Je ne sais pas trop où je vais avec cette fanfic, mais j'y vais.

Lucachu, j'ai ajouté Jakob pour toi. Ce n'est pas exactement ce que tu avais demandé, mais j'espère que ça te conviendra aussi c: En tout cas, nos conversations m'ont permis d'avoir des idées pour la suite de cette fanfic, et je t'en remercie !

J'avoue que c'est la première fois que j'écris une fic longue sans suivre le scénario prédéfini d'un jeu. C'est drôlement excitant, et casse-tête aussi, je l'admets. Mais je me sens plutôt en phase avec cette fanfic, j'espère que ça va continuer.


Quelques gouttes de sang perlèrent de la peau fragile lorsque le débris de verre fut retiré. Normalement, la plante de ses pieds était résistante et calleuse, mais entre ses orteils, c'était autre chose. De plus, il n'y voyait absolument rien dans la ruelle fétide et privée de lumière. Ce n'était pas la première fois qu'il se blessait en heurtant l'arête d'un mur ou en s'enfonçant des débris dans la peau, et il commençait à en avoir assez. Il décida de faire une pause et se laissa tomber avec précaution sur une marche. Il caressa ses pieds douloureux et se prit à regretter le lit qu'il avait quitté. Que n'aurait-il pas donné pour retrouver ses couvertures moelleuses et la chaleur de ses quatre frères et sœurs autour de lui ! Il commençait à se dire qu'il avait été vraiment stupide de quitter le château à la sauvette, sans rien dire à personne. De plus, il avait complètement oublié le trajet jusqu'au repère des voleurs et errait, pour ainsi dire, depuis plus d'une heure. C'était mal parti, soupira Yuma avec découragement. Il avait plus ou moins espéré tomber sur Niles par hasard, mais il semblait que ce n'était pas comme ça que les choses marchaient.

Le jeune prince étira ses épaules endolories. Il n'y voyait vraiment rien, à part... Il plissa les yeux. Il lui semblait qu'une toute petite lueur scintillait doucement au loin, à la fenêtre d'un bâtiment branlant. Le coeur battant, Yuma se releva. Peut-être que quelqu'un ici connaissait Niles et serait capable de lui expliquer comment le rejoindre ? Il n'avait rien à perdre, de toute façon.

Avec la candeur qui lui était propre, le jeune prince se dirigea tranquillement vers l'établissement qui, coup de chance, se trouvait être une auberge. La porte était vermoulue et semée d'échardes, mais Yuma la poussa résolument. A l'intérieur, l'air empestait la fumée et la friture, et des larmes lui piquèrent les yeux. Il n'y voyait goutte, et avança à tâtons à l'intérieur de l'établissement. Le bruit aussi était assourdissant : fracas d'ustensiles de cuisine, raclement des chaises et des tables, rires, jurons, éclats de voix. Les oreilles sensibles du jeune dragon se mirent presque à siffler, incommodées. Il les frotta en grimaçant et s'arrêta sur le pallier. Quelques paires d'yeux se tournèrent vers lui et le fixèrent avec une méfiance non dissimulée. Yuma se tortilla, mal à l'aise. Sa gorge devenait sèche, il déglutit. Il aurait bien aimé pouvoir s'exprimer de là où il se trouvait et demander, d'une voix haute et claire, si quelqu'un connaissait un certain Niles, mais le bruit était vraiment trop fort. Personne ne l'aurait entendu, à part les cinq hommes qui le fixaient, assis sur des tabourets hauts, devant le bar. Alors que Yuma ouvrait la bouche, l'un des habitués lança soudain :

"Est-ce-que ce ne serait pas un jeune homme de la haute que je vois là ? Vos vêtements semblent trop beaux pour un endroit comme celui-ci.

-Eh bien..."

Que fallait-il répondre ? Il ne voulait pas paraître grossier en vantant son appartenance à la famille royale dans un milieu comme celui-là, mais peut-être cela ne dérangerait-il pas les gens attablés là ? Après tout, il ne leur avait rien fait. Une grande partie de l'attention était focalisée sur lui, à présent, et il recula instinctivement d'un pas.

"Alors, d'où tu viens, mon mignon ? A moins que tu ne sois une fille ? Tu as des hanches de donzelle ! se moqua un deuxième, de sa bouche édentée.

-N... non, vous faites erreur, balbutia Yuma en rougissant d'embarras. Je... je suis un homme, je m'appelle...

-Je vous prierais de bien vouloir cesser votre outrageuses remarques à l'intention de Messire Yuma, lança alors une voix glaciale. Autrement, je me verrais dans l'obligation de... débarrasser les alentours du tas de détritus que vous êtes."

Ce ton froid et distingué, Yuma ne le reconnaissait que trop bien. Il fit volte-face et se retrouva nez-à-nez avec Jakob, un couteau de combat à la main. Légèrement tâché, le couteau. Visiblement, il ne sortait pas de son étui.

"Jakob ? Qu'est-ce-que tu fais là ? s'écria le jeune prince, pris au dépourvu.

-Je couvre vos arrières, Messire, expliqua gracieusement le majordome, de ce sourire aimable qu'il ne savait adresser qu'à son maître. Cet endroit n'est qu'un trou à rats... il s'y trouve davantage de vermines que d'êtres humains.

-Qu'est-ce-que tu insinues, toi ?! s'insurgea l'un des clients de l'auberge en abattant son poids sur le bar. Tu te crois peut-être meilleur que nous ?!

-Je le suis, en effet, lâcha dédaigneusement le majordome. Contrairement à vous, je n'empeste pas l'obscénité et la bêtise.

-Quoi ?!"

Yuma dévisagea son serviteur, éberlué. Il connaissait son manque de tact et sa froideur, mais était-ce une bonne idée de l'étaler ainsi au su et à la vue de tous, dans cet établissement bondé ? Les clients attablés là, qui les toisaient pour la plupart avec une franche animosité, étaient bien plus nombreux qu'eux.

"Messire Yuma, je ne saurais que trop vous conseiller un prudent repli vers la sortie de cette décharge, proposa Jakob. Je me charge de faire le ménage.

-Heu..., merci, Jakob, mais tu devrais laisser tomber. J'ai... j'ai manifestement outragé ces gens, c'est normal qu'ils se mettent en colère.

-Messire Yuma, votre indulgence n'a vraiment aucune limite, sourit le majordome avec affection. Si ces messieurs veulent bien cesser de vous regarder avec ces yeux hargneux, je me ferai un plaisir de les laisser s'en tirer sans dommages. Sinon..."

Ses prunelles reprirent aussitôt une lueur féroce et il termina :

"Sinon, je me verrai dans l'obligation de leur faire passer l'envie de vous manquer de respect.

-Jakob, laisse tomber... A... allons-y, s'il te plaît...

-Comme vous voudrez, Messire Yuma."

Le majordome recula jusqu'à la porte et l'ouvrit comme il l'eût fait de celle d'un palais, s'inclinant légèrement en avant pour encourager son maître à sortir.

"Hé, attendez !"

Le malotru qui eut la malheureuse idée de se lever de sa chaise pour demander des comptes au jeune prince se retrouva cloué à la table par un couteau habilement fiché dans sa main. Avant que Yuma puisse protester, Jakob le poussa respectueusement dehors et sortit un autre poignard de la manche de sa chemise à jabot.

"Quelqu'un d'autre a envie de chercher des noises à Messire Yuma ? s'enquit-il en soupirant, comme s'il avait affaire à une bande de marmots particulièrement énervants."

Personne ne fit mine de se lever et, avec un faux sourire affable, le majordome quitta l'établissement en claquant la porte derrière lui. Une fois dehors, il entreprit de gronder gentiment le jeune prince :

"Votre Altesse, permettez-moi de vous dire que s'aventurer ainsi dans les bas-quartiers de Nohr est une folie ! Vous auriez pu être gravement blessé par cette vermine, voire pire !

-Mais il ne m'est rien arrivé, le rassura Yuma.

-Parce que j'ai pris la liberté d'éliminer tous ceux qui essayaient de vous approcher."

Ce qui expliquait l'état de sa lame lorsqu'il était entré dans l'auberge. Yuma n'était pas trop sûr d'approuver le fait que son majordome poignarde à tout-va les gens qu'il trouvait louches, mais le regard que ces hommes lui avaient lancé, dans l'auberge, lui fit un peu réviser son opinion. Le peuple paraissait beaucoup plus hostile qu'il ne le pensait.

"Votre Altesse, reprit justement Jakob, je ne saurais que trop vous conseiller de changer de tenue. Vos vêtements princiers attirent l'attention et font comprendre à tout le monde que vous venez d'une grande famille. Beaucoup seraient prêts à vous tuer pour vous faire les poches ensuite, ou bien à vous kidnapper pour réclamer une rançon à la famille royale.

-Jakob, je ne crois pas que ce soit vraiment nécessaire. Je suis certain que tous les gens qui peuplent cette ville ne sont pas aussi malintentionnés que tu le dis...

-Je me vois dans l'obligation de vous contredire, Messire Yuma, insista le majordome à regret. Le monde n'est hélas pas rempli de personnes aux bonnes intentions. Voyez les soldats sanguinaires auxquels vous avez été confronté, les pillards que vous avez déjà croisés sur le champ de bataille. Les gens sont avides de pouvoir et de richesses, et ils n'hésiteraient pas à se servir de vous pour les obtenir ! N'oubliez pas que pour ces vandales, vous n'êtes rien. Rien d'autre que l'un de leurs princes, et j'ai bien peur qu'ils n'aient pas beaucoup d'estime pour la royauté en général, quand ils voient comment Sa Majesté votre père les traite.

-Mais c'est injuste ! s'indigna Yuma. Je ne leur ai rien fait ! Et ce n'est pas en s'en prenant à moins qu'ils changeront quoi que ce soit !

-Je suis entièrement de votre avis, Messire Yuma. Malheureusement, peu pensent ainsi, surtout dans les bas-fonds de Nohr. Aussi, je vous en conjure, Votre Altesse : puisque vous ne possédez pas de linge supplémentaire, échangeons nos vêtements. Je sais que je ne suis pas digne de porter les vôtres, mais cela évitera que l'on s'en prenne à vous. Les agresseurs éventuels penseront que je suis le prince et vous laisseront tranquilles.

-Mais, Jakob... es-tu certain que ce soit nécessaire ?

-Je vous en prie, Votre Altesse, plaida le dévoué majordome. Je ne pourrai pas supporter qu'il vous arrive quelque chose tout ça parce je n'aurais pas pris les précautions nécessaires pour vous protéger.

-Heu... bon, d'accord."

Il n'y avait nulle part où se changer, dans cet entrelacs de ruelles qui semblait mener au bout du monde, alors le jeune prince et le majordome se retrouvèrent contraints d'ôter vestes, chemises, pantalons et souliers, puis de se rhabiller en utilisant les vêtements de l'autre, au beau milieu de la rue, et rapidement pour ne pas se faire surprendre dans cette tenue.

"J'espère que personne ne va nous voir, marmonna Yuma, rouge d'embarras, en se dépêchant d'enfiler le pantalon en toile noire de Jakob. Ils pourraient se poser des questions..."

Même s'ils s'étaient plus ou moins dissimulés derrière une pile de caisses et de tonneaux, on n'en voyait pas moins leurs membres s'agiter pour s'enfiler dans les manches, ou leur tête pointer de temps en temps au-dessus des couvercles en bois. D'autant plus que le jeune prince, depuis qu'il fréquentait Niles, avait découvert avec surprise qu'il semblait tout à fait normal de se bécoter -voire plus- dans les endroits les plus incongrus. Son coeur se serra. Niles lui manquait tellement. S'il avait été à la place de Jakob, il y aurait longtemps qu'il se serait mis en tête de lui voler quelques baisers, à l'abri derrière ces caisses. Pour un peu, il pouvait presque sentir ses bras autour de lui... Oh, par les dieux, il lui manquait tant.

"Permettez-moi de vous nouer ce ruban dans les cheveux, Votre Altesse, proposa Jakob en achevant de boutonner sa chemise.

-Heu... Oui, bien sûr, balbutia Yuma, brusquement tiré de ses pensées. J'avais fini de m'habiller. Heu... je te laisse faire."

Heureusement qu'il n'avait pas revêtu son armure avant de partir, sinon l'échanger de vêtements aurait été beaucoup plus long et fastidieux.

Sans un mot, Yuma laissa son majordome nouer dans ses cheveux le ruban mauve qu'il utilisait d'habitude pour fermer sa tresse.

"Et voilà, Votre Altesse. Vous êtes resplendissant, comme toujours, le félicita Jakob avec un grand sourire. Quant à moi, je ne suis pas digne de porter vos vêtements, mais heureusement, ça ne sera que le temps que nous sortions d'ici...

-Non, Jakob. Nous n'allons nulle part. Je suis venu ici pour trouver Niles, et je le trouverai."

Sa déclaration pris le majordome de court. Il lui fallut quelques instants pour retrouver à protester.

"Mais, Votre Altesse...

-Jakob."

Le jeune prince s'empara de ses mains sans réfléchir. Il avait besoin de convaincre Jakob tout de suite, et de le convaincre pour de vrai, afin qu'il l'assiste dans ses recherches. C'était son seul et unique allié dans ce dédale inconnu, et Yuma se rendait compte à présent à quel point il avait besoin de son aide. Pour tout dire, il n'était même pas sûr de parvenir à retrouver la sortie tout seul... Alors, il appuya ses propos d'une pression véhémente et presque désespérée sur les mains de son majordome.

"Jakob, je t'en prie. Je sais que Niles et toi ne vous entendez pas très bien, mais j'ai vraiment besoin de ton aide pour le retrouver. Il... il signifie tellement pour moi. Il est l'une des seules personnes que j'ai vraiment aimées, en dehors de ma famille. Je ne peux pas continuer sans lui, j'ai besoin de sa présence à mes côtés. S'il te plaît, Jakob. Aide-moi. Tu es la seule personne sur qui je puisse compter.

-Messire Yuma..."

Déjà que le majordome paraissait ému à chaque fois que son maître lui adressait la parole, là, on l'aurait carrément cru au bord des larmes. Et les mains de Yuma autour des siennes parvinrent à l'émouvoir encore plus, comme le jeune prince l'avait escompté. C'est finalement les yeux brillants et les mains tremblantes qu'il se rendit :

"Co... comment pourrais-je refuser après le tel honneur que me fait Son Altesse, de me vouer une si grande confiance ? Vous savez que je ferai n'importe quoi pour vous, Messire Yuma. Je gravirais la plus escarpée des montagnes pour vous rapporter votre thé favori. Je déferrais une armée par la seule force de mes mains pour l'empêcher de vous atteindre. Je...

-Merci, Jakob, je le sais, l'interrompit Yuma en souriant. Mais pour l'instant, j'ai juste besoin que tu m'aides à retrouver Niles dans le quartier. Je... J'ai bien peur d'avoir oublié l'endroit où son groupe habite, mais...

-Ne vous inquiétez pas pour ça, Votre Altesse. Si j'en crois toutes les rumeurs que j'ai entendues au château, ainsi que le bavardage rapporté par les autres domestiques, je devrais pouvoir localiser leur habitation rapidement. Suivez-moi, Messire Yuma. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, il fallait descendre un cran plus bas dans le quartier..."

Yuma, impressionné une nouvelle fois par toutes les incroyables aptitudes de son majordome, lui emboîta le pas tout en rajustant le veston qu'il lui avait emprunté, peu habitué à cette sensation. Ils déambulèrent ainsi dans le noir pendant quelques minutes, et l'humidité des lieux fit frissonner le jeune prince. Malgré la dangerosité de la situation, c'était étrangement excitant de s'enfoncer ainsi dans les rues silencieuses et infinies, seul avec Jakob, vers un but précis : retrouver Niles. Son coeur lui faisait encore mal quand il pensait au hors-la-loi, mais un délicieux frisson de joie lui parcourait malgré tout le ventre : il allait revoir son amant ! Ne serait-ce qu'entrapercevoir le fouillis de ses cheveux blancs, son teint mat et son oeil bleu unique le remplirait de bonheur. Inconsciemment, il accéléra le pas et un débris non-identifié roula sous son pied. Aussitôt, Jakob se figea.

"Excuse-moi, j'ai glissé sur quelque chose..., commença Yuma.

-Non, Messire, le coupa anxieusement son majordome. Il y a autre chose. Quelqu'un..."

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Le "Quelqu'un approche" qu'il s'apprêtait sûrement à prononcer mourut sur ses lèvres lorsque deux voleur émergèrent soudain des ténèbres devant eux. Ils étaient armés d'arcs et de flèches, et l'un d'eux tenait une lanterne, qu'il leva devant le nez des deux hommes. Jakob recula aussitôt en se positionnant devant Yuma d'un bras défensif, mais les deux archers avaient visiblement trouvé ce qu'ils cherchaient, car ils se mirent en position de combat devant eux.

"J'espérais ne pas en arriver là, mais il semblerait que nous allions devoir nous battre, laissa tomber Jakob en fronçant les sourcils. Si vous le permettez, je vais m'en occuper.

-Mais...

-Reculez, je vous prie. Ces messieurs ne semblent pas disposés à écouter les arguments raisonnables."

Bien sûr, le majordome avait deviné ce à quoi il pensait. A contrecœur, Yuma recula et laissa Jakob parer les flèches de leurs deux opposants et répondre par des jets de poignards bien sentis. Les voleurs battirent en retraite en grinçant des dents. Hélas, ils n'avaient pas plutôt disparus dans une des artères du quartier qu'un nouveau groupe de bandits émergea de la rue voisine. Yuma sentit son pouls s'accélérer brusquement comme au commencement d'une bataille, et Jakob se tendit.

"Yuma, nous ne devons pas rester immobiles, décréta-t-il en récupérant ses couteaux pour les pointer en direction de leurs nouveaux adversaires. J'ai bien peur que nous n'ayons été repérés par la plupart des bandes armées des environs."

D'un mouvement habile, il para la flèche qui fusait vers eux et lança un poignard en plein dans l'épaule de leur agresseur, qui poussa un grognement de douleur. Sans réfléchir, Yuma bondit devant son majordome pour le protéger des attaques en tandem des autres assaillants, et dès qu'ils les eurent tous couchés à terre, le domestique l'empoigna par le bras pour l'entrainer le plus loin possible du champ de bataille improvisé. Hélas, deux nouveaux assaillants leur barrèrent bientôt la route, et alors que Jakob amorçait un mouvement de recul pour entrainer son prince dans une autre direction, ils entendirent des bruits de cavalcade derrière eux. Une ou deux gouttes de sueur perlèrent sur la nuque du majordome, et à travers sa main sur son poignet, Yuma sentit son coeur palpiter à toute allure.

"Nous sommes cernés, lâcha Jakob entre ses dents. Reculez, s'il vous plaît. Je vais tenter de les retenir le plus longtemps possible, mais je vous en prie, dès que vous verrez une ouverture, fuyez ! Si vous suivez les murs portant une marque bleue, vous parviendrez à regagner la sortie des bas-quartiers. Pendant ce temps, je...

-Je sais très bien ce que tu as l'intention de faire. Et la réponse est non ! le coupa fermement son maître. Je ne t'abandonnerai pas ici !

-Mais vous n'avez pas le choix ! Nous ne pouvons pas être capturés tous les deux ! Vous ne pouvez pas être capturé."

Sans avoir besoin de se concerter, ils évitèrent ensemble le javelot qu'on lançait sur eux, puis Jakob neutralisa leur assaillant d'un violent coup de poignard, et Yuma mit le second en fuite d'une boule de feu qui lui roussit les vêtements. Ils ne s'étaient pas sitôt débarrassés d'eux que de nouveaux poursuivants déboulaient derrière eux. Puis une pelletée d'autres encore, et Jakob finit par vaciller sur ses jambes, à bout de souffle. Yuma élimina un énième voleur en serrant les dents. Il avait vraiment été pire que stupide, regretta-t-il douloureusement. Ils étaient assaillis de toute part, et il était clair qu'à deux, ils ne faisaient pas le poids. Il avait été tellement stupide de penser qu'ils pourraient se débrouiller tout seuls, dans ce quartier où visiblement personne ne voulait d'eux...

"Je vous en prie, fuyez ! répéta désespérément Jakob. Tout ce qui importe, c'est que vous sortiez d'ici sain et sauf !

-Non ! Je refuse ! Pas sans toi !"

Ils reculèrent vers le monticule d'objets en bois abandonnés qui se trouvait derrière eux. Alors qu'une nouvelle vague de hors-la-loi fondait sur eux, une voix se fit soudain entendre :

"Tout le monde en position de combat ! Ne laissez personne s'approcher de ces gens, vous m'avez bien comprise ?

-Qu'est-ce-que... qu'est-ce-que c'est que ça ? balbutia Yuma, interdit."

Avant que Jakob ou lui n'aient le temps de réagir, un nouveau groupe de voleurs sorti d'on ne sait où déboula sur les lieux et les entoura d'un cordon protecteur. A leur tête, le jeune prince ne devina qu'une silhouette gracile aux cheveux noués en deux tresses très claires. La jeune personne tendit le bras vers l'étage au-dessus d'eux et cria d'une voix juvénile et autoritaire :

"Feu !"

Un déluge de flèches s'abattit alors sur la tête de tous les voleurs environnants, et tous ceux qui n'avaient pas été tués sur le coup se dispersèrent en poussant des grognements de douleur. Eberlué, Yuma fixait encore leur sauveuse providentielle avec de grands yeux lorsqu'elle se tourna vers eux.

"Si vous tenez à la vie, vous avez intérêt à décamper d'ici tout de suite, décréta-t-elle d'une voix forte. Et si vous venez avec nous, je peux vous montrer un moyen sûr de regagner la sortie.

-Et si nous refusons ? s'enquit Jakob d'un ton sec en essayant d'adopter une contenance, malgré ses blessures évidentes.

-Alors mes hommes et moi vous donnerons une bonne raison de le regretter ! Si nous vous avons sauvés, ce n'est pas pour rien ! Et d'ailleurs, je vous signale que les bandes armées des environs sont toujours à vos trousses. S'ils vous tombent dessus, ça risque de mal aller pour vous, compte tenu de votre état !

-Nous n'avons pas de leçons à recevoir d'une fillette arrogante comme toi, et...

-Ça suffit, Jakob, le coupa Yuma. Le moins que nous puissions faire pour remercier ces gens, c'est de leur manifester un peu de reconnaissance. Ils viennent de nous sauver la vie !"

Pour tout dire, les seize paires d'yeux brillantes fixées sur lui le mettaient un peu mal à l'aise. Il ne savait pas pour quelle raison ces voleurs leur étaient venu en aide, mais quelque chose dans leur expression lui laissait penser que ce n'était pas uniquement par grandeur d'âme.

Frustré, Jakob serra les dents et se tut. Des bruits de pas se firent de nouveau entendre dans les artères obscures, et Yuma, l'estomac noué d'appréhension à l'idée de recommencer la bagarre, se tourna vers leur sauveuse.

"Si tu sais comment échapper à ces voleurs, s'il te plaît, aide-nous, la pria-t-il. Je peux t'assurer que la royauté nohrienne saura s'en souvenir.

-Messire Yuma... !

-Ça, je l'espère bien ! répliqua la fille d'un petit air belliqueux teinté d'impatience qui frappa Yuma comme un coup de poing. Il serait temps que ces sans-cœurs de la noblesse apprennent à éprouver un peu de reconnaissance pour le bas peuple !"

Yuma ne répondit rien, médusé par cette façon de parler qui lui rappelait un peu trop quelqu'un. Cependant, il n'eut pas trop le temps de réfléchir à la question. Les pas se rapprochaient, et la jeune fille se tourna vers "ses hommes".

"Allez, vous tous ! On se replie ! déclara-t-elle. Dispersez-vous et ne regagnez pas le souterrain sans vous être assurés que ces hors-la-loi ont bien lâché l'affaire !"

Sans leur demander leur avis, elle empoigna Yuma et Jakob par le bras et les poussa en direction du monticule d'objets derrière eux. D'un coup de pied, elle dégagea un passage au milieu des planches pourries et autres tables mangées par les termites et une trappe apparut devant eux. Elle la souleva et invita les deux hommes à entrer dans le puits d'obscurité qui s'ouvrait sous leurs pieds d'un geste autoritaire. Jakob la foudroya du regard et s'engagea le premier pour s'assurer que les lieux étaient sûrs, puis il aida Yuma à se réceptionner dans le tunnel. La jeune voleuse se laissa glisser après eux, rejointe par deux de ses hommes, puis le dernier referma la trappe.

"Qu'en est-il de vos autres compagnons ? s'enquit Yuma, préoccupé par le devenir des autres voleurs, aussi intimidants soient-ils.

-Ils retrouveront le chemin tout seul, ne vous inquiétez pas pour eux, lâcha leur sauveuse. Et maintenant, suivez-moi et évitez de faire du bruit !"

Yuma et Jakob n'eurent pas d'autre choix que de lui emboîter le pas dans la galerie obscure, pendant que ses deux acolytes fermaient la marche. Petit à petit, le jeune prince et le majordome parvinrent à reprendre leur souffle et la douleur de leurs blessures s'éloigna un peu. Le jeune fille les guida un moment dans les couloirs souterrains et, les yeux rivés sur ses tresses claires, Yuma ne pouvait pas s'empêcher de penser à tout ce qu'il trouvait si familier chez elle. Cette fille avait tout pour être... Mais c'était impossible...

Sur sa gauche, il devinait que Jakob mourrait d'envie de dire du mal sur cette bande de voleurs qui était sortie de nulle part, et aussi qu'il valait mieux se méfier d'eux, mais le moment était mal choisi. Ces galeries semblaient aussi labyrinthiques qu'à la surface, et Yuma ressentait des sueurs froides à l'idée qu'on les abandonne et les condamne à errer pour toujours dans ces couloirs souterrains.

Enfin, leur guide s'immobilisa au-dessous d'une autre trappe et l'un de ses amis s'avança pour lui faire la courte échelle. L'autre continua de fixer Yuma et Jakob d'un air méfiant. La tête de la jeune fille disparut prudemment à la surface, puis le jeune prince crut l'entendre étouffer un juron et elle réintégra rapidement le souterrain.

"Que se passe-t-il ? se renseigna-t-il.

-Mm. Je pense que vous allez avoir des problèmes, répondit-elle d'un air soucieux. Passons par un autre endroit."

Ils firent demi-tour et empruntèrent un autre couloir. Au bout de quelques minutes de marche, la jeune fille dénicha une autre trappe et le même manège recommença. Elle passa la tête à l'extérieur, grommela de contrariété et se dépêcha de rentrer. Ils firent ça cinq fois au moins, et alors que Jakob était sur le point d'exploser, la jeune voleuse se planta face à eux et soupira :

"Je ne sais pas ce qui se passe à l'extérieur, mais c'est l'émeute là-dehors. Les groupes les plus importants de la ville ont bouclé le secteur.

-Mais... quels groupes ? balbutia Yuma. Qu'est-ce-que ça veut dire ?

-Ça veut dire que les bandes de voleurs qui font la loi dans les bas-fonds de cette ville sont toutes réunies ici et qu'elles interdisent le passage à quiconque souhaite quitter la ville. Ce qui signifie que vous êtes coincés ici."