Cela fait près de deux mois que les deux hommes se fréquentent. Rien de bien romantique, ils se donnent un jour dans la semaine – généralement, le vendredi – pour se rejoindre dans cette petite chambre d'hôtel et passer la moitié de la nuit ensemble. Pas toute la nuit. Jamais toute la nuit. Pas que cela déplairait à Poe qui serait bien plus que d'accord pour passer plus de temps avec le roux. Mais voilà, ce dernier le rappelle à chaque fois à l'ordre en lui rappelant leurs conditions. Rien d'autre que du sexe. Une douche, éventuellement. Rien de plus. Et cela le fait grincer des dents et le frustre que ça n'aille pas plus loin parce qu'il sent que ça peut coller. D'ailleurs, le brun peut les voir ces moments où Armitage se laisse aller, oublie de se revêtir de son armure de glace. Il peut reconnaître ce petit sourire de bien-être, sentir ses muscles se relâcher et se laisser aux massages et aux caresses innocentes. Qu'est-ce qui le bloque, alors ? L'interprète crève presque d'envie de le savoir, tout comme il veut connaître l'histoire de chacune de ses cicatrices, surtout qu'il n'a pas le droit d'effleurer, d'embrasser, de vénérer.

— Tu ne peux pas patienter un peu ? grince Hux tandis que son amant vient se glisser sous la douche, enroulant ses bras autour de lui, un main plaquée sur sa fesse.

— C'est plus intéressant d'être ici, répond-t-il avec un sourire coquin.

L'ancien soldat grogne pour la forme et ronchonne que, quitte à ne pas attendre son tour pour se laver, qu'il en profite pour prendre ses responsabilités et le nettoyer à cet instant. Cela sonne clairement comme un avec un ami. Il et Dameron ne cherche aucunement à résister à son ton autorité, ayant appris depuis longtemps à l'apprécier à sa juste valeur. C'est pour cela qu'il s'exécute dans la seconde et est bien décidé de lui offrir quelque chose en plus. Il sait que le militaire ronchonne pour la forme, mais son vis-à-vis s'en sort pour lire entre les lignes. C'est ce que le capitaine veut que Poe l'aide à nettoyer derrière tout en jouant de sa bouche devant. La salle d'eau n'est alors recouverte que de soupir et de gémissement difficilement contenue. En tout cas, l'interprète ne se prive pas de montrer à quel point il aime être dominé, de sentir ces doigts longs et fin agripper à ses cheveux et l'obliger à suivre un rythme et profond.

Bordel, voilà qu'il bande à son tour.

Il est déjà prêt pour remettre le couvert.

Il ne masque sa surprise lorsque Hux l'oblige à se reculer et à se relever, mais il se rassure bien vite en voyant son regard et son expression. Merde, pense-t-il. Il est tellement sexy. Son capitaine excité et maintenant prêt à conquérir une nouvelle fois ses terres sombres et humides, le plaquant durement contre le mur froid. La différence de température l'excite quelque peu, mais ce n'est rien comparé aux mots crus de roux qui lui fait aisément admettre qu'il n'est qu'une chienne en chaleur, qu'il aime se faire prendre par une queue de soldat. Il aimerait tellement avoir plus plus qu'une simple relation charnelle. C'est avec ce désir qu'il finit par jouir. Lui avant l'autre qui finit par venir, à le marquer sur son dos. Ils sont tous les deux à bout de soufflet le brun ne tient debout que grâce aux bras musclés de son amant. Amant qui sort de la salle dans un bain, le corps étrangement tendu. Quelque chose ne va pas et l'épuisé ne le comprend que trop tard. Il ne le réalise que lorsqu'il sort à son tour, nettoyé et seulement revêtu d'une serviette nouée autour de sa taille. Il n'y a plus personne. Il ne reste plus que ses propres affaires et son portable qu'il découvre allumé et déverrouillé.

— Merde…

Poe pâlit et comprend que le traducteur a profité de son absence pour fouiller dans son téléphone. Il voit bien les pages qui n'ont pas été fermés, mais ce n'est pas cela qui le fait vaciller et lui fait sentir une boule dans la gorge et une chape de plomb dans l'estomac. Il a froid. Armitage est tombé sur une conversation que le brun a entretenu. Il parle du roux, de ses habitudes dont il se moque gentiment. Merde. Hux a du croire qu'il se moquait de lui auprès de tous ses amis derrière son dos. Il a merdé, totalement merdé et quand l'interprète fouille dans son répertoire ouvert, il ne trouve plus son numéro de téléphone. Il tremble. Les messages, les appels reçus, envoyés ou manqués… tout a disparu. Il ne reste plus rien d'Armitage. Et Poe serre les deux, recroquevillé sur le lit de la chambre d'hôtel.

Il a tout fait foiré.

Bordel… !