Bonjour tout le monde!

Merci pour vos gentilles reviews, ça m'a beaucoup touché !

Bref, trêve de blabla, place au chapitre !


Chapitre 4 : Une enchanteresse dans la tourmente

Hermione et Pansy descendirent du Poudlard Express. Elles s'étreignirent un court instant et, après avoir promis de s'écrire durant les vacances, Parkinson fila rejoindre ses parents. L'enchanteresse la regarda partir, un sourire aux lèvres, puis franchit la barrière de la voie 9 3/4. Une fois du côté moldu, elle chercha des yeux ses parents, et remarqua avec étonnement qu'ils n'étaient pas encore arrivés.

Au bout de vingt minutes, assise sur sa valise, la neuvième sage dut se rendre à l'évidence. Ses parents n'étaient pas venus la chercher. L'affluence était grande ce jour-là à Kingcross et la Serpentard ne voulait pas transplaner de peur de se faire remarquer. Elle se résigna donc à prendre le métro et, pendant tout le trajet, un mauvais pressentiment lui broya les entrailles. Pendant ses deux précédentes scolarités, son père et sa mère ne l'avaient jamais oubliée. Il y avait donc quelque chose qui clochait. Mais quoi ?

En sortant de la station près de chez elle, la Sage se dépêcha de gagner le domicile parental, traînant sa valise derrière elle. Elle franchit la petite barrière blanche délimitant le jardin et poussa la porte d'entrée. La maison était anormalement silencieuse et Hermione posa sa valise dans le hall.

- Papa ? Maman ? appela-t-elle en faisant quelques pas en direction du salon.

Une fois dans la vaste pièce, elle s'arrêta net. Ses yeux enregistraient le moindre détail de ce qu'elle voyait, mais son esprit refusait de faire le lien entre les différents éléments. Ses parents gisaient, les yeux clos, sur la moquette autrefois blanche, maintenant teintée d'un rouge sombre tirant sur le brun. Un grand couteau se trouvait près d'eux, couvert d'un liquide rouge à la consistance poisseuse.

L'enchanteresse tituba et s'appuya contre un mur, essayant de respirer. Il lui semblait qu'une main glacée venait d'enserrer son cœur tandis qu'un frisson lui parcourait l'échine. Elle ferma les yeux et se décida à les rouvrir bien vite, le souvenir de la découverte des corps de Ginny et Severus s'imposant à son esprit, se superposant à l'horrible scène qui se déroulait actuellement.

- Non… ce n'est pas possible… murmura-t-elle en avançant lentement dans la pièce, ses pas provoquant des horribles bruits de succion en écrasant la moquette imbibée.

Sur le canapé, elle trouva une feuille pliée en quatre. Elle s'en saisit, la déplia et la parcourut rapidement.

« Nous ne supportons plus de vivre avec l'idée que notre unique fille est une anormale. Nous préférons mettre fin à notre existence avant que la honte ne s'abatte sur notre famille… Que la personne qui découvre notre corps remette notre Hermione dans le droit chemin, l'éloignant de ce monde corrompu…»

Hermione froissa la feuille avant d'avoir terminé sa lecture et la fourra dans sa poche. Elle se laissa tomber sur le canapé et se mit à pleurer.

« C'est pas le moment de te laisser aller. Prends quelques instants pour réfléchir et rationnaliser. Tu auras tout le temps de faire ton deuil après… » murmura la voix douce de la Source.

« Fous-moi la paix ! » rétorqua la jeune fille, qui avait l'impression d'être vide de l'intérieur.

« Admettons que les flics ont déjà été prévenus et qu'ils sont en route. Que feras-tu quand tu te retrouveras à l'arrière d'une voiture qui te conduira à l'orphelinat le plus proche ? »

La Serpentard se releva et examina la situation. Ses parents n'avaient pas pu se suicider. En tout cas, pas pour ce motif. Ils étaient réellement fiers que leur fille soit une sorcière. Et la méthode, le suicide avec un couteau, ne collait pas. En tant que médecin, ils auraient plus probablement envisagé la solution médicamenteuse.

« Donc, c'est un meurtre déguisé… » commença la Source.

« Imperius ? » demanda Hermione.

« Il est très difficile pour pousser quelqu'un au suicide. Il ne faut jamais sous-estimer la pulsion de vie qui est en chacun de nous. Je pense à une manipulation de l'esprit à haut niveau. Ils ont pu être victime d'hallucinations. Et le seul capable de faire ça et… »

- Dumbledore… marmonna l'enchanteresse, une rage sans nom l'envahissant.

« Si les autorités déclarent que tes parents se sont suicidés, tu ne toucheras pas les assurance-vie qu'ils ont contracté. La vente de la maison comblerait sûrement les quelques dettes qu'ils ont accumulées et le crédit immobilier. Donc, tu te retrouverais sans ressource, baladée de foyer en foyer. Poudlard te serait définitivement inaccessible… » poursuivit la Source.

- L'enfoiré ! s'exclama la jeune fille en serrant les poings.

« Que vas-tu faire ? » demanda la Source, une pointe d'inquiétude dans la voix.

Hermione ne répondit pas. Elle attrapa un torchon sur la pile de linge à repasser et essuya consciencieusement les traces sur le manche du couteau. Une fois cela fait, elle courut dans l'entrée, ramassa sa valise et sortit précipitamment de la maison. Elle fit le tour et fracassa une vitre d'un geste de la main.

« Très bien pensé… » complimenta la Source. « Et maintenant ? »

« Je vais rendre visite à un meurtrier… » répliqua l'enchanteresse en transplanant.

Quelques secondes plus tard, elle se trouva devant les grilles de Poudlard et pénétra dans le parc. La jeune fille avançait d'un pas vif alors que la Source piaillait dans son esprit.

« C'est une très mauvaise idée… Ne sois pas impulsive. Prend le temps de la réflexion ! »

- La ferme ! répliqua sèchement la Serpentard en jetant sans ménagement sa valise dans le hall.

Elle grimpa les marches de l'escalier deux par deux et courut dans les couloirs. Elle passa devant Rusard qui la regarda, étonné.

- ELEVE DANS LE CHATEAU ! cria le concierge. Que faites-vous ici ?

La neuvième sage ne répondit pas et continua son chemin. Cinq minutes plus tard, elle balança le mot de passe à la gargouille et s'engouffra dans les escaliers en colimaçon. Elle se dépêcha de monter les marches et entra sans frapper dans le bureau du directeur. Ce dernier leva les yeux vers son élève et un rictus étira ses fines lèvres.

- Miss Granger, vous ne devriez pas être à…

Il ne put finir sa phrase. L'enchanteresse avait agité sèchement sa main et Dumbledore se trouva projeté contre un mur. Le vieux sorcier porta ses mains à son cou et semblait suffoquer.

- Je… ne... peux… pas… respirer… gémit-il.

- ESPECE D'ENFOIRE ! hurla Hermione. Je vais vous tuer !

Le Directeur jeta un regard en biais à Fumseck qui s'envola par la fenêtre.

- MES PARENTS ! DES MOLDUS ! COMMENT AVEZ-VOUS OSE ?

L'enchanteresse accentua la pression sur la gorge de Dumbledore en refermant ses doigts sur sa paume et le visage du vieux sorcier changea légèrement de couleur.

- Lâche ! rugit la jeune fille. Je vais vous faire souffrir. Votre agonie sera lente et douloureuse…

Enfermée dans une colère noire, Hermione n'entendit pas les bruits de pas dans l'escalier. Elle ne détournait pas son attention du Directeur qui suffoquait. Soudain, elle se retrouva poussée contre le bureau de Dumbledore, le visage collé contre la surface boisée, le bras droit tordu dans son dos. Son regard était tourné vers les tableaux des précédents directeurs du collège, qui semblaient effarés par la situation.

- LAISSEZ-MOI ! cria-t-elle.

- Maitrisez-là, Hagrid ! encouragea Dumbledore. Et bloquez aussi sa main gauche.

Hermione avait déjà levé sa main libre pour se dégager de l'étreinte du demi-géant mais ce dernier obéit au Directeur. L'enchanteresse avait à présent les deux bras coincés dans son dos et Hagrid appuyait juste ce qu'il fallait pour qu'elle ne puisse se libérer.

- Dumbledore ! Que se passe-t-il ? demanda une voix qu'Hermione identifia comme celle de McGonagall.

- IL A TUE MES PARENTS ! Je vais refroidir ce fils de p…

Un bruit retentit et la neuvième sage reconnut celui de la poudre de cheminette.

- Pomfresh, venez avec un tranquillisant, le plus puissant que vous avez. Et faites vite ! s'exclama Dumbledore.

- NE ME TOUCHEZ PAS ! hurla la Serpentard en tentant de se dégager.

Hagrid appuya plus fortement et Hermione poussa un gémissement de douleur.

- Arrêtez, vous lui faites mal ! s'exclama McGonagall, outrée.

- Ne la lâchez surtout pas ! répliqua sèchement le vieux sorcier.

- Je vais vous tuer, Dumbledore ! cria l'enchanteresse.

Elle voulut s'entourer d'une barrière protectrice électrique mais sa magie ne semblait pas répondre.

- Qu'est-ce que vous me faites, espèce de salaud ? rugit la neuvième sage.

« Ce n'est pas lui, c'est moi… » murmura la Source dans son esprit.

« Laisse-moi le détruire ! » cria intérieurement la Serpentard.

« Ce n'est pas le bon moment… Fais-moi confiance. »

- Minerva, baissez votre baguette ! C'est un ordre !

Des bruits de pas se firent entendre à nouveau.

- Que se passe-t-il ici ? demanda une voix froide et coupante.

- Severus ! Aidez-moi à leur faire entendre raison ! supplia McGonagall. Pomfresh, je vous interdis de vous approcher d'elle !

- Endormez-la ! ordonna le Directeur.

Hermione sentit un mouvement près d'elle et tenta de se dégager. Hagrid raffermissant sa prise, elle n'eut d'autres choix que de lancer à l'aveuglette des coups de pied, espérant empêcher la médicomage de s'approcher d'elle. Mais elle échoua. Elle sentit une aiguille se planter dans son cou et un liquide brûlant fut injecté dans ses veines.

- Minerva ! Ne me laisse pas seule avec lui ! cria une dernière fois Hermione.

La jeune fille se sentit happée par le sommeil, ses paupières se fermèrent lourdement et elle sombra dans les ténèbres.


Pansy se leva, outrée par ce qu'elle avait vu. Elle s'alluma une cigarette et fit les cent pas dans la pièce.

- Et quand je te dis que Pomfresh est une amatrice, tu ne me crois pas ! Droguer une gamine de douze ans… Elle a eu sa première année dans une pochette surprise ? Elle a dû sécher un paquet de cours pour ignorer le B.A-BA de la médicomagie.

Parkinson souffla un nuage de fumée et sembla se calmer quelque peu.

- N'empêche, tu l'as raté, le Dumbledore. C'est pathétique. Tu l'avais à porter de main !

- Je sais. Mais la Source voulait que je patiente…

- La Source, la Source… Mais c'est toi la Source ! Arrête de parler de toi à la troisième personne, veux-tu ?

Hermione roula des yeux et passa au souvenir suivant.


Quand elle se réveilla, Hermione passa sa tête hors du lit et vomit son déjeuner. Le produit que lui avait injecté Pomfresh faisait encore effet et elle sentait son estomac se tordre.

- Charmant… marmonna une voix.

L'enchanteresse leva des yeux endormis et croisa le regard de Peeves.

- Avant que tu ne te mettes à paniquer, tu es à l'infirmerie, commença doucement le premier sage.

- Où est Dumbledore ? demanda la Serpentard en repoussant mollement les draps.

- Tu te calmes et tu restes allongée. Il est dans le couloir avec Minerva. Et ça gueule pas mal depuis tout à l'heure.

Hermione fronça les sourcils et attendit que son ami poursuive.

- Pendant que tu étais dans les choux, Rogue s'est rendu chez tes parents et a ensorcelé un voisin pour que ce dernier appelle les flics. Minerva, quant à elle, a falsifié des papiers pour obtenir ta garde. Elle a un super sort d'imitation de tampon officiel…

- J'ai dormi combien de temps ? demanda la neuvième sage d'une voix blanche.

- Huit heures… Pomfresh t'a bien shootée. Enfin bref, continua Merlin, Dumbledore, qui pensait être débarrassé de toi, a poussé une gueulante quand McGo est revenue avec un papier faussement signé par un juge moldu. Gueulante qui est toujours en cours…

Le spectre se tut et les deux enchanteurs tendirent l'oreille. Les bruits d'une dispute se faisaient entendre, mais Hermione n'arrivait pas à saisir ce qui se disait. Le premier sage agita mollement sa main et l'audition de la Serpentard devint plus fine. Les mots prirent sens et elle se concentra pour entendre la conversation des deux professeurs.

- Elle ne peut pas revenir ici, Minerva ! répliqua sèchement Dumbledore.

- Et pourquoi donc ?

- Elle m'a accusé du meurtre de ses parents ! Vous l'avez entendue comme moi !

- Elle était déboussolée, Albus. Elle a trouvé sa famille gisant dans une mare de sang. Un peu d'humanité et de compréhension, par Merlin ! rétorqua froidement l'animagus.

- Et comment a-t-elle regagné Poudlard aussi rapidement ? demanda insidieusement le directeur.

- Le magicobus n'est pas fait pour les chiens !

- Et pourquoi vous a-t-elle tutoyer ?

- Elle devait se sentir proche de la seule personne qui ne voulait pas lui planter une seringue dans le cou !

Les deux professeurs se turent quelques instants et les Sages échangèrent un regard.

- De toute façon, elle n'a pas les moyens de payer ses frais d'inscription pour l'année prochaine, lâcha le vieux sorcier.

- Mais moi, oui. En tant que sa tutrice…

- Vous devez la confier à la famille qui lui reste ! coupa Dumbledore.

- C'est la meilleure élève que Poudlard ait connu. Je refuse catégoriquement qu'elle se retrouve coincée chez des moldus. N'insistez pas, Dumbledore.

- Dois-je vous rappeler à qui vous devez obéissance, professeur McGonagall ? murmura Albus.

- Ne me menacez pas, monsieur le Directeur, répondit Minerva, des accents roguesque dans la voix.

La porte de l'infirmerie s'ouvrit brusquement et la directrice de Gryffondor pénétra dans la pièce. Son regard se posa sur Hermione et de froid et dur devint doux.

- Hermione… murmura le professeur.

Elle s'approcha et posa sa main sur la joue de son élève.

- Prête à partir ?

- Pour aller où ? demanda la jeune fille, la voix brisée.

- Chez toi. Il y a beaucoup de démarches à faire, mais je serai là pour t'aider, répondit doucement McGonagall. Vous nous accompagnez ? murmura-t-elle à Merlin.

- Affirmatif. Hors de question que je reste avec l'autre vieux tout l'été.

La neuvième sage quitta son lit et remit de l'ordre dans ses vêtements.

- Il faut que je vois Ginny… murmura la Serpentard, au bord des larmes.

- Je l'ai prévenue, dit doucement Merlin. Dès qu'elle le pourra, elle viendra te voir.

Il se tut un instant, regardant la jeune fille.

- Je vous attends dans le parc, reprit-il avant de disparaître.

Les deux sorcières quittèrent l'infirmerie et Hermione s'arrêta quelques instants alors que Dumbledore se trouvait toujours dans le couloir. Minerva posa sa main sur l'épaule de son élève et l'invita à avancer. L'enchanteresse et le Directeur échangèrent un court regard froid et haineux.

- Passez de bonnes vacances, Miss Granger, finit par lâcher le vieux sorcier.

La jeune fille frissonna et allait rétorquer quand McGonagall serra délicatement son épaule.

- Il n'en vaut pas la peine, murmura doucement l'animagus. Il ne perd rien pour attendre.

Hermione acquiesça à contrecœur et suivit sa Guide dans les couloirs du château. Arrivée dans le hall, la Serpentard récupéra sa valise que personne n'avait pensé à bouger. Les deux sorcières traversèrent silencieusement le parc pour se rendre aux grilles du château. Merlin les attendait patiemment, ne détachant pas son regard de la fenêtre du Directeur qui donnait sur le parc.

- T'inquiète pas Hermione, on va le dézinguer, l'autre bout de bâton merdeux… marmonna le spectre. Je passe le premier. A tout de suite !

Il disparut une nouvelle fois et Minerva poussa les grilles en fer forgé. Une fois l'enceinte de l'école franchie, la directrice de Gryffondor attrapa doucement la main de son élève et les fit transplaner toutes les deux.

Quand elles réapparurent quelques secondes plus tard, Hermione n'arrivait pas à reconnaître le jardin de ses parents. Encore parfaitement entretenu en début de journée, le gazon avait été piétiné allégrement, et des traces de roues de brancard étaient incrustées dans la terre meuble.

Elle détourna le regard et s'avança vers la maison. Merlin en sortit et jeta un regard entendu à McGonagall.

- C'est présentable… marmonna l'enchanteur avant de retourner à l'intérieur.

La neuvième sage pénétra le cœur lourd dans la maison de son enfance, en espérant avoir rêvé les évènements de la journée. Mais elle dut se rendre à l'évidence. La demeure avait été passée au peigne fin par les policiers et, même si la moquette avait été ôtée sur une bonne partie de sa superficie, elle n'arrivait pas à reconnaître la pièce autrefois chaleureuse et cosy.

Elle posa sa valise sur le canapé et s'approcha de l'endroit où elle avait trouvé les corps de ses parents. Elle se pencha, effleura le sol de ses doigts tremblants tandis que quelques larmes s'échappaient de ses yeux pour rouler sur ses joues.

« C'était notre dernière chance de repartir du bon pied, de ne pas laisser le monde magique nous séparer, et elle a été gâchée… » pensa la jeune fille avec amertume et tristesse.

- Je vous vengerai… murmura-t-elle en se redressant lentement.

Elle se retourna vers McGonagall qui n'avait pas bougé, droite comme un « i ». Merlin, à ses côtés, voletait, l'air songeur.

- Je suppose que tu as besoin de dormir, Minerva. Il y a une chambre de libre à l'étage.

- Si je peux… commença l'animagus.

- Je vais commencer à faire le tri des affaires, coupa Hermione. Vas te coucher, je m'en sortirai très bien.

- Je reste avec elle, murmura Merlin à l'oreille du professeur qui hocha la tête.

Minerva jeta un dernier regard à la jeune fille au visage fermé, puis se résigna et grimpa souplement les marches menant à l'étage supérieur.

Hermione agita la main et des dizaines de cartons apparurent. D'un mouvement de poignet, les meubles s'ouvrirent, les tiroirs s'échappèrent des commodes pour se renverser dans les cartons qui se fermaient automatiquement une fois pleins.

- Besoin d'aide ? proposa le premier sage.

- Ca va, je m'en sors, rétorqua sèchement la jeune fille en miniaturisant le mobilier vidé de son contenu.

Le spectre regarda son amie s'affairer et soupira. Il n'enviait pas la situation de la neuvième sage qui venait une fois de plus d'être plongée dans la douleur et la mort. Etre bloquée dans un corps inadapté à sa condition était déjà une épreuve en soi, revivre trois fois la même chose à quelques détails près devait être usant, mais là… Il se demandait avec admiration comment elle faisait pour tenir le coup.

- On pourrait faire ça demain ? Tu devrais aller te coucher… finit-il par dire.

- Pas sommeil, marmonna Hermione en passant dans la cuisine.

L'empaquetage dura une partie de la nuit. Minerva se leva sur les coups des cinq heures du matin et insista pour débarrasser elle-même la chambre des parents de son élève. Une fois les cartons finis, la directrice adjointe les expédia dans son manoir, conservant le strict nécessaire pour passer quelques jours dans la maison vide.

Les deux sorcières commencèrent les différentes démarches : visite chez le notaire, organisation de l'enterrement, rédaction des faire-part, mise en vente de la maison. Hermione avait l'impression de vivre dans une boule de coton, détachée de tout.

Le jour des obsèques, la Serpentard recevait les condoléances des amis de ses parents sans y prêter attention. Elle n'écouta pas un mot de ce que le pasteur raconta durant la cérémonie, ses pensées accaparées par Dumbledore. Elle visualisait déjà dans son esprit les tourments que le Directeur allait subir. Elle allait le faire souffrir lentement, longtemps, jusqu'à ce qu'il la supplie de mettre fin à son calvaire. Et elle continuerait jusqu'à ce qu'elle estime que justice fut rendue.

« Le sentiment que tu éprouves est naturel, mais n'oublie pas ce pour quoi tu es revenue dans le temps… » murmura la voix de la Source alors que les deux cercueils de bois descendaient dans les tombes fraichement creusées.

« Je suis là pour tuer trois sorciers. Et je prévois l'exécution d'un des contrats… » répondit Hermione en s'avançant.

La jeune fille se baissa, ramassa une poignée de terre fraîche et la jeta sur les cercueils.

« Je t'ai fait revenir dans le passé pour que tu finisses par prendre ma place comme gardienne de l'humanité. Et tu ne peux le faire le cœur empli de haine et de noirceur. »

La Serpentard se recula et reprit place à côté de Minerva.

« Et je dois faire quoi ? Tendre l'autre joue ? » demanda l'enchanteresse, mauvaise.

« Je n'ai pas dit ça. Tu dois tuer Dumbledore. Mais pas par esprit de vengeance. Tue-le pour protéger tes semblables… »

La jeune fille remarqua que la cérémonie se finissait. Elle tourna les talons et s'éloigna rapidement, les mains dans les poches, voulant éviter la foule qui ne manquerait pas de vouloir prendre de ses nouvelles.

« Rassure-toi, Source. Je ferai d'une pierre deux coups. Et j'y prendrai beaucoup de plaisir…»

« C'est bien ça qui m'inquiète… » rétorqua, lasse, l'Origine de toutes magies.


Hermione et Minerva apparurent dans un craquement sonore dans un grand parc, devant une demeure d'architecture gothique aux pierres grises, usées par le temps. Le bâtiment était bien plus petit que le manoir Parkinson, mais il restait quand même spacieux par rapport à la maison qu'elle avait partagée pendant des années avec Ginny.

- Bienvenue chez moi… dit doucement McGonagall en voulant se saisir de la valise de son élève.

- Je m'en occupe, opposa sèchement la Serpentard.

La directrice adjointe fronça les sourcils mais ne répondit pas. Merlin, dans sa forme de premier sage, voletait autour d'elles, le visage étonnamment sérieux.

- Comment tu te sens, Hermione ? demanda-t-il d'une voix douce.

- Comme une orpheline, rétorqua froidement la neuvième sage.

Merlin et Minerva échangèrent un regard embarrassé et le professeur posa sa main sur l'épaule de la jeune fille qui se dégagea aussitôt d'un mouvement sec.

- Où puis-je poser mes affaires ? marmonna la neuvième sage.

- Suis-moi, je vais te montrer ta chambre… Et ensuite, nous irons boire un thé, ça te fera du bien.

- Minerva ! J'ai cinquante ans ! Je n'ai pas besoin d'une mère de substitution ! s'emporta Hermione.

La jeune fille s'avança en direction de la porte qui s'ouvrit avant même qu'elle n'ait posé sa main sur la poignée en fer forgé. Elle pénétra dans la demeure et disparut au détour d'un couloir.

- Qu'est-ce que j'ai fait de travers ? murmura le professeur, déboussolée.

Merlin soupira profondément et McGonagall le regarda, inquiète.

- Franchement, vous n'avez toujours rien pigé alors que vous la côtoyiez depuis près d'un an ? gronda l'enchanteur.

- Qu'aurais-je dû comprendre ? Eclairez-moi, ô grand maître de la psychologie de comptoir, le rabroua Minerva.

- Elle n'attend pas de vous que vous jouiez à la mère protectrice avec elle. Elle a passé l'âge, comme elle vous l'a fait justement remarquer.

- Mais que désire-t-elle ? insista le professeur de métamorphose.

- A vous de réfléchir, Guide. C'est pas moi qui vais vous filer le tuyau. Sur ce, je vous laisse, j'ai du boulot à faire avec la petite…

Merlin s'éloigna en sifflotant un air paillard sous l'air choqué de Minerva.

- Quel type de travail ? demanda cette dernière.

Le spectre se retourna et eut un sourire goguenard.

- Ce sera la surprise du chef ! Rendez-vous tout à l'heure pour le dîner !

Le premier sage pénétra à son tour dans le manoir, laissant McGonagall seule dans le parc. Le professeur eut un moment d'abattement. Comment allait-elle gérer les deux enchanteurs pendant tout un été ?


Hermione avait trouvé refuge dans une petite chambre au premier étage. Elle était décorée avec goût, bien que le mobilier ne fût pas de la dernière mode. Pour concentrer son esprit sur autre chose que le meurtre de ses parents, elle avait soigneusement rangé ses affaires sans utiliser la magie. Alors qu'elle glissait sa valise sous le lit, elle pensait à la Pierre Philosophale qu'elle avait posée sur la table de chevet.

« Source ? Tu es là ? » demanda Hermione.

« Bien sûr… Où veux-tu que je sois ? » répliqua la voix, endormie.

« Effectivement… Je me demande si un jour je serai seule avec mes pensées. D'abord Dumbledore, ensuite Merlin, Ah Puch, et toi pour finir… »

« La comparaison est flatteuse, je te remercie. Si tu veux, je m'en vais… » grogna la Source, vexée.

« J'ai besoin de toi pour un projet qui nécessite des connaissances que je n'ai pas… »

« Et qui te dit que je les ai ? » répliqua la voix, goguenarde.

« Parce que tu es l'Origine de toutes magies ? » proposa l'enchanteresse.

« Pas faux… bon, quelles règles veux-tu enfreindre cette fois-ci ? » demanda la Source, lasse.

« J'ai une Pierre Philosophale, et je veux rendre son corps à un ami… Une idée du rituel ? »

« Oui… C'est un acte de magie noire qui nécessite le sacrifice d'une vierge. Tu en as une sous la main ? » s'enquit paresseusement la voix.

Hermione tressaillit.

« Il n'y a pas un autre moyen ? »

« Bien sûr que si, je plaisantais… Bon, il faut que la pierre te donne un litre d'élixir. Ensuite, tu fais bouillir le tout avec… »

Alors que la Source expliquait à Hermione tout le rituel à accomplir, la jeune fille prenait des notes. A la fin de l'explication, l'enchanteresse se surprit à penser que ce n'était pas très compliqué.

- Ca ne m'étonne pas que Voldemort ait pensé à ce moyen ! soupira-t-elle en rangeant le parchemin dans la poche de son jean.

Elle allait quitter sa chambre quand Merlin surgit dans la pièce en traversant un mur.

- Alors fillette, t'es prête ?

- Manque juste quelques ingrédients, mais d'ici la fin de l'après midi, tu seras de nouveau parmi nous.

- J'ai hâte ! s'exclama le premier sage en se frottant les mains. Dis-moi, tu penses que j'aurais mes chances avec Minerva une fois que j'aurai récupéré mon corps ?

- Laisse tomber Merlin, vous ne jouez pas dans la même catégorie, répliqua sèchement l'enchanteresse.

- Tout ça parce que tu la veux pour toi. Tu pourrais prêter aux copains… marmonna le spectre.

Hermione le fusilla du regard, récupéra la Pierre Philosophale et sortit de la chambre. L'enchanteur soupira et suivit la jeune fille dans les méandres des couloirs du manoir McGonagall.


Il était près de dix-neuf heures et Minerva finissait les préparatifs du dîner. Elle n'avait pas vu Hermione de l'après-midi, et ne l'avait pas cherchée. Elle voulait laisser du temps et de l'espace à la Sage, et désirait surtout réfléchir aux paroles énigmatiques du fantôme. Cependant, elle avait beau tourner l'échange dans sa tête, elle ne voyait pas ce qu'elle pouvait faire pour aider son élève.

- J'essaierai de lui parler ce soir… soupira-t-elle en posant deux assiettes sur la table de la cuisine.

Soudain, un éclair gigantesque traversa le ciel pour s'abattre sur le parc. La directrice-adjointe sursauta et se saisit de sa baguette. Elle s'approcha de la fenêtre et fronça les sourcils. Il ne pleuvait pas, aucun signe d'orage et pourtant, elle avait bien vu cet éclair. Elle attendit quelques instants, puis haussa les épaules, se disant qu'elle devait avoir rêvé.

- La fatigue, sûrement… marmonna-t-elle en retournant au dressage de la table.

Un grondement assourdissant retentit à l'extérieur et l'animagus se retourna vivement. Des dizaines d'éclairs déchirèrent le ciel pour foudroyer le sol, détruisant une partie de la pelouse.

- Par Merlin ! s'exclama McGonagall en se précipitant dehors, la baguette serrée entre ses doigts.

Au loin, Minerva remarqua deux silhouettes et se dirigea d'un pas vif vers elles. Elle crut s'évanouir en remarquant Hermione, le visage noir de suie, à côté d'un Merlin hilare.

- Vache ! Ca fait mal au c… commença le vieux sorcier.

- Merlin ! gronda l'enchanteresse en époussetant ses vêtements. Surveille ton langage.

- Et c'est reparti pour Miss Coincée. Tu sais ce qu'il te faudrait ? Qu'une certaine personne s'occupe de te…

La neuvième sage donna un coup de coude dans les côtes du premier sage qui se tut. Les deux enchanteurs regardèrent Minerva qui avançait rapidement vers eux.

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? tonna le professeur de métamorphose, inquiète.

- Vous avez un invité de plus pour les vacances ! se moqua Merlin alors que McGonagall arrivait à leur hauteur. J'espère que vous avez préparé un bon repas, je meurs de faim…

- Pardon ? demanda l'animagus, éberlué.

- Elle est douée la petite, et elle a de la suite dans les idées… répliqua le vieux sorcier, en posant sa main sur l'épaule d'Hermione. Elle s'est dit qu'un enchanteur de plus ne serait pas du luxe. Alors, elle m'a rendue mon corps…

- Tu as fait quoi ? s'étouffa Minerva en jetant un regard courroucé à son élève.

- Je suis vivant ! Et encore, ce n'est que la première étape. La suite, demain en début d'après-midi !

- Comment ça ? Quelle suite ?

- Oh, je ne vais pas vous gâcher la surprise… se moqua le premier sage.

- Hermione, il faut que je te parle. En privé ! répliqua sèchement McGonagall en attrapant le bras de la jeune fille pour l'emmener plus loin.

Dès qu'elles se furent suffisamment éloignées, Minerva relâcha la jeune fille et la foudroya du regard.

- Tu te rends compte de ce que tu viens de faire ? murmura sèchement le professeur.

- Oui, plus que toi, puisque c'est moi qui ai accompli le rituel… marmonna Hermione en tentant d'ôter la suie de son visage.

- Que vas-tu faire de lui ? Merlin est mort depuis des centaines d'années. Quelle existence penses-tu qu'il mènera ici ?

- Rassure-toi, j'ai déjà tout prévu, rétorqua froidement la neuvième sage.

- Bon sang Hermione ! tonna l'animagus. Je sais que tu es sous le choc de…

- Ca n'a rien à voir ! rugit la jeune fille.

Elle s'éloigna de quelques pas et Minerva la rappela.

- Tu vas où ? demanda la directrice adjointe.

- Je vais me coucher ! Bonne soirée, professeur.

L'enchanteresse se dirigea rapidement vers le manoir, laissant McGonagall abasourdie. Merlin la rejoignit, son sempiternel sourire sur les lèvres.

- Très chère, qu'avez-vous cuisiné de bon ? J'ai hâte de goûter à vos petits plats préparés avec amour…

Minerva le foudroya du regard et gagna sa demeure pour rejoindre Hermione. Merlin soupira en la voyant s'éloigner.

- Quel accueil ! Qu'on ne me parle plus de l'hospitalité écossaise…


McGonagall poussa doucement la porte de la chambre de son élève. La pièce était plongée dans le noir et le professeur avança prudemment jusqu'au lit. Elle devina dans l'obscurité une silhouette frêle allongée sur les draps non défaits.

- Hermione ? appela doucement la directrice adjointe en s'asseyant délicatement.

- Tu viens encore pour me souffler dans les bronches ? demanda froidement l'enchanteresse.

- Non… la rassura l'animagus. J'aimerais que tu me dises ce que je peux faire pour toi.

- Il n'y a rien à faire, grommela Hermione. J'ai juste besoin de temps pour digérer…

- Je comprends. Mais permets-moi d'insister. Merlin m'a dit des choses étranges et je…

- N'écoute pas cet abruti. Il déblatère un nombre hallucinant de bêtises à la minute, coupa la neuvième sage.

La jeune fille se tut et McGonagall ne savait quoi faire. Finalement, elle ôta souplement ses chaussures et s'allongea aux côtés de son élève. Elle la saisit délicatement par les épaules et l'attira contre elle. L'enchanteresse se laissa faire, ce qui étonna la directrice adjointe, et posa sa tête sur l'épaule de l'animagus.

- Essaye de dormir, Hermione.

- Je ne suis pas sure de pouvoir, murmura la jeune fille.

Minerva resserra l'étreinte et posa un baiser sur le front de son élève.

- Tu n'es pas seule, je serai toujours là pour toi… chuchota le professeur.

- Je sais. Merci… se contenta de répondre la Serpentard en fermant les yeux.

McGonagall resta un long moment à attendre que la neuvième sage s'endorme, puis quitta doucement la pièce pour rejoindre sa propre chambre. En se glissant sous ses draps, elle se demandait comment elle pourrait remonter le moral d'une femme bloquée dans le corps d'une petite fille, une femme qui venait de perdre ses parents, une femme qui avait été séparée de sa famille pour être plongée dans une époque qui n'était plus la sienne, une femme avec qui elle avait eu la plus belle et la plus courte relation de sa vie. Une relation qui était en attente depuis des mois et qui ne reprendrait peut-être jamais.


Minerva se réveilla en sursaut le lendemain matin. Un bruit d'explosion avait retenti, la tirant brutalement de son sommeil. Elle s'assit dans son lit, désorientée, et chercha à tâtons ses lunettes et sa baguette. Elle finit par chausser la monture et tenir la fine tige de bois entre ses doigts quand un nouveau bruit assourdissant brisa le silence régnant dans son manoir.

- Mais que se passe-t-il encore ? gronda-t-elle en quittant la chaleur de ses draps.

Elle jeta un rapide coup d'œil à la pendule de la pièce et sentit une colère noire l'envahir. Six heures du matin. Elle passa une robe de chambre et des pantoufles avant de sortir. Une fois dans le couloir, elle se dirigea vers le rez-de-chaussée et les bruits se firent de plus en plus audibles. Alors qu'elle gagnait le salon, elle ne put retenir un hurlement en voyant qu'une partie du mur extérieur s'était effondré.

- Par Merlin ! s'exclama-t-elle en posant une main sur son cœur qui battait de manière irrégulière.

Une nouvelle explosion retentit dans le parc. La directrice adjointe se précipita dehors et fut estomaquée par ce qu'elle vit. Merlin brandissait son bâton de sorcier et attaquait inlassablement Hermione qui pestait de manière assez vulgaire. La jeune fille avait le visage couvert de coupure et était toujours en pyjama, pieds nus dans l'herbe.

- Espèce de vieux c… commença la Serpentard en agitant la main.

Un déluge de feu et de glace s'abattit sur l'enchanteur qui ricanait.

- C'est tout ce que tu sais faire ? se moqua le premier sage. T'es pas réveillée ? Il est trop tôt pour mademoiselle ? Essaye d'encaisser ça pour voir !

Toutes les feuilles du parc se changèrent en petites boules d'électricité et fusèrent sur l'enchanteresse qui déglutit. Hermione dressa devant elle un mur de terre qui absorba la plupart des attaques et en profita poser ses mains sur le sol. Le parc se mit à trembler violemment et McGonagall remarqua que le mur de son salon continuait à s'effondrer.

- VOUS ALLEZ ARRETER CA DE SUITE ! hurla le professeur.

Les deux enchanteurs interrompirent leur combat et regardèrent, médusés, la directrice adjointe qui se précipitait vers eux, visiblement hors d'elle.

- J'crois qu'on va se faire engueuler… fit remarquer Merlin, un sourire narquois aux lèvres.

- Je te préviens, j'balance que tout est de ta faute, grommela Hermione en essuyant les traînées de sang qui couvraient son visage.

- Gamine, va ! rétorqua le vieux sorcier en lui tirant la langue.

Le professeur se planta devant les deux enchanteurs et la Serpentard grimaça. Les sourcils de l'animagus étaient tellement froncés qu'ils formaient une ligne noire des plus inquiétantes.

- Je peux savoir ce qui se passe ici ? demanda froidement McGonagall.

- On s'entraîne ! répliqua Merlin joyeusement.

- En écroulant la moitié de mon manoir ? aboya la directrice-adjointe.

- Simple dommage collatéral. On va vous réparer ça en deux secondes… assura le premier sage avec un clin d'œil.

Minerva lui saisit l'oreille et la tira violemment.

- Vous en avez une ! menaça-t-elle alors que le vieux sorcier grimaçait.

Hermione agita mollement la main et les pierres du mur se remirent en place. Quelques instants plus tard, il n'y avait plus aucune trace de l'effondrement.

- Merci Hermione. Je peux savoir à quoi rime tout ceci ? Pourquoi vous battez-vous à six heures du matin ? Les gens normaux dorment à cette heure-là !

- Désolée de t'avoir dérangée, mais ce vieux machin n'a pas eu de meilleure idée que de me faire passer par la fenêtre de ma chambre pour me réveiller… grogna Hermione.

- Il t'a quoi ? balbutia Minerva en tirant plus fortement sur l'oreille de Merlin qui glapit.

Elle leva les yeux et remarqua effectivement qu'une des vitres avait explosé et que les débris de verre gisaient dans l'herbe. De sa main libre, le professeur agita sa baguette et la fenêtre se reconstitua.

- Vous êtes complètement fou ? s'exclama froidement McGonagall en direction de Merlin.

- Faut que la gamine soit prête à tout moment ! se justifia l'enchanteur. Vous pensez qu'Albus va lui envoyer un mémo avant de s'en prendre à elle ?

- Certes, mais je doute fortement qu'il me balance d'une fenêtre à six heures du matin, rétorqua sèchement la Serpentard. Même les mages noirs psychopathes ont besoin de repos !

- Ok, je ne recommencerai pas… promit l'enchanteur, d'un air contrit.

Minerva relâcha l'oreille du vieux sorcier qui la massa avec une moue boudeuse.

- Pour me faire pardonner, je vous ramène le petit-déjeuner, proposa le premier sage. Croissants pour tout le monde, ça vous tente ?

- Le café surtout ne serait pas de refus, répliqua McGonagall en retenant un bâillement.

- Très chère, vous pourriez me dépanner de quelques gallions ? demanda Merlin avec un léger sourire.

McGonagall leva sa baguette et la pointa sur le torse de l'enchanteur qui déguerpit en courant.


La matinée se passa plus calmement, ce qui n'était pas difficile du point de vue de McGonagall. Hermione s'était enfermée dans la bibliothèque de manoir et n'en sortit qu'à l'heure du déjeuner. La jeune Serpentard avait le visage fermé et n'avait pas desserré les dents du repas, sous les regards inquiets de McGonagall et de Merlin. Pourtant, l'enchanteur avait tenté de détendre la situation en racontant des histoires de son ancienne vie, à l'époque où il pourchassait les romains avec Arthur et les Chevaliers de la Table Ronde.

- Et c'est là que Lancelot se trouve face à deux bonnes femmes qui le menaçaient de couteau de cuisine. Et vous savez ce que l'autre puceau a fait ? demanda l'enchanteur, hilare.

Minerva eut un léger sourire. Le premier sage était un conteur hors pair. Il savait distiller les détails, arrivait à accaparer l'attention de l'auditoire et était maître dans l'art de ménager le suspense. Sans oublier la dose d'humour qui le caractérisait.

- Il a fuit comme une lopette et s'est fait poursuivre par les deux greluches sur un bon kilomètre. On l'a vu arriver, soufflant comme un bœuf, terrorisé, dégoulinant de sueur dans son armure. Le mec venait d'éliminer cinq démons venus de l'enfer, et il se tire devant deux pauvres filles qui avaient mal compris ses intentions.

McGonagall leva les yeux au ciel, amusée, tandis qu'Hermione finissait la dernière bouchée de son plat. La jeune fille replia soigneusement sa serviette et se leva lentement.

- C'est l'heure de la petite promenade, se contenta de dire l'enchanteresse.

- Elle parle ! se moqua Merlin en se balançant sur sa chaise.

Il se mit debout et lissa sa barbe blanche, le regard pétillant de malice.

- Je te suis… dit-il plus sérieusement.

- Puis-je savoir ce que vous allez faire ? demanda le professeur de métamorphose en haussant un sourcil.

- C'est une surprise. Mais vous pouvez venir avec nous, si vous voulez. Je m'enchante de votre compagnie… répondit le premier sage avec un sourire charmeur.

- Merlin… gronda Hermione.

- Quoi ? Plus on est de fou, plus on rit ! se justifia l'enchanteur.

La Serpentard se contenta d'un regard noir, attrapa le bras de Merlin et la main de McGonagall et les fit transplaner tous les deux avec elle. Quelques instants plus tard, ils se trouvèrent sur un petit sentier de terre en altitude, à l'entrée d'une grotte.

- La Fontaine de Jouvence… marmonna Minerva alors que les souvenirs de sa première escapade avec Hermione en ces lieux envahissaient son esprit.

Sans un mot, la neuvième sage pénétra dans la cavité, suivi par les deux sorciers. Ils marchèrent quelques pas et un troll d'une taille impressionnante leur bloqua le passage.

- N'avancez pas, mortels ! tonna la créature. Je suis le gardien de la Fontaine de Jouvence. Laissez-moi vérifier que vos intentions sont aussi pures que l'eau que vous désirez boire…

L'enchanteresse fit un pas en direction du troll et leva la tête.

- Autant vous faire gagner du temps, commença la jeune fille. Nos intentions sont impures comme les rives du Styx. On passe tout de suite à l'affrontement ?

Le Troll recula, apeuré, et Hermione fronça les sourcils, surprise.

- Je ne vous avais pas reconnue, veuillez me pardonner… balbutia la créature en faisant une profonde révérence.

- Lancelot, sors de ce corps, se moqua Merlin.

- Vous êtes la Source, l'Origine de toutes magies. La Fontaine vous appartient. Vous pouvez y aller. Si vous avez besoin de quoi que ce soit… murmura le gardien en s'écartant du chemin.

Les trois sorciers échangèrent un court regard et se dirigèrent vers le fond de la caverne.

- Encore plus bas la révérence, carpette… ricana le premier sage en passant à côté du troll.

Les deux enchanteurs et le professeur de métamorphose finirent par arriver au bord d'un lac qui semblait assez profond.

- Merlin, tu sais ce qu'il te reste à faire… marmonna Hermione en s'asseyant, le dos contre la paroi rocheuse.

- Bien sûr, répliqua l'enchanteur avec bonne humeur.

Il s'approcha de la rive, suivi par Minerva.

- Dans quel but voulez-vous rajeunir ? demanda la directrice adjointe.

- Vous voulez connaître les plans machiavéliques de la petite ? interrogea le sorcier avec un rictus. Je fais trempette, et je vous explique après.

Merlin se pencha au-dessus de l'onde et fronça les sourcils.

- Un problème ? s'enquit McGonagall.

- J'ai l'impression qu'il y a quelque chose dans l'eau… marmonna l'enchanteur.

- Laissez-moi regarder, proposa la directrice-adjointe en se penchant légèrement.

Le premier sage se redressa subitement et poussa l'animagus qui tomba dans l'eau en poussant un cri de stupeur.

- Merlin ! hurla Hermione en se levant. Qu'est-ce que tu fais ?

- Tu me remercieras plus tard ! répliqua le vieux sorcier en plongeant à son tour dans l'eau rajeunissante.

La Serpentard s'approcha du lac et quelques secondes plus tard, les deux sorciers sortirent de l'onde. Tous deux avaient considérablement rajeuni. La barbe blanche de l'enchanteur avait fait place à un bouc châtain clair, parfaitement assorti à ses cheveux. Les profondes rides qui creusaient son visage s'étaient estompées, laissant juste des pattes d'oies au coin de ses yeux. Si Hermione avait dû lui donner un âge, elle aurait tablé sur quarante, quarante-cinq ans. Quant à Minerva… L'enchanteresse ne savait plus comment respirer. La directrice adjointe était d'une beauté éblouissante. Hermione lui donnait un peu plus de la vingtaine. Ses cheveux noirs, ruisselant d'eau, tombaient négligemment sur ses épaules. Son visage était parfaitement lisse, sa peau, nacrée, et ses yeux verts exprimaient une colère froide. La magie du professeur était un souffle brulant qui tourbillonnait dans l'air.

- VOUS ETES LE PIRE ABRUTI QUE LA TERRE AIT PORTE ! rugit McGonagall en décochant une droite dans le visage du premier sage.

L'impact fut rude. Merlin tituba mais évita de tomber à nouveau dans l'eau rajeunissante.

- Ne soyez pas ingrate, très chère Minerva… répliqua l'enchanteur en grimaçant de douleur.

Les yeux bleus rieurs se posèrent alternativement sur Hermione et son professeur.

- Dans quelques années, vous me remercierez, croyez-moi… ajouta-t-il, amusé.


La suite la semaine prochaine !

En vous souhaitant un bon week-end,

Bises,

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