Bonjour ! Est-ce qu'il y en a encore qui sont présents malgré le délai d'un an entre les deux chapitres ? Je sais que ça ne sert à rien mais désolée d'avoir mis tant de temps, et puis pour ceux qui sont curieux je vous invite à lire ma note de fin de chapitre après avoir lu le chapitre, j'explique en quoi écrire ce chapitre a été si compliqué, à mettre en relation avec tout ce qui y est révélé.
Je vous conseille de lire le résumé des premiers chapitres pour comprendre un peu. Je veux juste vous préciser un truc concernant la construction de ce chapitre. Il est divisé en deux grandes parties : la première concerne les vacances des Maraudeurs à Barcelone et en particulier Peter. La deuxième partie, bien plus longue (et que j'ai plus eu d'intérêt à écrire personnellement), concerne la rencontre entre Lily, Lyra, Liana et la fameuse Chelsea ! Tout ça pour dire que si vous n'êtes pas trop passionnés par le début, vous savez ce qui vous attend ensuite :).
Un grand merci aux revieweurs : La couleur du ciel, Zod'a Quatique, AndouilleEtSushi, Juju (Je suis vraiment contente que la partie des filles t'ait plu, j'espère que ce sera pareil pour la suite. Et tu as une bonne intuition pour Marlene et Peter, ça ne va pas être si simple... merci !), Sundae Vanille, Guest (merci pour ton enthousiaste, je suis ravie que ça te plaise :)), s silver, theoneword, (merci beaucoup pour tes compliments, c'est vraiment cool que cette histoire continue de t'intéresser :)) et Zachitoya. Vous êtes le moteur de ma motivation et quand je bloque, je relis parfois vos reviews et ça me met un coup de boost, merci !
Résumé des premiers chapitres : Concernant l'été des Maraudeurs, la mère de Remus a fait une rechute quant à son cancer mais après une mastectomie et un séjour à l'hôpital, elle est plus en forme que jamais. Suite à la bataille de Pré-Au-Lard et les traumatismes que ça a laissé, Marlene (Mckinnon, amie d'enfance de James qui habite dans un manoir près de celui de James, et dont Peter est amoureux en secret depuis un an environ) demande à James de l'entraîner au duel pour pouvoir se défendre la prochaine attaque, et invite Peter à les rejoindre. Les Maraudeurs prévoient d'aller à Barcelone. Remus n'y va pas, préférant profiter de sa mère, se disant qu'il ne la reverrait peut-être plus aussi en forme vu qu'elle est quand même en stade terminal. Suite à une soirée très arrosée qui a mené les quatre urluberlus à se battre contre Rogue et Rosier dans une taverne londonienne, et qui les a envoyé en cellule de dégrisement au Ministère, obligeant les parents Potter et Andromeda à payer leur caution pour les délivrer - bref, suite à tout ça, James est interdit de Barcelone et doit aller avec ses parents en vacances sur une île dans la Mer du Nord. Là-bas, il parvient à faire venir Valentine, une jeune femme rencontrée lors de leur soirée arrosée, pour s'envoyer en l'air à l'insu de ses parents. Pendant ce temps, Marlene et Peter décident de s'entraîner même sans James. Lors d'une de leur séance, Marlene flirte un peu et puis ils s'embrassent pour la première fois. Peter part ensuite avec Sirius à Barcelone. Ils se font des amis, sorciers et à peu près de leur âge : Juanita, bombe sexuelle, Ignacio, frère jumeau de Juanita, Felipo, colocataire d'Ignacio. Au bout de quelques jours, James les rejoint, ayant réussi à persuader ses parents de le laisser y aller.
Concernant Lily, Lyra et Liana. On rappelle qu'avec Isée Moroz, leur prof de DCFM de l'année dernière, elles ont un peu étudié l'Ancienne Magie, une magie sans baguette qui nécessite des prédispositions et qui serait la magie utilisée par les tous premiers sorciers, et les trois filles sont plutôt douées. Isée meurt et leur laisse un message posthume dans une Pensine : elles ont plus que des prédispositions à cette magie, elles ont une magie particulière d'après Isée qui ferait d'elles des "êtres exceptionnels". Elle leur donne alors des indices pour tenter de retrouver une certaine Chelsea, une sorte de spécialiste en Ancienne Magie qui vit aux Etats-Unis et qui pourrait tout leur expliquer.
Mais cette Chelsea est introuvable - ou plutôt, elle ne veut être retrouvée que par les bonnes personnes - et les recherches s'annoncent compliquées. Ce qu'on sait d'elle : il y a plus de vingt ans Chelsea Mertilloni fut Conférencière en Théorie Magique à l'Université de Salem pendant seulement deux ans, où elle aurait monté un groupe de travail avec quelques étudiants. Il ne reste plus aucune trace de ce groupe dans les archives de l'Université et Chelsea a magiquement obligé ces quelques élèves à garder le secret sur ce qu'il s'y était passé. Après cela, Chelsea a disparu de la circulation. Il s'avère qu'elle a passé sa vie à se cacher, sous plusieurs pseudonymes (Carolina Melrow, Camille Montebourg, etc). Isée leur donne de plus le nom de quelques personnes que Chelsea a pu connaître. Les trois filles envoient donc des lettres à tous les pseudonymes de Chelsea et à ces connaissances en expliquant leur situation, malgré le fait qu'elles n'aient aucune idée de leur adresse.
Liana étant restée un peu avec Remus tant que sa mère était à l'hôpital, Lily et Lyra partent seules aux Etats-Unis. Elles logent chez Lyndon Lovitz, prof de DCFM de 5e année, ami de Lyra, qui vit à Salem avec son frère Dwight. Tous deux se cachent à Salem sous une nouvelle identité et Lyra est leur Gardien du Secret. Les Lovitz acceptent de mettre Lily dans le secret pour qu'elles puissent loger chez eux tout en cherchant Chelsea.
Elles reçoivent la lettre d'une certaine Sandra, qui a connu Chelsea dans les années trente, sous le nom de Carolina Melrow. Elles étaient très proches, Carolina était la marraine de sa fille Iris, mais elle a disparu en 1939, sans donner de nouvelles. Ce n'est que dix ans plus tard, le jour de l'anniversaire de sa fille, qu'un homme inconnu se pointe chez elle avec un cadeau pour Iris, et Sandra devine qu'il vient de Carolina. Depuis, cet homme vient tous les ans donner son cadeau à Iris de la part de Carolina, bien qu'il n'y ait jamais de carte ou de signature venant d'elle. Sandra apprend un jour que cet homme s'appelle Thaddeus Wrinkley.
Lily et Lyra retrouvent ce Thaddeus Wrinkley, un Métamorphomage, qui a connu Chelsea sous le nom de Chloe Merouak à une conférence sur les magies alternatives. Chloe et Thaddeus, tous deux passionnés de magie, ont travaillé ensemble sur la magie des Métamorphomages. Thaddeus a ensuite créé une communauté, les Descendants des Changeurs de Peau, avec lui et douze autres mages qui font des recherches sur la Magie sans Baguette. Ils se réunissent tous les trois mois. Chelsea a en réalité créé ce groupe avec lui, mais personne ne le sait sauf Thaddeus. Thaddeus ne l'a plus vue depuis des années, ils se communiquent leurs travaux grâce à une cachette magique à l'Université de Salem : Chelsea, où qu'elle soit, est capable d'envoyer ces recherches dans cette cachette tandis que Thaddeus doit s'y rendre pour laisser les siennes.
Thaddeus accepte d'aider les filles à retrouver Chelsea. D'après Isée, Chelsea logerait dans le Maine, et Thaddeus a une idée un peu plus précise. Mais selon lui, elle ne se montrera à elles que si elles parviennent à faire une prouesse magique suffisamment extraordinaire pour attirer son attention. Lyra et Lily reçoivent ensuite une lettre d'Ismaël Delaunois, qui a été l'un des étudiants de Chelsea à avoir participé au groupe de travail. Elles le rencontrent à New York et Liana les y rejoint. Ismaël est un artiste qui se sert de l'Ancienne Magie pour créer ses sculptures. Il n'a aucun renseignement sur le lieu où vit Chelsea, mais il veut bien les aider à trouver quelle prouesse magique réaliser.
Les trois filles se retrouvent dans une clairière paumée dans le Maine près d'une bourgade nommée Milton, qu'elles ont choisi. Elles y réalisent le Processus de Révélation, processus qui consiste à prendre contact avec la magie de la nature et à lui demander de se montrer, de se révéler. Elles ont du mal à le réaliser. Il faut pour ça qu'elles ressentent leur magie, qu'elles lient leur magie à toutes les trois entre elles pour avoir plus de puissance, et ressentir ensuite la magie qui les entoure. La rencontre entre leurs trois magies est déjà particulièrement intense et éprouvante, mais elles perdent complètement le contrôle en ressentant la magie de ce qui les entoure. Elles tombent inconscientes. Elles tentent une deuxième fois le Processus, bien plus prudemment, et le réussissent.
Le lendemain, des scientifiques moldus sont à Milton pour analyser ce qu'ils ont pris pour un séisme, alors que c'était le Processus. Les filles s'y rendent, se font discrètes, jusqu'à qu'un chat roux ne vienne les chercher. Le chat les guide jusqu'à une autre clairière avec une maison. Trois vieillards sont assis sous le porche, mais se montrent hostiles et muets. Puis une femme sort de la maison et les accueille, il s'agit de Chelsea.
Disclaimer : Le monde d'Harry Potter appartient à JKR. Il y a trois chansons dans ce chapitre. Les premières paroles en italiques dispersées dans la première partie du chapitre sont extraites de "Just The One" de The Levellers (je l'ai écouté le jour où j'ai posté le chapitre et les paroles allaient juste trop bien avec la partie). Dans la même première partie, il y a I Shot The Sheriff d'Eric Clapton (certes créée par Bob Marley mais la reprise de Clapton a fait connaître la chanson puis Bob ;)). Et le titre de ce chapitres et les paroles en anglais introduites dans la 3e partie du chapitre sont extraits de la chanson "Hollow Men" de Marillion, une chanson absolument magnifique.
Playlist : Marillion - Hollow Men - Brave (album) - Somewhere Else (album) ; The Levellers - Just The One ; Steely Dan - Greatest Hits (album) ; Dire Straits - Communiqué (album) - Alchemy Live (album) ; The Smiths - Best I... (album) - ... Best II (album) - Strangeways, Here We Come (album) ; Hooverphonic - Mad About You - The World Is Mine - Eden - Renaissance Affair (toutes 4 tirées du Live With Orchestra) ; Porcupine Tree - Lightning Bulb (album) - Shesmovedon - Russia On Ice - Lightning Bulb
Ceux qui quittaient Poudlard
4. The Hollow Men
3 Août 1974
Au premier coup d'œil, on n'aurait su dire que la boîte de nuit était sorcière, tant elle ressemblait à n'importe quel club moldu. Vaste, elle comportait plusieurs pistes de danse et de nombreux coins où s'asseoir, autour de hautes tables rondes et étroites ou dans des boxes avec des banquettes confortables. La lumière était tamisée, des jets de couleurs différentes, de nuances plutôt chaudes partant du rose à l'orange en passant par le vert doré, donnaient une ambiance vivante sans être trop agressive. La musique allait du disco moldu à la pop typiquement sorcière, d'origine espagnole ou anglophone. Les boissons, alcoolisées ou non, étaient uniquement sorcières.
Do you fancy a drink, Just the one, To clear your head, We won't be long. It's a beautiful day, To waste away, There's plenty of time, For another one.
Ils étaient tous les huit perchés sur de hauts tabourets autour d'une table ronde, au moins trois verres vides posés devant chacun d'entre eux. James et Sirius plaisantaient avec Ignacio et Felipo, tous quatre s'entendaient comme larrons en foire. Juanita participait ici et là à la conversation, essayant sans grand succès d'attirer l'attention de James. Une fois que celui-ci s'était remis du choc visuel qu'avait provoqué sa beauté époustouflante de bombe latine et qu'ils firent plus ample connaissance, il la trouva inintéressante au possible.
A priori, sa présence dans le groupe ne tenait qu'à deux raisons. Primo, elle était la jumelle de Felipo. Deuzio, sa beauté leur ouvrait l'accès à tous les clubs moldus et sorciers de la capitale catalane.
Lorsqu'elle s'ennuyait de ne pas être le centre de l'attention de ses nouveaux et anciens amis, elle balayait le reste de la salle d'un regard nonchalant ou séducteur, laissait un autre mâle l'approcher et la flatter, lui offrir un verre ou parfois, mais rarement, lui accorder une rapide danse.
Peter, quant à lui, discutaient avec les deux autres filles du groupe, Sasha et Roxane. Sasha était originaire d'Andorre, et la meilleure amie de Felipo. Tous deux étaient du même âge, vingt ans, et s'étaient connus à l'Escuela de Policía Mágica, autrement dit l'école de la police magique espagnole. Dès que les deux Maraudeurs rencontrèrent le petit groupe barcelonais, Sasha s'était aussitôt prise d'amitié pour Peter qui le lui avait bien rendue.
Sirius, et maintenant James, dirent à mots couverts à leur ami qu'ils étaient persuadés qu'elle en pinçait pour lui et l'encourageaient à faire le premier pas... Mais Peter continuait à dire qu'ils n'étaient qu'amis. Il ne voyait pas les regards un peu plus intéressés qu'elle posait sur lui. Bien qu'elle savait pertinemment qu'il n'était là que pour quelques jours, alors Sasha ne se faisait pas d'idée.
C'était la première fois que Roxane rencontrait les Maraudeurs. Elle était française et plus âgée que ses amis, car si les cinq autres avaient entre dix-huit et vingt ans, Roxane en avait vingt-cinq. C'était une éternelle étudiante qui parcourait les différents pays européens depuis sa majorité tout en cumulant études de lettres et de droit. Ses déménagements perpétuels, les changements de programme entre chaque pays et le fait qu'elle devait apprendre une nouvelle langue à chaque fois, même si elle avait une réelle facilité pour les langues, ne l'aidaient pas à valider ses études aussi vite qu'un étudiant lambda. En effet, elle n'avait en lettres que le niveau d'une deuxième année et en droit celui d'une quatrième année, après sept ans d'études. Mais Roxane adorait sa vie et avait la chance d'être la fille unique et pourrie gâtée de deux avocats renommés dans toute la France sorcière...
- Ça va bientôt faire deux ans que je suis à Barcelone, expliqua-t-elle avec un léger accent français mais dans un anglais sinon très bon. Avant, j'ai vécu à Paris, Londres, Dublin, Prague et Rome. Et ce qui est vraiment marrant, c'est la relation entre les moldus et les sorciers ici. Je n'ai jamais vu ça ailleurs. Et c'est d'autant plus surprenant quand on connaît le contexte politique du Royaume-Uni, je veux dire, ça commence à devenir pesant là-bas, non ?
- C'est vrai que ça devient pas bien drôle, acquiesça Peter. Nous encore à Poudlard, notre collège, on reste protégés mais même là-bas les relations entre les pro sang-purs et les nés-moldus sont hyper tendues. Alors dans le monde réel, c'est de pire en pire.
- Tandis qu'ici, les moldus et les sorciers vivent en totale harmonie, c'est incroyable. Enfin non, l'harmonie serait totale si les moldus connaissaient l'existence de la magie, mais ce n'est pas le cas. Notre secret est bien gardé. En fait, c'est le Département du Secret Magique qui doit avoir le plus de boulot dans notre Ministère. Les sorciers s'entendent tellement bien avec les moldus que certains ont envie de leur livrer notre secret, donc le Ministère est là pour remettre les pendules à l'heure.
- Sauf si tu veux te marier avec un moldu, intervint Sasha, dont l'anglais était irréprochable grâce à sa grand-mère américaine.
- Evidemment. Il y a beaucoup de sorciers, principalement des sang-mêlés ou des nés-moldus, qui vont travailler chez les moldus. Autre exemple, celui de la plage et du surf, qui sont pratiquement une religion à Barcelone. Nous n'avons qu'une seule plage sorcière alors qu'il doit y avoir cinq ou six plages moldues. Nous utilisons la plage sorcière seulement pour les touristes qui ne veulent pas se mélanger aux moldus et pour l'Olead, qui est l'unique sport de mer magique espagnol, ou plutôt catalan. Je ne sais pas s'il y a d'autres sports de mer dans le reste du pays, dit Roxane en se tournant vers Sasha pour lui demander son avis.
- Il faudrait plutôt demander ça aux garçons, répondit-elle en haussant les épaules.
- Voilà. Le reste du temps, les sorciers font du surf bien moldu et les plages moldues leur suffisent. On fait la fête chez eux aussi, on boit leur alcool, on va dans leurs restos... D'ailleurs, demain on vous emmène dans une boîte moldue et vous verrez ! T'as déjà fait la fête chez des moldus anglais ?
- Jamais » avoua Peter, et il se lança alors dans une description plutôt subjective des relations entre moldus et sorciers au Royaume-Uni.
Il fut interrompu à mi-chemin dans son explication par James et Sirius qui l'attrapèrent pour le mener de force sur la piste de danse. I Shot The Sheriff, le tout dernier hit d'Eric Clapton de son album 461 Ocean Boulevard sorti à peine un mois plus tôt, venait de commencer. Eric Clapton avait beau être moldu, il était l'un des meilleurs guitaristes du monde entier, d'après Lyra et Liana (et probablement Lily).
Depuis que Sirius et Lyra étaient officiellement ensemble, elle était devenue leur principale source de découvertes musicales non-magiques. La musique était sa passion, qu'elle partageait avec Liana et Lily. Liana avait rajouté son grain de sel depuis qu'elle sortait avec Remus. Ce dernier était ravi car il était également un passionné, mais moins porté sur les groupes moldus.
Avant Poudlard, tous sauf Peter jouaient d'un instrument, mais Sirius et James n'avaient jamais été très assidus. Remus jouait de la batterie, Lyra du violoncelle, Lily du violon et Liana du piano. En plus d'être passionnés, tous quatre étaient aussi de bons musiciens, aussi portaient-ils une attention particulière à ce que les musiciens professionnels qu'ils écoutent soit plutôt bons dans leur genre. Clapton en faisait évidemment parti.
Les Maraudeurs s'étaient procurés son dernier vinyle et l'écoutaient déjà en boucle sur la platine de Remus avant de partir à Barcelone.
- They say they want to bring me in guilty, for the killing of a deputy, for the life of a deputy, but I say ! chantèrent en chœur James, Peter et Sirius.
- I SHOT THE SHERIFF, BUT I SWEAR IT WAS IN SELF-DEFENSE ! crièrent-ils, accompagnés de bien d'autres fans.
Ignacio et Felipo les rejoignirent sur la piste et leur tendirent des verres à shot remplis d'un alcool fort, qu'ils burent en poussant de grandes acclamations. Sirius offrit une deuxième tournée. La soirée devint à partir de ce moment plutôt... Floue.
Make mine a short, I'm getting there, But where that is, I couldn't care. There must be something I havn't tried, Perhaps that bottle before my eyes.
Le dernier moment clair de la soirée fut lorsque les quatre barcelonais - Juanita était restée en bas - emmenèrent les trois britanniques dans les toilettes des hommes, après s'être assurés qu'elles soient vides. Ignacio se pencha vers eux, un sourire malicieux aux lèvres qui se répercuta aussitôt sur le visage de James et Sirius. Un sourire purement maraudeuresque.
- On a un truc à vous proposer.
- Plutôt à vous faire goûter, rajouta Felipo avec le même air.
- C'est de la bombe, vous allez adorer.
- Certains diront que son utilisation ne remplit pas tous les critères de la moralité...
- D'autres décriraient notre produit magique comme illicite...
- Il y en a même qui parleront de comportement illégal-
- Mais nous n'aimons pas beaucoup ce mot, terminèrent-ils d'une même voix, avant d'éclater de rire car ils ne s'étaient visiblement pas concertés pour être aussi synchros.
Les filles et les Maraudeurs rirent également. « Donc en gros, vous nous proposez de prendre de la drogue » dit James, une étincelle brillant dans ses prunelles brunes.
- C'est réellement sans danger. Ça a été inventé par des sorciers qui ont repris un peu la formule chimique de l'ecstasy, une drogue moldue, mais qui l'ont un peu... modifié à la sauce magique. Ça s'appelle le cristal.
- Et qu'est-ce que ça fait ? » demanda Peter, intéressé. En temps normal, il aurait été plus réticent que ses deux amis car naturellement plus inquiet, mais l'effet désinhibant de l'alcool lui donnait toujours l'impression qu'il était invincible et qu'il se devait de croquer le monde à pleine dent.
- Principalement, ça te donne très envie de faire la fête. Ça te fait aussi aimer tout le monde, tous ceux qui t'entourent deviennent ton meilleur ami. Chacun ressent un peu les choses différemment, mais c'est toujours des effets agréables.
- On a quelque potes qui ont eu un petit effet hallucinogène, continua Ignacio. Sasha a ressenti des sensations un peu étranges aussi.
- Tu en as pris ? s'étonna Peter.
You feel alright, You get a pill, You take just half, Then take the rest of it, For a laugh.
L'andorrane sourit timidement. Ils ne la fréquentaient que depuis quelques jours, mais il était évident qu'elle était la réservée du groupe. Pourtant, elle semblait bien cacher son jeu « Si j'en ai pris, c'est que c'est vraiment gentil comme drogue et que tout le monde en prend à Barcelone. Mais oui, j'ai eu des espèces de fourmillements et une sensation de flotter, qui appuie beaucoup la sensation de bien-être que ça procure et que tout le monde a.
- Voilà, appuya Felipo. Si vous êtes chauds, on attend juste Juanita qui est allée nous en procurer. Elle devrait plus tarder.
Troisième raison qui la rendait indispensable au groupe : ses contacts parmi les meilleurs dealers de la ville. L'espagnole arriva sur ces entrefaites et leur offrit un sourire rayonnant, qui rendit les jambes de Peter flageolantes.
- Vous leur avait fait le topo, c'est bon ? » demanda-t-elle en regardant son frère jumeau. Une fois qu'Ignacio hocha la tête, elle leur montra rapidement un comprimé bleu nuit et ovale, à peine plus grand qu'une tête d'épingle, et qu'elle mit dans sa bouche.
Avec un sourire aguicheur, elle s'approcha ensuite de James, coula une main dans sa nuque et l'embrassa sans qu'il n'ait eu le temps de dire « Quidditch ». Un baiser torride s'ensuivit, qui dura à peine cinq secondes car James y mit fin en toussant.
- T'es folle ! J'aurais pu m'étouffer !
- Tu l'as avalé, au moins ? s'enquit Juanita avec un air exaspéré, tandis que Sirius et Peter éclatèrent de rire en comprenant la situation.
- Oui, c'est bon, merci, répondit James avec mauvaise humeur.
- Désolé les gars, dit Ignacio avec un sourire radieux, mais nous n'avons pas prévu de vous donner le cristal comme ça. Vous allez l'avaler tout seul, comme des grands !
- Bizarrement, je ne suis pas si déçu que ça, rit Sirius.
You know you shouldn't do it, But see no reason why, So you blow your mind, Yeah, yeah,
Tout le monde sauf Roxane avalèrent ainsi un cachet bleu. Roxane leur expliqua qu'elle ne se droguait jamais et buvait même très peu d'alcool.
Et alors là... Les synapses s'affolent, les neurones collapsent. Ton cœur s'accélère, il y a comme une sensation de vertige mais qui ne t'affaiblit pas, au contraire, ça te donne un énorme coup de pep's. C'est comme ta vue, tes yeux se floutent quelques secondes mais pour réajuster ta vision sous cristal. Tout devient alors plus beau, les couleurs sont plus vives, même les gens sont plus beaux et paraissent tous plus sympas. T'as mal aux zygomatiques tellement tu souris fort - James
Complètement exalté. Jamais je n'ai connu une telle énergie. J'étais en phase avec tout le monde, tous ces inconnus. Je sentais mon corps frissonner quand le cristal s'est mis à couler dans mes veines, ou que sais-je, et mon esprit vibrait au rythme de la musique. La musique, d'ailleurs, je suis incapable de m'en rappeler, mais j'étais à fond. Je dansais surtout sur du rythme, et le rythme a pris possession de mon corps quand la drogue a pris possession de mon esprit - Sirius
Wow. Juste... Wow - Peter
Ils passèrent les deux heures suivantes à danser avec une énergie incroyable, sans jamais avoir besoin de pause. Ignacio, Felipo et Juanita disparurent assez rapidement, préférant la compagnie de leurs séduisantes conquêtes à celle de la foule. Roxane ne tarda pas non plus, ayant cours tôt le lendemain.
Seule Sasha resta avec eux, ce qui fut une bonne chose. Elle était celle qui les obligeait à boire de l'eau, car la déshydratation était le seul danger de cette drogue. Peter eut cependant besoin d'une pause et Sasha l'accompagna dans un des boxes.
- Tu as eu des nouvelles de Marlene ? lui demanda-t-elle.
Peter fronça des sourcils, se demandant comment elle pouvait encore penser et raisonner dans cet état. Elle avait simplement plus d'expérience que lui puisque, finalement, Peter n'avait jamais consommé de drogue auparavant. Il dut user de toute sa concentration pour pouvoir lui répondre.
- Non. Pas depuis la lettre que tu m'as...
- Conseillé d'envoyer ? finit-elle pour lui, voyant qu'il peinait.
Elle partit dans un fou-rire hystérique devant l'air hébété qu'il afficha. Il la rejoignit très vite et ils terminèrent à bout de souffle, les côtes douloureuses, de longues minutes plus tard.
Remontons quelques jours plus tôt, au tout début du séjour de Sirius et Peter. Ce jour-là, Peter s'était levé à l'aube, bien plus tôt que son ami. Une pensée l'empêchait de dormir. Il avait embrassé Marlene... La fille dont il était tombé amoureux tout juste un an plus tôt l'avait embrassé... What ?
Et pas seulement un petit smack et des excuses bafouillantes ensuite, pour faire comme s'il ne s'était rien passé, non ! Un vrai baiser langoureux de plusieurs minutes, puis un long moment où ils étaient simplement dans les bras l'un de l'autre, à profiter de la sensation de leurs corps pressés l'un contre l'autre. Puis un autre baiser enflammé, Marlene qui lui souhaitait de bonnes vacances, et Peter qui mit deux fois plus de temps à rentrer chez lui que d'habitude.
Puis il était parti en Espagne. Et, finalement, c'était comme s'il ne s'était rien passé. Le Maraudeur se disait parfois qu'il avait simplement rêvé, que tout ceci n'était jamais arrivé. Il ne savait pas quoi faire. Lui écrire ? Attendre de la voir en Angleterre ? Lui écrire pour lui donner rendez-vous là-bas ? Il avait gribouillé des dizaines de débuts de lettre et froissé des tonnes de parchemins avant que Sirius ne se réveille.
Peter et Sirius passèrent l'après-midi même sur la plage de la Barcelonette et ce fut à ce moment qu'ils rencontrèrent leurs futurs amis barcelonais. Le courant passa instantanément, ils bavardèrent durant des heures sur le sable. Ils leur firent découvrir la plage sorcière de Barcelone. Peter s'était discrètement éloigné du petit groupe pour marcher en bordure de la mer, les pieds dans l'eau. Sasha n'avait pas tardé à le rejoindre.
Marlene lui retournait tellement le cerveau et il avait tant besoin d'en parler qu'il ne tarda pas à craquer et à lui raconter toute l'histoire. Alors qu'elle lui avait simplement demandé, sans fioriture ni prendre de gants, si c'était à cause d'une fille qu'il tirait la tronche.
Elle fut d'une écoute attentive et Peter se sentit libéré d'un poids rien qu'en se déchargeant par la parole. Elle lui conseilla de ne pas lâcher l'affaire, de ne pas faire comme si de rien n'était. Il y avait définitivement quelque chose aussi de son côté à elle. Aucune fille ne se conduit comme ça, à part si c'est une séductrice en herbe qui a l'habitude de jouer avec les garçons. L'est-elle ? Non, bien sûr que non. Alors aucune fille ne se conduit comme ça si elle ne ressent pas quelque chose. Et si tu ne tentes pas quelque chose, tu t'en voudras toute ta vie.
Elle lui conseilla donc de lui écrire, sans rien dire, juste pour demander de ses nouvelles et raconter le début de leur séjour. Lui rappeler avec humour qu'il continuait de chercher son cadeau. Que la ville lui aurait plu et qu'elle aurait aimer goûter à la douceur de la Méditerranée.
Il lui envoya la lettre. Pas encore de réponse. « Si tu étais Marlene, comment tu aurais réagi en recevant ma lettre ? » cria Peter par-dessus la musique. Sasha réfléchit quelques secondes, mais au vu de l'état dans lequel se trouvait Peter et son attention facilement virevoltante, il ne comprit pas sa réponse. Il remuait sur le rythme de la chanson, assis sur sa banquette, les yeux perdus sur les danseurs de la piste et un sourire aux lèvres.
Il vit les lèvres de Sasha bouger mais n'entendit pas. Elle se répéta, il fronça les sourcils. Elle rit et s'installa sur la banquette à côté de lui pour qu'il l'entende mieux. Elle se pencha vers son oreille.
- Je pense que quand tu es parti, à la place de Marlene, je me serais posée mille questions. Que voulait dire ce baiser, est-ce que j'ai pas fait une erreur, est-ce qu'il me plaît, est-ce que je lui plais... Une prise de tête typiquement féminine, en gros » Elle déglutit « Et en recevant ta lettre, je me serais dit que ce n'est pas la peine de réfléchir autant. Cette lettre me rappelle l'amitié tranquille qu'on a et que, si quelque chose doit se passer entre nous, les choses se feront tout aussi tranquillement, et qu'il faut laisser les choses se faire comme ça, tranquillement »
Au début, il fit preuve d'un certain effort pour se concentrer sur ses paroles, qui résonnèrent avec sens dans son esprit. Il comprenait et était d'accord. Mais bien vite, le cristal détourna son attention sur toute autre chose, du réfléchir il passa au sentir, bien plus intéressant. Il sentit les rayons de sa chaleur corporelle atteindre les extrémités de son corps. Il sentit son souffle dans son cou. Et s'il avait prêté attention à ses phrasés répétitives et plus brouillons vers la fin de sa diatribe, il aurait compris qu'à elle aussi, la tête lui tournait.
Sasha posa sa main sur sa cuisse et un courant électrique, doux et agréable, passa de sa cuisse à tout le reste de son corps pour terminer dans un frisson au niveau de son bas-ventre. Il passa un bras sur le sommet de la banquette, derrière ses épaules. Ses doigts frôlèrent le sommet de son épaule nue, sans qu'il l'ait prémédité. Leurs regards se croisèrent.
Marlene n'existait plus, juste cette plénitude, cette assurance qu'il n'y avait plus que Sasha et lui, qu'il l'aimait très fort comme il aimait tout le reste du monde, et qu'il était dans la recherche de toujours plus de proximité avec elle. Toujours plus de sensation de plaisir.
Ils s'embrassèrent. Quelques minutes plus tard, le videur les jetait dehors car Peter caressait ses fesses sous sa jupe et qu'elle avait la main dans son pantalon.
La drogue n'avait pas suffisamment aliéné leur capacité à ressentir de la honte, alors cette fois, il n'y eut pas de fou rire. Ils étaient tous deux sous le choc, car ils n'avaient pas vu venir ce désir charnel, ni leur audace, encore moins ce grand sorcier métis qui s'occupait de la sécurité.
Sasha se passa une main nerveuse dans sa chevelure et lui jeta un regard en biais « Pas la peine de se mettre martel en tête. Cette foutue drogue nous fait tous faire des trucs bizarres. A demain, Peter » et elle transplana. Peter se retrouva tout seul, sans aucune idée de comment il pouvait prévenir ses amis, qui eux étaient toujours dans cette boîte dans laquelle il ne pouvait plus rentrer et dont ils n'avaient présentement aucune raison de sortir.
Les dits olibrius avaient totalement perdu la notion du temps. Après avoir dansé, James et Sirius ressentirent le besoin de prendre l'air et grimpèrent le premier escalier qui butèrent contre leurs pieds. Ils passèrent outre le cordon sur lequel on pouvait lire le mot Privé et arrivèrent sur le toit du bâtiment aménagé en terrasse.
- Ça va ? demanda James en sortant un paquet de cigarette de sa poche.
- QUOI ? » Sirius cria si fort que James bondit de surprise et fit tomber les deux cigarettes qu'il avait sorti. Le Black sentait ses oreilles bourdonner, peut-être à cause de la musique trop forte et d'un effet étrange du cristal.
James tourna son visage vers Sirius et tapota ses lèvres, pour lui faire comprendre d'y lire ce qu'il disait. Il répéta sa question et Sirius sourit « Oui oui, ça va, et toi ? » répondit-il toujours trop fort. James leva un pouce en l'air et lui tendit une cigarette.
Une heure ou plus passa. Sirius et James étaient allongés sur le sol, la tête tournée vers les étoiles, enchaînant les clopes. Ils refirent le monde au moins trois fois, parlèrent de tout, de filles, de Quidditch, de Voldemort. Du métier d'Auror, pourquoi l'un et l'autre l'envisageaient sans trop savoir si c'était réellement ce qu'ils voulaient faire. Ils voulaient participer à la guerre, certes, mais devaient-ils devenir des employés du Ministère tant honni, qu'ils jugeaient si peu efficace, pour autant ?
Puis ils parlèrent des constellations étranges et inhabituelles, qui ne correspondait pas à ce qu'ils avaient appris à Poudlard et qu'ils voyaient pourtant ce soir dans le ciel. Etait-ce un effet du cristal ? Des hallucinations ? Sûrement, en tout cas, cela leur arracha un fou rire qui malmena leurs côtes.
Ils furent jetés dehors par le même sorcier vigile qui avait fait sortir Peter, avec un tel élan qu'ils faillirent tomber tête la première. James buta d'ailleurs dans quelque chose et il crut mourir de peur lorsqu'il baissa les yeux. Un corps était étendu sur le sol.
- Sirius, viens voir ! cria-t-il, l'angoisse au ventre.
Ils s'agenouillèrent autour du corps et le mirent sur le dos. Un visage apparut dans la lumière de l'unique réverbère de la rue. « Queudver ! » hurlèrent-ils. Ils le secouèrent, James trouva un pouls avec soulagement. Les paupières de leur ami papillonnèrent à ce moment-là, à leur plus grand soulagement.
- Salut les gars, balbutia-t-il d'une voix pâteuse.
- Espèce de grand débile, tu m'as fait la plus grande peur de ma vie ! lui reprocha James en le tapant à l'épaule.
- Aïeuh, mais j'ai rien fait ! se plaint Peter, à la manière d'un enfant.
Ils le prirent sous les épaules pour le remettre sur ses pieds « T'as passé une bonne soirée, Queudver ? » demanda Sirius. Une expression effarée passa sur le visage de Peter, qui fit rire ses deux acolytes.
- J'ai pécho Sasha.
James et Sirius se regardèrent, éclatèrent de rire, et s'exclamèrent en chœur « On te l'avait dit ou pas ? » Peter secoua la tête avec amusement.
- C'est cette drogue, ça m'a complètement disjoncté le cerveau.
- Non non, te trouve pas d'excuse ! » Sirius l'attrapa par la nuque et frotta son poing fermé sur le sommet de son crâne, tandis que Peter tentait sans succès de se dégager « Elle est folle de toi, j'en étais sûr ! »
Ils commencèrent à marcher dans les rues de Barcelone jusqu'à leur appartement. Le bleu nuit du ciel commença à s'éclaircir, l'aube ne tarderait plus. James se sentait bien, marchant en silence entre ses deux amis. Il ne savait pas si ce bien-être était simplement dû à la situation ou aux effets du cristal. Sirius demandait des détails à Peter, le Maraudeur à lunettes ne les écoutait qu'à moitié.
Un éclair rouge foncé apparut à la périphérie de sa vision et James stoppa net, laissant les deux autres le dépasser. Il prit une rue perpendiculaire à l'avenue principale qu'ils étaient en train de parcourir, bien moins éclairée. Il entendit son nom, « Potter », prononcé par une voix de femme, suave et malicieuse, qu'il ne reconnut pas tout de suite. Puis il la vit, à environ une dizaine de mètres devant lui, dans la lumière d'un réverbère.
Elle était resplendissante, dans la robe noire qu'elle portait lors du bal de Noël de leur cinquième année. Le jour où James lui avait demandé de sortir avec lui pour la toute première fois et qu'il avait essuyé son premier refus. Ses longs cheveux auburn tombait en cascade dans son dos, quelques mèches se perdaient dans son décolleté plongeant. Elle était pied nus et l'attendait dans une pose lascive. Elle lui sourit, d'un sourire éclatant, et lui fit un geste de la main innocent. Ses yeux verts émeraudes brillaient dans la pénombre.
Across the floor, You think you see, The one in your dreams, Your fantasy.
- James !
- Cornedrue ?
James cligna des yeux et Lily Evans disparut. Il eut l'impression d'une douche froide, et c'est là qu'il se rendit compte que sa température corporelle avait sensiblement augmenté devant cette vision. Tout comme son rythme cardiaque. Il soupira, se frotta les yeux, se traita d'imbécile et fit marche arrière pour retrouver ses amis.
- Mais où t'étais passé ! lui demanda Sirius.
- Ça va, James ? On dirait que t'as vu le Sinistros.
James ricana, se frotta les yeux une nouvelle fois. « Non, j'ai juste cru... » Il regarda de nouveau la ruelle sombre, puis haussa les épaules « Cette drogue, ça donne des hallucinations, non ?
- Qu'est-ce que t'as vu ?
- Quelqu'un. Une fille.
- Qui ? » Sirius fronça les sourcils devant l'hésitation de son meilleur pote « Ne me dis pas que t'as vu Evans ? » demanda-t-il d'une voix blanche.
- Très bien, je ne te le dirai pas, dit James avec amusement.
- Raaaah, Potter ! Tu me tues là ! T'as intérêt à envoyer un hibou à Valentine dès que tu reviens ! Une bonne partie de jambe en l'air devrait te faire oublier cette harpie rousse.
- Tu peux toujours rêver, Patmol, dit Peter en secouant la tête d'un air désespéré. Depuis le temps, ce n'est pas que du cul qui va marcher pour qu'il passe à autre chose.
James ne dit rien, mais n'en pensait pas moins. La nuit même, il eut un rêve extrêmement érotique le mettant en scène en train de faire des choses absolument interdites au jeune public à une Evans sexy au possible. Il se réveilla en sursaut, avec une érection douloureuse et la certitude que cette fille allait le rendre fou.
The rest is blank, And that's the worst, An empty head, For an empty purse. You had a laugh, So you think, But in the morning, You just stink.
6 Août 1973
Peter toqua trois fois à la porte du manoir Aramis, demeure des McKinnon. Dans l'attente, il se tourna dos à la porte et contempla l'immense allée qui donnait sur le portail qui fermait la résidence. Le sortilège qui protégeait l'entrée du manoir l'avait reconnu, lui permettant d'entrer et prévenant normalement les propriétaires de son arrivée. Ceux dont le charme posé sur le portail ne reconnaissait pas l'empreinte magique étaient obligés d'attendre devant le portail.
Nerveux, il essuya ses mains moites sur sa robe sorcière d'été. La porte s'ouvrit et Peter fit volte face. Il dut baisser les yeux pour croiser le regard de Kiwi, la vieille elfe de maison. « Bonjour, Monsieur Peter.
- Bonjour, Kiwi, répondit Peter. Je viens voir Marlene, est-ce qu'elle est là ?
- Ma jeune maîtresse est sur la terrasse. Kiwi prie Monsieur Peter de la suivre.
- Merci.
Peter suivit l'elfe, alors qu'il connaissait parfaitement le chemin, à travers la large entrée de marbre, le chaleureux premier salon, devant la bibliothèque, puis ils passèrent par l'immense porte vitrée qui ouvrait la terrasse du manoir.
Marlene était étendue sur une chaise longue en osier. Elle était vêtue d'une simple robe d'été rouge cramoisi dont la couleur relevait son bronzage. Elle leva les yeux du livre posé sur ses genoux à son arrivée et ses lunettes de soleil jusqu'alors sur son nez atterrirent sur le sommet de son crâne, découvrant ses yeux marrons clairs. Un grand sourire naquit sur ses lèvres à sa vue, reflet de celui de Peter.
- Peter ! Je savais pas que tu venais ! » Elle courut le prendre dans ses bras, le temps d'une seconde, puis le prit par la main et le mena vers les transats en osier « Kiwi, peut-on avoir une carafe de jus de citrouille bien frais s'il te plaît ?
- Tout ce qui fera plaisir à ma jeune maîtresse, acquiesça Kiwi en faisant une petite révérence.
Peter n'eut pas le temps de dire un mot que l'elfe disparut et ce que demanda Marlene apparut sur la petite table basse à côté d'eux. « Alors, ces vacances à Barcelone ! Raconte-moi ! » Le Maraudeur s'exécuta, sans pour autant pouvoir empêcher une sensation de malaise de grandir dans son estomac.
Elle l'avait salué avec chaleur, mais comme un ami. Comme s'ils ne s'étaient pas embrassés juste avant qu'il ne parte en Espagne. Comme si ça n'avait pas du tout compté pour elle. Il fit de son mieux pour cacher son désarroi, mais il manqua les quelques œillades interrogatrices qu'elle lui lança, car Marlene trouvait son soudain manque d'entrain curieux.
- Et les filles en Espagne ? Elles sont aussi jolies qu'on le dit ?
Si Sasha avait été là, elle lui aurait dit : « Evidemment qu'elle va faire comme si de rien n'était ! Pour ne pas perdre la face, mais ça ne veut pas dire qu'elle a oublié le baiser ou qu'elle s'en fiche ! Lis entre les lignes ! Elle te demande si tu as craqué sur d'autres fille pendant ton séjour. Si oui, ça veut dire que tu n'es pas réellement intéressé par elle, et c'est ça qu'elle veut savoir ! CQFD »
Sauf qu'elle n'était pas là, et Peter n'avait pas de petite voix intérieure qui aurait pu parler comme Sasha. Mais suite à la question de Marlene, il se mit à penser à son amie de Barcelone, ou plutôt, à la nuit où ils s'étaient embrassés.
Le lendemain de cette soirée, les Maraudeurs avaient rejoint leurs nouveaux amis dans une boîte moldue cette fois. Peter était extrêmement gêné et aussi surpris car Sasha se conduisait avec lui très naturellement, comme s'il n'y avait rien eu entre eux. Il avait prit Sasha à part et s'était excusé de but en blanc. L'andorrane avait mis un certain temps avant de comprendre ses bafouillages et elle avait fini par éclater de rire.
- On ne s'est pas embrassés Peter !
- Quoi ?
- On a en effet parlé de Marlene, tous les deux dans le box. J'ai eu ensuite un coup de chaud, avec l'alcool et le cristal, et je suis partie aux toilettes. Quand je suis revenue, tu roulais un énorme patin de la mort à une fille tout à fait dégueulasse, excuse moi de te le dire. J'allais vous laisser, mais ensuite j'ai vu un type, tout aussi moche, qui s'est jeté sur vous. Si j'ai bien compris, c'était le copain de cette fille ! Il a voulu se battre avec toi, mais le videur est arrivé et il vous a jeté de la boîte. Juanita a ensuite débarqué en pleurs, le cristal l'avait rendue mélancolique, et je me suis occupée d'elle et je l'ai ramenée chez moi.
James avait eu raison ; cette drogue donnait de sacrées hallucinations. Mais il ne voulait pas raconter cette anecdote à Marlene. Que dirait-elle si elle savait qu'il avait embrassé une fille a priori moche quelques jours après l'avoir embrassée elle ?
- Ouhou Peter ! T'es dans les nuages !
- Excuse-moi, dit-il en papillonnant bêtement des paupières. Je suis crevé. On est rentré hier soir sachant qu'on avait fait nuit blanche juste avant et je crois que j'ai pas encore bien récupéré.
- Oh.
Le silence s'éternisa, et il devint vite mal à l'aise. Marlene fixait ses orteils sans rien dire, et Peter réalisa alors qu'il n'avait pas répondu à ta question.
- Pour te répondre » Elle leva aussitôt les yeux « Les filles ne sont pas spécialement plus jolies qu'ici » Bravo Queudver, ça c'est de la drague « Et puis, j'étais bien occupé avec les deux zigotos pour faire attention à ça » Nul, lamentable « Et aussi bien occupé à te chercher un cadeau » Un joli sourire naquit sur les lèvres de la jeune fille, et Peter se félicita intérieurement. Bien rattrapé.
- Tu m'as ramené quoi ? C'est vraiment gentil d'avoir pensé à moi.
- Evidemment que j'ai pensé à toi » Il avait sorti cette phrase tout naturellement, sans réfléchir, et en haussant les épaules pour souligner l'évidence de sa déclaration. Il réalisa ensuite la portée de ses paroles et cacha la subite rougeur de ses joues en faisant mine de fouiller dans ses poches.
Il expira et sortit une petite pochette en papier violet qu'il tendit à Marlene. Rayonnante, elle ouvrit la pochette et fit tomber dans sa main une fine chaînette en or surmontée d'un pendentif. Un arbre finement ouvragé, où les racines remontaient jusqu'à frôler les branches, et entouré d'un cercle. La chaîne était directement fixée à ce cercle, de part et d'autre de l'arbre au niveau où racines et branches se rejoignaient.
- J'adore ! » s'exclama-t-elle « C'est super joli ! Tu me le mets ? » Elle s'installa à côté de lui sur la chaise longue. Peter se demanda si deux amis s'asseyaient aussi près d'habitude, si près que leurs genoux se touchaient.
Leurs genoux ne se touchèrent plus, car elle se détourna de lui après lui avoir rendu le collier, et avait soulevé ses cheveux pour dégager sa nuque. Ses mains tremblaient alors qu'il passait le collier autour de son cou. Elle retint sa respiration lorsque ses doigts frôlèrent sa peau. Il actionna la fermeture de la chaîne et Marlene relâcha doucement ses cheveux.
- Merci » murmura-t-elle, puis elle se tourna d'un mouvement rapide face à lui et plaqua ses lèvres sur les siennes.
Le cœur de Peter se mit à battre la chamade. Elle attrapa ses épaules, il approfondit le baiser et referma ses bras sur elle. Ils s'embrassèrent pendant de longues minutes, et c'était bon, et chaud, et délicieux. Peter était aux anges.
Tout se passa ensuite très vite. Elle se détacha de lui pour respirer, et alors que Peter se pencha vers elle pour l'embrasser encore, elle lui prit la main et se leva. Peter, incapable de réfléchir correctement à cause de la béatitude que lui procurait leurs échanges de salive, se laissa guider jusqu'à sa chambre.
Elle ferma la porte et le prit dans ses bras, blottissant son nez dans son cou, arrachant des frissons à Peter. Il caressa son dos, ses épaules, ses cheveux. Elle l'embrassa du bout des lèvres et murmura « Merci pour le collier. Et moi aussi, j'ai pensé à toi » Elle l'embrassa, d'un baiser qui fit tourner la tête du Maraudeur.
Elle prit sa main et la posa sur son sein. Peter poussa un gémissement de surprise et crut s'évanouir de désir en sentant qu'elle ne portait pas de soutien-gorge. Avec des gestes pressés, elle lui retira sa robe sorcière et son t-shirt, tous deux haletants lorsqu'ils éloignèrent leurs bouches le temps que le tissu passe par la tête du garçon. Elle fit glisser les bretelles de sa robe sur ses épaules et le vêtement se retrouva bientôt à ses pieds.
Peter sentit sa gorge se nouer et quelque chose exploser dans son cerveau alors qu'il la regardait, seulement vêtue d'une culotte. Elle colla ses seins contre son torse tout en l'embrassant dans le cou, puis plongea sa main dans son pantalon. Ses doigts frôlèrent son érection et la dernière pensée cohérente de Peter fut de se demander d'où venait cette incroyable chance qui le frappait aujourd'hui.
3 Août 1973
La sorcière qui s'était présentée sous le prénom de Chelsea jugea préférable que les trois jeunes femmes échappent au regard hostile des trois vieillards assis sous le porche. Elle invita donc Liana, Lyra et Lily à la suivre à l'intérieur de la maison.
Placée en dernière de file, Lily ne put s'empêcher de jeter un dernier regard aux trois anciens, intriguée. Chelsea leur avait décliné son identité mais pas la leur. Qui étaient-ils ?
L'intérieur était en meilleur état que ne laissait supposer l'extérieur délabré de la maison - quoiqu'un coup de peinture n'aurait pas été de trop. La cuisine était un peu sombre, et ce fut autour de la table en son centre que Chelsea les pria de s'asseoir. Elle se tourna vers le plan de travail et Lyra fit un geste à ses deux amies pour qu'elles ne ratent rien.
Son bras plié devant elle à la verticale, sa paume ouverte et droite traça une ligne imaginaire de gauche à droite devant certains des ustensiles. La vieille cafetière commença alors à vrombir et crachoter, une odeur de café emplit l'air et quatre tasses se posèrent devant les trois filles. Elle effectua un geste de son autre main, la gauche, et un pichet de citronnade frais sortit du frigidaire pour se poser sur la table, suivi par quatre verres auparavant à l'abri dans leurs étagères.
Chelsea s'assit ensuite sur la quatrième et dernière chaise autour de la table. Ce qui confirma la supposition des trois jeunes sorcières, à savoir qu'elle s'était préparée à leur arrivée et savait qu'elles étaient trois. N'avait-elle pas après tout envoyé son chat pour les guider jusqu'à elle ?
En parlant du félin, ce dernier sauta sur la table et vint quémander une caresse de sa maîtresse en ronronnant avec force. Les trois filles, intimidées, ne surent par où commencer. Elles avaient tant de choses à demander à cette femme qu'elles se demandaient comment briser la glace. La sorcière adulte leur offrit un sourire bienveillant.
- Alors il paraît que vous avez causé un sacré grabuge là-bas ?
- C'est à dire ? demanda Lily avec politesse, alors que la cafetière flottait dans les airs devant elle tout en remplissant sa tasse.
- Les Non-Maj' de Milton, le patelin d'à côté, ont parlé d'une sorte de tremblement de terre qui s'est déclenché hier. Et ce matin, des journalistes leur ont posé tout un tas de questions et des scientifiques moldus essayent encore de comprendre ce qu'il s'est passé. J'ai entendu dire qu'ils n'ont jamais vu un mouvement sismique pareil avant.
Les trois filles échangèrent des regards gênés tandis que Chelsea eut un sourire malicieux « Peut-être parce que ce n'était justement pas un caprice terrestre, n'est-ce pas ? » Elle gloussa alors que les filles ne pipaient toujours pas mot « Qu'est-ce que vous êtes timides ! Je ne vais pas vous manger ! Racontez-moi plutôt comment vous vous y êtes prises »
Liana se racla la gorge et, elle qui était plutôt connue pour son exubérance, commença d'une petite voix « Nous avons voulu essayer un procédé d'Ancienne Magie qui s'appelle-
- Le Processus de Révélation ?
- C'est ça. Nous avons rencontré un ancien étudiant à vous, Ismaël Delaunois, il y a quelques jours. C'est lui qui nous a appris à réaliser ce procédé.
Sans y faire attention, Liana était rentrée dans le vif du sujet. Ses deux amies retinrent inconsciemment leur souffle. Chelsea fronça ses sourcils d'une manière presque totalement imperceptible, puis son visage se ferma, lisse et inexpressif. Elle attrapa son chat et le câla dans ses bras, le cajolant de caresse.
- Racontez-moi ce qu'il s'est passé lorsque vous avez réalisé ce processus, dit-elle d'une voix douce mais ferme.
L'autorité dans sa voix enjoignit Lily à continuer sur la lancée de Liana. Elle lui raconta la manière dont elles s'étaient allongées dans l'herbe pour former un triangle, dont elles avaient ressenti leur propre magie puis celles des deux autres. Comment elles s'étaient concentrées sur la magie animant l'herbe sous elles, puis progressivement la magie du reste de la clairière. Puis qu'elles s'étaient aidées de leur imagination pour visualiser la clairière derrière leurs paupières qu'elles devaient garder fermées pour se concentrer et ressentir la magie.
Elle récita la formule qu'elles avaient alors psalmodiée de manière informulée la veille. Chelsea la reconnut comme étant la formule qui invitait la nature à faire confiance aux humains pour révéler ses pouvoirs aux yeux des sorciers.
- Et ensuite ?
Une fois de plus, les trois filles échangèrent un regard, cette fois émues. Comment trouver les bons mots pour décrire ce qu'elles avaient vu derrières leurs paupières closes ?
- Des lignes dorées ont commencé à se tracer au centre de la clairière où nous étions, raconta Lily. Elles se sont étendues en formant des sortes de dessins, qui ressemblaient à des runes, des formes concentriques qui s'étalaient partout, sur les arbres, les feuilles...
- Ça brillait très fort, ça nous aurait aveuglées si on avait pas gardé les yeux fermés, commenta Liana. C'était comme si c'était de l'or liquide qui coulait dans des ruisseaux extrêmement fins, presque aussi fins que des cheveux, et que ça coulait sans interruption.
- Comme le sang qui coule en continu dans nos veines, reprit Lily, l'excitation palpable dans sa voix. Et on nous a expliqué que la magie était régulée dans notre corps par une sorte de métabolisme, qui la faisait circuler et se régénérer en nous, et bien c'est aussi l'image que ça a pour la magie de cette clairière, non ?
Chelsea ne répondit pas. Son visage resta impassible, son regard fixé sur Lily. Cette dernière se sentit de plus en plus mal à l'aise devant ce regard insistant, bien qu'il s'avéra que Chelsea ne la regardait pas elle mais un point derrière elle. Elle semblait réfléchir à toute allure.
- Voudriez-vous me montrer vos Patronus, s'il vous plaît ? » Son ton était caressant, mais pas obséquieux pour autant. Sa politesse était plus de la prudence, une manière de ne pas brusquer les jeunes sorcières. Comme si cette demande donnait un tournant définitif à leur rencontre.
Elles n'eurent pas besoin de se concerter, car elles n'avaient aucune raison de lui refuser cette requête. Certes, toutes ces cachotteries et stratagèmes pour retrouver la « fameuse » Chelsea ne les encourageaient pas à lui faire confiance. Mais elles étaient là pour une raison : comprendre leur magie. Il fallait donc bien commencer quelque part.
Le même souvenir refit surface dans leur esprit. Vers le milieu du premier trimestre de leur sixième année, Isée Moroz leur fit plusieurs cours de Défense Contre les Forces du Mal à propos du sortilège du Patronus. Dès la première séance, Lyra réussit à lancer un Patronus corporel. Le soir-même, les trois filles découvraient qu'elles y parvenaient lorsque leurs peaux nues se touchaient. Le lendemain matin, Moroz les convoquait dans son bureau et leur demandait la même chose que Chelsea.
Elles se souvenaient du visage ému et du regard brillant de leur professeur, elle qui était habituellement si froide. Le cœur de Lily se serra alors qu'elle levait sa main qui tenait sa baguette, placée entre Liana et Lyra, à distance de la table de la cuisine. Le souvenir du suicide de son professeur n'était jamais très loin dans sa mémoire.
- Spero Patronum, formulèrent-elles d'une même voix claire.
Trois taureaux argentés apparurent, identiques. Ils ressemblaient aux taureaux de combats mis en scène dans les corridas, en plus grands encore. Imposants, impressionnants, leur robe d'argent luisait de mille feux dans la pièce qui paraissait encore plus sombre et sordide à côté de cet étalage de magie. C'était d'un réalisme saisissant. On les entendait claquer de leurs sabots sur le sol et souffler à travers leurs naseaux.
Elles regardèrent le visage de Chelsea, en comparant sa réaction à celle d'Isée quelques mois plus tôt. À l'époque, Isée fut authentiquement bouleversée, mais d'après elles, leur professeur se doutait déjà de ce à quoi elle allait assister lorsqu'elles les avaient convoqués. Comme si Isée avait deviné qu'elles parviendraient à lancer trois Patronus identiques aussi rapidement dans leur apprentissage, mais que le voir de ses propres yeux l'avait tout de même grandement remuée. Elles n'avaient pas d'explication, il s'agissait simplement d'une intuition.
Chelsea ne montra aucun signe de surprise ou d'émotion. Un mince sourire apparut sur ses lèvres, qui ne la quitta pas pendant le temps qu'elle détaillait avec attention leurs Patronus. Elle semblait chercher le moindre défaut qui prouvait qu'ils n'étaient pas totalement identiques. Elle ferma ensuite les yeux et respira profondément, une expression entre la concentration et la sérénité s'affichant sur ses traits.
Lily l'imita et appela sa magie. Elle sentit rapidement une autre magie, en plus de la sienne et celle de ses meilleures amies. Une magie étrangère, puissante, vibrante. Lily regretta de ne pas avoir l'expérience d'Isée, qui avait su ressentir la magie d'autrui, ce qui l'avait par exemple permis de comprendre que Black, Potter et Pettigrew étaient des Animagi. Elle supposait que la magie de Chelsea n'était pas comme les autres et aurait voulu comprendre en quoi en la ressentant.
La magie de Chelsea se fit brutalement bien plus discrète et lointaine, et Lily ouvrit subitement les yeux. Chelsea dardait un regard flamboyant sur elle qui lui donna envie de disparaître, mais elle lui répondit par une œillade pleine de défi. N'était-elle pas une Gryffondor, après tout ? Enfin. Chelsea ne dit rien sur le fait qu'elle avait clairement senti la magie de Lily approcher la sienne.
- Très bien. Vous pouvez faire disparaître vos Patronus. Et vous rasseoir » Elles entendirent un petit claquement et une boîte de gâteau en ferraille s'échappa de son placard pour se déposer au centre de la table « Prenez un biscuit »
Liana, la première à s'apercevoir qu'elle était affamée, s'empara d'un cookie aux pépites de chocolat, vite suivies par ses deux amies.
- Avez-vous déjà entendu parler de sorciers qui peuvent lancer le même Patronus ? leur demanda-t-elle.
- Non, répondit Liana, la bouche pleine avant qu'elle n'avale tout rond sa bouchée. Mais c'est sûrement possible, non ? Il n'y a pas suffisamment de créatures différentes pour que chaque sorcier ait son propre Patronus ?
- Il y a une différence entre partager le même animal ou la même créature comme Patronus que quelqu'un d'autre, et que son Patronus soit absolument identique à celui de deux autres sorciers. Cette probabilité-là est quasi nulle.
- Cela veut dire que vous savez pourquoi nos Patronus sont identiques ? Ou pas ?
Chelsea sourit légèrement, du même sourire mystérieux qu'elle eut lorsque leurs Patronus étaient apparus « Il est possible que j'ai... Des réponses. Mais avant, je dois vous poser quelques questions »
Lyra haussa les sourcils et lui parla avec un ton agacé où il était facile de percevoir son impatience. « Vous savez exactement ce qu'il se passe. Vous le saviez même avant que nous lancions nos Patronus. Vous ne nous connaissiez que depuis trois minutes avant que vous ne nous demandiez de les faire apparaître, et soyons honnêtes ce n'est pas quelque chose qu'on demande à n'importe qui. Et vous n'avez pas été un seul moment surprise en les voyant. Est-ce qu'on peut arrêter les faux semblants une minute, s'il vous plaît, et vous nous dites ce que vous savez ? »
Le sourire de Chelsea s'agrandit suite à sa tirade glaciale « Je ne peux pas vous le dire avant que vous ayez répondu à mes questions. Vous avez besoin d'avoir d'autres éléments en main pour comprendre ce que je m'apprête à vous révéler. Car ce n'est pas quelque chose que l'on rencontre tous les jours. Ce n'est pas l'effet secondaire et inattendu d'une potion ou d'une expérience, ni des fées qui se seraient perchées sur votre berceau le jour de votre naissance »
La bouche de Liana forma un « o » muet et étonné, Lily ouvrit de grands yeux, Lyra plissa les siens mais consentit tacitement à répondre à ses questions.
- Quelle est votre date de naissance ?
Les trois amies échangèrent un regard entendu. Premièrement, Isée avait eu raison de les envoyer vers Chelsea car elle était bien la personne qui leur permettrait de tout comprendre. Deuxièmement, elles n'étaient pas folles ; elles-mêmes avaient rassemblé certains indices étranges, et derrière chacun d'eux, il n'y avait qu'une seule raison qui les expliquait tous.
- Le 30 janvier 1956, répondit Lily.
- Comment se prénomment vos mères ?
- Celle de Lily s'appelait Sarah, celle de Liana, c'était Susan, et la mienne, Solène, répondit Lyra.
- Elles... ne sont plus ?
- Non. Tuées de la main d'un mangemort. Les mangemorts sont les partisans de Lord Voldemort.
- Le grand mage noir raciste et fasciste ? On en a entendu parlé jusqu'ici. Je suis vraiment désolée pour vous, cela a dû être terrible. Quand était-ce ?
- Le 13 décembre 1970, dit Liana.
- Quand sont-elles nées ?
- Le même jour : le 4 juillet 1932.
- Bien. Et qu'en est-il de vos grands-mères maternelles ?
Autre échange de regard, cette fois incrédule. Lily fut la première à répondre « Laura, née en 1899 ou 1898, au printemps mais je n'ai plus le mois exact... Et elle est décédée un peu après ma naissance.
- Madelyn, née le 29 avril 1904 et décédée en 1968, continua Lyra.
- Et Ariel, née en 1895 mais je n'ai pas la date exacte et décédée en février 1965. Mais ce n'est pas ma grand-mère biologique, ma mère a été adoptée, répondit Liana.
Chelsea, qui avait regardé Lyra avec un air interdit et les sourcils froncés, puis dont le visage s'était décomposé en entendant la première phrase de Liana, poussa un soupir de soulagement après la deuxième partie de sa réponse.
- J'ai cru que vous me faisiez une mauvaise blague !
- Comment ça ?
- C'est simple : vos mères ont toutes été adoptées.
Lily et Lyra échangèrent un regard perplexe « Non, seulement la mienne » dit Liana.
- C'est pourtant logique, renchérit Chelsea. Vos grand-mères maternelles devraient chacune porter un prénom avec la même initiale, être nées puis mortes le même jour. Tout comme vous et vos mères, tout comme-
- Les mères de nos grand-mères ? Et leurs mères à elles ? Et c'est censé remonter jusqu'à quand selon vous ? demanda Lyra, sans cacher le scepticisme dans sa voix.
Chelsea ne répondit pas tout de suite. Pas parce qu'elle ignorait la réponse, mais parce qu'elle ne savait comment leur présenter les choses. Elle n'avait jamais été dans cette position, celle qui devait révéler ça, celle qui allait lancer l'énorme, gigantesque bombe sur le coin de leur crâne...
Liana ressentit son hésitation tout autrement « Nous aussi, nous avions trouvé tout ça étrange : nos prénoms commencent par la même lettre, nous sommes nées le même jour, et pareil pour nos mères. Qui étaient aussi les meilleures amies du monde, soit dit en passant. Mais cette bizarrerie ne remonte pas plus tôt dans les générations »
Chelsea secoua la tête de gauche à droite « Vous ne comprenez pas : ce n'est pas possible. Vos mères ont été adoptées. C'est la seule explications logique.
- Comment ça ? s'étonna Lily. Nos grand-mères ne suivent pas le schéma que vous supposez logique, alors qu'il est déjà invraisemblable, donc vous en déduisez automatiquement qu'elles n'étaient pas nos grand-mères biologiques ?
- C'est ce que je pense, acquiesça Chelsea d'un signe de tête un peu trop enthousiaste pour les trois filles. C'est juste que vous l'ignoriez. Peut-être qu'elles l'ignoraient elles-même. Ce que je vous conseille, c'est que dès que vous retournez en Angleterre, vous vous renseignez sur vos mères, dit-elle en s'adressant à Lily et Lyra. Demandez à leurs maris, à leurs familles. Il y a vraiment une extrêmement forte probabilité qu'elles soient adoptées, tout comme la mère de Liana. Leurs mères biologiques, même si elles ont disparu et que vous ne pourrez peut-être pas retrouver leur trace, sont nées et mortes le même jour, et leur prénom commençait par la même lettre. Tout comme leurs grands-mères biologiques, leurs arrières-grand-mères biologiques, et ainsi de suite.
Elle fit une pause avant de reprendre « J'ai une dernière question à vous poser, et je vous demande d'y répondre avec détails et exhaustivité. Vous êtes amies depuis votre naissance, je suppose ? Vos mères vous ont bien éduquées ensemble ? »
Liana fut celle qui répondit, uniquement car Lily et Lyra refusaient d'imaginer que le raisonnement de Chelsea sur leurs aïeules puisse être vrai et voulaient montrer leur désapprobation en... boudant un peu. Liana raconta que leurs mères s'étaient connues au début de leur vingtaine, peu de temps après la naissance de Pétunia.
Ce fut à ce moment qu'elle précisa que leurs mères étaient moldues, détail que personne n'avait jamais songé à mettre en avant plus tôt, mais qui ne sembla pas gêner Chelsea pour autant. Lily l'interrompit pour préciser que sa sœur aînée n'était pas la fille biologique de Gregory Evans, le mari de sa mère et son propre père.
Dès leur rencontre, l'amitié unissant leurs mères devint fusionnelle et elles furent inséparables. Greg et Sarah, seul couple entièrement moldu, furent mis au courant de l'existence de la magie. Susan Harper fut la marraine de Lily, Solène Carlson celle de Liana et Sarah Evans celle de Lyra.
En 1959, alors qu'elles n'avaient que trois ans, des événements inexplicables eurent lieu. Des accidents étranges, mais qui semblaient trop accidentels pour que leurs parents s'inquiètent. Pourtant, le Ministère de la Magie intervint et prévint leurs familles qu'elles étaient menacées. Plusieurs tentatives d'enlèvement, des attaques qui visaient en particulier leurs pères, avaient eu lieu à leur insu. Les trois familles étaient sur leurs gardes.
Une enquête s'ouvrit au Bureau des Aurors et au Département des Mystères. Ils ne surent rassembler aucun indice leur permettant de déterminer qui étaient ces sorciers, ils décidèrent alors de comprendre pourquoi ils suivaient et menaçaient leurs familles. Ils analysèrent alors toutes les traces de magies relevées dans les endroits où ces sorciers avaient agis contre eux. Ils découvrirent premièrement que la forme de magie qu'ils utilisaient était plus avancée et complexe que leur magie.
Ensuite, les sorts utilisés contre les familles Harper, Carlson et Evans étaient plus souvent des sorts d'analyse et d'observation que des maléfices. Du moins, c'était l'opinion des Langues-de-Plomb, car les Aurors y voyaient des sortilèges qui ressemblaient à de la Magie Noire. Ils ont ensuite déterminé que ces sorciers constituaient un danger si les trois familles restaient unies. La décision ministérielle fut donc de les séparer et d'effacer leur mémoire.
Chaque famille oublia l'existence des deux autres, les Evans oublièrent également toute notion de magie. Les Carlson et les Harper déménagèrent. Lily, Lyra et Liana crurent se rencontrer pour la première fois à leur entrée à Poudlard. Elles devinrent inséparables et émirent le souhait de se revoir sur le Chemin de Traverse l'été précédent leur deuxième année. Ce jour là, leurs parents se rencontrèrent - une deuxième fois - et discutèrent.
Les adultes découvrirent qu'ils avaient habité dans le même quartier douze ans plus tôt. Cela se combina à un étrange air de déjà-vu, une complicité qui naquit très vite, surtout entre leurs mères. Tristan Harper, le père de Liana et sorcier, travaillant en tant que Langue-de-Plomb, suspecta qu'il ne s'agissait pas que de coïncidences. Ils finirent par découvrir que le Ministère leur avait effacé la mémoire. Puisque tout danger semblait écarté, le Ministère accepta de leur rendre leurs souvenirs. Les six adultes redevinrent aussitôt très proches, au plus grand bonheur de leurs filles.
Chelsea écouta leur récit avec attention, sans une fois les interrompre. « C'est une histoire... Intéressante. Finalement, le Ministère n'a jamais élucidé ce qui vous étiez arrivé.
- Non, répondit Liana. Vous avez peut-être une explication.
- J'en ai une. Et je crois qu'il est temps de vous la révéler.
3 Août 1974
- Nous sommes des êtres humains, doués de réflexion et de sentiment. Nous aimons nos parents, nos frères et sœurs, parce que nous sommes biologiquement programmés pour les aimer. Nous rencontrons des personnes, avec qui nous sommes capables de développer des affinités ou non, donc pour qui nous développons des sentiments positifs ou négatifs. Des processus chimiques interviennent dans ces interactions, des hormones sont relâchées, positives ou non. C'est ainsi que se créent des amitiés, plus ou moins fortes. C'est comme ça que nous tombons amoureux, réciproquement ou non »
« Ce sont des processus typiquement humains, que nous partageons avec les Non-Maj'. Mais nous sommes aussi des êtres doués de magie. La magie est omniprésente dans notre corps, dans chacune de nos cellules, et, comme vous l'avez souligné toute à l'heure, elle est régulée par une sorte de métabolisme qui la fait circuler et se renouveler en continu. S'il existe des processus chimiques et biologiques qui dictent notre attirance pour certaines personnes, il y a tout autant de processus magiques »
« La complémentarité des pouvoirs existe chez les sorciers ; c'est sans doute l'une des seules caractéristiques de la Magie Primitive, de l'Ancienne Magie, qu'il nous reste à tous. J'ai cru comprendre que vous aviez des connaissances sur cette magie ? » Elle ne laissa pas ses interlocutrices répondre, seulement acquiescer.
« La Magie Primitive est la magie pratiquée par les tous premiers sorciers. Une magie fondamentale, sans restriction, instinctive mais consciente, qui agit de son propre chef mais en collaboration avec l'esprit. Exercer la Magie Primitive, c'est se rendre compte de la dualité du sorcier, qu'il est homme et magicien. Cela signifie deux choses : qu'il est homme, et que se rajoute à ses caractéristiques humaines cette autre entité magique qui le possède ; mais aussi qu'homme et magie sont tous deux imbriqués, intimes, liés et inséparables ; que la magie est inhérente à l'homme et que l'homme est essentiel à la magie »
« Pourquoi se rend-on compte de ceci uniquement avec la Magie Primitive et non la Magie Normale ? Parce qu'en Magie Primitive, on apprend à ressentir la magie qui circule dans notre corps. On apprend à la connaître, l'apprivoiser ; c'est ensuite elle qui nous apprend à la pratiquer. En fait, pratiquer la Magie Primitive, c'est pratiquer la magie en considérant cette magie comme une entité à part entière et qui fait aussi partie de nous. C'est en premier lieu la différencier de nous afin de comprendre l'étendue de sa nature et de son pouvoir, puis comprendre de quelle manière elle se joint à nous et comment la pratiquer. C'est l'appeler au plus profond de nous-même, la chercher en nous dans son entièreté pour qu'elle puisse libérer la totalité de son pouvoir »
« Il faut un échange continu entre la magie et l'esprit, la magie et le cœur. L'émotion nous rapproche de l'humain pur et brut, donc de notre potentiel magique primitif, et ceci nous permet de l'utiliser ; notre imagination est ce qui nous rapproche des processus inconscients, c'est l'inconscient qui façonne notre capacité à imaginer, donc c'est se rapprocher de l'intelligence enfouie au plus profond de notre être, et c'est aussi se rapprocher de notre potentiel magique premier et pouvoir pratiquer la Magie Primitive »
« Tout ça pour vous expliquer à peu près comment ça marche » Elle sourit « Il y a donc cette communication non-verbale et continue entre la magie et l'être possédé. La magie est aussi là dans notre lien à l'autre et à l'environnement. Notre particularité est que nous sommes humains et magiques ; certaines de nos interactions sont uniquement humaines, et il y en a d'autres où la magie intervient. C'est pour ça que je parlais de la complémentarité des pouvoirs »
« Prenez deux meilleurs amis. Il peut arriver que des amitiés - moins souvent des relations amoureuses - se forment grâce à la magie des concernés. Ces deux sorciers sont continuellement attirés l'un vers l'autre, ont rarement la capacité de se détester, tout simplement parce que leurs magies sont complémentaires. Leur potentiel magique n'est pas forcément plus fort lorsqu'ils collaborent, ce n'est pas une question d'augmenter leur puissance magique, mais ils le sentent dans chaque portion de leur chair. Cette excitation électrique, cette euphorie. Le bonheur qu'ils ont à être ensemble vient, en partie, de leur magie »
« Prenez un couple. Comme je l'ai dit, la magie est plus souvent à l'origine d'une amitié que d'un amour. Pourquoi ? Parce qu'entrent en jeu plus de processus humains que magiques. L'attirance sexuelle, les phéromones, la reconnaissance dans l'autre du partenaire avec qui on pourrait enfanter... L'humain prend le dessus sur le mage dans ce cas. Mais pas toujours ! Des recherches vont nous démontrer qu'on choisit un partenaire parce que les potentiels magiques sont complémentaires pour créer un être doué de magie. D'autres vont dire que la magie est à l'origine d'une alchimie qui va se traduire au niveau humain par une alchimie sexuelle »
« Que l'amour ait une origine magique ou non - je pense que le plus souvent l'origine n'est pas magique - il y a ce phénomène où les deux personnes qui s'aiment commencent par se connaître et s'apprivoiser, et la même chose se passe avec leurs magies. Lorsque les deux amants pratiquent ensemble la magie, c'est la faculté qu'ils ont de se connaître au niveau émotionnel, comportemental et psychique qui crée un lien entre leurs magies. Leurs magies ne sont pas forcément complémentaires, le lien est moins solide que dans le cas d'une amitié, mais ce phénomène dû à l'amour a une importance certaine »
« Pourquoi va-t-on dire qu'une amitié aurait plus une origine magique qu'un amour ? Bêtement parce que, lorsque cette théorie de l'influence de la magie sur les relations est née, on partait du postulat que des amis vont s'associer pour faire de la magie, tandis que deux amoureux vont s'associer pour enfanter. Le premier est processus magique, le deuxième plutôt humain. Mais comme je l'ai déjà dit, il y a presque autant de théorie là-dessus que de théoriciens »
« On peut aussi réfléchir à ce qu'il en est de la haine, du mépris, du simple respect à la crainte. Qu'est-ce que cela signifie au niveau magique ? Mais je digresse complètement » Pourtant les trois filles étaient captivées par ses paroles « Je reviens au sujet initial »
« Prenons le cas de personnes... disons, destinées les unes pour les autres. Des sorciers faits pour être ensemble et pratiquer leur magie ensemble, et ce dès leur naissance. C'est une relation amicale bien plus forte que toutes les autres, plus forte même que l'amour. Il ne s'agit plus de simple complémentarité des pouvoirs, mais d'un véritable lien. Un lien tant spécial qu'il en est magique. La particularité de ce lien, c'est-à-dire la particularité qu'ont la magie de ces sorciers à se lier à celles d'autres sorciers précis, fait d'eux des sorciers en général plus puissants et plus doués que la moyenne »
« Lorsque ces sorciers pratiquent la magie ensemble, il s'agit d'une parfaite osmose. Leurs esprits sont encore plus unis que ceux du couple d'amants ; leurs magies encore plus liées que celles des deux meilleurs amis. Et l'origine de tout ceci, c'est le lien existant entre leurs magies. Ensemble, ces personnes sont capables de déplacer des montagnes. Leur magie n'a plus de limite. L'humain n'a plus de contrôle, car la magie décide, comme elle l'a toujours fait »
Chelsea interrompit son monologue pour darder sur les trois jeunes filles un regard intense et entendu. Elle devinait sans mal ce qui se tramait dans leurs têtes jeunes et inexpérimentées. Les dernières phrases de son discours résonnaient en elles dans un étrange écho ; ce qu'elle venait de dire leur correspondait en effet parfaitement.
Peut-être pas parfaitement non plus. Elles n'avaient encore jamais déplacé de montagne. Elles n'avaient pas le sentiment que leur magie n'avait plus de limite ; sauf, peut-être, lors du Processus de Révélation, où elles eurent non seulement cette sensation, mais aussi celle de perdre le contrôle.
Chelsea inspira avant de reprendre « Lorsque ces sorciers sont ensembles, leur magie cherche à se débarrasser des restrictions posées par la Magie Normale et à libérer son potentiel de Magie Primitive. Il devient plus facile d'appeler la magie fondamentalement cachée en chacun de nous à la surface pour être utilisée. On parvient à la ressentir dans chacune de nos cellules »
Le ton de sa voix s'abaissa jusqu'à devenir à peine plus qu'un chuchotement « La première fois qu'on la ressent, on se rend compte qu'on a jamais ressenti une telle plénitude avec soi-même, et on réalise que c'est maintenant qu'on se sent à la fois entier et en paix avec notre magie »
Etait-ce sa voix, douce et presque murmurée ? Ou bien le sens de ses mots, qui hypnotisaient tant Lily, Liana et Lyra ?
Une sorte de transe s'empara des trois filles, si insidieusement qu'elles ne s'en aperçurent pas d'emblée. Les mots de Chelsea étaient si vrais, elles l'avaient vécu il y avait si longtemps leur semblait-il, mais elles se sentirent transportées dans leurs souvenirs, à cet instant précis que décrivait Chelsea ; cette toute première sensation de plénitude et de paix. Ces paroles résonnèrent doucement dans leur inconscient, ce qui réveilla avec douceur leur magie, qui ronronna au fond d'elles sans trop s'imposer.
« La magie s'infiltre alors dans chaque côté de notre humanité. Nos sentiments deviennent dictés par notre magie. Nos perceptions sont d'abord magiques avant d'être humaines, c'est-à-dire que notre magie va d'abord percevoir la magie cachée dans ce qui nous entoure avant que l'humain perçoive son environnement lui-même »
Assises toutes les quatre autour de la table, Lily faisait face à Chelsea, Lyra à Liana. Chelsea les observa l'une après l'autre, les trois adolescentes gardaient quant à elles les yeux à demi fermés. Elles regardaient droit devant elles sans rien voir, les yeux dans le vague, concentrées sur la voix de l'adulte.
Elles eurent une vague réminiscence de ce qui s'était passé dans la clairière la veille. Lorsque leur perception était devenue entièrement magique, et qu'elles ne ressentaient plus l'herbe sur laquelle elles étaient allongées, mais la magie qui l'animait. Et maintenant, en présence de Chelsea, c'était également ce qu'elles ressentaient, dans une bien moindre mesure et d'une manière toujours inconsciente. La magie de l'air environnant était tout autour d'elles et effleurait leur propre magie, sans toutefois leur faire perdre le contrôle comme la veille.
« Notre capacité de communiquer devient différente, dans le sens que, vu que la magie rend tout possible, il n'y a plus de limites à rien ; nous pouvons voler aussi facilement que marcher, de la même manière nous pouvons parler par télépathie plutôt que par la parole, ressentir les émotions des autres sans être obligé de les exprimer pour que l'autre puisse les comprendre »
« Bien sûr, ceci n'est possible qu'entre ces sorciers dont les magies sont destinées les unes aux autres. Premièrement, parce que les autres n'ont pas forcément la capacité magique pour réaliser aussi facilement tout ceci. Ensuite, le lien magique entre ces sorciers facilitent grandement tous ces processus »
D'autres souvenirs remontèrent à la surface. Lorsque Lyra avait appris à Liana qu'elle sortait avec Sirius, que cette dernière ressentit le plus grand sentiment de trahison qu'elle eût jamais connu, et la voix de Liana avait retenti dans l'esprit de la brune. Dégage. Dégage de ma vue. DEGAGE DE MA PUTAIN DE VUE, BORDEL !
Ou encore, lorsqu'à Pré-Au-Lard les Mangemorts venaient d'apparaître et de lancer à la fois la Marque des Ténèbres et l'offensive contre les élèves de Poudlard, Lily avait senti que Lyra était en danger. Elle avait couru à son secours et, sans savoir où Lyra se trouvait, quelque chose avait guidé ses pas jusqu'à elle.
« Et c'est parce que c'est en présence des deux autres que la magie de chacun se réveille, retrouve sa liberté et son potentiel, que toutes ces choses se passent. C'est pour cela que ces personnes ressentent un amour profond les unes pour les autres. Un amour indéfectible et puissant, amical car non perverti par les processus humains sexuels, un amour pur »
Une force les terrassa intérieurement, à la manière d'un vertige, mais plus agréable que pénible. De la même manière que l'émotion nous retourne quand on regarde l'être aimé et que c'est la force de cet amour qui nous écrase. Mais en bien plus, mille fois plus fort.
« Vous allez à présent poser vos mains les unes sur les autres au centre de la table » Elles s'exécutèrent. À quelques centimètres au-dessus de leurs mains liées, Chelsea plaça les siennes.
Quelque chose de semblable à ce qu'il s'était passé la veille se produisit, lorsque leurs magies s'étaient approchées, pleinement rencontrées pour la première fois mais que c'était comme si elles s'étaient toujours connues. Comme si le lien entre leurs magies équivalait à leur amitié.
Leurs magies, que les trois filles ressentaient en elles comme des fils qui formaient une toile d'araignée, se lièrent et ne formèrent qu'une seule grande toile, plus solide que tout. Une sensation de plénitude, d'apaisement et de sécurité fut plus importante que tout ce qu'elles avaient pu ressentir jusqu'à présent.
- Ce lien est si fort qu'il est impossible de vous séparer, murmura Chelsea. Il est impossible qu'un seul de ces trois êtres si intimement liés puisse survivre une seconde seul si les deux autres ne sont pas vivants, il est donc impossible de débuter une vie tant que les deux autres ne sont pas nés et de continuer à vivre si les deux autres sont morts.
Toute cette magie en mouvement fut brusquement interrompue exactement un quart de seconde avant que la porte de la cuisine ne s'ouvre violemment. Apparut alors sur le pas de la porte l'un des trois vieillards, celui au chapeau de cow-boy. Son regard noir lançait des éclairs et il fulminait, les narines frémissantes.
- Arrête ça tout de suite ! ordonna-t-il à Chelsea.
Les trois filles sursautèrent et clignèrent des yeux d'un air hébété. Le réveil était brutal. Elles se rendirent seulement compte de la transe dans laquelle elles étaient plongées jusqu'alors. Lily regarda Chelsea en tentant de comprendre ce qu'il s'était passé. C'était comme si... Comme si elle les avait plongées dans un état second, une sorte d'hypnose, pour qu'elles écoutent sans questionner ce qu'elle disait.
Sa magie s'était réveillée avec douceur, sans que ce soit du fait de Lily. Cette transe avait permis à la magie de Chelsea d'appeler tranquillement celle des trois filles. Et au fur et à mesure qu'elles se reconnaissaient dans les paroles de la sorcière, sa magie reconnaissait celle de Lily et Lyra et lui donnait un sentiment... De calme et d'acceptation. Comme si sa magie l'encourageait à acquiescer aux paroles de Chelsea.
Ouep, bizarre, tout ça, pensa Lily.
- Harold, soupira Chelsea. Qu'est-ce qui ne va pas ?
Le vieil homme croisa les bras sur sa poitrine, à la manière d'un enfant boudeur, mais ses yeux lancèrent des éclairs qui auraient fait fuir un hippogriffe.
- Tu envoies des ondes magiques partout à en faire trembler la maison ! Tu avais promis que tu ne ferais plus d'expériences magiques ici !
- Elles sont venues à moi ! Qu'est-ce que tu crois que j'allais faire, rien ? Elles en sont, elles ont le droit de savoir !
Harold pinça les lèvres, mais Chelsea ne lui laissa pas le temps d'argumenter « Si ça te dérangeait tant que ce soit moi qui le fasse, tu n'avais qu'à le faire toi-même ! » L'homme parut blessé.
- Tu sais bien que je ne peux plus. Et qu'est-ce que tu comptes leur dire ? Qu'elles sont foutues ? Laisse-les repartir chez elle, efface leur mémoire ! Elles ont le droit de vivre leur vie !
- NON !
Les trois amies avaient crié leur désaccord en même temps, faisant sursauter les deux adultes. « Nous ne pouvons pas vivre notre vie, comme vous dites ! Il y a cette chose qui fait que notre magie court-circuite en permanence et nous n'en pouvons plus de ne pas comprendre ! » dit Lily d'une traite.
- Si vous deux, vous savez ce qu'il se passe, expliquez-nous ! S'il vous plaît ! renchérit Lyra.
Harold laissa son regard couler de l'une à l'autre jusqu'à Chelsea. Son visage sombre se durcit d'autant plus. Il ne détacha pas ses yeux d'elle alors qu'il s'adressait aux trois anglaises « À votre place, je me méfierai d'elle » dit-il en la désignant « La dernière fois qu'elle a voulu apprendre quelque chose à d'autres, elle en a tué un »
L'avertissement glaça Lily, Lyra et Liana, qui échangèrent des regards inquiets. D'une toute petite voix mais avec courage, Liana demanda « Vous parlez de ce qu'il s'est passé avec Ismaël ? » Chelsea et Harold ne s'étaient pas quittés du regard et une tension malaisante grandit dans la pièce, rendant l'air électrique et magique.
- Je n'ai tué personne, susurra froidement Chelsea.
- Il est mort par l'opération du Saint-Esprit, alors ?
Chelsea ne répondit rien. La discussion n'irait apparemment pas plus loin. Harold commença à se détourner pour quitter la pièce. Lily, prise d'une impulsion soudaine, se pencha sur sa chaise et lui attrapa le coude. Un courant de force passa entre leurs deux corps. En l'espace d'une fraction de seconde, la magie de Lily s'agita et il y eut comme un transfert de magie entre Harold et elle.
Si la Légilimancie est la capacité de s'introduire dans l'esprit de quelqu'un pour y extraire des souvenirs, des pensées, des sentiments, l'expérience qu'Harold et Lily partagèrent y ressemblait sans fondamentalement en être. Mais comparer cette expérience à la Légilimancie permettait de mieux la comprendre. Premièrement, cette expérience eut lieu sans aucune intention de la part de Lily de réaliser un tel acte. Ensuite, ce n'était pas au contenu de l'esprit d'Harold que Lily accéda, mais à tout ce qui concernait le potentiel magique de l'homme, et ses sentiments qui y étaient rattachés.
I think I have become one of the Hollow Men
Lily plongea dans un vide abyssal et en frissonna de peur ; elle ressentit l'intense souffrance d'une plaie béante et son estomac se tordit de peine. Elle se sentit happée jusqu'au plus profond de l'âme d'Harold où résidait, très longtemps auparavant, un énorme potentiel magique. À la place, il ne restait plus qu'un cratère immense, avec quelques étincelles erratiques de magie ici et là.
Toutes ces sensations se déversèrent en Lily si brutalement qu'elle ne put les contenir. Elle ne contrôla plus sa magie, si bien qu'elle ne put détacher sa main du bras d'Harold pour y mettre fin. La magie sortit alors d'elle ; Chelsea, Liana et Lyra ressentirent la même chose : le vide, la souffrance, la blessure. Elles éprouvèrent tout ceci sous forme d'un éclair fulgurant, car le processus cessa de lui même dès qu'il caressa la magie et l'esprit d'autres personnes qu'Harold et Lily.
The poison paralyses
Harold retira violemment son bras, comme s'il avait ressenti un choc électrique. Il jeta un regard noir où se lisait aussi un immense désespoir et quitta la pièce. Liana garda ses mains plaquées sur ses lèvres, trop choquée, Lyra le regarda partir avec effarement et des larmes coulèrent sur le visage de Lily.
Liana eut besoin de quelques secondes de silence avant de briser le silence « Qu'est-ce que c'était que ça ? » dit-elle d'une voix étranglée. Chelsea soupira, la tristesse écrite sur ses traits, alors qu'elle regardait l'endroit où Harold s'en était allé.
- Harold était comme vous, avant. Les deux autres que vous avez vu sur le porche sont ses amis, Horace et Henry. Tous trois sont nés le même jour » Elle se rassit plus confortablement sur son siège, papillonna des paupières et concentra son visage sur elles « Henry est mon père. Je suis son deuxième enfant »
Un autre silence « En premier sont nés Thomas, mon grand frère, Timothée, le fils d'Harold, et Théodore, celui d'Horace. Ils n'ont pas eu d'autres enfants, Thomas est le seul à avoir une sœur » Sa mine s'assombrit « Etait. Ils sont tous trois nés et morts le même jour, à l'âge de trente-deux ans. Ils voyageaient en Asie sur un tapis volant, tous les trois sur le même »
« Leur passion, c'était l'alchimie. Le grand rêve de Tim était de pouvoir recréer la Pierre Philosophale en utilisant des procédés différents de ceux inventés par Nicolas Flamel. Juste avant leur voyage, une de ses expériences a mal tourné, mais il s'en est sorti quasiment indemne, il avait seulement besoin de quelques potions pour guérir. Du moins, c'est ce que nous avons tous cru. Aucun d'entre nous, malgré toutes nos capacités réunies - et croyez-moi ce n'est pas peu dire - aucun de nous n'a compris ce qui était vraiment en train de se passer.
« Ce que nous avions pris pour une guérison était en fait une modification de quelque chose dans son organisme, et il n'a pas tenu. Ils étaient en plein vol quand il a eu un accident vasculaire cérébral, ce qui causa non seulement sa mort mais aussi un accident et ils s'écrasèrent sur une des montagnes de l'Himalaya. Mon frère et Théo sont morts sur le coup, quelques secondes après Tim »
Le regard de Chelsea se perdit vers l'extérieur « Avant cette... tragédie, appelons un Scroutts un Scroutts, mon père et mes oncles étaient de très grands sorciers. Je dis mes oncles, mais nous ne partageons aucun lien du sang. Juste un lien de cœur bien plus fort qu'aucun lien familial. Ce sont les meilleurs amis depuis leur naissance, tout comme l'étaient Thom, Théo et Tim »
Lily se demanda si Chelsea s'était sentie exclue d'avoir grandi entourée par des hommes si liés sans sembler elle-même partager un lien équivalent avec d'autres, mais une telle frustration ne se ressentait pas dans ses propos. Peut-être l'avait-elle ressentie, mais elle avait appris à vivre avec au fur et à mesure de sa vie.
- Il en est de même pour les pères d'Harold, Henry et Horace, leurs pères avant eux, etc. Ceci remonte jusqu'à vingt générations. Trois hommes dont le prénom commence par la même lettre, nés et morts le même jour. La plupart sont sorciers, mais pas tous. Lors de trois périodes différentes, chacune des trois familles a eu un descendant moldu, puis juste après ceux-ci ont eu des fils sorciers. Evidemment, si l'un des trois descendants est sorcier, ses deux amis le sont aussi, et si l'un est moldu, les deux autres aussi.
« Lorsque je dis qu'ils étaient de bons sorciers avant la mort de leurs fils, je ne plaisante pas. Les sorciers les plus puissants que j'ai jamais connu. Je ne sais pas ce que vous avez entendu dire de moi, mais je l'imagine. Je ne suis rien à côté de ce qu'ils étaient. Je possède un certain potentiel car je suis la fille de mon père, mais ils ont dû m'aider et m'apprendre tout ce qu'ils savaient et j'ai dû travailler d'arrache-pied pour arriver où j'en suis aujourd'hui. Tandis que je n'ai jamais vu personne réaliser des sorts aussi compliqués et aussi facilement que mes frères et cousins ou qu'Henry, Horace et Harold »
Hollow men can stop you with the twinkling of an eye
Hollow men can take you without even reaching out
Hollow men have got you long before you realise
« Ils sont tout autant liés que vous. Ils ressentent ce que les autres ressentent et communiquent parfois par télépathie. Ils sont comme... Trois parties d'une même personne. Pour ce qui est de leur magie... Quand leurs fils sont morts, leur magie s'est comme éteinte. Ce qu'on a ressenti, lorsque tu as touché Harold, Lily, est le juste reflet de ce qu'il reste à l'intérieur d'eux »
- Vous pensez que leur magie est... partie ? demanda Liana, horrifiée.
- Je ne pense pas que leur magie est morte, répondit Chelsea en secouant la tête de gauche à droite. Je pense que perdre son enfant est la chose la plus horrible qui puisse arriver, et parfois un tel traumatisme change quelque chose en nous. Je pense que leur magie est toujours là, mais en repos. Comme lorsqu'on devient paraplégique : les jambes sont toujours là, mais on ne peut plus les utiliser.
« Cela ne vient pas que à cause de leur deuil. Ce que je veux dire, c'est qu'ils n'ont pas que perdu leurs fils, ce qui est déjà suffisamment horrible en soi. Ils ont perdu ce qu'on peut appeler leurs « descendants magiques », c'est-à-dire que leur magie a aussi perdu ses descendants »
- Vous » La voix de Lily était rauque et elle se racla la gorge « Vous parlez de la magie comme si elle était une personne.
- Pour eux, c'est le cas. Je vous ai dit que certaines personnes devenaient amis parce que leurs magies étaient compatibles. Pour ce qui est d'eux, et cela vous concerne également, ce n'est pas que la magie vous rapproche ; vous avez été créées par la magie. » Vu l'expression sur leurs visages, il était clair qu'elles ne comprenaient pas
« Je sais que ça va vous paraître... impossible et absurde, mais essayez de faire un effort d'imagination, d'accord ? Imaginez la magie comme une entité qui se partage entre l'environnement, les créatures et les sorciers, qui vit grâce aux échanges entre les êtres vivants et la nature, qui vit dans les sorts que nous lançons et qui se régénère en partie dans nos corps. Imaginez que cette magie vivante a tout de même besoin d'un « réceptacle », et que les réceptacles sont les sorciers et les créatures magiques » Elle mima des guillemets à l'aide de ses doigts.
« Imaginez une importante, très importante, quantité de magie, très puissante, qui cherche un réceptacle. Cette magie très importante et très puissante va se diviser par exemple en trois, et se glisser dans les cellules qui vont donner des fœtus qui vont naître le même jour. Grâce à leur magie, ces trois individus vont devenir les meilleurs amis du monde, pratiquer une magie incroyable du moment qu'ils sont ensemble et puis mourir le même jour »
« Cette magie est si puissante qu'elle ne peut être pratiquée par un seul sujet, d'où sa répartition entre plusieurs individus, et elle ne peut se réaliser sans le lien très fort qui les unit. Au fur et à mesure des générations, elle survit et circule grâce aux descendants des ces sorciers. D'une part, il y a le côté biologique purement humain, où ces trois personnes ont des enfants et ainsi de suite ; et d'autre part, le côté magique, où la magie qui circule dans ces êtres se renouvelle, se redivise et se déverse dans les descendants biologiques »
« Vous faites partie de ce genre de personne, tout comme mon père, mon frère et leurs amis. Quand je dis que vous avez été créées par la magie, c'est parce que cette magie très puissante a très certainement guidé votre conception et votre naissance, et elle conditionne depuis lors tout le reste de votre existence et celle de vos descendantes. Vos trois vies sont imbriquées les unes aux autres, tout comme le seront celles de vos filles et petites-filles »
« Pour revenir au sujet de vos grands-mères, voici mon explication. Vos mères sont toutes les trois adoptées, toutes les trois cracmolles ou filles biologiques de cracmolles, et on compte parmi leurs aïeules biologiques des femmes sorcières, rarement moldues, très puissantes et liées de la même manière que vous »
Chelsea sentit qu'une pause dans ses explications était nécessaire. Ses trois interlocutrices avaient besoin d'un peu de temps pour assimiler tout ça.
- Est-ce que vous avez des questions ?
Liana, Lyra et Lily échangèrent un regard lourd de sens. Elles savaient qu'elles ressentaient toutes les trois la même chose. Premièrement, le doute et la perplexité, car tout ceci était inimaginable et difficile à croire. Deuxièmement, la stupeur et un étrange soulagement, car elles se sentaient comprises. En effet, tout collait : leur histoire, celle de leurs mères, leur amitié et leur magie, tout ceci se retrouvait dans ses explications.
Troisièmement, du déni et un sentiment d'aberration, car elles étaient sûrement devenues folles si elles pensaient que Chealsea avait raison ! Elles parlaient d'êtres spéciaux à la magie extraordinaire, au destin scellé ! Quelle était l'étendue de leur mégalomanie pour penser qu'elles pouvaient être ce que Chelsea décrivait ?
Lyra fut la première à réagir, avec froideur, comme souvent lorsqu'une situation la dépassait « Vous auriez tout aussi bien pu nous dire que, lorsque nous étions petites, le Ministère de la Magie nous a fait croire que nous étions en danger pour faire des expériences sur nous, puis nous a ensuite effacé la mémoire mais n'a pas pu corriger les conséquences que leurs expériences ont eu sur notre magie et que c'est pour ça que tout déconne... Si vous aviez dit ça, j'aurais trouvé ça plus crédible »
Ses deux amies eurent le même petit sourire en coin, car il n'y avait qu'elle pour imaginer une théorie aussi tordue et la débiter sur ce ton. Chelsea, quant à elle, éclata de rire « On peut dire que vous avez une sacrée imagination, Lyra ! »
Lily se racla la gorge et leva les yeux vers Chelsea « Ce que nous ressentons, c'est que... Nous sommes soulagées, parce que vous avez l'air de parfaitement comprendre ce que nous vivons. Mais c'est trop... Trop, trop dingue, pour qu'on puisse y croire. Il doit exister bien d'autres manières d'expliquer que nous avons un lien magique spécial, et le reste - les mêmes initiales et les anniversaires - ne sont sûrement que des coïncidences.
- Exactement ! appuya Lyra en tendant sa main vers Lily. Il y a sûrement un tas d'autres explications, et ce que vous nous racontez n'est qu'une d'entre elles. Qui dit que vous avez forcément raison ?
- En plus, vous ne nous avez finalement rien expliqué du tout, dit Liana, les sourcils froncés, l'air pensif. Vous nous lâchez un truc absolument impossible à croire et qui vient complètement de nulle part ! Comment ça se fait qu'on n'en ai jamais entendu parler avant ? On a étudié tout un tas de faits et de légendes sorcières à Poudlard, jamais rien qui ressemble de près ou de loin à ce que vous nous avez raconté ! Pourquoi on entend parler de tout ça que maintenant ? demanda-t-elle en la regardant enfin dans les yeux. Comment ça se fait que de tels sorciers existent ? Comment c'est possible ?
Chelsea prit son temps pour répondre. Le chat roux sauta sur ses genoux et réclama ses caresses. « L'origine de la sorcellerie... » Elle commença son récit avec hésitation, tout en laissant ses doigts courir dans les poils roux, l'air de chercher ses mots.
- On va commencer par un cours d'histoire pour que vous situiez. La magie est présente aux toutes premières origines du monde et de la vie, que ce soit lors du Big Bang, de la création de la toute première forme de vie, du passage des bactéries sous-marine aux premiers organismes vivants terriens, et ainsi de suite, jusqu'à l'Homme et jusqu'à aujourd'hui. La magie était présente dans la nature, elle a accompagné la formation et l'évolution de toutes les formes de vie.
- Vous voulez dire que tous les êtres vivants étaient magiques ? Donc vous adhérez à la théorie qui dit que tous les hommes étaient doués de magie et que toute une partie de la population humaine a décidé d'abandonner ses pouvoirs, faisant d'eux les ancêtres des moldus ? demanda Liana.
Lyra et Lily échangèrent un sourire, avec l'impression d'être revenus huit ou neuf mois en arrière. Lors de la première réunion des cours d'Approfondissement Magique, le même sujet avait été abordé et la même question avait été posée, par Liana également, passionnée d'histoire. (1)
Mais Chelsea regarda la blonde avec un air de dédain « Pour que je croie à cette théorie, il faudrait déjà qu'on m'explique comment un homme ou une femme peut être capable de simplement refuser ses pouvoirs. On naît sorcier ou on ne l'est pas. Même les sorciers qui décident d'aller vivre chez les moldus continuent de sentir la magie en eux. De plus, si on considère que toutes les créatures étaient magiques, on ne parle pas que des humains mais aussi des animaux ! On considère alors que tout ce qui n'était pas humain a également choisi d'évoluer vers une forme magique ou non ? »
« Non, je ne suis pas partisane de cette théorie. Je considère que la magie accompagne tout mouvement sur cette Terre, même lorsqu'on ne peut pas la voir. Il y a eu un moment dans l'évolution de chaque espèce où la magie a choisi d'aller plus loin, créant une dichotomie chez toutes les espèces, entraînant qu'une partie de chaque espèce a continué vers une évolution magique et l'autre vers une évolution non magique. Ce qui ne veut pas dire que la magie n'est pas présente partout, mais qu'elle a décidé de doter de pouvoirs magiques seulement une partie des êtres vivants »
« Donc, les tous premiers sorciers ont commencé à développer leur magie. Au fur et à mesure des millénaires, ils créent les formules magiques, les potions, les baguettes magiques, etc.
- Est-ce que tout ça a été créé car il y a eu tout un tas de catastrophes naturelles ? Et ces catastrophes sont arrivées car la magie a dépassé le sorcier ? demanda Lily en fronçant les sourcils, car elle tentait de se souvenir des paroles d'Isée Moroz l'an dernier (1).
- Plus les sorciers pratiquaient la magie, plus elle devenait puissante mais leur capacité à la contrôler n'a pas suivi ce débordement de pouvoir, et il y a eu tout un tas de catastrophes. Ouragans, épidémies, séisme, et j'en passe, continua Liana en hochant la tête. Les sorciers ont réussi à dompter cette magie en créant des moyens de la canaliser, comme les baguettes magiques, les potions, les formules. Mais tout ça, c'est aussi seulement des croyances et des théories. On ne sait pas bien si c'est vrai.
- On suppose qu'il y a tout de même eu une époque où la magie commençait à dépasser le sorcier, et qu'on a voulu en effet la canaliser, reprit Chelsea. De là à dire qu'il y a eu toutes ces catastrophes, nous n'en sommes pas sûrs. Il y a presque autant d'hypothèse que d'historien. D'autres supposent aussi que les baguettes, les formules, tout ça n'était pas des moyens de canaliser la magie mais étaient considérés comme des progrès, des manières plus simples et plus rapides et qui donnaient des possibilités différentes. Ce qui, pour moi, est un véritable sacrilège car ça nous a détourné de la pratique de la Magie Primitive.
- Où voulez-vous en venir ? demanda Lyra, à la fois intéressée par ses paroles et impatiente d'aller au fond des choses.
- Je parle de l'histoire de l'évolution de la magie. Depuis les premiers sorciers qui pratiquaient la Magie Primitive, il y a eu de nombreuses avancées qui ont créé différentes formes de magie. La Magie Normale, avec les « canaliseurs », baguette, formules, potions... À partir de celle-ci, on a tiré Magie Blanche et Magie Noire. Puis la magie de l'esprit, avec l'Occlumancie et la Légilimancie. Tout ça, ce sont des évolutions plutôt européennes mais qui se sont transmises partout dans le monde.
« Ici aux Etats-Unis, on étudie ce qu'on appelle la Vieille Magie, c'est-à-dire le peu de savoir qu'ont consenti à nous transmettre les Amérindiens, la magie qu'ils pratiquaient en toute liberté avant d'être colonisé. Leur magie était très liée à celle des plantes et des animaux, et ils n'utilisaient pas tout le temps de baguette. Les Africains non plus, puisque l'utilisation de la baguette magique s'est répandue très tardivement sur ce continent. Avant les baguettes, on disait des Africains que leur magie était pauvre, car moins puissante ; en réalité, leur magie était plutôt subtile et pouvait se montrer très puissante, c'est juste qu'ils ne faisaient pas étalage de leur pouvoir comme les européens »
« Quand je parle de formes différentes de magie, c'est très large comme concept. Il y a la Magie Normale et la Magie Primitive qui sont très différentes. La Magie Blanche et la Magie Noire aussi, pourtant elles dérivent toutes deux de la Magie avec baguette, donc sont plus semblables que la Normale et la Primitive. Il y a aussi le simple fait qu'un sorcier utilisant la Magie Normale trouve un moyen de jeter un sort, au hasard le Lumos, qui a le même résultat que le Lumos originel mais n'est pas jeté exactement pareil ; ce sorcier a créé une sorte de dérivé du sort original, et rien que ça c'est une manière différente de pratiquer la magie »
« Tout ça pour vous dire que toutes ces formes de magie sont plus ou moins proches les unes des autres, et toutes plus ou moins proches de la Magie Primitive puisque c'est la toute première forme de magie, donc toutes les autres formes sont forcément des dérivés de la Primitive. Si les Africains ou les Amérindiens font de la magie sans baguette, cela ne veut pas dire qu'ils font de la Magie Primitive, ils pratiquent une magie dérivée »
« Malgré toutes ces évolutions, la Magie Primitive n'a pas disparu. De tous temps, il y a toujours eu un petit pourcentage de sorciers qui continuent de pratiquer la Magie Primitive, la pratiquer et l'enseigner à ceux qui veulent l'apprendre. Les différentes magies se créent et continuent d'évoluer, à cause de plein de facteurs dont l'un d'eux est l'échange entre les cultures - donc entre les différentes magies - et parfois parce qu'un sorcier y rajoute une touche de Magie Primitive »
Lily et Lyra échangèrent un regard et surent qu'elles pensaient la même chose. Cela faisait plus d'une heure qu'elles discutaient sans relâche avec cette femme - ou plutôt que cette femme tournait sans relâche autour du chaudron. Le fin mot de l'histoire était-il si compliqué à expliquer ? Chelsea but à grandes goulées son verre de citronnade, la gorge sèche, avant de reprendre.
« La question est : qui sont ces sorciers qui continuent de pratiquer cette Magie Primitive ? Je suppose que vous savez qu'il faut une certaine prédisposition à la Primitive pour espérer pouvoir en apprendre les bases. Je suppose aussi qu'avant de venir me chercher, vous avez connu quelqu'un en Grande-Bretagne qui avait de sacrées prédispositions et qui vous a transmis ce que vous savez sur la Primitive. Ismaël, qui vous a expliqué comment réaliser le Processus de Révélation en a, j'en ai aussi. Mais il est risible de penser que c'est seulement grâce à des personnes comme nous, isolées, sans aucun lien les unes aux autres, que cette magie se transmet depuis la nuit des temps, étant donnée qu'elle est si peu pratiquée »
« Ces sorciers grâce à qui cette magie se transmet, ils sont si peu nombreux et ont laissé si peu de trace dans l'histoire qu'on parle d'eux en terme de légende. Leur légende revient dans beaucoup de cultures différentes. On parle des tous premiers sorciers comme des êtres différents de nous. Ils étaient les premiers humains conscients de pratiquer la magie, et à l'époque il n'y avait pas d'école ou de professeur pour leur apprendre. Ils ont dû apprendre à gérer la magie qui vivait en eux, mais aussi la magie des environs qui interagissait avec eux »
« Vous trois, vous avez appris la magie en remuant une baguette, une baguette faite pour canaliser la magie de votre corps et être utilisée par des formules magiques. Ça n'a rien de bien compliqué. Les premiers sorciers, eux, ont dû apprendre à gérer, ressentir et dompter le bouillon d'énergie en eux, énergie qui répondait à l'électricité ambiante. Tout ça dépassait leur entendement - comment expliquer que dans un coup de colère, ils puissent soulever des montagnes ou faire exploser un mammouth, et que, même lorsqu'ils tentaient d'apaiser leur colère, ce qui remuait en eux ne se calmait pas complètement ? Ils ont dû apprendre à nommer cette chose, à lui donner une signification pour eux et leur vie de tous les jours »
« Chez les sorciers Watutsi, un groupe de sorcier qui vit principalement au Rwanda, il y a cette légende des Runzi, qui signifie Gardiens (2). Pour eux, les premiers sorciers sont des êtres extraordinaires, plus grands en taille, plus sages et qui vivent plus longtemps, sans être immortels. Leur magie par contre, elle, est immortelle, et ils exercent la Magie Primitive comme personne ne l'exercera jamais »
« On peut créer une forme de magie, que ce soit une toute nouvelle magie ou simplement quelque sorts qui différent un peu de la magie qu'on utilise habituellement, et on peut s'inspirer de la Magie Primitive pour ce faire. Mais les Watutsi considèrent que seuls les premiers sorciers pouvaient réellement exercer la Magie Primitive. Eux, et leurs descendants. La légende n'est pas très claire là-dessus : leurs descendants biologiques, ou des sorciers qui naissent différents et choisis de manière presque prophétique pour exercer cette magie ? En tout cas, ces sorciers s'appellent les Gardiens car ce sont les Gardiens de la toute première forme de magie. Ce sont eux qui veillent à sa non-extinction »
« On retrouve une légende semblable pour les Kthères, une communauté tibétaine. La légende s'appuie sur la transmission de cette magie, qui serait semblable à la réincarnation, sauf que ce n'est pas l'âme qui se réincarne mais la magie des premiers sorciers. Lorsque les premiers sorciers sont morts, leur magie s'est réincarnée dans d'autres sorciers dont le destin est de se retrouver pour que leurs magies se complètent parfaitement. Les Kthères les appellent les Magies-Sœurs ou Magies-Frères - c'est grossièrement traduit, mais je suis personnellement incapable de le prononcer dans leur langue »
« Ces sorciers sont condamnés à se chercher toute leur vie pour se sentir complet, condamnés à pratiquer une magie pauvre et peu efficace en attendant leur réunion. Mais lorsqu'ils se retrouvent, ils sont transcendés et heureux car leurs magies se sont retrouvées et se complètent. Leur osmose, leur harmonie, est dûe à la réunion de leur magie. Grâce à cette réunion, ils peuvent pratiquer la magie qu'ils étaient destinés à pratiquer mais qui leur était refusée tant qu'ils ne s'étaient pas retrouvés. Cette magie est la Primitive, cette magie qui ne peut s'exercer que grâce à leur lien retrouvé et qui les met en lien, d'une certaine manière, avec les premiers sorciers »
« Il y aussi la légende des Gaëlèën (3), une légende celte, qui dit que les premiers sorciers ont fait en sorte d'assurer eux-mêmes leur descendance et la pérennité de leur magie. C'est cette légende qui considère le plus la magie comme une entité propre. Lorsque la magie a évolué pour se détourner de la Magie Primitive, et quand les premiers sorciers se sont sentis sur le déclin, ils ont décidé d'extraire eux-même leur magie de leur propre corps, et la laisser choisir elle-même sa manière de se perpétuer »
« Cette légende accentue le caractère extraordinaire et exceptionnel de ces premiers sorciers, de cette sorte de race unique qui s'est éteinte lorsque la magie les a quitté. Pour recevoir leur magie, il fallait donc des êtres extraordinaires, mais même le plus puissant sorcier ne l'était pas suffisamment. C'est ainsi que naissent les Gaëlèën, les descendants magiques des premiers sorciers. Pour chaque premier sorcier qui a extrait sa magie, magie trop puissante pour être pratiquée par un seul individu, il existe plusieurs êtres, généralement entre trois et cinq, aptes à recevoir une partie de sa magie »
« La magie qui a quitté ce premier sorcier choisit des sortes de descendants et se répartie parmi eux, des êtres qui seront liés toute leur vie par leur magie, magie tellement puissante et extraordinaire qu'elle ne peut se réaliser sans ce lien qui les unit. Selon cette légende, c'est ainsi que se transmet la Magie Primitive »
Un autre silence suivit sa dernière phrase. Lily fut la première à le briser « Si j'ai bien compris... Vous pensez que c'est ce que nous sommes ? Vous pensez que toutes ces légendes parlent de nous ? »
Chelsea les regarda l'une après l'autre dans les yeux, une flamme étincelante brillant dans les siens « Ce que je sais, c'est qu'il existe dans ma famille un lien extraordinaire qui se pérennise à chaque génération depuis vingt générations. Mes ancêtres et ceux des amis de mon père, tous ceux qui étaient sorciers disposaient d'un pouvoir immense, et ils étaient capables de pratiquer la Magie Primitive comme si c'était leur magie de prédilection. Ils sont tous nés et morts le même jour, et leur prénom commençaient par la même lettre »
« Ce que je sais, c'est que j'ai voyagé pendant plus des deux tiers de ma vie partout dans le monde, pour en apprendre le plus possible sur toutes les formes de magie différentes, pour comprendre jusqu'où allait mon propre pouvoir. J'ai rencontré des dizaines de sorciers différents qui m'ont fait connaître leur magie ; j'ai alors réalisé que c'était auprès de mon père et mes oncles que j'avais le plus appris sur la Magie Primitive »
« C'est auprès d'eux que j'ai appris à ressentir ma magie dans son entièreté, que j'ai compris que tout était question d'échange entre ma magie et moi en tant qu'humaine. Ce sont eux qui m'ont montré l'infini des possibilités de la Magie, je n'ai jamais vu une pareille étendue de pouvoirs ailleurs que chez eux. Et je suis intimement persuadée que c'est ça, la Magie Primitive »
« Mon apprentissage de la Magie Primitive auprès d'eux m'a appris à ressentir la magie, la mienne et celle autour de moi, mais je n'avais pas encore réussi à comprendre ce que je ressentais. En voyageant, j'ai ressenti la magie de tous ceux que j'ai croisés, et c'est en laissant ma magie tâtonner, en côtoyant les particularités de chaque magie, en confrontant leurs différences, que j'ai compris. J'ai compris qu'entre un loup-garou, un Métamorphomage, un voyant et un sorcier lambda, je ne ressentais pas la même magie. Il m'a fallu de nombreuses années de pratiques et de méditation pour réussir à ressentir la magie d'autrui, à la percevoir mais aussi à comprendre sa nature et ses capacités »
« Quand vous avez lancé le Processus de Révélation hier, je l'ai tout de suite ressenti, grâce à sa proximité et aussi à l'empreinte débordante de Magie Primitive. Je vous ai ensuite attendues, je vous ai envoyées Moustache (4) pour vous ramener jusqu'ici. Quand vous êtes arrivées devant la maison, la première chose que j'ai fait avant de sortir sur le perron, c'était de ressentir votre magie. C'était la première fois que j'ai ressenti ça ailleurs que chez ma famille »
« Un pouvoir énorme, un puits sans fond de Magie Primitive qui ne demande qu'à s'échapper, et un lien entre vous trois si puissant et extrêmement ancien. Vous avez la même magie et le même lien que mon père et ses amis, que mon frère et ses amis.
- Vous pensez que ces légendes parlent de votre famille ? Ça ne vous semble pas... Complètement fou ? demanda Lyra, qui tentait de paraître sceptique mais ne savait surtout plus ou se mettre.
- Je pense que les légendes restent des légendes, mais dans chacune, il y a une part de réalité. Peut-être que, vingt générations plus tôt, la magie d'un des premiers sorciers a choisi mon ancêtre et ceux d'Horace et d'Harold et s'est répartie entre eux, et qu'elle se transmet ensuite d'une génération à une autre. Ou bien, peut-être qu'ils descendent directement des tous premiers sorciers, mais que la trace de cette descendance directe et purement biologique - et non comme si la magie s'était réincarnée - a été perdue. Peut-être que vingt générations plus tôt, les trois familles se sont retrouvées et qu'elles se cherchaient depuis l'extinction des premiers sorciers.
« Qu'importe les légendes. Et je comprends que tout ça vous paraisse fou. Mais il faut que vous acceptiez quelque chose que vous ne pouvez pas nier. Vous avez plus que des prédispositions en Magie Primitive. L'essence même de votre magie, c'est de la Magie Primitive. Sinon, vous n'auriez jamais pu réussir le Processus de Révélation »
- Et je suppose que je n'aurais jamais pu faire le Processus de Création de la Vie, prononça Liana d'une voix neutre, un air songeur et lointain sur le visage alors qu'elle se remémorait cette expérience.
Le sentiment de surprise de Chelsea du fait d'avoir été interrompue s'accrut suite à cette révélation. Elle cligna plusieurs fois des yeux avec hébétude ce qui lui donna un air particulièrement stupide « Quoi ? Le Processus de Création de la Vie ? Toute seule ?
- Il fallait bien vous raconter ça aussi, dit Lyra avec agacement. Si vous aviez reçu nos lettres, nous n'aurions pas eu besoin de passer par toutes ces explications. Ecoutez bien parce que je vais la faire courte. L'année dernière, notre professeur de Défenses Contre les Forces du Mal, Isée Moroz, s'est mise en tête de créer un groupe de travail avec seulement des élèves de sixième et septième année ayant des prédispositions à l'Ancienne Magie. Elle a appelé ça l'Approfondissement Magique...
Lyra résuma donc toutes leurs séances d'Approfondissement Magique, parfois coupée par Lily ou Liana qui apportaient des précisions. Arrivée au passage du Processus de Création de la Vie, Liana prit le relais, car elle était la seule des trois à être allée au bout du Processus avec pour partenaire Remus, qui n'était pas encore son petit-ami à l'époque. Chelsea posa quelques questions durant son récit, avant de l'interrompre.
- Nous reviendrons là-dessus plus tard. Croyez-moi, nous en reparlerons. Mais je veux continuer sur ce que je voulais vous dire. Le Processus de Révélation et celui de Création de la Vie sont des processus très compliqués qui nécessite beaucoup de puissance, beaucoup d'expérience et de connaissance en magie, d'autant plus en Magie Primitive. Il faut aussi évidemment de grandes prédispositions à la Primitive. Le fait qu'Ismaël ait pu vous aider à le mener à bout est complètement aberrant, car il n'a aucune idée de comment le réaliser vraiment.
« Je connais très bien sa magie, je l'ai aidé à révéler ses prédispositions à la Magie Primitive et à commencer à essayer de s'en servir. Le reste, il l'a appris seul ou grâce à un autre mentor. S'il y a bien une chose concernant Ismaël, c'est qu'il ne comprend rien ou sinon pas grand chose à la pratique de cette magie. Il a des prédispositions, c'est sûr, mais c'est tout. Sa magie reste très émotive et instinctive, c'est pour ça qu'il excelle dans son art ; mais c'est bien la seule manière qu'il a de pouvoir utiliser cette magie. S'il avait dû l'utiliser pour faire autre chose, et possiblement de grandes choses, il aurait dû être capable d'une immense discipline et d'une rigoureuse dynamique de l'esprit, ce qui n'était pas le cas »
« Tous ceux qui ont des prédispositions peuvent faire bouger les éléments, éclairer une pièce, amener un objet à soi. Mais se servir des éléments pour créer une nouvelle forme de magie, pour révéler la magie de la nature environnante, c'est ça qui nécessite de la puissance et du travail »
- Mais alors, comment est-ce que c'est possible qu'on y soit arrivées ? demanda Liana.
- Grâce à votre magie. Votre magie vous a guidées à travers les étapes dont vous aviez simplement les bases, la formule, ce qu'il fallait entreprendre et imaginer. Vous avez la magie mais vous ne savez pas vous en servir. Il faut un apprentissage long et fastidieux. Mais parfois, les conditions sont réunies pour que vous parveniez à vos fins. C'est ainsi qu'aux moments et aux endroits où vous y êtes arrivées, vous avez pu aller au bout de ces Processus. Mais cela ne veut pas dire que maintenant ou demain vous réussiriez de nouveau.
« Si vous aviez vu mon père, mon frère et leurs amis, vous n'en auriez pas cru vos yeux. Moi, j'ai dû travailler très dur, mais pour eux, c'était quasiment inné. Je dis inné car ils ont quand même dû apprendre à contrôler leur magie, tout comme vous aurez besoin d'apprendre à vous en servir »
- Très bien » Le ton de Lily n'admettait aucune objection et dans son regard qu'elle fixa dans celui de Chelsea brillait une résolution inflexible « Apprenez-nous »
(1) : Chapitre 7 de The Gentlest Feeling
(2) : Les Tutsi sont un groupe de population habitant dans la région des Grands Lacs africains [...] historiquement ils ont souvent été appelés les Watutsi. Merci Wikipedia. Les Tutsi sont aussi la deuxième population du Rwanda et pour ce qui est du fameux génocide du Rwanda de 94, c'est ce peuple là qui a été génocidé quoi. Pour ce qui est du mos Runzi, je crois que je l'ai trouvé sur une sorte de dictionnaire ou de site de traduction du kinyarwanda, une des quatre langues les plus parlées au Rwanda, et il y avait plusieurs mois pour dire "garder" et j'ai choisi Runzi. Donc vraiment ça veut rien dire, j'ai inventé.
(3) : Gaëlèën : à prononcer Gaéline
(4) : Clin d'oeil au chat de mon ancienne colocataire, roux et qui s'appelle Moustache et qui me manque depuis que je ne vis plus avec ^^
Alors alors alors... Pfiou, tout le monde a repris son souffle ? Alors, qu'en avez-vous pensé ?
Première partie : les Maraudeurs qui découvrent la drogue ? ça faisait super longtemps que j'avais pas abordé ce sujet (souvenez-vous, en 4e et 5e Liana se droguait régulièrement). La découverte de la drogue est pour moi un grand sujet de l'adolescence, tout le monde ne teste pas mais souvent quand même, que ce soit la drogue douce ou des trucs un peu plus dur, et les Maraudeurs n'étaient pas encore passés par là ! Toute occasion pour faire la fête est bonne avec eux !
Ensuite : Marlene et Peter... J'attends vos impressions. ça va plutôt rapidement entre eux. Je ne veux pas vous donner d'indice, mais vous me connaissez, il n'y a presque aucune relation amoureuse dans cette fic qui se déroule "normalement", tranquillement et sans embûche... Vous verrez ^^
Ensuite : Chelsea et les trois filles. Je vous avoue que c'est sur ce sujet que j'ai le plus envie d'avoir vos retours. Qu'avez-vous pensé du format "Chelsea leur déballe tout ce qu'elle sait sans problème" ? Certains diront que c'est un peu trop facile, je leur répondrai que ça ne pouvait pas se passer autrement. Certes, c'est marrant quand il y a des rebondissements, mais j'essaye d'être crédible à fidèle à mon histoire, ce qui est pas facile :P
Je ne sais pas si vous avez reconnu, mais le début de la troisième partie, quand elle parle de la complémentarité des sorciers, ressemble beaucoup au début en italique du chapitre 12 de Leave it behind. Je l'ai juste un peu modifié.
Ensuite : qu'est-ce que vous pensez de ce qu'elle leur a dit ? Sachez que, si j'ai mis autant de temps à écrire ce chapitre, c'est parce que ce qu'elle révèle est, vous l'aurez compris, d'une importance capitale. Et j'avais tellement peur de mal l'écrire, de ne pas réussir à me faire comprendre, mais aussi que vous n'aimiez pas ce qu'elle raconte, j'avais peur de vous décevoir (je sais c'est con, c'est mon histoire et j'en fais ce que je veux mais votre opinion compte) que du coup j'ai galéré. Je n'ai jamais autant galéré avec un chapitre de ma vie.
Certes, les révélations de ce chapitre sont capitales. Mais je veux que vous gardiez à l'esprit une chose : ce chapitre n'explique pas tout, non. Ce n'est que l'opinion d'une seule femme, Chelsea. Il y aura d'autres explications ensuite. Déjà dans la suite de ce chapitre, Chelsea expliquera d'autres choses. Mais ensuite, il y aura encore d'autres explications dans des circonstances différentes, car il ne s'agit pas que de ça. La magie, c'est un tout, et ça ne s'explique pas en vingt pages.
Au final, je suis fière de ce que j'ai écrit, et c'est pour que j'ai très envie d'avoir vos retours. Dites moi ce que vous pensez, du côté magique, du côté légende... Est-ce que vous êtes comme Lily, Lyra et Liana, plutôt sceptiques ? Est-ce que vous imaginiez un truc un peu comme ça ? Est-ce que ça vous paraît fou et improbable et pas crédible ? J'attends vos retours.
Concernant la suite : il y aura encore un peu de Chelsea, des Maraudeurs... Enfin vous verrez. Etant donné que ce chapitre 4 était vraiment très compliquée à écrire pour moi et que la suite est censée moins l'être, je pense que je mettrais quand même moins de temps à poster. Après, cette année j'ai aussi mis un an à poster parce que j'ai eu énormément de soucis au boulot qui m'ont pris la tête et m'ont mise au bord du burn-out. Là j'ai quitté mon boulot et je vais reprendre des études (en lettres modernes, et oui rien à voir avec mon boulot d'infirmière), donc même si les études peuvent être prenantes, je pense que ça sera plus cool et que je serais plus disponible psychiquement pour écrire. Voilà pour le racontage de vie.
Bisous, à bientôt !
