Bon, nouvel essai. Désolé pour le problème de formatage cet après-midi, ff a fait n'importe quoi avec mon texte -.- J'espère que cette fois-ci ça sera bon.
Ça avait l'air d'être une matinée chaude et ensoleillée, probablement juste pour embêter Drago avec cette lumière trop brillante qui sympathisait très rapidement avec sa violente migraine. Ouvrir les yeux fut une épreuve qui le vida de son énergie. En fait, il n'y arriva même pas. Les choses qu'il voulait vraiment voir se trouvaient dans sa tête de toute façon.
La nuit précédente était complètement floue. Il se rappelait avoir été manipulé, tiré et poussé par plus d'une paire de mains. Il était sûr que Blaise l'avait bordé. Il pouvait encore sentir l'odeur douceâtre de son lait pour le corps et entendre des insultes bougonnées tandis qu'on lui retirait ses vêtements. Il se rappelait un peu de ce qui s'était passé avant, aussi. L'air blessé et en colère de Potter était le plus vif de ses souvenirs. Ça ne servait à rien de s'y attarder, cela dit. C'était le plan, non ? Un plan concocté par son esprit embrouillé, certes, mais qui continuait à faire sens maintenant. Il suffisait que Potter soit suffisamment blessé pour avoir envie de chercher une consolation dans le whisky. En fait, c'était un meilleur plan que celui de départ, quand Drago avait simplement prévu d'offrir du whisky à Potter, sans raison. Les potions que Drago avait bu lui avaient donné du courage ; il n'aurait pas osé mettre Potter en colère sciemment, sinon.
— Bois ça.
Drago étrécit les yeux et distingua Blaise qui se penchait au-dessus de lui et le regardait en fronçant les sourcils.
— Tu as une gueule atroce, l'informa-t-il. Tiens. Bois.
Il avait une petite fiole dans la main.
— Non.
Drago secoua la tête, ce qui ne fit qu'empirer son mal de tête.
— Plus de potions. Je ne veux plus voir une seule potion du reste de ma vie.
— Oh, pardon.
Blaise rangea la fiole dans sa poche. Il se vexait facilement ces jours-ci.
— Je n'avais pas réalisé que tu prenais plaisir à avoir la gueule de bois.
— J'ai pas la gueule de bois.
Drago s'assit même si les mouvements brusques lui donnaient la nausée.
— Je n'ai pas bu une seule goutte d'alcool hier soir.
— C'est ça. Tu n'étais pas bourré, tu ne sors pas avec Harry Potter, vous ne vous êtes pas méchamment engueulés, et tu es d'une humeur charmante. C'est ça, ta version des faits ?
Il y avait bien trop de sarcasme dans la voix de Blaise, comme s'il pensait tout savoir. Comme si un type sain d'esprit pouvait imaginait que Potter sorte avec Drago.
— Non, ce n'est pas ma version des faits. Je suis de très mauvaise humeur. Tout le reste est vrai.
Enfin, pas tout à fait.
— Bon, je suppose qu'on s'est engueulé.
Blaise haussa les épaules.
— Je prédis une réconciliation rapide, si on prend en compte que Potter s'est donné la peine de métamorphoser tes draps en soie.
Drago baissa les yeux, remarqua seulement à cet instant le contact doux et frais du tissu contre sa peau. C'était indéniablement de la soie. Son cœur se mit à battre un peu plus vite tandis qu'il caressait les draps avec un sentiment émerveillé. Est-ce que c'était ça d'avoir Potter comme petit copain ? Il se rendait bien compte que du point de vue de Potter, il était bourré et s'était conduit comme un parfait connard la veille. Il ne méritait pas d'avoir des draps en soie, mais il en avait quand même.
Drago aurait voulu que Potter soit son petit copain. Il courrait le voir, lui dire qu'il était désolé et le récupérait. Mais franchement, ça ne faisait que confirmer que Potter était la victime d'une obsession due à un sortilège sentimental.
Potter ne l'aurait jamais ramené à son dortoir, bordé et n'aurait jamais fait apparaître des draps en soie pour lui s'il n'avait pas été sous le coup d'un sortilège sentimental. Ou peut-être que si. Il était probablement le petit copain parfait, parce que tout se liguait contre Drago pour le faire baver sur ce qu'il ne pourrait jamais avoir.
— Il est sous un sortilège sentimental, dit-il, non sans tristesse. Enfin, plus maintenant, probablement.
Il n'aurait pas dû éprouver de regrets à ce sujet. Quel qu'ait été le sort qui faisait que Potter se conduisait ainsi, il fallait l'annuler. Et le plus tôt était le mieux, parce que Drago ne pouvait plus le supporter.
Blaise le regardait, bouche bée.
— Tu as jeté un sortilège sentimental à Potter ?
Drago se demandait s'il devait se sentir justifié d'avoir prédit que tout le monde penserait que c'était lui qui avait fait ça à Potter.
— Mais tu es fou ?
Blaise avait l'air scandalisé.
Drago se dit qu'il valait mieux ne pas répondre à cette question parce qu'il était à peu près certain que la réponse était oui. Mais franchement, ce n'était pas la question. Fou ou pas, il n'avait rien fait à Potter.
— Ce n'est pas moi, grinça-t-il. C'est quelqu'un d'autre. C'est pour ça qu'il se comporte comme…
Drago tira sur les draps.
— …ça.
De façon incompréhensible, cette déclaration sembla calmer Blaise.
— Je vois. Potter sous un sortilège sentimental, c'est ta théorie.
Il avait dit ça très lentement.
— Est-ce que tu t'es dit que peut-être Potter est avec toi parce qu'il le veut, et que tu fous tout en l'air avec tes problèmes de confiance en soi ?
Drago le regarda fixement.
— C'est à cause de ton père ? Je sais que ça ne lui plairait pas. Pas un mec, et certainement pas Potter. Mais, Drago…
— Putain, Blaise, ferme-la.
Drago bondit hors du lit, agacé.
— Je ne suis pas idiot. Le comportement de Potter n'est pas normal. S'il n'est pas sous l'influence d'un sort quelconque, alors c'est juste un énorme connard. Complètement malade.
— Et bien, si on me demande, je n'aurais pas dit que Potter était normal, et c'est sans aucun doute un énorme connard.
Blaise sourit largement.
— Enfin, le truc avec les draps était adorable, alors je devrais peut-être revoir mon jugement.
Drago attrapa une serviette et un peignoir.
— Blaise, dit-il très calmement. Potter ne sort pas avec moi. Il croit juste qu'il sort avec moi. Mais je vais régler ça. Avec un peu de chance, sans passer par la case expulsé de Poudlard, ce qui était sans aucun doute le but de la personne qui a fait ça. Et maintenant…
Il balança la serviette sur son épaule.
— Si tu veux bien m'excuser.
Il prit la direction des douches en espérant que Blaise le laisserait tranquille.
Il avait une nouvelle théorie désormais : c'était un coup monté de Blaise et Pansy. Ils avaient fait un truc à Potter, et maintenant, ils essayaient de rendre Drago dingue, Pansy en disant qu'il était fou de penser que Potter voulait être avec lui, et Blaise en disant qu'il était fou de penser que Potter ne voudrait jamais être avec lui.
La seule chose qui manquait à cette théorie était un mobile.
Et du bon sens.
Peut-être qu'il s'était retrouvé coincé dans un univers parallèle où on envoyait les gens qui faisaient des dépressions nerveuses. Ou alors simplement à Ste-Mangouste, à fixer le vide devant lui, et tout ça n'était qu'un rêve.
Il se pinça le bras. Ça fit très mal.
Il eut quand même la chance de pouvoir se doucher et s'habiller en paix. Mais quand il revint dans la salle commune, il y trouva Pansy qui était toute seule et assise sur le canapé devant lequel il devait passer pour atteindre la porte. Elle avait une assiette de sandwiches devant elle, cela dit, et l'estomac de Drago tomba immédiatement amoureux d'elle, refusant qu'il l'ignore et qu'il fuie.
— C'est pour moi ?
Il s'assit et prit un sandwich.
— Non, dit-elle sans relever les yeux du livre qu'elle lisait. C'est pour mon ami qui va bien dans sa tête. Tu l'aurais pas vu ?
— Tu l'as empoisonné avec ta potion à la con, et on ne l'a pas revu depuis.
Drago mordit dans son sandwich.
— Je t'ai jamais dit de la boire en entier ! s'écria Pansy, indignée. Ni de la mélanger avec autant de Philtre Calmant. Tu en avais pris nettement plus que je pensais.
Normalement Drago aurait protesté, mais le sandwich était au jambon – son favori – alors il préféra s'occuper de le manger.
Mais Pansy n'avait pas fini :
— Potter est arrivé ici en te portant, tu sais. Dans ses bras. Comme une demoiselle.
Drago faillit s'étouffer.
— Il a fait quoi ? C'est pas vrai. S'il te plait, dis-moi que c'est pas vrai.
Il ne voulait même pas y penser mais des images très réalistes se déroulaient devant ses yeux. Il réfléchit à s'étouffer volontairement avec son sandwich.
Pansy renifla.
— Bien sûr que ce n'est pas vrai. Le pauvre, il a l'air sous-alimenté. Il n'en aurait pas la force.
Drago fut infiniment soulagé. Il décida de ne pas faire remarquer que Potter était très bien foutu, merci pour lui. Peut-être qu'il fallait qu'il vous prenne dans ses bras pour que vous vous en rendiez compte. Ou au moins le voir avec sa chemise ouverte.
— C'était quand même ridicule, dit Pansy. Il te tirait à moitié, t'arrivais à peine à marcher. Toute la salle commune l'a vu. On a cru qu'il t'avait balancé un maléfice.
— Qu'est-ce que vous avez fait. Vous vous êtes battus contre lui ? Vous l'avez menacé ?
C'était drôle d'imaginer Potter perdu au milieu d'une foule de Serpentard.
— T'es pas bien dans ta tête ?
Pansy referma brusquement son livre.
— C'est Harry Potter.
Ça avait dû se voir que Drago n'était pas super heureux de la réponse parce qu'elle se dépêcha d'ajouter :
— Je crois avoir vu quelques personnes qui le regardaient méchamment ?
Drago souffla.
— Vous faites des sacrés camarades de maison. Il aurait pu m'avoir assassiné et vous n'auriez rien fait.
— Blaise l'a aidé à t'amener jusqu'à ta chambre.
— Super. Donc il aurait pu m'assassiner et Blaise aurait aider à se débarrasser du corps.
— N'exagère pas. Potter n'était à l'évidence pas une menace pour toi. On a compris ça en une fraction de seconde. Je veux dire, je suppose qu'il t'a trouvé quelque part, et je veux même pas imaginer ce que tu as pu lui dire dans ton état. Et il pensait que tu étais bourré ; il aurait pu te dénoncer à un prof. A la place, il t'a ramené ici. Il semblait très inquiet, pour tout dire. Avec des « fais attention à la marche » et « tu peux le faire, Drago ».
Drago prit un autre sandwich. Son troisième. Potter rendait les choses si difficiles. Pourquoi est-ce qu'il fallait qu'il se montre si gentil avec lui ? Si seulement il avait pu le balancer quelque part et l'y laisser pour mort. Ça aurait été tellement plus simple de se remettre à le détester. Retour à la normale. Ça lui manquait. Les choses étaient beaucoup plus simples à l'époque.
Sauf que non, en fait. Drago fronça les sourcils. Deux ans auparavant, il aurait bien voulu n'avoir que ce genre de problème. Mais à l'époque, la gentillesse de Potter aurait été étrange et amusante ; ça ne lui aurait pas fait mal comme c'était le cas maintenant.
— Alors j'ai réfléchi à tout ça, continua Pansy. Et je me dis que tu devrais peut-être essayer.
— Essayer quoi.
Pansy lui jeta un regard nerveux, mais pas assez nerveux pour arrêter de parler.
— On dirait bien que la vraie cause de tes problèmes c'est… eh bien. Comme j'ai dit, j'y ai réfléchi et je me suis rendu compte que tu avais des sentiments pour Potter. Des sentiments amoureux. Et ce que j'essaie de te dire, c'est que c'est pas la fin du monde. Je me dis que tu devrais tenter ta chance et aller le voir. Pourquoi pas. Il n'a pas l'air de te détester, et de ce que j'en sais, aucune de ses relations avec des filles n'a marché, alors, qui sait ? Et puis, même s'il dit non, au moins, tu seras fixé. Et tu pourras passer à autre chose. Je suis sûr qu'il y a un mec très bien quelque part qui t'attend. Un type avec de meilleurs goûts que Potter. Tu mérites d'être heureux, Drago. Mais il faut que tu le veuilles.
Pansy lui serra le bras.
Drago avala d'un coup. Il n'y avait plus de sandwiches. Ça voulait sans doute dire qu'il fallait qu'il réponde un truc au monologue absurde de Pansy.
— Alors, dit-il, tu ne penses plus que je fais une dépression nerveuse ? C'est juste que je suis gay et que j'ai craqué sur Potter ?
— Non, je pense que tu fais une dépression nerveuse parce que tu es gay et que tu craques sur Potter. Et c'est bien compréhensible. Si je craquais sur Potter, ça me perturberait aussi. Il ressemble tellement à rien, avec ses cheveux, ses lunettes et ses fringues…
Drago enfouit son visage dans ses paumes.
Pansy lui tapota le dos.
— Je sais. Je sais, mon chéri. On ne contrôle pas son cœur. Je suis sûre qu'avoir un père tel que le tien ça n'aide pas. C'est beaucoup de pression d'être le seul héritier des Malefoy. Qui sait ce qu'il fera quand il sera au courant. Il te déshéritera probablement, si tu as de la chance.
— Ça suffit !
Drago se releva d'un coup.
— Je vais finir par faire une dépression nerveuse pour de bon si tu n'arrêtes pas. Vous êtes tous tarés. J'y comprends rien. C'est comme si je m'étais réveillé au royaume des fous.
— Drago, dit Pansy d'une voix douce, est-ce que ça te semble probable ? Que tout le monde soit fou et que tu sois la seule personne saine d'esprit ? Si c'est l'impression que tu as, ça ne te donne pas une idée de la situation ?
— Oh oui, j'en ai une idée, merci. Apparemment, personne ne croit un mot de ce que je dis.
— Drago…
— Arrête avec tes Drago. J'en peux plus.
Il aurait voulu avoir plus de Philtre Calmant et de la potion de Pansy. Même s'il avait juré de ne plus jamais prendre de potions. Il avait été traumatisé par les fioles et les flacons.
— On devrait y aller, dit-il fermement. Je ne peux pas me permettre de manquer les cours.
Drago vérifia l'heure pour voir combien de retard ils avaient. Il cligna des yeux.
— Heu, dit Pansy. Le repas de midi est passé. Et Hardy est malade, alors on n'a pas cours cet aprèm.
— D'accord.
Ce fut un choc. Drago ne pensait pas avoir dormi si longtemps. Ses yeux firent le tour de la salle commune vide.
— Où sont tous les gens ?
— Oh ! Ils sont au match. Quelques élèves ont organisé un match au pied levé. Serpentard et Serdaigle contre Gryffondor et Poufsouffle.
Pansy se leva avec un sourire prudent.
— Ça a l'air cool, non ?
Ça n'avait pas l'air cool du tout, et Pansy le savait, mais Drago voulait voir Potter. Peut-être qu'il avait bu l'antidote la veille, et peut-être pas. Drago avait besoin de savoir pour mettre un plan au point pour la suite. Est-ce qu'il devait s'enfuir dans la nature ou continuer à faire comme si de rien n'était ? Ou peut-être que Potter était toujours amoureux, et que Drago devrait trouver un autre moyen de lui donner l'antidote. Il ne pouvait pas compter sur Blaise et Pansy, à l'évidence. Il devait se sortir de ce merdier tout seul.
— Ok, dit-il, et Pansy lui fit un grand sourire.
— Super. Ça va te faire du bien. Il vaut mieux ça que rester ici à se lamenter.
Plutôt que de protester – il ne se lamentait pas ; il s'inquiétait légitimement – Drago se rabattit sur un grognement qui n'engageait à rien. Ils ramassèrent leurs capes et prirent la direction du terrain. Toute l'école semblait être là, et ils criaient et sifflaient avec tant d'enthousiasme que Drago était certain que sa tête allait exploser. Le match était chiant et interminable. Potter ne jouait même pas, et Weasley était dans un bon jour, bloquant quasi tous les Souaffles des Poursuiveurs de Serpentard et Serdaigle. Les Batteurs de Serpentard compensaient en essayant d'envoyer tous les joueurs de Poufsouffle à l'hosto, et Drago prévoyait un massacre qui se terminerait avec des points en moins pour chaque maison. Il semblait que l'alliance Serpentard-Serdaigle avait des chances de gagner, cela dit. Non seulement Potter était absent, mais l'Attrapeur de Poufsouffle n'était pas là non plus et celui qui le remplaçait était catastrophique.
S'ennuyant à mourir, Drago se barra dès qu'il trouva Potter avec ses Omnioculaires. Ni lui ni Granger n'étaient dans les gradins, mais il finit par les trouver, assis sur un banc en bois devant la cabine de Hagrid. Ils semblaient avoir une discussion véhémente. Drago fit un grand tour et s'approcha d'eux par derrière, caché par les murs de la cabane de Hagrid. C'était une bonne chose que la neige eut fondu, sinon ils l'auraient sûrement entendu.
Ils chuchotaient, et Drago dut s'approcher encore plus près. Il aurait mieux fait de ne pas prendre cette peine.
— Je ne le défends pas ! explosa Granger. Je dis juste que ça ne devrait pas être une telle surprise, Harry. C'est Malefoy.
Drago grimaça et recula hâtivement de quelques pas.
Alors voilà. Potter avait bu l'antidote, compris qu'il avait été sous l'emprise d'un sortilège sentimental, et bien sûr, pensait que c'était Drago le coupable.
— Tu pensais vraiment qu'il avait changé ? continua Granger. Tu devais bien te douter que quelque chose du genre arriverait.
Drago bouillait. C'était complètement injuste. Est-ce que Granger pensait vraiment que c'était juste une question de temps avant que Drago fasse quelque chose de méchant et stupide ? Elle était vraiment très prompte à penser du mal de lui. Potter grommela un truc incompréhensible.
— Je sais, dit Granger. Et je comprends. Mais je pense que tu devais t'attendre à un truc du genre, au moins dans une certaine mesure, et que si tu n'as rien fait c'est qu'il y avait une raison. Et cette raison est toujours là. Je ne veux que ton bien, Harry. Je ne veux pas que tu aies des regrets. Franchement, je m'attendais à pire de sa part. Quand tu penses à l'éducation qu'il a reçue, à qui est son père…
Granger soupira.
— Oh, pour l'amour du ciel. Je n'arrive pas à croire que je sois en train de dire ça. Pour être parfaitement franche, j'ai envie de lui foutre des baffes. Mais… Peut-être que tu devrais attendre avant de prendre une décision drastique.
Drago recula prudemment d'un pas. Et encore d'un autre. Quelle décision drastique Potter prévoyait-il de mettre en œuvre ? Parler à McGonagall ? Faire renvoyer Drago de Poudlard ? Quelque chose d'encore pire ?
Dès qu'il fut horse de vue, Drago se retourna et courut vers le château. Il fallait qu'il fasse quelque chose. Empêcher ça, minimiser les dégâts. Il pouvait demander à être interrogé sous Veritaserum et prouver son innocence. Ça l'obligerait à révéler quelques trucs embarrassants sur ses sentiments pour Potter, mais est-ce qu'il avait le choix ? Est-ce qu'ils le laisseraient seulement se défendre avec une potion de vérité ? Il lui fallait un avocat, et vite.
Drago descendit directement à son dortoir, avec un plan à moitié formé qui comprenait d'envoyer un hibou à sa mère et de fuir du château. En balai s'il le fallait.
Il fit irruption dans son dortoir, à bout de souffle, et se précipita sur sa malle. Il n'y avait probablement pas le temps d'écrire un mot et de courir à la volière. Ce qu'il y avait de mieux à faire était de prendre une cape chaude, de faire apparaître son balai et de partir pour le manoir. Son père ne serait pas très content, mais il serait obligé de l'aider.
Oh Merlin. Il avait oublié. On ne le laisserait jamais se défendre avec du Veritaserum. Il y avait plus que ses petits fantasmes à propos de Potter en jeu. Il risquait de dire des trucs sur la guerre et tous les trucs pas nets qui en avaient découlé. Il était foutu.
— On te dérange pas,
Drago tourna sur lui-même et cligna des yeux en découvrant deux personnes à moitié nues sur le lit de Blaise. Ça lui prit un moment pour analyser cette vision. Blaise était, apparemment, en train de rouler des pelles à l'Attrapeur Poufsouffle qui avait disparu.
— Désolé, finit par dire Drago en faisant de son mieux pour en pas mater.
Ils étaient plutôt bien foutus, et voir deux mecs ensemble comme ça l'excitait davantage qu'il n'aurait bien voulu l'admettre. Merlin il était abominablement gay. S'il n'avait pas déjà été en train de faire une dépression nerveuse, il en aurait eu une maintenant. Pansy aurait été contente.
— Je suis juste là pour prendre ma cape.
Il détacha son regard des deux garçons et se concentra sur sa malle.
— Ça va ? Tu n'as pas l'air bien.
Blaise se leva et s'approcha.
— Je vais bien. ? Je suis juste…
Drago laissa tomber sa recherche futile d'une cape de voyage. Il venait d'avoir une idée.
— Blaise, tu pourrais envoyer un hibou à ma mère ? Lui dire que j'arriverais bientôt à la maison et qu'il faut qu'elle contact Mr Anderson le plus vite possible. Qu'il vienne au Manoir. S'il te plaît, ça serait plus rapide avec un hibou. Il va falloir que j'évite toutes les zones moldues, et il fait trop froid pour voler haut.
Blaise ne bougea pas. Il resta là avec ses pectoraux parfaitement dessinés qui rendaient Drago honteux de ne pas faire davantage de sport.
— Bon sang, qu'est-ce que tu racontes ? demanda-t-il.
Drago prit une grande respiration pour se calmer.
— Je te l'ai dit. Quelqu'un a balancé un maléfice sentimental à Potter, et il pense que c'est moi. Il va essayer de me faire renvoyer. Il faut que je réagisse immédiatement. Je peux pas me permettre d'être renvoyé. Je peux pas. J'ai besoin de mes ASPICs. Ils ont failli ne pas me laisser revenir à l'école. Tu saisis pas ? Et où est ma putain de cape ?
— Le placard ? suggéra Blaise.
Drago se rendit compte qu'il avait raison.
Il courut jusqu'au placard et y trouva sa cape qui y pendait. Au moins, Blaise l'avait aidé avec ça ; par contre, il ne semblait pas avoir l'intention d'envoyer un quelconque hibou, même si Drago avait dit « s'il te plaît » deux fois. Il ne comptait pas supplier. Il jeta sa cape autour de ses épaules et fulmina :
— Tu vas m'aider ou pas ?
— Oui, répondit Blaise.
Et il sortit sa baguette et cria :
— Expelliarmus !
Drago fut trop surpris pour réagir. Sa baguette vola hors de sa poche et atterrit dans la main de Blaise.
— Putain, non ! Rends-la moi !
Drago se serait précipité sur lui, mais Blaise pointait les deux baguettes vers lui.
— Je suis en train de t'aider, espèce de créature insensée, maugréa Blaise entre ses dents. Ça fait depuis dimanche que tu es bizarre, mais là tu viens de péter un câble. Je ne vais pas te laisser partir en volant. Pas dans l'état où tu te trouves. A tous les coups tu vas te crasher et en crever. Je ne compte pas avoir ça sur la conscience.
Drago en avait assez entendu.
— Je ne suis pas fou !
— Tu as l'air un peu fou, dit le Poufsouffle qui, pour une raison incompréhensible, se trouvait toujours là.
Et toujours dépourvu de chemise. Et toujours bien foutu.
— On t'a demandé ton avis ? cracha Drago. T'es qui, de toute façon ? Dégage !
— Hé !
Blaise lui jeta un regard noir.
— Tu lui parles pas comme ça.
Il se tourna vers le Poufsouffle et dit, beaucoup plus gentiment :
— Il vaudrait mieux que tu partes, cela dit.
— Ouais, désolé.
Le Poufsouffle – Brian Barnaby, se rappela Drago – sauta du lit et ramassa sa chemise sur le sol.
— C'était juste fascinant. Des sortilèges sentimentaux, des fuites en balai, un Expelliarmus entre amis !
Il sourit largement.
— C'est toujours les Serpentard qui s'amusent, on dirait.
—La sortie c'est pas là, grinça Drago avant de se tourner vers Blaise. Et toi ! Tu ne veux pas ma mort sur la consience ? Qu'est-ce que tu crois qu'il va se passer si mon père reçoit un hibou de la Directrice lui disant que son fils a été renvoyé pour avoir jeté un sortilège sentimental à Harry Potter ?
— Il n'a pas tout à fait tort, commenta Barnaby.
Il n'avait toujours pas remis sa chemise.
— Désolé, désolé, dit-il lorsque Drago et Blaise se tournèrent tous deux vers lui d'un air furibond.
Il se hâta d'enfiler sa chemise.
— Tout ce que j'en dis, c'est qu'il a du caractère. J'ai vu comment il a réagi quand Drago s'est fait viré de l'équipe.
Il lui adressa une grimace.
— Pas de bol, mon vieux.
— Je ne suis pas ton vieux, et mon père ne sait même pas que j'ai été viré de l'équipe, alors arrête de parler de trucs dont tu n'as aucune idée.
Cela fit disparaître le sourire du visage de Barnaby.
— D'accord, dit-il en avançant vers la porte. Désolé. Je pensais juste que c'était pour ça que vous vous étiez engueulés samedi, pendant le match. Je voulais juste… Je comprends, tu sais ? Un père pareil.
Il siffla.
— Pire que le mien. Mais, heu, tu t'en fous. Désolé. Je vais juste…
Il montra la porte du menton et saisit la poignée.
Drago le regardait fixement.
— Ton père était là ? entendit-il Blaise demander. Ce samedi ?
— Non. Non, il était pas là.
Drago n'avait aucune idée de quelles étaient les motivations de Blaise, et s'il avait plus de temps il aurait essayé de comprendre, mais pour le moment il voulait juste se débarrasser de lui et ses histoires à la con.
Barnaby se retourna.
— Heu, d'accord. Si tu le dis.
Drago crut qu'il allait enfin partir, mais visiblement, il ne pouvait juste pas s'empêcher de parler.
— Sauf que je l'ai vu. Avec toi. Au bord du lac. Vous étiez en train de vous engueuler.
— Et le Seigneur des Ténèbres était là aussi ? On se tenait la main en chantant une chanson ?
Barnaby serra les lèvres. Apparemment il n'appréciait pas le sarcasme.
— J'avais mes Omnioculaires. J'ai zoomé, précisa-t-il avant de réaliser l'impression que cette phrase devait donner. Je veux dire, je suis désolé. Je ne vous matais pas exprès. C'était un match chiant et j'ai été… Ben, tellement surpris quand j'ai appris que t'étais gay. Parce que tu es un Malefoy et j'ai juste… pensé que c'était intéressant. Et… c'est difficile de ne pas te reconnaître, même de loin. Avec tes cheveux et tout. Et franchement, Drago, c'est impossible de ne pas reconnaître ton père.
Drago dut prendre une grande inspiration avant de pouvoir parler en ayant l'air ne serait-ce qu'à moitié calme.
— Arrête de me parler comme si on était potes.
Il fit volteface pour jeter un regard furibond à Blaise.
— Qu'est-ce que tu as été lui raconter ?
Blaise n'eut même pas la décence de prendre un air coupable. Il regardait fixement Barnaby.
— Tu as vu Lucius Malefoy ici, samedi dernier ? Pourquoi tu m'as rien dit ?
— Il n'était pas là, grinça Drago, mais Blaise l'ignora.
— Je pouvais pas deviner que c'était un secret, dit Barnaby. Je pensais que tu le savais. Tu as bien dit qu'il se conduisait bizarrement à cause de son père, non ?
— C'est pas moi qui me conduis bizarrement, hurla Drago. Et pour la dernière fois, il n'était pas là. Je m'en rappellerais.
Bien sûr qu'il s'en rappellerait si son père avait été là. Et d'autant plus s'ils s'étaient engueulés. Barnaby racontait n'importe quoi. Pour une raison que Drago ne comprenait pas, mais ce n'était pas si surprenant – il ne comprenait rien, ces temps-ci.
— Drago.
Blaise était devant lui, les mains sur ses épaules, à le regarder droit dans les yeux.
— Je ne mens pas ! Pourquoi je mentirais ?
Drago montra Barnaby :
— C'est lui qui ment.
Mais Blaise le regardait toujours comme si Drago avait toutes les réponses.
— De quoi tu te rappelles ? Tu te rappelles ce que tu as fait la semaine dernière ? Le mois dernier ? Et celui d'avant ?
C'était une question stupide.
— Bien sûr que je m'en rappelle. Je révisais. Les ASPICs c'est bientôt, il faut que je révise. Et c'est ce que je fais.
Il se rappelait avoir révisé. Avoir énormément révisé.
— Pourquoi tu me demandes ça ? C'est Barnaby qui invente des trucs ! Mon père était pas là. C'est un mensonge.
Mais Blaise ne détachait pas ses yeux de lui.
Drago eut l'impression que quelque chose de dur s'enroulait autour de sa gorge, avant de descendre vers sa poitrine et son ventre. Ses yeux le brûlaient.
— Je révisais, répéta-t-il.
Une pensée horrible essayait de sortir de son subconscient, et Drago l'y repoussait avec l'énergie du désespoir.
— Quoi d'autre ? Qu'est-ce que tu as fait d'autre ?
— Je sais pas ! Des trucs !
Drago se débattait pour échapper à la prise de Blaise, mais il avait du mal à respirer et ses membres étaient lourds. Il se rappelait de vagues conversations, et puis d'aller se coucher et de prendre son petit-déjeuner. Mais c'était d'avoir révisé dont il se rappelait le mieux. Et puis des cours et des devoirs. Rien d'autre n'avait d'importance.
— Tu te rappelles la première fois où tu as rencontré Brian ? Il y a deux semaines, Tu nous as vus ensemble ici, comme aujourd'hui.
Drago secoua la tête, la secoua si fort que ça fit mal.
— Non, ça n'est pas arrivé.
— Si. On a cru que tu allais le dire à tout le château. Mais pas du tout. A la place, tu nous as parlé du mec qui te plait. Avec qui tu étais.
— Je ne suis pas avec… avec qui que ce soit. Et certainement pas un mec.
— Mais si. En tout cas tu l'étais. Et tu étais heureux. Tu te rappelles que tu étais heureux ?
La vision de Drago devint floue. Il dut cligner des yeux plusieurs fois pour mieux y voir. Il ne savait même pas pourquoi il avait envie de pleurer.
— Drago ?
Blaise dit son nom très doucement, comme s'il parlait à quelqu'un de très malade.
— Tu comprends ce qui s'est passé, n'est-ce pas ?
— Non.
Non, non, non.
— Tu mens. Vous mentez tous les deux.
— Tu ne m'as jamais dit son nom, tu sais. Mais je crois que c'est évident maintenant.
Drago. Parle-moi. Tu peux tout me dire.
— Non.
— C'était Potter.
— Non.
C'était impossible. Potter était sous l'emprise d'un sortilège sentimental. Et son père n'avait jamais été ici. C'était les faits.
Qu'est-ce qui va pas chez toi ? Je croyais que tu voulais ça. Pourquoi est-ce que tu fous tout en l'air ?
Drago ?
Blaise le secouait.
— Drago, tu as reçu un Oubliettes.
Il vaut mieux qu'on ne nous voie pas ensemble, hein ?
— C'est pas possible. Potter est… Potter me déteste, et il est Potter. Comme est-ce que ça pourrait seulement… ?
Je pourrais t'embrasser pendant des heures.
— Je sais pas. Tu m'as jamais donné de détails. Tu pensais sans doute que je ne te croirais pas.
Qui l'aurait cru ? Drago n'y croyait pas. Il essaya d'imaginer. Potter et lui, en couple, qui se rencontraient en secret, parlaient de leurs vies et de leurs plans pour le futur. C'était comme un rêve trop bizarre, que son esprit ne pouvait concevoir, même dans son sommeil. Ça ne pouvait pas être réel. Si ?
— Peut-être que je suis juste dingue. Peut-être que j'ai toujours été dingue.
— Mais moi je suis pas dingue, dit Barnaby. Je sais ce que j'ai vu. Et si tu ne t'en rappelles pas, c'est que tu as pris un Oubliettes.
— Brian a raison, Drago. On se rappelle de trucs que tu as oubliés. Tu devrais aller voir Pomfresh. Et il faut que tu expliques ce qui s'est passé à quelqu'un. McGonagall, ou je sais pas qui.
— Je sais pas qui, répéta Drago.
Tu peux tout me dire.
Est-ce que c'était possible. Combien de fois Potter l'avait-il embrassé, touché, lui avait-il souri. Et Drago ne se rappelait de rien. Tout ça lui avait été arraché. Par son père. Ce point-là, au moins, était définitivement possible.
— Il faut que…
je trouve Potter.
— J'y aille.
— Attends.
Blaise le tira en arrière au moment où il allait passer la porte.
— Tu veux que je vienne avec toi ?
— Non, dit Drago, même s'il aurait vraiment voulu que quelqu'un vienne avec lui pour lui dire ce qui était réel et ne l'était pas. Dans son état, il risquait de se mettre à parler à une armure dans le couloir en pensant que c'était Potter.
— Je pense que tu devrais aller voir Pomfresh d'abord, dit Barnaby, l'air sincèrement inquiet.
Apparemment, Drago avait aussi deux amis sans être au courant.
— Ça va aller, dit-il.
Il sortit en faisant de son mieux pour ne pas se mettre à courir.
