue. La faible lumière de sa baguette fournissait suffisamment d'éclairage pour lire, mais ses yeux devenaient fatigués et troubles. Le fait qu'il n'y ait rien de vaguement utile dans le livre n'aidait pas, puisqu'il ne traitait que de potions légales et traditionnelles, et les potions d'amour étaient, pour le moins, hors la loi.

Draco soupira, et ferma les yeux pour se reposer ; le bout de baguette allumé vacilla et disparut, et sa baguette tomba de ses doigts sur les draps tandis qu'il commençait à s'assoupir, et finalement il s'endormit.

L'obscurité et la confusion flottaient dans des vagues palpables tout autour de lui, et le vent horriblement froid piquait son visage comme des aiguilles glacées. Il prit une brusque, presque douloureuse inspiration et regarda frénétiquement autour de lui, ses alentours voilés devinrent peu à peu plus distincts, peints de vives touches de nuit noire à chacun de ses côtés.

Il reconnut l'endroit : il était au cœur de la Fôret Interdite.

Les arbres et les fourrés se dressaient l'air menaçant au-dessus de lui, si denses qu'ils piégeaient l'obscurité dans une haie noire continue, zébrée des plus légères nervures de pâle clair de lune, comme des traces de sang de licorne argenté répandues à travers le ciel d'encre.

Ses membres étaient plombés et récalcitrants lorsqu'il tenta de faire un pas en avant. Une douleur sourde traversa son bras, et une lente horreur naquit alors qu'il réalisa qu'il ne pouvait pas bouger – il était attaché à l'épais et noueux tronc d'un arbre immense, si grand que ses branches disparaissaient dans la brume au-dessus.

Ses yeux s'élargirent, horrifiés, incrédules ; ses deux chevilles étaient enchaînées, et de lourdes chaînes encerclaient sa taille, le retenant contre l'arbre. De brillantes bandes d'acier menottaient ses deux poignets – elles ressemblaient aux liens que les esclaves Romains utilisaient pour se vêtir – et ses bras étaient immobilisés de chacun de ses côtés, à plat contre le tronc d'arbre. L'écorce rugueuse frottait contre son dos, frictionnant sa peau à vif ; il ne pouvait pas vraiment voir s'il portait quoi que ce soit, mais si c'était le cas, cela n'offrait pas beaucoup de protection contre le bois abrasif, ou la moindre isolation contre le froid mordant.

Il tenta de tordre son corps pour avoir une meilleure vue des chaînes qui l'entravaient ; il sentit soudainement un éclair de mouvement à sa gauche, et tandis que la silhouette entrait dans son champ de vision, sa mâchoire tomba.

Harry apparut à ses côtés, semblant se fondre dans la substance des ombres, sorties de nulle part et remplissant cependant tout l'espace entre eux. Sans la moindre hésitation, Harry se rapprocha de lui, les yeux semblables à des lunes émeraude dans la nuit sans étoiles.

Il garda le regard fixe, oubliant de lutter contre ses chaînes, son corps toujours aligné de manière gênante contre le tronc. Ses doigts attrapant compulsivement l'écorce rugueuse sous ses paumes, comme empoignant un support qui n'était pas tangible, et il ne saisit pas les piqûres de douleur alors que le bois épineux tirait des éclats de sang.

Harry ne dit rien, se glissa seulement encore plus près, une séduction faussement timide exsudant de chacun de ses mouvements, silencieux et gracieux comme la brise de minuit.

Il secoua la tête et cligna une fois de plus des yeux, y croyant à peine ; mais lorsqu'il rouvrit les yeux, Harry se tenait toujours devant lui, leurs visages à seulement quelques centimètres de distance, l'éclat dans les yeux d'Harry l'attirant comme des rayons d'aurore vierges, perçants à travers l'obscurité, anéantissant la nuit.

Il sentit l'air se bloquer dans sa gorge, et il écarta les lèvres pour parler, mais aucun mot ne prit forme, seulement un étonnement muet ; puis soudainement le temps se précipita en avant dans un jaillissement aveuglant, comme un sablier se brisant en éclats, et le moment d'après la bouche d'Harry était sur la sienne, l'embrassant durement.

Tout excepté son cœur battant à tout rompre s'immobilisa brusquement ; l'instant l'immergea totalement, et les lèvres d'Harry étaient tout ce qu'il pouvait sentir, brûlant les siennes d'une passion ardente, professant un désir muet. Il frissonna sans pouvoir rien faire tandis qu'un plaisir extrême le submergeait, et il tendit les menottes qui le retenaient en arrière, qui l'éloignaient de l'endroit où il était à sa place…

Les mains d'Harry glissaient sur ses épaules, se dirigeant vers son cou et se déplaçant pour tenir son visage, fermement mais tendrement, et le baiser sembla se prolonger indéfiniment alors que l'éternité se rendait dans une inconséquence irréfléchie. Les gestes d'Harry étaient lents et doux, prenaient leur temps, faisant durer l'instant avec un plaisir douloureux, et Harry l'embrassait si profondément que cela fait presque mal, pas à ses lèvres mais à son cœur.

Il se cambra plaintivement en avant, gémissant contre la bouche d'Harry, se perdant dans le baiser ; soudainement il fut vaguement conscient du fait que l'étroitesse saisissant son corps s'était apaisée – les cordes le liant glissèrent de son corps comme des serpents de métal, et les cruelles attaches de métal sur ses poignets fondirent dans la brume, le libérant.

La surprise initiale se changea rapidement en extase, et dans cette dimension éthérée où le temps s'écoulait comme des grains de sable entre ses doigts, il se retrouva enfin libre. Sans hésitation et glissant sur la vague du pur instinct, il se lança désespérément en avant, contre Harry – mais avec une embardée de son estomac tout glissa soudainement hors de sa portée, disparaissant ; et il tombait, tombait dans l'obscurité, tombait en lui-même…

Les yeux de Draco s'ouvrirent brusquement, hagards avec la fièvre, et il se redressa, essoufflé, le corps recouvert de sueur froide. Des mèches humides de sa frange étaient collées à son front, et il passa une main tremblante dans ses cheveux, les écartant de ses yeux alors que l'environnement familier du dortoir Serpentard entrait dans son champ de vision.

Son corps entier tremblait encore lorsqu'il se couvrit les yeux des paumes de ses mains, l'œil de son esprit incapable de se protéger, et la réalité de son rêve passa dans ses veines comme du sang empoisonné. Draco remonta ses genoux contre sa poitrine et enterra son visage dans ses bras, tentant désespérément de rassembler ses pensées éparses tourbillonnant maintenant dans une panique aléatoire.

Harry.

L'embrassant.

L'embrassant comme il n'avait jamais imaginé que qui que ce soit puisse embrasser quelqu'un d'autre avant, et probablement parce que c'était exactement ce que c'était – le fruit de son imagination fiévreuse. Parce que le jour où Harry Potter l'embrasserait de sa propre volonté serait… il pourrait probablement passer sa vie à attendre ce jour.

Cela n'était pas la première fois qu'il rêvait d'Harry dans ce genre de scénario, et d'après son air, ce rêve était loin d'être le dernier de cette variété. Ce qui était encore plus troublant était que ses rêves devenaient constamment plus déviants et sensuels, et la présence de vêtements dans les rêves devenait de plus en plus rare. Il se retrouverait probablement glorieusement nu dans le prochain rêve avec Harry se baignant dans une baignoire de verre transparent remplie de champagne.

Draco secoua vigoureusement la tête pour éclaircir ses pensées lorsque cette image mentale commença invariablement à se former dans son esprit. Il pouvait vraiment se passer de cette goutte qui ferait déborder le vase pour anéantir sa santé mentale, quel que soit ce qui en restait.

Non, il ne pouvait sans aucun doute pas se permettre de s'endormir à nouveau – les rêves qu'il avait eus devenaient insupportables. De la pure torture.

Draco ramassa le livre qu'il avait lu plus tôt, qui était étendu à moitié ouvert à côté de lui, et tendit la main vers sa baguette, chuchotant, « Lumos. » Un rapide coup d'œil alentours l'assura que tout le monde dans le dortoir dormait toujours bruyamment, et que le rythme grognant des ronflements de Goyle emplissait toujours la pièce immobile.

Draco tourna quelques pages au hasard, et recommença à lire, tenant sa baguette au-dessus de la page. Mais l'image floue et dénuée de sens des mots coula comme de l'encre et du charbon sur une toile mouillée, se dissolvant dans l'incohérence alors que le souvenir du baiser d'Harry fit prévalence sur tout le reste, envoyant un frisson chaud le long de son dos.

C'était seulement un rêve, se dit-il, encore et encore, un mantra fervent, bien qu'il ne soit pas tout à fait sûr de s'il était soulagé ou plein de regrets. Sa respiration superficielle avait peu à peu cessé, bien que l'alarme mentale ne montre aucun signe de stabilisation. Seulement un rêve.

Mais au fond, il savait que l'essence d'un rêve était un véritable désir et une véritable crainte, perdus dans une réalité de dénégation.


Mis à part le fait qu'ils avaient semblé très commodément éviter de se croiser dernièrement, songea Harry alors qu'il parcourait le couloir menant à la salle de classe du professeur Lupin pour le cours de Défense Contre les Forces du Mal, pratiquement rien n'indiquait d'autre problème avec Malfoy.

Enfin, presque rien. Le manque de remarques moqueuses était, en soi, extrêmement étrange.

Les cours devenaient peu à peu bien plus ennuyeux sans les singeries de Malfoy, réalisa Harry en s'installant à côté de Ron et d'Hermione, en attendant que le professeur Lupin n'entre dans la classe. Il se souvint des innombrables fois où lui et Malfoy s'étaient affrontés dans les classes ou dans les couloirs. Des feux d'artifice de baguettes éclataient avec abandon lorsqu'une guerre explosait occasionnellement, et le reste de la classe observait leurs duels avec une fascination craintive, une version personnalisée de la rivalité Serpentards vs. Gryffondor. De telles confrontations leur infligeaient souvent à tous deux une retenue.

Les yeux d'Harry traversèrent la pièce, cherchant la silhouette familière de Malfoy parmi les Serpentards – l'autre garçon était occupé à discuter avec Pansy Parkinson, qui battait des cils vers lui d'un air charmeur, bien que Draco pour sa part ne semblait pas le moins du monde amoureux d'elle. Un air d'indifférence entourait les gestes désinvoltes de Draco, ornés malgré tout d'une fluide arrogance.

Est-ce qu'il a trouvé un moyen de contourner cette potion ? se demanda Harry ; mais il y avait toujours cette inexplicable absence de confrontations hostiles entre eux deux. Je me demande s'il a…

Mais peu importe Malfoy, pensa soudainement Harry, se souvenant d'un rêve troublant qu'il avait eu la nuit dernière. Je crois que sa folie a déteint sur moi. Harry avait rêvé qu'il était à nouveau dans la 

Forêt Interdite avec Malfoy, et il faisait presque nuit noire, mais ce qui était le plus sinistre était que lui embrassait Malfoy, et non le contraire.

Eurgh. Quel cauchemar. Pourquoi diable est-ce que je pense, mince, est-ce que je rêve seulement que je l'embrasse ? Harry secoua la tête, troublé et perplexe. Ca doit être le stress post-traumatique qui se met en marche.

Les élèves s'entassaient à l'avant de la classe pour poser leurs rouleaux de devoirs sur le bureau de Lupin ; leur professeur semblait être en retard. Harry sortit son rouleau de son sac ; Hermione, qui était assise à côté de lui, écrivait encore furieusement sur un parchemin qui faisait déjà deux fois la taille du minimum demandé.

« Tu veux que je le rende pour toi ? » offrit Ron. Il tenait son propre rouleau dans sa main ; il avait finalement réussi à remplir la longueur demandée, avec une écriture moyenne et des espaces plutôt généreux entre les paragraphes.

Harry tendit son rouleau à Ron. « Ouais, merci. » Il se leva également, voulant aller voir Seamus Finnigan pour lui demander les prochains matchs de Quidditch programmés ; cette année, Seamus était chargé de coordonner et de commenter les matchs.

Ron parcourut l'allée centrale vers le bureau de Lupin, et en s'approchant, se retrouva face à face avec Draco Malfoy.

Malfoy portait un rouleau presque aussi volumineux que celui d'Hermione, qui était sans doute sa propre rédaction sur le Sortilège de l'Imperium. Ron regarda le rouleau d'un œil critique, une pure aversion et un pur mépris crépitant dans ses yeux bleus.

« On fait étalage de tout ce qu'on sait sur la Magie Noire, Malfoy ? » dit Ron d'un ton acide, lançant à Malfoy un regard venimeux. « Eh ben je suis sûr que tu en sais franchement plus que tu ne le laisses entendre – avec un père comme le tien, c'est pas difficile à croire. »

Les yeux de Draco s'assombrirent en un charbon argenté, et il considéra le mince rouleau de Ron avec dédain. « Oui, Weasley, et je vois que tu ne peux pas t'offrir assez de parchemin pour écrire une rédaction suffisante – mais avec une famille comme la tienne, c'est parfaitement compréhensible. »

Ron se rapprocha de Draco, ses narines se dilatant, les yeux brillants de colère. « Un de ces jours, Malfoy, » siffla-t-il avec véhémence. « Un de ces jours, mon père obtiendra un mandat pour balayer ta maison et révéler ce que ta famille est vraiment – des mages noirs. »

Les yeux de Draco se rétrécirent, mais il rencontra le regard de Ron de manière égale, et répondit très calmement, « Ton père devrait d'abord balayer la chambre forte de votre famille à Gringotts – j'imagine que la poussière là-bas pèse plus que l'or. »

C'était la limite.

Ron grogna un chapelet d'injures peu agréables et se précipita en avant, saisissant d'une poignée le col de Malfoy ; Draco répondit en se jetant hors de sa portée, poussant violemment l'épaule de Ron, et –

« Ron, laisse ça, » dit fermement Harry, apparaissant à leurs côtés et arrachant la main de Ron de la robe de Draco, le tirant en arrière.

Les yeux de Draco vacillèrent pour rencontrer ceux d'Harry dans une brève surprise, et leurs regards se soutinrent un court instant, l'espace d'un battement de cœur, avant que Draco ne détourne les yeux pour fusiller Ron du regard avec malveillance.

Ron se tourna vers Harry, atterré ; en réponse, Harry le prit fermement par le bras et le propulsa loin de Draco, le ramenant du côté Gryffondor de la salle de classe.

« Qu'est-ce que c'était que ça, Harry ?! » Ron semblait légèrement indigné, et son ton était profondément frustré. « Pourquoi t'as fait ça ? Je l'avais presque ! J'allais – »

« Ron, calme-toi… » tenta de placer Harry, « tu ne peux pas frapper Malfoy… »

« J'avais tous les droits de le frapper ! Il m'a insulté ! »

« Mais tu as commencé, pas vrai ? » signala Harry. Il avait regardé l'échange entre Ron et Draco de la table de Seamus, qui était à une courte distance.

« Et alors ? Il commence toujours les autres fois. »

« Ne sois pas celui qui cherche la bagarre avec Malfoy, Ron, » dit raisonnablement Harry, lançant un regard sévère à son ami. « Il ne fait pas d'histoires pour une fois, alors ne va pas chercher les embrouilles avec lui, ok ? »

« Et pourquoi pas, bon sang ? » Ron était obstiné. « Il a l'air plutôt à côté de la plaque ces temps-ci, ce qui est la parfaite occasion pour nous de nous venger de toutes les fois où il nous a cherché ! »

« Ne laisse pas cette histoire de revanche te monter à la tête, » avertit Harry. « Et si tu commences une bagarre avec Malfoy en cours, tu mets Lupin dans une position très difficile, parce qu'il devra te donner une retenue et enlever des points à Gryffondor, et il ne veut clairement pas le faire non plus. »

« C'est pas juste, » dit Ron d'un air rebelle, frottant furieusement son pied contre un pied de la table. « Pourquoi est-ce qu'on ne donne pas le premier coup, pour changer ? »

« Parce que ce n'est pas bien, » affirma fatalement Harry. « On est pas comme lui, Ron et on ne déclenche pas des bagarres juste pour s'amuser, ou on ne frappe pas les gens quand ils sont à terre. »

« Je m'en fiche que Malfoy soit à terre. Ca ne change pas le fait qu'il est un petit bâtard suffisant à qui j'aimerais vraiment donner un coup de poing dans le visage pour toutes les horribles choses qu'il nous a faites. » Ron brandit le poing. « Il me rend si furieux que tout ce que je veux c'est arracher ses intestins pour les utiliser comme corde à sauter. »

« Ron ! » Hermione était venue à côté d'eux, et avait surpris la description plutôt désagréable de Ron. « Ne me dis pas que tu t'es battu avec Malfoy. » Elle lança à Ron un regard sévère. « Encore. »

En faveur d'Hermione, Harry admit qu'elle avait une bonne maîtrise d'elle-même, surtout par rapport à Ron. Elle gardait la tête haute même ridiculisée par les Serpentards, sans riposter ni critiquer en retour ; la seule fois où elle avait réagit à leurs provocations était la fois où Malfoy avait insulté Hagrid, à la suite de quoi elle l'avait giflé. Mais la plupart du temps, Hermione acceptait les affronts des Serpentards sans sourciller.

« Ron, tu sais très bien que Malfoy ne dit les choses que pour te provoquer tout le temps ! » Hermione lança à Ron un regard de désapprobation tandis qu'elle enroulait son devoir, enfin terminé. « Contente-toi de le laisser tranquille et de ne pas te soucier de lui. »

« Ouais, ne t'en fais pas, Ron. » acquiesça Harry, et il ajouta, « Malfoy ne vaut pas tous ces problèmes, tu sais. »

Harry détourna le regard, et vit tout-à-coup Draco qui l'observait, à travers la classe, et il s'arrêta par réflexe, se tendant légèrement tandis que les yeux gris étaient posés de manière égale sur lui, calmement perçants.

Draco portait une expression impénétrable sur le visage, comme une ardoise effacée, et il considérait Harry avec des yeux remplis d'une ambiguïté qui pourrait être lue d'une demi-douzaine de manières différentes. Une tension couvait et des nuages orageux s'amoncelaient en 

bordure du regard de Draco lorsque leurs yeux se soutinrent une fraction de seconde et un tiret d'éternité, avant que Draco ne baisse les yeux et ne se détourne.

Harry fronça les sourcils ; il était énervé du fait de se laisser noyer dans le magnétisme naturel des yeux de Draco, de ne serait-ce que recevoir ce regard persistant lorsqu'il ne devrait offrir rien d'autre qu'un refus catégorique, à la fois pour le bien de Draco et pour le sien.

Harry se sentait… confus. Malfoy se comportait très étrangement en effet, et il n'y avait rien à faire pour qu'Harry puisse déchiffrer les signales mitigés qu'il recevait, qui semblaient se contredire les uns les autres – un spectre de colère, d'arrogance, de haine, d'indifférence et de douleur tissés dans un tourbillon de courants sous-jacents, insondables et en même temps très mystérieux.

Les yeux d'Harry se rétrécirent, continuant d'observer Draco, dont la tête blonde était maintenant consciencieusement penchée sur un manuel. Pour une raison amorphe, Draco paraissant bien plus assuré et posé qu'il ne devrait l'être normalement – jetant des regards qui semblaient faussement timides et non seulement furtifs, détournant le regard juste lorsqu'il avait capté toute l'attention d'Harry… Harry avait l'impression que Draco le faisait marcher lui, ce qui était un état de fait plutôt contradictoire étant donné que les rênes étaient sans doute dans ses propres mains, si l'histoire de potion d'amour était vraie.

Comme c'est ironique, pensa Harry, que le mot potion tranche l'expression 'histoire d'amour' en deux.

Il y avait toujours un sens de l'humour tordu dans la plus amère des ironies.

De l'autre côté de la salle, Draco serra les poings sous la table, sentant le poids du regard pénétrant d'Harry sur lui comme le souffle dense d'un orage, sombre et imminent, presque tangible, contournant les bordures de son rêve agité.

Pourquoi ? se demanda Draco, une rare confusion faisant pencher la balance d'une panique soigneusement contrôlée. Pourquoi a-t-il dit à Weasley de reculer ? A quoi est-ce qu'il joue, bon sang ?

C'est juste ça, dit une voix douce et dangereuse au fond de lui. Il joue. Il joue avec toi. Potter est captivé par ce nouveau pouvoir, ce pouvoir sur toi, et c'est juste un jeu pour lui, un cruel jeu de revanche. Pour toutes les choses que tu lui as faites, tu lui as juste donné le parfait moyen de se venger de toi – il te torture par sa présence.

Draco ferma les yeux, peiné. Mais s'était-il vraiment attendu à moins ? Le pouvoir absolu corrompt absolument, même entre les mains du saint communément connu comme Harry Potter. C'était un mal trop exquis pour y résister, comme la Tentation se promenant complètement nue avec une pancarte clignotante qui dirait 'Cède-moi !'.

Et Draco savait qu'il développait sa propre punition, et tout ce qu'il pouvait faire était considérer combien de temps il pourrait encore tenir. Tout ce qu'il avait pour se réconforter était le mince rayon d'espoir de pouvoir trouver un moyen d'annuler ce charme avant qu'il ne le saigne de tout ce qu'il valait, avant qu'il ne soit trop tard.

Draco jeta un coup d'œil à Harry, qui était maintenant souriant et riait avec ses amis Gryffondor, et il détourna rapidement le regard à nouveau, les yeux cuisants d'un désespoir croissant.

Ou était-il déjà trop tard ?

TBC...

La suite risque d'arriver avec un petit retard (voir plus haut), mais j'attends vos impressions !