_Chapitre 4_

Pas un mot n'avait été prononcé durant le trajet, et je ne savais pas vraiment quoi penser de ce baiser. Je devais arrêter de me mentir, je voulais terriblement être avec lui. Il avait fait naître des choses en moi que je ne soupçonnais même pas. Il avait su me sortir de mon petit monde, m'ouvrir les yeux. Mais qu'en était-il de lui ? Était-ce juste par gratitude ? S'était-il senti obligé de m'offrir quelque chose en retour ? Certainement. Et lorsque nous arrivâmes à mon appartement, toutes mes questions restaient sans réponses.

- Si tu veux, tu peux prendre une douche, ou regarder la télé, ou faire ce que tu veux. C'est également chez toi ici maintenant. Déclarais-je visiblement mal à l'aise

- Je voudrais juste dormir pour le moment. Je suis fatigué. Et j'ai besoin de mettre de l'ordre dans mes idées.

J'acquiesçais. Moi aussi, j'avais grandement besoin d'y voir plus clair.

- Prend mon lit pour cette nuit, je dormirais sur le canapé. Et on t'aménagera une chambre demain à la place du bureau.

- Quoi ? Non ! Je prends le canapé !

- Blaine ! Tu dors dehors depuis des jours, sur des palettes de bois, je ne donne pas cher de l'état de ta colonne vertébrale alors s'il te plait, n'aggrave pas les choses.

Il leva les mains au ciel en signe de résignation et je le conduisis à ma chambre. Il retira son jean et se lova dans les couvertures.

- Les draps ont ton odeur.

Dieu, comme cette remarque semblait naturelle.

- Bonne nuit Blaine. Fais de beaux rêves.

Je m'apprêtais à quitter à regret ma chambre et l'incroyable vue d'un Blaine en sécurité, lorsque sa main encercla mon poignet.

- Dors avec moi.

Sa voix était fébrile, craintive. Et il était mignon, adorable, je ne pouvais qu'accepter. La perceptive de me glisser à ses côtés fit accélérer mon rythme cardiaque. Je fis un tour par la salle de bain et le rejoignit dans mon lit, silencieusement.

Dans le noir, nous gardâmes tout d'abord une distance de sécurité. Puis, je le sentis se rapprocher de moi et m'encercler de ses bras. Je sursautais légèrement. Sa prise se referma et ses lèvres effleurèrent mon cou. Je sursautais et me retournais vers lui.

- Qu'est ce que tu fais Blaine ? Je ne comprends pas.

- Tu n'aimes pas ? chuchotât-il son haleine heurtant mes lèvres

- Si… Bien sûr que si. Mais tu ne peux pas faire ça. Tu sais ce que je suis, tu sais ce que je ressens à ton égard. Alors je t'en pris, ne joue pas avec moi. Je ne supporterais pas que tu sois tendre, que tu me fasses miroiter une quelconque romance, pour ensuite te voir embrasser une fille sur le palier.

Blaine se redressa violemment et alluma la lumière qui m'aveugla quelques secondes. Il me fixa, les sourcils froncés.

- Je suis tout ce qu'il y a de plus gay au monde, Kurt.

Mon cœur loupa un battement et ma gorge se rétréci. Je lâchais un petit « Quoi ? » à peine audible.

- Je pensais que tu l'avais compris. Je n'aurais pas fait tout ça, si te ne m'avais pas attiré.

Il éteignit la lumière alors que je réfléchissais à toute vitesse. Mais pourquoi m'avait-il fait subir tout ça si lui-même était gay ? Je ne comprenais rien. Il revint se blottir contre moi. Sa main caressait ma hanche. Je frissonnais.

- Blaine ? C'était toi les bonbons durant le collège ?

- Tu en as mis du temps pour comprendre Honey.

Mon regard papillonna sur son visage que je trouvais parfait. Et il s'arrêta sur ses lèvres qui m'avaient embrassé précédemment. Celles-ci s'étirèrent en ce sourire en coin que j'aimais tant.

- Tu attends quoi au juste ?

- Pour quoi ?

- Pour m'embrasser.

Je ne me fis pas prier et à nouveau nous nous liâmes. Les questions attendraient. J'étais épuisé.

J'étais heureux aussi, parce qu'il me semblait, qu'enfin après tant de temps, nous formions un couple.

La nuit fut calme et paisible. Réparatrice. Je me levais et jetais un coup d'œil à mon réveil. Il était midi. Encore dans les méandres du sommeil je me dirigeais vers la salle de bain. Et l'idée que celle-ci soit occupée ne m'effleura même pas l'esprit. Pourtant ce fut le cas. Alors que j'ouvris la porte je tombais nez à nez avec les reflets de Blaine, nu sous une –toute- petite serviette blanche. Je lui servis un sourire séducteur pour cacher ma gêne alors qu'un de ses sourcils se haussait de me voir si effronté. Je me régalais à la vue de celui qui était mien, je laissais glisser mon regard sur son corps lorsqu'une vision d'horreur m'apparut. Son dos était complètement strié de larges cicatrices.

Comment avais-je pu passer à coté de ça l'autre soir à la piscine ? Que lui était-il arrivé ? Je m'approchais de lui et effleurais de mes doigts ces marques de violence. Il sursauta, s'éloignant vivement de moi et enfilant rapidement un tee-shirt.

- C'est quoi ça ?

- Des cicatrices. Maintenant, si tu permets je voudrais m'habiller.

Il me poussa à l'extérieur de la pièce, sans ménagement aucun et me ferma la porte au nez. Dans quoi m'étais-je embarqué avec lui ? Préoccupé, je m'installais sur le canapé, attendant qu'il sorte.

Quand enfin il daigna ouvrir la porte, il m'ignora. Je m'approchais de lui et déclarais doucement, pour ne pas le brusquer:

- Blaine, tu me dois la vérité. On doit parler.

Il se retourna, me prenant brutalement par les épaules et me plaqua contre le plan de travail.

Un pas en avant, deux en arrière.

- JE NE TE DOIS RIEN DU TOUT ! Aboya-t-il. Ce n'est pas parce que l'on s'entend bien, que tu me connais. Tu ne connais rien de moi Kurt !

- Alors raconte-moi ! Bordel Blaine ! Tu es si terrorisé que ça que les gens apprennent ce qu'il t'est arrivé ? Pourquoi tu as fait ça hier ? Pourquoi tu as accepté de vivre ici ? Pourquoi tu m'as embrassé, si ce n'est pas pour construire quelque chose avec moi ? Et comment veux-tu que ça fonctionne si tu ne me dis pas tout. Ouvre-toi !

Je perdais mon sang-froid. Il me poussait à bout.

- Je repars dans la rue. Ainsi, tu seras débarrassé de moi.

- Non ! Tu ne fuiras pas Blaine ! Je ne te laisserai pas t'échapper alors que je commence à peine à t'apprivoiser ! Je ne te ferai pas de mal, je veux juste t'aimer ! Comme je t'aime depuis huit ans ! Fais-moi confiance, s'il te plait. Je ne te laisserai pas tomber. Je veux être là pour toi. Je te veux Blaine, depuis si longtemps…

Blaine s'était effondré sur le canapé, la tête dans les mains, pesant le pour et le contre. Moi j'étais au bord des larmes, terrorisé par mes dernières paroles. Je l'aimais comme je n'avais jamais cessé de le faire.

J'avais développé le Syndrome de Stockholm, l'amour de son bourreau.

Je m'asseyais près de lui et après de longues minutes il releva la tête.

- Par quoi veux tu que je commence ?

- Par le début Blaine.

- J'ai été abandonné quand j'étais enfant, à dix ans, un peu à la manière du petit poucet. Je suis née en Amérique Centrale. Et un jour mon père m'a dit qu'étant le plus petit j'avais le droit de faire un voyage, n'importe où. J'ai choisis les Etats-Unis. Parce que ce n'était pas trop loin, et donc pas trop cher pour mes parents qui avaient du mal à joindre les deux bouts. Ils m'ont emmené quelque part en Ohio, dans un magasin de jouet immense. J'étais heureux, impressionné par tant de choix. Nous n'avions jamais fêté Noel. Ils m'ont dit de choisir un jouet dans un rayon et de les attendre. Ils m'ont promis qu'ils reviendraient. Mais je ne les ai jamais revus. Avec le recul je suppose qu'ils n'ont pas eu le choix. Nous étions six et j'étais la bouche de trop. Les autorités on tenté de retrouver mes parents, mais les noms étaient faux. Je ne connaissais même pas le propre prénom de ma mère et de mon père… Puis on m'a placé dans une famille d'accueil. Une très riche famille. Au début j'étais bien là-bas, on prenait soin de moi comme jamais. Je me sentais enfin aimé. Puis le père de famille est mort, d'un infarctus. Peu de temps après ma mère de substitution s'est remariée à un homme extrêmement raciste. Il ne supportait pas de savoir que sa famille n'était pas de pure souche américaine. Et je ne le savais pas encore mais il allait me faire payer d'être un sang impur, d'être un bâtard. Tous deux m'ont inscrit à St Amant les deux Colombes. Là –bas j'avais une liberté totale, mes tuteurs étant riches, j'étais un privilégié. Puis mon nouveau père à commencé à me battre. Au début ce n'était pas grand-chose. Plus humiliant que douloureux. Puis il a acheté un fouet, «parce que les animaux comme moi ne comprennent que ce langage ». Là il a commencé à frapper fort. Personne ne se rendait compte de rien. Ma pseudo mère fermait les yeux, les assistantes sociales ne se donnaient pas la peine de me voir puisque j'allais dans un des meilleurs collèges, j'étais forcement heureux. Puis à l'époque on ne parlait pas aussi ouvertement de la maltraitance que maintenant. Et au lycée, j'étais simplement le mauvais garçon. Attractif mais pas intéressant. On louait mes exploits mais jamais on ne cherchait à comprendre mes motivations. Jusqu'à ce que tu arrives.

Je ne voulais pas te faire du mal, mais mes amis étaient ma seule famille et t'accepter aurait été les perdre. J'ai préféré te rejeter. Mais j'étais loin d'imaginer la tournure que les choses allaient prendre. Ils aimaient te persécuter, observer tes réactions, se moquer. Ils avaient développé pour toi une fascination morbide. De jours en jours tu t'assombrissais. Tu pliais mais jamais tu ne t'écroulais. J'ai alors mis en place le rituel des bonbons. En espérant que tu serais moins triste. Puis tu es parti, et j'en étais presque soulagé. Au moins tu serais tranquille. Je suis resté chez moi jusqu'à mes dix-sept ans. J'ai essayé de fuguer, plusieurs fois, mais l'on me retrouvait toujours et la punition était sanglante. Après mon année de terminale j'ai décidé de m'opposer à lui. J'étais assez grand, et assez fort. Surtout que j'avais des preuves et que je savais m'en servir. Ils ont consenti à me laisser partir. Ils achètent mon silence chaque mois, en échange d'argent qu'ils déposent sur mon compte. Mais je mets un point d'honneur à ne pas y toucher. Pour moi cet argent est sale. Alors j'ai préféré vivre dehors. Mais je ne voulais pas non plus renoncer à tous mes rêves à cause d'eux. J'ai réussi à intégré cette école. Mais j'ai loupé ma première année. Je me suis laissé distraire par les loisirs peu recommandables de la rue. Ils m'ont laissé une deuxième chance et celle-ci sera un échec également. Je t'ai tout de suite reconnu. Même penché sur ton cahier. Je voulais juste me montrer aimable avec toi, pour que tu comprennes que j'étais désolé. Mais tu n'étais de toute évidence plus le petit garçon d'autrefois et tu as tout chamboulé. Tu m'as chamboulé, Kurt. A présent je ne garde de mon passé plus que des mauvais souvenir et ces cicatrices.

Il retira son tee-shirt et me laissa examiner ses traces. Comme il avait dû souffrir, avoir mal. Et il ne disait rien à personne. Il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'il soit prédisposé à la violence. Mais lui, contrairement à ce connard qui l'avait battu, était profondément bon. Son discours m'avait touché et ému. Et je ressentais une haine violente pour tous ceux qui lui avait fait du mal.

- Je te fais peur ? demanda-t-il la voix brisée et les épaules courbées.

Pour toute réponse je l'enlaçais, embrassant délicatement chaque marque blanche. Les morceaux de sa chair qui porterait pour toujours les traces de son passé.

Il se retourna pour me faire face. Il ressemblait à un petit garçon blessé. Il dégagea les cheveux qui m'obstruaient la vue et déclara doucement :

- Je crois que je t'aime Honey et depuis plus longtemps que je ne veux bien l'admettre.

« Et depuis ce jour, j'ai parfois été effrayé par ton côté bestial et attendrit par tes airs de chaton mais tu restes, mon amour. »*


* La dernière phrase est tiré d'un manga qui se nomme Beast Master écrit par Kyousuke Motomi. C'est autour de cette simple citation que toute l'histoire s'est formée. Et je vous encourage à lire le livre qui est disponible sur internet en scan.

Voilà dernier chapitre, mis en ligne très très tardivement, j'en suis désolée, je n'ai aucune excuse. (Sauf peut-être le fait que mon disque dur à rendu l'âme ce qui est plutôt triste. )

J'espère que l'histoire vous aura intéressé !
Et Merci tout plein d'avoir lu !

Le mot de la Fin :

Je suis à la recherche d'idée pour des Os, donc n'hésitez pas.