Bonsoir, lecteurs,
Merci lilywen, Anemone 33, K.S pour vos mots au dernier chapitre. ^^
Bonne lecture tout le monde.
Jour 3
De l'eau. De l'eau partout comme un torrent. Des trombes d'eau, des larmes, du sang… Harry se liquéfiait dans les ténèbres de sa détention. Un jet d'eau incandescent se déversait vigoureusement contre son corps. Debout dans sa cellule, face au mur, les yeux bandés et les bras levés et bâillonnés depuis le coude à une sorte de poulie, deux mains qui n'étaient pas les siennes s'activaient entre ses cuisses pour le tremper. Habiles et reines, elles s'égaraient dans des endroits insolites pour nettoyer les relents des fluides enfantés durant sa dernière séance de torture et de viol. De la lave en fusion par-dessus toute son humiliation.
- Ecarte-toi Harry, ordonna gentiment l'homme de son assurance tranquille et à genoux derrière lui.
Harry obéit. Sans un mot, sans un refus, il écarta les jambes. Pied droit, pied gauche, légèrement maladroit, il haussa l'espace sur terre et se proposa à l'autre sans hésiter. Il était marqué, traumatisé et effrayé du supplice subi qui avait failli peu lui coûter la vie. Tout son corps se rappelait, tout son être se ranimait en une boucle sans fin sa douleur et sa sensation de mourant. Il avait encore le goût de son propre sang dans la bouche. Quand l'étranglement parvenu aux portes de la mort avait cessé à la dernière seconde et que d'une résurrection violente tout l'oxygène d'un feu épouvantable avait filtré par sa gorge. Plusieurs fois il avait recraché, salive et sang, ne sachant plus comment retrouver l'instinct qui fait que respirer est naturel à l'Homme. Une souffrance inégalable, il ne voulait pas revivre cela. Et cette voix qu'il ne pouvait voir, qu'il ne pouvait qu'écouter plus fort décuplait ses sensations, et donc sa peur. Aveugle, il ne pouvait que prédire et espérer avoir l'opportunité d'amortir.
- Merlin, tu comprends enfin quelle est ta place ici, nota la voix comme lisant dans ses pensées. Tu as raison d'avoir peur, méfie-toi de ma colère ou la prochaine fois je risque de te tuer, de nous tuer tous les deux.
Le jet d'eau s'intensifia, l'imprégnant à l'intérieur là où l'autre l'avait pénétré avec délectation horrible. Là où il savait désormais ne plus s'appartenir. Harry, pathétique, gémit.
- Tu es si sensible Harry, se félicita l'homme ravi de son effet irréprimable. C'est peut-être bien ma faute je le conçois… je te gâte trop. Mais que veux-tu, je suis faible face à toi, surtout quand j'entends ta voix se percuter délicieusement aux creux de mes mains attentionnées de te toucher. –deux doigts au milieu de l'eau et il s'engouffra intimement comme dans une caverne cachée derrière la cascade. Audacieux, il frotta doucement, crûment en cercle la zone visée par simple vice d'en puiser la réponse adéquate. Harry, soumis, geignit plus fort-. Oh oui Harry, continue ! j'aime ta voix quand elle se nuance de ton plaisir de moi.
Il s'entêta, plus entreprenant et plus profondément. Appliqué et profiteur des notes musicales émises en écho dans la pièce, il purgea tout l'intérieur. Malicieux et inventif, il se pencha, agrandit le passage entre les deux fesses et sans plus de cérémonie, il y glissa le bout de la langue. La réaction du sauveur fut immédiate. Il rua avant de tressaillir de la tête aux pieds.
- Oui… si sensible… Pitoyable !
Un coup de langue rapide et il s'enfonça jusqu'au bout, Harry se débattit, tenta de temporiser l'invasion lascive de son entre personnel mais l'autre emporté tourna le muscle de sa bouche droite, gauche pour le chatouiller. Hypersensible et réactif, il ne tint plus. Son sexe, misérable traître, durcit, il chavira. Faible sur ses jambes, il croula vers le bas. D'un coup sec, l'homme tira ses chaînes et le redressa tout en poursuivant le martyre avec sa langue. Etiré à l'extrême, Harry se laissa déborder. Réactant, son corps insoumis prit la place de sa raison qui s'opposait farouchement, révoltée, et imprima le déshonneur dans son cœur. Fragile, épuisé depuis un temps impérissable, il n'eut même pas le temps de se sentir défaillir, pas le temps de retenir l'imprévisible tension de sa masculinité qu'il jouit abondamment et de tout son soûl, giclant grossièrement et honteusement un peu partout tel un puceau qui se découvre pour la première fois. Tandis que l'autre talentueux léchait et re-léchait le trou infâme qui dans cet instant le métamorphosait en animal en rut incapable de se contrôler. Une nouvelle fois, il était dépossédé de toute humanité.
- Alala Harry… se navra la langue vicieuse en ressortant du continent de sa débauche. Un claquement aigu s'échappa d'entre ses lèvres, Harry tressauta. Il s'habituait aux diverses tonalités de cette voix issue des ténèbres et dans ce moment elle paraissait irritée-. Tu as en mis partout, regarde ! –de l'index il marina dans sa libération lubrique répandue en étoile sur le ventre du sauveur- Tous mes efforts pour faire de toi un homme propre sont anéantis par ton orgasme. Ejaculateur précoce que tu es, tu m'obliges à tout refaire.
Franc, il se remit debout, Harry le sentit le frôler de bas en haut, il trembla comme une feuille ébranlée par le vent. Entièrement nu et englué contre lui, une virilité fière et haute cogna contre l'une de ses hanches avant de glisser vers le centre. Le Griffondor effarouché valsa vers l'avant pour s'enfuir mais deux mains puissantes et cramponnées de chaque côté de son corps le paralysèrent.
- Mais tu sais, nuança la voix envoûtante à son oreille. Quand je te vois réagir ainsi, je me dis que tu aurais dû me laisser te toucher bien plus tôt, que de seulement songer à l'autoriser elle à t'approcher de loin.
Elle. Harry réagit.
- Arr…rrête, surgit-il en rejetant la tête en arrière pour le repousser. En vain, l'autre était plus fort.
- Arrêter quoi ?
Il jouait avec lui, volontairement, sa voix perfide ne transpirait que cela, Harry le percevait mais plus fou, il contesta.
- Elle… arrête…
- Elle ? ohhhhhhh, cette chose insipide et sans goût si persuadée de te convenir. C'est d'elle dont tu veux parler ? Vraiment Harry, même après avoir joui pour moi tu continues de t'inquiéter pour Ginny. Tu es misérable et elle pire misérable encore pour croire que tu prends ton pied quand tu te trouves entre ses cuisses.
L'image flasha dans l'esprit du sauveur. Lui au lit, par-dessus Ginny. Elle soumise, en train de crier son nom. Un cauchemar, il hurla.
- ARRÊTE !
Un cri. Démesuré, désespéré, Harry retrouva courage et volume le temps d'une seconde. Le temps que ce tableau un peu flou disparaisse de sa mémoire. Ginny était la seule chose au milieu des ténèbres qui lui suscitait l'envie d'hurler son refus d'obéir.
Un contraste qui énerva son bourreau.
- Tu oses me donner des ordres, siffla-t-il en le plaquant méchamment contre le mur froid et humide. Le voluptueux ton de sa voix fut remplacé par un tranchant pire qu'un couteau-. Harry tu apprends vite mais tu oublies pareillement. Je commande ici. Je suis maître de toi ici alors inutile tes mots quand d'une simple caresse je peux te soumettre à ma volonté.
Mêlant gestes et paroles, il serpenta précipitamment entre ses cuisses, il remonta, puis d'une poigne plus ferme qu'un brise-noix, il s'empara de son sexe poisseux et le banda. Banda, banda si fort que le bulbe doubla sur le champ de volume. Harry, poussif, encaissa. Les plaies de son corps même pas refermées, chaque mouvement brusque accentuait sa douleur, une simple brise ravivait son enfer. L'eau torturait son dos de partout quand de la bile suait en bouche d'un goût âcre et puant. Il était impuissant, réduit à rien d'autre que cet objet asservi, une poupée utile pour le sexe d'un homme inconnu qui affirmait le connaître si bien.
- Voilà, continue de te taire, conseilla l'homme sans modérer l'étau de sa main. Il s'insinua dans la fente avant d'essorer l'ensemble comme une serpillère-. Et laisse-moi te prouver combien tu as tort.
Un souffle, il poussa le phallus vers le bas, l'obligea contre courant à consulter le sol quand de l'autre main, il l'emmaillota d'une lanière fine. Il le barricada d'un nœud serré et ingénieux il relia le tout autour des deux aines pour qu'elle demeure dans cette exposition. Punie et assujettie.
Un souffle, il le relâcha. Un dernier souffle, il s'écarta. Harry frissonna, sa peau soudain passée de chaud à froid. Il respira, soulagé avant de se tordre de douleur. L'autre ne l'avait libéré que pour mieux l'attaquer. A l'eau s'ajouta un liquide huileux et paru savonneux. Un désinfectant pernicieux pour les multiples lésions de son corps. Les deux mains de nouveau, l'attouchèrent, le massèrent, griffant par endroits ou lustrant plus rudement là où le fil barbelé avait fait le plus de dégâts. En feu, Harry se contracta, se déhancha, les épaules guindées. Le bassin relevé haut pour essayer de modérer cette sensation de brûlure intenable, il se tortilla. Ses liens tendus au maximum, il saigna à nouveau, les poignets maltraités et ses blessures exsudant assurément leur peine.
- Oh Harry, soupira l'homme le souffle court et saccadé. Tu remues, je suis tenté. Oui tu me tentes Harry et après tu m'accuses. Tu n'es qu'une salope qui joue de son corps pour me piéger. Sois maudit !
En représailles, il lui mordit le lobe jusqu'à lui percer l'oreille avant de se perdre dans son cou où il recommença. Plus efficace, il arracha la chair et tout à la fois il mangea et but le mets Griffondor. Harry surpris, bougea de plus de force mais l'autre indifférent et puissamment planté dans sa position et sa prise de pouvoir se contenta de l'enfermer d'un bras autour de la taille tandis que d'un coup de genoux, il muselait ses jambes. Il s'excitait contre lui, avec lui. Harry, ébaudi, ne put retenir un hoquet en heurtant le sexe violeur qui venait de trouver sa place juste à la raie de ses fesses. Sur le qui-vive, il se figea.
- Oui, félicita l'homme collé contre lui et abreuvé de son sang tel un vampire repu. Sens tout l'effort que je fournis dans cet instant. Je suis dur, mouillé et déjà prêt à reconquérir cette place qui est mienne en toi mais je lutte.-il gigota derrière lui, glissa sa verge opulente de haut en bas et de bas en haut, suscitant l'intention quand il se retirait à la dernière seconde. Sa victime vulnérable s'aliéna de son indécision- Je veux être gentil avec toi Harry. Mais je veux surtout te manquer pour que tu comprennes. Cette sensation de vide que j'ai ressentie des années durant je veux que tu en fasses les frais et qu'au final tu me supplies de te reprendre. De te baiser sauvagement, éternellement. Tu aimes ça quand je te viole sans ton accord, avoue !
Harry muet, serra les dents, il se pinça les lèvres, si frustré que son corps instinctivement en accord de cet être sans nom fasse de lui cette chose condamnable et à mille lieux de lui ressembler au quotidien.
- Allez, ne te retiens pas, le poussa l'autre en le ceinturant plus fermement avant de la main droite s'infiltrer de trois doigts dans sa bouche. Harry pris au dépourvu avala de travers avant d'inspirer par le nez pour ne pas étouffer-. Fais-toi plaisir je sais que tu en meurs d'envie. Ton quotidien ne te ressemble pas Harry, ce qui est toi c'est toi maintenant alors cesse de te tourmenter et accepte tes désirs, vis tes phantasmes.
Harry était lu encore. Les yeux écarquillés–l'autre était-il Legilimens- et envahi, il tenta de l'éjecter de la langue, déjà nauséeux quand de l'autre côté, son bassin naturellement ondulait en cherchant la position idéale. Dansant, frémissant, il réclamait inconsciemment l'union maudite de leurs deux corps. La première vraie défaillance de son esprit. A force d'être traité ainsi, à force de réagir positivement à tout, il allait se donner de lui-même sans plus aucun remord ou sentiment de culpabilité.
Un instant de faiblesse éphémère mais suffisant pour satisfaire l'égo dans les ténèbres. Harry d'un cadeau empoisonné fut reçu d'un éclat de rire moqueur et la peur au ventre, il se statufia.
- Mon pauvre Harry, se gaussa la voix jubilatoire. Tu ronronnes comme un chat affamé. Ton corps réclame d'être nourri de ma bête. Mais je ne te nourrirai pas. Tu n'auras rien de moi aujourd'hui quand je te prendrai quelque chose d'autre. Tu m'as bien excité, trop excité alors d'un pion différent, tu vas jouer avec moi et me soulager.
Harry n'eut pas le temps de réaction ou d'analyse des propos que la traction de son corps un bref instant fut relaxé avant de recouvrer toute sa puissance. Aussi saucissonné qu'un porc sur le point d'être sacrifié, il présagea le pire quand il réalisa une différence. De deux bras, ce ne fut plus qu'un désormais suspendu vers le ciel noir. L'autre –le gauche- délié fut retourné puis tiré de la main sans douceur. Paume vers l'arrière, poignet entouré par la force destructrice de l'homme, il fut entrainé entre leurs deux corps.
- Non ! supplia Harry muet.
Trop tard, un sexe gros et dur et visqueux était posé entre ses doigts. Dégoûté, il voulut se retirer mais l'autre le cala en position.
- Touche-moi Harry, exigea-t-il en le guidant, s'entourant entièrement de la chaleur hésitante du sauveur qui tenait pour la toute première fois un sexe d'homme autre que le sien. Le gland déjà décalotté, il suintait sa turbulence, Harry esclave ne put que recueillir et coulisser plus amplement. Avant, arrière, les yeux toujours bandés, il saisit toute la forme et la puissance de ce qui évoluait au creux de sa main. Fiévreux, ardent, les veines saturées d'un sang corrompu palpitaient, résonnaient d'un même rythme que son pouls, une aberration.
»Branle-moi Harry, insista l'homme fou qui expirait limpide tout son plaisir. Ebranle-moi de la manière que tu fais après ces tentatives ratées d'amour avec Ginny et que tu t'adonnes dans ce genre de plaisir solitaire. Dans l'espoir insensé de trouver réconfort.
Ginny encore, Harry voulut hurler mais l'autre de ses doigts incessamment dans sa bouche, il ne put que gémir et gémir et gémir quand il salivait en abondance.
- Tu m'aspires Harry. Ahhh… En haut, en bas, je suis léché et touché. Merveilleusement touché, continue ! Plus vite, plus fort, c'est bon.
Impatient, il se balança plus vivement, creusa sa main tel un foret creusant un mur en bêton armé. Harry, indisposé, explora l'échappatoire. Inspiré, il comprima la chose, la pinça pour en être acquitté mais tout empira. L'excitation de l'autre se déversa tel un geyser. Frottements endiablés, soupir irrespirable, le sexe engorgé se dégorgea entièrement dans sa main et noyé de ce foutre encore peu enfoui entre ses cuisses, il se retint de justesse de cracher son mauvais goût en bouche. Une souillure à jamais indélébile. Harry ne bougea plus. Il attendit attentiste que l'autre en finisse mais tout l'inverse, un poids énorme lui tomba dessus et l'unique bras consolidé en soutien à la poulie, céda. Trop lourd, trop brusque, l'épaule vacilla dangereusement avant de se déboîter dans un craquement sourd atroce et lancinent que même son cri étouffé ne put atténuer.
Harry les larmes aux yeux, n'osa plus respirer. Il sentait suffisamment tout son corps en proie à un mal infinissable. Pendu comme d'un poids mort, incapable désormais de coordonner son bras dissocié du reste de son corps, il patienta simplement que l'autre qui s'était écroulé dans sa jouissance se relève ou l'achève.
Il n'eut aucun des deux, sauf un deuxième rire où suait à la fois colère et envie.
- Harry, Harry, Harry, répéta l'homme comme d'un refrain menaçant quand sa résonnance obscure dans l'esprit du sauveur faisait de lui un démon. Tu ne t'en rends pas compte mais parfois tu cries comme une fille, pas étonnant que tu te confortes dans cette attitude de soumis. Mais au milieu de tes petits cris, tu m'as mordu ! Au sang, sale petite raclure. –il arracha ses doigts de sa bouche avant de le basculer durement la tête vers l'avant- Décidément tu me pousses dans mes limites, que s'abattent sur toi les foudres de ma vengeance !
Pesant de tout son poids sur lui, il s'agita dans son dos et entre ses jambes. Harry terrifié, appréhenda une pénétration sèche et brutale mais mal prédit l'acte suivant, il fut décontenancé, pris d'un revers de médaille. Incendié de l'intérieur, l'autre, tortionnaire venait de lui enfoncer durement et profondément non pas son sexe juste assouvi mais la source de la pluie torrentielle et brûlante du début. Un énorme objet qu'il s'imagina être un tuyau en métal transfusa un déluge dans son corps. Des litres d'eau bouillante le submergèrent, son ventre tout à coup irradié et plein se tordit, se dilata, grossit avant tout à coup expulser ce qu'il ne pouvait plus contenir. Harry, malade, vomit purement et simplement toute sa peine quand dans le même temps la sensation inhabituelle et nouvelle d'être rempli si férocement engendra un plaisir inavouable dans son membre conditionné à ne jamais se redresser. La bouche ouverte en grand pour continuer de rendre, il ne fallut pas longtemps avant qu'il jouisse une deuxième fois à l'endroit même où coulait sa régurgitation. Des spasmes de partout, presque en tachycardie et lesté par l'autre qui consolidait obstinément la pression liquide entre ses fesses, Harry pria Merlin qu'il lui ôte son souffle de vie. Il n'avait plus la force de résister, ni l'envie de voir demain, tout était noir dans son cœur, tout était sale sur son corps, il voulait juste… mourir.
xoxoxoxo
Harry, en appel d'air, se réanima du néant.
Aveuglé d'une lumière vive étourdissante, il cligna plusieurs fois des yeux avant de les garder ouverts et de considérer le lieu de sa déportation. Il était dans la salle de bain de son logis, avachi sur le petit banc d'acajou destiné au change. En sueur, le cœur à cent à l'heure, la réalité de son monde oscillait d'un bout à l'autre de ses pensées, difficile était l'acceptation. Il avait peur. Peur de la mort, peur de la vie, peur de souffrir. Instinctivement, il s'accrocha l'épaule. Un pressentiment désagréable lui suggérait intérieurement que quelque chose n'allait pas mais rien de notable n'apparut. Il roula le bras, vérifia l'articulation quand un craquement sourd le stupéfixa. Immédiatement, il se remémora la fin de son cauchemar.
« Tu aimes quand je te viole sans ton accord, avoue ! »
D'un bon Harry se leva. Les deux mains sur les lèvres, il se précipita vers la cuvette des toilettes, souleva le battant puis tout en se laissant choir sur le carrelage dur et froid de la pièce, il évacua tout ce que d'une simple phrase lui moulinait tripes et boyaux. Longtemps, pendant que des images se redessinaient dans son esprit. Un tableau d'horreur rouge et noir, et brillant de quelqu'autre couleur inqualifiable et profanatrice miroitaient derrière ses yeux. Plusieurs longues minutes à dégurgiter tout son contenu gastrique et il était vidé. Il toussa, crachota avant de s'essuyer d'un revers de la main. Nouvelle vision épouvantable : du sang entachait le blanc de sa peau et l'ourlet de sa manche. Il tâta de la langue l'intérieur de sa bouche, lapa l'origine lorsqu'au milieu de sa bile il reconnut le goût inimitable du fer légèrement cuivré. La foudre du ciel lui tomba sur la tête. Totalement inconscient de ses actes, son corps faisant office d'orateur, il poussa sur ses jambes et se rua d'un pas de géant au lavabo tout en ôtant sa chemise du col sans prendre le temps de la déboutonner. Son reflet dans le miroir lui provoqua des sueurs froides. D'une oreille à l'autre au niveau de la gorge, rougissait l'emprunte linéaire d'un étranglement récent, à n'en pas douter. Terrorisé, Harry fragile porta la main à son cou pour s'effleurer avant de se retirer aussi sec. C'était douloureux, sensible et… réel ?
Mais cela ne pouvait pas être vrai. C'était un cauchemar, un cauchemar. Mais… quel cauchemar ? Il avait oublié.
Déboussolé, il ferma les yeux, se répéta l'incantation avant de retourner dans la lumière. La marque était toujours là. Démuni, il se cramponna le crâne à deux mains. Il réfléchit ce qui magiquement pouvait faire d'un rêve une réalité, ou si sa réalité pouvait n'être que la continuité de son rêve, et dans les deux cas, comment faire pour se souvenir. Aucune réponse ne se manifesta à son salut quand un rire moqueur le renvoya de ses réflexions. Affolé, il fit demi-tour. Rien. L'instant suivant, il sentit quelque chose s'écouler entre ses cuisses. Ni une, ni deux, il se déshabilla, entièrement. Baissé pour se regarder, Harry mua complètement fou. De l'eau pure, transparente, s'échappait du centre de son séant. Une hallucination. Il ne chercha pas à vérifier, ni à toucher, il se jeta comme d'un besoin vital sous sa douche. Sale, il était sale dans sa tête, sale dans son corps, il ne comprenait rien, il avait peur, il peinait à trouver un rythme régulier pour respirer, tout se mélangeait dans son cerveau.
- Harry ?
Une voix à travers la porte, Harry tressauta. Merlin, c'était Ginny. Il avait dû la réveiller. Il regarda vivement sa montre : 3h passée de dix minutes. Sûr qu'il avait dû la réveiller.
- Harry, que se passe-t-il, j'ai entendu du bruit.
- Laisse-moi ! répliqua-t-il importuné et dérangé quand il n'inspirait qu'à la solitude. Retourne te coucher. - la porte verrouillée vibra, la poignée tournée, retournée- Ginny, s'il te plaît, va-t-en !
Elle s'en alla, au grand soulagement du sauveur qui se re-concentra tout de suite et uniquement à son savon. Toutes ses pensées butaient, incompréhensibles, inexplicables. Il ne parvenait pas à retracer en détails son mauvais rêve mais certaines sensations suintaient d'une odeur putride à travers lui. Alors il frotta, frotta plus fort, partout, se récurant l'extérieur dans l'espoir d'éponger l'intérieur et au final, y voir plus clair. Malheureusement, il termina plus bas que terre. A aucun moment il ne repéra son sexe braqué haut qui réclamait des attentions. Et en une fraction de seconde il était à genoux dans la cuve à se retenir des deux mains. Pas le temps de riposte, jaillit dans le drain l'entière luxure de son corps. A bout de souffle, douché en rafale d'une eau au goût étrangement amer, Harry essaya de se dépêtrer de son esprit embroussaillé. Créant du noir partout autour de lui. Un quart d'heure plus tard, il sortait de la salle, vêtu de son pyjama –le col fermement cadenassé pour ne plus rien voir de ce qui ne pouvait pas exister-.
- Harry ?
Encore Ginny. Tandis qu'il s'allongeait à ses côtés, elle tourna dans sa direction, inquiète. Invoquant son corps, elle étira le bras dans l'espoir d'être entendue physiquement, mais…
- Non !
Machinal, rétif, Harry se déroba, la giflant du plat de la main sur la sienne. Violentée, Ginny se figea avant de se recroqueviller de quelques centimètres telle une enfant rendue coupable d'une faute injustifiée.
« Bah alors Harry, qu'est-ce que tu attends ?! Prends-la ! ici et maintenant et remplis-la de ton vide quand tu n'aspires désormais qu'à me sentir profondément en toi. Non ? tu es pitoyable ! »
Hanté par un fantôme sans visage, Harry réalisa l'étendue de son geste brutal avec un train de retard. Repenti et sincère, il s'excusa.
- Oh Ginny, pardon, je ne voulais pas. -il essaya de la caresser, réconfortant, mais il s'arrêta à la moitié du chemin, son corps incapable d'aller plus loin- Je… je suis fatigué, enchaina-t-il hésitant et maladroit. Dormons tu veux bien, tout ira mieux demain.
- Harry, où va-t-on ?
Ginny, de dos et enterrée sous la couette, n'avait pas l'envie de dormir. Anéantie, elle convoitait des réponses et une promesse d'avenir pour demain quand dans l'instant, elle n'entrevoyait que du noir.
»Tu ne me laisses même plus te toucher, exsuda-t-elle chagrinée, la gorge serrée. Qu'est-ce que l'on devient Harry, qu'est-ce que je deviens ?
- Ginny, s'il te plaît, plaida celui-ci pour sa défense. Ne recommence pas, nous en avons déjà discuté, tu connais ma position.
- Mais je suis seule… je ne le supporte plus.
Harry soupira. Elle récidivait, elle le fatiguait. Merlin, mais pourquoi Morphée ne l'avait-elle pas gardée de plus de ferveur quand lui-même ne souhaitait que s'endormir pour tout oublier.
- Embrasse-moi !
- Co-comment ? s'étrangla Harry ahuri.
Sans répéter, Ginny bougea, roula, envahit l'espace de son mari avec l'intrépidité de son adolescence perdue et lui grimpa dessus. Souveraine, elle colla ses lèvres aux siennes pendant que malicieuse elle s'empara de sa main pour la déposer sur son sein gauche.
- Embrasse-moi Harry. –câline, séductrice, elle s'agita- Touche-moi Harry j'en ai besoin, tu me manques. Si tu savais comme tu me manques. Avide, elle l'embrassa encore et se tripota d'elle-même. Entreprenante, elle se titilla des doigts de son époux le téton pointé et quémandeur d'autres plaisirs.
Harry choqué, ne bougea pas, n'objecta pas. Transformé en statue de sel il ne savait pas quoi faire de sa femme quand dans le noir le plus noir la voix étrangère s'interposa.
« Te revoilà entre ses cuisses, elle mouille pour toi Harry. Sens comme elle pue comme une pute en chaleur quand tu n'as qu'une envie me goûter moi et que moi. Pathétique, vous êtes tous les deux pathétiques, tu ne bandes même pas. »
- Allez Harry, ouvre la bouche, supplia Ginny impatiente en ondulant comme une chatte contre lui.
« C'est cela Harry, ouvre la bouche… »
Un contrecoup violent, une image au passé, Harry se réveilla. Réactif excessif et contestataire, il reprit sa main, ferma la bouche et sèchement repoussa sa femme à bout de bras pour l'éjecter loin, très loin de son périmètre. Ginny légère et déséquilibrée retomba durement dans son coin, à un cheveu de chuter par terre.
- Qu'est-ce que…
- Chut, tais-toi je ne veux plus t'entendre, imputa-t-il révolté et à bout. Je suis épuisé, énervé, comme toi je n'en peux plus maintenant. Ne m'attends pas, je descends travailler. Bonne nuit.
Sans un regard, sans hésiter, il s'arracha du lit conjugal. La mort aux trousses, il le contourna, s'en éloigna, puis sans l'once d'un remord il quitta la chambre dans laquelle il se sentait étouffé. Délivré, il s'élança dans le couloir, respirant d'un grand bol d'air quand la porte innocente de ses enfants s'offrit en cadeau bienvenu sur sa route tortueuse. Lessivé, il s'y réfugia, s'y enferma avant de tout son poids s'asseoir dans le fauteuil disposé entre les deux berceaux. Tranquille, réchauffé, bercé par la respiration régulière et innocente des deux anges de sa vie, il ferma les yeux et finalement –tandis que dehors un vent plus fort ondoyait au milieu des arbres verts-, il s'endormit.
xoxoxoxo
15h00.
Il faisait une chaleur à se coller la langue à un glaçon. D'une lourdeur moite à transpirer la maladie. Fièvres, maux de tête, le ciel, assombri et morne écumait un air insoutenable suffoquant, intoxicant. Dans la salle de rédaction du Little J News, on surnageait, on pagayait en eaux profondes tels des Robinson Crusoé pour se maintenir à flot et mener le bateau à bon port. L'éclairage, habituellement naturel via les grandes baies vitrées s'était sinistrement converti en une lumière artificielle juste assez performante pour s'abimer les yeux et s'épargner l'obscurité totale. Toutefois, avec ou sans grand jour, enluminé de lanternes, de bougies ou de torches, la barre gardait son cap et à l'unisson on faisait front.
L'état d'alerte était tombé.
Dès l'aube, sur toutes les ondes radios, les écrans télévisés et les haut-parleurs de chaque district de Londres, l'avertissement avait crié d'un flash spécial et important l'information capitale. La météo, après observation et coloriant tout de rouge la carte du pays avait prédit pour les prochaines quarante-huit heures des rafales de vent pouvant dépasser les 130km/h. Dans toutes les directions, prêtes à refouler les marées en bord de mer, susceptibles d'emporter tous les territoires fortifiés des villes. Une tempête se profilait à l'horizon quand bien même aucune goutte de pluie n'apparaissait couler du ciel. Juste du vent, issu du nord et parcouru d'un courant chaud remonté de l'équateur par le grand bleu de l'Atlantique Sud.
Des mesures simples et concises avaient émulsionné la capitale, exécutées consciencieusement par tous les habitants. Le passé était emprunt dans les mémoires, se méfier des forces providentielles et destructrices de Mère Nature était sage et préférable. Personne n'oubliait que vivre sur une île entourée de rien d'autre que de l'eau laissait sans protection en cas de révolte de la Terre. En conséquence, les prérogatives modifiées, l'emploi du temps modulé, on avait raisonné avant d'agir. Annulés, les rendez-vous bénins, ajournés, les déplacements mineurs, la journée quotidienne s'était reconstruite avec discernement. Les enfants, prostrés chez eux selon l'ordre commun national, voisins, amis, proches, parents, tout le monde avait répondu à l'appel de son nom. Volontaires de cœur ou réquisitionnés par leur conscience. Pour tous les autres, ambitieux, têtes brûlées, indifférents ou bourreaux de travail,-tout un pays ne pouvait pas s'arrêter de tourner, cesser de vivre sous prétexte du mauvais temps- on avait préconisé la prudence.
Un conseil avisé qu'au journal on avait reçu cinq sur cinq. Sitôt réunis, tous les membres de l'équipe sous la direction de leur chef avaient fermé volets et fenêtres à double tour, baissé les stores intérieurs de toutes les pièces, cloisonné ce qui pouvait l'être et verrouillé toute l'enceinte de travail. Repliés dans un espace sécurisé à demi-clos et tamisé, le vent le plus fort pouvait rugir, toutes les vitres resteraient intactes. C'est dans ce climat particulier que les lampes des bureaux avaient doucement remplacé le soleil invisible depuis des jours. C'était comme travailler dans un bunker où l'oxygène avait du mal à se purifier. Stagné au même endroit, respiré plusieurs fois, alourdi chaque seconde, c'était s'empoisonner imperceptiblement, survivre en quelque sorte. Pourtant l'ambiance générale vivait d'un vent tranquille depuis le matin. Une contradiction singulière qui rendait ce décor fascinant et attrayant pour l'observateur tapi en secret. Être prisonnier entre quatre murs ne semblait pas abattre la bonne humeur ou la motivation relevée sur les lieux. Tous travaillaient d'arrache-pied, plus enfiévrés que jamais et le sourire largement crayonné sur les lèvres. En fait, ils se sentaient soulagés et revigorés d'une force printanière. La raison ? Simple. Le nouveau stagiaire. L'aide apportée par sa titularisation gracieuse la veille avait prodigieusement recouvert la toile d'une peinture fraîche et enivrante, facilitant l'organisation et la répartition des taches quand la vitesse d'opération était doublée. Certes, le jeune homme n'y connaissait rien au métier de journaliste, mais pour le tri, les fouilles poussées du net, les photocopies multiples et les achats d'urgence… il était à la hauteur de ses qualifications de base. C'est-à-dire sans formation mais indispensable.
- Harry…
Un écho lointain chanta dans l'âme du sauveur. Perdu dans ses pensées, il n'écouta pas.
- Harry ! –l'écho redoubla, têtu, accrocheur, mêlé d'une certaine ironie implacable- Ohé Harry Potter, la terre appelle la lune, est-ce que vous me recevez ?
Une petite tape à l'épaule, un autre appel persistant et Harry les yeux grands ouverts fut catapulté du monde imaginaire au présent réalité.
- Bah alors Harry, analysa Peter choriste soprano à son oreille. Tu rêves ?
- Qu… quoi ?
Brumeux, amorphe, Harry la bouche empâtée, incapable d'articuler le débit catastrophique de ses mots mélangés flotta d'une hésitation. Il élucida l'épée dans la bataille, son aire d'atterrissage avant de se remettre plus confiant. Il était debout, immobile devant l'établi de la petite pièce juxtaposée au fond à gauche de tous les bureaux. Une salle de pause visible de partout de part ses parois de verre transparent. Réveillé, il bougea lorsque deux bras appareillés dans son champ de vision le bousculèrent.
- Attention ! s'écria Peter à sa rescousse. Vif et attentif, il récupéra la cafetière que dans son coma Harry avait laissé peser périlleusement entre ses doigts tandis qu'il se servait.
- Aïe !
Trop tard, des gouttes archi brûlantes l'éclaboussèrent.
- Bon sang Harry fais gaffe. -irrité, l'homme normalement facétieux apponta l'objet volcanique d'une main quand de l'autre il subtilisa dans l'un des placards du bas un rouleau dont il balança quelques feuilles au devant du sauveur- Je sais bien que tu es fatigué mais ne te déconnecte pas du monde avec du feu entre les mains, c'est dangereux.
Penaud, Harry, du sopalin sur les doigts pour compresser sa brûlure et faire rôle de pansement, épia aveuglément l'accusateur sécher son débordement insouciant. Un autre placard ouvert et tout le papier absorbant noirci par sa bêtise fut jeté dans la poubelle. Un coup de lavette, puis de torchon et le plan de travail était nickel.
- Tiens. Apparemment tu en as sacrément besoin… Tu vas bien ?
- Je… vais bien, enfin je crois, accorda Harry sans certitude tout en s'emparant de sa tasse étanchée et pleine. Il lécha quelques gorgées de son café mais démoralisé il reposa le récipient et soupira-. Je… j'ai mal dormi… la nuit dernière… juste un moment d'égarement anodin, ça va passer.
- Ton reflet évoque pourtant le chaos d'avant une nuit sans lune, contraria Peter accalmi et démuni de son sourire joyeux. Nonchalant, il fouilla dans un tiroir pour y cueillir plusieurs paquets. Il en sortit un au hasard, le retourna dans tous les sens quand satisfait il l'ouvrit à l'aide de ses dents.
»Tu sembles trainer à tes pieds toute la douleur du monde… –s'interrompant, il recracha le plastique qu'il venait d'arracher-. D'une peine qui n'a rien à voir avec l'éprouvance de ton boulot, je suis catégorique. Le boulot tu aimes ça, quémandeur et farouche… alors de mon esprit filou j'en déduis que c'est dans l'intimité que tu te ronges irraisonnablement. Un souci à la maison Harry, les enfants ?
- Je… babilla Harry proche de rompre tel le chêne déraciné et mort dans la Fable De La Fontaine. Il ne voulait pas ramener ses problèmes au boulot. Mélanger vie privée et vie professionnelle le mécontentait énormément, mais sa voix de son seul juge, surpassa ses désirs et d'un aveu libérateur il débita.
»Ginny. –murmure à peine audible- Je me suis disputé avec Ginny en plein milieu de la nuit.
Impassible, Peter le regarda en biais, la bouche occupée à grignoter quelques gâteaux enfin déballés et achetés avec la cagnotte commune de l'entreprise. C'étaient ceux au citron confit, ses préférés. Il laissa planer quelques secondes de silence, psychologue, quand devinant le moment opportun il parlementa.
- Les disputes... expliqua-t-il en haussant les épaules du genre de celui qui connait le sujet par cœur. Il grignota encore- Ce sont les aléas d'une vie de couple, une plaie, une cicatrice qui se referme très rapidement dans la majorité des cas. Je suis persuadé qu'il n'y paraîtra plus ce soir, ne t'en fais pas.
- Que Merlin t'entende Peter, que Merlin t'écoute... pour ma part il m'a abandonné.
- Mais voyons Harry, rehaussa l'homme redoré de son sarcasme. Merlin est ma muse depuis que je te connais alors ma victoire est signée d'avance. –il souriait, la joue déformée par un gros morceau de biscuit à moitié mâché. Harry par-dessus ses lunettes lui rendit son sourire, amusé par ce moldu indifférent de ses prières parfois bizarres et de son innocence d'enfant qui refuse résolument de grandir-
»Même si dans ton cas, je suis surpris que tu aies tenu si longtemps. -les sourcils froncés, interpellé, Harry le dévisagea- Sérieusement avec deux bambins à la maison, cela ne doit pas être aisé tous les jours. Rime difficile, adaptation conflictuelle, toi et Ginny vous devez manquer de recul dans votre vie quand celle-ci est calquée sur les battements de cœur de vos garçons. Je me souviens qu'avec Alice c'était la panique avec Angie. J'étais complètement paumé et esseulé aux premiers mois. Allez-retours, nuits blanches, nuits-jours, il m'a fallu du temps et un sacré contrôle pour comprendre que le débat était perdu d'avance. Alors toi qui as doublé ton compte, je suis admiratif et sacrément compatissant. Les femmes sitôt déclarées mères, deviennent des intouchables, frigides. Notre statut d'homme est blessé, on est mis de côté, légèrement oublié, mais petit à petit tout redevient naturel et l'amour au foyer est multiplié. Tu verras Harry, la patience renforcera vos liens quand vous ressortirez plus forts.
- Plus forts, intouchables ? se répéta mentalement Harry évaporé et pas du tout convaincu. Si seulement Ginny désirait l'être. Tu as tort Peter, c'est tout l'inverse. C'est moi tout seul qui refuse de l'approcher. Je l'ai rejetée. Quant à m'adapter, j'ai dépassé l'envie de m'y risquer il y a longtemps. Merlin ne m'entend pas, Griffondor ne m'écoute plus, je suis perdu.
Nouvelle rupture dans le monde chaotique du sauveur. La porte derrière lui s'ouvrit et incommodé, il se mordit la langue en jurant à tout va contre ces importuns dérangeurs de sa sérénité. Qui donc encore allait oser lui prodiguer des conseils vaseux quand il n'aspectait rien du tout si ce n'était se remettre à l'ouvrage d'un travail dans lequel il aimait en effet s'éparpiller à l'infini.
- Bah alors, vous buvez sans moi. Vous pourriez m'inviter, duos d'égoïstes sans cœur !
Harry vira 180°. John à demi-sourire et d'un clin d'œil réservé qu'à lui et sa tasse vide entre les mains apparut dans son dos avant de l'étreindre de son étreinte d'ours d'un bras autour du cou. Mêlé à lui, l'homme géant les scruta, les yeux plissés, en mode espion germé au milieu d'un champ de mines où apparemment il n'était pas convié. Faussement vexé, le ton espiègle, il s'exclama quand Harry extraordinairement se sentit soulagé.
- Et en plus vous discutez rien qu'entre vous quand je m'échine tout seul à avancer le plus dur de nos articles en retard. Ingrats, vous ne me méritez pas.
Il resserra son bras autour d'Harry, collé à lui en bon copain qui s'amuse à le taquiner pour le sortir de sa torpeur par des gestes parce qu'il sait qu'inconsciemment les mots sont voués à l'échec. Harry, enhardi –il avait chaud, partout chaud- le remercia de ses lèvres tordues avant de lui voler des mains sa tasse pour lui remplir humblement jusqu'à ras bord et d'y ajouter deux morceaux de sucre.
- Mon pauvre John, s'interféra Peter de son ton condescendant et mielleux en croisant les bras. Tu te sens seul alors tu défiles dans notre périmètre tel un enfant envieux d'attirer l'attention. Malheureusement pour toi, tu es inutile à cette conversation. Famille, telle était notre première page. Tu sais la famille, ce mot qui te fait horreur dès qu'un enfant du square a le malheur de venir taper son ballon à un mètre de ta position ou pire vient trébucher au milieu de tes grandes jambes.
- Faux, nia instantanément John en se penchant en avant pour le confronter. Sa tasse récupérée tangua entre ses doigts. Harry toujours, était emprisonné. Sans bouger, il se contenta de respirer, de boire son odeur et son parfum dilué par un goût incomparable de tabac.
»J'aime les enfants, tous les enfants, à l'exceptés des mal-élevés. Ceux-là ils m'insupportent avec raison. Les enfants d'Harry d'un bon exemple, je les adore. Ils donnent l'envie d'envie. Mon petit cœur s'émoustille à chacune de nos rencontres surprenantes. Attendri, je me retiens de les manger tout cru tellement ils sont appétissants. –comploteur, il s'arrêta, goûta son breuvage avant de conclure plus dédaigneux- Pas comme certains autres…
- Ola précision je réclame. Le sujet est les enfants ou tu distilles les éléments de ton prochain repas, je suis perplexe. Tu portes à confusion Monseigneur d'Ogre. Et qu'est-ce que tu insinues exactement avec ton « pas comme certains autres ». Tu n'oserais tout de même pas mépriser ma petite Angie ? mon petit ange d'amour rien qu'à moi.
Le visage du plus grand se coloria d'un sourire insolent.
- Libre à toi de spéculer ce qui t'arrange mon précieux petit emmerdeur. Mais si cela peut te rassurer sache que j'aime beaucoup Alice, c'est une femme respectable et si courageuse, je pourrais facilement en tomber amoureux. Sa main se comprima nerveusement sur l'épaule d'Harry et celui-ci l'observa silencieux.
- Ah non, se rebella le mari jaloux et possessif. Interdiction de baver sur ma femme. Alice est ma promise, mon entière moitié, mon tout, alors bas les pâtes Monsieur du célibat. Va moissonner ailleurs. De toute façon, Alice n'aime et n'aimera jamais que moi, je suis unique.
- Enfin une parole sensée, que le ciel soit loué ! –John congratula les dieux de sa main libre- En effet tu es unique Peter. Inimitable. Harry et moi-même en convenons d'une même voix. Là-dessus si tu veux bien nous excuser, nous avons à faire. Harry, s'adressa-t-il en l'entrainant lentement dans l'autre direction. Son souffle frôla sa joue, Harry rougit en se laissant guider.- Il faut que je te montre où j'en suis. Mais avant tu ne voudrais pas retirer ce gros pull à col roulé dont tu t'es pourvu avec folie. Je sue rien qu'à te visionner. Tu n'as pas chaud ?
- Chaud ? répéta Harry bêtement. Bien sûr que si. Affreusement chaud, terriblement chaud, surtout avec toi qui continûment m'enlace sans la moindre gêne. Non, je n'ai pas chaud, merci, j'ai presque froid.
« Sale petit menteur. Tu te caresses contre lui, avec lui, tu adores qu'il te touche… Profite Harry, exulte ces moments exceptionnels car bientôt je me ferai l'honneur de t'en priver. Définitivement »
Harry se figea, net, halluciné. John l'imita, indissociables ils étaient dans ce moment.
- Harry ?
- Je viens de me souvenir, prit l'avantage le sauveur, pressé de délocaliser l'intention très loin de sa personne. Sa voix enrouée devait le trahir mais tant pis, il continua. Les archives, je dois m'y rendre pour prendre quelques dossiers notables sur le sujet qui me tourmente depuis des mois.
Doucement, il s'écarta, indésireux d'éveiller les soupçons quand l'homme de son accent allemand l'empêcha de reculer d'une main entourée dominatrice par-dessus la sienne.
- Au fait Harry, tu n'aurais pas vu mon stagiaire ? Je m'en suis servi toute la matinée, je voulais l'utiliser jusqu'à ce soir mais il a disparu durant mon déjeuner.
John détournait volontairement la discussion pour le retenir, il devinait que quelque chose n'allait pas avec Harry maintenant, et il n'aimait pas cela.
- Tu sais, il a un nom. Il s'appelle Blake.
- Oui, oui Peter, que m'importe… Harry ?
Il n'était concentré que sur lui.
- Euh… non, répondit maladroitement le sorcier, le visage cloué au sol. La proximité incessante de John lui procurait malaise et bouffées de chaleur.
- Moi non plus je ne l'ai pas vu au cas tu serais concerné par mon avis. Toutefois, si tes manières d'homme de Neandertal se sont figurées comme son miroir durant des heures, je suppose qu'il est planqué dans un coin refoulé minuscule et inaccessible, histoire de te semer.
- Ah Peter… Peter, Peter, Peter… si seulement je pouvais te semer toi.
- Ah mais j'y pense ! se réveilla le nommé plusieurs fois, rappelé à son sujet de départ et ignorant la pique majestueusement lancée par son ami inabordable. Harry, tu serais dispo après-demain pour une visite importune où-tu-sais ? je pense te trouver du temps en fin d'après-midi.
Harry se retourna, fixant de son regard étourdi celui bleu et plein de malice du plus intrépide de la troupe. Il réfléchit, sorti de sa léthargie, quand tourbillonnant son emploi du temps dans tous les sens il consentit.
- C'est parfait !
- Ok, donc je te note en rouge dans mon carnet. Je suis persuadé qu'on va bien s'amuser.
Un clin d'œil effronté et il se lécha les babines. Aventurier, il s'imaginait déjà refouiller ce lieu tout à fait interdit. Il chérissait en chérubin chenapan, outrepasser les interdits. Un privilège à son métier, il n'en changerait pour rien au monde. Harry, témoin direct de l'ébullition mentale de l'homme, se contenta de rire, égayé. L'instant d'après, John le relâchait avant de lui ébouriffer les cheveux et de le décoiffer pire qu'il ne l'était continuellement.
- Dîtes donc John, remarqua Peter qui ne manquait pas une occasion de relancer les dés de leurs duels à deux. Tu favorises Harry à mon plus grand détriment, je suis jaloux. –il feint une moue boudeuse- Fais-moi un câlin, je me sens seul.
- Peter, tu me fatigues et vas-tu cesser tes sous-entendus graveleux, tu m'énerves.
- Et moi je t'aime, embrasse-moi !
- Peter, lâche-moi.
- Hey, mais ne sois pas aussi radical. Tu as quasiment emballé Harry tout à l'heure. Je suis froissé, blessé, j'exige réparation. Tout de suite.
Pris son élan, il se jeta au cou de John, faignant de lui dévorer de la bouche la joue quand l'autre se débattait comme d'un homme en proie à un animal sauvage proche de le tuer.
Harry pouffa dans leurs dos, diverti et le cœur léger. Tandis qu'il s'éloignait, les délaissait à leur énième dispute sans conséquence. Décidément, il les bénissait tous les deux. Ils avaient l'art et la manière inconsciemment de lui gommer toutes ses idées noires de la tête pour le peindre de tout un tas de couleurs vives et chatoyantes. Son calmant au quotidien.
Quitté la salle de rédaction, le visage encore en feu du contact du géant, Harry se dirigea au fond du couloir gauche. L'étage du bâtiment qu'ils occupaient entièrement pour le journal était en fait deux bâtiments mitoyens. Revendu dans les années soixante à divers entrepreneurs comme un ensemble unique, aucun travaux de réelle envergure n'avait remanié les plans. Le mur séparant de base les deux lieux existait invariablement au-delà du troisième étage. Si bien que dans leur cas, propriétaires du dernier, il leur fallait redescendre via l'élévateur de service avant de longer un autre couloir pour reprendre un ascenseur semblable et remonter. Seulement là, ils avaient accès à certaines de leurs salles, dont celle des archives.
Harry conséquemment, descendit, marcha, s'éleva… dans un silence pesant, assourdissant, à la limite du supportable. Tout était sombre de ce côté-ci du mur. Les néons scintillaient comme une éternelle menace d'explosion ou de mort définitive. Le vent, levé comme annoncé, fouettait les battants des volets, soufflant d'un cri strident dans les interstices mal colmatés. Harry, oppressé, accéléra le pas. La porté ciblée était moitié ouverte, il n'y prêta pas attention. C'était souvent qu'on oubliait de la refermer tellement personne n'aurait eu dans l'idée d'aller voler de vieux documents poussiéreux majoritairement désordonnés et dont l'unique valeur était la mémoire d'un modeste journal. Il entra donc naturellement, l'esprit objectivé du classeur jaune où il avait regroupé lui-même le mois dernier toutes les données sur la fameuse centrale. Sans se méfier et calfeutré par la moquette datée d'époque, il s'avança dans les rangées interminables quand du bruit anormal provenant du centre de la pièce le bloqua sur place. Interloqué, il tendit l'oreille, tourna la tête dans l'espoir de découvrir entre deux cartons espacés quoi ou qui était l'auteur de cette nuisance. Sa curiosité le renversa. Comme d'une longue-vue dirigée plein centre sur la scène, Harry stupéfait, témoigna non pas un quoi ou qui mais deux acteurs irrévocablement appliqués dans leur rôle d'instant présent. L'œil viré et immédiatement choqué, il discerna, assis négligemment sur le vieux bureau servant de débarras et où luisait via une lampe de chevet usagé un trait de lumière discret, un homme. Brun, jeune, plutôt grand, c'était Blake Stephen, le stagiaire recherché par John. Le cœur d'Harry fit un bond percutant dans sa poitrine. L'expression extatique du garçon était criante de vérité et d'aveux. Les deux mains cramponnées au bord du meuble pour se retenir, il tentait de se contenir quand une tête blonde qui ne dépassait pas la hauteur de ses hanches fourrageait entre ses cuisses. Gémissements, succions saccadées, déhanchés, Harry solutionna que Blake, comme dans les toilettes du restaurant jouait une scène porno et qu'une nouvelle fois il en était témoin. Visuellement.
- Bordel ! éructa Blake à bout de souffle en griffant le bois, échauffé. Sans aucun doute, tu aimes ma queue dans ta bouche. Ta langue m'enroule délicieusement, c'est bon, continue. Même si je ne t'envisageais pas si pervers, je suis comblé, bravo !
Harry les yeux arrondis, ne se détacha jamais de cette tête blonde reconnaissable à genoux devant Blake et qui dansait silencieusement et vivement de haut en bas, de bas en haut. Indiscutablement elle s'occupait de faire cette chose éhontée que tout mâle normalement constitué adore se voir offrir généreusement dans l'intimité quand beaucoup rougissent de se l'avouer. Une fellation en bon et dû forme. Et à en croire le visage presque douloureux et plaintif de Blake, la personne était fichtrement douée. Harry sursauta, quand tout son corps tremblait de ce tableau. L'une de ses mains instinctivement se pressa sous sa ceinture, il se palpa, se caressa, saliva. Un dernier cri, une dernière poussée et soulagé le regard entièrement noir se rouvrit pour se poser inconsciemment en face. Harry, affolé, heurté, recula en catastrophe. C'était trop tard, Blake l'avait vu, et le sourire dans l'instant affiché et envahi de cette impertinence qui le mettait mal à l'aise, ne transparut que fierté arrogante et frivolité plaisante. Supérieur, Blake attrapa la tête blonde par les cheveux et la maintint en situation soumise.
Harry, malhabile, engourdi et impatient de fuir ce regard de cendres, achoppa un carton qui tomba d'un bruit sourd sur le sol. Pas le temps de contrôler s'il était pris encore, il s'évada aussi vite que possible de la pièce avant de se précipiter dans l'ascenseur où il pria Merlin être enfermé rapidement avant qu'on le rattrape et qu'il se ressente pire embarrassé qu'il ne l'était déjà. Pendant qu'il remontait, le cœur bousculé, le souffle court, il reconnut néanmoins que les dieux magiciens avaient de drôles de façons de le tourner ridicule ou de se gausser de son état dépressif. Pion déplacé à souhait, il apprenait dans une démonstration licencieuse la sexualité cachée de l'un des plus timides membres de l'équipe. Par Griffondor, qui aurait cru que le tout jeune Davis Hill, réservé, hésitant et effarouchable à la moindre occasion était gay et de surcroît aussi à l'aise la bouche pleine. Une révélation quelque peu bouleversante pour Harry qui s'excusa intérieurement et plusieurs fois de l'avoir un jour comparé à son très vieil ami Neville. L'expression moldue se vérifiait: ne pas juger d'un livre à sa couverture sous peine d'en louper tout son contenu.
La couverture d'Harry s'effritait dans cet instant. Sa reliure perdait de son éclat, le cuir terne et rugueux au toucher. Lus et relus, les chapitres de sa vie tournoyaient sur un axe récemment instable. Capricieux. Son histoire forgée de certitudes dégringolait négativement et peu à peu il remettait en question toute la fin prévue pour son avenir.
Tic tac, tic tac, plus que quatre jours avant l'apocalypse.
